1. Introduction
2. Sa vie
3. Sa philosophie
4. La situation parisienne de l´après-guerre
5. Son influence et ceux qui apprennent de lui
6. Conclusion
7. Appendice :
a) Photos - sur les traces de Jean – Paul Sartre
b) Bibliographie
c) Crédits photographiques
d) Assurance / Versicherung
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1. Introduction
Jean-Paul Sartre – c´est premièrement un philosophe, romancier, dramaturge, critique littéraire et journaliste. Il est également engagé dans la plupart des combats politiques de son temps, il apparaît comme un homme épris de liberté et intensément présent au monde. On l´a même comparé à Voltaire, le grand philosophe du « Siècle des Lumières », à cause de sa curiosité universelle, de sa capacité de travail et d´ intervention qu´il met au jour. Cet homme singulier est connu pour sa culture immense et un goût manifeste qui efface les frontières non seulement entre les disciplines ( philosophie, psychanalyse, littérature, etc.) et les continents, mais encore entre les peuples et les classes.
Pour la première fois, j´ai remarqué Jean – Paul Sartre comme auteur et philosophe pendant la lecture de son oeuvre « Huis Clos » en classe. Dès le début de cette pièce les pensées principales de l`existentialisme apparaissent partout. Il y a seulement un os: d´ordinaire, on doit les reconnaître par soi-même. Et cela peut être vraiment un challenge, si on n´est pas familiarisé avec la philosophie sartrienne. Mais, si on a comprit celle-ci, « Huis Clos » - juste autant que les autres œuvres - se convertit en un livre absolument fascinant puisque, peu à peu, le lecteur découvre la signification de la matière, qui est par endroits extrêmement abstraite, et la porte pour entrer dans le monde existentialiste s´ouvre à lui.
Aujourd´hui, l ´existentialisme n´est pas très répandu. Autrefois, à partir des années quarante, il vit sa floraison. Tout le monde en fait connaissance, tout le monde en parle. Le « Quartier latin » de la capitale française, Paris (particulièrement le Boulevard « Saint-Germain »), devient un lieu central des adeptes de cette nouvelle vague philosophique. Sartre et sa « famille » s´ y rencontrent régulièrement; leurs cafés, où ils développent la théorie existentialiste, appartiennent, même de nos jours, aux intellectuels du monde entier.
Dans les pages suivantes, j´aimerais bien présenter la personnalité de Sartre et la philosophie à laquelle il donne son empreinte comme nul autre au préalable. Je regarde exactement la maison de sa naissance, son enfance, sa jeunesse, parce que ces aspects sont décisifs pour son avenir. Qui sont ses amis? Pourquoi veut-il devenir écrivain? Et comment crée-t-il sa carrière, son évolution? Un autre point est sa prédilection pour l´existentialisme. Mais quelles sont les raisons pour celle-ci?
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Néanmoins, pour être capable de répondre à ces questions, il ne faut pas oublier la situation et la société de cette époque. C´est, à savoir, le temps de l´après-guerre, la seconde guerre mondiale, et on se trouve dans une « renaissance » d´esprit. Les gens, après la souffrance des années passées, désirent ardemment une culture ordonnée qui les aide de maîtriser la vie quotidienne encore trop grise. Ainsi, c´est clair qu´ils se laissent séduire par l´existentialisme et ses pionniers qu` ils admirent beaucoup. Notamment, c´est la jeunesse qui montre un tel comportement. Pourquoi? Quel est le rôle de Sartre et comment réussit-il à influencer la vie parisienne de la seconde moitié du 20 ème siècle?
Les chapitres suivants me servent à trouver des réponses plausibles et à transmettre l´image la plus complète possible sur le sujet. De plus, les photos dans l´appendice et les nombreuses sources sont utilisées pour la compréhension de « Jean –Paul Sartre – son influence sur la vie parisienne et sur la jeunesse de l´après-guerre ».
2. Sa vie
Sartre est né le 21 juin 1905 à Paris, dans le XVI ème arrondissement, dans une famille de la bourgeoisie aisée, comme fils d´un sous-lieutenant de marine Jean – Baptiste Sartre et sa femme Anne – Marie Schweitzer (elle est une nièce d´Albert Schweitzer). Quelques jours plus tard on baptise l´enfant selon le rite protestant-calviniste au nom de Jean – Paul. Mais déjà à l´âge de deux ans le premier revers de fortune le frappe: son père meurt d´une bronchite et il doit partir s´installer avec sa mère chez ses grands-parents à Cherbourg. A partir de ce moment le grand – père de Jean-Paul assume son éducation, puisque Anne – Marie est complètement subordonnée dans cette maison, elle n´a plus d´influence sur son fils. Sartre se rappelle: « Jusqu´à dix ans je restais seul avec un vieillard et deux femmes » 1 . Le grand-père est très fier de son petit-fils, il le gâte beaucoup. Concernant cela Francis Jeanson remarque: « Pendant des années, on lui a répété qu´il était un don du ciel, une merveille, (…). Orphelin de père, il lui a manqué d´emblée cette sorte d´assurance, de respect de soi que le géniteur communique à sa progéniture et qui s´appelle « droit de vivre» » 2 . En 1911 la famille de Sartre revient de nouveau à Paris, la situation pour Sartre ne change pas. Au contraire, il pense que les adultes le modèlent et qu´il n´a pas assez de liberté pour se développer comme il veut : « Ma vérité, mon caractère et mon nom étaient aux mains des 1 Francis Jeanson: Sartre / Ecrivains de toujours ; Paris, Editions du Seuil, 1955, p. 129
2 Francis Jeanson: Sartre / Ecrivains de toujours ; Paris, Editions du Seuil, 1955, p. 129 / p.130 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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adultes ; j´avais appris à me voir par leurs yeux ; j´étais un enfant, ce monstre qu´ils fabriquent avec leurs regrets.» 3 En conséquent, le garçon n´arrive pas à se faire de camarades, il est vraiment rejeté par les autres enfants. Mais, en même temps, Sartre développe son intérêt pour le théâtre: inspiré par le petit théâtre des marionnettes dans le Parc du Luxembourg, où il fait des promenades avec les adultes, il crée ses propres pièces. Son talent pour l´écriture est né.
Après cette enfance dans le cocon familial, jusqu´à l´age de dix ans il reste en famille, Jean- Paul entre au Lycée Henry IV en octobre 1915, en classe de sixième. Là, il rencontre Paul - Yves Nizan qui est son premier ami et qui reste son ami toute sa vie. Deux années plus tard, Sartre, sa mère et son nouveau mari vont à La Rochelle (un village au bord de l´Atlantique) où le garçon se sent, pour la première fois, complètement négligé. Selon Sartre ce sont les plus mauvaises années de sa vie. Il n´a pas d´amis et il lui manque des grands-parents qui l´aiment et qui répondent à tous ses désires. En plus, il n´accepte pas son beau-père, il le déteste instamment. C´est ce qu´il raconte plus tard : « [Mon beau-père] a été, constamment, le type contre lequel j´écrivais. Toute ma vie » 4 . En 1920 il revient d´ « exil » et il apparaît de nouveau à son vieux lycée. Nizan y est encore élève, tous deux deviennent, presque immédiatement, « indiscernables » , et on les appelle « Nitre » et « Sarzan ». S´ils sont fanatiques des livres et de la plume, ils savent que la ville les attend et c´est d´elle que vient la reconnaissance suivante: ils veulent devenir écrivains. Jusqu´ en 1924 Sartre fait ses études scolaires, mais il commence à s´ennuyer tôt. « C´est un ennui profond, profond, le cœur profond de l´existence, la matière même dont je suis fait » 5 . Le jeune homme ne sait pas quoi faire avec lui-même. Tout à coup, il perd ses plans, ses buts. Au lieu de cela, il pense régulièrement au suicide et un jour il écrit à Nizan: « (…) plus absurde est la vie, moins supportable la mort » 6 . Mais son ami sait un remède effectif, il lui propose d´explorer leur ville. Les élèves jouent les grands conquérants et leur commune aventure exceptionnelle leur sert aussi à éprouver et affermir leur cohésion. Mais en se livrant à des véritables incursions dans la capitale, les amis négligent leurs études scolaires. Comme ils sont tout de même des élèves brillants, ils entrent à l´Ecole Normale Supérieur à Paris, qui est une des plus renommées en France, et leur vie se met à changer rapidement. Ils sont pleins d´idées qu´ils veulent communiquer aux autres, ils rédigent des courts récits pour de nombreuses revues
3 Francis Jeanson: Sartre / Ecrivains de toujours ; Paris, Editions du Seuil, 1955, p. 130
4 Simone de Beauvoir: La cérémonie des adieux ; Paris, Gallimard, 1981, p. 65
5 Francis Jeanson: Sartre / Ecrivains de toujours ; Paris, Editions du Seuil, 1955, p. 131
6 Francis Jeanson: Sartre / Ecrivains de toujours ; Paris, Editions du Seuil, 1955, p. 132 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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estudiantines. La première publication du jeune Sartre est « L´Ange du Morbide » dans la « Revue sans titre ». En 1929 Jean-Paul est reçu premier à l´agrégation de philosophie; Simone de Beauvoir, qu´il ne connaît pas jusqu´à ce moment, est seconde; Paul – Yves Nizan est troisième. Or, une nouvelle amitié naît dans la vie de Sartre puisqu´il est fasciné par Simone (aussi surnommée « Le Castor »). Tous deux découvrent leurs ressemblances et s´unissent pour être toujours ensemble, pour aider l´un l´autre, pour travailler. Ils se conduisent comme un couple, mais ils ne veulent pas du tout se marier, parce que la liberté est plus importante que l´autres choses. Avec les autres étudiants de philosophie, ils forment une sorte de clan. Cela veut dire: ils se rencontrent chaque jour dans les nombreux cafés du « Quartier latin » (par exemple dans « Le Flore » ou dans les « Deux Magots ») pour échanger leurs opinions sur sujets différents, pour discuter.
Pendant les années 1929 et 1931 Sartre accomplit son service militaire à Tours, puis, il devient professeur de Français et de philosophie dans plusieurs écoles françaises. Il passe aussi quelque temps à Berlin et se familiarise avec des oeuvres d´Husserl, d´Heidegger et d´Hegel qui l´impressionnent beaucoup. Au printemps 1935, Sartre tombe amoureux d´une élève du Castor, Olga Kosackiewicz. Mais comme on lui donne une possibilité de publier son premier livre en développant le sujet de son diplôme, il lâche le roman avec la jeune fille de Rouen. Ainsi, Sartre se jette sur le travail, il utilise dans son œuvre de psychologie phénoménologique toutes ses expériences avec la philosophie allemande, comme « Un essai sur l´Imagination » (1936) et « La Transcendance de l´ego » (1937) le prouvent.
Parallèlement à sa réflexion philosophique, il invente « l´écriture narrative, romanesque, sans que l´étanchéité entre les deux soit recherchée » 7 . Les exemples de cette vision nouvelle où le monde est dominé par le dégoût et le désespoir sont : « La Nausée » (1938) et « Le Mur » (1939). Comme dans ce dernier il s´agit déjà de la morale existentialiste que tombe sur désapprobation, ce livre suscite un scandale et produit une image d´un Jean-Paul Sartre provocant qui, à chaque pas, s´éloigne d´ « un fils de bonne famille ». Au contraire, concernant sa vie d´amour il se transforme en « enfant terrible » qui joue avec les femmes sans avoir de remords, mais, peut-être, c´est le caractère de la société d´alors. Un exemple: « Colette A. essaie en vain de reprendre sa liaison avec Sartre, qui a une liaison épisodique avec Bianca B., qui a une liaison régulière avec le Castor, qui a une liaison à éclipse avec Bost, qui a une liaison fixe avec Olga, qui veille avec soin sur la liaison de Wanda avec
7 http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_CON_015 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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Sartre. Tout le monde étant fort jaloux de tout le monde, il faut mentir, manœuvrer. Epuisant » 8 .
Après l´éclatement de la deuxième guerre mondiale Sartre est mobilisé comme infirmier à Nancy. Il ne lutte pas, mais il souffre énormément quand même. La misère qu´il voit chaque jour s´enfonce profondément dans son cœur et ne le quitte jamais. Le 21 juin 1940, c´est à son
35 ème anniversaire, il est fait prisonnier par les Allemands. « J´ai été un peu fou de faim,
pendant deux, trois jours, comme beaucoup de mes voisins; on délirait parce qu´on n´avait rien á manger, on était là, couchés sur le sol ; on avait des heures de délire, des heures de sang-froid, ça dépendait » 9 . L´homme qui aime la liberté se sent mal à l´aise dans le camp comblé. Donc, pour se distraire, il commence à écrire quelques pièces pour le théâtre des prisonniers dans lesquelles il reflète leur situation fâcheuse. Mais bientôt Sartre a une chance absolument inattendue. En avril 1941 il réussit à s´échapper du camp en se faisant passer pour un civil. Cette expérience extraordinaire inspire Sartre, il découvre que « puisque Dieu n´existe pas, l´homme est seulement ce qu´il se veut et ce qu´il se fait » 10 . Etant relâché et pratiquant sa profession de nouveau, Sartre se rencontre avec des amis parisiens (« les existentialistes, la gauche, les jeunes intellectuels qui hantent Saint-Germain-des-Près » 11 ) - Beauvoir, Nizan, Quenaeau, Leiris, Giacometti, Vian et Camus- parce qu´ il a besoin d´eux pour aider la Résistance dans son travail. Bien sûr, c´est dangereux, Sartre, pourtant, persiste dans ce plan. A ce moment-là, il n´éprouve pas de peur du tout, mais il éprouve désespoir, haine et désir de s´engager. Parallèlement, il publie « L´Etre et le Néant » (1943), qui devient son œuvre philosophique principale, et il présente sa pièce « Les Mouches » (1943), suivi de « Huis Clos » en mai 1944 (après l´épreuve de la « Wehrmacht »). Peu à peu, Sartre atteint beaucoup de succès comme auteur et, par conséquent, il peut se permettre terminer son activité comme professeur. Sartre est aussi envoyé aux Etats-Unis par le journal « Combat » pour couvrir la conférence de la Résistance. En outre, il crée sa propre revue « Les Temps Modernes » (1945) qui exprime son essai de s´imposer dans le monde politique. Il écrit « La Putain respectueuse » (1946) et « Morts sans séparation » (1946). En 1948 il publie « Les Mains sales », puis, « Le Diable et le Bon Dieu » (1951), « Kean » (1953) et « Nekrassov » (1955). A partir de ce temps Sartre prône un théâtre où se sont débattues les grandes questions contemporaines, à travers des personnages pris dans des situations violentes, extrêmes, dont
8 Denis Bertholet: Sartre; Paris, Plon, 2000, p. 199
9 Simone de Beauvoir: La Cérémonie des adieux ; Paris, Gallimard, 1981, p. 491
10 http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_CON_015
11 http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_CON_015 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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l´enjeu est toujours le sens, la liberté, la responsabilité, les exigences souvent en contradiction avec l´action. Mais pas tout le monde est d´accord avec lui, la gloire se mêle à la moquerie. Pour s´éloigner des opinions différentes sur sa conception du théâtre, Sartre décide de s´associer avec le parti communiste. Au cours de cela, il fait - accompagné par Simone de Beauvoir - des nombreux voyages dans les pays des « rouges »: à Cuba (avant et après la prise de pouvoir par Fidel Castro, qu´il rencontre), en URSS, en Chine et Brésil, dans la Yougoslavie de Tito et même en Egypte.
Entre-temps, Sartre revient à la littérature en publiant « Les Séquestrés d´Altona » (1959) et la première partie de son autobiographie « Les Mots» (1964), pour laquelle on lui décerne le « Prix Nobel de la Littérature ». Encore une fois il réagit d´une manière pas conventionnelle, car il refuse le prix. L´existentialiste fanatique ne se laisse pas intimider par la critique de tous côtés. Au lieu de cela, il continue à poursuivre sa ligne. En 1965 on peut voir une adaptation des « Troyennes » d´Euripides, ensuite Sartre se consacre aux arts de la communication en général : il écrit plusieurs scénarios de films et participe à nombre d´interviews, de conférences et d´émissions de radio. Mais le grand homme s´occupe aussi de sa vie privée. La même année, il introduit une requête en vue de l´adoption d´Arlette Elkaïm –une jeune fille dont la mère est décédée et dont les relations avec son père et sa belle-mère sont inexistantes-, parce qu´il n´a pas d´enfant, pas d´héritier proche. La loi française accepte la requête le 18 mars. Son prochain pas est l´engagement en mai 1968 en sympathisant avec les étudiants et les ouvriers qui se révoltent. Il déclare: « Ces jeunes gens ne veulent pas d´un avenir qui sera celui de leurs pères » 12 .
Ensuite, cinq ans plus tard, le bonheur se détourne de lui, il est frappé de cécité et doit arrêter la majeure partie de ses activités, mais il ne se condamne pas. En 1974, il s´entretient avec Andreas Baader à Stuttgart; pendant l´année 1976 il termine les dix volumes des « Situations » qui gardent la trace de tout son travail critique et politique. Bien que Sartre soit un homme célèbre, il vit dans la pauvreté. A propos de cela Bernard-Henri Levy remarque le suivant : « Pas d´objets. Guère de meubles. Une table en Formica blanc. Des cendriers. Une impression de grand désordre et d´austérité » 13 . Le 19 mars 1980 Sartre se sent très mal, Simone de Beauvoir- en voulant le réveiller- trouve Sartre « assis au bord de son lit, haletant, presque incapable de parler » 14 . Ensuite, on le conduit à l´hôpital « Broussais », où il meurt le
12 Michel Contat/Michel Rybalka: Les écrits de Sartre, Paris, Gallimard, 1995, p. 463
13 Ibid., p. 308
14 Simone de Beauvoir: La cérémonie des adieux ; Paris, Gallimard, 1981, p. 152 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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15 avril d´un œdème pulmonaire qui se résorbe vite. Environ 50 000 personnes qui veulent
rendre hommage « à l´homme et aux libertés qu´il incarnait » suivent son cortège funéraire jusqu´ au cimetière de Montparnasse le19 avril. Là, Jean-Paul Sartre trouve son repos éternel.
3. Sa philosophie
Jean-Paul Sartre élabore une philosophie de l´être humain où « la notion de liberté et de responsabilité jouent un rôle central » 15 . Ce qu´il considère comme assez avancé, c´est que le mouvement existentialiste prend l´existence comme centre de réflexion. « Je pense, donc je suis » (Descartes) devient un slogan exemplaire pour lui. Et la raison pour tel attitude est facilement compréhensible. La montée du nazisme et l´occupation de la France par les Allemands causent une désillusion forte. Mais, heureusement, elle n´est pas une démission et peu de temps avant Sartre s´embarque dans les pensées des philosophes différents en accordant une place central à la liberté humaine. Ainsi, les racines de la réflexion de Sartre sont des influences complexes et parfois contradictoires. Tout d´abord, il faut mentionner Hegel, Marx et Freud (théorie du travail humain), Husserl et Heidegger (notion de « Dasein »). Cependant, Sartre hérite également de la philosophie de Descartes et, finalement, de Kierkegaard, le « père de l´existentialisme » 16 . Or, les idées-motrices de l´anthropologie sartrienne, qui proviennent de l´existentialisme athée, sont : 1. la distinction entre « l´être des objets extérieur » (« l´en-soi » 17 ) et « l`être de la conscience » (« le pour- soi » 17 ), 2. la distinction entre « l´essence » et « l´existence ». Concernant le premier point, on peut dire que l´homme, d´une part, fait partie de « l´en-soi » par son corps, son ego et son passé. De ce point de vue, il est aussi absurde et « de trop » parce qu´il n´est ni actif ni passif ; il ne montre ni affirmation ni négation. L´homme, dans ce cas, appartient au domaine de l´essence, de ce qui est déterminé. D´autre part, l´homme, comme « l´être de la conscience », est son seul maître qui crée son esprit, ses idéaux, ses valeurs parce qu´au départ il ne possède aucune identité. Et, ce qui est le plus important, l´homme se crée lui-même, il n´a pas besoin de Dieu ( Sartre est parfaitement convaincu de sa non-existence ). Cet aspect constitue la liberté qui représente le pouvoir de la conscience de « néantiser ». Cela veut dire: d´annihiler
15 http://www.philocampus.com/histoire.php?page=sartre
16 http://www.momes.net/dictionnaire/e/existentialisme.html
17 http://www.cvm.qc.ca/ccollin/conception/existentielle/anthropologie.htm
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les divers déterminismes dont elle peut être l´objet pour qu´elle soit capable de se manifester dans tous les actes de l´homme. Selon Sartre on ne peut pas éviter ce procès, puisque « l´homme est condamné à être libre », il est contraint d´en faire usage et d´accomplir ses choix, son but est l´engagement total. En résumé, la liberté est le pouvoir que détient la conscience de se soustraire à la chaîne des causes et d´échapper aux déterminations naturelles.
Le thème numéro deux dans les pensées de Sartre est : « l´existence précède l´essence ». « Cela signifie que l´homme existe d´abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu´il se définit après. L´homme, tel que le conçoit l´existentialiste, s´il n´est pas définissable, c`est qu´il n´est d´abord rien. Il ne sera qu´ensuite, et il sera tel qu´il se sera fait. (…) L´homme est d´abord ce qui se projette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l´avenir » 18 . Par cette affirmation Sartre explicite que l´individu se définit (« essence »), au moment de sa mort, par (l´ensemble de) ses actes. En conséquence, on est ce qu´on fait. Parallèlement, comme l´homme n´est pas créé par Dieu, il doit trouver en lui ses propres valeurs et il doit décider par lui-même les actes qu´il commet. Il est donc responsable de ce qu´il est, de son succès comme de ses échecs. « La vie morte », une vie sans modification, sans mouvement, pour lui, n´existe pas. Mais pour se réaliser, il lui faut aussi les autres qui lui donnent une évaluation sur sa personne de l´extérieur. Or, comme il se voit de l´intérieur, l´homme peut mettre ensemble ces deux images et il se trouve, normalement, confirmé. D´après Sartre les rapports entre les hommes sont inévitables, ils servent de l´accumulation des actes, et, plus tard, de la formation de « l´essence ».
Par contre, « la mauvaise foi », qui est le trait de caractère de nombreux individus, empêche la connaissance de soi-même. En masquant la vérité déplaisante et fuyant la sincérité, on ment à soi-même, le trompeur et le trompé sont unis dans une personne. Pour Sartre cet état et le plus grave dans la vie de l´homme parce qu´à ce moment-là il ne pense pas. Il agit sans réfléchir en voulant cacher la réalité, son triomphe sur « la bonne foi » est d´une durée momentanée.
18 Jean-Paul Sartre: L´existentialisme est un humanisme, Paris, Gallimard, p. 29-30 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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4. La situation parisienne de l´après-guerre
« La guerre a divisée ma vie en deux » 19 . Cette thèse sartrienne est aussi bien valable pour la majorité des hommes et des femmes de Paris. La guerre, comme la capitale française est le cœur de l´Europe, ne s´arrête pas devant celle-ci. Bien sûr, il est vrai que la ville est à peine détruite, néanmoins, beaucoup de sacrifices sont exigés dans tous les domaines et dans toutes les couches sociales. La terreur transforme Paris, la ville d´amour et de la diversion, en ville de la douleur et de la monotonie. On a l´air de plonger dans la tristesse, aussi bien à Montmartre qu´aux Champs - Elysées. De plus, le nombre des infirmes, des vieux et l´absence des hommes est patent. Rarement, ici ou là, passe une dame élégante, ou on entend une belle musique qui vient d´un restaurant chic, mais cette image des jours passés est plutôt une exception. C´est une façade, derrière laquelle se cachent souvent une grande pauvreté et la faim.
Sous l´occupation, qui dure quatre ans, de 1940 à 1944, la plupart des Parisiens ne connaît pas de repas suffisants, parce que les magasins, à cette époque, sont presque vides: œufs, viandes, légumes, fruits et autres aliments « exotiques » existent seulement dans les rêves des gens ou au marché noir où ils sont vendus 10 fois plus cher. Les queues devant les magasins des produits de lait ou devant les boulangeries s´allongent et des tickets d´alimentation qui sont distribués par famille s´épuisent vite. Les habitants de Paris, comme les autres Français, vivent dans la peur (il y a des contrôles, des représailles, etc.), ils sont contraints au rationnement et au pillage. A partir de 1943, s´unifie, grâce à Jean Moulin, la Résistance, une organisation de la clandestinité parisienne dont la tâche est la lutte contre les ennemies par tous les moyens et qui compte beaucoup de membres des milieux intellectuels puisqu´ils se sont trompés sur Paris. Ils sont choqués par sa transformation, la perte de ses mystères. Simone de Beauvoir prête ses réflexions à l´un des personnages des « Mandarins » : « Si un jour elle (la ville de Paris) brillait à nouveau, la splendeur de Paris serait celle des capitales déchues; Vieux Prague, Bruges la Morte. Pas les mêmes rues, pas la même ville, pas le même monde » 20 . Ensuite, quand le Débarquement des Alliés a lieu et Charles de Gaulle arrive à Paris le 25 août 1944, les Parisiens célèbrent la fin du malheur, mais, comme déjà mentionné, ils ne peuvent pas accueillir le début du bonheur parallèlement. Il y a trop de choses qui doivent être « digérées » ou rétablies.
19 Jean – Luc Moreau: Le paris de Jean- Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne –
Hachette Livre, 2001, p. 80
20 Simone de Beauvoir: Les Mandarins; Paris, Gallimard, 1954, p. 157 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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Cependant, les Parisiens – particulièrement les jeunes - se donnent beaucoup de peine, ils ont tout simplement faim de leur « savoir vivre ». Fin août 1944, le Gouvernement provisoire de Charles de Gaulle, qui accorde le droit de vote aux femmes le 21 avril 1945, s´impose sur le terrain. Il se compose des gaullistes, des socialistes et des communistes dont l´engagement dans la Résistance procurent un prestige important dans l´opinion publique. D´abord, on commence, après le temps du choc collectif, par la reconstruction de la ville - et des nombreux cœurs blessés. Même si les conditions économiques ne permettent pas de dévergondages excessifs, on cherche à se divertire, à s´amuser partout. Ainsi, ce n´est pas étonnant que la culture populaire américaine séduit beaucoup de jeunes parisiens en entrant dans les cabarets du Quartier Latin, et puis, dans la vie quotidienne. La facilité et la gaieté de la mode d´outre-atlantique sont artificielles, mais ils aident à trouver le sentiment de la vie. On rigole à nouveau, on chante, on danse - surtout sur le jazz. Le Swing et le Be-bop règnent maintenant dans les soirées de l´après-guerre. Ensuite, dans les têtes des gens. En 1946, un autre événement politique s´abat sur les habitants de la capitale française: le Gouvernement provisoire cède sa place à la Quatrième République, instaurée par une nouvelle constitution approuvée par référendum. Mais les tensions internes (entre les membres du nouveau gouvernement) suite aux divergences concernant les problèmes coloniaux en Indochine et en Algérie conduisent à des crises successives et à plusieurs remaniements ministériels. Or, la « paix absolue » n´est pas rétablie. Pas encore.
Dans les années cinquante on baigne dans l´optimisme pur parce que la situation va de mieux en mieux. Les jeunes, à part les fêtes, sont occupés à rattraper le temps perdu par leur parents pendant la guerre. Et les adultes? D´une côté, ils supportent les idées de la jeunesse. De l´autre côté, ils essaient de continuer leurs travaux de l´avant-guerre. Comme cela ne fonctionne pas toujours, on se trouve devant un recommencement. Néanmoins, chacun – si il ou elle le veut - obtient un emploi puisque il y a beaucoup à faire. L´industrie, par exemple, vit sa deuxième floraison après le temps d´industrialisation. En plus, on s´efforce de se payer toutes les choses admirables que les Américains offrent, on s´efforce d´ être quelqu´un, de vivre dans un monde parfait et sans frontières - dans lequel l´amour libre joue un rôle particulier (« le nombre de naissances enregistrées à cette époque dépasse des records historiques » 21 ). En conséquence, «Coca Cola», «Chewig Gum», «Blue Jeans» et «Rock and Roll» gagnent une faveur immense. Ils s´établissent rapidement dans la société de Paris qui devient, à cause de la prospérité et du plein emploi, consumériste et insouciante. La politique,
21 http://www.annees2000.com/seventies.html Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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de sa part, développe également des solutions nouvelles. Le 13 mai 1958 est un jour couronné de succès pour de Gaulle, car le Parlement lui demande de prendre la direction du pays. Par la suite, le général devient Président du Conseil en juin 1958 – c´est le début de la Cinquième République – et il est élu Président de la République en décembre de la même année.
Ce qui suit maintenant est la prise de conscience des intellectuels: on reconnaît la dégradation de l´individu dans la société de l´opulence, dans la société superficielle et matérialiste. L´engagement politique n´y existe plus, les valeurs d´autrefois perdent leur signification. Pourtant, la jeunesse ignore, plus ou moins, cette opinion-là; elle s´adonne à la « Béatitude » et la musique rythmée (« beat »). Après, apparaît un nouveau mouvement de masse qui vient de la musique pop et – accessoirement – de la marijuana, et qui célèbre soi-même d´une façon généreuse. C´est le temps de « Flower Power », de ses fondateurs pacifistes et progressistes qui se baptisent « Hippys ». En luttant contre « les partisans de la consommation et de ses vertus », c´est-à-dire contre les supporteurs de la guerre du Vietnam, ils gagnent la sympathie du grand public, ils ouvrent les yeux et jouissent du respect de nombreuses penseurs et artistes de tout poil. Dans cette situation Paris (et toute l´Europe occidentale) remet en question les principes irrationnels. En plus, « les idées contestataires de tous bords y puisent une formidable dynamique inespérée » et le Gouvernement « se retrouve en face d´un phénomène irrésistible et incontrôlable qui » 22 atteint son point culminant en mai 1968. Quand même, de Gaulle est capable de reprendre la main et d´éviter le « chaos total ». En avril 1969 son gouvernement propose, par le référendum national, la création des 21 régions qui doivent avoir des compétences politiques limitées. Mais le Président n´accepte pas cet idée ; son « non » l´éloigne du référendum et il abandonne son poste. Le gaulliste Georges Pompidou devient le prochain successeur dans l´Assemblée Nationale, à la tête de la France.
A ce moment « la société se transforme. Une nouvelle ère est née. Malgré de vaines tentatives
de récupération politiques au profit des idéologies communistes, la mode est résolument aux idées pacifistes et aux projets utopistes. Le monde culturel se tourne vers l´underground anglo-saxon et les artistes populaires américains connaissent alors leur heure de gloire » 23 .
22 http://www.europa-planet.com/France/histoire.htm
23 http://www.annees2000.com/seventies.html Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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5. Son influence et ceux qui apprennent de lui
Pourtant, ce ne sont pas seulement les Américains et leurs coutumes qui inspirent les Parisiens après la seconde guerre mondiale. Non, il y a une autre puissance. Et éventuellement, elle est plus forte - particulièrement, dans les premières années de « la seconde vie » - parce qu´elle sort d´un esprit français, elle n´est pas artificielle, elle nomme les choses par son nom. C´est l´existentialisme dont je parle, et son représentant Jean-Paul Sartre.
En automne 1944, Sartre, jusque-là relativement inconnu, s´avance vers le public en découvrant le journalisme pour soi-même. Ce métier lui sert pour suggérer les opportunités de la situation présente au peuple, donc pour appeler à l´action. Ainsi, le 9 septembre il écrit – comme réaction à la désorientation nationale et à la liberté regagnée - dans Les Lettres Françaises : « Jamais nous n´avons été plus libres que sous l´occupation allemande » 24 . Cette phrase paraît paradoxe, ironique, provocante. Mais elle donne une nouvelle signification de la liberté: il ne suffit pas d´être libre au sens politique pour être libre au sens métaphysique. Une autre manière d´exprimer ce fait pourrait être la suivante : il faut décider, s´imposer, modifier. En conséquence, les concitoyens de Sartre, comprenant que sa conception est vraiment la seule chance de se sauver, commencent à créer en lui. Et le « grand homme » n´est pas contre cela, au contraire, il voudrait aider les habitants de Paris d´une façon plus efficiente et, pour cette raison, cherche partout la conversation avec eux - particulièrement dans les cafés (« caves ») de Saint- Germain-des- Prés – le Flore, les Deux Magots, la Coupole, la Rotonde ou le Dôme - qui se remplissent peu à peu de femmes et d´hommes ; ils se nomment maintenant « existentialistes ». D´abord, c´est le temps de « Huis clos » - une pièce de théâtre dans laquelle trois personnages se rencontrent en enfer où ils restent ensemble à tout jamais - qui concrétise l´opinion sartrienne sur la liberté de l´homme. On y reconnaît que la liberté vient de notre engagement, de nos actes. Si ceux-ci sont remportés, le bonheur personnel s´établit presque automatiquement. En plus, l´homme, selon l´existentialiste, ne porte pas seulement la responsabilité totale de son existence, il porte aussi celle de l´existence de tous les autres. Cela veut dire que l´homme est obligé de faire des actes exemplaires, d´être humain, d´être raisonnable – comme ceux qui ont dit « non » pendant l´Occupation, « à toute heure du jour et de la nuit » 25 . Evidement, tels mots tombent comme « un cadeau du ciel » sur les gens qui aspirent à la fin de la misère, du chaos. Tels mots les enthousiasment, leur offrent une direction. Tels mots marquent forcement leur vie. La suite : « Huis clos fut à coup
24 Denis Bertholet: Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 248
25 Denis Bertholet: Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 248 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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sûr l´événement culturel qui ouvrit l´âge d´or de Saint-Germain-des-Prés » 26 précise Annie Cohen-Solal, une contemporaine de Sartre.
Après, en hiver 1944, Sartre, le Castor, Aron, Leiris, Merleau-Ponty, Albert Ollivier et Jean Paulhan créent une revue ( Sartre est directeur), « Les Tempes Modernes ». Les collègues, qui sont dégoûtés du silence pendant la guerre, se trouvent face à un défi : ils espèrent redécouvrir le monde pour leurs lecteurs, car « l´univers d´avant-guerre a explosé, les systèmes d´explications classiques ont volé en éclats. Il faudrait rassembler le monde, le ressaisir tel qu´il est (…) » 27 . Cependant, Sartre s´intéresse au passé, aux événements de la guerre dans lesquels il veut découvrir les crimes qui se passaient autour de lui et faire un rapport sur ceux- ci, « parce qu´il n´a pas écrit une ligne pour les empêcher » 28 . Pour la majorité des Parisiens Sartre a déjà assez fait, il est un héros de la Résistance, mais « à ses propres yeux, il a failli » 29 et doit, maintenant, se délivrer de « la mauvaise foi ». Pour cela, il publie son autobiographie, « Chemins de la liberté », dans laquelle l´intellectuel présente les circonstances de sa vie pendant la guerre, il écrit sincèrement et ne minimise pas ses erreurs. En plus, il se purifie et développe sa philosophie. Et en faisant cela, il convainc définitivement ses supporteurs qui considèrent le roman comme « le reflet intime de leur propre autobiographie » 30 . En même temps la jeunesse parisienne se familiarise avec lui. « Les jeunes gens qui n´ont pas de passé, qui se sont formés juste avant ou pendant la guerre, et qui débarquent sur le marché des idées, n´ont pas grande envie de se précipiter dans les vieilles institutions, parti ou Eglise. Sartre leur offre une alternative ». Denis Bertholet constate encore: « Il est neuf, omniprésent, passionnant » 31 . Mais quelle est la vraie raison pour laquelle on le suit? Ce qui est réellement avantageux pour son succès ce sont: les principes fondamentaux relativement simples et l´accord avec les aspirations d´une grande partie de la jeunesse. Au-delà, Etienne Antonetti, lycéen d´une quinzaine d´années, témoigne : «Les idées de Sartre (…) nous paraissaient très accessibles. Elles nous semblaient en prise directe avec le réel, et nous en étions d´autant plus proches » 32 . En ce moment Anne-Marie Cazalis, poétesse, et Juliette Gréco, chanteuse, participent à la création de l´une des « caves » restées les plus célèbres de Saint-Germain-des- Prés: le Tabou – qui existe seulement trois mois et qui, après, devient une « cave mythique » dont on parle même de nos jours à cause de son atmosphère unique. On y fait tout en
26 Annie Cohen-Solal: Sartre 1905-1980, Paris, Gallimard, 1999, p. 370
27 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 249
28 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 250
29 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 250
30 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 263
31 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 263
32 Vincent Gille: Saint-Germain-des-Prés, 1945-1950 ; Paris, Paris-Musées, 1989, p. 26 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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commun. On y partage tout. La solidarité, résultant de la même attitude, du désir de la fortune et de s´amuser à tout prix, vit sa « renaissance » dans le Tabou. Et cet « événement » est inoubliable pour les Parisiens.
Néanmoins, l´époque de la floraison de Saint-Germain-des-Prés ne dure pas longtemps. La ruine du « Tabou » en 1945 a de mauvaises conséquences sur l´existentialisme. A la fin des années quarante le véritable Saint-Germain-des-Prés - « comme un lieu de grande tolérance, où les divers courants artistiques, intellectuels et politiques se côtoyaient, se frottaient les uns les autres, tandis que la jeunesse guettait le résultat du coin de l´œil dans l´attente d´un monde nouveau » 33 - n´est pas plus à la mode. On s´intéresse aux choses que les Américains présentent.
Malgré cela, Sartre, un homme qui ne peut pas que servir son peuple - notamment les ouvriers et les étudiants, car il hait la bourgeoisie dont il est issu - par ses activités, ne disparaît pas de la circulation; il est de l´immunité perpétuelle, il sait se défendre contre l´ignorance de la jeunesse et de tous les autres. Subséquemment, il réussit de temps en temps à attirer leur attention sur ses idées en continuant à publier des articles et des pièces de théâtre. Sartre participe aussi dans un grand nombre de manifestations et de combats politiques. En novembre 1960, par exemple, il met en route (accompagné par Simon de Beauvoir et leur ami Henri Jeanson) le « Manifeste des 121 » sur le droit à l´insoumission dans la guerre d´Algérie et est ensuite accusé d´avoir constitué un réseau d´aide au F.L.N (Front de Libération Nationale) qui se est responsable de la plupart des attentats, des assassinats à cette époque. « Mais cela n´avait pas empêché Sartre de donner des conférences de presse pour provoquer la police : certains des 121 avaient été iniquités, voire arrêtés, et lui non. Pourquoi? Parce que de Gaulle s´était bien gardé de faire de lui un martyr, et avait paraît-il eu ce mot : « On n´arrête pas Voltaire » » 34 .
Ultérieurement, en novembre 1964, « Le Nouvel Observateur », un hebdomadaire de gauche, est fondé. Sartre est le parrain et ses « fils » Gorz, Lanzmann, Pontalis, Pouillon et Todd commence le travail. « Le premier numéro paraît en 1964, muni d´une grande interview de Sartre, qui souhaite ainsi lui procurer la plus large audience. Il poursuit son offensive en
33 Jean-Luc Moreau : Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette
Livre, 2001, p. 103
34 Jean-Luc Moreau : Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette
Livre, 2001, p.122 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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direction des nouvelles générations. On dit qu´elles sont dépolitisées, répète-t-il, mais ce n´est pas vrai, elles sont profondément politisées. Les jeunes gens d´aujourd´hui sont « au même point que moi. Leur point de départ est mon point d´arrivée » 35 » 36 . Dans ce cas Sartre défend la jeunesse parce qu´ il veut s´approcher de celle-ci de nouveau, parce qu´ il est sûr qu´elle offre beaucoup de potentiel pour l´avenir. Mais, c´est le capitalisme qui leur bouche la vue et les prive de la possibilité de penser, de s´occuper du substantiel. Donc, selon Sartre, il y seulement une seule solution, un seul espoir: le marxisme. Or, il tente un coup de force. Contre les pères, qui essaient de transformer leurs rejetons en « classe de consommateurs », il prend la direction des opérations. « En d´autres termes, les buts ne sont pas l´élévation du niveau de vie, le travail, les écoles et les logements (…). Il s´agit de casser. Il faut briser les reins de la bourgeoisie » 37 . En outre, Sartre se met par rapport à la jeunesse parisienne, « il lui offre un miroir : regarde comme tu es belle. En retour, il se mire en elle : je suis comme toi, pur et intact malgré les ans. Tu aimes détruire, je veux détruire ; tu as besoin de la vérité, je te l´offre ; tu aspires à l´absolue, je te le révèle (…). Aimez –moi, et je vous aimerai » 38 . Directement en ce moment une nouvelle page dans l ´histoire de Paris s´ouvre : les jeunes se sentent vraiment concernés, vraiment compris par Sartre et reproduisent une unité avec leur « vieux maître » dont la tache est une rupture avec les traditions, c´est-à-dire une révolution.
Celle- ci débute en mars 1967 dans la faculté de Paris - Nanterre, quand un groupe d´étudiants réclame le droit d´accès aux dortoirs des filles en invoquant les mânes de Wilhelm Reich puisque d´après lui et « beaucoup d´idéologues marxistes de sa génération, la répression sexuelle est un stratagème qui permet aux capitalistes d´orienter vers la production l´énergie vitale des travailleurs » 39 . Cependant, c´est surtout à la rentrée de novembre que le mouvement lancé sur la question des équivalences entre anciens et nouveaux diplômés du premier cycle, prend pour thème-clé – particulièrement à l´initiative de Philippe Meyer – la lutte contre la sélection à tous égards. Ensuite, dès la fin de novembre, les enseignants de sociologie et l´UNEF (Union National des Etudiants de France), qui est un mélange de différents groupuscules d´extrême - gauche et au sein duquel apparaît un certain Daniel Cohn – Bendit, appellent à la grève. Mais, à l´exception de la conversation avec le doyen Grappin (Université de Paris – Nanterre), elle n´a pas d´effet immense. Après, il y une phase plus ou moins tranquille. Toutefois, les apparences sont trompeuses parce que c´est seulement le
35 Michel Contat : Rien dans les mains, rien dans les poches ; Paris, Gallimard, 1977 p. 89
36 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 469
37 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 470
38 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000, p. 470
39 http://www.herodote.net/histoire05030.htm Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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calme avant la tempête qui commence par le « Mouvement du 22 mars », suite à l´arrestation des six étudiants à Paris qui militent contre la guerre du Viêt-nam. Ce jour, qui joue une rôle important dans la révolution, les militants du mouvement occupent le bâtiment administratif de la faculté de Nanterre, puis, ils commencent à parler politique et incitent le recteur à fermer l´université le 29 mars pour qu´on puisse mener des débats. Le Doyen consent à cette « proposition » et laisse fermer la faculté du 29 mars au 2 avril. Malheureusement, le climat entre lui et les étudiants reste le même : on se méfie parce que chaque parti veut avoir raison ; chaque côté veut triompher sur l´autre. Par cet événement l´attention de Sartre est éveillée et il rejoint la jeunesse en saluant leur « puissance de refus » 40 , leur irrespectueux comportement envers l´autorité qui conduit à une deuxième fermeture de la faculté le 2 mai.
Parallèlement, le conflit de la banlieue ouest de Paris se déplace vers le cœur de la capitale, vers le Quartier Latin. Le 6 mai l´UNEF – maintenant il y trois leader : Daniel Cohn – Bendit, Alain Geismar et Jacques Sauvageot – envahit la Sorbonne et « toute la journée, les étudiants affrontent la police. La nuit venue, au lieu de se disperser, ils élèvent des barricades » 41 . Le 7 mai une grande manifestation, de la place Denfert - Rochereau à la place de l´Etoile, a lieu. La confrontation s´accentue, la nuit du 10 au 11 est d´une violence sans exemple. Par ailleurs, les étudiants obtiennent le soutien des salariés, des « travailleurs » qui sont également mécontent du système d´Etat, de la dominance de la bourgeoisie. Enfin, Sartre prend parti encore une fois : le 12 mai, à Radio - Luxembourg, il parle officiellement à la nation, à l´autorité. A son avis, « le seul rapport valable des étudiants á l´Université c´était de la casser et pour cela il fallait descendre dans la rue » 42 . Le lendemain commence alors la grève la plus forte que Paris, que la France, ait jamais vue (jusqu´à 8 million de grévistes) et Sartre la fait progresser. Simone de Beauvoir, par contre, qui se retient dans cette affaire, note quelque temps plus tard : « Jamais, ni dans ma studieuse jeunesse, ni même au début de cette année 68, je n´aurais pu imaginer pareille fête. Le drapeau rouge flottait sur la chapelle et sur les statues des grands hommes. Sur les murs fleurissaient les merveilleux slogans inventés quelques semaines plus tôt à nanterre. Chaque jour apparaissaient dans les couloirs des nouvelles inscriptions, des tracts, des affiches, des dessins » 43 . Elle aussi s´émerveille de la coexistence d´une multitude des formations politiques ; évidement, elles ne se regardent pas comme adversaires, mais
40 Ibid., p. 581
41 Jean-Luc Moreau : Le paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette
Livre, 2001, p. 130
42 Jean-Luc Moreau : Le paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette
Livre, 2001, p. 130
43 Ibid.
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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comme alliés. Donc, l´esprit du mai 68 naît de la solidarité et du bout commun produits par Sartre. Il est –à côté des autres penseurs – le « point fixe » de la révolution. Cela se montre notamment après son discours dans l´amphithéâtre de la Sorbonne le 20 mai. Là, il « répond de son mieux aux apostrophes de la parole contestataire, justifiant le recours à la violence, félicitant mine de rien les étudiants de reprendre son programme des années quarante, « une liaison du socialisme et de la liberté » 44 » 45 . Cependant cette idée n´est pas adaptée et Charles de Gaulle reste Président. Alors, « une révolution ratée? Ce n´était pas une révolution du tout. Ce fut une révolte nécessaire et une fête réussie » 46 formule André Comte – Sponville dans son article « Mai 68, un souvenir de bonheur ».
Après les troubles du printemps 68, Sartre trouve rapidement de nouveaux champs d´activité. Par exemple, il assume la responsabilité des articles de « La cause du peuple », une revue de la gauche prolétarienne « dont la teneur devrait lui valoir d´être arrêté » 47 . Comme le gouvernement ne laisse pas faire cela – il a peur de la reconstruction de la puissance révolutionnaire – « des militants, vendeurs du journal, sont arrêtés puis emprisonnés » 48 . Sartre réagit d´une manière risqué : il distribue le journal sur la voie publique, le 20 juin 1970. Six jours plus tard une manifestations se forme et Sartre « descend » pour la première fois dans les rues de Paris – exactement comme la jeunesse le fait en 1968. A ses côtes Sur il y a les amis fidèles : le Castor, Marie-France Pisier, Louis Miller, Robert Gallimard, Patrice Chéreau et autres. Mais le gouvernement reste sévère, les désirs de la « gauche sartrienne » ne l´intéresse pas ; il arrête même les deux directeurs successifs de « La cause du peuple ». Or, Sartre est acculé et il a besoin de l´aide des habitants parisiens, notamment des ouvriers. Son prochain pas : « Juché sur un tonneau de fuel, il prend la parole à la sortie des usines de Renault-Billancourt [le 21 octobre 1970] (…), prônant la rencontre des intellectuels et des prolétaires » 49 . Malgré cela, l´écrivain n´a pas suffisamment de succès et il doit se soumettre aux règles de l´Etat. Il accepte que ce que l´autorité ne veut pas, c´est la vérité, ce sont les révolutionnaires.
44 Annie Cohen-Solal : Sartre 1905-1980 ; Paris, Gallimard, 1999, p. 768
45 Jean-Luc Moreau : Le paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; paris, Editions du Chêne-Hachette Livre, 2001, p.136 46 http://www.psychologies.com/cfml/chroniqueur/c_chroniqueur.cfm?id=194&pleinepage=oui 47 Jean-Luc Moreau : Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette Livre, 2001, p. 138 48 Jean-Luc Moreau : Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette Livre, 2001, p. 138 49 Jean-Luc Moreau : Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette Livre, 2001, p. 139 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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Finalement, il participe à la création du journal « Libération » - son dernier projet digne d´être mentionné - en mai 1973, « donnant de son temps et de son argent » 50 en masse parce qu` il veut que « le peuple parle au peuple » 51 . Et le peuple – avant tout les Parisiens - le remercie infiniment pour cela, même de nos jours.
6. Conclusion
C´est incontesté: l´influence de « son » existentialisme est énorme et elle aide Sartre à obtenir une gloire incomparable. Et ça, non seulement à Paris, mais, sans exagérer, dans le monde entier. Avec ses lunettes aux verres épais, ses canadiennes sans âge, ses écharpes, sa pipe ou sa cigarette, Sartre est un symbole. La raison pour cela est que dans Sartre, s´unissent des fonctions différentes. Pour beaucoup d´ex-communistes qui sont déçus par le stalinisme, Sartre semble être le nouveau prophète. Pour la jeunesse et les ouvriers, cet homme, dont le café habituel - un lieu où il travail et s´amuse, où il passe sa vie (« Sartre, c´était devenu un quartier » 52 ) - « Le Flore », devient un lieu de pèlerinage, incarne la justice totale. Il est aussi admiré par les femmes à cause de ses manières aristocratiques, le monde théâtral le bénit pour ses pièces extraordinaires qui appartiennent aux plus populaires de son siècle.
Pourtant, Sartre est un enfant de son temps. Jusqu´en 1940 il est exclusivement marqué par l´histoire; un peu plus tard, quand « son » existentialisme est vraiment à la mode et commence visiblement à influencer les habitants parisiens – et puis même les pays d´outre-mer ; il a le droit de se vanter d´être plus qu´un phénomène du temps, à savoir: d´être la cause pour celui- ci. Sartre est une tête politique très résolue, son terrain, ce sont les affaires publiques. Ensuite, il s´en tient à une tradition littéraire qui est énormément vivante en France. C´est la tradition d´un « écrivain », d´un homme, qui met sa plume inconditionnellement au service de son opinion politique, qui affirme de manière flamboyante son « j´accuse » ou son « écrasez l´infâme! ». Selon Bernard-Henri Lévy, Sartre « a fait de soi une sorte d´homme - lumière n´existant que pour autant qu´il s´offrait à l´admiration, la haine, la curiosité, l´indiscrétion, l´appel, la médisance encore, le bavardage, bref le regard de ses contemporains » 53 . En outre, c´est une personne qui s´engage, qui se sent responsable de l`« égalité », de la « fraternité » et
50 Jean-Luc Moreau : Le Paris de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne-Hachette
Livre, 2001, p. 139
51 Annie Cohen-Solal : Sartre 1905-1980 ; Paris, Gallimard, 1999, p. 802
52 Michel Sicard : Essais sur Sartre ; Paris, Galilée, 1989, p. 33
53 Bernard – Henry Lévy : Le siècle de Sartre ; Paris, Editions Grasset & Fasquelle , 2000, p. 630 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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de la « liberté » pour tout le monde. La conséquence de cette attitude est la suivante: tous les romans et toutes les pièces de Sartre font remarquer la situation politique actuelle aux lecteurs. Malgré cela, ils renoncent expressément aux sujets qui ne se démodent pas.
Mais, bien que ses œuvres soient appréciés, Sartre n´est pas un acteur politique couronné de succès, il n´est pas capable de faire de la politique. Il réfléchit, puis, il écrit sur celle-ci. Son monde est celui des livres, des bibliothèques, des bureaux où il peut s´isoler et développer ses pensées. Dans la première partie de son autobiographie il résume cet état des faits en une seule phrase: « J´ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute: au milieu des livres » 54 . Comme nous savons aujourd´hui, finalement, il n´a pas raison, car il passe les dernières minutes de sa vie volumineuse dans un hôpital – et pas à la maison, dans sa bibliothèque privée, comme il le désire. L´enterrement de Sartre est un « beau désordre », pourtant, cet ultime instant montre son exploit unique encore une fois, la dernière fois. « Nous ne sommes pas les fils de Sartre: nous sommes Sartre, peu ou prou, parce que son universelle singularité résonne en nous » 55 . C´est ce que les personnes dans les rues - l´ancien jeunesse influencée par Sartre - se disent à propos de « Dieu du gauchisme ». Chacun d´eux peut retrouver ses ambiguïtés et sa faiblesse, les « oui » qui couvent des « non », les convictions qui cachent des névroses, les incertitudes qui se résolvent en croyances et en violence. Comme Sartre toujours reflète le mouvement embrouillé de la vie, l´ambivalence prédomine ses actes comme ses idées et ses affections. Et exactement par ce comportement et par son esprit, sa passion continuelle, il réussit à « contaminer » les autres – particulièrement les jeunes parisiens des années quarante et cinquante. Enfin, toute sa vie Sartre joue. Il aime mettre tous ses œufs dans le même panier; c´est pourquoi il perd tout et il gagne tout perpétuellement.
En faisant le bilan, il est, à mon avis, justifié de parler de lui – et de son influence de la vie parisienne et de la jeunesse de l´après-guerre – de la façon subséquente. Il perd: lui-même, la capacité de dire « je » et le présent. Il gagne: une œuvre, l´amour de ses contemporains, l´immortalité dans les cœurs de ceux-ci et le respect des générations qui viennent.
Et tout cela vient de son élan vers le service aux hommes auquel il s´adonne pour toujours, auquel il s´adonne entièrement.
54 Jean – Paul Sartre : Les Mots ; Paris, Gallimard, 1964, p. 36
55 Denis Bertholet : Sartre ; Paris, Plon, 2000 p. 568 Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
21
7. Appendice
a) Photos – sur les traces de Jean-Paul Sartre :
1. Spectacle de marionnettes au jardin du 2. Sartre en classe de seconde, au lycée de
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
22
5. Le jardin du Luxembourg, la fontaine 6. La Bibliothèque nationale où Sartre travaille
Médicis (érigée en 1624, de style italien) régulièrement et avec grand plaisir Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir s´y donnent rendez-vous en 1929
7. La promotion de Sartre (dernier rang, 8. Sartre mobilisé en Alsace, 1939
deuxième à partir de la gauche), 1934
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
23
11. Retour au théâtre avec Simone de Beauvoir,
Nekrassov, 1955 2. Jean-Paul Sartre au 42, rue
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
24
13. Le Café de Flore, 1958; fondé 1887, il 14. Le Flore aujourd´hui
est « l´un des berceaux de l´Action française » 56
56 Ibid.
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
25
22. Sartre et Arlette Elkaïm, sa fille adoptive,
1965 23. En Egypte, 1967, Sartre est accompagné
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
27
b) Bibliographie:
- Livres:
Bertholet, Denis: Sartre; Paris, Plon, 2000 Cohen-Solal, Annie: Sartre 1905-1980 ; Paris, Gallimard, 1999 Contat, Michel: Rien dans les mains, rien dans les poches ; Paris, Gallimard, 1977 Contat, Michel / Rybalka, Michel: Les écrits de Sartre, Paris, Gallimard, 1995 de Beauvoir, Simone: Les Mandarins; Paris, Gallimard, 1954 de Beauvoir, Simone: La cérémonie des adieux ; Paris, Gallimard, 1981 Gille,Vincent: Saint-Germain-des-Prés, 1945-1950 ; Paris, Paris-Musées, 1989 Jeanson, Francis: Sartre / Ecrivains de toujours ; Paris, Editions du Seuil, 1955 Lévy, Bernard – Henry: Le siècle de Sartre ; Paris, Editions Grasset & Fasquelle , 2000 Moreau, Jean – Luc: Le paris de Jean- Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne – Hachette Livre, 2001 Sartre, Jean - Paul: L´existentialisme est un humanisme ; Paris, Gallimard, 1946 Sartre, Jean – Paul: Les Mots ; Paris, Gallimard, 1964 Sicard, Michel: Essais sur Sartre ; Paris, Galilée, 1989
- Internet:
http://www.annees2000.com/seventies.html http://www.cvm.qc.ca/ccollin/conception/existentielle/anthropologie.htm http://www.europa-planet.com/France/histoire.htm http://www.philocampus.com/histoire.php?page=sartre http://www.psychologies.com/cfml/chroniqueur/c_chroniqueur.cfm?id=194&pleinepage=oui http://www.herodote.net/histoire05030.htm http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_CON_015 http://www.momes.net/dictionnaire/e/existentialisme.html
c) Crédits photographiques:
Bertholet, Denis: Sartre; Paris, Plon, 2000: photos 2, 7, 11, 16-18, 20-23, 26, 28-30, 32-33 Moreau, Jean – Luc: Le paris de Jean- Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; Paris, Editions du Chêne – Hachette Livre, 2001: photos 1, 3-6, 8-10, 12-15, 19, 24-25, 27, 31, 34-35
Wioletta Agadjanowa, 12 F.a
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Wioletta Agadjanowa, 2005, Jean Paul Sartre - son influence sur la vie parisienne et sur la jeunesse de l´après-guerre, Munich, GRIN Publishing GmbH
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