Le Microcrédit au Maroc. Tensions entre finalités sociales et performances commerciales


Thèse de Master, 2013

219 Pages


Extrait

SOMMAIRE :

Introduction

Chapitre préliminaire
Partie I : Le microcrédit au Maroc, un outil émergent de la politique publique sociale
Chapitre I : Présentation et analyse de la politique publique sociale au Maroc
Section 1 : Le référentiel social de la politique publique
Section 2 : Réglementations, Institutions & Programmes de la PPS
Chapitre II : le Microcrédit au Maroc, levier de développement socio-économique
Section 1 : Le microcrédit, de la génération de revenu au renforcement des capacités
Section 2 : Le microcrédit, un outil de lutte contre les pauvretés

Conclusion Partie n°1
Partie II : Le Microcrédit, d’un discours articulé sur la finalité sociale vers une pratique orientée vers la performance commerciale
Chapitre I : Le microcrédit au Maroc, un secteur en expansion
Section 1 : Présentation du secteur au Maroc
Section 2 : Al Amana Microfinance, un acteur du secteur de MC au Maroc
Chapitre II : Les effets de l’adoption du référentiel de marché
Section 1 : Le MC et les nouveaux paradigmes de développement
Section 2 : Les pratiques des AMC, des dérives quantà la finalité originelle du MC

Conclusion Partie n°2

Conclusion Générale

Bibliographie

Tables des matières

Annexes

DEDICACES

A mes parents

A Ma femme, pour ton soutien indéfectible ainsi que tes encouragements inestimables, que tu trouves ici l'expression de ma profonde gratitude.

A ma fille RACHA,

A mes s œ urs et frères,

A toute ma famille età tous mes amis.

Je vous dédie ce travail en témoignage de reconnaissance de vos soutiens permanents.

REMERCIEMENTS

Je remercie tout d ’ abord ALLAH le Tout Puissant de m ’ avoir aidéet donnépatience et courage durant ces longues et dures années d ’é tudes et de recherches.

Mes remerciements s ’ adressent ensuiteà:

Mon Professeur et Encadrant, Monsieur Abderrahim EL MASLOUHI , qui n ’ aépargnéaucun effort pour m ’ aiderà menerà bien ce travail.

Mon professeur et Co-encadrant Faiçal BENCHEKROUN, pour son accompagnement tout au long de la réalisation de cette recherche.

Mon Professeur Abdellah SAAF, Coordonateur du Master Management de Développement Social, dont l'enseignement et le parcours suscitèrent un challenge déterminant qui daignera accepter l'expression de ma respectueuse sympathie.

Professeurs Mrs. Mohamed LAHBOUSS et Mohamed HADDY d ’ avoir acceptéd ’être membres du jury et pour leurs remarques constructives.

Tous mes professeurs du Master MDS pour la qualitéde l ’ encadrement, la patience, la pertinence des conseils et l'extr ême richesse de leurs enseignements.

Mr. Youssef ERRAMI, Directeur du Centre Mohamed VI de Soutienà la Microfinance Solidaire pour ses conseils pertinents et pour m ’ avoir permis d ’ utiliser pour ce mémoire une documentation riche.

Le personnel du Centre Mohamed VI pour le Soutien de la Microfinance Solidaire pour m ’ avoir acceptéparmi eux et pour m ’ avoir appuyéet facilitéma tâche pendant mon séjour de recherche au centre.

Le personnel de l ’ Association Alamana Microfinance, du siège et de la succursale de Rabat, pour m ’ avoir aidéà réaliser l ’ enqu ête du terrain auprès des clients et bénéficiaires du microcrédit et pour la qualitéde l ’ accueil, leur disponibilitéet gentillesse.

Monsieur ARIOUS Mohamed, Professeur de langue fran ç aise, d ’ avoir acceptéde corriger la première version de ce mémoire.

Enfin, je tiensà remercier tous ceux qui m ’ ont aidédans ma recherche et l ’ ensemble des praticiens du secteur de microcrédit qui m ’ ont soutenu aussi le personnel de la FNAM pour m ’ avoir fourni les statistiques récentes sur le secteur.

Mercià tous ceux qui ont contribuéde prés ou de loinà l ’ accomplissement de cette modeste contribution de recherche.

Merci.

PRESENTATION DU MEMOIRE :

Depuis plus de trente ans, le microcrédit est devenu un véritable secteur économique, qui pèse vingt milliards de dollars avec plus de cent millions d’emprunteurs dans près de 150 pays. Il a non seulement gagné en extension géographique, mais il est aussi devenu industriel. Aussi, le microcrédit affiche -t-il une identité sociale dont l’objectif est de servir les pauvres en les incluant financièrement par l’accès au crédit.

La conciliation entre l’atteinte des pauvres et la pérennisation de l’institution de MC est en quelque sorte la question débattue dans ce mémoire de fin d’étude. Ce dernier est articulé en deux parties pilotées d’un chapitre préliminaire. Concernant les axes de la recherche on compte dans chacune des parties composant le rapport deux chapitres où chacun contient deux sections avec deux paragraphes par section et deux points par paragraphe. On trouve ci-après l’ossature sommaire du rapport :

Partie I : Le microcrédit au Maroc, un outil émergent de la politique publique sociale Chapitre 1 : Présentation et analyse de la politique publique sociale au Maroc Chapitre 2 : le Microcrédit au Maroc, levier de développement socio-économique

Partie II : le microcrédit, d’un discours articulé sur la finalité sociale vers une pratique orientée vers la performance commerciale

Chapitre 1 : Le microcrédit au Maroc, un secteur en expansion

Chapitre 2 : Les effets de l’adoption du référentiel de marché

RESUME DU MEMOIRE

Microcrédit pour le Microcrédit ou Microcrédit Engagé pour la cause du développement social ; telle est la question fondamentale traitée dans cette recherche. Seulement, la transcription de la mission sociale du MC dans la pratique a fait couler beaucoup d’encre suiteà la convergence que connait le secteur aujourd’hui et qui découle du débarquement de nouveaux arrivés confortés du paradigme commercial recherchant la viabilité financière des institutions de MC. Or, les objectifs affichés tournent autour de l’amélioration des conditions de vie des pauvres et l’extension de la gamme des opportunités et options offertes, leur réalisation passe par l’offre de services de qualité en tenant compte des besoins et des demandes ; la distribution de ces servicesà des coûts et des taux d’intérêt équitables ; la contribution au développement des liens sociaux et du capital social; la réduction de la vulnérabilité ; mais aussi la surveillance des effets secondaires négatifs du microcrédit comme le surendettement.

En revanche, il est illusoire d’attendre du microcrédit d’opérer une transformation radicale dans la situation des personnes pauvres. Il ne peut pas être l’unique outil de lutte contre toute forme d’exclusion, genre d’outil ‘‘tout terrain’’ de lutte contre la pauvreté. Donc, il ne doit pas être véhiculé en tant qu’Alternatif au travail productif,à la protection sociale et aux politiques publiques sociales.

De ce fait, il semble difficile de statuer de façon concluante et scientifique sur les effets du microcrédit : tant les expériences et les environnements dans lesquels se pratique restent différents. Le succès institutionnel du MC ne doit pas dissimuler le fait qu’il n’est en aucun cas un remède durable faceà une pauvreté chronique. Bien que le microcrédit puisse être une composante d’une approche globale et plus large de lutte contre toutes les formes de pauvretés, il se trouve aujourd’huià la croisée des chemins entre une vision institutionnaliste et une autre solidariste. C’est pourquoi les pouvoirs publics sont appelésà jouer un rôle important dans la définition du microcrédit de demain : performant ou non, aussi bien sur le plan social que commercial. Deux approches qui placent la performance financière et la performance sociale du microcrédit en opposition perpétuelle.

ABSTRACT

The Microcredit for the Microcredit or Microcredit Engaged on the cause of social development it’s the fundamental question addressed in this research. However, the transcript of the MC’s social mission in practice has been much written by many interested persons especially with the convergence that knows the industry today, which follows the landing of newcomers, reinforced the trade paradigm seeking financial viability of microfinance institutions. But, the declared goals turn about improving the living conditions of the poor and expanding the range of opportunities and options, their achievement through the provision of quality services taking into account the needs and demands; distribution of these services at cost and fair interest rates, contributing to the development of social bonds and social capital, the reduction of vulnerability, but also the monitoring of negative side effects of microcredit as the debt overhang.

Nonetheless, it is unrealistic to expect the microcredit implement significant change in the situation of the poor people. It can not be the only tool in the fight against all forms of exclusion, such a tool'' all terrain'' the fight against poverty. So it should not be seen as an alternative productive work, social protection and social public policy. Therefore, it seems difficult to decide conclusively on the impacts of microcredit as the experiences and environments in which practice are different. The institutional success of the MC should not disguise the fact that it is by no means a lasting cure against chronic poverty.

Although microcredit can be a component of a comprehensive and broader fight against all forms of poverty, it is now at a crossroads between an institutionalist vision and solidaristic vision. That is why the government will play an important role in shaping the future of microcredit: efficient or not, both socially and commercially. Two approaches that place the financial performance and social performance of microcredit in perpetual opposition.

ﺧﻠﻣص

ﻊﯾﺟﺷﺗاﻘﻟروض اﻐﺻﻟرىﺧ دﻘﻠﻟ ﺔﻣطﺎع اﻠﺗﺧﯾ ﻲﻟﺎﻣﻟف إﺣ ﻰﻟد اﺎﻌﺗﻟرضﻋ نﻣ ﺎﮭﻠﯾﮭﺳﺗ ن أﺟلﺔﯾﻣﻧﺗ اﺎﺻﺗﻗﻻد ا ﻲﻋﺎﻣﺗﺟﻻواﺎﻌﺗﻟوﻋ) ﻲﻧن طرﯾقﻣﺗ وﯾل اﺷﻧﻷط ﺔاﻣﻟدرةﻠﻟ دﺧل(؛ﻠﺗ ك ھ ﻲا ﺔﯾﻟﺎﻛﺷﻹاﺣﻣﻟورﺔﯾ ﯾﻌﻔﺗ ﺔﻟﺄﺳﻣل اﻟدور اﺎﻧﺗﯾ ﻲﺗﻟو ﺎﮭﻟھذا اﺣﺑﻟث .رﻏم أﺎﻛ ﮫﻧن داﺣﻣ ﺎﻣﺋط اھﺎﻣﺗم اﻌﻟدﯾدﻣ ن اﯾﺛﺣﺎﺑﻟن، اﻣﻧﺗﻟويﻘﻠﻟ روض اﻐﺻﻟرى ﻲﻓ اﻟواﻊﻗ،ﺻﺧ و ﻊﻣ ﺎﺻاﺣﺗﻟوﻻت اﺟﻟوھر ﺔﯾاﻌﯾ ﻲﺗﻟر ﺎﮭﻓاﻘﻟطﺎع اﯾﻟوم وا ﻲﻓ ﺔﻠﺛﻣﺗﻣﻟدﺧول اﯾﻧﺑﺗﻣﻟن ﺞﮭﻧﻟ اﻣﻧﻟوذج اﺎﺟﺗﻟري ﻰﻠﻋ اﺧﻟط ، اﯾﻋﺎﺳﻟنﺎﻣﺛﺗﺳﻼﻟ ر اﻣﻟر ﺢﺑواﻣﻵنﻛ .ل ھذاﺗﯾ مﺿ دا ﻰﻠﻋ اﻷھداف ا ﺔﻧﻠﻌﻣﻟواﻟرا ﺔﯾﻣإﯾﺳﺣﺗ ﻰﻟن اﻟظروف اﻘﻔﻠﻟ ﺔﯾﺷﯾﻌﻣﻟراءﮭﺗﺳﻣ ﺔﺋﻔﻛ دﻋ ﺔﻓن طرﯾقﺗ و ﻊﯾﺳآﺎﻓق اﻔﻟرص واﺎﯾﺧﻟرات اﮭﻟ ﺔﺣﺎﺗﻣﻟم،ﺗ وﯾﻓرﺧ دﺎﻣت ذاتﺟ ودةﺳﺎﻧﺗ بﻣ طﮭﺑﻟﺎم وﻲﺑﻠﺗ ﮭﺗﺎﯾﺟﺎﺣم ،ﺗ وز ﻊﯾھذه اﺧﻟدﺎﻣتﺎﻌﺳﺄﺑ رﻘﻌﻣ و ﺔﻟوﺔﻔﺻﻧﻣ،ﯾﺗﻣﺗ ن اﻟرواﺑط ا ﺔﯾﻋﺎﻣﺗﺟﻻوﯾﻣﺛﺗن اﻟرأﺎﻣﺳل اﻲﻋﺎﻣﺗﺟﻻ،وﻛذا اﺎﺳﻣﻟھ ﻲﻓ ﺔﻣاﺣﻟدﻣ ن ا ﺔﺷﺎﺷﮭﻟورﺻد وﺎﺣﻣر ﺔﺑاﺎﺛﻵر ا ﺔﯾﺑﻠﺳﻟاﺗﻣﻟرﻋ ﺔﺑﺗن ھذا اﻧﻟوع ﻣن اﻘﻟروضﻛﺷﯾ ﻻ ﻲﻛ لﻋﺎﺳﻣ ﻼﻣﺎﻋ داﺄﺗﻟ زم ھذه اﻣ ﺔﺋﻔﻟن اﮭﺗﺳﻣﻟدﯾﻓن واﻛﻣﯾ ﻲﺗﻟن أنﯾ ؤدي ﺎﮭﺑ إﻰﻟ

اﻼﻓﻹس.

ﯾﻟسﻣ ن اﻟواﻲﺷ ﻲﻓ ﺔﯾﻌﻗء أنﻘﺗﻌﻧ دﻘﺑ درة اﻣﺗﻟوﻼﯾت اﻐﺻﻟرى اﺎﯾﻘﻟمﺣﺈﺑ داثﯾﯾﻐﺗ راتﺟ وھرﻲﻓ ﺔﯾ و ﺔﯾﻌﺿاﻘﻔﻟرﻧﻋ د اﮭﺗﺳﻣﻟدﯾﻓن، ﺎﻣﻛ أﻛﻣﯾ ﻻ ﮫﻧنﺻﺗ ور ھذا اﻧﻟوعﻣ ن اﻘﻟروض أداة وﯾﺣدةﻊﯾﻣﺟ ﺔﺣﻓﺎﻛﻣﻟ أﺎﻛﺷل اﺎﺻﻗﻹء واﻘﻔﻟر أوﺗﯾ مﺣﺳ ﺎﺻﻋ" ﺎﮭﻠﯾﺧﺗ رﺣﻟ "ﺔﯾل اﻛﺎﺷﻣﻟل اﻘﻔﻟﺎﺑ ﺔﻘﻠﻌﺗﻣﻟر ﺎﮭﻧﻣ أوﺣﺗ لﺣﻣ ل

اﻣﻌﻟل ا ﺞﺗﻧﻣﻟأوﺑ دﻧﻷ ﻼﯾظ ﺔﻣا ﺔﯾﺎﻣﺣﻟا ﺔﯾﻋﺎﻣﺗﺟﻻأوﺎﺳﺎﯾﺳﻠﻟ ت ا ﺔﯾﻋﺎﻣﺗﺟﻻاﻣﻌﻟو.ﺔﯾﻣ وھﻛذاﻣ ﺢﺑﺻﯾ ن اﻌﺻﻟب إﺻدارﻛﺣ مﻣ وﺿو ﻰﻠﻋ ﻲﻧﺑﻣ ﻲﻋأﺎﺳس ﻲﻣﻠﻋ وﻧﻣطقﻣ وﺿوﺄﺷﺑ ﻲﻋن اﺎﺛﻵر اﺗﻣﻟرﻋ ﺔﺑﺗنﺗ رو ﺞﯾھذا اﻧﻟوعﻣ ن اﻘﻟروضﺻﺧ و ﺎﺻوأن اﺎﺟﺗﻟرب اﻣﻟو ﺔﻔﻠﺗﺧﻣ ﻰﻘﺑﺗ ﺔﻘﺛاﺞﺋﺎﺗﻧﻟ

ﻼﺗﺧﺎﺑف اﺎﺋﯾﺑﻟت واﻟظروف اﺗﯾ ﻲﺗﻟم ﻲﻓ إطﺎرھ ﺎإﺎﻣﻋل ھذا اﻣﻧﻟوذج.

ﻛﻟل ھذا ﻊﯾﻣﺟ ﻰﻠﻋ ﻲﻐﺑﻧﯾ اﺗﻣﻟدﯾﻠﺧن ﻲﻓ اﻘﻟطﺎع أنﻛﯾ وﻧوا واﯾﻋنﺄﺑ نﺎﺟﻧ ح اﻣﻟؤﺎﺳﺳت اﺷﺎﺑﻣﻟرة ﻘﻠﻟروض اﻐﺻﻟرىﻛﻣﯾ ن أنﻛ ﺔﻘﯾﻘﺣ ﻲﻔﺧﯾ ون ھذه اﻣﺗﻟوﻼﯾتﺳﯾﻟ تﺗﺳﻣ ﺎﺟﻼﻋ دا ﺔﻟﺎﺣﻟ ﺎﻣاﻘﻔﻟر اﻣﻟزﻣن، إ ﻻأﻛﻣﯾ ﮫﻧن اﺎﺑﺗﻋرھﺟ ﺎزءاﻣ ن رؤﻣﺷ ﺔﯾوﺗ ﺔﯾﻟروم اﺣﻟدﻣ ن اﻘﻔﻟرﺻ ﻰﺗﺷ ﻲﻓ وره. ورﻏم ذﻟك ﻲﮭﻓ اﯾﻟومﺗﻔﻣ ﻲﻓ رق اﻟطرقﯾﺑ نﯾﺟﮭﻧ نﯾﻔﻠﺗﺧﻣ ن إﺣ ﻰﻟد اﺎﻌﺗﻟرض :ﺞﮭﻧ اﻷداء اﻣﻟؤﻲﺗﺎﺳﺳ اﻟذيﺣﺑﯾ ثﻋ ن اﻟر ﺢﺑو اﻣﻟردود ﺔﯾو ﺞﮭﻧ اﻷداء ا ﻲﻋﺎﻣﺗﺟﻻاﻟذيﻐﺗﺷﯾ ل ﻰﻠﻋ اﻧﺎﺟﻟب اﻣﻧﺗﻟويﺔﺋﻔﻠﻟ اﮭﺗﺳﻣﻟدﻛﻟ .ﺔﻓل ھذا ﻰﻘﺑﺗ اﻛﺣﻟوﺎﻣت ھ ﻲاﻋﻼﻟب اﺑﻛﻷرﺣﺗ ﻲﻓ دﯾد وﺄﺗطﯾرﻧ وع و ﺔﻔﺻاﻘﻟروض اﻐﺻﻟرى اﻣﻟرادﺷﺎﺑﻣ ر ﻲﻓ ﺎﮭﺗاﺑﻘﺗﺳﻣﻟلﺎﻛ ﺎﻣﻔﯾﻛ .ن اﻣﻷرﻛﺷﯾ ل اﻷداء اﺎﻌﺗ ﻲﻋﺎﻣﺗﺟﻻرﻣﺗﺳﻣ ﺎﺿراﯾﺿﻧ ﻊﻣ ره

اﻣﻟؤ ﻲﺗﺎﺳﺳإﺣ ﻰﻟدﻌﺻﯾ ب ﮫﻌﻣ ا.ﺎﻣﮭﻧﯾﺑ ﻊﻣﺟﻟ

MOTS CLEFS

Agent de crédit, Association de Microcrédit, Conseil Consultatif de Microcrédit, Fédération Nationale des Associations de Microcrédit, Institution de Microfinance, Microcrédit, Microfinance.

KEYWORDS

Loan officer, Association of Microcredit, Microcredit Advisory Board, Nation Federation of Microcredit Associations, Microfinance Institution, Microcredit, Microfinance.

ﺎﻔﻣھ ﻢﯿأﺔﯿﺳﺎﺳ

ﻋون اﻘﻟرض، ﺔﯾﻌﻣﺟ اﻘﻟروض اﻐﺻﻟرى، اﻠﺟﻣﻟس اﺎﺷﺗﺳﻻريﻘﻠﻟ روض اﻐﺻﻟرى ، اﯾﻔﻟدرا ﺔﯾﻟاﻟوطﺎﯾﻌﻣﺟﻟ ﺔﯾﻧت اﻘﻟروض اﻐﺻﻟرى ،ﻣ ؤ ﺔﺳﺳاﻣﺗﻟوﯾل اﻐﺻﻷر ، اﻘﻟروض اﻐﺻﻟرى ، اﻣﺗﻟوﯾل اﻐﺻﻷر.

ABREVIATIONS ET ACRONYMES

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

INTRODUCTION GENERALE :

Aujourd’hui, le microcrédit connaît un véritable succès tant par son ‘‘implication réelle et son efficacité pour la lutte contre la pauvreté’’1, que par sa vision développementaliste. Il est ajusté pour s’inscrire dans le registre de participation au décollage2 économique des pays émergents.

En exigeant des garanties pour pouvoir accorder des crédits, les banques excluent bon nombre de personnes jugées ne disposant pas de fonds nécessaires au remboursement d’un prêt puisque « tout le monde ne peut pas obtenir un crédit bancaire3 ».

Or, le microcrédit est avant tout un crédit comme les autres car il incarne et « conserve toutes les caractéristiques du crédit tel qu’il se développe dans les organisations (...) bancaires4 ». Relevant d’un contrat entre prêteur et emprunteur visantà garantir son remboursement, le microcrédit est prescrit comme un petit prêt remboursableà court terme servant au financement d’une activité économique durable et rémunératrice. Comme il est destinéà accompagner le démarrage des projets et activités génératrices des revenus (AGR) des individus n’ayant pas accès aux services bancaires classiques.

Son objectif consiste en la promotion du développement social, c’est ainsi qu’il participeà la lutte pour l'éradication de la pauvreté grâceà sa forme innovatrice d'aide qui ne s’identifie plusà de l'assistanat pur et simple.

Le concept a vu le jour au Bangladesh au début des années 70, grâce au Dr. Mohamed YUNUS5, qui l’a ‘‘relancé’’à travers son organisation « La GRAMEEN BANK » laquelle reste la première et fameuse institution du microcrédit au monde.

Par la suite, l’expérience s’est rapidement généraliséeà travers le monde au nord comme au sud. Un sommet International lui a été consacré en 1997 aux USA, et le phénomène a pris une telle ampleur que les Nations Unies ont décidé de déclarer 2005 année du microcrédit. Ce faisant, les NU ont consacré le MC comme l’un des principaux outils devant permettre d’atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire (OMD).

Le secteur du MC au Maroc est relativement jeune et dynamique, la première expérience a débuté en 1993 dans la région de Khénifra avec l’AMSED s’appuyant sur l’association locale Oued Srou (AOS). Le secteur bénéficie d’un contexte institutionnel favorable, il est régi par la loi 18-97 votée en 1999. Actuellement, il existe plus de 12 associations d’ampleur nationale coordonnant leurs efforts depuis 2001 dans le cadre d’une structure fédératrice appelée Fédération Nationale des Associations de Microcrédit (FNAM).

Jusqu’en 2007, le microcrédit au Maroc a été souvent cité comme exemple typique d’un « succes story » suite au succès réalisé età la croissance fulgurante qu’a connu le secteur pendant les dix années «glorieuses» (1997-2007). Une telle réussite a été rendue possible grâceà la détermination des associations de microcrédit (AMC), l’appui de l’Etat, le soutien financier du Fonds Hassan II pour le développement, le soutien financier de la Fondation Mohammed Và travers l’INDH, l’engagement des banques commerciales locales et l’assistance de la communauté internationale des bailleurs de fonds.

En décembre 2007, quelques signes de la crise commençaientà apparaître (crise des impayés, augmentation des portefeuillesà risque, abandons de créances, ...). Certains annoncent qu’une telle crise est due essentiellementà une croissance dite ‘‘non maîtrisée’’ du secteur. En effet, des actionsà caractère correctif ont été initiées au sein du secteur par le lancement d’opérations de réorganisation des associations actives avec une certaine réadaptation de l’offre du MC d’autant plus que le gouvernement et les instances de supervision ont rapidement réagi pour rétablir la confiance.

La présente étude tente de questionner les orientations attribuées actuellement au microcrédit, celles d’une approche commerciale basée sur les règles et pratiques du marché qui risque d’oublier pourquoi le MC a été ‘‘inventé’’, développé et existe encore.

De plus, la recherche essaye d’enrichir le débat et l’analyse sur le dilemme de compatibilité entre la courseà la commercialisation du microcrédit et son objectif de départ qui n’est autre que l’inclusion sociale des (plus) pauvres.

Par la même occasion, sont abordés au cours de ce mémoire le rôle du microcrédit, ses objectifs, son impact sur la qualité de vie et le devenir de ses destinataires (état d’esprit, qualité de vie, pouvoir d’achat, revenus, santé, formation, habitat... etc.).

1. PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE

Le recours au crédit est une pratique très ancienne et enracinée dans l’histoire de l’humanité, le fait de recourirà cette recette est classiquement dicté par une situation du besoin de financement d’une action, activité ou investissementà réaliser.

A l’origine, le microcrédit a été conçu en tant que mécanisme de financement de proximité et ce pour inclure socialement les plus pauvres qui sont exclus par nature du système bancaire. Bien qu’il soit communément admis que ce dispositif présente un levier de développement social dans la mesure où il participe « activement » au processus de lutte contre la pauvreté,à travers la mise en œuvre d’une offre financière décentralisée et « adaptée » au profit des démunis. Quoique l’évolution rapide du secteur, sa refonte et l’émergence de l’adoption des pratiques commerciales par les AMC ont permis la fleuraison d’un nouveau ‘‘business dans les pauvres’’ appelé ‘‘business social’’ recherchant pérennité, rentabilité et viabilité financières. Ce business découvre dans les pauvres un marché importantà investir et, dont la base est l’existence d’une réelle demande de financement avec des besoins croissants.

Dans les pays en développement, le microcrédit se présente comme un moyen de lutte contre la pauvreté6. Il exige la présence de deux dimensions fondamentales et transversales7: la rentabilité de l’institution et le principe de solidarité qu’elle véhicule. Cependant, un problème, caractérisé par le schisme8 du MC, est souvent confronté par les institutions de microcrédit : Y-a- t-il une conciliationà faire entre ciblage des pauvres (performance Le Microcrédit au Maroc : Tensions entre Performance Commerciale et FinalitéSociale (Cas : Al Amana Microfinance) sociale) et l’atteinte de la viabilité financière qui exige la réalisation de la plus value (performance financière)? Peut-on combiner ces deux buts ?

Néanmoins, dans quelle mesure le fait de prêter de ‘‘petites’’ sommes d’argentà des personnes pauvres, considérées comme ‘‘non solvables’’, selon les règles du marché, permet-il leur inclusion sociale ? Qu’en est-il de la réduction de la pauvreté ? du développement de nouvelles activités, de la création de nouveaux emplois, voire la génération de revenus supplémentaires ?

Du point de vue du marché financier de proximité, les clients du microcrédit sont des « pauvres » chassés du système de financement classique. Sa raison d’être est la rentabilité financièreà travers la mise en œuvre de produits adaptésà la demande existante. Dans un cas pareil, la quête de performance commerciale et celle de viabilité financière ne repoussent-t-elles pas les AMCà s’écarter de leur mission sociale ? Or, la contrainte de la croissance des AMC accentue l’endettement des populations pouvant être excessif, sans oublier les conséquences amplificatrices d’une concurrence acharnée entre AMC au niveau de l’endettement croisé. N’y a-t-il pas donc un risque éminent de perte de la vision sociale du microcrédit au profit de considérations de visibilité financière. Est-il indispensableà la croissance ou correspond-t-ilà une bulle spéculative9 dangereuse pour l'économie lorsque les promesses de revenus futurs sont surestimées ?

En effet, il me semble nécessaire de définir deux hypothèses d’étude dont il serait utile de vérifier la véracité tout au long de la présente recherche :

1ère Hypothèse:

Le microcrédit est un levier de développement, dans ce cas comment impacte-t-il positivement la situation socioéconomique de ses destinataires (niveau de vie, revenu, formation, assistance et accompagnement, développement du secteur formel, suivi des projets des bénéficiaires, promotion des bonnes pratiques de gestion, ... etc.)? Permet-il de créer de nouveaux emplois, de nouvelles activités et de générer des revenus

Le Microcrédit au Maroc : Tensions entre Performance Commerciale et FinalitéSociale (Cas : Al Amana Microfinance) complémentaires ? Ses effets se traduisent-ils par des améliorations au niveau de l’économie locale et des conditions de vie des « clients » ? Son action peut elle être qualifiée de suffisante et efficace faceà la pauvreté età l’exclusion sociale?

Toutefois, le microcrédit peut-t-il avoir un effet de réduction de la vulnérabilité10 ? Et ainsi prémunir ses bénéficiaires contre les risques des aléas de la vie en leur permettant, notamment dans le cas des plus « pauvres », de développer une activité génératrice de revenus, de se constituer un capital, tout en leur évitant d’avoir recoursà des empruntsà fort taux d’intérêt ?

2ème Hypothèse:

Il est évident que la réalité est aussi complexe pour noter que les pauvres n’ont pas attendu le microcrédit pour faire des emprunts et les utiliser dans le but de satisfaire leurs besoins de consommation ou encore de développer une activité. Le microcrédit arrive, bel bien, dans un « marché financier déjà très actif11 », et auprès d’une population qui sait ce que sont les dettes.

Donc, le microcrédit conçu comme un système financier de proximité est construit autour d’un marché dont les clients sont généralement pauvres et exclus. Sa raison d’être est la rentabilité de ses opérationsà travers la mise en œuvre d’une offre de produits adaptésà la demande existante. Quelles sont donc les caractéristiques dudit marché ? Comment fonctionne-t-il ? Dans ce cas, l’objectif de performance commerciale (croissance, profitabilité, viabilité, part de marché, ...) ne pousse-t-il pas les acteursà se dériver de leur mission sociale ? D’autant plus que le souci de la croissance par l’atteinte de nouveaux clients peut probablement êtreà l’origine de situations excessives de surendettement et de détournement des prêts de leur objectif développementaliste.

La question de ciblage des clients est une autre pisteà creuser afin d’examiner les clients privilégiés des acteurs de MC ; ces derniers ciblent-t-ils les pauvres, les plus pauvres ou simplement les solvables financièrement parmi eux ? Ces crédits sont-ils destinésà la production,à la distribution ouà la consommation ? Changent-ils réellement quelque choseà la situation des destinataires ? Améliorent-ils leurs conditions de vie ? S’agit-il du microcrédit ou du microendettement destiné aux particuliers pauvres ?

2. PERTINENCE DU THEME

Le choix du thème est dicté pour plusieurs raisons, tout d’abord les débats enclenchés dernièrement autour de l’intérêt social du microcrédit (MC) ne se sont pas positionnés clairement quantà sa conceptualisation (levier de développement, mécanisme financier, outil de lutte ou d’éradication de la pauvreté, dispositif d’inclusion sociale ...etc.). Ensuite, les difficultés qu’a connues récemment le secteur au Maroc - après une bonne période de réussite et de croissance progressive - ont imposé une révision des politiques au niveau du secteur et une revue d’ordre organisationnel des AMC opérantes. De plus, les tentatives d’appropriation du MC par le système néolibéral (FMI, BM) grâce au développement originel du secteur a fini par attirer l’attention et susciter l’intérêt des bailleurs de fondsà l’existence d’un marché alléchant. Chose qui exige une réflexion prudente sur les incidences et les effets de cette action au niveau de la mission du MC. Enfin, il y a peu de temps la multiplication des appels en faveur de la bancarisation des AMC et leur transformation en sociétés financières, témoigne clairement de cette tendance. Tous ces aspects sont,à mon avis d’une importance capitale et méritent d’être examinés dans le cadre de cette modeste recherche.

3. METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

Sur le plan méthodologique, la recherche est conduite théoriquement selon la méthode déductive qui part de données générale et les vérifie sur le terrain de façon concrète. Elle est définie comme un ensemble de procédures systématiques permettant de traiter des données qualitatives conformes aux objectifs de la recherche.

Cependant, la déduction est globalement comprise : d’abord en tant que vérification empirique directe des généralités du départ,à grande échelle, Ensuite, en tant que validation des théories, hypothèses ou intuitionsà une échelle plus réduite.

Dans le présent mémoire, la déduction est prise comme un type de raisonnement qui consisteà passer du général au spécifique; cela signifie qu’à partir de faits rapportés ou observés (résultats de l’enquête, entretiens, observations, etc.), on va aboutirà une idée par vérificationà partir d’un cadre théorique pré-établi.

De ce fait, la recherche comporte un travail de terrain sous forme d’une enquête qualitative réalisée dans la région de Rabat auprès des ciblés par le microcrédit (un échantillon de 63 bénéficiaires du microcrédit parmi les clients de l’association AlAmana, choisis de façon aléatoire et interviewés dans les locaux de l’association) tout en ayant des entretiens avec les acteurs des AMC. Toutefois, la réussite de cette tâche dépend de la participation et du soutien des acteurs du microcrédit en matière d’accès aux données et de prise de contact avec leurs ‘‘clients’’.

4. SCHÉMA DU TRAVAIL

Il me semble pertinent d’approcher cette recherche selon le plan présenté ci-après. De ce fait, ce dernier est divisé en deux grandes parties suivantes :

Partie I : Le microcrédit au Maroc, un outil émergent de la politique publique sociale

Chapitre 1 : Présentation et analyse de la politique publique sociale au Maroc

Chapitre 2 : le Microcrédit au Maroc, levier de développement socio-économique

Partie II : le microcrédit, d’un discours articulé sur la finalité sociale vers une pratique orientée vers la performance commerciale

Chapitre 1 : Le microcrédit au Maroc, un secteur en expansion

Chapitre 2 : Les effets de l’adoption du référentiel de marché (L’appropriation du MC par les instances de BW ou les nouveaux paradigmes de développement)

Aussi, un chapitre préliminaire est consacréà la genèse, fondements et bases du microcrédit. Quant au travail sur le terrain et vu son importance, on l’a abordé au niveau de la section 2 du 1er chapitre de la 2ème partie. A l'égard de l’analyse des résultats du secteur permettant l’appréhension de ses tendances, un ensemble de recommandations a été proposé concernant aussi bien acteurs, intervenants que parties prenantes du secteur de MC.

« Le droit de s’endetter a ainsi été constitutif du projet (utopique) de construction d’une société prospère et sans classe (...) »12.

Nicolas DELALANDE

,PDJH VXSSULPpH Source : L’image dans son contexte, sur la page www.lewebpedagogique.com/maule64/2010/01/

CHAPITRE PRELIMINAIRE

En fait, le crédit peut devenir un levier de développement du moment qu’il offre une ressource pour aider chacunà réaliser ses projets. Le microcrédit est d’abord une réponseà des carences13 d’ordre bancaires, publiques, associatives ou parfois familiales. Il permet de satisfaire des besoins spécifiques jusqu’alors sans réponse.

Durant ce chapitre préliminaire on traitera trois points : le volet historique et conceptuel du microcrédit, le microcrédit comme système de financement alternatif et enfin le dernier point cernera la typologie des acteurs du microcrédit.

I. GENESE, FONDEMENTS ET BASES DU MICROCREDIT

1. Aperçu historique :

Le concept de microcrédit est né en Europe,à la fin du XIXe siècle, dans les mutuelles du crédit agricole. A l’époque, il s’agissait d’une forme de crédit collectif, dont le risque était couvert par la caution solidaire et la supervision des pairs. Longtemps oubliée, l’idée a finalement été reprise et modifiée en 1974 par le professeur d’économie Muhammad Yunus. Après plusieurs expériences du même type, le professeur décida de lancer un projet de recherche afin de tester,à grande échelle, sa méthode de crédits et de services bancaires adaptées aux populations des zones rurales. Cela aboutit en 1983à la création de la Grameen Bank (« Grameen » signifie « village » en Bengali), premier organisme indépendant de microcrédit au monde.)

Par la suite, ce système d’emprunt fut transposé progressivement dans d’autres pays en développement, en Afrique et en Amérique latine, souvent avec succès. L’introduction du microcrédit en Occident s’est faite plus tardivement.

Dans des économies intégrées, dotées de systèmes bancaires performants et de populations plus aisées, son utilité semblait moins flagrante. Pourtant, les pouvoirs publics ont soutenu Le Microcrédit au Maroc : Tensions entre Performance Commerciale et FinalitéSociale (Cas : Al Amana Microfinance)

sa mise en place, convaincus d’avoir trouvé un vecteur d’intégration pour les personnes en difficulté, qui ne répondent pas aux conditions d’emprunt habituelles. La France fut l’initiatrice du mouvement en Europe, avec la création de l’Association pour le droità l’initiative économique (ADIE) en 1989.

De la finance informelle au microcrédit :

« Certes, le crédit est aussi vieux que le monde. Les historiens situent sa naissance en Babylonie, quelque trois mille quatre cents ans avant Jésus-Christ… »,14 et on retient aussi que des origines du microcrédit ont été recensées dans les années 1960 en Afrique (Burkina Faso, Cameroun). Toutefois, on ne peut parler de véritable naissance du microcrédit que dans les années 1970 au Bangladesh par Muhammad Yunus (‘‘emblème’’ du microcrédit) qui, après avoir prêté de son propre argentà des femmes pour qu’elles développent de très petites activités commerciales, a créé la Grameen Bank (banque de village ou des pauvres).

Avant l’apparition du microcrédit, des systèmes de tontines existent depuis des siècles en Afrique du moment où certains historiens en parlent des premières traces au 16ème siècle. Ces systèmes fonctionnent parfaitement tout en mettant en oeuvre le principe de l'épargne préalable dont la base sociale15 est la connaissance, les relations personnelles, la confiance, les affinités professionnelles ou « ethniques », le voisinage, ...etc. En fait, ce sont des regroupements,à l'échelle d'un ou plusieurs villages, de clients qui peuvent obtenir un prêt après avoir constitué une épargne suffisante pour garantir ce prêt. En Europe du 18ème siècle est mis en place un système de prêts (Irlande, Swift) au profit des artisans, les systèmes mutualistes (coopératives de crédit et d'épargne sont apparues en Prusse vers 1850 par le bourgmestre Friedrich Raiffeisen), également très répandues et depuis de longues années ont permis un financement de proximité aux couches défavorisées de la population.

Bel et bien avant, les pratiques informelles d’épargne et de crédit existaient sous différentes formes et ne respectaient nullement un quelconque cadre (les garde-monnaies, les tontiniers, Dart) et les relations entre débiteur et créancier reposaient uniquement sur la confiance construite entre eux, chose qui continue toujours d’exister dans certains pays en développement. Toutefois, l’absence d’un cadre formalisé (pas de conditions préalables, pas de frais de gestion, absence de cadre fixe, absence de contrôle) met en avant l’efficacité d’un tel système désigné de finance informelle qui marchait très bien sans complications.

« L'histoire de Microcrédit remonte aux années 1840. Mais il fut redécouvert dans les années 1970, cent ans après la naissance de la première coopérative d'épargne-crédit initiée par Raiffeisen. Il est donc difficile d'en accorder la paternité au professeur Yunus. F.W. Raiffeisen lança en 1848, en Rhénanie, la première coopérative de crédit pour lutter contre l'usure qui surchargeait les paysans. Contrairement aux Monts-de-Piété remontant au Moyen-âge en 1462, les coopératives d'épargne et de crédit ne sont pas des entreprises de prêt sur gage mais de véritables intermédiaires financiers »16.

Le microcrédit depuis sa création repose sur un principe17 simple : les plus pauvres sont exclus du système bancaire, donc du crédit, puisqu’ils ne peuvent offrir de garanties du fait qu’ils ne possèdent rien. Ils restent doncà la merci des prêteurs, qui leur fournissent chaque matin de quoi assurer une activité économique minimale génératrice d'un faible revenu dont la grande partie servira au remboursement du prêt, et le peu de ce qui reste est réservéà quoi faire survivre sa famille.

F.G. Raiffeisen se rend compte «que le crédit est la source de la plupart des appauvrissements et de la misère » 18. La Société de secours aux agriculteurs qu'il a fondé est chargée de «réaliser des prêtsà taux raisonnables, afin de permettre l'acquisition du bétail pour en éviter la location»19.

La solution de la Grameen Bank consisteà prêterà ces pauvres, collectivement et de façon solidaire. C'est dans la logique du groupe que réside la garantie qui manquait aux banques : le prêt est octroyéà un individu,à condition qu'il fasse partie d'un groupe de plusieurs individus s'engageant surtoutà garantir le remboursement de ce prêt si l'emprunteur n'est pas en mesure de le faire lui-même. De plus, si le prêt n'est pas remboursé, aucun des membres du groupe ne pourra prétendreà un prêt pour lui-même.

Le Microcrédit au Maroc : Tensions entre Performance Commerciale et FinalitéSociale (Cas : Al Amana Microfinance)

De ce fait, le microcrédit existe aujourd'hui presque dans tous les pays en voie de développement ou de transition des cinq continents et l’est aussi dans les pays dits développés, notamment en France dans les secteurs où les politiques sociales de l'Etat s’avèrent déficientes. Certainement, il a été adaptéà chaque fois aux caractéristiques socioéconomiques, religieuses, voire politiques de chaque environnement ciblé.

Certes, le modèle de la Grameen Bank a joué un rôle important mais non révolutionnaire dans l'évolution du développement du microcrédit depuis les années 1990. Cependant le microcrédit existait bien avant et continue de se développer pour impulser d'autres formes de financement de proximité, c’est le nouveau concept de « microfinance » qui y évoque évolution et développement.

Du microcrédità la microfinance :

Le mouvement de microcrédit est né des nombreux programmes conduits sur le terrain pendant les années 1970, qui ont prouvé que les pauvres désirant développer une microentreprise, peuvent réellement rembourser leurs microcrédits alors qu’ils dirigent leurs affaires avec succès. Pendant les années 1980 et 1990, le « mouvement » a poursuivi sa progression avec l’offre de programmes correspondants aux changements dans la réflexion sur l’objectif du développement durant cette période. Les programmes de microfinance ont développé d’autres services pour leurs clients, ainsi qu’une promotion générale du secteur privé qui va en augmentant au détriment des initiatives publiques de développement.

Encore, il est incontestable que la formidable réussite du microcrédit, plus particulièrement celle de la banque des pauvres (la Grameen), a permisà la microfinance de connaître un essor décisif,à la fois pour sa pérennisation, et pour les pays qui sont désormais touchés par le phénomène.

Cependant, l’immense diffusion et la grande promotion des différents systèmes de microcrédit depuis une vingtaine d'années ont fait émerger un certain nombre d'interrogations quantà leur aboutissement. En effet, ces systèmes connaissent une réussite brillante.

Avec le développement de la microfinance, le thème de la viabilité financière20 est devenu central. L’organisation de microfinance doit devenir économiquement viable dans un délai raisonnable, dans cette optique on sent une version qui ressembleà la banque commerciale. Pour obtenir cette viabilité, l’institution de microfinance (IMF) en vientà adopter des raisonnements et des conduites de plus en plus proches de ceux des banques.

Et cela amèneà un deuxième questionnement, qui est lui aussi récent qui concerne l’impact de la microfinance. Qui est réellement touché par ces IMF ? et dans quelles mesures ? Les plus pauvres ne sont-ils pas des laissés pour compte ? Or il est très difficile de mesurer le changement apporté par la microfinanceà l'échelle d'un foyer, d'un quartier ou d'un village : une grande partie du " mieux vivre " apporté ne peut se quantifier : une alimentation de meilleure qualité, plus variée, plus équilibrée, des enfants scolarisés plus longtemps, des soins plus réguliers, des conditions de vie plus salubres, plus hygiéniques, etc.

Plusieurs débats restent ouverts : les risques engendrés de la transformation des IMF en "petites banques", le problème de l'évaluation de l'impact, mais aussi les moyens alternatifs de financer le développement. La prise de conscience globale actuelle, peut-elle redonner un nouvel élan et une nouvelle dimensionà la microfinance, et au financement du développement des pays émergents ?

Après avoir traité l’aspect historique on va aborder dans le point suivant relatifà la notion de microcrédit, sa démarcation par rapport au nouveau concept de microfinance et son contenu.

2. Définitions du concept

La définition du microcrédit n’est pas consensuelle : le critère pris en compte généralement est soit le public cible, soit le montant des prêts, soit le rôle principal supposé des institutions. Le terme de microfinance désigne une multiplicité de services. Aujourd’hui, l’expression d’« inclusion financière » est susceptible de marquer une nouvelle étape, dans laquelle l’absence d’accès aux services financiers deviendrait plus importante que la question originelle de la réduction de la pauvreté. Par conséquent, il n’existe aucune définition légale ou réglementaire au terme de «microcrédit», alors que plusieurs essais tentent de «délimiter» l’idée. Selon la Banque Mondiale, le microcrédit consisteà «offrirà des familles en situation de précarité économique un crédit de faible montant pour les aiderà s’engager dans des activités productives»21.

A partir des années 1990, le concept « microcrédit » a subi une évolution similaire aux mutations qu’a connu le mouvement qui l’entoure déclenchant ainsi un large débat relatifà la nature des objectifs escomptés,à la question de ciblage, aux montants de crédits, aux activitésà toucher, aux taux d’intérêt, ...etc. Une telle évolution paraît autrement dans le discours développementaliste soutenu. Habituellement, il est admis que le microcrédit peut jouer un rôle aussi important pour impulser le financement et l’appui de ses cibles. Toutefois, plusieurs définitions sont maintenues pour éclaircir davantage ce concept composé dont on propose dans ce qui suit une synthèse composée. Or, le concept est définit soit en relation avec l’importance du montant prêté, soit en liaison avec les cibles touchées, soit par rapportà la nature des activités financées.

D’abord, le microcrédit désigne l’octroi de petits créditsà court terme aux pauvres qualifiés de personnesà très faibles revenus pour les aiderà conduire des activités génératrices de revenus. Ces personnes n’ont pas accès aux services financiers classiques et formels. De plus, est considéré comme microcrédit tout crédit dont l'objet est de permettreà des personnes économiquement faibles de créer ou de développer leur propre activité de production ou de service en vue d'assurer leur insertion économique22. Il s’est développé sur la base de la solidaritéà travers la constitution de petits groupes dont l’objet est de garantir les remboursements par solidarité entre emprunteurs23.

Puis, le microcrédit correspondà des petits prêts (10024 $ en moyenne) accordésà des taux d'intérêt en principe plus bas que ceux du marché. Or, dans la communauté européenne pour parler de microcrédit il faut que le montant du prêt soit inférieurà 25 00025 €, ou encore moins dans le cas du Maroc où son montant du microcrédit, ne doit pas excéder 50.00026 DH. Dans l’encyclopédie wikipédia le microcrédit consiste généralement en l'attribution de prêts27 de faible montantà des entrepreneurs ou des artisans. Les prêts sont généralementà court terme, mais peuvent être renouvelés, éventuellement avec des montants supérieurs pour les bons payeurs.

Ensuite, et étant donné qu’il ne doit pas être perçu comme acte de charité mais plutôt comme un acte économique générateur de richesse. L’impact socio-économique du microcrédit est considérable : amélioration des conditions de vie des pauvres, création d’emplois et transformation des microentrepreneurs en agents économiques en tant qu’acteurs du développement local selon le Professeur Rida LAMRINI, président d’INMAE et ex-président de la FNAM. Dans une perspective économique un microcrédit bien réalisé personnaliseà la fois ses termes, ses prix, ses critères, ses évaluations et sa diffusion pour proposer le meilleur accès possible aux clients, de limiter les risques et de proposer des servicesà long terme. Le microcrédit donne aux gens les moyens d’investir dans leur capital humain et productif de manière plus profitable.

Enfin, on peut dire que le microcrédit est « (...) un petit crédit, d’un montant peu élevé, sensiblement inférieur au crédit qu’une entreprise ou un ménage peut solliciter d’une banque. Ce crédit est demandé par des personnes qui disposent d’un revenu relativement bas. Il est le plus souvent sollicité pour « développer une activité génératrice de revenu », (...) l’emprunteur ne dispose d’aucune garantieà offrir car il possède peu de choses et n’est sans doute propriétaire ni du logement qu’il occupe, ni de la terre qu’il cultive. La seule garantie qu’il puisse offrir est de nature sociale : avec d’autres candidats au crédit de son quartier ou de son village, il peut constituer un petit groupe dont tous les membres se connaissent et peuvent s’engager solidairement28 ».

Par conséquent, l’évolution du secteur de microcrédit a permis l’émergence d’un nouveau concept de microfinance, chose qui va être abordée dans ce qui suit.

3. L’apparition de la notion de ‘‘Microfinance’’ :

Le concept de « microcrédit » a subi une évolution suite aux mutations du secteur du MC pour ancrer le rôle d’acteur financier local innovantà travers les prestations offertes, d’où l’apparition du concept de microfinance pour contenir les nouveaux instruments financiers en plus de l’octroi des prêts.

Laurent LHÉRIAU cadre le champ de la microfinance autour de quatre volets29: la mise en place de financements spécifiques en faveur de personnes non «bancables» pour des activités génératrices de revenus ; l’extension de la bancarisation aux populations exclues du secteur bancaire ; l’offre de moyens de paiement et de transferts de fonds et la fourniture de services non bancaires (microassurance, microépargne, ...).

Quantà la notion de microfinance, diverses définitions ont été développées pour présenter son contenu. Conçue comme une offre de services financiers destinée aux démunies, la microfinance est l’apport de soutien financier qui s’adresse aux mêmes cibles du MC. Elle inclue un ensemble de services financiers (microcrédit, mais aussi assurance, épargne, garanties etc.). Rida LAMRINI, président d’INMAE et ex-président de la FNAM la définit comme un « ensemble de moyens permettant de mettreà la disposition des populations pauvres un petit capitalà fructifier. Sa finalité est de permettreà cette population de contrôler entièrement son capital pour bénéficier des fruits de son labeur. Autrement dit, les débarrasser de l’emprise des usuriers ». Mais pour Jean-Michel Servet la microfinance est caractérisée par «le faible montant des opérations, la proximité non seulement spatiale, mais aussi mentale et sociale entre l’organisation et sa population cible, et la pauvreté supposée des client(e)s ou l’exclusion qu’elles ou ils subissent ». Il ajoute que c’est un concept générique où « se cache en fait une diversité de modèles : les organisations tendentà y associer de plus en plus d’autres services que le crédit, en particulier l’épargne, les assurances, les transferts30 ».

Par ailleurs, le développement du secteur est qualifié de particulièrement rapide partout dans le monde. En effet, le microcrédit s’est élargi pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) et une clientèle plus étendue également (porteurs de microprojets, microentrepreneurs, jeunes diplômés, immigrés, ex incarcérés, ex prostituées,…). Dans ce sens, la microfinance ne se limite plus aujourd’huià l’octroi de microcrédit aux pauvres mais bienà la fourniture d’un ensemble de produits financiersà tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel.

Quant au nouvel apport de la microfinance, Maria Nowak, fondatrice de l'Association pour le droità l'initiative économique ADIE (France), assure que la différence principale, de la MF par rapport au crédit classique, est qu'elle est orientée sur une cible nouvelle : les pauvres et les exclus. Il reconnaît leurs talents, leurs besoins et leur capacitéà rembourser les prêts. Au lieu de les éliminer, par avance, de la clientèle du crédit parce que les méthodes, les critères et les garanties ne sont pas adaptésà leur situation, elle invente des méthodes et des garanties qui leur conviennent. Au lieu de leur imposer l'objet de leur prêt, (...) elle està l'écoute de leurs besoins. Elle permet ainsi de découvrir que les gens exclus du crédit bancaire sont, comme les autres, dotés de l'esprit d'entreprise, de la capacité de jugement et qu'au surplus, ils remboursent plutôt mieux que les riches. Microcrédit comme microfinance s'adressentà cette cible nouvelle.

II. LE MICROCREDIT, UN SYSTEME DE FINANCEMENT DE PROXIMITE

Le mouvement de microcrédit est né pour répondreà une demande tangible. Son offre était standard au début, et petiteà petit elle a commencéà s’élargir suite aux requêtes des destinataires avant d’élargir le champ de ciblage pour toucher (en plus des pauvres) les économiquement faibles exclus du système financier classique en proposant de nouvelles prestations (assurance, épargne, transfert de fonds, ...).

L’existence d’une demande réelle et d’une offre de produits conçus pour toucher un maximum de « clients » témoigne de l’importance de ce marché, appelé business social31, où les affaires peuvent être développées avec succès.

La microfinance est devenue un système de financement de proximité avec une diversité d’acteurs mettantà la disposition des populations pauvres divers services financiers. Autrement dit, il s’agit de structures alternatives de financement de l’économie -diverses par la taille, le degré d’organisation, les moyens techniques, financiers et humains- mises en œuvre pour les populationsà la base avec ou sans le soutien de partenaires extérieurs en vue d’assurer l’autopromotion économique et sociale de ces populations.

La microfinance en tant que système de financement alternatif présente certaines caractéristiques générales similaires dans l’objectif général ainsi que les principes de fonctionnement : conditions d’adhésion, organes de décision, dispositions financières notamment les conditions d’épargne et de crédit .Ainsi l’objectif général du microcrédit est de permettre le financement des activités économiques de leurs membres adhérentsà travers la mobilisation de l’épargne locale et de fonds de l’aide étrangère. De ce fait, l’institution de MF devient un outil financier au service du financement de l’économie locale. Elle est aussi un instrumentà cette fin de mobilisation de l’épargne.

Dorénavant les personnes avec de faibles revenus ont prouvé réellement qu’ils remboursent leurs prêts et gèrent efficacement leurs affaires. Cette réalité remarquée récemment a changé de modèle dans le développement économique car elle présentait les personnesà bas revenus comme une population qui veut être traitée sur un principe d’égalitéà partir du moment où on lui offre les mêmes opportunités. Les bénéficiaires des prêts étaient alors considérés comme des « partenaires » du développement.

Le microcrédit encourage une situation fondée sur le « relationnel » client-prêteur que beaucoup considèrent comme la relation d’avenir dans les affaires. Il y a désormais de nombreux exemples de programmes de microcrédità travers le monde qui contribuentà la réduction de la pauvreté,à la prise de pouvoir de la part des groupes défavorisés (émancipation des femmes) età la création d’emplois.

1. Profil du secteur

Le secteur du microcrédit se compose de différents types d’acteurs. Par ailleurs, le fonctionnement du secteur en tant que système de financement de proximité présente certains traits caractéristiques fondamentaux. Le profil du secteur peut être appréhendéà travers une présentation succincte (clients, produits, taux,...) et ses principales spécificités. La typologie des acteurs sera abordée au 3ème point du chapitre préliminaire.

- Clients du microcrédit

Le microcrédit a été conçu pour aider les personnes considérées comme étant pauvres. Il s’agit d’un groupe très varié, réparti sur toute la planète, y compris dans les pays en développement. Certains bénéficiaires vivent mêmes dans des pays industrialisés comme les

Etats-Unis d’Amérique. Les études démontrent que la majorité des clients (67%) sont des femmes, avec seulement 33% des hommes.

Le client type des services de microcrédit est une personne dont les revenus sont faibles et qui n’a pas accès aux institutions financières formelles faute de pouvoir remplir les conditions exigées par ces institutions (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). Il mène généralement une petite activité génératrice de revenus dans le cadre d’une petite entreprise familiale :

- Dans les zones rurales, ce sont souvent de petits paysans ou des personnes possédant une petite activité agroalimentaire ou un petit commerce.
- Dans les zones urbaines, la clientèle est plus diversifiée : petits commerçants, prestataires de services, artisans, vendeurs de rue, etc.
On les dénomme généralement sous le terme de microentrepreneur et la plupart d’eux travaillent dans le secteur informel. C’est donc aux individus qui composent ce segment de marché exclu ou mal servi par les institutions financières classiques que s’adresse le microcrédit.

- Nombre de bénéficiaires du microcrédit

L’objectif fixé par le Sommet du Microcrédit organisé par l’ONG « Results Education32 » en 1997 était d’atteindre 100 millions des familles les plus pauvres du mondeà l’horizon 2005. Les chiffres les plus récents publiés par Microfinance Information Exchange démontrent que l’on comptait 99.4 millions d’emprunteurs en 2008 alors que le nombre de bénéficiaires au Maroc a dépassé un million pour la même année (2008).

- Les produits du microcrédit

Ce point sera présenté brièvement,à titre indicatif, puisqu’on reprend en détail la panoplie de l’offre du microcrédit au niveau du chapitre 1 de la 2ème partie.

En plus du crédit solidaire ; le secteur du MC proposeà ses clients le crédit individuel, le crédit au logement et le financement du raccordementà l’eau potable, au réseau d’assainissement età l’électricité. D’autres produits sont mis au pointà savoir le crédit individuelà l’équipement, le crédit d’élevage, le crédit pour le tourisme rural et le prêt d’acquisition de kits solaires dans les zones rurales enclavées.

Toutefois, d’autres produits sont en phase de développement notamment la microépargne, les produits destinés aux diplômés porteurs de microprojets, la microassurance, le transfert d’argent, financement d’activités créées par les anciens prisonniers...etc.

- Les taux d ’ intér êt appliqués aux microcrédits

Fournir des services financiersà des personnesà revenus modestes revient parfois cher, particulièrement en proportion des montants des transactions concernées. C'est d’ailleurs l'une des principales raisons pour lesquelles les banques n’octroient pas de petits prêts. Un prêt de 1000 DH, par exemple, exige pour son traitement le même personnel et les mêmes ressources qu’un prêt de 10.000 DH, ce qui augmente considérablement le coût par unité de transaction.

Les taux d’intérêts appliqués aux microcrédits sont généralement élevés car le traitement des transactions coûte cher aux AMC. La plupart des AMC perçoit un taux d’intérêt d’environ 30%, mais il arrive que des taux d’intérêt supérieurs soient appliqués. Selon une enquête menée en 2006 par la Banque Asiatique (Asian Development Bank), certaines IMF en Asie perçoivent jusqu’à 70% d’intérêt. La Banque Grameen au Bangladesh applique un taux d’environ 20%, tandis qu’au Maroc Alamana Microfiannce pratique un taux avoisinant 20 %.

En MC, les agents de crédit doivent en effet rendre visite au clientà son domicile ou sur son lieu de travail, évaluer sa solvabilité sur la base d’entretiens avec la famille, le voisinage. Une fois le prêt accordé, ils doivent effectuer un suivi rapproché et fréquent par le biais de visites pour renforcer la culture de remboursement. Par conséquent, les coûts de gestion d’une multitude de petits prêts sont donc très importants, chose qui contraint les institutionsà appliquer un taux d’intérêt généralement élevé.

L'expérience prouve aussi que les clients sont pr êtsà payer des taux d'intér êt assezélevés pour s ’ assurer d ’ un accès permanent au crédit. En effet, généralement, le retour sur les investissements réalisés grâce au capital obtenu peut s’avérer bien supérieur au taux d'intérêt du crédit. En effet, le recoursà d’autres alternatives (prêteurs sur gages, usuriers) et l’absence de toute source de financement peut être plus pénalisant que le MC. A titre d’exemple, les taux d'intérêt dans le secteur informel peuvent atteindre 20 % par jour pour certains usuriers sur le marché.

- R ô le des gouvernements dans le développement du microcrédit

Jusque récemment, les gouvernements considèrent de leur devoir et de leur responsabilité de prendre une part active au « financement du développement », en conduisant par exemple de vastes programmes de crédit pour les populations défavorisées (rurales en particulier). Ces dispositifs, généralement fort coûteux, ont toutefois rarement démontré une réelle efficacité et il existe très peu d’exemples ou le crédit distribué aux pauvres par l’Etat ou ses démembrements ait été récupéréà un coût relativement acceptable.

Aujourd’hui, la tendance consisteà ne plus intervenir directement mais plutôt faire appelà des opérateurs spécialisés en microcrédit.

Par contre, les gouvernements devraient beaucoup plus s’impliquer en menant une réflexion globale avec les différents acteurs quant au développement du secteur en général. Ces réflexions devront également aboutir, dans les pays où le microcrédit est le plus développé,à la définition età l’adoption d’une politique sectorielle. Or, cette dernière peut constituer un appuià la mise en place d’associations professionnelles, de centrales de risques et de cercles de réflexion sur le cadre réglementaire et jurisprudentiel relatif au secteur.

III. LES ACTEURS DU MICROCREDIT, DIFFERENTES FORMES POUR UNE SEULE FINALITE

Dans ce qui suit on va traiter les trois points suivants : formes des acteurs de microcrédit, nécessité du MC au nord et sa présence dans les pays de l’Union Européenne.

1. Typologie des acteurs

Au cours des vingt dernières années, on a vu se développer de nombreuses organisations actives en matière de microcrédit. Il existe, de nombreux cas plus ou moins différents de par le monde et quatre grands types d'acteurs coexistent dans cette démarche :

- Le premier, d’inspiration plus coopérative, (genre mutuelle ou coopérative) a cherchéà mettre en place ouà renforcer des organisations populaires où les microentrepreneurs étaientà la fois épargnants et emprunteurs du système. Il utilise l'épargne collectée auprès de leurs membres pour octroyer des crédits. Il cible les plus démunis. Sa spécificité est de vouloir construire des institutionsà partir de leurs bénéficiaires, c’est en cela qu’on y retrouve un côté coopératif plus affirmé.
- Le second est illustré par les banques : ce sont généralement des organismes publics centralisés ayant pour objet le financement ciblé de secteurs stratégiques comme l’agriculture et l’industrie. Par exemple en Inde la National Bank for Agricultural and Rural Development a instauré un système efficace de "self-help groups" (SHG : groupes d'entraides autonomes) qui permet l'accès aux services de microfinanceà plusieurs millions de personnes. En Indonésie on trouve la BRI qui a consistéà transformer une partie de cette banque de manièreà offrir des services spécialisés en direction des microentrepreneurs.
- Le troisième a mis sur pied des ONG ayant pour vocation de réaliser elles-mêmes l’intermédiation financière. On a ainsi vu la création d’ONG de microcrédit qui, après s’être procuré des fonds, soità travers des donations ouà travers des crédits, octroyaient elles-mêmes des crédits aux microentrepreneurs. Dans ce cas, l’accent a surtout été mis sur l’octroi de crédit alors que la collecte de l’épargne étant généralement interdite aux ONG.
- Le dernier est celui des institutions financières : elles reflètent la commercialisation croissante de la microfinance en fournissant des services de microcrédit, microassurance et dépôts tout en étant orientées vers une profitabilité économique.
- La surveillance et la supervision
Elle constitue un élément central de l’équilibre du secteur de microcrédit et un point de divergence sensible par rapportà la supervision bancaire «classique». La diversité des enjeux et le grand nombre de microstructures ont amené la plupart des autorités de régulationà distinguer entre la « supervision prudentielle » et la « surveillance non prudentielle » des très petites IMF non assujetties au respect des normes prudentielles de la profession.

La supervision est désormais le plus souvent réalisée par la banque centrale ou une commission bancaire, plus rarement par le ministère des Finances. En appuià la supervision, on note l’utilité de la délicate mission de certification des comptes par des auditeurs externes agréés.

2. Le microcrédit : une nécessité dans l’hémisphère nord

Quand on parle de microcrédit, on pense souvent aux pays du Sud. Il est vrai que le microcrédit a revu le jour et s’est développé principalement dans le Sud. Toutefois, le phénomène a pris de l’ampleur quand l’ONU a décidé de déclarer 2005 "année internationale du microcrédit". Toutefois, cette façon originale d’encourager l’activité économique est sujette d’ajustements possibles aux besoins des activités de façonà limiter le poids de la dette et le risque de crédit.

Le microcrédit existe donc aussi dans le nord. La finance solidaire remonte en Belgique au XVIIe siècle, avec le Mont de Piété qui prêtait sur gageà un taux d’intérêt faible ou nul. Cette institution existe toujours. Ces dernières années, le microcrédit s’est « marchandé » dans les pays industrialisés. Il faut dire que la part de la population exclue du système financier traditionnel ne cesse de croître et ce comme ceci a été accentué par la crise financière et économique de ces dernières années qui a contribuéà cette exclusion tant des particuliers que des petites et moyennes entreprises (PME). La Grameen Bank, activeà la base au Bangladesh, a développé ses activités dans d’autres pays. Elle possède d’ailleurs une filiale aux Etats-Unis d’Amérique et compte s’implanter en Europe.

Le microcrédit a pris sa forme actuelle en Europe dans les années 1990 (Belgique). Quelques institutions ont voulu alors répondreà des besoins non satisfaits par les banques classiques en proposant des crédits de faible montantà taux d’intérêt réduit. Aujourd’hui, l’Europe compte de nombreux organismes de microcrédit (En Belgique : le Crédal, Brusoc et le Fonds de participation ; en Roumanie : Fair credit house ; au Royaume-Uni : Fair Finance ; en Espagne : Acaf ; en Suède : Neem ; en France : ADIE,…). Resteà dire que l’institution française ADIE créée en 1989 est l’une des plus connues dans le vieux continent. Ici, il s’adresse aux indépendants, exclus du système de crédit bancaire traditionnel, qui veulent lancer ou développer une affaire. Il est plafonnéà 25000 euros et le taux d’intérêt est stable et non lié au marché ni au risque de crédit. L’octroi de microcrédits va généralement de pair avec des services d’accompagnement qui vont aider le bénéficiaireà réaliser son projet.

Le microcrédit s’est donc révélé au fur età mesure du temps, un moyen efficace pour tenter d’aider les personnes ayant du malà accéder au marché de travail et au système bancaire traditionnel. L’Europe s’y est intéressée donc tout doucement en signant en 2007 l’initiative européenne pour le développement du microcrédit et ainsi mettant en place un réseau européen de la microfinance.

Le dynamisme du microcrédit en Europe centrale et de l’Est s’est réellement fait sentir dès la chute du communisme. Le désir de transition économique a été un véritable moteur pour le microcrédit dans cette partie du monde.

Plus généralement, dans les pays développés, le microcrédit se traduit par la création d’une activité économique génératrice de richesses, la sortie du chômage ou de l’exclusion, la création d’emplois.

- Groupes Cibles

Les groupes cibles sont différents entre le Nord et le Sud. En effet, dans le Sud, le microcrédit s’adresse essentiellementà un public pauvre et féminin. Dans l’Europe de l’Ouest par exemple, deux groupes cibles peuvent être identifiés : ceux qui risquent de tomber dans la pauvreté et les microentrepreneurs déjà existants, mais qui ont du malà obtenir des services financiers des banques conventionnelles. Par ailleurs, en Europe, le terme « pauvres » peut être remplacé par « exclus », tant par rapport au marché du travail que par rapport aux banques.

Depuis plusieurs années, la Commission européenne impose certaines conditionsà la microfinance. En effet, dans le cadre du programme pluriannuel pour les entreprises et l’esprit d’entreprendre, plus particulièrement pour les petites et moyennes entreprises (2000/819/CE), le Conseil de l’Union Européenne décrit un microcrédit comme un prêt dont le montant est plafonnéeà 25.000 euros. En effet, au regard du niveau de vie plus élevé et des exigences légales, il est plus difficile d’entamer une activité indépendante avec une somme très modique dans les pays du Nord. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, les montants moyens tournent aux alentours de 10.000 euros, en Belgique et aux Pays-Bas, ils sont nettement plus élevés (respectivement 22.500 euros et 20.000 euros).

En Europe de l’Ouest, les organismes de microcrédit relèvent principalement du milieu associatif, les cadres juridiques sont assouplis grâce aux partenariats élaborés avec les banques.

3. Cartographie du secteur en Europe

En 2007, un total de 26.658 microcrédits pour 297.779.000 euros a été distribué par sept pays de l’Union Européenne. Toutefois, le microcrédit en Europe occidentale est destinéà lutter contre l’exclusion sociale et financière au moyen de la promotion de la microentreprise et du statut d’indépendant.

Un rapide inventaire non exhaustif des acteurs de l’activité de microcrédit dans certains pays européens, en rapport avec les offreurs présents sur le marché est présenté ci-après :

1. France: Le marché est particulièrement développé par rapport aux autres pays, ceci sous l’influence majeure de l’association ADIE créée en 1989. Beaucoup d’autres institutions œuvrent dans ce domaine, notamment les associations France Initiative et France Active. L’ensemble de ces institutions a pour objectif la lutte contre l’exclusion sociale et financière en offrant des microcrédits, des prêts d’honneurà taux 0%, ou encore par l’apport d’une garantie aux banques sur les prêts ; ceci souvent dans le but de permettre le déblocage d’un prêt par le système bancaire. De plus, les banques commencent elles- mêmesà pénétrer le marché comme le témoignent les initiatives de la Caisse d’Epargneà travers la création de « Parcours Confiance » et de l’IMF Crea- Sol.
2. Italie: L’Italie est le pays ayant le plus grand nombre d’offreurs, avec une plus grande variété de types d’institutions. De plus, 44% sont des fondations et 22% du marché italien sont des ONG. Les organismesà but non lucratif dominent et se composent de trois systèmes (les coopératives, les micro- prêteurs et les ONG). L’ensemble des organismes vise particulièrement les personnes en situation d’exclusion sociale et les nouvelles micro-entreprises.
3. Espagne: bien que trois types d’organismes différents distribuent du microcrédit, avec notamment 88% de fondations et caisses d’épargne, un seul type de fournisseur régule en fait le marchéà savoir les caisses d’épargne. Par exemple, la caisse d’épargne Caixa catalunya qui a créé en 2001 la fondation « Un Sol Món » ciblant les personnes démunies avec des prêts entre 5 000 et 8 000 €.
4. Allemagne: Les types institutionnels en Allemagne sont divers et au nombre de cinq, avec toutefois 36% de banques et 27% d’organismes publics. Trois systèmes axés sur le financement du microcrédit existent. Tout d’abord, les programmes d’appui des banques, comme la KFW, couvrant un quart du marché, qui fournit des lignes de crédit et garantit 80% des microcrédits accordés par les banques commerciales. Ensuite, les organismes privés accrédités par l’Institut Allemand de la Microfinance qui financent la création d’entreprise en coopération avec les banques. Et enfin, les organismes gouvernementaux comme les ARGE, centres d’emploi locaux qui couvrent la moitié du marché national, et travaillent spécialement avec les personnes exclues.
5. Royaume- Uni: 100% des institutions sont des ONG, avec un nombre d’acteurs assez important comparé aux autres pays. Même s’il arrive que les banques commerciales octroient des prêts d’un montant inférieurà 25 000€, cette activité relève davantage du ressort des « Community Development Finance Institutions », organismesà but non lucratif, qui se sont développés dans les années 1990 et qui prêtent pour des montants souvent inférieursà 10 000€. Par exemple, l’association Fair Finance, créée en 2005, octroie des microcrédits personnels jusque 2.900€, des prêts professionnels jusque 14 500€, et offre également des conseils financiers.
6. Belgique: Le marché semble plutôt être un oligopole dont 75% d’organismes publics. Les principaux acteurs sont, au nombre de trois, toutes des IMFà savoir le Fonds de Participation, le Credal, et Brussoc. Par exemple, le Fonds de Participation, organisme public de crédit, créé en 1984, permet l’octroi d’un microcrédit en complément d’un prêt bancaire, et propose également un service d’accompagnement aux personnes.
7. Finlande: Le marché du microcrédit est un monopole régulé par un organisme public Finnvera qui est une société de financement. Cet acteur majeur créé en 1999, est la propriété de l’Etat. C’est un programme qui offre d’une part des prêts aux microentreprises, facilite l’accès au financement pour les PME en fournissant la garantie des risques complémentaires en coopération avec les banques et autres institutions financières, ainsi que des garanties de crédità l’exportation.

Partie I : Le Microcrédit au Maroc, un outil émergent de la politique publique sociale

INTRODUCTION

La première partie du rapport se compose de deux chapitres, le 1er chapitre est une présentation succincte de la politique publique sociale au Maroc y compris certains projets phares dédiésà l’amélioration des infrastructures de base. Le second chapitre examine la promotion du MC comme un levier de développement socio-économique permettant création de la richesse, amélioration des conditions de vie, émancipation sociale, réduction des pauvretés, ...etc. Il tente, aussi, de nuancer les deux acceptions du MC : est-il un dispositif de développement social ou juste un instrument financier plus ajustéà l’échelle micro pour répondre aux besoins d’une clientèle particulière.

Dans cette partie on examine l’importance de la valeur qu’accordent les pauvres au MC dont l’utilité se démarque notamment en tant que filet de sécurité permettant de ‘‘transiter’’ la zone de vulnérabilité. Elle conclut en outre que le MC diffère de l’assistanat et admet le financement de l’investissement productifà l’instar des AGR participantà la création de la richesse.

Chapitre I : Présentation et analyse de la politique publique sociale au Maroc

La dimension sociale a toujours fait partie des préoccupations du pouvoir public au Maroc. Ceci est affirmé par l’affectation d’une part significative du budget de l’Etat aux secteurs sociaux. Les dernières années ont été marquées par la forte émergence de la société civile et le renforcement de la solidarité nationale. De nombreux acteurs participent activementà l’effort développementaliste sociétal en partenariat avec l’Etat.

Certes, le bilan social du PAS (Programme d’Ajustement Structurel appliqué au Maroc durant les années 1980) était lourdement déficitaire chose qui a exigé une expansion des programmes publics ou « privés » (société civile)à caractère social. Etant donné le déficit important enregistré au niveau des indicateurs sociaux, l’Etat a ouvert divers chantiers sociaux en appelant d’importants investissements afin d’atténuer les carences et y remédier aux manques constatés.

Le 1er chapitre se propose de présenter sommairement la politique publique sociale au Maroc (section 1), de faire son analyse avant d’aborder dans la 2ème section le cadre réglementaire et institutionnel de ladite politique (PPSM) pour en terminer avec le cas de l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain) et la place qu’elle a réservé au microcrédit dans ce projet décrit comme chantier de règne.

Section 1 : Le référentiel social de la politique publique

§ 1 : Présentation de la politique publique sociale au Maroc

Dans le domaine social, le Maroc a mis en place, depuis les années cinquante, une stratégie de développement social basée sur l’élargissement de l’accès des populations défavorisées aux services sociaux de base, l’accroissement des opportunités d’emploi et de revenu et le renforcement de l’intégration sociale des précaires. Cette stratégie a été mise en œuvreà travers un certain nombre de programmes tels que le programme d’équipement rural, de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, de logement social et de lutte contre l’habitat insalubre, programme national pour l’emploi, programme ville sans bidonville ... et aussi par l’initiation d’un certain nombre de réformes : réforme du secteur de l’Education, de la Santé, de l’emploi, de la protection sociale, …etc.

Point 1 : Conception d’une vision du développement social

Dans les années 80 du dernier siècle, la crise économique des PVD a été marquée par le poids de la dette extérieure. Les instances de Brettons Woods sont entrées en ligne en proposantà ces pays des plans de relève. A l'instar des pays touchés par cette crise, le Maroc s'est lancé en 1983 sous l’impulsion du FMI et de la BM dans un programme d'ajustement structurel (PAS), « pour faire face aux faiblesses de l'économie marocaine au niveau interne et externe ainsi que pour rétablir ses grandeurs macro-économiques au niveau de la balance des paiements et de la dette extérieure »33.

Depuis 1995, la lutte contre la pauvreté a été retenue au Maroc comme une priorité nationale et est devenue l’une des préoccupations majeures de l’État. Ainsi et en général, en matière de lutte contre la pauvreté, deux axes d’intervention ont été identifiés. Le premier axe couvre des programmes de court terme avec des actionsà caractère concret et parfois urgent tandis que le second constitué des actions de long terme qui forment ce que l’on peut appeler de façon large la politique de développement économique et social.

En effet, le développement social au Maroc a pris une nouvelle ampleur par l’appui de l’Etat et la mobilisation des ONG. La part du budget de l’Etat accordée au social est passée de 3934 %à plus de 47% entre 1993 et 2002 pour atteindre plus de 50% en 2010. Les secteurs sociaux font ainsi l’objet de programmes d’envergure, particulièrement l’éducation, la formation et les infrastructures de base.

En parallèle, le Maroc s’est lancé dans l’amélioration de son système de prévoyance sociale et la modernisation de ses filets de sécurité. De plus de nombreuses institutions gouvernementales (Fonds Hassan II pour le développement économique et social, l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et des Compétences, l’Agence de Développement Social,...) ont été créées pour mettre en œuvre une stratégie dans le domaine social.

Ainsi, une réorientation de la politique de développement économique et sociale35 s’est opérée. Déjà au niveau du discours, les mots pauvreté et exclusion sociale ont remplacé ce qui était dit dimension sociale de l’ajustement. Plus concrètement, des politiques spécifiques de lutte contre la pauvreté ont vu le jour. Les pressions intérieures et le contexte international ont favorisé l’émergence et l’usage de nouveaux concepts.

L’axe développement du capital humain met de l’avant le fait que la vraie lutte contre la pauvreté dépend de la mise en valeur de ce dernierà travers l’accès des populations aux différents services sociaux de base età toutes les infrastructures. L’objectif de long terme viseà renforcer les capacités des populationsà générer des revenus durables qui les aidentà sortir du cap de la pauvreté.

[...]


1 BANGOURA, Lansana. (2010). Contrat de crédit, risque moral, sélection adverse et incitationà l ’ effort pour le remboursement en Microfinance. Université de Franche Comté, CRESE, Besançon.

2 Idem

3 KADIRI, Ghalia & BOUCHAIB, Sarah. (2010). Tout savoir du microcrédit. Magazine Stop Arnaques, Septembre 2010. (Enquête sur le microcrédit en France).

4 GLEMAIN, Pascal et MOULEVRIER Pascale. (2011). Le ‘‘microcrédit’’ : un crédit comme les autres ? La Revue des Sciences de Gestion, 2011/3 - n°249-250 pages 123à 131_Url : http://www.cairn.info/revue-des- sciences-de-gestion-2011-3-page-123.html

5 Professeur d'Economieà l'Université de Chittagong au Bangladesh, qui fût le premier en 1975à initier et lancer le projet des microcrédits.

6 BERGUIGA, Imène. « Performance sociale versus performance financière des institutions de microfinance » Doctorante. Université Paris XII, Val de Marne, Créteil France. 1_ E.R.U.D.I.T.E

7 Idem.

8 BERGUIGA, Imène . Op. Cit.

9 DOLIGEZ, François. (2002). Microfinance et dynamiques économiques : quels effets après dix ans d'innovations financières ? In: Tiers-Monde. Tome 43 (n°172). Microfinance : petites sommes, grands effets ? pp. 783-808. Url http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers

10 ROESCH, Marc & HELIES, Ophélie. (2007). La microfinance, outil de gestion du risque ou de mise en danger par surendettement ? Le cas de l'Inde du Sud. Presses de Sciences Po, Autrepart 2007/4 (n° 44) pp.119- 140. Url http://www.cairn.info/revue-autrepart-2007-4-page-119.html.

11 Idem.

12 DELALANDE, Nicolas. (2011). Endettez-vous ! Le ‘‘rêve américain’’ et le crédità la consommation . Publié dans www.laviedesidees.fr , l e 14 septembre 2011.

13 ALAIN. Bernard, « Le microcrédit, pour sortir de la pauvret é », Projet, 2010/4 n° 317, pp. 40-42. , Url http://www.cairn.info/revue-projet-2010-4-page-40.html

14 NOWAK. Maria, « On ne pr ête (pas) qu ’ aux riches : la révolution du microcrédit », 2005, Edition JC Lattés, p.89.

15 AGNES Lambert et KEFING Condé, « Le secteur endogène va-t-il disparaître ? Tontine, « usuriers » et Crédit rural de Guinée », In: Tiers-Monde. 2002, tome 43, n°172. pp. 829-846. Url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers

16 DARAICHE, Rabie. (2008). Impact du microcrédit sur l'activitéé conomique: cas pratique AlAmana. Université polydisciplinaire de Tétouan - Mémoire de licence en science économique et gestion.

17 OSTENCEVIC, Sabine. Du microcrédit et de son histoire. Site www.esf.asso.fr

18 NASZALYI, Philippe. C rédit coopératif, histoire et actualitél'héritage de Raiffeisen (1818-1888) et SchultzeDelitzsch (1808-1885). Professeur associé. Université d'Evry.

19 Idem.

20 « Microfinance en Afrique :évolutions et stratégies des acteurs (La) ». Revue publiée par l'association Epargne Sans Frontières, n° 59-60.

21 ATTALI, Jacques. Voyage au cœur d’une révolution : la Microfiance contre la pauvreté. 2007, Editions JC Lathés, p.33.

22 Site web Ministère de l’Economie et des Finances-Maroc (www.mef.gov.ma)

23 SERVET. Jean-Michel. (2005). Magazine Grain de sel, nº 32, Septembre 2005.

24 Site web Planet Finance : www.planetfinance.org

25 GREFFE, Marie. (2010). « Le microcrédit n ’ est pas l ’ apanage des pauvres du Sud ». Publié le 28/12/10 sur le site web : www.dautresreperes.be

26 Site web Ministère de l’Economie et des Finances-Maroc (www.mef.gov.ma) Op.cit,

27 Site web de l’encyclopédie Wikipedia : www.wikipédia.org

28 LELART, Michel. (2006). De la finance informelleà la microfinance. (Editions AUF), p.25.

29 LHERIAU, Laurent. (2009). Précis de réglementation de la microfinance. Editions Agence Française de Développement (AFD).

30 KAMALA, Marius-Gnanou. (2007). SERVET Jean-Michel, Banquiers aux pieds nus. La microfinance., Les Cahiers d’Outre-Mer, n°238. Avril-Juin 2007. Url : http://com.revues.org/index2580.html.

31 YUNUS, Mohamed. (2008). Vers un nouveau capitalisme. Editions JC Lattés. p. 133

32 Association Canadienne créée en 1991 dont l’objectif est la lutte contre la pauvreté dans le monde via la recherche, l’éducation et la sensibilisation.

33 BENJELLOUN, Mohammed Amine. (2006). Impact du microcrédit sur l'activitéé conomique : cas de l'ASMSSF/MC. Université Sidi Mohammed Ben Abdellah - FES - Mémoire de Licence fondamentale.

34 Rapport du Ministère d’Economie et des Finances. Année 2002.

35 ABDELKHALEK, Touhami. (2009). Cadre stratégique national de réduction de la pauvretéau Maroc :à propos du concept de pauvretéet analyse de la situation. Septembre 2009 .

Fin de l'extrait de 219 pages

Résumé des informations

Titre
Le Microcrédit au Maroc. Tensions entre finalités sociales et performances commerciales
Université
Mohammed V University at Agdal  (Faculté de droit _ Agdal)
Cours
Management de développement social
Auteur
Année
2013
Pages
219
N° de catalogue
V352934
ISBN (ebook)
9783668417366
ISBN (Livre)
9783668417373
Taille d'un fichier
2192 KB
Langue
Français
mots-clé
microcrédit, développment, micro-finance
Citation du texte
BRAHIM NAHI (Auteur), 2013, Le Microcrédit au Maroc. Tensions entre finalités sociales et performances commerciales, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/352934

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