"Le nœud de vipères" de François Mauriac. Une analyse de livre


Mémoire d'Examen Intermédiaire, 1988

10 Pages, Note: 1

Marion Lenzen (Auteur)


Extrait

Table de matières

1 L’Introduction

2 Première Partie: L’incommunicabilité
2.1 Chapitre premier: Raisons de l’incommunicabilité
2.1.1 L’Aveu
2.1.2 Thèse sur l’amour

3 Chapitre deuxième: Conséquences de l’aveu
3.1 Le Silence
3.2 La Haine

4 Deuxième Partie: La Communication
4.1 Un pas vers la communication
4.2 La Communication

5 Conclusion

L’exposé est basé sur un seul livre puisque mon travail est une analyse de celui-ci:

„Le Nœud de vipères“

François Mauriac

Grasset, 1933

L’abréviation dans le texte concerne cet œuvre:

- l’abréviation du titre
- le numéro de la page

1L’Introduction

„Le Nœud de vipères“ publié en 1932, est considéré (à côté de „Thérèse Desqueyroux”) comme le chef-d’œuvre romanesque de François Mauriac.

Le problème principal traité, c’est l’incommunicabilité (dans un couple) – sujet qu’on retrouve d’ailleurs, dans un grand nombre de ses livres.

Ainsi, le roman se classe dans l’ordre psychologique.

Dans sa propriété à Calèse, un vieillard qui a le cœur malade attend sa mort.

Cependant, avant de mourir, il tient à rédiger une lettre à sa femme, lettre qui prendre peu à peu la forme d’un journal pour devenir finalement une veritable profession de foi.

Louis, fils d’un paysan, s’est marié avec Isabelle Fondaudège, jeune fille qui appartient à la haute bourgeoisie. Par l’aveu d’Isabelle le bonheur s’écroule: Louis apprend que sa femme l’a épousé par intérêt alors qu’il pensait avoir réalisé un marriage d’amour. Au lieu de communiquer, le couple s’enferme dans le silence. Louis passe de l’amour à la haine et commence à detester les siens. Il n’a qu ‘un désir: le besoin de se venger, c’est à dire dépouiller sa famille de l’héritage. Avec la mort d’Isabelle, sa propre haine mort également. Il abandonne ses projets de vengeance et choisit le chemin chrétien qui l’amène vers la grâce divine.

Le thème principal de ce livre est donc l’incommunicabilité que je traiterai dans la première partie de mon exposé. Dans la deuxième partie, on verra comment l’incommunicabilité “n’en peut plus se taire” par là-même et la transformation inévitable du narrrateur qui va communiquer malgré lui.

2 Première Partie: L’incommunicabilité

2.1 Chapitre premier: Raisons de l’incommunicabilité

2.1.1 L’Aveu

L’incommunicabilité était provoquée par l’aveu d’Isabelle à son mari lors de “cette nuit fatale” (NV, 37) en 1885, peu de temps après les noces: “il y a des choses que j’aurais dû te dire…” (NV, 20). Louis apprenait ainsi que sa femme avait été fiancée à un certain Rodolphe, “le fils d’une Autrichienne et d’un grand industriel du Nord…” (NV, 60). Jusqu’au moment de l’aveu, évoqué dans “ces conversations interminables” (NV,19) du jeune couple, Louis ne savait rien de précis de cet homme. Il savait seulement qu’il était trop présent entre sa femme et lui, car “autour de notre lassitude, une ombre rôdait.” (NV, 59).

Sa première réaction, rattachée au souvenir de cette nuit, fut la surprise. Louis n’aurait cru que sa femme puisse lui parler avec tant d’honnété: “Je ne m’imaginais même pas que tu eusses jamais pu prononcer un autre nom de garçon que le mien.” (NV, 19).

Pour lui, soudain tout bascula, “tout était faux…” (NV, 61). Il n’éprouvait que la déception. Jamais n’aurait-il soupçonné Isabelle d’un tel méfait.

Mais finalement, sa plus grande douleur, n’était elle la confirmation de ses soupçons: “Ce que je voulais apprendre de ta bouche, ne le savais-je déjà?” (NV, 67).

2.1.2 Thèse sur l’amour

Avant tout, Louis se sentait trahi, trahi par l’être qu’il avait épousé par l’amour, donc, être qui intéressait une “part intacte” (NV, 46) de lui. Il aimait Isabelle lorsqu’il se croyait aimé en retour: “L’amour que j’éprouvais se confondait avec celui que j’inspirais…” (NV, 42). Se savoir aimé lui permettait d’aimer, lui, qui s’était longtemps imaginé incapable d’inspirer de l’amour faisait “cette merveilleuse découverte…”(d’) être capable d’intéresser, de plaire, d’émouvoir.” (NV, 42).

L'aveu ne pouvoir que confirmer qu’il resterait le “non-aimé”, car il éprouvait pendant la confession aucune trace de jalousie, puisque “le drame se jouait au-delà de toute jalousie.” (NV, 65).

Cependant, Isabelle ne pouvait pas savoir ce qu’elle détruisait en lui.

Seul le lecteur peut ressentir la douleur de Louis grâce aux nombreux passages où le narrateur nous livre ses premiers envies, ses premières sensations de la plus grande aventure de sa vie: l’Amour.

Même la nature participe à cette tendresse naïve: “L’humide et tiède nuit pyrénéenne, qui sentait les herbages mouillés et la menthe … les feuilles des tilleuls autour du kiosque à musique était éclairées par les réverbères.” (NV, 45).

Pour Louis, tout était nouveau, tout l’enchantait. Lui, qui ne savait vraiment ce qu’était l’amour va se mettre à hair les siens.

3 Chapitre deuxième: Conséquences de l’aveu

3.1 Le Silence

Après l’aveu, “s’ouvrit l’ére du grand silence…” (NV, 69). Louis s’enfermait dans son moi et s’éloignait par consequent de siens. Il n’avait plus aucune vie familiale, même si le couple restait ensemble “à cause des enfants” (NV, 96), “ces petits êtres vagissants, hurleur et avides.” (NV,80). Sur ses enfants il n’avait pratiquement plus de droit, car: “Tu ne commenças à t’apercevoir que j’existais que lorsqu’ à mon tour je rôdai autour de ces petits. Tu ne commenças à me haïr que lorsque je prétendis avoir les droits sur eux.” (NV; 72). En silence il participait á leur pieuse éducation et devenait à leurs yeux “le pauvre papa” (NV, 98) pour lequel il fallait beaucoup prier afin d’obtenir sa conversion. Il n’appartenait plus à leur monde; “A mon approche, …, les discussions s’arrêtaient net.” (NV, 105).

Avait-il cru pouvoir provoquer quelquonque sentiment de remord auprès d’Isabelle ou tout au moins un sentiment quel qu’il soit? Mais, au contraire, Isabelle devenait de plus en plus indifférente à son égard: “Ma haine est nè, peu à peu, à mésure que je me rendais compte de ton indifference que je me rendais mieux compte de ton indifférence à mon égard.” (NV, 80).

3.2 La Haine

Sa haine l’auveuglait tellement qu’il décidait alors de se venger et de déshériter les siens: „Toute ma fortune mobilière aurait été là, avec un papier attestant qu’elle appartenait à Luc… Faut-il que je vous aie haïs à ce moment-là!” (NV, 132). Sa haine ne trouvait de repos qu’en la présence de sa fille Marie, puisqu’ elle seule ne m’irritait pas” (NV, 99), puis Luc, le fils de Marinette, sa belle-sœur, aussi que l’Abbé Ardouin. Sans doute, les personnages purs qui pouvaient apaiser en lui cette haine qui le rongeait.

Marie ne craignait pas son père et venait partager sa solitude. Elle avait cette “ferveur touchante, une tendresse de cœeur… pour les pauvres.” (NV, 99). A sa mort ce fut Luc qui, grâce à “sa pureté, cette ignorance du mal, cette indifference” (NV, 140), vint remplacer ce cœur innocent: “c’était notre Marie qui revivait pour moi” (NV, 142). Puis ce fut l’abbé Ardouin qui un jour lui confirmait: “vous êtes très bon” (NV,109) et éprouvait “quelque douceur à la présence de cet homme en soutane.” (NV, 110).

Les passages, où le narrateur fait allusion à ces personnages, le ton devient touchant, presque lyrique. Marie est compare à un oiseau “qui s’envolait dans le Jardin” (NV, 94). Luc était “la nature même” (NV, 140) et “la pureté… ne semblait acquise ni consciente.” (NV, 140).

Son horreur de la religion et la sublime folie chrétienne, “cet ensemble d’habitudes, des formules” (NV, 96) ne l’empêcha pas de respecter l’Abbé Ardouin: “Aussi prévenu que je fusse contre les gens de sa sorte, je ne pouvais soupçonner, devant tant de honte et de douleur, la moindre hypocrisie.” (NV, 109).

Pour le reste du monde, c’est à dire les autres membres de la famille, il n’était que “ce fauve qui lèchait les pieds des petites martyres” (NV, 100) ou alors “un épouvantail” (NV, 139).

L’expression est dure et sans pitié, les images sont cinglantes.

Louis s’était enfermé dans son moi, par conséquent dans l’incommunicabilité. Ce n’était que très peu de personnes avec qui il avait osé momentanément rompre son silence.

C’était peut-être grâce á elles, et à l’approche de sa mort qu’il sentit soudain en lui le désir de communiquer enfin ce qui lui pesait sur le cœur depuis tant d’années.

4 Deuxième Partie: La Communication

4.1 Un pas vers la communication

Le Roman

Les premiers pas significatifs vers une tentative de communication se ressentent á travers le livre lui-même. Celui-ci, en effet, apparaît d’abord sous la forme d’un écrit épistolaire (lettre qui est rédigée à l’adressat de sa femme) pour devenir rapidement un journal tout en restant un roman.

Louis était occupé à tel point par la pensée de son proche décès que c’était d’outre-tombe qu’il adressait sa lettre à Isabelle. Le désir de se venger des siens en premier lieu et l’approche de sa mort lui donnaient le courage de briser le mur de silence: „Mais c’est que pendant des années, j’ai refait en esprit cette lettre et que je l’imaginais toujours, durant mes insomnies, se détachant sur la tablette du coffre, - un coffre vide, et qui n’eût rien contenu d’autre que cette vengeance, durant presque un demi-siécle, cuisinée.” (NV, 11).

L'indifférence d’Isabelle fut sans doute ce qui lui faisait le plus mal. Car enfin, si elle n’avait jamais été capable de l’aimer, elle devait pouvoir le haïr. Louis jouissait de cette vengeance longtemps méditée et regrettait ainsi de ne pouvoir probablement plus assister à sa reaction après la découverte d’un coffre vide: “J’aurais voulu vivre assez pour voir vos têtes au retour de la banque. Il s’agissait de ne pas te donner trop tôt ma procuration pour ouvrir le coffre, de te la donner assez tard pour que j’aie cette dernière joie d’entendre vos interrogations désespérées: “Où sont les titres?” (NV, 12)

Caractère épistolaire dès le début de ce récit qui permet au lecteur d’enter directement en contact avec le héros – ce jeu permanent entre le “je” et le “tu” ne peut que nous projeter dans le monde clos et solitaire du narrateur.

Seul, enfermé, malade, immobile, Louis était totalement à la merci de ses impressions, de sa mémoire, de son imagination. Le récit était balayé par les tempêtes d’un cœur encore palpitant. Louis comparait sa vie nébuleuse à une métaphore maritime: “ces bas-fonds en moi.” (NV, 148). Il était en proie à une fièvre qui n’arrivait pas à calmer: „… „furie“ est bien le mot. Tu peux en juger sur mon écriture, sur ces lettres courbées dans le même sens comme les pins par le vent de l’œust.” (NV, 14).

Mais la lettre prenait peu à peu, inévitablement, la forme d’un journal: “ce n’est plus une lettre, mais un journal interrompu, repris…” (NV, 36) qu’il écrit.

Obligé de recourir à l’écriture, par besoin de se faire entendre et par l’impossibilité de se servir de la parole, il pouvait donner à l’expression de sa pensée ou de son sentiment son plein développement. Ce n’était plus à Isabelle qu’il écrivait, par contre, c’était pour lui-même: “au fond, c’est pour moi-même que j’écris.” (NV, 73).

L’auteur prolonge le rappel du passé et avec celui-ci la souffrance.

Avec cette prise de conscience, nous assistons au second pas de Louis vers une tentative de communication.

Motivé par sa propre haine, il s’adressait tout d’abord à sa femme puis aux autres members de la famille, en faisant partager la soffrance qui l’avait habité pendant presque cinquante ans de sa vie.

Louis ne pouvait plus se taire et devait communiquer même si le récit ne sera lu qu’après sa mort. Il écrivait spontanément sous l’effet de la rage et de la fureur et finalement aussi par la souffrance.

Comme un journal est une confession à soi-même de ce qu’on n’oserait dire aux autres, Louis jugait sans pitié les siens et lui-même. Ecrire apasait sa haine et sa douleur. Lorsque personne ne pouvait l’interrompre et le détourner de ses idées. Il retraçait ainsi son passé: lèvolution de ses sentiments, la contradiction de son être, son enfance et les consequences qui s’en suivaient, en un mot, Louis retraçait sa vie.

Ce cheminement intérieur l’aménait alors sur un tout autre chemin, et au but contraire qu’il s’était fixé: Il se détournait de la haine pour trouver la Grâce de Dieu: “Ce qui m’étouffe , ce soir, en même temps que j’écris ces lignes, ce qui fait mal à mon cœur comme s’il allait se rompre, cet amour don’t je connais enfin le nom ador…” (NV, 274). Louis ne termine pas ce mot qu’on comprend d’ailleurs sans difficulté, derrière lequel se cache le nom de Dieu, Dieu qui est synonyme de l’Amour.

Cet être abandonné qui recherchait désespérément l’amour de siens trouvait au derniers instants de sa vie ce qui l‘avait manqué longtemps, sans qu’il le savait: l’Amour de Dieu: “Nous ne savons pas ce que nous désirons, nous n’aimons pas ce que nous croyons aimer.” (NV, 240).

Ce récit cependant reste avant tout un roman, roman tragique où le Destin joue un role important. François Mauriac est un romancier du destin, ce qui l’intéresse en tant que créateur, ce n’est pas de mettre en scène les cœurs sinueux et incertains d’une existence, mais de tenir les deux bouts d’un destin pour en dessiner finement la ligne.

Nous assistons donc tout au long du récit à la progression tumulteuse du héros vers la communication aux autres. Il communiquait lorsqu’il ne pouvait plus se taire et c’était une veritable déferlement de sentiments trop longtemps tus, cette rage qui rongeait et poussait, malgré lui, à écrire ces vagues de lyrisme qui émeuvaient jusqu’à ce qu’il mourait, épuisé par tant d’efforts, éclairé enfin par l’amour de Dieu.

[...]

Fin de l'extrait de 10 pages

Résumé des informations

Titre
"Le nœud de vipères" de François Mauriac. Une analyse de livre
Université
University of Osnabrück
Cours
Französischer Literatur
Note
1
Auteur
Année
1988
Pages
10
N° de catalogue
V1308008
Langue
Français
Mots clés
Incommunicabilité, Communication, Haine, Dieu, Aveu, Silence
Citation du texte
Marion Lenzen (Auteur), 1988, "Le nœud de vipères" de François Mauriac. Une analyse de livre, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1308008

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