Les organisations patronales et la dynamisation du secteur privé au Cameroun dans la perspective de la SND30. État des lieux et perspectives


Texte Universitaire, 2021

29 Pages


Extrait

Contents

Introduction

1. Bref aperçu des exigences d’efficacité et des modes d’action des organisations patronales camerounaises
1.1. Les exigences d’efficacité
1.2. Le mode d’action des organisations patronales camerounaises

2. État des lieux des avancées obtenues dans la dynamisation du secteur privé au Cameroun et analyse critique des insuffisances
2.1. État des lieux des avancées.
2.2. Analyse critique des insuffisances

3. De l’accès à la formation et de l’insertion de la problématique de l’entreprise dans les débats politiques
3.1. De l’accès à la formation
3.2. De l’insertion de la problématique de l’entreprise au cœur des débats politiques

4. De la priorisation des rencontres informelles entre le secteur privé et les pouvoirs publics et de la facilitation de l’intégration des producteurs nationaux dans les chaines de valeurs de l’économie mondiale
4.1. De la priorisation des rencontres informelles entre le secteur privé et les pouvoirs publics.
4.2. De l’intégration des producteurs nationaux dans les chaines de valeurs de l’économie mondiale

Conclusion

Bibliographie

Résumé :

Cet article analyse le rôle des organisations patronales dans la mise en place d’un climat des affaires propice à la dynamisation du secteur privé au Cameroun. Ce travail met donc en relief, la problématique de l’influence des organisations patronales dans la dynamisation du secteur privé alors même que l’influence de l’État est prépondérante. De cette problématique centrale découle deux hypothèses. D’abord, les avancées obtenues dans l’amélioration du climat des affaires grâce à l’action combinée des organisations patronales, des bailleurs de fonds et de l’État n’ont pas eu pour effet de dynamiser le secteur privé de façon optimale en raison des faiblesses liées à l’État et à ces organisations. Ensuite, une réorientation stratégique de l’action des organisations patronales peut aboutir à la croissance quantitative des entreprises et contribuer à la création des milliers d’emplois. Pour vérifier ces hypothèses, nous avons adopté une double approche méthodologique. La première consiste à mener une recherche empirique, à partir des travaux précédents, pour évaluer de façon objective les avancées obtenues et leur impact dans la croissance des entreprises au Cameroun. La seconde approche, plus qualitative, s’attèle à mener des entretiens avec quelques organisations patronales et quelques entrepreneurs afin d’identifier les approches innovantes qui pourraient à court terme assurer le développement des entreprises. Les résultats escomptés tournent autour du développement de l’entreprise.

Mots clés : secteur privé, organisations patronales, entreprise, emplois.

Abstract;

This article analyses the role of employers’ organizations in the establishment of a business climate favourable to the dynamisation of private sector in Cameroon .This work therefor highlights the influence of employers’ organizations in boosting the private sector even though the influence of the State is predominant. From this central problem arise two hypotheses; First, the progress made in improving the business climate thanks to the combine action of employers’ organizations, donors and the State, have not had the effect of optimizing the private sector due to the weakness linked to the State and it’s organizations. Then, a strategic reorientation of the action of employers’ organizations to achieve a quantitative growth of companies and contribute to the creation of thousands of jobs. To verify theses hypotheses, we adopted a double methodological approach; the first is to conduct empirical research based on previous works to objectively asses the advances obtained and their impact on the growth of business in Cameroon. The second, more qualitative approach; focusses on conducting interviews with a few employers’ organizations and a few entrepreneurs in order to identify innovative approach that could, in the short term ensure the development of companies. The expected results revolve around the development of companies.

Key words; private sector, employers’ organization, company, jobs.

Introduction

Les entreprises et les organisations patronales constituent deux des composantes les plus importantes de l’écosystème propre à l’économie libérale. Les premières sont au cœur de la création des richesses. Les recettes fiscales qu’elles versent à l’État aident au financement public dans différents secteurs tels que : la santé, l’éducation et les autres dépenses essentielles (Pfferman, 2001 :42). Elles participent aussi à la création des emplois et à la production des biens et des services.

Les secondes se démarquent des syndicats ouvriers pour au moins deux raisons. D’une part, les syndicats ouvriers dégagent un parfum révolutionnaire tandis que « les efforts collectifs des patrons pour la promotion des intérêts patronaux ne sont pas ‘‘héroïques’’, comme le sont les luttes des ouvriers pour l’organisation des syndicats ou celles d’autres groupes moins privilégiés1». D’autre part, les syndicats ouvriers ont pour objectif principal la défense des intérêts des travailleurs au détriment de l’intérêt collectif ou de celui de la profession (Briche, 2005 :35).La spécificité des organisations patronales tient donc du fait que pour elles : « ce qui importe essentiellement c’est la défense de l’entreprise et non la défense de son chef2». Bien plus, elles œuvrent à l’existence et l’entretien d’un dialogue franc et ouvert avec les différents partenaires économiques au premier rang desquels se trouve l’État. La finalité de leur action est l’éclosion d’un environnement des affaires favorable à la croissance des entreprises inclusives et compétitives. Ainsi, toutes les parties pourraient en tirer avantage.

L’on aura donc compris que la vitalité et la compétitivité d’une économie d’obédience libérale dépend, dans une certaine mesure, de l’existence d’un partenariat saint et fructueux entre l’État et les milieux d’affaires. Le Cameroun n’échappe pas à cette réalité au regard des objectifs ambitieux que le pays affiche.

En effet, le Cameroun envisage, d’ici à la fin de la première moitié du XXIe siècle, inscrire son nom parmi les nations émergentes. Celles-ci se caractérisent par un taux de croissance à deux chiffres sur une longue période (10 ans au moins) et une intense activité commerciale à travers la conquête de nouveaux marchés dans un environnement mondial ultra concurrentiel. Pour se rapprocher de cet idéal qui consiste à rehausser son économie au moyen d’un taux de croissance positif, stable, susceptible de faire reculer la pauvreté, le Cameroun a adopté une série d’instruments qui constituaient une sorte de boussole. On peut citer entre autres le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (2003), le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi(2009), la Stratégie nationale de lutte contre la corruption (2010-2015). Entre 2003 et 2019, force est de constater que les efforts déployés dans la mise en œuvre de ces différentes stratégies n’ont pas eu des résultats probants. Les causes de ces contre-performances résident dans l’inapropriation des stratégies par l’ensemble de la société, dans la faible mobilisation des acteurs du secteur privé et de la société civile autour des objectifs à atteindre et dans les lourdeurs observées dans le fonctionnement de la bureaucratie (GICAM, 2020 : 25). De plus, la crise sociopolitique du Nord-ouest et du Sud-ouest, les attaques répétées de la faction armée de la secte islamiste Boko Haram, l’instabilité politique en République centrafricaine qui aggrave l’insécurité dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est en termes de gangstérisme et de prises d’otages (Mamoudou et al.,2021 :596-602), la pandémie au corona virus, ont perturbé les scénarii initiaux.

La conséquence directe est que la pauvreté monétaire, l’instabilité du taux de croissance, la persistance du sous-emploi, le déficit de l’intégrité comme valeur capitale adossée sur un taux de croissance économique fondé sur le travail bien fait et l’équitable redistribution des richesses y relatives (CNDHL, 2018: 176), sont toujours à l’ordre du jour.

Nonobstant ces insuffisances, le Cameroun a adopté une nouvelle stratégie : la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030. Celle-ci table sur une transformation structurelle de l’économie avec pour corollaire la dynamisation du secteur privé et donc la création d’une masse critique des entreprises. En réalité, la transformation structurelle de l’économie c’est la transition graduelle des activités à faible valeur ajoutée vers les activités à forte valeur ajoutée. En d’autres termes, il s’agit de passer d’une économie centrée sur la production quasi exclusive des matières premières à une économie de transformation et de production des services avec un secteur manufacturier fort (Ongono, Touna Mama, 2019 :1). Cependant, le Cameroun, comme la grande majorité des pays d’Afrique subsaharienne membre de la zone franc, se caractérise par la faible transformation de son économie. Tout l’enjeu réside donc dans la capacité du pays à opérer cette révolution économique, à réussir définitivement son entrée dans le cercle des nations aux économies compétitives à l’échelle internationale.

La réalisation d’un tel objectif exige l’implication de tous les acteurs du secteur privé en général et des organisations patronales singulièrement. C’est la raison pour laquelle cet article se penche sur l’épineuse problématique de l’influence des organisations patronales dans la dynamisation du secteur privé au Cameroun dans un contexte où l’État n’a pas encore réussi à se débarrasser des tares relatives au dirigisme économique.

Nous aborderons cette problématique en deux phases, conformément aux hypothèses qui structurent cet article. D’une part, nous montrerons que les avancées obtenues jusqu’ici grâce à l’action concertée des organisations patronales, de l’ensemble des partenaires au développement et de l’État lui-même n’ont pas eu pour effet de dynamiser le secteur privé de façon optimale à cause des faiblesses inhérentes aux organisations patronales et à l’État. D’autre part, nous soutenons qu’une réorientation stratégique de l’action des organisations patronales peut favoriser la croissance des entreprises conformément aux objectifs de la Snd30. Pour y parvenir, nous avons adopté une double approche méthodologique. La première consiste à mener une recherche empirique, à partir des travaux précédents, pour évaluer de façon objective les avancées obtenues et leur impact dans la croissance des entreprises au Cameroun. La seconde approche, plus qualitative, s’attèle à mener des entretiens avec quelques organisations patronales et quelques entrepreneurs afin d’identifier les approches innovantes qui pourraient à court terme assurer le développement des entreprises.

I- Les organisations patronales et la dynamisation du secteur privé au Cameroun avant la Snd30 : état des lieux des avancées et analyse critique des insuffisances

L’objectif de cette première articulation est de faire un état des lieux, non exhaustif, des réformes effectuées par l’État sous l’impulsion des bailleurs de fonds et des organisations patronales dans la dynamisation du secteur privé au Cameroun avant la Snd30. Nous ferons également une analyse critique des insuffisances liées à l’incapacité des organisations patronales à discipliner l’État (Pinaud, 2007) dans la mise en œuvre des réformes au sujet de la croissance des entreprises. Pour ce faire, une présentation rapide des modes d’action des organisations patronales non sans avoir au préalable énuméré les critères permettant de juger de leur efficacité s’avère nécessaire.

1. Bref aperçu des exigences d’efficacité et des modes d’action des organisations patronales camerounaises

1.1. Les exigences d’efficacité

Le critère principal qui permet de juger de l’efficacité des organisations patronales, notamment leur influence dans le champ étatique, c’est l’exigence de représentativité. C’est ce critère fondamental qui permet à ces organisations de se démarquer les unes par rapport aux autres (Briche, 2005 :21). Cette précision vaut son pesant d’or dans la mesure où, jusqu’au début des années 2000, des études avaient mis en relief l’incapacité des acteurs économiques des pays en développement à s’organiser pour dialoguer avec l’État. Doner et Scheider(2000) cité par Pinaud(2007) soulignaient à cet effet: « qu’il existe dans les pays en développement de nombreuses associations professionnelles qui ne consistent guère qu’en une liste de numéros de téléphones, un président, une secrétaire et une modeste réunion annuelle3 […]». Une vingtaine d’années après, la situation s’est nettement améliorée.

Au Cameroun, par exemple, certaines organisations patronales ont profité de l’avènement et de la relative consolidation du libéralisme économique sous l’impulsion des bailleurs de fonds pour mieux se structurer. C’est la raison pour laquelle, il est désormais possible d’identifier avec certitude celles des organisations qui occupent le devant de la scène dans la recherche des conditions favorables au développement des entreprises. Cinq critères permettent de les identifier : les effectifs, l’influence caractérisée par l’activité et l’expérience des dirigeants, l’ancienneté, l’indépendance financière et la capacité à signer des conventions et les accords, entre autres. (Briche, 2005 ; Maggi-Germain, 2011).

S’agissant des effectifs, il convient de souligner que si des doutes existent quant à la fiabilité des chiffres déclarés par les organisations patronales, il n’en demeure pas moins vrai que dans le contexte camerounais, celles qui comptent un nombre d’adhérents relativement important sont connues. Le Groupement inter-patronal du Cameroun(GICAM), par exemple, revendique plus de 1000 membres et 70% du chiffre d’affaires des entreprises formelles.

L’autre critère à prendre en compte c’est l’influence, caractérisée par l’activité. Dans ce cadre, il s’agit de la tenue des réunions annuelles, du soutien que les organisations patronales apportent à leurs adhérents, de la tenue des rencontres, des colloques, de l’existence des publications internes, du poids des organisations patronales dans la prise des décisions économiques, de la qualité des rapports avec les pouvoirs publics, notamment la participation dans les différentes instances mise en place par l’État (Maggi-Germain,2011:1077). Au Cameroun, le GICAM fait office de leader dans ce domaine. En effet, il est possible de consulter les activités de cette organisation patronale via son site web. De plus, le GICAM organise les colloques et fait régulièrement des publications qui sont disponibles( les 100 propositions du GICAM pour l’émergence du Cameroun publié en 2012 aux Editions CLE, Le livre Blanc de l’économie camerounaise publié en février 2020, le bulletin du GICAM qui parait régulièrement, etc.). L’organisation patronale est également membre de nombreuses instances mise en place par l’État. On peut citer : le Fonds routier, l’Agence de régulation de l’électricité, l’Agence de régulation des marchés publics (Siki, 2003 :9). Bien plus encore, le GICAM est régulièrement consulté par les membres du gouvernement. C’est une force de proposition incontestable (GICAM, 2020 :35). Le GICAM est secondé dans cette dynamique par l’E.CAM, Entreprise du Cameroun, le Mouvement des entreprises du Cameroun(MECAM) et le Groupement des femmes d’affaires du Cameroun(GFAC). Ces organisations patronales répondent à ce critère mais à une dimension quelque peu modeste. L’élément qui conclue ce second critère est celui de l’expérience du dirigeant. Cela ne fait aucun doute, les dirigeants des organisations patronales leaders au Cameroun sont des expérimentés dans le milieu des affaires. Pour citer quelques noms, au GICAM, il y a eu André Siaka et, aujourd’hui, du moins jusqu’en 2024, Célestin Tawamba. Françoise Foning a fondé le GFAC en 1988. Protais Ayangma Amang, l’actuel président-fondateur d’E.CAM, a passé plus d’une décennie comme l’un des vices président du GICAM. Daniel Claude Abaté du MECAM qui a succédé à Bibehe n’est pas un novice dans le milieu des affaires au Cameroun. Ces noms nous permettent d’embrayer sur un autre critère non moins important qui est celui de l’ancienneté.

L’ancienneté constitue un critère de choix. En réalité, elle est l’un des éléments qui fondent la confiance des adhérents. Elle constitue aussi la preuve de la capacité d’une organisation à durer dans le temps (Briche, 2005 :47). Au Cameroun, le GICAM est l’organisation patronale la plus ancienne avec plus de soixante ans d’existence. Sa capacité à durer dans le temps lui confère une solide expérience dans la défense des intérêts des entreprises. Le GFAC estégalement l’une des organisations les plus anciennes du Cameroun. Ce groupement existe depuis plus de trente ans. Tout ceci démontre que le Cameroun dispose d’organisations qui ont su résisté au temps. Cependant, sont-elles à l’abri des problèmes financiers ? Sont-elles indépendante financièrement ? La question en vaut la chandelle.

En effet, l’indépendance financière est un critère non négligeable pour au moins une raison. Une organisation qui jouit d’une indépendance financière est mieux à même de diversifier la qualité des services offerts aux membres et à assurer leur fidélité. Sur ce domaine, les organisations patronales camerounaises ne sont pas aussi stables qu’elles paraissent. En réalité, les finances demeurent le tendon d’Achille pour plusieurs d’entre elles. Et pour cause. Nombreuses sont les entreprises membres des organisations patronales qui se dérobent de leurs obligations statutaires, notamment les cotisations. Celles-ci se font radier la plupart du temps (GICAM, 2020 :45). De plus, le mode de gestion des entreprises familiales occasionnent très souvent leur faillite (Sangue Fotso, 2011 :93). Ce qui évidemment réduit le nombre d’adhérents. Ainsi, L’existence au sein des organisations patronales de ces passagers clandestins (Pinaud, 2007 :43) est un obstacle sérieux à leur déploiement. Cependant, le fait que les organisations les plus représentatives dans le milieu des affaires au Cameroun résistent et poursuivent leurs activités témoignent du fait qu’elles parviennent à contourner habilement cette difficulté. La vitalité de ces dernières se justifie aussi par leur capacité à signer des accords et des conventions.

La capacité d’une organisation à signer les accords et les conventions est un puissant critère de représentativité. Au Cameroun, le GICAM est incontestablement le leader dans ce domaine. En effet, le GICAM a signé de nombreux accords de partenariat avec l’État. Il l’a fait avec la CRTV, le Ministère de la santé publique, l’ENAM, etc.

En somme, les différents critères que nous avons énumérés attestent de ce que certaines des organisations patronales camerounaises sont suffisamment représentatives. Cette représentativité leur confère une relative crédibilité/légitimité auprès des pouvoirs publics et, les bailleurs de fonds leursprêtent une oreille attentive.Ce raisonnement nous permet d’élaborer le schéma suivant :

Titre : schéma descriptif des effets induits de la représentativité des organisations

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Source : élaboré par nous-mêmes à partir de nos différentes lectures.

Le schéma ci-dessus permet d’affirmer que la représentativité d’une organisation patronale lui confère un pouvoir de négociation en ce sens qu’elle est en mesure de soutenir les entreprises qu’elle représente par la fourniture des services indispensables à leur progrès et de plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour la résolution des questions susceptibles de plomber la compétitivité de ces dernières. Dès lors, il devient intéressant d’étudier le mode d’action des organisations patronales.

1.2. Le mode d’action des organisations patronales camerounaises

Une double exigence guide l’action des organisations patronales : l’exigence d’influence et l’exigence d’adhésion (Woll, 2019 :255-278). En réalité, la force de persuasion d’un groupement se mesure dans sa capacité à attirer le plus d’adhérents possible issus des secteurs d’activités économiques variés. Cela lui confère une relative légitimité permettant de renforcer sa position comme étant l’interlocuteur le plus représentatif, le plus impliqué et le plus convaincu dans la défense des intérêts de l’entreprise auprès des pouvoirs publics. Ces exigences autorisent à considérer, dans une certaine mesure, les organisations patronales comme les think tanks des pays anglo-saxon (Amossé et al, 2012 :167). En réalité, bien qu’il soit difficile d’assimiler les organisations patronales camerounaises aux think tanks, il n’est cependant pas contre productif d’admettre qu’il existe des traits de convergences dans leur modalité d’action. L’organisation des rencontres d’échanges entre le patronat, les bailleurs de fonds et le gouvernement au sujet de l’amélioration du climat des affaires, les travaux de prospection effectués pour tirer la sonnette d’alarme et alerter le gouvernement sur les éventuelles perturbations de l’économie, l’organisation des colloques, des dîners-débats et les formations diverses pour les chefs d’entreprises constituent quelques éléments de ressemblances entre les think tanks et les organisations patronales camerounaises.

Tout ceci permet de mieux comprendre le fait que les organisations patronales publient des ouvrages, des articles et des rapports pour mettre en œuvre leurs actions. Le GICAM, par exemple, dispose d’un cercle de réflexion composé d’intellectuels dont le rôle est d’étudier les aspects importants de la vie économique du Cameroun. Bien plus, l’existence des sites internet et la disponibilité des experts de ces groupements ont un double avantage. D’une part, les documents de premières importances peuvent être consultés dans les différents sites internet. Cela permet de résoudre l’épineux problème de l’accès à l’information de qualité dans le milieu des affaires. D’autre part, le gouvernement sollicite souvent l’expertise des organisations patronales dans l’élaboration de la loi des finances, dans la conception des documents stratégiques (DSRP, DSCE, SND30, etc.) et dans l’évaluation du climat des affaires au plan interne. C’est le cas du Business climate survey effectué en 2011 en partenariat avec le ministère des finances. Bien plus, les présidents de certaines organisations patronales accompagnent souvent le président de république à l’occasion des voyages d’affaires.

En définitive, l’action des organisations patronales camerounaises concourent à la sauvegarde des intérêts des entreprises et à l’entretien d’un partenariat fructueux avec l’État et les différents partenaires au développement. C’est dans cette perspective qu’une évaluation des avancées obtenues dans la dynamisation secteur privé au Cameroun est possible.

2. État des lieux des avancées obtenues dans la dynamisation du secteur privé au Cameroun et analyse critique des insuffisances

2.1. État des lieux des avancées.

Le Cameroun est fondamentalement un pays de gauche qui regarde à droite (Oyono, 2020 :55). Ce regard tourné vers la droite est la résultante des orientations données par le nouvel homme fort sur la scène du tiers monde à savoir le représentant du Fonds monétaire international(Sorman,1987 :118). Celui-ci s’est durablement établi après le désastre économique dû à la crise économique qui a frappé le pays au début des années 1980. Depuis lors, le pays est le terrain d’expérimentation des théories capitalistes. Il est comme pris au piège entre l’école de la main invisible d’Adam Smith(1776) et celle du keynésianisme (Touna mama, 2008 :1).

En tout état de cause, la recherche quasi permanente de la compétitivité par le biais d’un secteur privé fort jouant un rôle central (GICAM, 2019 :35) est l’un des objectifs à réaliser avec le concours du FMI. Une évaluation est d’ailleurs faite dans ce sens par la Banque mondiale dans son rapport Doing business. Cependant, le fait qu’en 2020, le Cameroun ait été classé 167e sur 180 pays dans ce rapport n’élude pas tous les efforts consentis dans la dynamisation du secteur privé depuis le début du XXIe siècle.

En fait, grâce à l’impulsion du FMI, de la Banque mondiale et des organisations patronales, l’État du Cameroun a pris d’importantes mesures pour dynamiser le secteur privé. On peut relever, à cet effet, l’adoption en 2002 d’une loi qui redéfinit le rôle de l’État dans l’économie camerounaise. Cette loi fait de l’État, le régulateur des activités économiques et non plus le principal investisseur. Il s’agit donc d’un État qui se veut désormais stratège tout à l’opposé de celui gestionnaire d’entreprises (GICAM, 2020 :146). Bien plus, ayant pris la mesure de l’enjeu que représente le développement des PME/PMI dans le développement de l’économie nationale, le gouvernement a adopté une autre loi, celle n°2010/001 portant promotion des petites et moyennes entreprises (Ngo Tong, 2016 :8). Trois ans plus tard, en 2013, l’État a créé une Agence de promotion des petites et moyennes entreprises(APME) placée sous la tutelle directe du Ministère des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat. Cette agence qui a débuté ses activités en 2015 a pour leit motiv la modernisation des PME camerounaises par l’assistance et l’encadrement, le renforcement des compétences et l’incubation des start-up ( Start-up magazine, 2015 : 3). Bien plus encore, dans l’optique de résoudre la problématique du financement des PME/PMI, l’État a mis en application les recommandations faites dans diverses études qu’il avait commandé en créant la Banque camerounaise des PME doté d’un capital de 10 000 000 000 de francs ( ibid. ). Cette banque est chargée d’apporter un concours technique et financier aux PME camerounaises. Bien avant la naissance de cette banque, l’État avait mis en place le Programme national de micro-finance dont l’un des objectifs majeur était l’amélioration de l’accès des ruraux aux institutions de micro-finance afin de permettre à ces derniers d’accéder aux financements et aux actifs de production (Ngo Tong, 2016 :11).

En outre, les cadres de concertation entre le milieu des affaires et le gouvernement ont connu une certaine dynamique. Le Comité inter ministériel élargi au secteur privé (1993-2010) a été remplacé par le Cameroon business forum. Ce nouveau cadre de concertation a suscité un réel espoir dans la mesure où, le gouvernement et le secteur privé pouvaient être réunis face à face pour, ensemble, trouver les solutions idoines dans l’amélioration de la place du Cameroun dans les rapports Doing business de la Banque mondiale et accroître ainsi son attractivité. Les avancées obtenues, en presque dix ans, grâce à ce cadre de concertation auquel les organisations patronales ont toujours pris une part active, sont recensées dans ce tableau :

Tableau1 : récapitulatif des recommandations faites par le CBF qui ont été mises en œuvre par le gouvernement conformément aux critères retenus dans le rapport Doing Business du groupe de la Banque mondialepour améliorer le climat des affaires au Cameroun ( 2008-2017).

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Source : Justine Diffo Tchunkam, Doing Business in Africa. Analyse des performances du Cameroun sur les dix dernières années (2008-2017), Yaoundé, Afrédit, 2018, pp.150-166.

[...]


1 Bernd Marin, « Qu’est-ce que le patronat ? Enjeux théoriques et résultats empiriques », Sociologie du travail, 30e année, n°4-88 en ligne, consulté le 15 avril 2020,https://www.persee.fr/doc/sotra_0038-0296_1988_num_30_4_2425,p.518.

2 Thomas Amossé et al, « Les organisations patronales. Continuité et mutations des formes de représentation du patronat, CEE, IRES, rapport de recherche, n°70, février 2021, p.134.

3 Nicolas Pinaud, Dialogue public-privé dans les pays en développement. Opportunité et menaces, en ligne, consulté le 10 décembre 2010, http://www.oecd.org/editions/corrigenda, 2007, p.71.

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Résumé des informations

Titre
Les organisations patronales et la dynamisation du secteur privé au Cameroun dans la perspective de la SND30. État des lieux et perspectives
Université
University of Yaoundé 1
Auteur
Année
2021
Pages
29
N° de catalogue
V1141245
ISBN (ebook)
9783346519795
ISBN (Livre)
9783346519801
Langue
Français
mots-clé
organisations patronales, entreprise, emplois.
Citation du texte
Bastien Dexter Oyono Minlo (Auteur), 2021, Les organisations patronales et la dynamisation du secteur privé au Cameroun dans la perspective de la SND30. État des lieux et perspectives, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1141245

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