La coénonciation en francais

Dans quelle mesure la coénonciation résout-elle un problème?


Exposé Écrit pour un Séminaire / Cours, 2010
16 Pages, Note: 1,0

Extrait

Inhalt

1. Introduction

2. L’approche Jeanneret
2.1. Approche initiale
2.2. Respécification de l’approche

3. Débat entre étudiants
3.1. Etude du cadre
3.2. Ambigüités

4. Conversation amicale
4.1. Occuper le territoire conversationnel
4.2. Fonctions diverses de la coénonciation

5. Appel téléphonique
5.1. Coénonciation au téléphone
5.2. Coénonciation par alignement ou « écho-énonciation »

6. Conclusion

7. Bibliographie :

1. Introduction

En parlant de la coénonciation d’un point de vue conversationnel, Thérèse Jeanneret définit cette dernière comme une « solution rationnelle mise en œuvre par les participants à la conversation pour résoudre un problème » (Jeanneret, 1999 :184). Quand les locuteurs sont confrontés à des lacunes lexicales, la coénonciation apparait en effet tout d’abord sous forme de collaboration, qui a pour but de résoudre un problème. Or, cette définition ne s’applique pas seulement à la coénonciation en réparation, qui est employée lors qu’il y a des problèmes de formulation. On peut également parler d’un procédé similaire si on considère la coénonciation par attachement, où la structure syntaxique est complète, mais un locuteur y attache néanmoins un énoncé pour le compléter à sa satisfaction. Comme nous allons le voir ultérieurement, ce procédé clarifie la situation et prévient un malentendu. Nous pouvons donc parler de prévention d’un problème. La définition de la coénonciation ne se délimite évidemment pas à celle donnée par Jeanneret. D’autres linguistes l’ont saisie comme cela : « Nous considérons la co-énonciation comme la coproduction d’un point de vue commun et partagé » (Lopéz Muñoz et Romeral Rosel, 2006 :91). La notion de coproduction est aussi impliquée dans la définition de Jeanneret, mais nous n’allons pas partir du principe que les locuteurs partagent tous un point de vue commun. Tout en gardant les différentes approches en tête, nous allons avant tout nous pencher sur celle de Jeanneret pour saisir la coénonciation.

Dans une « respécification de la notion de coénonciation », Jeanneret souligne la nécessité d’étudier le genre d’interaction dans lequel survient la coénonciation (Jeanneret, 2001 :81). Effectivement, la coénonciation apparait sous formes très différentes selon le genre de conversation. En revenant vers la définition initiale, nous pouvons donc nous poser la question dans quelle mesure la coénonciation résout un problème. Il sera nécessaire d’approcher cette problématique à base d’interactions différentes à fin de concevoir comment la coénonciation est sollicitée et à fin d’en développer la notion. Dans un premier temps nous allons brièvement saisir l’approche présentée par Jeanneret, qui représente l’état actuel des études sur la coénonciation. Cela nous fournira une base solide pour développer cette notion. Puis nous étudierons trois types de conversation, à savoir un débat entre étudiants, une discussion entre amis et une conversation téléphonique. Tandis que les deux premiers types exposeront deux points de vue opposés par apport à la problématique, le troisième nous permettra d’élargir l’horizon d’étude, au delà de la définition de Thérèse Jeanneret.

2. L’approche Jeanneret

2.1. Approche initiale

Dans son ouvrage La Coénonciation en Français, Jeanneret présente un schéma auquel correspond l’action de coénonciation, que nous allons dorénavant considérer comme classique. Il est constitué de ces composants : « le tour de parole qui va être source de la coénonciation ; le tour de parole qui coénonce ; le tour de parole qui ratifie – ou non – la coénonciation » (Jeanneret, 1999 :184). Le suivant exemple représente un tel schéma :

(1) [exemple de Jeanneret (1999)]

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Nous pouvons constater que le locuteur A éprouve une difficulté à terminer son tour de parole, parce qu’il ne trouve pas un deuxième adjectif approprié pour décrire le match. A ce point le locuteur B intervient et contribue à la formulation en fournissant une fin potentielle qui est ensuite ratifiée par A. Le problème de locution qu’éprouve A est donc résolu par le procès coénonciation. Ce schéma suggère par conséquent que la coénonciation résout en effet un problème. Un aspect qui soutient cette assertion est la visibilité du problème. Bien qu’en (1) le problème ne soit mentionné qu’implicitement, ce dernier est néanmoins clairement constatable. Le premier tour de parole finissant en euh : en est la preuve. Il semble qu’au sein l’approche classique la coénonciation en réparation en général n’est pas très ambiguë en vers la problématique. La coénonciation par attachement, en revanche, l’est d’autant plus. Jeanneret constate que « dans les cas de coénonciation par attachement, le locuteur tire parti du caractère potentiellement complet » (Jeanneret, 1999 :204). Suivant cette logique, le premier tour de parole est syntaxiquement assez complet pour permettre une place transitionnelle. Or, ce fait en soi n’implique certainement pas la présence d’un problème. Malgré cela il peut y avoir coénonciation, parce que la structure du premier tour de parole est telle, qu’il peut potentiellement être continué par un interlocuteur. Considérons cet exemple :

(2) [exemple de Jeanneret (1999)]

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

A première vue, le tour en 1J ne contient pas de problème de locution et semble être complet. Cependant, la coénonciation en 2M est justifiée. Premièrement, nous pouvons constater que le locuteur M ne considère pas le premier tour de parole comme complet, car pour ce dernier il manque une spécification importante par apport à cette maladie. Nous pouvons même suggérer qu’en disant je crois, le locuteur J de son côté signalise une certaine incertitude. En conséquent, le tour de parole, qui va être source de coénonciation peut en effet être envisagée comme problématique. Dans cet exemple, la coénonciation par attachement résout donc un problème. En revanche, il est possible qu’un locuteur ne ratifie pas la coénonciation. Comme nous le verrons ci-dessous, cette forme de coénonciation ne semble pas résoudre de problèmes. En somme, le schéma classique affirme néanmoins que la coénonciation résout un problème.

2.2. Respécification de l’approche

Deux ans après la publication de son ouvrage sur la coénonciation, Thérèse Jeanneret publie un article dans lequel elle met à jour cette notion. Comme nous l’avons vu dans l’introduction, elle souligne à présent l’importance qu’a le genre d’interaction dans laquelle se manifeste la coénonciation. Nous devons évoquer cette respécification, car elle nous permet de faire le lien entre l’approche classique et les conversations que nous étudierons par la suite. Jeanneret ne modifie pas la définition que nous cherchons à remettre en question, elle l’étoffe simplement. Après avoir répété que la coénonciation est « une solution rationnelle mise en œuvre par les participants à une interaction pour résoudre un problème », elle affirme que « la nouveauté réside dans […] la manière dont se pose le problème et le genre de l’interaction dans laquelle il survient » (Jeanneret, 2001 : 92). A côté d’une conversation exolingue et d’une interview, Jeanneret choisi cet exemple pour soutenir son raisonnement :

(3) [exemple de Jeanneret (2001)]

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Il s’agit ici d’une transaction commerciale qui a lieu dans un restaurant de fast-food. Nous pouvons relever une coénonciation en 8 sous forme d’interrogation. La locutrice CA, qui est l’employée, détecte la demande d’aide de CL signalisée par euh :. Contrairement à l’exemple (1), il ne s’agit pas d’une lacune lexicale, mais d’une l’indécision du client par apport à la sauce qu’il veut pour accompagner son repas. Jeanneret choisi un exemple très pertinent, car il met en avant le fait qu’il y a un motif ultérieur dans cette conversation, à l’inverse des exemples (1) et (2) : « la construction commune du sens est destinée ici à faire émerger dans l’échange les désirs du client » (Jeanneret, 2001 : 89). CA a une tâche spécifique, à savoir satisfaire le client le plus efficacement possible. Il est logique que dans différentes conversations avec un motif respectif, la manière dont se pose le problème et, par la suite, la forme que prend la coénonciation diffèrent également. Thérèse Jeanneret cite donc une liste de problèmes qui peut y avoir dans différentes interactions et clame que « la coénonciation est une solution qui peut être trouvée pour résoudre tous les problèmes mentionnés » (Jeanneret, 2001 : 92). Nous allons donc remettre en question cette assertion à base de trois conversations différentes.

3. Débat entre étudiants

3.1. Etude du cadre

La première interaction que nous allons étudier est un débat entre jeunes étudiants. Il s’agit d’une discussion sur les lois d’immigration. Pour affirmer que la coénonciation a pour fonction de résoudre des problèmes nous devons prendre en compte le carde universitaire dans lequel se situe la conversation. L’analyse de l’exemple suivant revèlera la particularité de ce gendre d’interaction :

(4) [exemple de CLAPI][1]

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Il semble que nous sommes ici à nouveau confrontés au schéma classique mentionné ci-dessus. La différence est le motif qu’a la professeure en se servant de la coénonciation. Auparavant de cet extrait l’élève reprend sa phrase plusieurs fois et répète euh : à trois reprises. Elle a donc déjà prouvé avoir des difficultés à formuler sa pensée d’une façon précise. Dans ce contexte la professeure a le rôle d’intervenir pour aider les élèves à acquérir une certaine exactitude et pertinence dans leur façon d’argumenter, sans rompre le flux de leur pensée. Le fait que presque toutes les coénonciations dans cette conversation viennent de la professeure souligne en outre l’attribution des rôles dans ce débat. CG attend donc une place transitionnelle qui lui permettra d’intervenir quand il le faut. Les chevauchements fréquents montrent par ailleurs qu’elle coénonce rapidement, dès qu’elle réalise qu’en 1, SEV éprouve des difficultés, sans même attendre la fin du tour de parole. Cette manière de coénoncer est certainement favorable, comte tenu des restrictions temporelles qu’il peut y avoir dans un cours. Cela étant dit, nous pouvons constater que la coénonciation sert en effet à résoudre les problèmes d’expression des élèves. Il s’agit clairement du tour de parole qui est source de coénonciation, du tour de parole qui coénonce, et du tour de parole qui ratifie la coénonciation. Or, comme nous allons le voir dans l’exemple suivant, le problème peut être en dehors de l’expression orale. Dans ce cas là, il semble que le motif de la professeure pour coénoncer est plutôt l’exactitude des arguments des élèves.

[...]


[1] SEV est une élève, CG est la professeure. Les numéros ont été ajoutés pour faciliter l’analyse.

Fin de l'extrait de 16 pages

Résumé des informations

Titre
La coénonciation en francais
Sous-titre
Dans quelle mesure la coénonciation résout-elle un problème?
Université
University of Freiburg
Note
1,0
Auteur
Année
2010
Pages
16
N° de catalogue
V160963
ISBN (ebook)
9783640752065
ISBN (Livre)
9783640752515
Taille d'un fichier
550 KB
Langue
Français
mots-clé
Dans
Citation du texte
Jeanne-Marie Ebenezer (Auteur), 2010, La coénonciation en francais, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/160963

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