Le Sublime Chez Michel Tremblay

Analyse de la pièce «Le vrai monde?»


Essai, 2007
15 Pages, Note: B

Extrait

Dans l’univers du théâtre, la communication implique l’existence d’un émetteur de messages ou de l’information aux destinataires contenant des notions au sujet des personnages et des endroits vrais ou fictifs. Les messages transmis peuvent ou ne peuvent être compris par les destinataires. Mais, ils tiennent souvent la puissance de soulever les réactions puissantes qui aboutissent aux expériences provocatrices qui mettent en scène une transgression beaucoup plus grande. Dans ce sens-là, les complexités des rapports humains représentés par les personnages dans une pièce de théâtre peuvent être considérées comme une épiphanie qui identifie et produit les messages et les sentiments psychologiques cachés qui sont retransmis à un espace réel où ils sont vécus d’une manière plus concrète.[1]L’intensité dramatique da la pièce qui se reproduit dans le monde réel repose presque entièrement sur les réponses psychologiques des personnages dans le monde réel aux situations terribles qu’ils doivent revivre dans le cadre d’une crise morale mit en lumière par le dédoublement des personnages dans un monde fictif. L’expérience du sublime se manifeste à travers une collision entre deux forces opposées, ou des mondes intérieurs et extérieurs, dans deux lieux temporels qui mènent les personnages dans le monde réel vers une expérience transcendantale.[2]Dans cet essai, j’explore comment Michel Tremblay emploie des éléments du sublime dans sa pièce Le vrai monde ? tels que les concepts de l’étonnement et l’anxiété ainsi que toute une gamme de sentiments négatifs pour créer un impact profond sur les états d’esprits de ses personnages incitant un déséquilibre en leur monde et finalement, une expériences profonde du sublime. Ceci servira à démontrer comment la pièce de Claude nous transporte entre deux mondes alternatifs non seulement pour créer l’expérience du sublime mais pour l’évoquer comme une notion que la famille peut s’engager dans un type de transport ou de transcendance au-delà de leurs frontières physiques par arriver à une conséquence positive. L’expérience du sublime se manifeste à travers les personnages confrontés à eux-mêmes par la pièce de Claude qui se présente comme un renversement de personnages silencieux et inactives du monde réel aux personnages émotifs et actifs.

Dans une pièce de théâtre c’est le dialogue qui sert le plus souvent à caractériser les personnages et leurs expériences de vie. Et d’habitude, l’expérience du sublime est soulevée quand nous rencontrons des idées et des concepts en dehors de nos frontières physiques qui nous menacent souvent d’une manière quelconque. Dans la famille de cette pièce où prédomine le silence de l’incommunicabilité, c’est la pièce de Claude et les expériences émotives évoquées par la parole qui passe entre les deux familles qui soulève un sens de menace qui tient la puissance de pousser la famille à faire face aux secrets foncés.[3] C’est à travers des secrets désagréables et menaçants qui surgissent de la pièce de

Claude pour terroriser la famille dans le premier monde que les personnages réels dépassent le sentiment d’être menacé par arriver à l’expérience du sublime. La famille dans le monde réel s’est promis de se taire de son passé et refuse de partager la parole jusqu’au moment où le silence est cassé pour la première fois quand Madeleine lit la pièce de Claude et « elle a été choquée de découvrir

qu'elle ne connaissait pas l'homme avec qui elle vivait, de découvrir en fait que le mensonge

s'écroulait et qu'elle devait faire face à la vérité. »[4] La douleur sublime de Madeline resurgit par l’étonnement et l’incrédulité de ce qu’elle lit dans la pièce de Claude. Les rencontres émotives que Madeleine subit dans la pièce dépassent les murs du monde fictif et se manifestent dans le monde réel incitant une expérience du sublime caractérisée par la nature psychologique des ses rencontres dans le monde élaboré par Claude. Madeleine refus de prendre au sérieux ce que Claude a écrit dans la pièce, elle affirme:

« Ben garde-là pout toi ! Mets-la pas sur papier ! Quelqu'un pourrait la lire! Ces affaires-là, j'm'les avoue pas à moi-même ; comment veux-tu que j'accepte de les retrouver dans une pièce de théâtre ! J'pourrai pus jamais regarder ton père commeavant, à c't'heure que j'ai lu ça ! T'avais pas pensé à ça, toi, tout ce qui t'intéressait, c'était de le salir ! De nous salir ! Cette scène-là au sujet des femmes s'est jamais produite, pis a' se produira jamais, m-entends-tu ? Aussi longtemps que je vivrai j'empêcherai cette scène-là de seproduire ! » (Madeleine 1-33)

Au début, la vie dans la maison est caractérisée par le silence qui dissimule les secrets de la famille. Le silence est brisé quand Madeleine rencontre la représentation de Claude de sa la douleur sublime du passé et son monde silencieux commence à s’émietter au milieu de cet atmosphère de l’étonnement. En ce moment-là, Madeleine commence à réagir à ce qu’elle lit en tant que son état d’esprit tente de se réaffirmer dans le monde réel en essayant de saisir ce que Claude a écrit à propos de la Famille. Les arguments de Madeline sont une tentative de maintenir l’atmosphère de silence mit en place dans la maison. Mais, la pièce la pousse à ses limites psychologiques et le moment de sa transcendance commence par la transformation de l’atmosphère de l’incommunicabilité dans le monde réel à un état de communicabilité comme celui qui se fait dans le monde fictif. Dans cet instant, nous pouvons également dire que le choix de Madeleine de reconnaître le silence dans la maison comme une sorte de manteau qui couvre la vérité de ce qui se passe dans le monde réel depuis des années a été volé d’elle et elle est forcée de céder « à l'expression d'une force supérieure ».[5] Le sublime fonctionne ici pareillement à l’idée de l’explication de Schiller du sublime dans le sens que le personnage est forcé de confronter et faire face à la vérité contre sonjugement et contre la norme de silence dans la maison. De plus, l’expérience du sublime lui arrive aussi dans la mesure que son bonheur dépend du maintien du silence dans le sens qu’il lui permet de contrôler la douleur pénible et la pièce de Claude est représentative d’un choix qu’il lui a imposé.[6]Les limitations psychologiques de Madeleine sont indiquées dans cette expérience et la violence et la colère enterrées à l’intérieur, les mêmes sentiments qui sont exprimés et confinés au monde fictif de la pièce de Claude, dépassent les frontières de l’espace et le temps et la vérité inimaginable commence à s’écouler. Son personnage double dans la pièce de Claude met l’accent sur sa réalité psychologique qui n’était pas exprimée dans le monde réel jusqu’au moment où elle a lu la pièce.[7]L’expérience du sublime se présente presque comme une épiphanie et dans ce sens-là la représentation de Madeleine dans la pièce, si vrai ou perçu comme vrai par Claude, incite le moment de transcendance pour Madeleine par l’expansion de ses sentiments de l’intérieur vers l’extérieur. C’est dans les émotions paralysantes et foncées des personnages évoqués par la pièce menaçante de Claude que l’expérience du sublime se manifeste sous ses formes les plus puissantes.

Tremblay crée des expériences du sublime par les sentiments dominants exprimés par les personnages principaux, en particulier leurs sentiments de l’inquiétude. Les sentiments de l’inquiétude augmentés par les révélations choquantes dévoilées dans la pièce de Claude au sujet de la famille et ses secrets soulignent le sens de l’agitation psychique intérieure que les personnages se cachent en termes d’exposition. Une perte de contrôle est soulignée par les personnages forcés de regarder eux-mêmes et tous ce qui sont trop choquants et pénibles à revivre. D’une certaine manière, Tremblay suggère une incommunicabilité qui pollue l’esprit des personnages et comme résultat une crainte de ce qui sera révélé si la pièce de Claude est discutée. Cette conception du sublime comme rencontre avec quelque chose qui produit non seulement l’étonnement mais la crainte est exprimé par Edmund Burke dans ses tentatives de répondre aux questions concernant ce qui nous fait peur.[8]L’expérience du sublime arrive aux personnages qui vivent des conflits intérieurs à travers le pouvoir de leurs émotions et leurs pensées qui les incitent. L’expérience du sublime le plus profond surgit de cet aspect thématique de la corruption interne dans la famille par laquelle Tremblay produit le sens d’un désespoir froide et de quelque chose d’abominable à l’intérieur d’un personnage.[9]Cette idée est le plus évident dans le personnage d’Alex quand il est forcé à se déplacer au-delà de ses frontières de sécurité comme celui qui fait des règles dans la maison qui le maintien dans une position de pouvoir. Alex est présenté comme la figure de la destruction et de la honte et sa colère est incitée par ce qu’il comprend comme une représentation injustifiée et pénible de lui par Claude. Claude présente son père comme le symbole du mal absolu qui garde un secret terrifiant et dans ce sens-là l’expérience du sublime chez Alex se manifeste dans le sens Kantien comme un sentiment douloureux. Le sublime surgit de la révolte d’Alex contre la libération de ses douleurs et de sa perte de pouvoir. Dans un affrontement avec Claude, il affirme :

« Fais bien attention à toé, mon boy ! Fais ben attention à c’que tu dis de moé ! J’ai toujours été ben patient avec toé, j’t’ai laissé passer ben des choses, mais ma patience a des limites ! J’ai pas trimé tout ma vie pour vous soutenir, toé pis les autres, ici-dedans, pour me retrouver au bout du compte avec un fils ingrat qui me chie dans le dos à la première occasion ! Tu m’as toujours jugé, tu t’es toujours pensé plus smatte que moé mais fais bien attention à toé ! Pis si au bout du compte y me reste juste les poings pour te convaincre [...] » (Alex I - 64)

L’anxiété d’Alex se manifeste et nous sommes amenés à penser à ce qui va sortir de ses émotions fortes. Bien que le sublime commence à se présenter comme quelque chose d’incompréhensible psychiquement basé sur les sentiments purement humains, la possibilité de la transcendance est ouverte grâce à la confrontation qui se passe et à la fissuration historique du silence.[10]La confrontation incitée par la pièce de Claude est représentative d’une sorte d’hostilité qui menace la position d’Alex comme le maître de la maison silencieuse. En se référant à l’interprétation du sublime par Burke comme la menace de la nature contre l’homme[11]et celle de Kant comme la menace de la mortalité en face du monde spirituel[12], nous pouvons aussi dire que la violence proposée par Alex contre son fils est une forme de transcendance dans la mesure qu’il tente de se lever au-dessus de la menace de l’exposition par le biais de ce type de révolte. D’autre part, il est possible que Claude tire un sentiment de plaisir en évoquant un sentiment de peur dans son père en menaçant son sens de sécurité. Dans ce sens-là, l’expérience du sublime chez Claude se manifeste à travers le sentiment de satisfaction qu’il tire de la peur de son père par son exposition et comme résultat il est en mesure de commencer à cultiver sa propre transcendance car ce sublime représente aussi « le comble de la perfection dans les pensées ou dans les actions de quelques personnes privilégiées. »[13] C’est la présence de son père et ses secrets horribles qui nourrissent non seulement sa créativité en ce qui concerne sa pièce mais son expérience du sublime dans cet instant. L’expérience du sublime ici surgit de ses deux extrêmes ou de l’opposition entre les sentiments de la crainte et le plaisir qui touchent les personnages en question. L’aspect thématique de la corruption personnelle intérieure et de l’effondrement moral et spirituel de la famille suggère aussi l’expérience du sublime que nous voyons habituellement dans des tragédies romantiques dans le sens que l’expérience du sublime surgit et se développe entre deux mondes dans le moment où « l’action humaine fait l’objet d’une réflexion, d’un débat. »[14] La pièce de Claude et le monde fictif dans lequel la famille est située sert comme un outil qui pousse les personnages du monde réel à faire face aux forces opposés qui les entoure et à réexaminer leurs relations entre eux provoquant une sorte de renouvellement transcendantale. A cet égard, la pièce réel de Tremblay et celle fictive de Claude s’entrelace en ce qui concerne leur matériel et nous pouvons les considérer comme pièces existentielles qui mettent en évidence des expériences du sublime universelles.[15]

Bien que le domaine familial semble à première vue d’être mondain et fortement représentatif d’un monde fermé et silencieux, c’est une illusion qui met en scène deux mondes, deux aspects temporels et des personnages doubles comme un renversement d’images dans un miroir.[16] Dans ce domaine, l’expérience du sublime peut se manifester de l’anxiété qui surgit de la confrontation entre ces deux mondes opposés dans laquelle la vérité et la fiction sont suspendu dans le silence et le manque

[...]


[1] Paris, Ginette. « Everyday Epiphanies » In On The Sublime. London, Whurr Publishers Ltd., 1997, p87.

[2] Peyrache-Leborgne, Dominique. Lapoétique du sublime de lafin des lumières au romantisme, Paris, Honoré Champion Éditeur, 1997, p48.

[3] Ryngaert, Jean-Pierre. « Faut-ilparler le vrai monde? » Dans Le Monde de Michel Tremblay. Montréal, Cahiers de Théâtre Jeu/Editions Lansman, 1993, pl99.

[4] Yotova, Rennie. « Michel Tremblay « Le Vrai Monde? » 1987 «L’Impératif Présent » (2003), Sofia, Université St Kliment Ohridski, Bulgarie, p171.

[5] Hartmann, Pierre. Du Sublime (Boileau à Schiller). Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 1977, pl40.

[6] Peyrache-Leborgne, Dominique. Lapoétique du sublime de la tin des lumières au romantisme, Paris, Honoré Champion Éditeur, 1997, p44.

[7] Dejean de la Battir, Bernadette. « Personnages en récits doubles dans L’Inspecteur AU de Driss Chraïbi », Dans Itinéraires et contacts de cultures, Paris, L’Harmattan et Université Paris Volume 13, n° 27, Io semestre 1999, pl.

[8] Burke, Edmund. A Philosophical Inquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and the Beautiful: Reprint Edition Oxford, Basial Blackwell, 1757, p95.

[9] Bleakley, Alan. « Sublime Moments in the Body of the Double Pelican » In On The Sublime, London, Whurr Publishers Ltd., 1997, p58.

[10]Litman, Théodore. Le sublime en France (1660-1774). Paris, A.G. Nizet, 1971,p150.

[11]Weiskel, Thomas. The Romantic Sublime, Balitmore, John Hopkins University Press, 1976, p88.

[12]Young, Julian. Death and Transfiguration: Kant. Schopenhauer andHeidegger on the Sublime, In Inquiry, Volume 48, no 2, April 2005, pp 131-134.

[13] Litman, Théodore. Le sublime en France (1660-1774). Paris, A.G. Nizet, 1971, p123.

[14] Girard, Gilles et Ouellet, Réal. L’univers de théâtre, Paris, Presses Universitaires de France, 1978, p162.

[15] Ibid., p162.

[16] Ibid., p113.

Fin de l'extrait de 15 pages

Résumé des informations

Titre
Le Sublime Chez Michel Tremblay
Sous-titre
Analyse de la pièce «Le vrai monde?»
Université
York University  (Department of French Studies)
Cours
L'Esthétique et La Poétique FREN 5237
Note
B
Auteur
Année
2007
Pages
15
N° de catalogue
V270765
ISBN (ebook)
9783656623922
ISBN (Livre)
9783656623892
Taille d'un fichier
426 KB
Langue
Français
mots-clé
French, Literature, Michel Tremblay, Québec, Théâtre, French Canadian, canadien français, Études Littéraires, Essay
Citation du texte
Brian Burke (Auteur), 2007, Le Sublime Chez Michel Tremblay, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/270765

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