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Louise Labé et le Pétrarquisme au féminin

Scholarly Paper (Advanced Seminar), 2009, 24 Pages
Author: Hendrik Keilhauer
Subject: French - History of Literature, Eras

Details

Category: Scholarly Paper (Advanced Seminar)
Year: 2009
Pages: 24
Grade: 2,0
Language: French
Archive No.: V124964
ISBN (E-book): 978-3-640-30794-4
ISBN (Book): 978-3-640-30613-8
Notes :
Sehr gut recherchiert, der historische Hintergrund wird ausführlich dargestellt und die Gedichtanalysen sind detailliert und überzeugend.


Abstract

À l’époque de la Renaissance, ensemble avec les deux Italiennes Vittoria Colonna et Gaspara Stampa, Louise Labé, une poétesse française souvent appelée avec l’épithète Lyonnaise, fait partie d’un vrai triummulierat de femmes de poésie d’amour. Même s’il est très petit en volume – elle écrivit à peu près seulement un petit conte mythologique, trois élégies et 24 sonnets – on compte son oeuvre parmi les importants du monde. En 1845, Sainte-Beuve fit l’éloge d’elle en disant : « C’est dans ses sonnets surtout que la passion de Louise éclate et se couronne par instants d’une flamme qui rappelle Sapho et l’amant de Lesbie ». Elle était connue en Italie, en Espagne, en Allemagne et, bien sûr, partout en France avant tout pour ses vers et moins pour son petit essai en prose. On verra ce qui était cette femme et comment était sur elle et son oeuvre littéraire l’influence du Pétrarque, poète italien. On essayera d’élucider un peu sa façon d’écrire. Ses vers d’amour, avant tout ses sonnets, sont-ils d’une autre qualité que ceux écrits d’un homme ? Le fait d’être féminin, a-t-il une influence et rend-il quelque chose de nouveau ainsi que de particulier dans la poésie d’amour, domaine prédominé par des auteurs en majorité masculins jusqu’à ce moment-là?


Excerpt (computer-generated)

Romanisches Seminar der Christian Albrechts-Universität zu Kiel

Hauptseminar im Hauptgebiet (Literaturwissenschaft) :

La poésie de la Renaissance et de l′âge baroque

Wintersemester 2008/2009

Louise Labé et le Pétrarquisme au féminin

1

Travail écrit présenté lundi, le 12 janvier 2009

par

Hendrik Keilhauer

LAG français & latin (5ème semestre),

italien (4ème semestre)

1 Source de l′image:

http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/lettres/louise/lyon/magny.html (06 décembre 2008).


2

Table des matières

Introduction : Louise Labé Lyonnaise, une Sappho française ?

3

1. Louise Labé et l′

École lyonnaise

4

1.1 Lyon,

conditio sine qua non

4

1.2 La vie de la poétesse, son oeuvre et sa répercussion

5

1.3 L′

École lyonnaise

7

2.

imitatio et aemulatio

­ François Pétrarque et le Pétrarquisme

8

3. Une femme, écrit-elle d′une autre façon qu′un homme ?

11

4. Trois exemples de la touche de Louise Labé

13

4.1 Sonnet No VIII :

Ie vis, ie meurs

2

13

4.2 Sonnet No XIII :

Oh si i′estois

17

4.3 Sonnet No XVIII :

Baise m′encor

18

Conclusion

19

Bibliographie

21

Appendice

23

2 Toutes les citations de l′oeuvre de Louise Labé dans ce travail écrit sont tirées de l′édition suivante :

LOUISE LABÉ :

Elegien und Sonette

.

deutsch und französisch

, Neudruck der bei Heitz, Insel und Limes

erschienenen Ausgabe. Übersetzungen von Anton Pariser, Franz von Rexroth und Rainer Maria Rilke,

Gauting : Lynx 2001.

Dans ce qui suit, je la citerai sous le terme de «

Labé

».


3

Introduction :

Louise Labé Lyonnaise, une Sappho3 française ?

À l′époque de la Renaissance, ensemble avec les deux Italiennes Vittoria Colonna (1490-

1547) et Gaspara Stampa (1523-1554), Louise Labé, une poétesse française de surcroît

souvent appelée avec l′épithète Lyonnaise, fait partie d′un vrai

triummulierat

de femmes

de poésie d′amour. Même s′il est très petit en volume ­ elle écrivit à peu près seulement

un petit conte mythologique, trois élégies et 24 sonnets ­ on compte son oeuvre parmi les

importants du monde.4

En 1845, Sainte-Beuve fit l′éloge d′elle en disant : « C′est dans ses sonnets surtout que

la passion de Louise éclate et se couronne par instants d′une flamme qui rappelle Sapho

(

sic !

) et l′amant de Lesbie »5. Elle était connue en Italie, en Espagne, en Allemagne et,

bien sûr, partout en France avant tout pour ses vers et moins pour son petit essai en prose.

C′est la raison pour laquelle, dans sa IIème élégie, elle se vante de sa célébrité partout en

Europe dans les cercles des hommes de lettres.

Non seulement en France suis flattee,

Et beaucoup plus, que ne veus, exaltee

La terre aussi que Calpe et Pyrennee

Avec la mer tiennent environnee

65 Du large Rhin les roulantes areines

Le beau païs auquel or′ te promeines

Ont entendu (tu me l′as fait à croire)

Que gens d`esprit me donnent quelque gloire.1

Dans ce qui suit, on verra ce qui était cette femme et comment était sur elle et son oeuvre

littéraire l′influence du Pétrarque, poète italien. On essayera d′élucider un peu sa façon

d′écrire, bien sûr en citant toujours la littérature consultée et correspondante par note en

bas de page.

Ses vers d′amour, avant tout ses sonnets, sont-ils d′une autre qualité que ceux écrits d′un

homme ? Le fait d′être féminin, a-t-il une influence et rend-il quelque chose de nouveau

ainsi que de particulier dans la poésie d′amour, domaine prédominé par des auteurs en

majorité masculins jusqu′à ce moment-là?

D′abord, on se consacrera à la vie de Louise et à ses rapports avec le cercle littéraire

nommé l′

École lyonnaise

. Puis, il faudra, avant de traiter le noyau de ce travail écrit,

présenter son prédécesseur en Italie, François Pétrarque, et sa répercussion dans les

littératures européennes, notamment dans celle-ci en France. Après avoir caractérisé le

phénomène d′un soi-disant « Pétrarquisme au féminin », on l′illustrera trois de ces 24

sonnets de Louise Labé en particulier pour être capable de non seulement affirmer une

différence entre la touche de Pétrarque (ou d′un poète pétrarquiste quelconque) et celle

de Labé, mais aussi de la prouver dans ses poèmes eux-mêmes.

3 cf. Labé, p. 16. ainsi que RIGOLOT (1997), p. 31 ss.

4 Labé, p. 7.

5 cité d′après SCHULZE-WITZENRATH, p. 9 ; cf. aussi : LEY, p. 52.


4

1. Louise Labé et l′École lyonnaise

1.1. Lyon,

conditio sine qua non

...

À l′époque de la poétesse, la ville de Lyon fut un des centres intellectuels en France,

peut-être le plus important. Cette ville, qui obtient aujourd′hui la troisième place parmi

les villes les plus grandes de la France, était déjà à l′époque romaine la deuxième plus

grande de l′occident, comme elle fut située à un noeud de circulation de grande

importance stratégique entre la Gaule et le centre de l′Empire Romain, elle se développa

très rapidement.

À la première moitié du XVIème siècle, le début du Temps Moderne en France ainsi que

le lien entre Moyen Âge et le Classicisme6, Lyon devint le centre financier de France et

rivalisa avec Paris concernant la richesse, la prospérité et la splendeur.7 Elle entra en

relations réciproques de commerce avec Gênes, Venise, Florence, Milan, Anvers et

Nuremberg. Avant tout, l′imprimerie, inventée tantôt par Johann Gutenberg en

Allemagne ­ il y en a presque une centaine ­, y fleurit.8 Être située au lieu où la Saône se

jette au Rhône, c′est-à-dire au chemin direct vers la Méditerranée, elle fut la tête de pont

la plus importante pour les campagnes des rois français contre l′Italie et en même temps

ainsi la porte vers le que venant du Sud.9 Étant donné que la ville est située au mi-chemin

entre Paris et Rome, loin des autorités scholastiques de la Sorbonne et de celle de la

curie, la Renaissance et le mouvement de l′Humanisme, venant de l′Italie en s′amplifiant

à travers toute l′Europe, y passèrent pour faire leur entrée en France.10 Elle devint donc

la capitale culturelle du royaume, une ville cosmopolite, caractérisée par une grande

tolérance importée d′Italie. Pendant deux milles ans, Lyon fut toujours un point

d′intersection entre des différents milieux culturels.11

Des gens de toute sorte y vinrent pour pouvoir bénéficier, et c′est la raison pour laquelle

l′artisanat et la vie culturelle y fleurirent.12 Les bourgeois y formèrent ensemble avec la

noblesse de province une société exclusive13 qui développa une culture conviviale avec

une empreinte aristocratique ayant bien sûr une certaine fierté de leur ville.14

6 cf.GRIMM, p. 122.

7 cf. VOM STEEG, p. 1. & GIUDICI, p. 9 s. ; « capitale culturelle du royaume. » (RIGOLOT (1997), p. 10).

8 cf. RIGOLOT (2002), p. 120.

9 Jean Lemaire de Belges : « C′était en une cité de Gaule celtique (...) là où une douce et paisible rivière

septentrionale se plonge et se perd en un grand et impétueux fleuve oriental ». (cité d′après RIGOLOT

(2002), p. 121).

10 cf. KOLBOOM/KOTSCHI/REICHEL, p. 797 ss. ainsi que VOM STEEG, p. 2 s.

11 cf. Labé, p. 10 s.

12 cf. RIGOLOT (2002), p. 117 s.

13 « (...) la lecture des classiques et des Italiens correspondait aux besoins d′une élite avide de s′affiner et

de confirmer son aspiration à une nouvelle civilité. » (RIGOLOT (2002), p. 118).

14 Au contraire de l′opinion commune, le phénomène des salons littéraires ne commença pas à se

développer seulement au XVIIème siècle, mais déjà au milieu du XVIème. Cependant, concernant cette

époque, on parle plutôt des « cabinets ». Les femmes en profitèrent particulièrement, car elles ne furent pas

obligées de quitter la maison et elles purent néanmoins participer à des sociétés de conversation cultivée

semi-ouvertes comme le fit aussi Louise Labé. (cf. GRIMM, p. 129)


5

[Cela permette] de mesurer la richesse symbolique des connotations poétiques que l′on associait alors

à l′épithète « Lyonnaise ». En l′ajoutant à son nom dans le titre des ses

OEuvres

, Louise Labé devait,

elle aussi, porter cette géographie sémantique à sa température poétique. La « cité très noble et très

antique » conférerait un précieux label de qualité à tout écrivain qui se réclamait d′elle. En se disant

de

15

Lyon et en se faisant imprimer

à

Lyon, la poétesse se plaçait d′emblée en ce lieu (...)

On se consacra et on se divertit avec tous ces passe-temps dans lesquelles Louise était si

bien formée : la philosophie, la musique (surtout le luth16), l′art, la conversation érudite,

la lecture des anciens ainsi que la littérature contemporaine, l′équitation, etc.17

Donc, la femme ­ de laquelle il s′agira dans ce travail écrit ­ fut née dans une vraie

société de bel esprit qui constitua pour ainsi dire la condition préalable de sa formation.

Ainsi s′évolua-t-elle en ce caractère-ci pour ce qu′elle est connue hier comme

aujourd′hui. Peut-être aurait-elle jamais écrit si elle n′avait pas bénéficié du et vécu dans

un milieu si fécond comme celui à Lyon à cette époque-là. Par conséquent, on pourrait

dire, que la ville de Lyon et son ambiance étaient une condition importante pour que

Louise devienne ce qu′elle fut.

1.2. La vie de la poétesse, son oeuvre et sa répercussion

Louise Labé, fille de Pierre Charley-Labé, maître cordelier aisé à Lyon et sa deuxième

femme Étiennette Roybet, y naquit entre 1516 et 1524. Sa mère mourut dans la même

année où eut lieu sa naissance. Puis, Louise prit plus tard le nom de la première femme

de son père, Guillemette Labé. Sa famille était fortunée et à cause de cela, elle eut la

chance d′avoir reçu, autant que ses frères, une bonne et large éducation aussi bien dans

les sciences humaines (la philosophie, la musique, le chant, la danse, les langues mortes

et vivantes, etc.) que dans l′équitation, l′escrime et dans les artisanats de filage, de

broderie et de tissage (surtout de soie) dans lesquels elle obtint une habileté et une

maîtrise considérable.18 Ainsi sut-elle non seulement lire les grands classiques de

l′antiquité en grec et en latin mais encore parler couramment l′italien et l′espagnol.19 Elle

entra dans le cercle de bel esprit lyonnais avec à peu près quinze ans et devint bientôt

connue, car d′après des remarques et des jugements de ses contemporains, elle avait une

personnalité fascinante ainsi qu′une beauté digne d′attention (On l′appela parfois

« la belle cordière »20). Son esprit, sa raison acide, son humeur ardente, son apparition

franche et certaine, sa formation solide et sa loquacité la firent un membre de cette

société.21 On dit même, qu′en 1542, Louise n′avait guère dix-sept ans, elle se battit,

habillée en curasse masculine sous le nom de « capitaine Louys »22, devant les portes de

15 RIGOLOT (2002), p. 126.

16 cf. VOM STEEG, p. 3.

17 cf. Labé, p. 11. ainsi que RIGOLOT (2002), p. 119.

18 cf. RIGOLOT (2002), p. 119.

19 cf. Labé, p. 9-16.

20 GUILLOT, p. 51.

21 cf. Labé, p. 11 s.

22 cf. LEY, p. 60.



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