Le conflit entre spontanéité anarchiste et organisation militaire dans L´Espoir d´André Malraux


Hausarbeit (Hauptseminar), 2000
20 Seiten, Note: 1,25

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Inhaltsverzeichnis

1. Introduction

2. Masse et individu: le double passage
2.1. Anarchisme et discipline
2.1.1. Le manque de discipline des miliciens
2.1.2. Prise de l'hôtel Colon à Barcelone
2.1.3. Prise d'une batterie fasciste à la Sierra
2.1.4. Prise de quelques fermes occupées par les fascistes
2.1.5. Désobéissance ouverte des milices de Tolède
2.1.6. Synthèse: Discipline ou mort
2.2. Manuel ou la formation d'un officier républicain
2.2.1. Premières expériences à Madrid
2.2.2. À la Sierra
2.2.3. À la gare d'Aranjuez: Le chaos discipliné
2.2.4. Pitié ou victoire – la solitude du commandant

3. Conclusion

4. Bibliographie

1. Introduction

Les antécédents et le début de la guerre civile espagnole ne sont pas un conflit entre le fascisme[1] et le communisme. Il s'agit plutôt de tensions à l'intérieur de la société espagnole datant de plusieurs siècles, à savoir de la "Konfrontation zwischen der grundbesitzenden und in archaischen Strukturen verwurzelten Oligarchie mit ihren Verbündeten, die zu keinerlei Veränderung ihrer aus dem 19. Jahrhundert überkommenen privilegierten Stellung bereit waren, und den Sektoren der Land- und Industriearbeiter, die in der Republik das Vehikel zur Überwindung ihrer überkommenen Benachteiligung erblickten und sich, nachdem sie in ihrer Hoffnung auf schnelle Veränderung ihrer Situation enttäuscht worden waren, von der bürgerlich-demokratischen Republik ebenso abwandten, wie ihre 'Klassenfeinde' dies bereits getan hatten." (Bernecker/Pietschmann 1997:293) Ce n'est que sous l'influence de la situation politique dans le reste de l'Europe que les contradictions espagnoles se polarisent de plus en plus et finissent par être le premier grand conflit armé entre le fascisme et l'antifascisme, ce centre de ralliement, et finalement une sorte de répétition générale de la prochaine guerre mondiale[2].

La réaction de la Comintern face à l'ascension de Hitler est, en 1934/1935, un retournement idéologique. Jusque là, l'ennemi principal des communistes a toujours été la bourgeoisie et la social-démocratie – les 'sociaux-fascistes' en terminologie communiste. À partir du VIIème congrès de la Comintern, "Communisme et fascisme sont (...) mis face à face dans le rapport révolution/contre-révolution" (Furet 1995:263) ce qui, par conséquent, signifie un lien étroit entre communisme et antifascisme. Ainsi le Front populaire peut concentrer les forces de la gauche jusque là opposées: "(...) il [l'antifascisme] englobe, au moins dans un premier stade, jusqu'aux partisans de la démocratie pluraliste aux côtés des communistes: non seulement les ouvriers socialistes, anarchistes, catholiques, ou inorganisés, mais les partis bourgeois ou paysans fidèles à la liberté." (Furet 1995:263)

Staline se rend compte en 1935, au plus tard, que le programme politique que Hitler a développé dans 'Mein Kampf' doit être pris au sérieux et qu'il représente une menace grave pour la paix mondiale et surtout, avec sa stratégie du "Lebensraum", pour l'intégrité térritoriale de l'Union Soviétique[3].

Les pays occidentaux réagissent d'une manière tout à fait différente. Ils sous-estiment beaucoup l'aggresivité d'Hitler et préfèrent une politique de tolérance, de non-intervention et, en ce qui concerne l'Angleterre, de sympathie mal dissimulée. La conférence de Munich en 1938 en est le comble.

Avec le soutien de Staline, les communistes peuvent donc se mettre en tête du camp démocratique/antifasciste et se présenter dans le monde comme défendeurs de la liberté, sans jamais, bien entendu, perdre de vue la révolution communiste comme but de leurs activités. "Ainsi les communistes sont-ils les seuls à connaître d'avance le vrai sens de l'action antifasciste. S'ils s'y consacrent au premier rang, ils n'imaginent pas un instant qu'ils travaillent simplement à la restauration des libertés bourgeoises." (Furet 1995:264)

Conscient des contradictions qui règnent à l'intérieur du camp républicain, André Malraux écrit en 1937 L'Espoir en l'espace de quelques mois. Néanmoins, le thème principal du roman n'est pas de trouver une réponse à ces contradictions. L'auteur refoule la question de l'avenir politique de l'Espagne et déclare dans une interview accordée le 1 mars 1937 au journal méxicain El Nacional:"...en Espagne se joue actuellement le destin de l'humanité et [...] nous devons laisser de côté les discussions théoriques, pour nous consacrer uniquement à la défense et à l'aide du peuple espagnol. Il est quasi criminel de perdre des heures et des mois entiers à spéculer sur des choses qui peuvent attendre." (cité d'après Roche 1989:309)

Face au fascisme, la victoire militaire est donc primordiale pour Malraux. La guerre civile est pour lui un conflit dont seule la technologie en décidera l'issue: "- Il n'y a plus, désormais, de transformation sociale, à plus forte raison de révolution, sans guerre, et pas de guerre sans technique." (Malraux 1937:117, par la suite abbrévié par 'E')

Malraux s'aperçoit très tôt de l'importance d'une aviation républicaine. Après le Pronunciamiento, il part immédiatement pour l'Espagne afin de s'informer sur place de la situation du gouvernement républicain. Revenu en France, il obtient la permission d'acheter quelques vieux appareils. Cette Escadrille España rendra un grand service à l'Espagne. Elle bombarde près de Medellin en Estremadure une unité fasciste, "ralentissant considérablement son avance et reculant ainsi la chute de Madrid." (Semprun 1996:37)

La deuxième clé d'une victoire des républicains est pour Malraux la concentration des forces militaires antifascistes à travers la discipline et la formation d'une armée régulière. La discipline est pour lui, comme il le fait dire à Garcia, "l'ensemble des moyens qui donnent à des collectivités combattantes la plus grande efficacité. (...) C'est une technique comme une autre." (E 117)

C'est à ce sujet qu'il dédie son roman L'Espoir.

Ce travail a pour but de montrer, à l'aide de quelques passages clés du roman, que Malraux décrit anarchisme et discipline comme deux principes opposés; en outre il dénonce l'inefficacité de la traditionelle tactique de combat des anarchistes et expose la démarche à suivre pour mettre en échec la révolte franquiste. En Manuel il a créé un personnage qui incarne l'idéal du combattant antifasciste et qui fait du roman une "Leadership Lesson" (Harris 1987-1988). Il sera exminé dans la deuxième partie de ce travail.

2. Masse et individu: le double passage

2.1. Anarchisme et discipline

L'etymologie du terme anarchisme montre[4] déjà pourquoi l'organisation des forces anarchistes dans le cadre d'une armée régulière comporte de graves problèmes: le mot grec anarkhia ne signifie rien d'autre que 'absence de chef'! Dans son roman, Malraux semble avoir souligné cet élément de l'anarchisme sans beaucoup parler des différentes formes politiques de l'idéologie anarchiste – l'apocalypse de la fraternité forge un front antifasciste où seule la victoire militaire compte. La spontanéité anarchiste doit être compris, donc, moins comme un mouvement politique que comme un actionnisme spontané motivé par 'l'illusion lyrique' qui entraîne les miliciens à des actions souvent trop risquées et peu efficaces.

Tout au long du roman, on peut trouver plusieurs passages qui montrent que Malraux n'attribue à la provenance politique des personnages qu'une importance subordonnée – pourvu qu'ils luttent pour la république. En voici une illustration:

"- Au fait, qu'est-ce que tu étais? Communiste? – Non: socialiste de droite. Toi, communiste? – Non, dit Magnin, tirant sa moustache à petits coups: socialiste aussi. Mais gauche révolutionnaire. – Moi, répond Sembrano, avec un triste sourire qui s'accorde à la nuit qui vient, j'étais surtout pacifiste. – Les idées changent..., dit Vallado. – Les gens que je défends, eux, n'ont pas changé. Et il n'y a que ça qui compte." (E 83)

L'anarchisme représente dans L'Espoir surtout deux éléments: d'un côté un actionnisme intrépide et qui ne craint rien – n'oublions pas l'action de Puig (E 39-40) ou le courage des dinamiteros (E 228-235) -, mais aussi, de l'autre côté, chaos, manque de discipline, voire refus d'obéissance ouverte.

Les passages cités par la suite ont pour but de montrer que Malraux oppose à l'actionnisme autodestructeur des anarchistes et au manque de discipline de beaucoup de miliciens, l'efficacité ainsi que la tactique sensée des militaires professionels et la discipline des communistes, laquelle est montrée comme seul moyen de l'emporter sur le fascisme.

2.1.1. Le manque de discipline des miliciens

Malraux souligne à maintes reprises le manque de discipline des miliciens. Selon lui, cela constitue le plus grand problème des forces républicaines, qui certes disposent de beaucoup d'hommes, mais qui luttent sans discipline, de manière incompétente du point de vue militaire et qui pour ça ne sont pas combatifs:

"Ensuite, que voulez-vous, l'ignorance absolue de ceux qui viennent discuter avec nous des problèmes techniques. Ces milices-là seraient écrasées par deux mille soldats qui connaissent leur métier." (E 123)

Ramos, le "syndicaliste expérimenté" (E 89), se plaint à l'occasion d'un entretien avec son ami Manuel du manque de discipline de ses hommes:

"- Je viens de passer une demi-heure à m'engueuler comme un bon avec les copains, dit Ramos: il y en a plus de dix qui veulent aller dîner chez eux; et trois à Madrid! – C'est l'époque de la chasse, ils confondent. Résultat de tes négociations engueulatives? – Cinq restent, sept partent. S'ils étaient communistes, tous resteraient." (E 88)

Lors du siège de Tolède, la crise de commandement de l'armée républicaine se montre de façon encore plus marquée. Garcia, "un des chefs des Renseignements militaires" (E 112), inspecte les positions républicaines qui se trouvent autour de l'Alcazar de la ville. Il interroge le commandant Hernandez au sujet de l'obéissance des anarchistes:

"- Aucun de vos officiers ne s'arrange avec les anarchistes? – Si: les pires, très bien... Le seul à qui les anarchistes, ou plutôt ceux qui se disent anarchistes, obéissent dans une certaine mesure, c'est ce capitaine français. Ils ne le prennent pas trop au sérieux, mais ils l'aiment." (E 125)

En ce qui concerne le commandement militaire, l'état des choses est donc chaotique:

"Qui commande ici? demanda Garcia, à peine ironique. – Qui voulez-vous qui commande?... Tout le monde... Personne. Vous souriez... – Je souris toujours, c'est un tic joyeux. Qui donne des ordres? – Les officiers, les fous, les délégués des organisations politiques, d'autres que j'oublie..." (E 123).

La discussion d'Hernandez avec un milicien mexicain qui surveille une barricade montre aussi la crise d'autorité des officiers républicains:

"Il faudrait élever la barricade de cinquante centimètres, moins serrer les tireurs, et en mettre aux fenêtres, en V. – Do...men...tion? grogna le Mexicain dans un chahut de coups de fusil assez proches. – Comment? – Ta documentation, hé, tes papiers! – Capitaine Hernandez, commandant la section du Zocodover. – Alors, t'es pas de la C.N.T. Alors, elle te regarde, ma barricade?" (E 125-126)

La suite de ce travail montrera que ce mélange entre manque de discipline et entêtement est, selon Malraux, inefficace du point de vue militaire, même si les miliciens se distinguent avec une euphorie dans le combat et qu‘ils ne craignent rien.

2.1.2. Prise de l'hôtel Colon à Barcelone

Cet épisode se joue à Barcelone juste après le soulèvement des fascistes. Les anarchistes ayant traditionellement en Catalogne plus d'adhérents que les communistes, leurs chefs deviennent automatiquement les chefs du combat antifasciste.

Puig, un chef anarchiste, et ses hommes essayent de faire reculer les fascistes du centre de la ville; ceux-là, retranchés dans l'hôtel Colon, contrôlent de là la place centrale de la ville, la Plaza de Cataluña. Malraux montre ici qu'une bonne tactique militaire est beaucoup plus efficace que l'euphorie aveugle et autodestructrice des anarchistes.

Dans la mêlée, ils ne font pas attention aux ordres de Puig, ce qui entraîne des conséquences fatales:

"Les ouvriers se lancèrent à la poursuite des soldats. – A vos postes! gueulait Puig, agitant ses bras courts. On ne l'entendait pas. En moins d'une minute, un tiers des poursuivants étaient tombés: les soldats maintenant abrités sous les porches de l'avenue, les ouvriers se trouvaient dans la situation des troupes cinq minutes plus tôt." (E 27)

Puig attend de l'anarchisme pour la première fois plus que des actes d'héroisme. Les expériences faites dans les rues de Barcelone lui font comprendre la nécessité d'agir avec discipline:

"Pour la première fois, Puig, au lieu d'être en face d'une tentative désespérée, comme en 1934 – comme toujours -, se sentait en face d'une victoire possible. (...) Aujourd'hui il ne s'agissait plus de donner des exemples, mais d'être vainqueur; et si ses hommes partaient comme les autres, ils tomberaient comme eux, et ne prendraient pas l'hôtel." (E 33)

C'est le colonel de la garde civile, Ximénès, qui montre finalement comment il faut faire pour prendre l'hôtel:

"Ximénès, boitant toujours (...), marchait de nouveau vers l'hôtel, seul parmi les balles au milieu du square immense. (...) les gardes n'avançaient pas en ligne mais en profondeur, et utilisaient avec précision l'abri des arbres, suivis par les anarchistes (...)." (E 34)

C'est donc sur les premières pages du roman que Malraux montre déjà comment les républicains doivent avancer: un officier qui jouit d'autorité absolue guide des soldats disciplinés qui avancent "avec précision" (voir ci-dessus). Les anarchistes les suivent, s'adaptant à leur tactique. L'esprit combatif anarchiste est respecté et ils sont une aide importante en tant que réserve nombreuse. (cf. E 35) Mais seules sont décisives la tactique et la discipline exemplaires des soldats professionels. Résultat:

"Dix minutes plus tard, l'hôtel Colon était pris." (E 34)

2.1.3. Prise d'une batterie fasciste à la Sierra

Quelques pages après, Malraux décrit un combat qui se déroule d'une manière semblable à celle de la prise de l'hôtel Colon: Une unité fasciste s'est retranchée, cette fois-ci dans la montagne près d'un village qu'elle est en train de bombarder. Les hommes du village, las de ne rien faire, décident d'attaquer la batterie sous le commandement de Manuel et de Barca, un vieux milicien versé. Ils partent dans l'euphorie du combat:

"Chargé de civils qui chantaient l' Internationale en brandissant des fusils au-dessus du chahut d'embrayage, le camion démarra." (E 61)

Ramos, secrétaire du syndicat des cheminots, commande un train blindé qui est caché dans un tunnel près de la position fasciste. Mais il a eu l'ordre de ne tirer en aucun cas. Les miliciens se sont approchés, se sont retranchés derrière leurs camions, mais ne savent pas trop quoi faire, face à un terrain de quarante mètres à découvert qu'il leur faudrait traverser. Un milicien s'élance seul, spontanément, et le résultat ne se fait pas longtemps attendre:

"Un milicien courut en avant, vers les batteries; au septième pas, il fut abattu, comme ceux qui essayaient de se planquer dans les oliviers." (E 65)

Ici aussi, le secours vient sous forme d'une unité de combattants disciplinés: les gardes d'assaut. Ils montrent aux miliciens comment il faut avancer dans une telle situation. Ceux-là sont d'abord stupéfaits - "Evidemment, dit Barca, si on avait fait comme ça..." (E 66) -, mais ensuite ils imitent la tactique des gardes d'assaut, se forment comme eux en ligne, et sous peu ils se trouvent dans une situation favorable: En attendant, Ramos a sorti le train du tunnel[5]. Il domine maintenant l'espace sans arbres avec la mitrailleuse du train et peut abattre bon nombre de fascistes.

Le message est clair: l'actionnisme suicidaire des anarchistes ne sert pas à grand-chose, et souvent leur mort nuit au camp républicain plus qu'elle ne l'aide. Mais si l'euphorie des miliciens est canalisée par des structures militaires, on peut l'emporter sur les fascistes!

2.1.4. Prise de quelques fermes occupées par les fascistes

Le troisième épisode lors duquel Malraux montre les avantages et l'efficacité d'une tactique sensée est la prise de trois fermes par des miliciens récemment arrivés. Leur tâche est d'accomplir la mission dans un terrain favorable - "L'opération était banale." (E 163).

Tout va bien au début, les combattants avancent, protégés par les pierres. Mais, du coup, ils se laissent entraîner par leur euphorie et leur courage semblant invincibles et oubliant de rester à couvert le plus longtemps possible:

"Soudain, une trentaine de miliciens sautèrent sur les rochers et attaquèrent à découvert en hurlant, dans un assaut nègre. – Ça y est! grogna Ximénès, tapant du poing sur la portière de l'auto. Vingt miliciens étaient déjà tombés sur les rochers, (...)." (E 164)

Ximénès punit les miliciens qui ont avancé sans respecter les ordres: ils sont exclus de la colonne. Ensuite, il explique encore une fois la tactique de combat. Mais la deuxième attaque est effectuée sans qu'une goutte de sang ne soit versée:

"Avant qu'ils fussent arrivés aux fermes, ils virent les fascistes les abandonner." (E 165)

Le chapitre suivant va montrer que le manque de discipline des miliciens peut être fatal non seulement pour eux, mais aussi pour tout le camp républicain.

2.1.5. Désobéissance ouverte des milices de Tolède

Quand les fascistes avancent sur Tolède, les vieilles tranchées à l'intérieur du camp républicain se rouvrent, et parmi les anarchistes l'euphorie de l'apocalypse de la fraternité fait place à la méfiance, aussi bien à l'égard des communistes qu'à l'égard des bourgeois. Du coup, ils ont peur de ne plus être que de la chair à canon et craignent le pire: la trahison. Voici l'entrée en scène d'un anarchiste devant le colonel Hernandez:

"- Qui est responsable ici? – Moi, capitaine Hernandez. – Ben dis donc, 'capitaine', nous on était au 25 de la rue du Commerce. On a été bombardés. On a déménagé: au 45; on a encore été bombardés. C'est-il toi qui les préviens quand on change, pour qu'ils nous descendent mieux, les 'capitaines' de l'autre côté?

Hernandez regardait l'homme avec dégoût. – Continuez, dit-il. – Parce que nous, on en a marre. Où qu'elle est notre aviation? – Où voulez-vous qu'elle soit? En l'air.

Contre les avions italiens et allemands, il ne restait pas au Gouvernement dix avions modernes en état de vol. – Parce que nous, si notre aviation elle est pas là dans une demi-heure, on les met! On est pas là pour servir de chair à canon pour les bourgeois ni pour les communistes. On les met. Compris?" (E 237-238)

Déjà Magnin, le commandant de l'aviation internationale, a vu le danger d'une absence complète de moyens de contrainte:

"Magnin se demandait comment il parviendrait à établir une discipline quelconque sans aucun moyen de contrainte." (E 153)

Maintenant à Tolède, le dégré de dépendance aux humeurs des anarchistes apparaît clairement. Manuel découvre que les positions qui devaient défendre une des portes de la ville sont abandonnées. Ainsi, les anarchistes ont réalisé leur menace:

" Revenus à Visagra, Manuel appela. Rien ne répondit. Il appela de nouveau. Rien. Il monta au dernier étage de la première maison d'où il pût découvrir les toits. Derrière chaque angle, là où il avait posté un homme, il y avait un fusil abandonné. Même les trois fusils-mitrailleurs. Visagra était encore défendue: défendue par les armes sans hommes." (E 240)

2.1.6. Synthèse: Discipline ou mort

On trouve dans le chapitre qui clôt la première partie du premier livre un résumé des sujets principaux de L'Espoir, à savoir la discipline et la technisation de la guerre – laquelle, comme nous avons vu ci-dessus[6], comprend la discipline.

Aussi d'un point de vue formel – le chapitre fait une transition à 'L'Exercice de l'Apocalypse' - il devient apparent que 'l'illusion lyrique' doit être canalisée pour que l'euphorie des masses ne reste pas un feu de paille, mais qu'elle devienne une armée moderne et combative.

Dans la discussion entre Magnin, l'organisateur de l'aviation républicaine, et Garcia, l‘un des chefs des Renseignements militaires, on voit clairement le programme politique de Malraux. La question primordiale est toujours comment Franco peut être vaincu – et Garcia l'emporte facilement sur les objections timidement élevées par Magnin:

"Cette guerre va être une guerre technique, et nous la conduisons en ne parlant que de sentiments." (E 115)

Lucien Goldmann a souligné que Malraux a décrit la situation des républicains comme un choix où il n'y a pas de milieu: Soit une "morale impuissante que Malraux semble toujours attribuer aux catholiques et aux anarchistes" (Goldmann 1964:152) et qui entraînera la défaite des républicains, soit une "subordination des moyens à la fin qui a toujours été la doctrine des théoriciens de l'État depuis Machiavel jusqu'à Staline" (ibid.) et qui seule peut mener à la victoire. Ce sont Magnin et Garcia qui représentent les deux points de vue dans l'entretien.

Par la suite, il sera question de l'argumentation de Garcia. Son point de vue semble être largement celui de l'auteur[7], en vue de ses interviews de 1937 ou de sa position dans la controverse avec Trotski[8].

Tout d'abord, Garcia casse le mythe de la masse invincible:

"Mon cher monsieur Magnin, nous sommes soutenus et empoisonnés à la fois par deux ou trois mythes assez dangereux. D'abord, les Français: le Peuple – avec une majuscule – a fait la Révolution française. Soit. De ce que cent piques peuvent vaincre de mauvais mousquets, il ne suffit pas que cent fusils de chasse puissent vaincre un bon avion." (E 116)

Ensuite, il dit qu'il y avait en Espagne non seulement une, mais deux révoltes. L'une est le Pronunciamiento de l'ancienne noblesse qui a pu être vaincue par l'apocalypse. Mais le soulèvement de Franco est une affaire tout à fait différente et beaucoup plus dangereuse, car il dispose d'une armée moderne et, ce qui est le plus important, du soutien des allemands et des italiens. Les forces du peuple ne sont pas en mesure de vaincre une armée, dit Garcia:

"Qu'allons-nous opposer, pratiquement, à cette seconde guerre, qui n'a rien à voir avec celle de la Sierra, voilà la question." (E 119)

La réponse est la création d'une armée à l'instar de l'armée rouge – elle seule pourra vaincre les fascistes:

"Les Wrangel ont été battus par l'armée rouge, et pas par les partisans..." (E 117)[9]

Garcia balaye toutes les objections de Magnin avec l'urgence de la question militaire:

"Dans des circonstances comme celles-ci, je m'intéresse moins aux raisons pour lesquelles les hommes se font tuer qu'à leurs moyens de tuer leurs ennemis." (ibid.)

Pour arriver à ce but il n'y a qu'un moyen, à savoir la discipline, ce qui est pour Garcia[10] "l'ensemble des moyens qui donnent à des collectivités combattantes la plus grande efficacité." (ibid.)

Garcia connaît les conséquences paradoxales de ce procédé:

"Une action populaire, comme celle-ci, - ou une révolution – ou même une insurrection – ne maintient sa victoire que par une technique opposée auX moyens qui la lui ont donnée. Et parfois même aux sentiments." (E 119)

Mais pour l'instant il n'y a qu'une seule possibilité: la création d'une armée moderne.

"Mais elle doit se transformer, sous peine de mort." (E 118)

À la fin du chapitre, Garcia donne un résumé lapidaire de la tâche des républicains:

" – Notre modeste fonction, monsieur Magnin, c'est d'organiser l'Apocalypse..." (E 120)

Vers la fin du roman, dans la bataille de Guadalajara (cf. E 474-484), le lecteur comprend que cette organisation de l'Apocalypse a été couronnées de succès. Les troupes des républicains ne sont plus des milices anarchistes sans discipline, mais ils disposent d'une aviation - "la flotte républicaine reconstituée" (E 482) -, de tanks et d'officiers qui certes ont toujours des difficultés avec le ravitaillement, mais qui savent mener une bataille d'après les règles de l'art.

Malraux a montré avec Manuel, le personnage principal du roman[11], comment la transformation de l'illusion lyrique du début du roman a été possible et à l'aide de quels moyens la transformation a pu être effectuée.

Les chapitres suivants de ce travail vont donner un compte-rendu de son 'apprentissage' grâce auquel, au cours de huit mois seulement, il est devenu d'un assistant de Ramos un officier républicain exemplaire.

2.2. Manuel ou la formation d'un officier républicain

2.2.1. Premières expériences à Madrid

Au premier chapitre le lecteur fait la connaissance d'un jeune homme sympathique, sensible, un peu maladroit, qui certes est membre du Parti Communiste, mais qui a des difficultés à se donner un air prolétaire: Manuel.

"Manuel ne portait guère sur lui sa carte du parti communiste. Comme il travallait aux studios de cinéma (il était ingénieur de son), un vague style montparnassien lui donnait l'illusion d'échapper vestimentairement à la bourgeoisie. Seuls, dans ce visage très brun, régulier et un peu lourd, les sourcils épais pouvaient prétendre à quelque prolétariat." (E 18)

Il n'est pas encore certain sur la véritable fonction qu'il occupe dans la mêlée de l'apocalypse:

"- Qui êtes-vous? – Délégué du Syndicat, dit Manuel, regardant Ramos d'un air interrogateur. Qu'est-ce qu'il était, au fait?" (E 13-14)

Il n'a aucune expérience du matériel de guerre et en sous-estime les dangers:

"Tous portaient des paquets enveloppés de journaux, serrés de cordes. Manuel avait tranquillement allumé une nouvelle cigarette. – Laisse ta cigarette, dit Ramos serein: c'est de la dynamite." (E 19)

Avec répugnance, il se laisse convaincre par Ramos de mettre sa 'bagnole de skis' à la disposition du parti pour un transport de dynamite:

"On ne peut pas trouver une autre bagnole? Je peux conduire une autre bagnole. – Nous faisons sauter les ponts, (...). Tu n'as pas l'intention de perdre deux heures, non? (...) – Oui, dit Manuel, triste et d'accord." (ibid.)

La première entrée en scène de Manuel se termine par un accident de voiture - la dynamite manque d'exploser. Reste l'impression d'une action qui se déroule de manière spontanée et sans discipline et qui à un cheveu près finit par être une débacle.

2.2.2. À la Sierra

Quelques chapitres après, le lecteur rencontre Manuel de nouveau, cette fois-ci à l'occasion de la prise de la batterie fasciste qui a déjà été décrite au chapitre II.1.3. Manuel se montre ici comme quelqu'un qui ne perd pas l'humour face à une situation dangereuse:

"(...) le village était maintenant plein de cris...Manuel tenait une noix à la main. Il la leva entre deux doigts au-dessus de sa tête. Un autre obus explosa, plus près. – Merci, dit Manuel, montrant la noix ouverte (il l'avait cassée lui-même entre ses doigts)." (E 60)

Même au combat Manuel trouve le temps de badiner avec une milicienne:

"- Tu as de beaux cheveux, disait Manuel à mi-voix à la milicienne: donne m'en un. – Camarade, je ne suis pas ici pour les bêtises. – Bon, garde ton cheveu! Avare." (E 66)

Mais, au moment où les gardes d'assaut entrent en combat, il réagit de manière très sensée et arrive à former ses hommes à l'aide de quelques ordres:

"- Attention! cria Manuel. Ne recommençons pas la pagaille. Comptez-vous par dix. Le premier de chaque section est responsable. Vous avancez à dix mètres au moins les uns des autres. Il faut partir en quatre groupes. (...) Manuel prit le pas de course; toute la file suivit, avec une courbe de câble dans l'eau." (E 66/68)

Manuel peut surtout tirer profit des expériences faites au parti communiste. Comme toujours, la discipline et l'obéissance des communistes semblent être exemplaires:

"Manuel avait l'habitude des hommes de son parti, mais ils étaient ici trop peu nombreux." (E 67)

Le surlendemain, Manuel est témoin de l'exécution de deux fascistes dont l'un a affirmé son innocence. Des deux événements, celui du tribunal de guerre est pour lui le plus important. Il apprend qu'il doit, en tant que chef militaire, assumer une très grande responsabilité et il sent un changement profond en lui:

"- Peut-être que quelque chose a changé en moi, et pour le restant de ma vie; mais ça ne vient pas de l'attaque de la batterie, avant-hier; c'est né aujourd'hui, quand j'ai vu le type écrire sur le mur avec le sang du fasciste tué. Je ne me sentais pas plus responsable en donnant des instructions dans l'oliveraie qu'en conduisant le camion, ou autrefois la bagnole à skis... (...) Mais devant le type hagard qui écrivait sur le mur, là, j'ai senti que nous étions responsables. Le pucelage du commandement, mon vieux Ramos..." (E 90)

2.2.3. À la gare d'Aranjuez: Le chaos discipliné

L'organisation du chaos à la gare d'Aranjuez est la première brillante performance de Manuel. La foule est en fuite devant les fascistes et essaye de se diriger vers Madrid. Manuel prévoit l'effet fatal que l'arrivée d'une masse désespérée aurait sur les habitants de la capitale et prend l'initiative:

"Restons ici! gueula Manuel." (E 264)

Il s'appuie sur son autorité de dirigeant militaire et essaye d'utiliser les communistes présents dans la foule comme forces structurantes:

"- Le Parti communiste a donné le mot d'ordre de discipline absolue à l'égard des autorités militaires. Les communistes, levez le bras!" (E 265)

Il réussit à gagner la confiance des gens – avec un mélange de promesses, menaces et adresse rhétorique. L'ordre peut être rétabli. Animé par l'autorité de Manuel, la foule commence même à s'auto-organiser:

"Maintenant, ils voulaient tous faire quelque chose; ils se bousculaient pour se précipiter dans l'ordre comme ils avaient voulu se précipiter dans le train." (E 267)

Même militairement, les gens s'organisent:

"- Qu'est-ce que vous foutez-là? demanda-t-il, s'étant fait reconnaître. – Le piquet de garde. (...) Manuel regardait les canons des fusils au-dessus des manteaux confus: la première garde spontanée de la guerre d'Espagne." (E 270)

Dans les chapitres suivants, Manuel entre deux fois en scène. Le lecteur apprend au cours d'une réunion des officiers au ministère de la guerre que Manuel est monté en grade dans la hiérarchie militaire et qu'il a adapté son apparence à sa nouvelle fonction:

"Manuel partira dans la nuit pour Guadarrama. Il est lieutenant-colonel. Ses cheveux sont tondus, et ses yeux verts plus clairs dans son visage plus sombre." (E 324)

Dans la bataille de Guadarrama, Manuel commande une brigade de tanks. Il l'emporte sur les fascistes:

"Les fascistes ne prendraient pas Guadarrama ce jour-là. Manuel, sa branche de pin sous le nez, regardait les lignes brouillées de ceux d'Aranjuez et des hommes de Pepe, comme s'il eût vu avancer sa première victoire, (...)." (E 358)

Mais c'est pas sur le champ de bataille qu'il fera une expérience décisive.

2.2.4. Pitié ou victoire – la solitude du commandant

Quelques déserteurs de l'armée républicaine ont été condamnés à mort par un tribunal de guerre. Par hasard, deux d'entre eux ont l'occasion de parler à Manuel et implorent sa pitié:

"(...) deux soldats de la brigade, à genoux dans la boue épaisse, enserraient ses jambes. Il ne voyait pas leur visage. – On ne peut pas nous fusiller! criait l'un d'eux. Nous sommes des volontaires! Faut leur dire!" (E 380)

Manuel reste intransigeant car il croit devoir choisir entre pitié et victoire:

"Jamais il n'avait ressenti à ce point qu'il fallait choisir entre la victoire et la pitié." (E 382)

Le lendemain, il en parle à Ximénès et explique la motivation de son procédé:

"- Je crois que j'ai vécu hier le jour le plus important de ma vie, dit Manuel. (...) Je savais ce qu'il fallait faire, et je l'ai fait. Je suis résolu à servir mon parti, et ne me laisserai pas arrêter par des réactions psychologiques. Je ne suis pas un homme à remords. (...) Je prends sur moi ces exécutions: elles ont été faites pour sauver les autres, les nôtres. Seulement, écoutez: il n'est pas un des échelons que j'ai gravis dans le sens d'une efficacité plus grande, d'un commandement meilleur, qui ne m'écarte davantage des hommes. Je suis chaque jour un peu moins humain." (E 401-402)

Manuel est donc devenu un chef militaire qui est forcé de s'accomoder d‘une déshumanisation progressive comme conséquence de son leadership. Il sacrifie tout à la victoire militaire qui est pour lui le seul but. Les sentiments humains comme la pitié ne sont plus que des 'réactions psychologiques'. Un leader est selon lui le contraire d'un individu, ainsi il n'agit pas comme tel, mais, tout en commandant, il se subordonne entièrement à l'idée communiste dont il fait partie. Cette distance à l'égard des individus, c'est à dire des hommes, entraîne une perte progressive d'humanisme. Plus un leader monte dans la hiérarchie, plus il perd toute notion d'humanité. Son obéissance au parti communiste est absolue:

"Communiste, Manuel ne s'interrogeait pas sur le bien-fondé de sa décision, il ne mettait pas en question son acte. Toute question de ce genre, à ses yeux, devait se résoudre, ou par la modification de ses actes (et il n'était pas question qu'il les modifiât) ou par le refus de la question." (E 403)

L'apprentissage de Manuel semble terminé après l'événement décrit ci-dessus.

C'est Heinrich qui lui explique le principe selon lequel il doit agir dorénavant:

"Il serra durement le bras de Manuel dans sa main, et dit, d'un ton que Manuel ne sut si c'était celui de l'amertume, de l'expérience ou de la résolution: - Maintenant, tu ne dois plus jamais avoir pitié d'un homme perdu." (E 405)

Manuel assume maintenant la plus grande responsabilité qui puisse exister pour un être humain, celle d'autres vies:

"Tout homme paye en ce dont il se sait responsable: pour lui, désormais, c'était en vies." (E 400)

3. Conclusion

Ce travail montre que le conflit entre spontanéité anarchiste et organisation militaire est non seulement le sujet principal dans L'Espoir, mais qu'il a aussi une fonction structurante. Le "double passage" (Goldmann 1964:150) est ainsi une force intégrante présente tout au long du roman.

Des milices anarchistes du début, une armée républicaine à l'instar des troupes soviétiques a été formée:

"En bas, les tanks républicains, avec un ordre d'exercice sur la Place Rouge, attaquaient, revenaient, attaquaient de nouveau." (E 483)

Cela correspond au développement du personnage de Manuel qui est devenu, d'un révolutionnaire enthousiaste à l'air de bohémien, un communiste et officier qui pense et agit d'une façon strictement rationelle et qui aura une carrière remarquable dans l'armée:

"- Vous serez général avant trente-cinq ans, Manuel..." (E 487)

André Malraux écrit son roman à un moment où, d'une part, la fin de la guerre civile en Espagne est encore ouverte et où, d'autre part, le mauvais côté de l'aide soviétique ne faisait que commencer d'être apparent. L'action se joue pendant la première phase de la guerre, à savoir entre juillet 1936 et mars 1937. "Ce qui permet, peut-être inconsciemment, à André Malraux, de ne pas aborder les dissensions qui vont fissurer le camp républicain fin 37, mais aussi de passer sous silence l'élimination des anarchistes et du Poum par les staliniens." (Semprun 1996:40)

En 1939, Molotov et Ribbentrop signent un pacte. La belle illusion d'un Front populaire antifasciste s'effondre. "[Malraux] verra son antifascisme de 1936 brisé par le pacte germano-soviétique de 1939." (Furet 1995:310)

Reste la question si Malraux, en propageant son 'communisme militaire' (cf. Hina 1970:139), ne sous-estime pas les vrais buts des communistes, ou au moins ceux de Staline. Les reproches traitant Malraux d‘agent de Staline ou de marionnette de Münzenberg ont été réfutés[12].

Mais est-ce que Malraux se rend compte dans une mesure suffisante du danger que le communisme représente pour la liberté? Ne se trompe-t-il pas sur la réalité du pouvoir communiste en pensant que l‘on pourra installer en Espagne, après la victoire des républicains, une démocratie à l'instar de la Suède? Est-il conscient du danger d'une deuxième guerre civile, puisqu'on ne peut guère s'attendre à ce que les communistes cédent la place à une république avec un gouvernement bourgeois?

Le roman montre aussi que le camp républicain n'est pas soutenu par des républicains, mais par des antifascistes d‘horizons politiques très différents. N'oublions pas qu'il n'y a pas d'identité commune à valeur positive, mais l'autodéfinition a eu lieu à travers une négation. D'après moi, après la défaite de l'ennemi, le principe 'l'ennemi de mon ennemi est mon ami' n'aurait pas été suffisant pour une continuation de la coalition à but déterminé des antifascistes.

Le communisme militaire comme stade suprème de l'antifascisme devient inacceptable, pour Malraux aussi, à partir du 23 août 1939 – même si, au début, il ne veut pas encore condamner le pacte germano-soviétique en public pour des raisons tactiques[13].

Ce n'est que quelques années plus tard qu'il trouvera une nouvelle orientation de son antifascisme: "Il en réinventera une version moins fragile dans un gaullisme tardif." (Furet 1995:310)

4. Bibliographie

Bernecker, Walter L./Pietschmann, Horst: Geschichte Spaniens, Stuttgart, Kohlhammer, 2 1997.

Furet, François: Le passé d'une illusion. Essai sur l'idée communiste au XXe siècle, Paris, Éditions Robert Laffont, 1995.

Goldmann, Lucien: Pour une sociologie du roman, Paris, Gallimard, 1964.

Harris, Geoffrey T.: De L'Indochine au R.P.F. Une continuité politique. Les romans d'André Malraux, Toronto, Les Éditions Paratexte, 1990.

Harris, Geoffrey T.: "L'Espoir: Party Propaganda or Leadership Lesson?" dans: Revue André Malraux Review, Bd. 19/1-2, 20/1, Edmonton, University of Alberta, 1987-1988.

Hina, Horst: Nietzsche und Marx bei Malraux, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1970.

Jurt, Joseph: "Malraux et Bernanos" dans: André Malraux 3:"Influences et affinités", Paris, Lettres modernes, 1975, 7-30.

Krohn, Claus-Dieter: "Communism and anarchism inthe books of Spain by Malraux, Orwell and Regler" dans: Costa, Luis (Hg.): German and international perspectives on the Spanish Civil War. The aesthetics of partisanship, 1992, 41-55.

Lacouture, Jean: "Le champion de l'antifascisme" dans: NRF, 526, Nov. 1996, 34-42.

Langlois, Walter G.: "Aux sources de L'Espoir: Malraux et le début de la guerre civile en Espagne" dans: La Revue des Lettres modernes – André Malraux 2: visages du romancier, Paris, Éditions Lettres Modernes Minard, 1973, 93-133.

Malraux, André: L'Espoir, Paris, Gallimard, 1937.

Mossuz-Lavau, Janine: André Malraux – Qui êtes-vous?, Lyon, La Manufacture, 1987.

Pérez, Janet/Aycock, Wendell: The Spanish Civil War in Literature. Texas Tech University Press, 1990.

Roche, Gérard: "Malraux, Trotzky et le drame de la révolution espagnole" dans: Moatti, Christiane; Bevan, David: André Malraux. Unité de l'œuvre, unité de l'homme, Colloque de Cerisy, Paris, La Documentation française, 1989, 305-311.

Schmigalle, Günther: "Durán als Held: Hemingway und Malraux." dans: Iberoamericana 7, 27-32.

Schmigalle, Günther: "Spanischer Bürgerkrieg: Malraux und Münzenberg." dans: Tranvía. Revue der Iberischen Halbinsel, 45, Juni 1997, 40-46.

Semprun, Jorge: "L'Espagne sans retour. Propos recueillis par Gérard de Cortanze" dans: Magazine littéraire, 347, Okt. 1996, 35-41.

Tannery, Claude: Malraux. L'Agnostique absolu ou La métamorphose comme loi du monde. Paris, Gallimard, 1985.

Trécourt, François: "Naissance de L'Espoir" dans: Moatti, Christiane; Bevan, David: André Malraux. Unité de l'œuvre, unité de l'homme, Colloque de Cerisy, Paris, La Documentation française, 1989, 53-57.

[...]


[1] C'est probablement à juste titre que Malraux fait dire à son personnage Garcia: " Franco se fout du fascisme, c'est un apprenti-dictateur vénézuélien." (E 118)

[2] Malraux est déjà conscient de la dimension mondiale de la guerre civile espagnole quand il écrit son roman: "(...) les grandes manœuvres du monde étaient commencées." (E 111)

[3] "The declared National Socialist policy for space in the East constituted an immediate threat for the Soviet Union that could be postponed temporarily by a preoccupation of the German military potential on the Iberian peninsula." (Krohn 1992:48)

[4] Je me sers du schéma proposé par Lucien Goldmann (Cf. Goldmann 1964:150) pour structurer mon travail.

[5] Le fait que Ramos tire, bien que les ordres y sont opposés - "Tant pis pour les ordres: file au train et fais tirer" (E 64) –, doit être interprété comme décision sensée d'un officier, et non pas comme manque de discipline.

[6] cf. p.3

[7] Ceci ne signifie pas une identité totale de Malraux avec son personnage. Gaëtan Picon a écrit que L'Espoir ne devrait pas être lu comme un livre à thèse: "Si différents soient-ils, Malraux habite tous ses personnages, (...). En chacun d'eux, il exprime soit la part que, momentanément, il préfère à toute autre, soit une part douloureusement sacrifiée (...)." (cité d'après Jurt 1975:15). De même, Horst Hina a écrit là-dessus: "Die von Garcia entwickelte entwickelte Theorie der Organisation nimmt Malraux in den Gesprächen zwischen Kommunisten und Anarchisten sowie Kommunisten und Sozialisten teilweise wieder zurück; die Auffassung des Autors Malraux ist nicht völlig mit der seiner Romangestalt Garcia identisch." (Hina 1970:142) Je pense qu'on peut quand même supposer à juste titre que Garcia défend ici la position que Malraux au moins 'momentanément, préfère à toute autre'.

[8] cf. Roche 1989

[9] C'est Vargas, le directeur des opérations, qui parle ici. Dans la discussion, il prend la position de Garcia.

[10] Cela a déjà été mentionné ci-dessus, cf. p.3.

[11] "(...) l'ouvrage est orienté tout entier vers la valorisation du commandement et du chef, la trame centrale étant constituée par la transformation en chef politique de Manuel, révolutionnaire enthousiaste et spontané." (Goldmann 1964:145) D'autres interprètes, tel z.B. Edouard Morot-Sir, voient plutôt en Magnin "the main personification of Malraux in L'Espoir" (Pérez/Aycock 1990:24). Dans le cadre de ce travail, une concentration sur Manuel me semble justifiée.

[12] cf. Schmigalle 1997

[13] cf. Lacouture 1996:42

20 von 20 Seiten

Details

Titel
Le conflit entre spontanéité anarchiste et organisation militaire dans L´Espoir d´André Malraux
Hochschule
Albert-Ludwigs-Universität Freiburg
Veranstaltung
Hauptseminar Literaturwissenschaft: André Malraux, témoin du siècle
Note
1,25
Autor
Jahr
2000
Seiten
20
Katalognummer
V107745
Dateigröße
720 KB
Sprache
Deutsch
Anmerkungen
Hausarbeit in französischer Sprache
Schlagworte
L´Espoir, Malraux, Hauptseminar, Literaturwissenschaft, André
Arbeit zitieren
Jochen Plikat (Autor), 2000, Le conflit entre spontanéité anarchiste et organisation militaire dans L´Espoir d´André Malraux, München, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/107745

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