La Compagnie française des Indes orientales. Comment le colbertisme a influencé la création et le développement d’une compagnie maritime au XVIIème siècle


Travail d'étude, 2020

26 Pages, Note: 5


Extrait

Table des matières

Présentation de la Source

Introduction méthodologique

Introduction contextuelle

I. Une Compagnie à l’essor d’une économie mercantiliste
1. Réformes intestines au cœur du Royaume
2. Engrenage d’une propagande face à la méfiance et à la peur

II. L’aboutissement du mercantilisme : La Compagnie Orientale des Indes française
1. Négligence d’une compagnie maritime au profit de son capital
2. La désaffection des actionnaires

III. La réalité indienne
1. Implantation contrastée
2. Vision des Indes biaisée
3. Fracture communicationnelle

Conclusion

Bibliographie
I. Sources
II. Usuels
III. Monographies
IV. Articles

Tables des illustrations

Présentation de la Source

Le 1er septembre 1664, La Déclarations du Roy: L’une portant établissement d’une Compagnie pour le commerce des Indes orientales. L’autre, en faveur des officiers de son Conseil et Cours Souveraines intéressées, en ladite Compagnie des Indes Occidentales est rédigé par Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) sous l’ordre du Roi-Soleil, Louis XIV (1643-1715). Elle est l’acte de fondation de la compagnie et est composée de 48 articles qui monopolisent le marché du commerce sous une seule et même entité.1 Les compagnies maritimes telle que la Compagnie Orientale des Indes française sont des sociétés dites privilégiées par le pouvoir tentaculaire qu’elles possèdent. Elles établissent notamment les grands trafics maritimes et le réseau de colonisation pour les états Européens. Elles possèdent armoiries, sceau, pavillon et grâce à leur charte de fondation reçoivent, pour une temporalité limitée - généralement entre vingt et quarante ans - le droit de battre monnaie, d’avoir des troupes militaires et d’appliquer justice.2 Les chartes de fondation de ces compagnies maritimes sont les clés de leur puissance.3 Concernant leur structure financière, elles s’appuient sur des mécanismes telle que la société par actions afin de collecter le plus de capitaux nécessaires aux futurs dépenses et investissements de celle-ci.4

Introduction méthodologique

Au travers de ce proséminaire, nous répondrons à la problématique suivante: « De Colbert aux Indes, La Compagnies des Indes Orientales française : Comment le colbertisme a influencé la création et le développement d’une compagnie maritime ». Le but de ce travail consiste à faire écho entre l’idéologie mercantiliste de Colbert - qui se reflète en outre par la création d’une compagnie maritime - et les premiers problèmes que suggère cette implantation dans les Indes.

Dans un premier temps, nous nous intéresserons à l’influence de l’économie mercantiliste dirigée par Colbert et les réformes qu’il entreprend. Nous évoquerons comment Colbert réussit à entreprendre un tel changement afin de consolider le système financier. Dans un second temps, nous analyserons le fruit de ses efforts, la Compagnie des Indes Orientales française. Nous nous pencherons sur la propagande que Colbert utilise afin de souscrire le plus d’actionnaires possible. Nous aborderons la puissance financière que possède la compagnie maritime et sa gestion. Nous approcherons aussi la question de la provenance de l’investissement et de ses conséquences. Dans un troisième temps, nous nous focaliserons sur le développement de la compagnie en Indes. Le but de ce travail n’étant pas de donner un aperçu global et chronologique de l’expansion indienne, nous ne retracerons pas la progression française au cœur des Indes. Nous mettrons plutôt l’accent sur des notions qui établissent le lien entre Orient et Occident et qui relèvent des problèmes du développement de cette compagnie, telle que la communication des informations.

Bien que la Compagnie des Indes Orientales française ait été négligée par le succès de la seconde Compagnie des Indes, la Compagnie des Indes perpétuelle, des historiens tels que Philipe Haudrère et Marie Ménard-Jacob se sont intéressés de plus près aux vestiges de cette première Compagnie des Indes. Nous nous appuierons principalement sur leurs ouvrages - « Les Français dans l’océan Indien XVIIe-XIXe siècle» et «Les Compagnies des indes orientales, trois siècles de rencontre entre Orientaux et Occidentaux» de Philipe Haudrère et « La Première Compagnie des Indes: Apprentissages, échecs et héritage» de Marie Ménard-Jacob - afin de décrire la structure et le développement de la compagnie maritime .

Pour analyser les réformes prises par Colbert, nous nous baserons principalement sur la monographie de J. Ames Glenn, intitulée «Colbert, Mercantilism, and the French Quest for Asian Trade» et d’autres articles analysant la nature de ses intentions, comme « Le lobby Colbert : un royaume ou une affaire de famille? » rédigé par Daniel Dessert et Jean-Louis Journet.

Introduction contextuelle

Avant la création de la Compagnie des Indes Orientales française, d’Henri IV (1553-1610) au Cardinal Richelieu (1585-1642), l’idée de globaliser la puissance commerciale du royaume de France sous une seule même entité est présente. Les propos de Richelieu, adressés aux notables en décembre 1626, attestent de cette volonté d’uniformisation5: «Faire de grandes compagnies, obliger les marchands d’y entrer […] car faute de ces compagnies et pour ce que chaque petit marchand trafique à part et de son bien, et partant pour la plupart en des petits vaisseaux et assez mal équipés, ils sont la proie des corsaires et des princes nos alliés, parce qu’ils n’ont pas les reins assez forts comme aurait une grande compagnie…»6.

Pourtant, la création d’une grande Compagnie des Indes paraît difficile et les causes de ce retard face aux adversaires européens qui naviguent sur l’océan indien depuis le début du 17ème sont déjà multiples. Elles sont aussi bien financières, politiques que géographiques. L’impossibilité à réunir des capitaux suffisamment conséquents à l’investissement nuit à la création d’une compagnie maritime prospère. La géolocalisation de Paris, éloignée des côtes maritimes, soulève déjà le premier désintérêt de la part de la capitale. La structuration des territoires français sous forme de provinces a probablement joué un rôle important. En effet, ses adversaires européens - les Provinces-Unies et l’Angleterre - ne possèdent pas de douanes intériuers et peu de péages ce qui contribuent à l’homogénéisation du commerce. 7 Mentionnons aussi que - comme l’évoque Louis XIII (1610-1643) : «La division de nos sujets, qui voulant chacun faire bande à part, et ne songeant qu’à leur profit particulier, ont souffert de grandes pertes» - l’individualisme français et la volonté des marchands à défendre leur autonomie commerciale empêchent la création d’une grande compagnie maritime.8

Néanmoins, l’assignation de Colbert au poste de contrôleur général des Finances annonce un air de changement. Les nombreuses réformes mercantilistes9 qu’il entreprend au sein du Royaume consolident le système financier de l’époque. L’ancien disciple du Cardinal Mazarin (1602-1661), constate que: «Il n'y a qu'une même quantité d'argent qui roule dans toute l'Europe, et qui est augmentée de temps en temps par celui qui vient des Indes occidentales». Ainsi, selon lui, «Il faut l'attirer du dehors et le conserver au-dedans». Il établit alors que seul le commerce permet de créer ce lien entre richesse et importation de métaux précieux. Par le biais du commerce, Le Royaume doit viser à exporter des produits français et à empêcher l’entrée des produits non essentiels à l’économie.10 Colbert s’appuie sur l’idée que le volume d’échange du monde repose sur la statistique et si la France veut augmenter sa part, celle-ci doit gagner une partie déjà contrôlée par ses adversaires, faire concurrence à ceux-ci. Colbert relate que le commerce de l’Europe se joue sur 20'000 navires de toutes tailles différentes et que ce nombre ne peut augmenter plus.11

C’est ainsi que naît la Compagnie des Indes Orientale dans le but de « Procurer au royaume l'utilité du commerce d'Asie et d'empêcher que les Anglais et les Hollandais n'en profitassent seuls comme ils avaient fait jusqu'alors »12 . L’aboutissement de la création d’une compagnie maritime de commerce dans les Indes n’est que le fruit de la politique mercantiliste de Colbert. Trois autres compagnies marchandes naissent aussi sous l’impulsion de Colbert: la compagnie des Indes occidentales en 1664, la Compagnie du Nord en 1669 et la Compagnie du Levant en 1670. Chacune de ses quatre compagnies englobent les axes commerciaux du XVIIème siècle: «La Compagnie des Indes Occidentales trafique sur les routes de l’Amérique la Compagnie des Indes Orientales vers Asie la Compagnie du Levant en Méditerranée et le Compagnie du Nord en direction de la mer Baltique et de la Scandinavie».13

I. Une Compagnie à l’essor d’une économie mercantiliste

1. Réformes intestines au cœur du Royaume

Avant même que le jeune Colbert s’intéresse aux finances, sa famille entretient de puissantes relations avec le monde du maniement de l’argent: « Bien avant que Colbert ait fait la fortune de sa famille, c’est plutôt sa famille qui a fait la sienne »14. Après avoir effectué ses études à Reims et un apprentissage auprès d’un banquier, Colbert devient commis subalterne chez un puissant financier de l’époque, François Sabathier.15 En 1643, Jean-Baptiste Colbert entre au service de Michel le Tellier (1603-1685). Il reste à son service durant 18 années, où il obtient le titre de conseiller d’état en 1649.16 La suite de son parcours - autant privé que professionnels - navigue dans le monde de l’argent. Son mariage avec Marie Charron (1630-1687) lui rapporte 100'000 livres de dote mais surtout l’accès dans l’alliance de contrôleurs et de trésoriers de l’Extraordinaires des guerres, l’institution la plus importante de France concernant le financement de la guerre. Durant ces années de formation au sein de la Cour, Colbert observe les mécanismes de la finance et parcourt toute la France au service de Mazarin. Il agrandit le cercle de ses nombreuses relations, notamment avec des financiers.17 Les financiers jouent un rôle discret néanmoins crucial dans le système économique de l’Etat. Ils sont le cordage qui unit la fortune foncière - source essentielle de la richesse du Royaume - à la monarchie.18 Les liaisons de Jean-Baptiste Colbert avec la gente économique de l’Etat n’est en rien dû au hasard et explique l’ascension de celui-ci. Colbert forme un clan homogène de divers hommes d’affaires autour de lui qui dirigent les activités économiques.19

Lors de son Ascension au pouvoir, Colbert prête attention aux abus endémiques et aux pertes financières du système économique français. En 1661, le revenu royal est estimé à 31'000'000 de livres. Cependant, seul 9'000'000 de livres contribuent à des paiement internes à la Royauté.20 C’est face à l’inefficacité et la corruption que Colbert décide de réorganiser le système financier. Avec l’approbation du roi, il supprime le poste de surintendant des finances et instaure un Conseil royal des finances dont il est un des trois membres. Un mois plus tard, Le 15 novembre 1661, Colbert crée la Chambre de Justice afin de juger Nicolas Fouquet (1615-1680), ancien surintendant des finances, préalablement arrêté par ordre du roi. En plus du jugement de Fouquet, la création de ce tribunal a pour objectif de punir les abus et les malversations financière du Royaume. Le choix des membres qui la compose relève uniquement de la Royauté.21 Cette Chambre de Justice crée une vaste vague d’anxiété auprès des communautés économiques françaises. Entre 1662 et 1663, une liste de restitutions compte plus de 500 noms et ramène 70'000'000 de livres. Colbert révise aussi le taux de paiements des rentes qui rapporte pas moins de 8'000'000 livres par an à l’Etat. Colbert rationalise le système économique français avec des mesures draconiennes. Il augmente les taxes d’agricoles, coupe les dépenses jugées inutiles et instaure un registre de fonds qui regroupe les revenus anticipés, un registre de dépenses qui annonce le budget futur et un annuel état au vrai qui regroupes les transactions.

En septembre 1664, Colbert forme le Conseil de commerce.22 Les réformes internes prise par ce conseil ont pour but d’unifier les droits sur l’importation et l’exportation des marchandises. Pour faciliter le déplacement de celle-ci, Colbert augmente les dépenses consacrées aux routes de 40'000 livres à 600'000 livres. En printemps 1665, il résout le problème de transport des marchandises en créant le canal du Languedoc, actuel canal du Midi. Il connecte l’Atlantique à la mer méditerranéenne, élimant ainsi la périlleuse route du détroit de Gibraltar.23 Les mesures prises par Colbert visent à concurrencer les Provinces-Unies. Colbert sait que la transition des marchandises joue un rôle plus que bénéfique à ces adversaires européens. Ainsi, il augmente les taxes sur les échanges de marchandises étrangères. Colbert établit que presque la moitié des flottes marchandes hollandaises sont dépendantes du marché français. Annuellement, le royaume français exporte entre 12'000'000 et 18'000'000 de livres marchandes. Cependant, le pays ne perçoit qu’un revenu estimé entre 4'000'000 et 6'000'000 livres, car les Provinces-Unies approvisionne le territoire français avec des marchandises d’Asie pour une valeur proche des 13'000'000 de livres.24 Colbert le souligne même dans l’une de ces lettres: « Their industry and our lack of intelligence… have made them masters of all commerce… [s]o far as we can cut down on profits that the Dutch make from the subjects of the king… so far will we increase the power, the grandeur, and the prosperity of the state ».25 Colbert adopte un système économique protectionniste afin d’empêcher la pénétration de marchandises étrangères dans le Royaume. Son but est d’élever les droits d’importation le plus haut possible - sans néanmoins nuire aux relations commerciales étrangères - et baisser les droits d’exportation le plus bas possible sans compromettre les revenus du fisc.26

Le programme de réforme par Colbert a été jugé nécessaire avant d’intervenir avec un changement fondamental dans ces échanges de longues distances. Colbert veut assurer la main mise sur le fonctionnement économique du pays afin d’éviter qu’il profite aux hollandais. Pour cela, il confie des places de choix à ses parents comme Vincent Hotman (16..-1683), procureur général de la Chambre de Justice et aussi à ses amis comme à La Reynie (1625-1709) qui devient lieutenant de la police de Paris dès 1667. Ceux-ci lui servent évidemment de marionnette afin de disposer indirectement de leur pouvoir.27 Le vaste réseau de Colbert s’étend sur l’économie du Royaume mais aussi jusqu’à son administration. Le ministre des finances manie les liaisons d’intérêts et d’alliances qu’il entretient avec son réseau. La mise en place de ce système lobbyste répond aux conditions de l’Ancien Régime: une association de personnes liés par le service, le sang et l’intérêt. La politique de Colbert est néanmoins contradictoire. Colbert lutte contre un système économique népotiste et affairiste, qu’il dénigre chez son adversaire, Nicolas Fouquet (1615-1680), ancien surintendant des finances.28 La divergence entre les deux anciens disciples de Mazarin concerne la finalité du projet maritime. Alors que Fouquet traite le sujet dans un cadre privé et personnel afin d’éviter le contrôle royal, Colbert élargit la portée du projet à une vision étatique.29

En 1664, Colbert est au sommet de son art, que cela soit au niveau de l’accroissement de son pouvoir personnel au sein de la Compagnie ou niveau de la question financière sur lequel il est inattaquable. La prochaine étape de sa politique réside dans l’engendrement d’une guerre commercial avec les Provinces-unies, qui inclue un affaiblissement de leur commerce. Après des années d’apprentissages sous la directive de Mazarin, Colbert en est venu à la conclusion que le commerce sur l’océan indien est le marché le plus lucratif du monde économique.30

2. Engrenage d’une propagande face à la méfiance et à la peur

L’un des buts de la Déclaration du Roi rédigée par Colbert est de solliciter le plus d’actionnaires possible. Pour cela, le président perpétuel de la Compagnie des Indes française cherche à stimuler l’intérêt des futurs actionnaires.

Prenons l’article I- «Que la compagnie des Indes Orientales sera formée de tous nos Sujets de quelque qualité & condition qu’ils soient qui voudront entrer, pour telles sommes qu’ils estimeront à propos…»31 ; celui-ci invite les actionnaires à investir dans cette compagnie peu importe la quantité de leur investissement. Ce même article diminue les conditions d’investissement afin d’ouvrir la porte à toute sorte d’actionnaire: «Sans que pour ce ils dérogent à leur Noblesses & Privilèges, dont Nous les avons relevés & dispensés »32.Afin d’attirer des capitaux étrangers, comme le démontre l’article III - «Tous Etrangers & Sujets de quelque Prince & Etat que ce soit pourront entrer en ladite Compagnie, & ceux qui y auront mis vingt mille livres de principal seront réputés régnicoles […]»33 - Jean-Baptiste Colbert promeut la nationalité française à tous ceux qui entrent dans la compagnie en investissant pour plus de 20’000 livres. Pour rassurer les investisseurs étrangers, l’article IV de la Déclaration – «Les parts et portions qui appartiendront aux particuliers Intéressez en ladite Compagnie de quelque qualité qu’ils soient, ne pourront être pas Nous saisies ni confisquées […]»34 - convient que le capital étranger ne peut pas être saisi par la Couronne, même si le pays de celui-ci est en guerre contre la France. D’autres articles promettent droits et titres, comme le prouve l’article VII, «Tous ceux qui mettront jusques à la somme de huit mil livres à ladite Compagnie acquerront le droit de Bourgeoisie dans les Villes de leurs demeures, Paris, Rouen, Bordeaux & Bayonne lesquelles ils ne pourront acquérir ledit droit […] pour vingt mil livres en ladite Compagnie»35. L’obtention de la nationalité française ou le titre d’appartenance à la Bourgeoisie n’est qu’un mécanisme d’investissement. Afin d’assurer la bienveillance et la garantie de cette compagnie, l’article XLV - «Nous promettons d’avancer présentement de nos deniers, le cinquième de toute la dépense qu’il conviendra faire pour les trois premiers armements» - mentionne que la Royauté possède 1/5ème du capital de la Compagnie, soit 3'000'000 de livres.36

Néanmoins, les premières investigations de la Royauté dans le pays démontrent un manque d’intérêt notoire de la Bourgeoisie, qui tendent plus à investir leur profit dans les terres, les seigneuries, qu’au sein d’une compagnie maritime dirigée par l’Etat. Quant aux marchands, ils voient derrière cette campagne de souscriptions un stratagème pour augmenter les coffres de l’Etat.37

Par conséquent, Colbert conçoit une campagne de propagande forte. Il en appelle notamment à la contribution de François Charpentier (1620-1702), talentueux membres de l’Académie française. Le premier de ses pamphlets, intitulé «Discours d’un fidèle sujet du roi touchant l’établissement d’une compagnie françoise pour le commerce des Indes Orientales, adressé à tous les français» est publié le 1er avril 1664. Charpentier vente la nécessité d’un commerce avec les Indes pour la prospérité de la France «Or entre tous les Commerces qui se font dans toutes les parties du Monde, il n’y en a point de plus riche ni de plus considérable, que celui des Indes Orientales».38 Il met aussi en avant que les autres pays européens profitent déjà de ses richesses alors que le Royaume de France n’en jouit pas encore: «Ces marchandises si renommées & d’un débit si assuré, la Soie, la Cannelle […] C’est désormais une nécessité indispensable de faire venir de toutes ces choses; & je ne voie pas pourquoi nous les voudrions toujours recevoir de la main d’autrui, & pourquoi nous refuserions de faire gagner dorénavant à nos Citoyens, ce que des étrangers ont gagné sur eux […]»39 Afin de convaincre de potentiels investisseurs, la fine plume de Charpentier souligne que le Royaume de France est entièrement capable de devenir une puissante entreprise. La nature du discours de l’académicien français prône la ferveur nationale et la gloire du monarque: «Mais, certes, il semble que le Commerce soit de la nature des Arts libéraux […] Aussi est-il vrai de dire que le Commerce ne saurait être en vigueur que durant la Paix, qui est à l’égard d’un Etat, ce que le repos d’esprit est à l’égard d’un particulier. Ce n’est guère la saison, au milieu d’une Guerre intestine ou étrangère […] de faire voyages de long cours»40. L’utilisation de l’argument de la guerre renvoie une vision plus étatique qui assure, par sa nature, son soi-disant bon fonctionnement. Par la même occasion, cet argument met en avant une compagnie où l’Etat est maître, alors que le côté purement marchand parait secondaire.41

[...]


1 Déclaration du Roy, l'une portant établissement d'une Compagnie pour le Commerce des Indes Orientales, l'autre [...], Registrées en parlement le 1er septembre 1664, Paris, par les Imprimeurs ordinaires du Roy, 1664.

2 HAUDRERE Philippe, «Compagnies de commerce», in Bély Lucien, Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, Presse Universitaire de France, 2015, (1996), p. 305

3 HAUDRERE Philippe, Jalons pour une histoire des compagnies des Indes, in Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 78, n°290, 1er trimestre 1991. p.9

4 HAUDRERE Philipe, op. cit. (2), p.305

5 HAUDRERE Philipe, op. cit. (3), p.12

6 Du Fresne de Francheville J., Histoire de la Compagnie des Indes, Paris, 1746, p.164-165 cité par HAUDRERE Philipe, op. cit. (3), p.13

7 HAUDRERE Philippe, Les Français dans l’océan Indien XVIIe-XIXe siècle, Presse universitaire de Rennes, 2014, emplacement 316

8 HAUDRERE Philippe, Les Compagnies des indes orientales, trois siècles de rencontre entre Orientaux et Occidentaux (1600-1858), Editions Desjonquères, Paris, 2006, emplacement 1169

9 IMBERT Jean, « COLBERTISME », in Encyclopædia Universalis «Le mercantilisme aussi appelé colbertisme - malgré que Colbert n’ait pas inventé cette doctrine mais qui l’a plutôt emprunté et modélisé - est un système économique ayant comme idéologie que l’argent constitue la fortune d’un Etat. Sous le principe essentiel de cette doctrine, la richesse d’un Etat est liée à l’accumulation des métaux précieux. Par conséquent, l’Etat établit un contrôle constant au travers d’une réglementation du commerce et de l’industrie afin d’empêcher la fuite de ces métaux et de favoriser leur entrée dans l’Etat.», consulté le 10 octobre 2020.

10 IMBERT Jean, op. cit. (9)

11 GLENN J. Ames, Colbert, Mercantilism, and the French Quest for Asian Trade, Northern Illinois University Press, 1996, p.14

12 AN, Col. C2, fol. 10., cité par HAUDRERE Philipe, op. cit. (7), emplacement 321

13 DESSERT Daniel & JOURNET Jean- Louis, Le lobby Colbert : un royaume ou une affaire de famille ?, in Annales. Economies, sociétés, civilisations, 30ᵉ année, N. 6, 1975, p. 1312

14 BOURGEON Jean-Louis, Les Colbert avant Colbert, Paris 1973 pp.241-242 cité par DESSERT Daniel & JOURNET Jean- Louis, op. cit. (13)

15 DESSERT Daniel & JOURNET Jean- Louis, op. cit. (13), p.1305

16 GLENN J., op. cit. (11), p.13

17 DESSERT Daniel & JOURNET Jean- Louis, op. cit. (13), pp.1305-1306

18 Ibid., p. 1303

19 Ibid., p.1304

20 GLENN J. Ames, op. cit. (11), p.14

21 D’AUBERT François, 9. Fouquet face à ses juges, in Colbert: La vertu usurpée, Paris, Perrin, 2014, p. 189

22 GLENN J. Ames, op. cit. (11), p.15

23 Loc. cit.

24 GLENN J. Ames, op. cit. (11), p.16

25 Cole, Colbert 1:438 cité par GLENN J. Ames, loc. cit.

26 IMBERT Jean, op. cit. (9)

27 DESSERT Daniel & JOURNET Jean- Louis, op. cit. (13), p.1307

28 Ibid., p.1326

29 MENARD JACOB Marie, La Première Compagnie des Indes: Apprentissages, échecs et héritage (1664-1704), Presse universitaire de Rennes, 2016, emplacement 661

30 GLENN J. Ames, op. cit. (11), p.17

31 Déclaration du Roy, l'une portant établissement d'une Compagnie pour le Commerce des Indes Orientales, l'autre [...], op. cit. (1), p.5

32 Loc. cit.

33 Ibid., p.6

34 Ibid., pp.6-7

35 Ibid., p.7

36 DESSERT Daniel & JOURNET Jean- Louis, op. cit. (13), p.1314

37 DANEAU Marcel, Le colbertisme, in L’Actualité économique, 37 (2), p.261

38 Discours d'un fidèle sujet du roy touchant l'establissement d'une compagnie françoise pour le commerce des Indes orientales : adressé à tous les français, op. cit. (36), p. 6

39 Ibid., p. 7

40 Ibid., p. 4

41 MENARD JACOB Marie, op. cit. (29), emplacement 702

Fin de l'extrait de 26 pages

Résumé des informations

Titre
La Compagnie française des Indes orientales. Comment le colbertisme a influencé la création et le développement d’une compagnie maritime au XVIIème siècle
Université
University of Fribourg
Note
5
Auteur
Année
2020
Pages
26
N° de catalogue
V1188058
ISBN (Livre)
9783346625526
Langue
Français
Annotations
Mots clés
Colbert, Compagnie des Indes, Première compagnie, Compagnie maritime, Déclaration 1662, Colbertisme, Mercantilisme
Citation du texte
Sylvain Andrey (Auteur), 2020, La Compagnie française des Indes orientales. Comment le colbertisme a influencé la création et le développement d’une compagnie maritime au XVIIème siècle, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1188058

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