L'administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun. Éclosion de l’etat postcolonial camerounais et réappropriation du principe "diviser pour mieux régner"


Essai Scientifique, 2022

125 Pages


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Table des matières

I. CONSTRUCTION DE L’OBJET D’ÉTUDE
A CONTEXTE ET JUSTIFICATION DU SUJET
B CLARIFICATIONS CONCEPTUELLES
C PRÉSENTATION DES POUVOIRS POLITIQUES TRADITIONNELS DUALA ET BAMOUN
D DÉLIMITATION DU SUJET OU BORNAGE DE L’ÉTUDE
E REVUE CRITIQUE DE LA LITTÉRATURE
F INTÉRÊT DE L’ÉTUDE

II. CONSIDÉRATIONS MÉTHODOLOGIQUES ET OPÉRATOIRES
A LES MÉTHODES D’ANALYSE
B LA TECHNIQUE DE COLLECTE DES DONNÉES

III. LES POUVOIRS POLITIQUES TRADITIONNELS BAMOUN ET DUALA ET LA POLITIQUE D’ASSERVISSEMENT COLONIALE ALLEMANDE :
A LE POUVOIR TRADITIONNEL BAMOUN FACE A LA PRESERVATION DES INTÉRÊTS ALLEMANDS
B LA SIGNATURE DU TRAITÉ DU 12 JUILLET 1884 ET LA PERTE DE LA SOUVERAINETÉ DES CHEFS DUALA

IV. LES POUVOIRS POLITIQUES TRADITIONNELS BAMOUN ET DUALA AU PRISME DE L'ETAT POSTCOLONIAL CAMEROUNAIS : CONTINUITÉ DES TRADITIONS COLONIALISTES OCCIDENTALES
A LE POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL BAMOUN FACE AU PLURALISME DE LA VIE POLITIQUE MODERNE CAMEROUNAISE
B LE POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL DUALA FACE AUX TRANSFORMATIONS SOCIOPOLITIQUES DE LA SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

Résumé :

Après avoir été confrontés aux transformations induites par la colonisation allemande, francaise puis britannique, les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala vont se heurter aux mutations introduites par l’éclosion de l’Etat postcolonial camerounais. Il va s’engager un processus d’adaptation aux réalités sociologiques locales telles que la tribu, les langues vernaculaires, ou encore la territorialité qui va entrainer des divisions et des fragmentations au sein des communautés au nom de la récupération des ressources politiques nationales.

Abstract :

After having been confronted with the transformations induced by German, French and then British colonization, the traditional Bamoun and Duala political powers will come up against the changes introduced by the outbreak of the Cameroonian postcolonial state. It will engage in a process of adaptation to local sociological realities such as the tribe, the vernacular languages, or even the territoriality which will lead to divisions and fragmentations within the communities in the name of the recovery of national political resources.

Mots-clés : Pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala, Etat Postcolonial Camerounais, Réalités Sociologiques.

Keywords : Bamoun and Duala Traditional Political Powers, Cameroonian Postcolonial State, Sociological Realities.

Le Cameroun , situé au fond du Golfe de Guinée, fut d’abord visité par les Portugais au 15ème siècle, puis par les Britanniques et les Allemands qui y amenèrent les premiers missionnaires vers 1860. Devenu colonie allemande en 1884, il passa sous la coupe de la France du lendemain de la Première Guerre Mondiale en 1919. Pays de 475 650 Km² et de 25 millions d’habitants, le Cameroun s’étend des rivages de l’Océan Atlantique aux confins du Sahel. En 1911, les Français cèdent certains de leurs territoires d’Afrique Équatoriale aux Allemands, que ces derniers baptisent aussitôt « Neu Kamerun ». Le territoire du « Kamerun » va donc s’agrandir d’une partie du Congo cédée par la France, appelé le « bec de canard », car il donnait accès au fleuve Congo.

Pour Ibrahim MOUICHE, le Cameroun situé géographiquement à la charnière de l’Afrique occidentale, centrale comme des ensembles sahélien et occidental, culturellement à la jonction des mondes francophone et anglophone, aussi bien chrétien que musulman. En ce sens, il est le carrefour des trois importantes régions culturelles : la côte de Guinée avec ses peuplades négritiques, le Soudan occidental avec les Peul et les peuplades arabes, le Congo avec les peuples de langue bantoue. L’extrême complexité ethnique est à l’image à celle de l’Afrique .

C’est essentiellement autour de l’estuaire du Wouri que se déroulera le trafic le plus important. Les lieux de traite sont restés facilement identifiables. Il y avait surtout les villages qui se situaient le long de la côte autour de Victoria, puis les villages Malimba, de l’estuaire du Wouri. Le gros du trafic se passait à Douala et Bonabéri aux lieux dits Kamerun et Hickory Town. Sur les côtes du Cameroun comme partout en Afrique, la traite a été un véritable commerce de troc. Les échanges étaient faits au moyen de coquillages asiatiques qui servaient de monnaie, de pièces de tissu, de barres de fer, objets manufacturés et de pacotille. Les comptoirs du Cameroun étaient reliés aux autres comptoirs du Sénégal, de Sierra-Léone, du Libéria, du Ghana, de Côte-D’ivoire, du Nigéria. Au cours du 16ème siècle, le trafic est surtout aux mains des Espagnols.

Mais à partir du 17ème siècle, il devient l’affaire des Hollandais puis des Français et des Anglais. Le monopole passe aux mains des Anglais au 18ème siècle. C’est l’époque où s’organise le commerce triangulaire.

Les chefs côtiers ont joué un rôle particulièrement important. Le Révérend Pasteur MVENG écrit : « Selon la coutume de l’époque, on rassemblait les esclaves au passage des navires. Là où les chefs servaient d’intermédiaires, la traite s’ouvrait par un cérémonial minutieux : annonce de l’arrivée du bateau, invitation du chef à bord, réception au village et présentation des cadeaux, enfin, proclamation de l’ouverture de la traite » . Les chefs côtiers étaient très friands des cadeaux apportés par les marchands européens. Sur la côte du Cameroun, on pouvait acheter des esclaves pour 8 ou 10 bracelets de cuivre. Certains de ces bracelets, les « manilhas », ont été conservés au musée de Douala. Le vin d’Espagne et les cauris étaient très prisés…

Au 17ème siècle, on sait que les Duala étaient partis de Pitti, sur la Dibamba pour venir habiter la zone actuelle. Mais un fait caractéristique est que l’on ne voit pas ces chefs pratiquer ce commerce au grand jour. Tout laisse croire qu’au cours du 16ème siècle, les Portugais retiraient des côtes camerounaises une moyenne de 500 esclaves. On peut noter que les ressortissants camerounais étaient peu aptes à la condition servile . Le cas de l’esclavage touchait au système de l’organisation sociale tout entière. Toutes les tribus du Cameroun avaient des esclaves qu’on appelait par exemple, « Mokomi » chez les Kpé de l’ex-Cameroun britannique, « Mukom » chez les Duala, « Nkol » chez les Bassa, « Olo-Etuga » chez les Fang-Béti, « Yond » et autres, chez les Banen . L’ambition de cette étude, intitulée « L’administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun : analyse de l’histoire politique du Cameroun », est de comprendre que les sociétés Duala et Bamoun ont bénéficié de l’expertise et du savoir-faire de l’administration coloniale allemande. Par ailleurs, il est également question de voir que la colonisation allemande a permis de considérer que le Cameroun était une zone à exploiter, et que les populations allaient servir de main d’œuvre à cette opération.

D’un point de vue pragmatique, les Allemands ont créé de grandes plantations de produits d’exportation dont le cacao, le café, l’huile de palme, etc. La signature des différents traités permettait ou n’autorisait pas à occulter la dimension brutale des méthodes employées pour atteindre leurs objectifs. Et l’épisode des multiples révoltes dans les plantations allant même jusqu’à la grève de l’impôt, témoigne de ces tensions entre les Allemands et les populations camerounaises.

Toutefois, l’administration coloniale allemande a contribué au désenclavement du Cameroun à travers l’exportation des produits cultivés. Il s’agit donc de voir de quelle manière les chefs traditionnels, en particulier ceux Duala et Bamoun, ont participé et ont subi l’expansion de la conquête allemande au Cameroun. Négliger cet aspect, c’est oublier que tous les acteurs ont eu à mettre en lumière différents angles et aspects de la colonisation aussi glorieux qu’obscurs.

Notre article porte sur la construction de l’étude (I-) et les considérations méthodologiques et opératoires du sujet précité (II-).

I. CONSTRUCTION DE L’OBJET D’ÉTUDE

D’après Pierre BOURDIEU, « construire un objet scientifique, c’est, d’abord et avant tout, rompre avec le sens commun, c’est-à-dire des représentations partagées par tous, qu’il s’agisse des simples lieux communs de l’existence ordinaire ou des représentations officielles, souvent inscrites dans des institutions, donc à la fois dans l’objectivité des représentations sociales et dans les cerveaux. Le préconstruit est partout » . L’objet scientifique est le fait à observer, pour saisir et rendre visibles les aspects imperceptibles de sa nature à l’œil nu.

Cela suppose aussi dans une certaine mesure, soit de rompre avec certains fondements anciens, soit encore de les revisiter pour en faire une nouvelle structure. C’est dire autrement qu’il faut appréhender son essence, situer son intérêt, définir ses limites et sa forme, identifier ses problèmes et les solutions y afférentes, pour mieux situer sa valeur. En effet, l’administration coloniale allemande a assis sa domination sur les entités locales, notamment sur les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun en appliquant le principe « de diviser pour mieux régner ».

Dans ce cadre, on a plusieurs fois recensé l’utilisation des antagonismes existant entre le Roi BELL et le Roi AKWA par les autorités allemandes pour avoir la main mise sur le commerce et autres transactions commerciales. De plus, les chefs Duala se sont opposés à la politique d’expropriation, soit en conduisant des attaques armées, soit en adressant de nombreuses pétitions au Parlement allemand. Ce qui conduira le 08 août 1914 à la pendaison du Roi Rudolf DUALA MANGA BELL et de son secrétaire NGOSSO DIN. Au sein du royaume Bamoun, par contre, on assiste plutôt à une politique plus conciliatrice. Le Roi NJOYA utilise la ruse, l’échange de cadeaux, la création d’un syncrétisme religieux pour ne pas perdre la main face aux Allemands. D’ailleurs, les guerriers Bamoun participeront à la conquête de leurs frères Bansoh, et récupéreront par la même occasion, la tête du Roi NSANGOU.

Toutefois, il ne faut pas considérer que ces adaptations n’ont été que le fait des pouvoirs locaux. A ce titre, le pouvoir colonial allemand, a fait lui aussi, des compromis pour asseoir sa suprématie. S’agissant de la politique foncière, les autorités coloniales allemandes vont retarder à tout prix le processus de réparation des dommages causés par l’expropriation forcée des terrains du plateau Joss entre autres. La multiplication des pétitions et des indemnisations financières en est un témoignage flagrant. Mais la situation sera de plus en plus tendue, d’autant que la bourgeoisie Duala, ayant étudié en Allemagne, connait ses droits et les réclame avec véhémence.

A ce titre, Rudolf DUALA MANGA BELL mène les opérations de résistance ; il est également soutenu par les autres chefs malgré les tentatives de déstabilisation de cette union par les Allemands, s’arroge même l’approbation d’une tranche de l’opinion publique allemande notamment chez les sociaux-démocrates, réputés proches des idées socialistes et du respect des peuples dits opprimés. Cependant, il le paiera au prix de sa vie et cet état de fait consacrera le problème foncier encore en vigueur, de nos jours, sur le territoire « Duala ».

Concernant la chefferie Bamoun, le pouvoir colonial allemand se heurtera aux traditions séculaires telles que la polygamie ou les pratiques animistes qui existent encore aujourd’hui, preuve qu’aucune colonisation n’a pu totalement éliminer ces éléments dits « rétrogrades ».

Les missionnaires allemands seront obligés de tolérer la polygamie tant que les futurs adeptes au christianisme, acceptaient de se faire baptiser, ou d’amener les autres profanes à accepter l’école occidentale, à détruire leurs fétiches devant témoin par exemple. De plus, ils seront surpris de l’intelligence, de l’audace du Roi NJOYA. Un roi « nègre », qui créé une écriture, un système de cultures, une religion syncrétique, une architecture mêlant des styles différents.

En d’autres termes, le Roi NJOYA remit en doute toutes les conceptions racistes et hégémoniques des colonisateurs de quelque bord qu’ils soient. Les Allemands reconnaitront son génie, son organisation, et sa capacité à fédérer son peuple autour de lui et de ses idéaux.

Ainsi, les institutions politiques africaines à savoir les chefferies traditionnelles ont su se pérenniser et survivre face aux bouleversements de la colonisation et de l’Etat moderne africain par le biais d’un ensemble de transformations et d’adaptations. Elles font partie des institutions de l’ère coloniale et postcoloniale et sont animées aujourd’hui d’un dynamisme qui les intègre à la vie politique nationale.

A CONTEXTE ET JUSTIFICATION DU SUJET

C’est en 1884 que BISMARCK décide d’engager une politique d’expansion coloniale . Mais déjà au début du mois d’avril 1883, à l’occasion d’une convention signée le 28 juin 1882 et publiée en mars 1883 – par laquelle l’Angleterre et la France garantissaient réciproquement des droits égaux à leurs commerçants dans leurs possessions africaines - le Chancelier avait demandé à son ministre des Affaires étrangères, le comte HATZFELD, de faire remettre aux magistrats des villes hanséatiques une note les invitant à proposer des mesures pour favoriser l’expansion du commerce allemand sur la côte occidentale d’Afrique.

Le 9 juillet 1883, le Sénat de Brême recommande deux mesures essentielles : la conclusion de traités de commerce avec les chefs indigènes ; la formation d’une escadre chargée de visiter régulièrement les comptoirs allemands pour faire impression sur les indigènes et pour les intimider. Il n’était absolument pas question d’annexions territoriales .

Quant à la Chambre de commerce de Hambourg, présidée par le célèbre négociant Adolf WOERMANN, qui avait des intérêts sur la côte occidentale d’Afrique, elle adressa à BISMARCK, le 6 juillet 1883, un long et intéressant mémoire . Ce mémoire montrait la valeur des établissements coloniaux que l’Allemagne pourrait fonder à l’embouchure du Niger et dans la baie de Biafra .

Par ailleurs, il s’opposait à la fondation des colonies de peuplement, mais recommandait avec insistance l’acquisition de comptoirs et de territoires d’exploitation comme très favorable aux intérêts commerciaux de l’Allemagne.

Ce mémoire plut à BISMARCK que le Chancelier en accepta intégralement le programme et le 22 décembre 1883, le comte HATZFELD par le biais de M. WENTZEL, annonçait qu’un commissaire impérial allait être désigné pour se rendre en Afrique et engager des négociations avec des souverains indigènes dans différentes parties de la côte occidentale.

Le gouvernement allemand envoya ainsi Gustave NACHTIGAL négocier la mise sous protectorat avec les chefs Duala. Deux traités en ce sens furent signés avec des chefs de l’estuaire du Wouri appelée « Cameroon River » par les Britanniques. Ces traités furent appelés traités Germano-Duala. Le premier de ces traités qui date du 12 juillet 1884 marque la naissance internationale du Cameroun moderne.

Douala fut tout d’abord choisie pour abriter la résidence des gouverneurs et le siège du gouvernorat, de 1885 à 1901, puis ce fut le tour de Buéa, de 1901 à 1909, au climat plus frais et choisie par le Gouverneur VON PUTTKAMER. L'éruption du Mont Cameroun qui eut lieu en 1908 mit prématurément fin à ce choix. Ce fut de nouveau le retour à Douala où les Allemands se heurtèrent cette fois-ci à la révolte des Duala qui refusaient de se laisser expulser de leurs terres. Des révoltes éclatèrent dans les plantations et dans la région de Douala, allant même jusqu'à la grève de l'impôt. Néanmoins, la maitrise allemande ne fut pas remise en cause par ces évènements. En dehors de la période de la signature du traité Germano-Duala, les Allemands rencontrèrent de la résistance et des révoltes dans leur tentative de conquête de l'arrière-pays du Cameroun. Les Allemands se firent aider dans cette entreprise par certains chefs traditionnels dont les plus célèbres furent le Fon GALEGA 1er de Bali, le Sultan Bamoun Ibrahim NJOYA, et Charles ATANGANA qui fut plus tard nommé « Oberhauptling » c'est-à-dire « chef supérieur » des Yaoundé et Bane.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer la relation existante entre ces deux phénomènes. D'une part, on a assisté, à une politique de résistance à l’égard de l'administration coloniale allemande de la part des peuples Duala et Nsoh , entre autres. Cette théorie mise en exergue par les perspectives marxiste ou nationaliste évoquait à juste titre de la résistance des chefs contre le système d'oppression coloniale.

Ici, la stratification sociale qui renvoie à plusieurs processus sociaux de distinction, de discrimination, d'affiliation, de « pecking order » , tend à positionner les individus de façon hiérarchique, dans une société ou une organisation sociale donnée, et donne lieu à des inégalités sociales, en termes d'accès et de répartition des ressources.

Le marxisme associe à cette vision de la stratification de la société la notion historique de « lutte des classes ». Pour Karl MARX et Friedrich ENGELS, l'histoire n'est qu'une succession de lutte entre classe dominante et classe dominée. Ils associent à la classe dominée le prolétariat et à la classe dominante la bourgeoisie.

Ils écrivent que les prolétaires ne peuvent pas être assujettis à une patrie en particulier et que les divisions étatiques, nationales et/ou culturelles qui les opposent, sont de simples diversions en regard du conflit central : la lutte des classes qui oppose le travail au capital dans le cadre mondialisé du capitalisme . Pour ces deux auteurs, la lutte des classes est un moteur des transformations des sociétés et de l’histoire moderne . En effet, bien que les Allemands, soutenus par les Bali, aient imposé leur autorité sur la plupart des tribus des Grassfields de Bamenda par des expéditions punitives et des campagnes militaires comme à Bafut, les Nsoh s'opposèrent toujours à la domination coloniale allemande.

Les Allemands reçurent l'aide des Bamoun pour vaincre les Nsoh et ils les écrasèrent en 1906 et leur imposèrent des termes de la paix. Suivant cet accord pacifique, les Nsoh se soumirent à l'autorité allemande, et, ensuite, renvoyèrent le crâne du Roi NSANGOU aux Bamoun. Quant aux Duala, la première opposition majeure survint en décembre 1884 avec d'un côté le Roi BELL, qui avait soutenu l'annexion allemande et de l'autre, les autres chefs et princes de Josstown et d'Hickorytown. Cette hostilité provenait principalement du fait que les Allemands voulaient procéder à l'expropriation des terrains, ce qui n'avait pas été convenu entre les deux parties lors de la signature du traité Germano-Duala du 12 juillet 1884.

D'autre part, on a également assisté à une politique de collaboration avec l'administration allemande au Cameroun. Cette théorie de la collaboration a été élaborée par Ronald ROBINSON, théorie selon laquelle les facteurs collaborationnistes ont largement contribué à la domination des peuples colonisés.

ROBINSON pose le problème ainsi qu’il suit : « Les notions anciennes se limitaient pour la plupart à expliquer la genèse des nouveaux empires coloniaux en termes de circonstances en Europe. La théorie du futur devra expliquer comment une poignée de proconsuls européens ont réussi à manipuler les sociétés polymorphes d’Afrique et d’Asie et comment des élites nationalistes, finalement relativement petites, les ont persuadés de partir » .

Donald Anthony LOW donne la même orientation à l'interprétation de l'impérialisme colonial lorsqu'il pose la question de savoir comment l'ordre colonial a pu être accepté pendant si longtemps .

La recherche historique sur la colonisation allemande au Cameroun connait indiscutablement un grand intérêt avec les travaux de Karin HAUSEN , Albert WIRZ et Gotthilf WALZ mais elle semble généralement effectuée dans une perspective plus ou moins euro-centrique . Les travaux du professeur STOECKER et de ses collaborateurs donnent une autre orientation à cette recherche, à savoir qu’il est indispensable, non pas d’analyser le phénomène colonial en se référant en majeure partie au colonisateur, mais plutôt d’accorder une place importante au colonisé. La thèse de Patrice MANDENG se situe dans le même cadre.

Nous orientons notre travail vers cette voie où le colonisé, dans ce cas le chef, n’est plus seulement objet mais aussi sujet dans le processus colonial. D’où une convergence entre la théorie de ROBINSON et les études de STOECKER et de MANDENG . Il convient donc de mettre un accent particulier sur les éléments locaux de la domination coloniale. Il s’agit ici pour nous d’analyser les éléments collaborationnistes locaux, indispensables au maintien de l’ordre colonial et de faire ressortir la part de responsabilité incombant à une certaine couche de la population colonisée . Bien que les cas de coopération avec les chefs amis ne fussent pas très nombreux, le Fon GALEGA 1er de Bali, Charles ATANGANA et le Sultan NJOYA en font partie. Le Roi Ibrahim NJOYA, qui avait entendu parler des expéditions punitives et des campagnes de destruction contre les tribus rebelles des Grassfields, accueillit les Allemands en 1902.

Il évita la guerre en négociant avec les Allemands. Il ouvrit son pays aux innovations politiques et économiques qu'ils proposaient pour ne pas être démis de son pouvoir. En 1906, NJOYA apporta son soutien aux Allemands dans le conflit contre les Nsoh qui refusaient de se soumettre à l'autorité de la station militaire de Bamenda. L'expédition fut un succès et l'autorité allemande s'imposa chez les Nsoh. En retour, NJOYA utilisa les Allemands pour renforcer sa position, éliminer ses rivaux du lignage royal et de la Cour.

L'objectif du pouvoir colonial était, entre autres, de collaborer avec ces chefs pour mieux contrôler les populations, de s'imposer comme unique autorité politique dans la colonie, et selon René PHILOMBE, poète et écrivain camerounais , les chefs furent utilisés par ce qui a été appelé la « sombre trinité », c'est-à-dire par l'administrateur, le missionnaire et le commerçant ou planteur. En même temps, l’on ne devrait pas occulter l’influence certaine, certes relative de ces chefs sur l’administration coloniale allemande.

Tel est le bloc d'idées à partir duquel s'est construit l'objet de cette étude. Ce qui impose le préalable de la définition des concepts.

B CLARIFICATIONS CONCEPTUELLES

Parce que les mots ne transmettent pas toujours avec exactitude l’état de conscience que nous vivons, le chercheur, doit, suivant le conseil d’Émile DURKHEIM, définir les choses dont il traite, afin que l’on sache exactement de quoi il est question . Cet exercice permet également d’empêcher à l’objet d’étude de fuir dans tous les sens, gage de son opérationnalisation aisée.

La clarification des concepts n’est autre chose qu’un exercice de conceptualisation. A ce sujet, Raymond QUIVY et Luc VAN CAMPENHOUDT écrivent ce qui suit : « La conceptualisation est plus qu’une simple définition ou convention terminologique. Elle constitue une construction abstraite qui vise à rendre compte du réel » ... A cet effet, elle ne retient pas tous les aspects de la réalité concernée, mais seulement ce qui exprime l’essentiel du point de vue du chercheur. Il s’agit donc d’une construction-sélection » .

Émile DURKHEIM trouve qu’avant toute chose, il faut s’accorder sur le sens à donner aux mots, aux concepts, ces derniers étant très souvent polysémiques. C’est ainsi qu’il est utile de procéder à une définition des termes clés usités, afin de préciser les sens qui ne nous seront d’aucune utilité et éviter tout malentendu qui pourrait naître d’une quelconque interprétation contraire à l’orientation donnée dans ce travail .

Nous allons proposer la définition à certains concepts clefs sans toutefois négliger les dérivés et mots voisins qui les accompagnent : administration, pouvoirs politiques traditionnels, histoire politique, afin que l’on sache exactement de quoi il est question.

1. Le concept d'administration

Nous allons procéder à la définition du mot « administration » et pour des besoins de précision, nous allons aborder certains de ses éléments connexes : gestion, management.

a) Administration coloniale

Le mot « administration » peut revêtir deux sens différents. Si l'on s’attache à la fonction de l’administration, suivant la définition fonctionnelle, le mot désigne l’ensemble des activités dont le but est de répondre aux besoins d’intérêt général de la population tels qu’ils sont définis à un moment donné par l’opinion publique et le pouvoir politique.

Il s’écrit alors avec un petit « a ». Mais, si on s’attache à son organisation, suivant la définition organique, il désigne l’ensemble des personnes morales et physiques qui accomplissent ces activités.

Le mot « administration » s’écrit alors avec un grand « A ». Il existe là encore deux approches : une conception large qui considère que les organismes privés chargés d’une action administrative font partie de l’administration, et une conception restreinte qui les exclut. Administrer revient à gouverner, diriger, ordonner ou organiser.

Il est important de souligner que sous l’angle anthropologique ou sociologique, l’histoire du colonialisme allemand est empreinte du fait que les colonies ne seront jamais des terres de relégation de délinquants ou de criminels ou encore d’opposants politiques comme ce fut le cas pour la Grande-Bretagne. Dans ce contexte, les colons allemands sont des migrants volontaires, pour la plupart des employés et agents des sociétés coloniales, des fonctionnaires impériaux ou des commerçants.

L’administration coloniale allemande était donc volontariste et le mot « administration - ou administration publique » peut être appréhendé comme l’ensemble des services chargés d’assurer le fonctionnement d’un État, d’une collectivité territoriale ou d’un service public, et qui sont financés principalement par des prélèvements fiscaux autorisés par le vote d’un budget, « corps des fonctionnaires chargés collectivement de quelque partie de l’administration publique ».

L’administration coloniale allemande était chargée d’appliquer la politique ou de mettre en œuvre la colonisation de la puissance colonisatrice sur la colonie. Elle a mis sur pied le recrutement de la main d’œuvre locale pour construire « ses » infrastructures, déployer ses agents sur le terrain tels que les missionnaires et les fonctionnaires, de diffuser la langue allemande au détriment des langues locales, de transformer les mentalités « sauvages » en mentalités « soumises » au travers du christianisme et des écoles confessionnelles, d’occulter les effets pervers de la colonisation à travers la manipulation des Saintes Écritures. On peut citer entre autres le travail forcé, les abus physiques et sexuels, la diabolisation accrue des pratiques mystiques africaines, le pillage des ressources, etc.

b) Gestion

Du latin « gestĭo », le concept de gestion se réfère à l’action et à l’effet de gérer ou d’administrer. Gérer, c’est prendre des mesures conduisant à la réalisation d’une affaire ou d’un souhait quelconque. Le terme « gestion » concerne donc l’ensemble des procédures effectuées pour résoudre un problème ou réaliser un projet . La gestion est également la direction ou l’administration d’une entreprise ou d’une affaire.

Il existe plusieurs types de gestion. La gestion sociale, à titre d’exemple, consiste à construire divers espaces d’interaction sociale . La gestion correspond, à l'origine, à l'administration des organisations. Elle s'est développée dans les années 1950 pour englober les questions de management et de direction.

La gestion renvoie à la conduite des organisations : c'est l'action ou la manière de gérer, d'administrer, d'organiser quelque chose. En somme, la gestion c'est l'ensemble des connaissances permettant de conduire une entreprise. La gestion est également le management de l'action collective.

Elle fait référence à un besoin de répartir les tâches, de coordonner les individus d'une part et d'autre part à une nécessité de gérer la contrainte de temps, de gérer les ressources humaines, matérielles, financières. En ce sens, la gestion se rapproche de l’administration .

c) Management

« Magnus – agere », c’est indissociablement la main et l’action. L’usage actuel du français du terme « management » est un emprunt direct au terme anglais « management ». Cependant, l’Oxford English Dictionary mentionne que le verbe anglais « to manage » et le substantif « management » signifient en équitation « tenir en main les rênes d’un cheval ». Le cadre étymologique permet de retracer les conceptions du management : « Conduire d’une main de maitre » ; « Mettre la main à l’organisation » ; « Tenir en main l’organisation » ; « Main basse sur l’organisation » avec ses deux niveaux ; et son paternalisme et son maternisme » ; « La manipulation » ; « Les mains reliées ».

Pour Maurice OBADIA, « la plupart des gens pensent à tort, aidée en cela par une prononciation à l’américaine, que le terme de management contient le radical « man » (l’homme), lequel serait donc au centre du management. Mais c’est plutôt du côté du radical latin « manus » (la main), qu’il faut regarder » . Selon Raymond Alain THIETART, le management est « un ensemble de connaissances et de façons de faire permettant de conduire une organisation, de la diriger, de planifier son développement, et de la contrôler » . Jean-Louis DELIGNY ajoute d’ailleurs que « c’est un ensemble de connaissances et de savoir-faire permettant d’assurer en permanence la maitrise de la stratégie, des structures et des forces sociales de l’organisation, en cohérence avec sa culture » .

En d’autres termes, le management est la mise en œuvre des moyens humains et matériels d'une entreprise pour atteindre ses objectifs. Il correspond à l'idée de gestion et de pilotage appliquée à une entreprise ou une unité de celle-ci. Lorsqu'il concerne l'entreprise tout entière, on peut généralement l'assimiler à la fonction de direction .

Le management consiste à fixer des objectifs stratégiques et opérationnels, choisir les moyens de les atteindre, mettre en œuvre ces moyens concernant la recherche d'efficience, contrôler la mise en œuvre et les résultats obtenus et assurer une régulation à partir de ce contrôle, en matière de gouvernance. Il comprend une dimension technique et une dimension humaine .

On voit bien que le management se rapproche aussi de l’administration. De ce fait, il peut arriver d’employer les concepts de gestion et de management au même titre que l’administration.

2. Le concept de pouvoirs politiques traditionnels

Nous allons procéder à la définition de l'expression « pouvoirs politiques traditionnels », et pour des besoins de clarté, nous allons aborder des notions synonymes : domination, autorité.

a) Pouvoirs politiques traditionnels

Le pouvoir est la capacité d'agir, de réaliser un objectif ou d'obtenir un effet recherché. Robert DAHL définit le pouvoir comme la capacité pour A (un ou plusieurs individus) d'obtenir de B (un ou plusieurs individus) ce que B n'aurait pas fait sans l'intervention de A. En d’autres termes, il s’agit d’un individu qui exerce un pouvoir sur un autre individu, dans la mesure où il obtient de ce dernier des comportements, des actions, voire des conceptions que celui-ci n’aurait pas eu sans son intervention. Le pouvoir politique est un pouvoir qu'une personne ou plusieurs personnes exercent dans une société. Il existe de nombreuses manières d'exercer ce pouvoir, la plus évidente est celle du chef politique officiel d'un État.

Les pouvoirs politiques ne sont pas limités aux chefs d'État ou aux dirigeants, et l'étendue d'un pouvoir se traduit par l'influence sociale que la ou les personnes peuvent avoir, et cette influence peut être exercée officiellement ou non.

Dans l'histoire, le pouvoir politique a été utilisé nuisiblement ou d'une manière insensée. Ceci se produit, le plus souvent, quand trop de pouvoir est concentré dans trop peu de mains, sans assez de place pour le débat politique, la critique publique, ou d'autres formes de pressions correctives. Des exemples de tels régimes sont le despotisme, la tyrannie, la dictature, etc.

Pour parer à de tels problèmes potentiels, certaines personnes ont pensé et mis en pratique différentes solutions, dont la plupart reposent sur le partage du pouvoir telles que les démocraties, les limitations du pouvoir d'un individu ou d'un groupe, l'augmentation des droits protecteurs individuels, la mise en place d'une législation ou de chartes .

Selon le sociologue allemand Max WEBER, le pouvoir est « la capacité d'imposer sa volonté dans le cadre d'une relation sociale, malgré les résistances éventuelles » . L'exercice du pouvoir implique de trouver des personnes qui ont une disposition acquise à l'obéissance. L'autorité est une forme de pouvoir mais ne doit pas être confondue pour autant avec le pouvoir. L'autorité désigne la capacité d'un individu à se faire respecter, en obtenant des autres des actions conformes à sa volonté. L'autorité est une qualité personnelle qui dans la relation à autrui permet d'exercer sa mission dans le cadre d'un pouvoir délégué.

La définition la plus utile, et la plus célèbre, c'est celle qu'a énoncée Max WEBER : « Le pouvoir politique, c'est le monopole de la violence légitime » . La violence légitime, c'est la violence qui est reconnue par tous comme légitime, c'est à dire nécessaire au bon fonctionnement de la communauté. S'il n'y avait pas de violence dite « légitime », n'importe qui pourrait se faire justice soi-même et la loi du plus fort, ou encore du « chacun pour soi » règnerait.

Par « violence », il ne s'agit pas que d'agression physique, mais aussi et surtout de violence symbolique. Le pouvoir politique permet de distribuer plus ou moins équitablement les droits et devoirs entre les citoyens. Et cela passe par l'acceptation collective d'une autorité qui exerce cette violence légitime, c'est-à-dire cette possibilité de fixer des limites à ceux qui dépassent les règles et empiètent sur la liberté d'autrui.

Chez Thomas HOBBES , la société organisée est une nécessité pour échapper à un état de nature qui n'engendre que la guerre et pour Jean-Jacques ROUSSEAU , ce « contrat social » est un compromis, une régulation entre l'aspect fondamentalement social de l'Homme et sa nature qui, ici, est pensée comme fondamentalement bonne. Ici et là, il y’a l’idée de domination.

Partant de là, on peut définir « pouvoirs politiques traditionnels » comme celui exercé au sein des systèmes politiques traditionnels c’est-à-dire « ceux qui connaissent déjà un certain degré de différenciation structurelle et qui ont défini le stade de la culture politique de sujétion ». La culture politique de sujétion est considérée essentiellement comme une culture politique de donner ; les membres du système politique n’ont presque pas conscience de leurs droits c’est-à-dire des devoirs du système à leur égard.

Dans ce contexte, le pouvoir traditionnel renvoie à l’ensemble de croyances qui confèrent à un individu, une famille ou un clan, l’autorité nécessaire à commander un groupe d’individus plus homogène et obtenir d’eux l’obéissance .

Le pouvoir traditionnel renvoie au bout du compte à ce que Max WEBER qualifie de domination traditionnelle dans la mesure où « sa légitimité s’appuie, et qu’elle ainsi admise, sur le caractère sacré des dispositions transmises par le temps (existant depuis toujours) et des pouvoirs du chef ». Le détenteur du pouvoir (ou divers détenteurs du pouvoir) est déterminé en vertu d’une règle transmise. On lui obéit en vertu de la dignité personnelle qui lui est conférée par la tradition » .

Par essence, le pouvoir politique, qu’il soit moderne ou traditionnel est un bien public. Il ne s’agit pas simplement d’un « bien parmi d’autres que poursuivent hommes et femmes ; en tant que pouvoir d’Etat, c’est aussi le moyen de régulation de toutes les recherches de biens, y compris le pouvoir lui-même ». C’est pour cette raison qu’il s’exerce généralement suivant des normes de la société concernée. Les fondements et la légitimité du pouvoir sont consacrés par des réalités concernées.

Il s’agit, pour reprendre l’expression de Simone GOYARD FABRE, « de l’anthropologisation de la politique qui est d’abord elle de ses sources. Le pouvoir coutumier a ses normes que dévoile la coutume du pouvoir et la tradition, le système juridique et le système foncier » .

Le pouvoir politique traditionnel peut être appréhendé suivant deux conceptions : la conception classique et la conception ethnocentrique. La conception classique du pouvoir traditionnel est suggérée par le courant maximaliste du pouvoir. D’après cette conception, le pouvoir traditionnel ou mieux les aspects traditionnels du pouvoir politique, peuvent être décelés dans n’importe quelle société. Il est aussi vrai que les aspects politiques du pouvoir sont décelés dans les sociétés traditionnelles à pouvoir coutumier. Dans la chefferie « Pelende Nord », le pouvoir est contrôlé par le « Kyamvu », le grand chef coutumier et sa famille qui établissent leur autorité sur les autres considérés comme des sujets. La politique coloniale belge au Congo s’inscrivait dans la conception ethnocentrique.

En effet, l’autorité coloniale n’hésita pas de qualifier de traditionnel, le pouvoir politique détenu par le chef de secteur alors que ce dernier était une instance politique créée par elle. En fait, aux termes de l’article 1 alinéa 2 du décret royal du 05 décembre 1933, le secteur, bien que de création belge, était une institution indigène. Aussi les populations indigènes étaient-elles réparties en chefferies ou en secteurs.

Par conséquent, l’article 1 alinéa 3 du même décret royal présente l’expression « autorités indigènes ». La personne du chef coutumier est vouée à un véritable culte. Une sorte de vénération dans la mesure où « il est le seul vivant qui entre en légitimité en contact avec les morts ». On prétend qu’il et l’homme qui décide de la vie ou de la mort de ses sujets ; l’abondance de la production agricole actuelle dépend de lui, généralement, implore les ancêtres dont il est le représentant au milieu des vivants. Il est l’incarnation du pouvoir, de l’autorité et de certaines fonctions reconnues aux ancêtres . La chefferie comme structure politico-administrative est depuis l’époque coloniale, reconnue comme une structure organisée selon la coutume. Si les chefs ont été confirmés par le Gouverneur général ou en son nom dans l’autorité qui leur est attribuée par la coutume , le décret royal du 06 octobre 1904 note que la chefferie indigène reconnue constitue donc en réalité un petit Etat dans l’Etat.

Mais ces entités coutumières ont perdu la pureté de leur caractère traditionnel au contact avec le pouvoir colonial qui les accepte, bon gré mal gré, et les a intégrées dans la structure de l’Etat colonial qui se veut « civilisateur », pourtant moderne. C’est le décret du 03 juin 1906 sur les chefferies indigènes qui, aux termes de l’article 1, élève la chefferie au statut d’entité administrative étatique .

Au Cameroun, l’autorité compétente peut classer une chefferie traditionnelle du 1er ou 2ème degré en raison de son importance économique et démographique. Le Premier Ministre désigne les chefs du 1er degré. Le ministre de l’Administration Territoriale, ceux de 2ème degré et le préfet, ceux de 3ème degré. Les chefs traditionnels sous l’autorité du ministre de l’Administration Territoriale ont pour rôle de seconder les autorités administratives.

Ils transmettent à la population les directives des autorités compétentes, au maintien de l’ordre public et du développement économique, social et culturel de leurs unités de commandement. Ils recouvrent les impôts. Conformément à la coutume et lorsque les lois et règlements n’en disposent pas autrement, les chefs traditionnels procèdent à des conciliations ou arbitrages entre leurs administrés. Ils confirment leur rôle d’auxiliaires de la justice et les dispensateurs de la justice coutumière. Le nouveau statut de la chefferie complète l’intégration, par l’octroi d’avantages, de garanties d’un régime disciplinaire, et en représente la contrepartie . Les chefs traditionnels de 1er et de 2ème degré ont droit à une allocation mensuelle fixe calculée sur la base de l’importance numérique de la population agrémentée d’une indemnité pour charge spéciale.

Les chefs peuvent prétendre comme par le passé au paiement des remises sur l’impôt forfaitaire collecté par leurs soins et à des primes d’efficacité octroyées par le ministre de l’Administration Territoriale sur proposition des autorités administratives. L’Etat assure au chef la protection contre les menaces, outrages, violences, voies de fait, injures ou diffamation dont il est l’objet en raison ou à l’occasion de ses fonctions. Il répare, dans ce cas, le préjudice subi. Le statut nouveau octroie un régime disciplinaire aux chefs. Ils peuvent faire l’objet en cas de faute dans l’exercice de leurs fonctions, d’inefficacité, d’inertie ou d’exactions à l’égard des populations, des sanctions suivantes : rappel à l’ordre, avertissement, blâme simple, blâme, suspension de la totalité d’allocation durant trois mois, destitution. Le chef doit avant toute sanction, avoir été au préalable appelé à donner des explications sur son comportement.

b) La domination

Le mot « domination » vient du latin « dominare » qui veut dire exercer la souveraineté. Dans son sens originel, le terme n'a ni connotation négative, ni positive, cela dépend de la façon dont elle est exercée. La domination implique cependant toujours une hiérarchie des positions sociales : Dieu est défini en théologie comme dominant le monde pour le bien de ce dernier, tandis que les hommes le feraient pour leurs propres bénéfices, au détriment des hommes.

Il peut aussi s'agir d'une forme locutive pour souligner l'importance d'un élément dans un environnement donné, comme dans l'expression « la montagne domine la plaine ».

Selon la conception contemporaine, la domination est effectivement toujours légitimisée, aux vues des actions sociales, elle ne se rapporte pas systématiquement à une inégalité sociale. Par contre, en sciences sociales, la domination est un processus qui engendre une situation dans laquelle une identité sociale, c’est-à-dire en tant qu’individu ou en tant qu’institution, est en position d'imposer son autorité.

Ce déséquilibre structurel n'est pas systématiquement perçu comme étant inégalitaire, mais ce sont à ceux-ci que les sciences sociales se sont le plus intéressées. Depuis Max WEBER, la domination est comprise comme étant légitime, puisqu'elle repose sur la contingence d'actions sociales qui lui donnent sa légitimité sociale . Ainsi, le voleur en se cachant de la police légitimise la domination du droit comme forme de justice dans nos sociétés contemporaines. Pour Max WEBER, on sait que le charisme est ce rare privilège, accordé par la providence à certains hommes d’Etat, qui leur permet d’exercer un commandement sur leurs semblables au nom de leurs seules qualités personnelles.

Dans cette occurrence, précise Georges BURDEAU, « le chef est à lui-même son propre principe de légitimité. Il n’est plus seulement l’instrument du pouvoir étatique, il est lui-même tout le pouvoir car il cesse d’en user comme d’une compétence pour en disposer comme d’une propriété. Sa légitimité ne s’apprécie plus par rapport à une norme préétablie ; elle est un absolu dont l’évidence s’inscrit dans ses qualités personnelles » .

Quant à Karl MARX, la domination est vue comme un rapport de force inégalitaire, asymétrique mais non injuste du point de vue du droit bourgeois, car l’extorsion de la plus-value se produit au sein d’un contrat de travail . Ce sont les différences et asymétries de classes, de la place dans les rapports de production, qui déterminent les inégalités sociales et politiques .

En d'autres termes, la domination exprime un rapport entre dominants et dominés, même sans coercition effective, l'obéissance des dominés étant généralement consentie dans la mesure où le pouvoir est considéré comme légitime.

Les 03 types de domination politique établis par MAX WEBER nous éclairent davantage à savoir la domination traditionnelle, charismatique et légale-rationnelle :

La domination traditionnelle : le chef est chef en raison de ses ascendances divines, de ses pouvoirs mystiques, de son lien avec l'au-delà. C’est une domination fondée sur la tradition.

La domination charismatique, c'est le « niveau 2 » du pouvoir politique. En raison de son comportement héroïque, de son charisme, de l'admiration irrationnelle qu'un être suscite, celui-ci est considéré comme le chef naturel, spontanément plébiscité... Une survivance moderne de cette domination est le moteur du mythe de l’« homme providentiel » . Il s’agit d’une domination qui repose sur les qualités exceptionnelles d’un individu.

La domination légale-rationnelle, c’est une domination fondée sur les textes, les instruments juridiques, le droit positif en vigueur dans un Etat.

Nous utilisons de façon interchangeable les concepts pouvoir traditionnel et pouvoir coutumier, chef traditionnel et chef coutumier. Il en va de même du concept d’autorité.

c) L'autorité

Le mot « autorité » vient du latin « auctoritas » qui signifie le fait d’exercer une volonté, de décider, de commander et d’être obéi, en tant que garant reconnu pour la réussite de l’action entreprise. Selon le contexte, il est traduit par autorité, garantie, dignité, prestige, volonté, pouvoir . Il est formé sur le radical (auct-) issu du verbe « augere », qui signifie « faire pousser », « faire grandir », « augmenter » .

D'après le Professeur Michel HUMBERT : « La notion d’auctoritas, essentielle en droit privé et en droit public romains, se rattache, par sa racine, au même groupe que « augere » (augmenter), « augure » (celui qui accroît l’autorité d’un acte par l’examen favorable des oiseaux), « augustus » (celui qui renforce par son charisme [...celui qui est porteur de l'auctoritas]). L’auctoritas exprime à son tour l'idée d'augmenter l'efficacité d'un acte juridique ou d'un droit. [...] De même le Sénat, grâce à son incomparable prestige, a la vertu d'augmenter la portée de tout acte pour lequel il a donné son accord (son auctoritas). [...] Aucune de ces décisions ne sera prise directement par le Sénat (il n'en a pas le pouvoir). Mais tous ces projets, enrichis de l’auctoritas du Sénat, sont assurés du succès. [...]

Aucun acte politiquement significatif n'est mis à exécution par un magistrat sans l'accord (et la délibération) du Sénat. Au point que tout se passe comme si l'inspirateur de la décision était le Sénat, et l'exécutant, le magistrat. Telle est la force de l’auctoritas : sans elle, pas d'action ; devant elle, pas d'inaction ». La notion d'autorité est ainsi définie dans un sens juridique et social.

C'est son caractère nécessaire, voire indispensable à la structure de toute société qui la rend légitime pour le plus grand nombre et qui permet de l'opposer « erga omnes » . L’« autorité naturelle » peut se dégager d'une personne. Sur le plan professionnel, par exemple, on attribuera à une personne une autorité certaine si elle inspire, à travers sa compétence et sa moralité, la confiance qui permettra d'obtenir le meilleur de chacun et la bonne entente entre les différents individus du groupe.

La philosophe et psychologue Ariane BILHERAN, dans son ouvrage L'autorité, écrit : « D'après Benveniste, « augere » consiste avant tout à poser un acte créateur, fondateur, voire mythique, qui fait apparaître une chose pour la première fois. Bien évidemment, dans la même racine étymologique, l’auteur (auctor) est celui qui fonde une parole et s’en donne le garant. Ce terme était particulièrement employé pour les historiens, l’auteur étant la personne d’où émerge une crédibilité de parole concernant l’héritage et le passé ».

Elle définit alors l'autorité selon trois fonctions : la fonction d'engendrement , la fonction de conservation et la fonction de différenciation . Elle souligne que l'autorité s'inscrit dans un rapport au temps, à l'héritage, et qu'elle est vouée, dans son exercice, à disparaître : contrairement au pouvoir, à la domination, à la contrainte, l'autorité vise l'autonomie progressive de celui qui en bénéficie.

On peut distinguer plusieurs sources d'autorité parmi lesquelles :

Autorité de pouvoir qui provient des règlements . Elle concerne la justice, la police, l'État...

Autorité de fonction qui provient des structurations . Elle concerne l'entreprise, la famille, l'association...

Autorité de compétence qui provient des savoirs, savoir-faire et savoir-être d'une personne ou d'un organisme. Elle peut être reconnue à quiconque se situe dans une démarche personnelle et positive d'amélioration aux points de vue, attitudes, connaissances et compétences, ainsi qu'à quelque organisme ayant fait preuve de prise en compte des besoins de la situation et des personnes. On la qualifie parfois « d'autorité naturelle » ou « charismatique », bien qu'elle tienne des éléments cités.

Par ailleurs, Max WEBER affirme que l’autorité est nécessaire au pouvoir. Il montre que toute socialisation passe par une forme de domination, soit une adhésion proche de la soumission volontaire qui dépend des qualités que le dominé prête à celui qui le commande. Pour durer, en effet, l’autorité est dans l’obligation de faire naitre et de renforcer une croyance en sa légitimité. Ainsi, Max WEBER conçoit l’autorité comme la chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre la résistance des autres.

Dans cette perspective, la politique est l’ensemble des conduites humaines qui comportent une domination de l’homme par l’homme. De plus, Max WEBER affirme que la domination se rencontre dès lors qu’un individu commande avec succès d’autres, ce qui suppose à la fois la transmission d’un ordre et la rencontre d’une docilité, d’une volonté d’obéissance : « l’action de celui qui obéit se déroule, en substance, comme s’il avait fait du contenu de l’ordre la maxime de sa conduite, et cela simplement de par le rapport formel d’obéissance, sans considérer la valeur ou la non-valeur de l’ordre » .

Or, l’obéissance n’existe que parce que le donneur d’ordre bénéficie d’une légitimité. Donc, pour Max WEBER, toute domination, c’est-à-dire toute obéissance, s’explique de façon générale par une croyance au prestige du ou des gouvernants . In fine, l'autorité est le pouvoir de commander, d'être obéi. Elle implique les notions de légitimité, de commandement et d'obéissance, d'un autre pouvoir qui impose l'autorité. La forme de la légitimité peut varier selon les circonstances .

Maintenant, nous abordons le concept d’Etat postcolonial (3-).

3. Le concept d'Etat postcolonial

Il convient tout d'abord de préciser la notion d'Etat, puis celle d’Etat postcolonial camerounais. Par la suite, d’établir la corrélation entre l’Etat postcolonial camerounais et l’application du principe de « diviser pour mieux régner » héritée des traditions colonialistes occidentales.

a) Etat

« Etat » vient du latin « status », dérivé du verbe « stare » qui signifie au sens premier « se tenir debout », et au sens figuré « la position » . Le mot « Etat » apparait dans les langues européennes dans son acception moderne au tournant des 15ème et 16ème siècles. Au 17ème siècle, l’Etat désigne également la condition d’une personne, son « état civil ».

Selon Hannah ARENDT , le mot vient du latin « status rei publicae » (mot à mot, « état de la chose publique ») qui signifie « la forme de gouvernement ». L’Etat possède une triple signification : sociologique, organisationnelle et juridique.

Sur le plan sociologique, c’est alors une population vivant sur un territoire déterminé et soumis à un gouvernement. Cette définition rejoint celle de la première édition du dictionnaire de l’Académie francaise de 1696, qui définit l’Etat comme le « gouvernement d’un peuple vivant sous la domination d’un prince ou en république » , ou bien le pays lui- même, c’est-à-dire l’Etat entendu « pour le pays même qui est sous une telle domination » .

D’un point de vue organisationnel, c’est une forme d’organisation que la société utilise pour s’orienter et se gérer. L’Etat désigne également un ensemble de personnes qui acceptent de s’imposer un ordre sous certaines conditions.

Sur le plan juridique, « l’Etat peut être considéré comme l’ensemble des pouvoirs d’autorité et de contrainte collective que la nation possède sur les citoyens et les individus en vue de faire prévaloir ce qu’on appelle l’intérêt général, et avec une nuance éthique le bien public ou le bien commun » .

Sur le plan juridique et selon le droit international, un Etat souverain est vu comme délimité par des frontières territoriales établies, à l’intérieur desquelles ses lois s’appliquent à une population permanente, et comme constitué d’institutions par lesquelles il exerce une autorité et un pouvoir effectif. La légitimité de cette autorité devant en principe reposer – au moins pour les États se disant démocratiques – sur la souveraineté du peuple ou de la nation.

b) Etat postcolonial camerounais

Le terme « postcolonial » désigne un moment historique de rupture radicale avec les dominations impériales (l’accession à l’indépendance des pays colonisés par la Grande-Bretagne, notamment l’Inde en 1947, la France ou encore l’Espagne, la Hollande, le Portugal) .

Il vise un corpus produit par des auteurs qui théorisent ou non aussi leur création comme postcoloniales. Il s’agit alors de l’ensemble d’une production littéraire voire culturelle qui a en commun une langue héritée d’une histoire de domination coloniale et est composé d’œuvres (publiées avant ou après les indépendances) qui remettent en cause les présupposés coloniaux ; d’une littérature écrite (empreinte ou non de discours littéraire oral) dans sa propre langue ou une langue autre que celle héritée de la colonisation ou mêlant les deux langues (ou plusieurs langues) ; ou encore des œuvres émanant d’auteurs issus des empires coloniaux vivant dans les pays ex-colonisateurs ou d’auteurs issus de communautés issues des traites esclavagistes (Noirs, Créoles, Métis, etc.).

Partant de là, l’histoire politique du Cameroun montre que le Cameroun, comme tous les autres pays africains, a tout d’abord vécu entre peuples locaux, puis s’est intégré peu à peu au monde extérieur avec le commerce des esclaves.

Ainsi, Reinhardt KOSELLECK affirme « L’histoire est comme un champ d’expériences passées » . Car l’historien envisage la colonisation à ses différentes époques en fonction de la métropole. Il permet de saisir les changements survenus dans les relations existant entre cette dernière et les territoires dépendants, et il montre comment l’isolement des peuples colonisés fut brisé par le jeu d’une histoire sur laquelle ils n’avaient guère de prise.

Il décrit les systèmes administratifs et économiques qui ont assuré la « paix coloniale » et qui ont recherché la rentabilité de l’entreprise coloniale . Par la suite, les contacts fréquents vis-à-vis du monde occidental vont conduire au processus de conquête, d’annexion du Cameroun, par plusieurs puissances étrangères dont la France, l’Angleterre et l’Allemagne entre autres.

Il en résulte que le Cameroun est officiellement un pays bilingue, anglais-français, ce qui, répétons-le, constitue un exemple unique sur le continent africain.

Un pays bilingue est en bonne logique un pays au sein duquel deux langues sont parlées et comprises, au moins par l’élite de cet Etat, sur toute l’étendue du territoire et où la population est capable d’assimiler et de vivre dans le même temps deux cultures différentes . Nous sommes une mosaïque d’ethnies.

Sur le plan social, Karl MARX et LÉNINE pensent qu’une classe politique se compose, en effet, d’hommes subissant des conditions matérielles analogues et ayant conscience de la similitude de leurs situations . Or, le sentiment de conscience de classe n’est pas ressenti par la population camerounaise. De fait, celle-ci conçoit encore les problèmes qui se posent à elle en termes d’appartenance ethnique.

C’est ainsi que l’ouvrier Bamiléké se sentira plus solidaire du patron Bamiléké que d’un ouvrier Ewondo ayant les mêmes conditions matérielles de vie que lui. En outre, l’intensité du sentiment de solidarité familiale, est un obstacle à l’éclosion d’antagonismes sociaux. A l’image de la famille africaine, la famille camerounaise est foncièrement anti-individualiste. Ses membres se doivent une aide et une protection mutuelles. Le cousin, même éloigné, réduit au chômage, sera secouru par la collectivité familiale, dans le même temps que l’étudiant boursier devra venir en aide à ses parents frères ou ses sœurs dans le besoin .

Le Cameroun est ainsi à l’image de l’Afrique officielle, laquelle, nous dit un spécialiste, « est souvent une Afrique honteuse, attachée à se renier, à cacher ses problèmes, à les minimiser, à les déformer… Le fait ethnique est traité comme une donnée, « dépassée », morte, une curiosité tout au plus exotique, folklorique, à usage d’amateurs d’antiquités et souvent comme une tare, une menace, une tâche. On se refuse à considérer qu’il évolue, se transforme, acquiert des traits nouveaux et constitue un fait contemporain, au même titre que toute autre donnée sociale et culturelle actuelle » .

La prééminence du facteur ethnique sur le facteur idéologique apparait clairement dans la vie politique camerounaise au stade de l’engagement politique des citoyens . Compte tenu de cet élément sociologique fondamental qu’est le tribalisme, un homme politique doit, pour atteindre ses fins, avoir de solides attaches locales…Lorsque le régime était pluraliste , la règle impérative pour tout politicien, consistait à utiliser les structures traditionnelles locales pour servir ses ambitions personnelles .

c) Corrélation entre l’« Etat postcolonial » camerounais et le principe de « diviser pour mieux régner ».

« Le meilleur moyen d’avoir les mains libres pour gouverner, c’est de semer la discorde parmi ses opposants ». Ce proverbe latin, souvent attribué au Sénat romain, s’applique merveilleusement à l’administration coloniale allemande .

En politique et en sociologie, « diviser pour régner » est une stratégie visant à semer la discorde et à opposer les éléments d’un tout pour les affaiblir et à user de son pouvoir pour les influencer. Cela permet de réduire des concentrations de pouvoir en éléments qui ont moins de puissance que celui qui met en œuvre la stratégie, et permet de régner sur une population alors que cette dernière, si elle était unie, aurait les moyens de faire tomber le pouvoir en question .

La maxime « divide et impera » fut attribuée à Philippe II DE MACÉDOINE . En Asie par exemple, l’administration coloniale française a opposé la population cambodgienne à la population annamite et elle a tourné les Annamites contre les Chinois . De même, en Inde britannique, à la suite de la révolte des Cipayes où musulmans et hindous se sont alliés contre les Britanniques, le pouvoir colonial britannique a attisé la haine de chaque communauté religieuse pour l’autre et instrumentalisé tout conflit religieux.

Lors de leur règne, les Britanniques prirent le parti de la Ligue musulmane contre le Parti du Congrès. Cela eut comme conséquence la partition de la colonie en Inde et en Pakistan .

Dans le cadre de l’administration coloniale allemande en terre camerounaise, cela se manifesta surtout au sein de l’ethnie Duala où l’antagonisme entre le King BELL et le King AKWA fut exploité par l’autorité coloniale pour consolider sa propre position. Le jeune Alfred BELL, neveu de King BELL, envoyé en formation en Allemagne, a très bien perçu que l’intention du colonisateur consistait à semer la dissension entre les Duala et particulièrement entre ses chefs pour mieux se profiler.

En effet, dans une lettre du 26 septembre 1888 adressée à son ami NDUMBE EYUNDI, Alfred BELL déclarait que la division des Duala ne profitait qu’en définitive qu’au pouvoir colonial : « …Oui NDUMBE, moi-même je trouve pourquoi cet idiot de gouverneur n’amène pas les Duala à s’entendre ; il sait que si NDOUMBE (King BELL) et DIKA (King AKWA) vivaient en paix, les Allemands n’auraient pas la possibilité de s’imposer, c’est pourquoi il ne se donne aucune peine pour amener le pays à la paix… » .

Par ailleurs, SUN TZU dans son ouvrage « L’art de la guerre » explique : « Celui qui était passé maître dans l’art de la conquête déjouait les plans de son ennemi, dont il disloquait les alliances. Il creusait des fossés entre souverain et ministre, entre supérieurs et inférieurs, entre chefs et subordonnés. Ses espions et ses agents s’activaient partout, recueillant des informations, semant la discorde et fomentant la subversion. L’ennemi était isolé et démoralisé, sa volonté de résistance brisée. Ainsi, sans combat, son armée était conquise, ses villes prises et son gouvernement renversé… » .

Nous pouvons avancer l’hypothèse de l’utilisation des agents secrets qui fournissaient des informations à chaque camp. SUN TZU renchérit à ce sujet : « Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles » . En d’autres termes, pour ce dernier, « tout l’art de la guerre est basé sur la duperie » .

A partir du principe « diviser pour mieux régner », les autorités allemandes ne peuvent apprécier l’œuvre linguistique de NJOYA en ce sens qu’elle heurte les intérêts linguistiques allemands. Surpris par une telle prouesse intellectuelle et artistique, les colons allemands trouvent une autre solution qui consiste, à défaut de détruire ce chef-d’œuvre culturel, à transférer les meilleures valeurs culturelles de NJOYA à Berlin.

Sous le fallacieux prétexte d’échanges de dons, les plus précieux trésors Bamoun se retrouvent au musée de Berlin comme l’avoue ici le gouverneur SEITZ : « Ces objets ont une valeur inestimable. C’est pourquoi j’ai tenté de le protéger pour le musée de Berlin, immédiatement, par l’intermédiaire du Capitaine RAMSAY de l’existence du fauteuil royal après avoir pris connaissance que le Capitaine CLAUNING était chargé des négociations. Le 27 février 1908, j’ai eu l’honneur d’exposer nos récentes acquisitions à Sa Majesté l’Empereur notamment l’écriture inventée, en lui annonçant que la petite banquette arrière serait ajoutée au siège royal, dès que ce chef intelligent et fidèle voudra reconnaître le soutien militaire que nous lui avons apporté ».

Contre les Français qui voulaient détruire son autorité et s’en prendre directement au peuple Bamoun, il s’est redressé fièrement pour faire face à cette adversité. Les autorités françaises n’eurent pour seul recours que de la contraindre à l’exil. Ce fut l’occasion pour le peuple Bamoun de faire la preuve de son amour pour son souverain et n’eut été la volonté de ce dernier de ne plus voir le sang de son peuple verser pour lui, celui-ci aurait pris des armes pour empêcher cet exil. Ce peuple le suit même dans son exil à Yaoundé, amenant son « geôlier » présumé à le considérer plus en souverain en visite à Yaoundé qu’en un exilé dans cette ville.

Le Roi NJOYA a été soumis à une triple domination extérieure : allemande, anglaise et française. Comme un roseau, il a su plier quand l’adversité était forte et rester fièrement debout jusqu’à rompre pour l’intérêt de son peuple qui était menacé. Par cette attitude, il a su tenir à distance Allemands et Anglais protégeant de ce fait le peuple Bamoun contre certaines rigueurs coloniales.

En définitive, nous pouvons dire que l’administration coloniale allemande a fait usage de deux stratégies de guerre c’est-à-dire à la fois « active » et « passive » au détriment des peuples autochtones. Mais dans une certaine mesure, elle a permis au peuple Bamoun de récupérer le crâne du Roi NSANGOU au cours de l’expédition punitive contre les Nsoh.

De plus, dans l’Etat postcolonial camerounais, le fait ethnique subsiste de manière latente. C’est ce que le Président AHIDJO devait souligner, pas plus tard que le 11 mars 1969, lors d’un important discours prononcé à Garoua : « Il ne faut pas se dissimuler : si chacun de nous se reconnait camerounais, les collectivités tribales conservent néanmoins – et cela malgré l’affaiblissement constant de leurs structures – une réalité effective et spirituelle qui s’exprime à travers ce que nous appelons tribalisme. C’est que, dans le cœur de beaucoup d’entre nous, ces collectivités suscitent toujours des résonnances émotionnelles qui ne trouvent pas encore leur contrepartie dans la Nation camerounaise. Les résonnances se nourrissent de valeurs traditionnelles, lesquelles offrent à l’individu une plus grande sécurité en donnant à la solidarité dans le cadre de ces collectivités une réalité psychologique plus concrète par la communion spirituelle qu’elles évoquent. Ainsi, les collectivités tribales, si elles ont perdu leur raison d’être au profit de l’entité camerounaise, continuent d’être ressenties comme véritables patries » .

Plus généralement, la création d’institutions administratives modernes à l’échelon local a enlevé aux chefs leur qualité de représentants naturels des populations. La confusion du pouvoir traditionnel et du pouvoir administratif au profit d’un seul individu a entrainé une transformation indirecte des institutions coutumières, lesquelles ont été en quelque sorte désacralisées. Pourtant, en dépit de cette évolution, la plupart des chefs traditionnels ont accepté avec empressement leurs nouvelles fonctions administratives. Se sentant obligés de se soumettre ou se démettre, ils ont encore préféré adopter la première solution ; en échange d’ailleurs des services qu’ils rendent sur le plan administratif, les chefs traditionnels reçoivent des émoluments qui peuvent être très élevés, par rapport à ceux que touchent leurs administrés. Un chef touche rarement moins de 70.000 F CFA par mois, c’est-à-dire environ autant que le revenu d’un planteur de cacao pendant une année entière. A cette rémunération, peuvent s’ajouter en outre des revenus propres supplémentaires .

En conséquence, l’emprise sociologique des chefs traditionnels est donc encore grande ; elle l’est d’autant plus que leurs fonctions de maires ou de conseillers municipaux peuvent parfois leur servir de tremplin politique. Un membre de la famille royale Bamoun, AROUNA NJOYA a été ainsi successivement avant l’indépendance, député à l’Assemblée législative du temps de la loi-cadre, avant d’accéder au gouvernement de M. AHIDJO. Compte tenu de leur situation sociale, de leur importance administrative et politique et des intérêts particuliers qui sont les leurs, les chefs coutumiers appartiennent bien à la classe politique .

Dans les grands centres urbains (Douala, Yaoundé), il a été établi des commandements coutumiers allogènes et des chefs de quartiers. Le phénomène connut naguère une véritable ampleur dans la ville de Douala où il y eut un chef des « Béti », un chef des « Haoussa », un chef des « Bamiléké ». Durant le régime de la fédération, l’Etat du Cameroun occidental conserva une « assemblée de chefs traditionnels » composée d’un président nommé par le Premier Ministre et d’au moins 18 membres choisis par les notabilités. Cette assemblée de chefs traditionnels faisait partie intégrante du pouvoir législatif chargé de légiférer pour assurer la paix, l’ordre public et le bon gouvernement de l’Etat . C’était là une vieille survivance de l’« indirect rule » coloniale britannique.

Ces chefferies traditionnelles camerounaises ne sont pas restées des institutions figées. Progressivement, elles ont été amenées à jouer un rôle social accru : devenant des vecteurs d’un patriotisme nouveau. Le statut du 15 juillet 1977 (Loi N°77/245) a parachevé cette intégration. Trois catégories de chefferies hiérarchisées sont créées :

-La chefferie du 1er degré
-La chefferie du 2ème degré
-La chefferie du 3ème degré .

C PRÉSENTATION DES POUVOIRS POLITIQUES TRADITIONNELS DUALA ET BAMOUN

Nous présenterons tour à tour les pouvoirs politiques traditionnels Duala (1-) et Bamoun (2-).

1. Les chefferies Duala comme cas d’analyse

La connaissance du groupe Duala, à cette époque, a été rendue possible par des écrits de G.A. ROBERTON, de Roland JACKSON, et de Beecroft HUTCHINSON, missionnaires protestants, MERRICK, SAKER, FULLER et bien d’autres. Grâce à eux, on sait que les Duala appartiennent au groupe Bantou dont l’ancêtre était MBEDI.

Deux lignées se forment par la suite après MBEDI. Il y eut la lignée de King BELL, constituée des clans de Bonapriso, Bonabéri, Bonanjo ; puis la lignée de King AKWA, avec les clans de Bonabela et de Bonaku . Les Anglais découvrent les Duala avec leur tête deux (02) chefs : King BELL et King AKWA. C’est donc autour de ces deux (02) familles que gravite l’histoire de Douala au 19ème siècle jusqu’à l’implantation de la colonisation.

La vie de cette société traditionnelle est basée sur la famille qui est ici très large et la polygamie joue encore un grand rôle. Ces populations vivent dans l’ensemble, de la pêche et entrent dans le nouveau système du commerce avec l’intérieur du pays . Avant de signer le contrat avec les Allemands, les rois et leurs suites se réunissent à l’exclusion de tout Européen et préparent un protocole d’accord, qu’ils soumettront à la signature du Consul allemand Emil SCHULZE, préalable pour la signature de tout traité.

Dans le protocole d’accord, les Allemands doivent attester qu’ils ne toucheront pas au monopole commercial des Camerounais, ni à leurs terrains, qu’ils ne bousculeront pas leurs traditions et enfin que les Camerounais n’ont pas besoin de protection, mais qu’ils souhaitent plutôt une annexion pour bénéficier des bienfaits de la civilisation et de la technique allemandes, en contrepartie d’un transfert de souveraineté. Emil SCHULZE signera ce protocole d’accord le 12 juillet 1884 .

Par la suite, nous ferons une présentation du Royaume Bamoun ?

2. Le royaume Bamoun comme cas d’analyse

Le Royaume Bamoun, situé dans les montagnes de l’Ouest du Cameroun, a forgé son unité au cours des sept siècles d’existence du royaume depuis la fin du 14ème siècle. Le Roi des Bamoun est de la dynastie de NCHARE YEN, venue de Rifum .

Les croyances religieuses en vigueur dans cette région sont aujourd’hui l’islam, venu du nord, et le christianisme, venu du sud. Avec une superficie de 7700 km² environ et 820.000 habitants , la région du Bamoun couvre plus de la moitié de l’actuelle région de l’Ouest.

Le royaume est constitué d’un haut plateau à l’ouest, surmonté de trois massifs alignés – Mbapit , Nkogham et Mbam – et d’une plaine encaissée au pied de la falaise à l’Est de Foumban ; cette plaine longe la rive du Mbam jusqu’au point de confluence avec le Noun près de Bafia.

Le pays est limitrophe du Royaume de La’djo et en est séparé par le Noun . L’actuel territoire des Bamoun a été unifié par les Tikar en plusieurs étapes. On suppose que vers la fin du 14ème siècle, 200 à 300 personnes ont franchi le fleuve Noun à la suite du Prince NCHARE qui soumit sept principautés avant de s’établir dans un premier temps à Djimom.

L’Etat Bamoun y est proclamé et Djimom devient la première capitale du royaume. Le pacte fondamental stipule que : « L’Etat Bamoun est né et NCHARE en est le roi. Il désignera librement son héritier parmi ses fils ». Les sept compagnons « Kom », cosignataires, sont les conseillers intronisateurs du roi, chargés de garder la loi fondamentale en l’état et de veiller à son application. Leur fonction est héréditaire et ils sont autonomes. De Djimom, NCHARE soumet une dizaine d’autres ethnies et établit sa nouvelle capitale à Foumban après avoir vaincu les « Ba’Mben » qu’il réinstalle dans un quartier de la ville.

L’étymologie du mot Foumban vient de deux mots de la linguistique Bamoun à savoir : le mot « Fen » qui signifie « ruine » et le terme « Mbe » qui veut dire « peuple qui vient d’être ruiné », transformé par les Allemands, pour une meilleure linguistique, en « Foumban ». Le peuple « Mbe », est donc le premier peuple que NCHARE YEN a soumis.

De plus, le terme « Bamoun » veut dire « les gens qui marmonnent les mots » ou « Pa Mon » à l’origine, donné par les autochtones de Foumban, appelés « Njimon » . En 1902, les Bamoun, voulurent prendre les armes contre les premiers visiteurs allemands ; NJOYA, conscient de la faiblesse des siens face aux Européens, les obligea à les accueillir pacifiquement et évita un bain de sang.

Le souverain conçut une politique dans laquelle il se donna le rôle d’intermédiaire indispensable entre les autorités coloniales et son peuple : « Si les tirailleurs, arrivent au marché et qu’ils prennent quelque chose, ou qu’ils frappent, ne vous (Bamoun) fâchez pas – leur dit-il, laissez-moi l’affaire des Blancs » . Il put, par la suite, tirer profit de ce premier contact chaleureux : c’est ainsi qu’il récupéra, lors du conflit Germano-Bansoh de 1906, le crâne de son père, le Roi NSANGOU.

A la suite de cette clarification conceptuelle, nous passons en revue la délimitation du sujet ou le bornage de l’étude sur l’objet de recherche.

D DÉLIMITATION DU SUJET OU BORNAGE DE L’ÉTUDE

Il est question dans la délimitation de tracer le périmètre du sujet, de définir ses contours. Plus précisément, il s’agit d’inscrire le sujet dans son triangle spatio- temporel et scientifique. Délimiter le champ de recherche « c’est le fait de calibrer le travail afin de ne pas courir le risque d’être critique pour négligence » . Ainsi, il nous revient de délimiter notre travail dans le temps et dans l’espace (1-), et de l’autre, de le circonscrire dans le domaine du vaste champ de la science politique (2-).

1. Cadre spatio-temporel de l’étude

Terminus à quo

Dans la délimitation temporelle, notre étude se situe entre 1884 et 1916. En effet, l'année 1884 représente le début du protectorat allemand sur le Cameroun. Quant à l’année 1916, il représente les prémices du déclin de l’Allemagne et la perte progressive de ses colonies.

Le 24 avril 1884, soutenu par l'opinion publique, BISMARCK proclame la souveraineté allemande sur la baie d'Angra Pequena, sur la côte de l'actuelle Namibie. Les ethnies locales, Hereros et Hottentots, seront soumises par la force. D'avril à novembre, des explorateurs mandatés par Berlin proclament la souveraineté de l'Allemagne sur le Sud-Ouest africain, le Togo, le Cameroun et l'Afrique orientale. Le 5, 11 et 12 juillet 1884 représentent l'établissement du protectorat allemand au Togo et sur la cote du Cameroun. L'explorateur NACHTIGAL fait signer aux chefs locaux des traités de protectorat. Enfin, le 15 novembre 1884 a eu lieu la Conférence de Berlin qui réunit 14 pays et s’acheva le 23 février 1885. Et le mois de février 1916 marque la date de départ de l’Allemagne du Cameroun.

Cette conférence fut essentiellement consacrée aux questions africaines . Elle réglementa, entre autres, la colonisation sur le continent entre les différentes puissances européennes, ainsi que la rivalité franco-belge au Congo.

Parmi les mesures prises, nous avons la Conférence de Berlin :

1. Prenait acte de l’existence de l’État indépendant du Congo, avec comme souverain le roi des Belges, Léopold II ;
2. Posait les principes qui devraient être respectés à l’avenir pour la prise de possession de nouveaux territoires : tout État assurant la prise de possession devrait adresser une notification aux autres Puissances et effectuer une occupation réelle ;
3. Établissait la liberté du commerce dans toute la zone que l’on appelait le « Bassin conventionnel du Congo » et qui comprenait le littoral atlantique depuis l’embouchure de la Lobé jusqu’à la rive sud de l’Ogooué, et, du côté de l’Océan Indien, toute la zone comprise entre le Zambèze au sud et la frontière méridionale de l’Éthiopie, au nord .

Le Chancelier BISMARCK réussira, donc, à faire reconnaitre et ratifier par la Conférence les acquisitions réalisées par Gustave NACHTIGAL et de favoriser l’entrée de l’Allemagne en Afrique avec l’assentiment des autres puissances. Par ailleurs, l'année 1916 représente les prémices du déclin de l'Allemagne et de la perte progressive de ses colonies.

Tout d’abord, le Cameroun devient un front secondaire du conflit d’août 1914, alors que la guerre de mouvement en Europe vient juste de commencer. Les Camerounais y participent aux côtés des Allemands et affrontent les puissances coloniales française, britannique et belge.

Si peu de combats ont lieu à Douala proprement dit, la principale ville portuaire et ancienne capitale du Kamerun allemand , sert tout au long du conflit de base arrière aux Alliés qui y établissent leur commandement et préparent leurs offensives sur les différents fronts. Puis, le 1er janvier 1916 au Cameroun, les troupes alliées entrent à Yaoundé, évacuée par les Allemands. Le 15 février 1916, les troupes allemandes du Kamerun se réfugient en territoire espagnol, au Rio Muni. A cette nouvelle, la ville de Mora, qui résiste au nord, se rend le 18 février 1916. Le Cameroun est occupé par les Alliés après une longue résistance de plus de 16 mois.

Enfin, le 04 mars 1916, les Français et les Britanniques se partagent la Colonie allemande du Kamerun. Cette situation se matérialisera avec la fin de la Première Guerre Mondiale, la défaite de l'Allemagne en 1918 et la signature du Traité de Versailles en 1919.

Cet espace temporel nous servira de baromètre pour l'analyse de l'histoire politique du Cameroun depuis 1884, sous le prisme des rapports entre l’administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques Duala et Bamoun.

Terminus ad quem

En ce qui concerne les limites spatiales, il faut savoir qu'entre 1884 et 1916, le Cameroun était sous domination allemande. Après avoir échoué dans leurs tentatives de demande de protectorat anglais, les chefs Duala se tournent vers les Allemands qui en la personne de Gustave NACHTIGAL, va négocier la mise sous protectorat allemande du Cameroun. Cela va aboutir à la signature du traité Germano-Duala le 12 juillet 1884 et qui marqua la naissance internationale du Cameroun moderne. En 1901, l'Espagne accorda par ailleurs à l'Empire allemand un droit de préemption sur l'ile de Fernando-Po, située dans la baie de Douala. Le Cameroun, dont le territoire est recouvert par d’importants forts, produira essentiellement du caoutchouc, de l'huile, des noix de palme et du cacao auxquels viendra s'ajouter l'ivoire, objet d'un vaste trafic en Afrique centrale.

L'Allemagne y maintint par ailleurs ses plus importants effectifs militaires dans cette partie de son empire, en raison notamment de sa position stratégique vis-à-vis des débouchés commerciaux des régions centre-africaines. Il commandait en effet l'accès aux possessions françaises, du Moyen-Congo, de l'Oubangui-Chari et du Tchad et enfin, du Congo Belge.

2. Cadre matériel de l’étude

C’est l’opération qui permet de cerner le champ matériel d’investigation et qui peut s’entendre comme « l’espace conceptuel et notionnel du sujet » . C’est l’ensemble des matières qui intéressent le sujet. A cet effet, il y a lieu de dire que cette présente étude a un caractère transversal, car elle convoque les champs de l’anthropologie politique et de la sociologie politique. Selon Madeleine GRAWITZ, la sociologie politique serait le « produit d’une hybridation lorsque la sociologie et la science politique seront à égalité » .

La colonisation a partout installé les conditions d’un affaiblissement de peuples conquis ou rebelles et de la disparition de leur culture. Les colons sont confrontés à la difficulté d’imposer leur présence sur les terres nouvelles dont les richesses sont convoitées.

Ainsi, leurs bonnes intentions, dites civilisatrices, échouent et les colons sont rapidement amenés à affronter les peuples autochtones. Lorsqu’une escalade dans la violence et la haine se produit, l’exploitation des autochtones, leur déportation, leur massacre, peuvent parfois préfigurer ou aboutir à des exterminations intentionnelles. En Namibie, connue autrefois sous le nom de Sud-Ouest Africain, eut lieu ce qu’on nomme communément le massacre des Hereros. Les Hereros sont déportés par la puissance colonisatrice allemande qui y établit les premiers camps de concentration.

Ainsi, Lothar VON TROTHA écrit que « le peuple Herero doit quitter le pays sinon, je le délogerai avec le « groot Rohr » (grand canon). D’une population initiale de 90.000 Hereros, le recensement de 1911 en décompte 15.000. Les Namas, peuple allié aux Hereros contre la puissance allemande, passent de 20.000 à 10.000. Au-delà de l’esclavage, la pacification, la répression des révoltés et le travail forcé ont fait régresser les populations sur le plan démographique ».

Dans ce contexte, les pouvoirs politiques traditionnels participent à la pérennisation des traditions et coutumes face aux bouleversements de la colonisation et de l’Etat moderne africain. Ils ont un impact considérable dans le jeu politique local et national.

E REVUE CRITIQUE DE LA LITTÉRATURE

Encore appelée « histoire du problème », « fondement théorique de la recherche », « analyse de source », ou « recension critique des études et travaux antérieurs », la revue de littérature est une phase au cours de laquelle l’on fait le point et l’état actuel des connaissances sur le sujet choisi par le chercheur .

Il s’agit ici de recenser les travaux publiés non pas dans l’optique d’une « gloutonnerie livresque » , mais dans une perspective de disposer des informations sur les études théoriques et méthodologiques qui se situent dans le champ de la problématique construite par le chercheur.

Comme l’affirmait Pierre N’DA, la revue de littérature a donc l’avantage de permettre au chercheur d’apprécier toutes les publications, de mieux percevoir son propre sujet et d’en avoir une vision d ‘ensemble plus nette. Le but ici est de découvrir les aspects qui ont déjà été abordés et les aspects négligés ou tout simplement ignorés .

Aussi, le rôle est de dégager d’une part, les thèmes majeurs identifiés chez les auteurs et d’autre part, de relier ces thèmes aux différentes dimensions de la question de recherche et à son contenu, global . En d’autres termes, la revue de littérature renvoie une sorte d’évaluation, qui permet de faire le point sur ce qui a été dit, ou écrit sur le sujet.

Si les relations entre l'administration allemande et les pouvoirs politiques Duala et Bamoun durant la période de 1884 à 1916 ont aiguisé notre curiosité scientifique, c'est avant tout parce qu'elles soulèvent depuis des années un débat vif entre les acteurs de la société civile et qui se révèle très complexe. Dans pareil contexte où la passion semble prendre le pas sur la raison, toute tentative de trouver une réponse scientifique à cette question parait biaisée dès le départ.

Mais au-delà de la passion, des chercheurs d'obédiences disciplinaires diverses, se sont penchés aussi sur cette question en essayant de dépasser les passions qui peuvent conduire à des conclusions hâtives et triviales afin d’aboutir à une explication scientifique.

Sont-ils parvenus véritablement à s'émanciper de ces idées préconçues ou des caractéristiques de leurs personnalités propres ? Il est difficile de répondre par l'affirmative au regard de ces études réalisées par des chercheurs qui n'ont pas posé le problème de la même manière et qui ne sont pas toujours parvenus à des résultats identiques.

En revanche, ce qu'il est possible d'affirmer ici, c'est qu'il n'y a pas d'unanimité entre ces derniers sur les répercussions de la colonisation allemande sur les pouvoirs politiques Duala et Bamoun de 1884 à 1916.

Pour l'essentiel, deux thèses semblent s'opposer sur cette question : si certains auteurs pensent que l'administration allemande a eu des répercussions positives sur les sociétés traditionnelles Duala et Bamoun en particulier, et sur la société camerounaise en général ; d'autres, par contre, pensent que l'on doit situer la colonisation allemande au même titre que les autres conquêtes des autres puissances européennes telles que la France, l'Angleterre, etc.

1. La thèse des répercussions positives de la colonisation allemande

Pour les tenants de la première thèse, l'administration allemande s'est illustrée par des œuvres significatives et majeures dont les traces sont encore visibles de nos jours : Birgit PAPE-THOMA évoque tout d'abord le fait que la carte du Cameroun est bien de manière générale issue de tracés allemands. Par ailleurs, selon Patrice NGANANG, au Cameroun tout comme au Togo, l'Allemagne a pour réputation, « de soutenir les gens de bonne volonté qui veulent que le Cameroun devienne vraiment ce qu'il peut être » .

Le travail de la Fondation FRIEDRICH EBERT démontre à suffisance cet état d'esprit, surtout durant les années de braise pendant la décennie 1990. C'est pourquoi certains Togolais ainsi que des Camerounais « se vantent » d'avoir hérité des soi-disant vertus allemandes comme la discipline ou l'assurance.

Ce qui est à relativiser pour Patrice NGANANG qui parle plutôt d'une volonté de remettre la France à la place relative qui a été sienne dans l'histoire camerounaise que d'une glorification de la colonisation allemande .

Des espaces en Allemagne ont été également baptisés au nom de ses anciennes colonies au début du XXème siècle pour commémorer l’apogée de l’Empire allemand alors composé du sud-ouest africain , de l’Afrique orientale allemande du Togo et du Cameroun. Nous notons par exemple l’existence de la « rue du Kamerun » dans le quartier Wedding ou encore la rue du Togo, la rue du Windhoek, ou encore la rue du Zanzibar .

La langue allemande est toujours enseignée dans les lycées et collèges camerounais, et les centres culturels GOETHE sont présents sur tout le territoire. Les étudiants sont attirés par l’Allemagne par son expertise dans les « sciences dures » : l’électromécanique, les mathématiques, la technologie. Le savoir-faire allemand est considéré comme plus fiable, plus robuste . Alain FINKIELKRAUT qui aborde dans le même sens, écrit ce qui suit : « On enseigne aujourd'hui dans les écoles l'histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n'enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages » ...

En d’autres termes, la colonisation a permis l’émergence d’une élite et la scolarisation des peuples. En plus, au niveau sanitaire, on note un recul marquant du paludisme, de la malaria et de nombreuses maladies tropicales.

La médecine et l’accès aux soins ne sont plus considérés comme un luxe, mais, certains auteurs avancent que les initiatives de santé publique avaient pour but d’enrayer la décroissance démographique et de conserver de ce fait un réservoir de main d’œuvre.

Ainsi, il est peut-être important de rappeler, par exemple, que dans l'affaire BAKASSI qui a opposé le Cameroun et le Nigéria à la CIJ , l'État camerounais a dépoussiéré, entre autres, un vieux traité de 1913 datant de l'époque allemande, pour faire valoir ce territoire riche en pétrole comme faisant partie du territoire camerounais .

Sur place au Cameroun, la propagande allemande, dans la partie aussi bien française que britannique, fut placée sous la haute direction du « Deutscher Kolonial Dienst » dont le siège était à Nuremberg.

Il existait au Cameroun en 1936 un « Landesgruppe », c’est-à-dire le Groupe des représentants du Land, qui comprenait deux directions : une direction politique s’occupant de la propagande, des mouvements et de la situation individuelle des Allemands résidents . Selon le bulletin de renseignements N°1 du Commandement des forces de police du Cameroun daté du 03 septembre 1936 à Yaoundé, la direction politique aurait été assurée par le chef de l’entreprise « Dekage » à Douala . Quant à la direction de la propagande, elle aurait été confiée à un Allemand résidant au Cameroun dont le nom était connu des autorités françaises, il s’agit de Théo BLEICH, propriétaire de la plantation de bananes de Likomba, une localité située entre Buéa et Tiko, la « Kamerun Bannen Gesellschaft » . BLEICH était assisté de deux adjoints également directeurs de plantations et résidant au Cameroun britannique.

La liaison entre l’ancienne métropole et le Cameroun s’effectuait par des bateaux allemands qui avaient tous à leur bord un « politischer Letter », autrement dit, un guide politique. Il existait également au Cameroun une association connue sous le nom de « Kamerun Eingeborenen Deutsch Gesinnten Verein » .

Selon le bulletin de renseignements de septembre 1936, cette association ne semblait pas jouir d’un grand crédit auprès des indigènes, mais le Gouverneur BONNECARRERE n’était pas de cet avis, lui qui, dans un rapport au Ministre des Colonies, s’inquiétait dès 1933 de l’ampleur prise par les activités de la « Native Church » et signalait la découverte d’un foyer d’agitation dans le sud de la circonscription de Nkongsamba, en région Pongo .

Or, l’association germanophile avait de nombreux amis dans la mission de la « Native Baptist Church » dont les adeptes avaient pour profession d’assurer, moyennant un salaire assez conséquent, le chargement des bateaux bananiers allemands . Avant de quitter le Cameroun à cause de la Première Guerre Mondiale, les pasteurs allemands avaient confié la direction de leur église à leur homologue camerounais Lotin SAME . Lotin SAME s’entoura d’un état-major de choc comprenant des pasteurs, des chefs supérieurs, des employés de maisons de commerce et des notables influents tels que NDOUE et EBELLE, deux Duala qui avaient été condamnés à 18 mois de prison ferme et à deux ans d’interdiction de séjour pour avoir notamment prophétisé le retour des Allemands au Cameroun . Les évènements évoluant rapidement, Lotin SAME et ses partisans s’organisèrent davantage au cours de plusieurs réunions clandestines ; les participants à ces réunions recevaient de la part des encadreurs allemands des instructions et indications sur la manière dont la propagande anti-française allait être conduite ; l’assistance était aussi tenue au courant de l’évolution de la situation de crise en Europe ; des lettres en provenance d’Allemagne étaient lues à leur intention ; en retour, des membres du groupe adressaient des correspondances à HITLER …

Le mouvement de Lotin SAME connut une intense activité pendant la période de grande crise en Europe et que l’administration coloniale française finit par croiser les bras, non sans avoir auparavant essayé de l’étouffer par diverses mesures : affectation loin de Douala de fonctionnaires sympathisants du mouvement, instructions données aux chefs des circonscriptions de Nkongsamba et de Yabassi voisines d’interdire l’accès de leur territoire à Lotin SAME et son principal lieutenant Jonnie EKWE, qui seuls pouvaient accorder le sacrement à leurs adeptes, peines de prison prononcées contre certains partisans les plus en vue comme EBOLO BILE, assesseur à la Chambre d’homologation depuis de nombreuses années et qui, à ce titre, jouissait d’une influence indéniable dans les milieux Duala ; celui-ci fut accusé de diffamation à l’égard d’un notable Duala de religion protestante et de porter atteinte à l’ordre public.

Simultanément, l’administration travailla à monter une partie des Duala contre Lotin SAME ; c’est ainsi qu’une délégation « importante » de notables conduits par leurs chefs alla voir le gouverneur pour réclamer la fermeture d’un des quatre temples de la « Native Church » à Douala dans l’intérêt de la « tranquillité », car ce lieu était devenu un « foyer d’agitation politique » . Autre groupe germanophile, le K.F.D.G.V. était aussi connu sous le nom de Société des amis de l’instruction. Tous ses adhérents étaient tenus de prêter serment de fidélité à l’étranger .

La répression de l’administration française s’abattit sur le mouvement ; deux procès furent intentés contre certains de ses membres , l’un en 1934 et l’autre en 1941 ; à l’issue du procès de 1941, le chef et principal animateur du groupe, dont le nom nous est inconnu, fut condamné à mort et ses principaux lieutenants, AKWAN et BASSI, condamnés chacun à dix ans de travaux forcés .

La gravité des peines infligées s’explique ici par l’évolution de la situation politique au Cameroun depuis l’entrée en guerre. Les mouvements organisés n’étaient pas seuls à militer en faveur du retour des Allemands. Les Camerounais formés à l’école allemande, qui avaient joui d’un certain nombre de privilèges et les avaient perdus avec l’arrivée des Français, partageaient le même sentiment. La troisième catégorie de germanophiles comprenait ainsi des chefs indigènes, des anciens combattants, des anciens gardiens de plantations et des anciens domestiques, tous de la période de colonisation allemande.

Il faut y ajouter ceux des Camerounais qui haïssaient la France simplement à cause des mauvais traitements que ses représentants leur faisaient subir . Il n’était pas rare de voir certains éléments de cette catégorie, à l’instar de Jean NYAP, chef du groupement de Ndogbessol écrire directement au Chancelier HITLER .

On peut donc reconnaitre le fort impact dont est crédité encore aujourd’hui le système de protectorat allemand sur les populations camerounaises. Même les colons français reconnurent, l’efficacité du système colonial allemand, non sans nuances : « Nous ne pouvons tenir pour nuls les résultats de l’activité allemande au Cameroun… Dans l’ordre pratique, nous avons bénéficié de tout ce qui a été fait pour l’ouverture du pays, l’apprivoisement de l’indigène, la formation des auxiliaires » .

Cet aspect de la colonisation allemande ne sera cependant pas mis à l’actif des dirigeants du Protectorat, ce qui explique l’oubli dans lequel on tint quelques hauts fonctionnaires allemands, pourtant très en avance dans leur politique indigène : « C’est moins aux grands chefs de la politique allemande, précise l’auteur,, que doit aller la gratitude de la civilisation qu’au personnel d’exécution, chefs de poste, sous-officiers, agents de culture et piqueurs de route . Mis en présence d’indigènes qu’ils avaient à éduquer, ces sous-ordres ont pu avoir quelquefois la main rude, mais ils ont fait la bonne besogne. Ils ont fait preuve de ténacité et de bon sens. Le pays a été bien préparé et la pénétration a été poussée aussi loin qu’il se pouvait. Mais cette besogne indispensable est subalterne » .

2. La thèse de la négativité de la colonisation allemande

Pour les tenants de la seconde thèse, la colonisation allemande possède elle aussi des côtés obscurs, des actes manqués, des travers qui la positionnent au même titre que les autres colonisations européennes : Birgit PAPE-THOMA affirme que les Allemands ne furent pas meilleurs colons que les autres Européens. Car le travail forcé et les punitions cruelles faisaient partie de l'ordre du jour .

Kagni ALEM poursuit dans le même sens en évoquant la chicotte allemande au Togo et les fameux cent coups de fouet, sur les fesses, dont le centième était dédié au Kaiser, « Ein fur Kaiser » . Pierrette HERZBERGER-FOFANA, Professeure à l'Université d'Eurlangen-Nurnberg, explique que par nature : « La colonisation vise à exploiter un pays pour en tirer le maximum de ressources. Pour cette dernière, vu que la colonisation allemande a été très dure en Tanzanie et en Namibie, cela amène à penser qu'elle a été moindre au Cameroun malgré le fait qu'il y ait moins d'archives sur le Cameroun » . Les sociétés en situation coloniale sont fortement soumises aux contraintes de l’ambigüité et de l’ambivalence.

Il intervient un véritable effet de grossissement, et le décalage entre les apparences de la réalité sociale et cette réalité elle-même en est d’autant accentuée… Les sociétés ne sont jamais ce qu’elles paraissent être ou ce qu’elles prétendent être. Elles doivent, en conséquence, être considérées à deux (02) niveaux au moins : l’un, superficiel, présente les structures « officielles » si l’on peut dire ; l’autre profond, permet d’accéder aux rapports réels les plus fondamentaux et aux pratiques révélatrices de la dynamique du système social .

La situation coloniale est définie ici comme la domination imposée par une minorité étrangère, « racialement » et culturellement différente, au nom d’une supériorité raciale et culturelle dogmatiquement affirmée, à une majorité autochtone matériellement inférieure ; la mise en rapport de civilisations hétérogènes : une civilisation à machinisme, à économie puissante, à rythme rapide et d’origine chrétienne s’imposant à des civilisations sans techniques complexes, à économie retardée, à rythme lent et radicalement « non chrétiennes » ; le caractère antagoniste des relations intervenant entre les deux(02) sociétés qui s’explique par le rôle d’instrument auquel est condamnée la société dominée ; la nécessité pour maintenir la domination, de recourir non seulement à la « force » mais encore à un ensemble de pseudo-justifications et de comportements stéréotypés, etc. . Par ailleurs, le développement du chemin de fer en Afrique est suspecté d’être à l’origine de la diffusion primaire du VIH 1 en Afrique Équatoriale Française dans les années 1910-1940.

De plus, l’attention accordée à la société coloniale en tant que « minorité dominante » est fructueuse. Henri LAURENTIE a de son côté, dans une étude d’allure essentiellement politique, définit la « colonie » comme : « Un pays où une minorité européenne s’est superposée à une majorité indigène de civilisation et de comportements différents ; cette minorité européenne agit sur les peuples autochtones avec une vigueur disproportionnée au nombre ; elle est, si l’on veut, extrêmement contagieuse et, de sa nature, déformante » .

Cette « minorité » active assied sa domination sur une supériorité matérielle incontestable, sur un état de droit établi à son avantage, sur un système de justifications à fondement plus ou moins racial, et pour certains auteurs, tel René MAUNIER, le fait colonial est d’abord un « contact » de races. Elle est d’autant plus réactive qu’elle est mieux enracinée et rebelle à la fusion, qu’elle se sent menacée par la poussée démographique des colonisés : ainsi, en Afrique du Sud où la population blanche voit « dans sa situation un problème de minorité, alors que les Noirs voient dans la leur un problème colonial et de tutelle » .

L'historien Andreas ECKERT, Professeur à la « Humboldt University » à Berlin commente d'ailleurs ceci : « Le plus grand symbole de la brutalité et de la domination des colons allemands est bien Rudolf DOUALA MANGA BELL » . Ce chef supérieur du clan des BELL s'est opposé en 1910 au projet d'urbanisation dit « Gross Duala » qui prévoyait l'expropriation des populations locales. Il fut pendu le 08 août 1914, devenant un héros de la résistance face au colon . « Les Églises n’ont pas levé le petit doigt pour aider Rudolf Manga Bell », critique Bienvenue, pasteur à Bafia, dans l’Ouest du Cameroun. « L’expropriation des terres allait de soi pour les colons comme pour les missionnaires ».

Églises et Etat, même combat ? L’Allemagne ayant à la fois une tradition catholique et une tradition protestante, les Églises se sont partagé le Cameroun en zones d’évangélisation. « Les missionnaires catholiques allemands se sont installés près d’Edéa et de Douala, et les protestants sont allés plus dans les terres, dans l’Ouest du pays », commente Bienvenue. Aujourd’hui encore, l’Église Évangélique du Cameroun entretient des relations avec celle de Westphalie, en Allemagne. Au pays Bamiléké aussi, certains se souviennent de la politique de répression des Allemands, même si c’est maintenant de l’histoire ancienne .

Germain METANGMO, frère du chef, de NTSINGBEU, se rappelle que les chefs Bamiléké n’étaient pas appréciés par les colons, probablement perçus comme des concurrents en matière d’autorité : « En tant que chef, mon grand-père s’est opposé du pouvoir des Allemands, il a été pendu sur la place publique.

On raconte qu’avant son exécution, il s’est blessé intentionnellement à la tête avec une pierre, pour qu’on reconnaisse son crâne et qu’on l’enterre plus tard selon le culte Bamiléké » .

Et c'est peut-être Albert MEMMI qui fait preuve de l'analyse la plus objective : « Il n'y a pas de quoi se vanter : si les colonisateurs construisaient des routes et des écoles, c'est qu'ils en avaient besoin, non pour servir les colonisés » . Et le jugement des caractéristiques morales par l’idéologie colonialiste vient étayer cette opinion.

Le Nègre, l’homme d’en face dans la situation coloniale, devient alors, pour une raison inavouée mais claire, le dépotoir de tous les défauts . « La caractérisation et le rôle du colonisé occupent une place de choix dans l’idéologie colonisatrice ; caractérisation infidèle au réel, incohérente en elle-même, mais nécessaire et cohérente à l’intérieur de cette idéologie » , ajoute Albert MEMMI.

Le jugement est péremptoire, souvent par ce qu’Albert MEMMI appelle « la noyade dans le collectif péremptoire », le pluriel « ils » . La paresse des peuples colonisés est dite légendaire et toujours connue et admise a priori . On peut, à titre d’exemple, lire ceci : « Les Bakweri, une bande de paresseux », « la paresse abominable de toutes les tribus qui habitent le sud-est du Cameroun », « des tire-au-flanc duala, paresseux et maladroits » .

La goinfrerie n’est pas moins légendaire, et est à chaque fois exagérée : « Un éléphant a été tué : « Vous auriez un tableau particulièrement caractéristique du Cameroun si vous aviez peint les Noirs qui se disputaient et se battaient au moment du dépeçage pour les lambeaux de chair saignante. Les plus heureux avaient eu un morceau et les ramenaient sur la tête, de sorte que le sang couvrait tout leur corps. Même si le cadavre était déjà en voie de décomposition, les indigènes arrachent de la viande pour la – comme ce sont des êtres humains, il faudra bien dire – manger. Après ce repas ils restent couchés comme le python et ne sortent peut-être que quelques jours plus tard de leur sommeil digestif » .

Pour imposer sa culture, le colonisateur passa par le biais de deux processus que sont la scolarisation et l’évangélisation. Une fois de plus, les chefs furent appelés à jouer un rôle déterminant. On décelait chez maints chefs, surtout chez ceux de la région côtière, un désir de mettre leur jeunesse et très souvent leur progéniture à l’école du colonisateur, ceci était manifeste chez les chefs Duala .

Exception faite des écoles gouvernementales, l’administration laissa aux missionnaires, le soin de procéder à l’endoctrinement et à la socialisation des jeunes colonisés. La création d’écoles s’avérait une nécessité dans la mesure où le régime colonial avait besoin d’un personnel subalterne, bon marché et passablement « éduqué » .

Pour les missionnaires, la conversion d’un chef représentait une « victoire » sur ce qu’ils appelaient paganisme ; elle avait des chances d’en provoquer d’autres dans la population .

Partant de là, Allen et Barbara ISAACMAN ont certainement raison lorsqu’ils affirment que la collaboration tout comme la résistance, était situationnelle . Par ailleurs, pour les Français, la colonisation allemande leur apparaissait, en définitive, comme ayant été « hésitante » et trop « théorique ». Selon CHAVELAS, ce qui a été fait pour l’« indigène » n’a été « qu’œuvre accessoire et a été imposé par le souci de donner satisfaction à l’opinion allemande et à certains éléments de l’opinion locale » . Et de conclure que « le véritable but sans cesse poursuivi a été le développement des grandes plantations ». Pour les premiers administrateurs français, ainsi que, par tradition, pour ceux qui leur succéderont, « il n’a pas fallu moins que la guerre pour mettre fin à cette politique » .

Cette partie consacrée aux répercussions négatives de l’administration coloniale allemande est celle que nous partageons. D’ailleurs, c’est donc dans ce sens que s’oriente ce travail, c’est-à-dire de démontrer comment le pouvoir colonial allemand a voulu s'imposer dans la colonie en usant soit de la brutalité, soit de l'utilisation des chefs traditionnels dans son processus de conquête. Ainsi présentée, l'administration coloniale allemande est perçue comme vertueuse pour son œuvre bienfaisante, mais aussi comme une machine, une vaste entreprise de domination sur les différentes structures politiques, économiques et socioculturelles existant dans la colonie.

C’est pourquoi Évariste FOPOUSSI FOTSO considère la chefferie traditionnelle comme l’un des rares pôles de résistance des valeurs civilisationnelles africaines aux prétentions hégémoniques de l’Occident telles que le colonisateur et ses suppôts contemporains essaient de nous imposer. Cela provient de la solidité de ses fondements philosophiques et institutionnels, de sa proximité avec le peuple, de son fonctionnement globalement en conformité avec les principes élémentaires de la démocratie. Il faut dans la même veine souligner l’importance donnée à la réflexion de Georges BALANDIER , qui témoigne de la richesse autrefois soupçonnée et maintenant reconnue des chefferies traditionnelles.

Le système politique traditionnel apparait ainsi comme affecté par les tensions et les conflits, comme toujours agissant malgré les vicissitudes subies. Il oriente, pour une part et partout, la vie politique moderne. Ses incidences peuvent aussi être saisies à un autre niveau. Les responsables des nouvelles nations africaines n’ont pu imposer, par contrainte et d’un coup, une philosophie et des organisations politiques totalement étrangères ; en quelque sorte importées.

Ils ont dû effectuer un travail d’adaptation et de « traduction » en recourant à l’équipement politique traditionnel. L’Etat postcolonial a reconduit sans solution de continuité le régime d’émasculation de l’autorité traditionnelle mis en place par la colonisation. La chefferie elle-même en tant que collectivité humaine est tantôt diluée dans les collectivités locales, tantôt assimilée aux circonscriptions administratives existantes. Il en résulte donc un flou vis-à-vis de son statut juridique et de sa position sur l’échiquier politique national.

Il y a également l’ouvrage d’Évariste FOPOUSSI FOTSO, qui va dans le même sens puisque juridiquement, les chefferies sont aujourd’hui une courroie de transmission entre les autorités administratives et leurs communautés. Mais il affirme aussi que nos chefferies sont affaiblies et dépassées par les évolutions de la société, qu’elles sont stériles face à « la nécessité de bâtir un Etat moderne, démocratique et uni, et qu’elles n’offrent plus à notre jeunesse de vrais rêves d’avenir » .

Claude-Hélène PERROT et François-Xavier FAUVELLE-AYMAR qui posent la problématique des rapports entre deux modèles de régulation politique et sociale, à savoir le modèle endogène c’est-à-dire traditionnel et le modèle exogène, c’est-à-dire moderne imposé par les autorités coloniales et postcoloniales. Ils ont également mis en exergue les ambigüités de cette problématique, où l’on perçoit certes une confrontation, mais avec des stratégies d’adaptation, dans une dialectique de rapports qui oscillent de la rivalité à la soumission en passant par l’instrumentalisation. Celle-ci n’est pas toujours univoque, les rois et chefs africains ayant su, à l’occasion, faire montre de capacités de manipulation.

Plusieurs contributions de cet ouvrage collectif ont porté l’éclairage sur les années 1989-1991, marquées par le « renouveau démocratique » qui a permis le développement du multipartisme et du clientélisme qui offrent une marge de manœuvre aux chefs et rois intéressés à jouer un rôle politique.

Le contexte démocratique, dans de nombreux cas, conduit à la réhabilitation des structures traditionnelles qui, paradoxalement, s’impliquent dans des projets de développement et de modernisation. Le parti politique, obéit à cette exigence, au point de n’exprimer parfois que des rapports de force entre groupes ethniques – ainsi que le manifeste d’une façon presque caricaturale le Congo-Léopoldville. Le personnage du leader se modèle souvent sur les types d’autorité que recelait l’ordre ancien : celui du souverain qui ordonne en accord avec les dieux et les ancêtres, celui du prophète ou du messie qui annonce et provoque les temps nouveaux.

Enfin, lorsqu’il s’agit de vulgariser l’idéologie, de diffuser les symboles à signification politique, d’organiser le rituel de la « religion politique », la référence à certains modèles traditionnels opère également. Et cela, même dans les pays où les gouvernements ont provoqué l’élimination ou l’abaissement des chefs de vieux style.

A cela, il faut y ajouter les fonctionnaires qui animent les associations de ressortissants résidant en ville. Cette troisième force se hisse parfois au premier plan, réussissant à éclipser les personnages royaux, notamment en décidant de l’organisation des fêtes traditionnelles : ainsi, en Zambie, l’association culturelle « Kazanga », usurpe la vedette au moment du festival annuel des « Nkoya » et tend à reléguer les chefs, dont pourtant les ancêtres sont mis en vedette, au rang de personnages folkloriques .

C’est suite à tous ces manquements observés dans l’ensemble que s’inscrit l’originalité de notre modeste travail qui consiste, à partir de l’anthropologie et de la sociologie politique, de mesurer d’une part, l’influence de l’administration coloniale allemande sur les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun. Et d’autre part, de parler de l’adaptation du pouvoir colonial allemand aux gouvernances traditionnelles Duala et Bamoun. La sociologie est d’une aide précieuse pour mieux comprendre et expliquer l’impact de la dimension sociale sur les représentations et les comportements humains.

Émile DURKHEIM à propos de la sociologie use d’un paradigme holistique . Pour lui et ceux qui se réclament de son héritage, la société est un « holon », un tout qui est supérieur à la somme de ses parties, elle préexiste à l’individu et les individus sont gouvernés par elle.

Dans ce cadre, la société englobe les individus et la conscience individuelle n’est vue que comme un fragment de la conscience collective. La sociologie politique, pour sa part, étudie les citoyens dans leurs rapports avec l’Etat et ses institutions. Il s’agit, aussi, d’une façon plus générale, d’analyser tout ce qui concerne et fonde les relations de domination entre les personnes et les groupes humains. La discipline répond ainsi aux rapports sociaux à caractère politique, en particulier les idéologies et les forces politiques tels que les partis.

Selon ce point de vue, l’objet des recherches sociologiques est le fait social, qu’il faut traiter comme une chose, sa cause devant être cherchée dans des faits sociaux antérieurs. Le fait social, qui fait l’objet d’une institutionnalisation, est extérieur à l’individu et exerce une contrainte sur ce dernier.

Les individus sont donc encadrés dans des institutions, elles-mêmes insérées dans des structures homologues les unes par rapport aux autres. La sociologie est alors la science des invariants institutionnels dans lesquels se situent les phénomènes observables. Marcel MAUSS imprimera une inflexion significative à cette doctrine en arguant de la nécessité de décrire complètement et dans leur totalité les formes dans lesquelles le phénomène apparait pour révéler leur secret. Analyser le concret interdit de négliger la sensibilité au vécu.

Plus récent mais certainement porteur, Jean BAECHLER a développé un paradigme entre l’histoire et la sociologie, une méthode qui reprend certains axes des études « simmeliennes », et qui se pose sur les fondements des critiques de la raison historique recensées par Raymond ARON pour rendre compte du devenir des phénomènes sociaux macroscopiques .

Quant à l’anthropologie, c’est la branche des sciences qui étudie l’être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels . Elle tend à définir l’humanité en faisant une synthèse des différentes sciences humaines et naturelles. Le terme « anthropologie » vient de deux mots grecs, « anthropos », qui signifie « homme » , et « logos », qui signifie « parole, discours ».

Cette discipline vise particulièrement les faits spécifiques à l’humain par rapport aux autres animaux : langages articulés et figuratifs, rites funéraires, politiques ou magiques, arts, religions, coutumes, parenté, habitats, techniques corporelles, instrumentales, de mémorisation, de numération, de représentations spatiales et temporelles, etc. Elle s’appuie notamment sur l’étude comparative des différentes sociétés et ethnies décrites par l’ethnologie, et envisage l’unicité de l’esprit humain à travers la diversité culturelle.

Sans prétendre à l’exhaustivité et à l’exclusivité, nous voulons orienter notre modeste analyse à travers ces deux positions théoriques à savoir l’anthropologie et la sociologie politique dans la mise en exergue de l’influence variable, inégale existant entre l’administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun. Ce qui nous suggère la formulation de la problématique et des hypothèses qui suit.

PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHÈSES

La problématique (1-) précède les hypothèses (2-).

1. PROBLÉMATIQUE

La problématique d’une recherche est l’approche ou la perspective théorique qu’on décide d’adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Elle est une manière d’interroger les phénomènes étudiés en vue d’obtenir de nouvelles informations . C’est en quelque sorte un écart ou un manque à combler dans le domaine de la connaissance entre ce que nous savons et ce que nous devrions ou désirons savoir sur le réel . Partant de ces considérations qui précèdent, la problématique « devient » une étape-charnière de la recherche située entre la rupture et la construction . Car, c’est elle qui permet de constater l’écart entre une situation de départ insatisfaisante et une situation d’arrivée désirable .

Pour y parvenir, il faudra dans un premier temps exploiter les lectures et faire le point sur les différents aspects du problème qui y sont mis en évidence afin de mieux méditer comme personne n’a encore médité sur ce que tout le monde a devant les yeux .

Il nous revient ainsi de construire une problématique qui sied à notre travail de recherche. Ce qui a été fait par la revue critique de littérature. La préoccupation des relations de l’administration allemande avec les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun durant la période de 1884 à 1916, tire ses origines des conséquences et des effets que la colonisation allemande a engendrés sur le fonctionnement sociopolitique de ces deux types de sociétés : l’une, Bamoun, centralisée autour d’un Roi/Sultan et l’autre, Duala, dont le pouvoir est soumis à l’influence de plusieurs chefs qui gèrent les différents cantons. C’était d'ailleurs le prince BELL qui faisait office de « chef » coordonnateur, et qui présidait à toutes les cérémonies officielles telles que le « Ngondo ».

Eu égard à ce qui précède, notre question centrale est la suivante :

- Quelle influence l’administration coloniale allemande a-t-elle eu sur les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun au regard du principe de « diviser pour mieux régner »? En d’autres termes, comment ce principe de division a été appliqué par l’administration coloniale allemande sur ces deux entités politiques traditionnelles ?

Autour de cette question centrale, s'ajoutent des questions connexes à savoir :

- Quels sont les mécanismes de division juridiques, administratifs et symboliques utilisés par l’administration coloniale allemande sur les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala ?
- Quelle est la réappropriation effectuée sur le principe « divide at impera » par l’Etat postcolonial pour asseoir à son tour sa domination sur les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala en particulier ?

Consécutivement au travail de terrain, nous avons formulé des hypothèses.

2. Hypothèses

Élément déterminant de spécification de l’étude, au même titre que la problématique, l'hypothèse est une proposition de réponse à la question posée. Elle est nécessaire au sens où l'indique Claude BERNARD : « Si l'on expérimentait sans idées préconçues, on irait à l'aventure". Il donnait en effet de l'hypothèse la définition suivante »... une interprétation anticipée et rationnelle des phénomènes » .Comme on le constate, il n'y a pas d'observation sans formulation d'hypothèse de recherche, si sommaire soit-elle. Et Claude BERNARD ajoute ceci : « Une observation aveugle de la réalité n'est pas possible et, comme on l'a dit, à ne pas savoir ce que l'on cherche, on risque de ne pas savoir ce que l'on a trouvé » .

Ainsi, notre étude comporte une macro-hypothèse et des micro-hypothèses.

Notre hypothèse principale ou macro-hypothèse est la suivante :

-Il existe une application certaine du principe de « diviser pour mieux régner » de l’administration coloniale allemande sur les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun, dont l’Etat postcolonial camerounais s’est réapproprié avec de nombreux « effets pervers ».

Des hypothèses connexes ont été agencées pour éclairer davantage l'hypothèse principale. Elles sont construites autour de deux axes essentiels et représentent chacune une réponse opératoire aux problématiques secondaires sus énoncées :

1 – L’administration coloniale allemande a dominé les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun non seulement par l’application du principe de « diviser pour mieux régner » au travers de l’interdiction des langues locales.
2 - L’Etat postcolonial camerounais a instrumentalisé cette technique de manipulation en y rajoutant un subtil mélange d’autochtonie, d’allogénie et de tribalisme.

F INTÉRÊT DE L’ÉTUDE

Dans toute recherche scientifique, le chercheur doit exprimer la pertinence ou portée scientifique du sujet en indiquant en quoi ce sujet s’inscrit dans les préoccupations scientifiques, en quoi ce sujet contribuera à l’avancement des connaissances et en quoi le sujet est original et d’actualité, surtout sous l’angle abordé . Ainsi, l’intérêt suppose de relever l’utilité de l’étude dans un système de pensées et d’actions.

A cet effet, l’étude envisage de positionner au centre d’un débat heuristique, la problématique de l’influence mutuelle entre l’administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala au regard de l’histoire politique du Cameroun.

Il revient de faire part de l’impact réciproque en analysant les mécanismes d’adaptation des chefferies traditionnelles Duala et Bamoun au pouvoir colonial allemand d’une part, et d’autre part, de l’administration coloniale allemande aux gouvernances traditionnelles Duala et Bamoun.

Si l’on s’accorde avec Max WEBER que le « travail scientifique est solidaire d’un progrès » , notons également à la suite d’Alfred GROSSER que les connaissances qui s’en dégagent sont bien cumulatives. De ce fait, le but de toute production scientifique est de confirmer l’utilité de la science (« recherche de la vérité ») dans le développement social.

Il s’agit pour nous, dans la présente étude, de nous inscrire dans la suite de nos devanciers en essayant d’approfondir les études d’anthropologie politique. Ainsi, le sujet portant sur « l'administration allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala de 1884 à 1916, analyse de l'histoire politique du Cameroun », s'inscrit dans le champ disciplinaire de la science politique.

Notre étude, de manière générale, envisage les liens étroits entre l'administration allemande et les pouvoirs politiques traditionnels de 1884 à 1916. En d’autres termes, il s’agit des faits marquants ayant jalonné cette collaboration ou coopération et leur incidence dans l'histoire politique du Cameroun. C’est donc une étude qui revêt à la fois un intérêt tant heuristique que pragmatique.

D'un point de vue heuristique, nous pouvons dire que la conquête allemande a été à double tranchant. Quel est le nombre [supposé] exact des exécutions, des populations soumises aux travaux forcés et au racket ?

La colonisation allemande a-t-elle eu un rôle positif ou plutôt négatif sur l'évolution politique du Cameroun. En quoi et dans quel [s] secteur [s] marquant [s] les sociétés politiques traditionnelles Bamoun et Duala ont-elles été profondément marquées par l'administration allemande ?

C'est donc une analyse qui, en suivant le chemin ouvert par des prédécesseurs, ouvre aussi de nouveaux horizons. Car elle nous permet, en outre, de comprendre que les sociétés Bamoun et Duala ont bénéficié de l'expertise et du savoir-faire de l’administration allemande.

Par ailleurs, il est également question de voir que la colonisation allemande a permis de considérer que le Cameroun était une zone à exploiter, et que les populations allaient servir de main d'œuvre à cette opération. Sur le terrain, les Allemands ont créé de grandes plantations de produits d'exportation.

La signature des différents traités permettait ou n'autorisait pas à occulter la dimension répressive et brutale des méthodes employées pour atteindre leurs objectifs. Et l'épisode des multiples révoltes dans les plantations, allant même, jusqu'à la grève de l'impôt témoigne de ces tensions entre les Allemands et les populations camerounaises.

Toutefois, il faut reconnaitre que les Allemands ont désenclavé le Cameroun à travers l'évacuation des produits cultivés. En effet, ces derniers construisirent des routes, des ports, et surtout des chemins de fer. Ils mirent également en place les premières infrastructures télégraphiques, téléphoniques et radiotélégraphiques.

Il s'agit donc de voir de quelle manière les chefs traditionnels, en particulier ceux Bamoun et Duala, ont participé et subi l'expansion de la conquête allemande au Cameroun. Négliger cet aspect, c'est oublier que tous les acteurs ont eu à mettre en lumière différents angles et aspects de la colonisation aussi glorieux qu'obscurs.

Ces hypothèses ont été vérifiées en fonction d'une orientation méthodologique appropriée.

II. CONSIDÉRATIONS MÉTHODOLOGIQUES ET OPÉRATOIRES

La théorie est un « ensemble intégré de concepts et de sous concepts que l'on tente habituellement d'utiliser pour mieux structurer l'explication de la réalité » . L'impératif d'expliquer la réalité conditionne même la valeur scientifique de la théorie.

Car, comme affirmait Michel BEAUD : « La théorie ne peut se juger à sa seule cohérence interne, mais par rapport à sa capacité à rendre compte du réel » . Cependant, toute théorie ne peut expliquer qu'un volet seulement de la réalité sociale. Il faut également recourir à la méthode.

En toute science, la première condition du progrès c’est la méthode . La méthode se trouve donc être l’ensemble des opérations intellectuelles qu’une discipline met en œuvre pour démontrer, vérifier et établir les vérités qu’elle poursuit . Ainsi dans le processus de recherche en sciences sociales, le chercheur doit toujours se comporter comme un chercheur de pétrole.

C’est ainsi dire que de même que le chercheur de pétrole mobilise des outils méthodologiques qui lui permettront de parvenir à ses fins pétrolières, de même, le chercheur devra en faire autant pour cerner son objet d’étude . Ce faisant, dans la perspective de notre travail, nous avons usé d’un syncrétisme méthodologique qui prend en compte les méthodes d’analyse d’une part (A-) et d’autre part, les techniques de collecte des données (B-).

A LES MÉTHODES D’ANALYSE

La méthode est une notion ambiguë qui renvoie à plusieurs acceptions. Madeleine GRAWITZ retient d'ailleurs trois sens. Du point de vue philosophique, la méthode représente « l’ensemble des opérations intellectuelles pour lesquelles une discipline cherche à atteindre les vérités qu'elle poursuit, les démontre, les vérifie » . Par rapport à l'objet d'étude, elle devient une « façon d'envisager ou d'organiser la recherche » .

Enfin, elle désigne souvent une notion propre à une discipline des sciences sociales . Quel que soit le sens considéré, la méthode demeure importante dans le processus de la recherche scientifique. Elle « accroit la capacité explicative du discours de la recherche scientifique en l'affinant davantage de manière à lui donner plus de crédit ».

L'analyse des données obéit à une démarche méthodologique précise. Dans cette étude, trois méthodes sont employées. Nous avons entre autres, la méthode historique (1-), la méthode comparative (2-) et le constructivisme (3-).

1. La méthode historique

L’approche culturaliste et historique est un courant de l’anthropologie né aux États-Unis sous l’impulsion principale de Ruth BENEDICT, Ralph LINTON, Abram KARDINER et Cora DUBOIS. Elle tente une description de la société sous les points de vue conjugués de l’anthropologie et de la psychanalyse.

Le culturalisme constitue un des courants qui a dominé la sociologie américaine des années 1930 jusqu’aux années 1950. En empruntant la notion de culture aux anthropologues, il cherche à rendre compte de l’intégration sociale.

S’appuyant sur l’observation des sociétés archaïques, les culturalistes mettent en évidence l’influence prépondérante de la culture et des habitudes culturelles d’éducation sur la personnalité de base des individus.

L’approche culturaliste et historique nous permettra d’amorcer un recueil chronologique sur l'histoire politique du Cameroun pendant la période coloniale allemande. En effet, on se rend compte que les relations existantes entre l'administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala ont donné lieu à des situations complexes, ambiguës empreintes de méfiance, de brutalité, de respect mutuel, et, surtout, d'alliances entre les différents acteurs.

Quant au champ de la sociologie et de l’anthropologie politiques dans lesquels nous nous situons, la méthode historique va combler les lacunes des faits et des évènements en s'appuyant sur un temps, peut-être artificiellement reconstruit, mais assurant une continuité, et un fil conducteur pour notre étude .

Cela est d'autant plus pertinent lorsqu'on sait avec Marcel MAUSS et Paul FAUCONNET qu'on n'a pas besoin de connaitre la date d'un fait social pour s'en servir, pourvu que l'on connaisse ses antécédents, ses concomitants, ses conséquents, en un mot tout le cadre social .

Dans le cadre de notre étude, la méthode historique nous a permis de retracer la période coloniale allemande au Cameroun, ainsi que les liens ayant existé entre l'administration allemande et les différentes autorités traditionnelles qui ont eu un impact sur l'évolution sociopolitique du Cameroun. Cette approche a aidé, à travers la diachronie et la synchronie, d'apprécier l'influence que la colonisation allemande a eue sur les sociétés traditionnelles Bamoun et Duala, et, inversement, l’influence de ceux-ci sur celle-là.

2. La méthode comparative

L'analyse comparative consiste à rechercher les différences et les ressemblances existant entre les situations qui font l'objet de la comparaison, en interprétant la signification de ces ressemblances et de ces différences et en essayant de découvrir à travers elle des régularités. Émile DURKHEIM précisait le mécanisme fondamental de la comparaison en ces termes : « Nous n'avons qu'une matière de démontrer qu'entre deux faits il existe une relation logique, un rapport de causalité par exemple, c'est de comparer les cas où ils sont simultanément présents ou absents et de rechercher si les variations qu'ils présentent dans ces différentes combinaisons de circonstances témoignent que l'un dépend de l'autre » .

En effet, l'analyse comparative ne peut valablement être utilisée que si les situations choisies pour la comparaison présentent un certain degré d'analogie. La comparaison ayant pour but de relever et d'étudier les ressemblances et les différences existant entre les phénomènes comparés, ceci suppose qu'il existe entre ces phénomènes des ressemblances : c'est l'analogie.

Mais si ces phénomènes ne sont pas totalement identiques, faute de quoi la comparaison n'aurait plus aucun intérêt. C'est dire que deux points de vue doivent être pris en considération pour apprécier la validité d'une comparaison et le degré d'analogie des faits comparés.

D'une part, les faits comparés doivent présenter une certaine analogie des structures et d'autre part, ils doivent présenter une certaine analogie de contexte.

En premier lieu, l'analogie des structures revêt deux significations. Elle suppose que les phénomènes étudiés ont une physionomie générale assez proche. Ainsi, peut-on comparer la société traditionnelle Bamoun avec la société traditionnelle Duala, etc.

De plus, le degré de complexité des faits comparés ne doit pas être trop éloigné. De la sorte, on peut comparer les relations de l'administration coloniale allemande avec le Roi Bamoun et les chefs Duala, mais il sera beaucoup aléatoire de comparer le fonctionnement de la société allemande avec le Cameroun précolonial en raison de la complexité différente de ces deux phénomènes.

Dans la pratique, "cette appréciation de l'analogie des structures n'est pas très facile à réaliser du fait de la multiplicité des éléments qui compose la structure des faits sociaux" . A cet égard, l'existence des typologies solidement fondées peut faciliter le travail du comparatiste.

En second lieu, l'analogie de contexte doit être prise en considération étant donné que les phénomènes sociaux n'existent pas de manière isolée. Ils sont intégrés dans un ensemble dont ils ne sont pas séparables sans risque de dénaturation. En effet, pour comprendre un phénomène social, il importe de ne pas négliger le contexte dans lequel il se situe.

Ce contexte est envisageable à un double niveau. Le contexte dimensionnel commande que le chercheur ne compare que deux phénomènes sociaux appartenant à des ensembles sociaux de dimension analogues. Il est dans ce sens évident que les problèmes posés par l'administration d'un village de 350 habitants sont difficilement comparables avec ceux posés par une ville de 150 000 habitants. Cependant, la difficulté réside ici sur la précision du critère à partir duquel le chercheur attend apprécier le contexte. Est-ce l'étendue du territoire ou alors le volume de la population ?

Par ailleurs, l'on ne peut ignorer le contexte culturel des faits comparés en entendant par-là l'ensemble des valeurs, des croyances, des traditions, des mœurs, des institutions, etc., qui constituent l'ensemble culturel, l'aire de civilisation dans lesquels s'insèrent les faits comparés. De plus, deux types de comparaison sont mis à la disposition du chercheur.

D'abord les comparaisons proches que nous utiliserons dans le cadre de cette étude, portent sur des phénomènes présentant un assez fort degré d'analogie, tant par leur structure que par le contexte dans lequel ils se situent. De fait, ce type de comparaison vise avant tout à la précision : elle est minutieuse, scrupuleuse et détaillée. En revanche, les comparaisons éloignées se caractérisent par les libertés qu'elles prennent avec l'exigence de l'analogie. Elles portent sur des phénomènes de structures assez différentes, dont le contexte dimensionnel et culturel peut être assez éloigné .

En rapport avec la présente étude, il y a recours à des référentiels prédéterminés pour pouvoir établir les points de convergences et de divergences entre les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala. Une étude de leurs structures et notamment des processus de transformation au fil des évènements majeurs de la colonisation allemande au Cameroun permet de comprendre la situation.

D'abord, elle a aidé à mettre en évidence la manière dont les colons allemands sont entrés en contact avec les chefferies traditionnelles suscitées, et comment ces dernières ont participé positivement ou négativement à l'expansion de cette conquête. Ensuite, on peut se demander où se trouve la pertinence d'une telle ouverture pour la transformation et l'évolution de ces sociétés traditionnelles au fil du temps.

Enfin, il s'est agi de poser la question de savoir si tous les acteurs de cette période coloniale ont pu être mis en lumière ainsi que leurs rôles exacts ? Qui plus est, la comparaison amène à souligner une influence inégale, du fait de la domination de l’administration coloniale allemande, mais une influence relative des pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun.

L’administration coloniale allemande s’est démarquée au niveau des infrastructures qui sont encore visibles de nos jours. Il faut également ajouter que la chefferie Bamoun a été plutôt coopérative alors que les chefferies Duala se sont plutôt opposées à celle-ci notamment à cause de l’expropriation de leurs terrains.

3. Le constructivisme

Le constructivisme, théorie de l’apprentissage, a été développé, entre autres, par PIAGET, dès 1923, face au behaviorisme qui, d’après lui, limitait trop l’apprentissage à l’association stimulus-réponse et considérait le sujet comme boite noire. L’approche constructiviste s’intéresse à l’activité du sujet pour se construire une représentation de la réalité qui l’entoure . Le constructivisme part de l’idée que les connaissances de chaque sujet ne sont pas spécialement une « copie » de la réalité, mais un modèle plus ou moins fidèle de celle-ci construit par lui au cours du temps.

Le constructivisme s’attache à étudier les mécanismes et processus permettant la construction de ce modèle chez les sujets à partir d’éléments déjà intégrés. On est donc à l’opposé d’une simple approche « boite noire » . Plus largement, pour le constructivisme, le développement progressif d’un organisme depuis sa conception jusqu’à sa forme mure résulte de la construction d’organisations relativement stables qui se succèdent dans le temps . Le constructivisme se décline en différents courants de pensée en fonction des disciplines épistémologiques dont les sciences formelles, les sciences exactes, ou encore, les sciences sociales auxquelles il s’applique.

En sociologie, le constructivisme social ou socioconstructivisme, est une vision de la sociologie contemporaine développée par Peter L. BERGER, sociologue et théologien américain d’origine autrichienne, et Thomas LUCKMANN, sociologue allemand dans leur livre The Social Construction of Reality .

S’appuyant sur des arguments théorisés par Émile DURKHEIM, cette approche considère que la réalité sociale et les phénomènes sociaux sont créés et institutionnalisés et s’intéresse à la façon dont cette réalité est construite . Chez BERGER et LUCKMANN, la réalité est comprise d’un point de vue subjectif plutôt qu’objectif, c’est-à-dire telle que nous pouvons la percevoir plutôt que séparée de nos perceptions . C’est pourquoi Boris CYRULNIK déclare : « Une institution est structurée comme une personnalité, avec des murs et des règlements qui matérialisent la pensée de ceux qui ont le pouvoir » .

Par ailleurs, Alfred SCHUTZ pense que l’action sociale s’enracine au sein d’un environnement comportant un rapport à autrui qui s’articule autour d’un axe temporel et d’un axe spatial. Ce dernier remarque que le monde social est constitué d’acquis dont l’intégration est implicite dans les actions et les intentionnalités pratiques. Dans son quotidien, l’individu acclimaté à une culture intègre un ensemble de savoirs et savoir-faire qui aura le caractère d’allant de soi , ces savoirs et savoir-faire étant tenus pour acquis- jusqu’à ce qu’il y ait altérité .

Quant au constructivisme structuraliste encore appelé interactionnisme stratégique, c’est une méthode développée par Pierre BOURDIEU, Erhard FRIEDBERG et Michel CROZIER. Pour eux, les entités sociales sont des acteurs sociaux qui sont en interaction dans un champ.

Ce champ est semblable à un champ de forces en physique où se choquent et s’entrechoquent les différents acteurs en présence. Ici, l’acteur n’existe pas en dehors du système qui définit sa liberté. De même, le système n’existe que par l’acteur qui seul peut le porter et lui donner vie .

Ainsi, l’on parle d’interaction stratégique car de même que le milieu impose à l’individu un répertoire de disposition durable que BOURDIEU appelle habitus , de même l’individu à travers la marge de manœuvre et de liberté qui lui est offerte, va mouvoir des stratégies qui lui permettront non seulement de satisfaire les exigences sociales, mais aussi de se satisfaire lui-même. On assiste donc là à un double mouvement d’intériorisation de l’extériorité et de l’extériorisation de l’intériorité.

Se ramenant à notre étude, le constructivisme a produit des règles et instruments juridiques tels que les traités et les arrêtés. Par exemple, la loi du 19 juin 1895 ainsi que le règlement de police du 22 mai 1895 interdisaient notamment aux Duala de faire du commerce dans leurs régions habituelles, leur retiraient leur main d’œuvre, et la chasse leur sera interdite par la suite. Les Allemands procéderont aussi à une dévaluation de l’unité monétaire, le « Kroo ». A cet effet, si avant 1884, le « kroo » valait 20 marks, il sera réduit en 1885 à 12 marks et en 1891, à 10 marks.

Par un décret du 06 avril 1894, il sera complètement aboli, et le Mark allemand, deviendra l’unique monnaie du territoire . Par contre, le traité du 12 juillet 1884 va consacrer la naissance du Cameroun international. Cela a produit des effets de réalité à savoir les effets émergents et les effets pervers.

B LA TECHNIQUE DE COLLECTE DES DONNÉES

Bien qu'elle trouve ses origines et des développements dans les sciences sociales telles que l'histoire et la sociologie, la collecte des données n'est pas étrangère à la discipline de la science politique.

Les techniques constituent « des moyens d'aborder les problèmes, lorsque ceux-ci sont précisés » . Elles représentent des « procédés limités, mettant en jeu des éléments pratiques, concrets, adaptés à un but pratique et défini » .

À cet effet, et pour ne pas nous démarquer de cet avertissement de David EASTON, il nous a semblé porteur de mener nos investigations sur plusieurs fronts. Pour cet auteur en réalité : « Si nous nous trouvons à une trop grande distance, nous ne pouvons voir que les grandes lignes, et cela n'a que peu d'intérêt pour une recherche utile ; mais si nous restons trop près, nous verrons les détails si nombreux et si confus que cela ne vaudrait guère » . Dans le cadre de notre travail, les techniques sont les procédés qui nous ont permis de recueillir les informations essentielles pour la compréhension de notre étude.

En termes de collecte données, nous avons recouru à la fois les techniques documentaires (1-) et les techniques vivantes (2-).

1. Les techniques documentaires

L'expression document est prise ici dans un sens large. D'après Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE, il s'agit de « tout élément, matériel ou immatériel, qui a un rapport avec l'activité des hommes vivant en société et qui de ce fait constitue indirectement une source d'informations sur les phénomènes sociaux » . Ainsi, il n'y a pas de contact immédiat entre l'observateur et la réalité sociale dans l'observation documentaire.

C'est dire que les documents se présentent au chercheur à l'état brut et, pour en extraire les renseignements qui lui seront utiles, celui-ci doit procéder à leur analyse, à leur interprétation et dans certains cas à leur réinterprétation .

Ce qui est important pour le chercheur, c'est la détection aussi bien de la signification évidente que la signification implicite du document. Ce qui fait l'intérêt de l'analyse du contenu des documents, dans sa dimension qualitative valorisée ici à celle quantitative en fait aussi sa faiblesse.

En effet, l'analyse quantitative du contenu consiste à étudier les documents en dénombrant les différents éléments qui le constituent, en les classant, en chiffrant leur fréquence, leur répétition.

Si elle apparait plus objective que l'analyse qualitative, ses résultats sont aussi souvent plus superficiels. La finesse de l'analyse ici se paie par des risques de subjectivité dans la mesure « où sa valeur dépend en grande partie de la sureté de jugement de celui qui procède à l'analyse » .

La distinction de ce qui est important et de ce qui est secondaire, de l'essentiel et de l'accessoire, donne lieu à des jugements de la part du chercheur avec le risque que ceux-ci soient influencés par sa subjectivité. Le document représente un instrument fondamental de la recherche. Il « offre l'avantage d'être un matériau objectif en ce sens qu'il soulève les interprétations différentes, il est le même et ne change pas » .

Dans le même ordre d'idées, Jean-Claude COMBESSIE remarque ce qui suit : « Dans toute recherche, les sources documentaires peuvent fournir à la fois des informations complémentaires et d'une diversification des éclairages » . Ainsi, dans le cadre de notre étude, nous avons utilisé les ouvrages généraux en sociologie politique et en anthropologie politique à l’instar des ouvrages de Georges BALANDIER, « Sens et puissance. Les dynamiques sociales » ; de Guy HERMET et al., « Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques » ou encore de David EASTON, « Analyse du système politique » .

Pour ce qui est des documents officiels, nous avons mis à notre actif, la constitution du 18 novembre 1996, le décret N°77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles, l’arrêté N°244 du 04 février 1933 fixant le statut des chefs indigènes. Ces documents nous ont informés sur les dispositions normatives liées au statut des chefferies traditionnelles et de donner un aperçu sur le rôle des chefs traditionnels dans la vie politique nationale.

Les données de notre étude seront recueillies dans des sources officielles afin de confirmer leur authenticité… Il sera question pour nous de parcourir les ouvrages, les thèses, les mémoires, les articles, et autres travaux scientifiques ayant un rapport direct ou indirect sur l’objet de recherche, l’histoire politique du Cameroun, la colonisation allemande, les chefferies traditionnelles, etc. Par ailleurs, nous avons consulté les archives nationales du Cameroun à Yaoundé, les archives du Palais Royal de Foumban.

Pour ce qui est des documents privés, nous avons recueilli par exemple, les documentaires intitulés « La Grande Guerre au Cameroun » du Lycée Dominique Savio à Douala portant sur les entretiens de MM. Ananie BINDJI , Albert François DIKOUME , Jean-Jacques ANNAUD . Valère EPEE ; l’article rédigé par M. DJOKO DUBOIS à propos du « fonctionnement du pouvoir au sein de l’état colonial : le cas du Cameroun sous domination allemande à l’ère du Gouverneur VON SODEN 1895-1891 » et disponible sur le site de l’Institut allemand au Cameroun ; les films documentaires « Deutsche Kolonien. Eine DVD –Edition zur deutschen Kolonialgeschichte » du producteur Peter HELLER.

C’est aussi le cas de la série du cinéaste camerounais Jean-Pierre BEKOLO nommée « Our Wishes : A Look on Colonial Africa », d’une durée de 26 minutes de 10 épisodes. « C’est un document que les chefs Duala ont rédigé pour faire connaitre aux Allemands leurs souhaits alors qu’ils étaient en train de négocier le traité qui confiait leur territoire à ces derniers. Mais ce document a été ignoré par les Allemands et on connait la suite. Au-delà de cette histoire, s’il y’a une constante dans les relations entre l’Afrique et l’Occident, c’est que nos souhaits ne sont jamais pris en compte. Vous avez compris l’esprit de tout le projet : il s’agit d’entrer dans notre histoire pour en tirer des leçons qui devraient nous servir d’aujourd’hui » .

De même, nous avons utilisé les journaux tels que : le « Deutsches Kolonialblatt », pour l'administration locale au Cameroun ; l’« Amtsblatt Kolonialzeitung » pour la Société Coloniale Allemande ou la « Koloniale Rundschau » ; Cameroon Tribune, Le Journal du Cameroun ; les sites internet www.peuplesawa.com, www.dibambelasawa.com, www.auletch.com, etc., qui nous ont fourni des informations importantes sur le vécu quotidien des populations et des officiels, et du climat géopolitique de cette époque.

Nous avons aussi pu entrer en possession des memoranda que certaines autorités ont adressé à la haute hiérarchie.

Toutefois, l'observation documentaire s'est révélée à elle seule insuffisante pour permettre d'appréhender notre sujet dans ses différents contours, d'où le recours à une technique vivante.

2. Les techniques vivantes : les entretiens

« Si la théorie aide à bien voir et mieux comprendre un fait social, elle n'est utile que si elle s'appuie sur un matériel empirique collecté parallèlement par le chercheur dans un terrain circonscrit » . C'est sur la base de ce principe élémentaire de la recherche fondamentale selon LESQUESNE que la deuxième étape de la collecte des données s'est voulue beaucoup plus pratique. La technique de l'entretien consiste « à provoquer une conversation réglée entre un enquêté et un enquêteur muni de consignes et le plus souvent d'un guide d'entretien » . Cette technique trouve son fondement dans la nécessité de démontrer les hypothèses que nous avons formulées. A cet effet, pour analyser la question de l'administration allemande au Cameroun, il nous a fallu recourir à l'entretien des acteurs de cette période et de l'époque actuelle.

Nous avons eu des discussions fructueuses avec le Professeur d’Université, Directeur des Affaires Académiques et de la Coopération de l’Université de Yaoundé I, Pr. Daniel ABWA ; le Secrétaire Général du Ngondo, M. Pamphile YOBE ; le Directeur Adjoint de la Radio Communautaire du Noun, M. NJITARI NJOYA ; le Directeur des Affaires Culturelles du Palais Royal de Foumban, M. NCHARE ; le Guide conservateur du Musée depuis 2002, M. ALIDOU NJIKAM TOUNESSAH, un guide touristique de la ville de Foumban, Mme NGOUNGOURE BILKISSOU ; d’un vieillisseur d’objets d’art de la ville de Foumban, M. OUSMANE.

Dans le cadre de notre enquête de terrain, nous avons choisi le département du Noun et en particulier la ville de Foumban. Nous avons également choisi les villes de Douala et de Yaoundé.

Foumban parce que c’est la ville où on localise le peuple Bamoun dans sa majorité et où se concentre les richesses les plus visibles de ce peuple guerrier. Quant à Douala, c’est un territoire qui concentre en son sein, les chefferies Duala riches en histoire et qui ont fait basculer le Cameroun en pleine modernité. Concernant Yaoundé, c’est le lieu où vivent les intellectuels et certains hommes de culture qui ont côtoyé ces deux peuples.

Sans ignorer l'apport des sources audiovisuelles, cette démarche à la fois théorique et pratique a permis d'opérer un croisement des données issues des diverses sources exploitées. L’usage de la démarche quantitative qui a facilité le croisement, qui à son tour, a aidé non seulement de pallier quelques lacunes des sources documentaires, mais surtout d'être en phase avec le fait empirique et la réalité matérielle du phénomène social qu'est la colonisation allemande au Cameroun, surtout ses répercussions sur les chefferies traditionnelles Duala et Bamoun.

A la suite de ce travail de terrain, nous avons définitivement arrêté les hypothèses qui font l’objet de démonstration.

III. LES POUVOIRS POLITIQUES TRADITIONNELS BAMOUN ET DUALA ET LA POLITIQUE D’ASSERVISSEMENT COLONIALE ALLEMANDE :

Dans le souci de sécuriser les frontières du territoire qu’elle vient d’annexer au détriment de la Grande-Bretagne, l’Allemagne doit convaincre les autres puissances impérialistes de sa propriété sur le Cameroun. C’est à cette tâche qu’elle s’attèle à la Conférence de Berlin, convoquée pour éviter d’éventuels conflits entre les puissances européennes dont les intérêts s’affrontent en Afrique . Puis, elle a procédé à la délimitation des frontières du Cameroun avec les puissances européennes, qui lui sont voisines. Avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne fixe la frontière sud-ouest du Cameroun, de même qu’elle prolonge la frontière occidentale entre le 27 juillet et le 2 août 1886 : « du point terminal de la ligne primitive sur Calabar ou Cross-Rive, en diagonale, jusqu’à la rive droite de la Bénoué à l’Est de Yola», laissant cette ville dans la sphère britannique .

Entre 1888 et 1894, toujours avec la Grande-Bretagne, un traité est signé le 15 novembre 1893 à Berlin. Celui-ci délimite la frontière occidentale du Cameroun, de Yola au lac Tchad, laissant le massif des Mandara à l’Allemagne. Un autre traité est signé à Londres entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, le 11 mars 1913. Celui-ci s’intitule : « Arrangement entre le Royaume-Uni et l’Allemagne relatif au tracé de la frontière entre le Nigéria et le Cameroun de Yola à la mer et la réglementation de la navigation sur le fleuve Cross-River ». Il faut rappeler que c’est ce traité qui intègre la péninsule de Bakassi dans le Cameroun allemand. De même qu’avec la France, l’Allemagne signe des accords, le 25 décembre 1885 à Berlin, les deux puissances coloniales délimitent les frontières australes de leurs possessions. A travers cet accord, l’Allemagne renonce, au profit de la France, à tous droits de souveraineté sur les territoires au sud de la rivière Campo. En compensation, le gouvernement français renonce, lui aussi, à tous droits de souveraineté au nord de la rivière Campo. Un autre accord portant sur la frontière orientale du Cameroun, est également signé à Berlin, le 4 février 1894 et lui donne sa forme triangulaire. Le 18 avril 1908, est signée à Berlin la troisième convention entre la France et l’Allemagne.

Celle-ci concerne la frontière entre le Congo français et le Cameroun allemand. Le 04 novembre 1911, une nouvelle convention franco-allemande, modifie profondément le tracé des frontières. A l’issue de l’incident d’Agadir au Maroc, la France cède à l’Allemagne une partie de ces territoires de l’AEF d’une superficie de 275 360 km² . Cette compensation territoriale est d’ailleurs l’une des causes de la guerre au Cameroun. Le « Grand Cameroun » est ainsi formé avec une superficie de 787 840 km². C’est sur ce territoire que l’Allemagne va exercer sa domination.

Nous allons aborder le pouvoir traditionnel Bamoun face à la préservation des intérêts allemands (A-). Par la suite, nous parlerons de la signature du traité du 12 juillet 1884 et la perte de la souveraineté des chefs Duala (B-).

A LE POUVOIR TRADITIONNEL BAMOUN FACE A LA PRESERVATION DES INTÉRÊTS ALLEMANDS

Dans une lettre adressée au Souverain britannique et écrite au début de l’année 1916, le Sultan NJOYA déclarait : « Moi, Njoya, seizième Roi des Bamoun envoie mes humbles salutations au grand Roi d’Angleterre qui fait fuir les hommes dangereux et met ceux qui sont gênants en prison.

Je remercie le Grand Roi d’Angleterre d’envoyer ses soldats forts pour libérer mon pays… Ils m’ont délivré des mains des Allemands qui sont des hommes de l’obscurantisme qui n’ont pas de biens, qui sont des menteurs, qui ennuient continuellement les populations.

J’ai rassemblé toutes mes populations et elles souhaitent toutes appartenir au Roi d’Angleterre et à ses enfants et aux enfants de ses enfants. Puisse-t-il les prendre dans ses mains et comme un père prend ses enfants puisse-t-il leur montrer la sagesse et les aider à leur enseigner à être des hommes forts comme les Anglais eux-mêmes.

Il souhaite suivre le Roi d’Angleterre et être son serviteur avec mon pays pour que ma terre soit rafraichie de rosée et pour que les Allemands et toutes les choses sales puissent être chassées. Tous mes sujets, tout mon peuple, nos hommes et nos femmes âgées, mes hommes et mes filles, les faibles et les forts le désirent.

J’ai une très petite chose dans mes mains que je souhaite offrir humblement au Roi d’Angleterre. C’est la chaise sur laquelle moi et mes pères nous nous sommes toujours assis et qui est ma force et ma puissance. Il y a aussi les deux grandes défenses d’éléphant qui sont à chacun de ses côtés. La chaise et les défenses ne sont rien pour son Altesse Royale le Roi d’Angleterre mais c’est tout ce que j’ai.

J’accepte le drapeau anglais qui est hissé sur ma ville. J’adresse mes remerciements ; je dis trois fois ma gratitude et donne ma terre et tout ce que j’ai aux Anglais.

Njoya, 16ème Roi des Bamoun ».

Les propos durs du Sultan NJOYA à l’encontre des Allemands dans sa lettre au Roi d’Angleterre apparaissaient en contradiction avec l’admiration et le respect qu’il montrait à leur égard avant l’occupation anglaise du pays Bamoun. Cette contradiction est peut-être due au fait que les Allemands ont privilégié leurs intérêts notamment en ce qui concerne la langue allemande qui fut imposée sur toute l’étendue du territoire national en général et en pays Bamoun en particulier (1-) et ont ainsi muselé le Roi NJOYA et la langue Shumom (2-).

1. La politique linguistique comme outil d’appui à l’impérialisme allemand au Cameroun

Le Bamoun, appartient au groupe de langues semi-bantou au sein de la famille des langues négro-congolaises. Le Roi NJOYA a créé des écoles de « Shumom » en 1896 et plus tard, 48 écoles furent créées sur tout le territoire Bamoun et aussi dans le Haut-Nkam, dans les Bamboutos et à Bana, où il existait une inspection scolaire.

Les Allemands ont encouragé cette initiative mais pas les Français qui verront en celles-ci un obstacle à leur processus de colonisation car cela passait par les églises et les écoles pour asseoir leur domination. « L’école du Blanc » est donc restée vide.

La politique linguistique allemande, définie depuis par la loi du 24 avril 1910, constitue une véritable déclaration de guerre lancée aux langues locales. La langue allemande est désormais le seul instrument de communication dans les écoles du territoire.

Cette attitude de l’administrateur colonial allemand ZECH confirme cette position hostile aux langues locales : « Je ne peux pas admettre que l’enseignement chrétien en langue locale soit dans l’intérêt de la colonie… Avec l’étude de la langue et son élévation au rang de la langue écrite, le sentiment national des indigènes va sans doute s’éveiller, mais en aucun cas un sentiment allemand ou de sympathie pour l’Allemagne, seulement l’opinion illégitime, reposant sur une illusion et jusqu’à alors inconnues, du sens de leur propre nation, de leur communiqué…. Ceci n’est pas une langue locale qui doit être le trait d’union entre les indigènes et leurs responsables allemands ni entre les peuples de langues différentes ; c’est l’Allemand .

Partant de là, l’installation des musulmans et des chrétiens à Foumban constitue également un véritable goulot d’étranglement de la langue Bamoun en ce sens que les premiers, les musulmans, ont une seule langue sacrée, l’arabe qui permet d’accéder à Dieu. En acceptant donc la foi islamique, le croyant Bamoun devait renoncer à sa propre langue, le Bamoun pour adopter la langue des autres, l’arabe. Le second groupe, les missionnaires chrétiens bâlois sont plus zélés dans un premier temps pour la marginalisation de la langue Bamoun.

Depuis leur arrivée au Cameroun, les Bâlois ont jeté leur dévolu sur deux langues, le « duala » pour l’évangélisation des côtes camerounaises et le « Bali » pour l’évangélisation des Grasslands. Le missionnaire Ernst VOLLBEHR, détaché de la région de Bali pour fonder la station missionnaire de Foumban, « était d’avis que l’apprentissage de la langue Bali pour les enfants bamoun dans l’école missionnaire en création ne serait pas aussi difficile que le haut allemand pour les enfants suisses » .

Même le linguiste Carl Friedrich Michael MEINHOF, consulté par l’Église donne un avis défavorable sur la langue Bamoun. Mais, toutes ces barrières tant au niveau externe qu’interne n’ont pas entamé le génie du Roi NJOYA dont la plus belle expression demeure l’œuvre linguistique .

Par la suite, on va assister progressivement au musellement du Roi NJOYA et de la langue « Shumom ».

2. Le musellement du Roi Njoya et de la langue « Shumom »

Une telle œuvre ne lui attire pas seulement l’admiration mais elle lui crée également un certain nombre d’ennuis. La marginalisation de NJOYA du fait de son système d’écriture et de sa langue commence avec les Allemands et atteint son paroxysme sous l’administration coloniale française avec la déportation du Sultan NJOYA à Yaoundé.

A partir du principe « diviser pour mieux régner », les autorités allemandes ne peuvent apprécier l’œuvre linguistique de NJOYA en ce sens qu’elle heurte les intérêts linguistiques allemands. Surpris par une telle prouesse intellectuelle et artistique, les colons allemands trouvent une autre solution qui consiste, à défaut de détruire ce chef-d’œuvre culturel, à transférer les meilleures valeurs culturelles de NJOYA à Berlin.

Sous le fallacieux prétexte d’échanges de dons, les plus précieux trésors Bamoun se retrouvent au musée de Berlin comme l’avoue ici le gouverneur SEITZ : « Ces objets ont une valeur inestimable. C’est pourquoi j’ai tenté de le protéger pour le musée de Berlin, immédiatement, par l’intermédiaire du Capitaine RAMSAY de l’existence du fauteuil royal après avoir pris connaissance que le Capitaine CLAUNING était chargé des négociations. Le 27 février 1908, j’ai eu l’honneur d’exposer nos récentes acquisitions à Sa Majesté l’Empereur notamment l’écriture inventée, en lui annonçant que la petite banquette arrière serait ajoutée au siège royal, dès que ce chef intelligent et fidèle voudra reconnaître le soutien militaire que nous lui avons apporté ».

Contre les Français qui voulaient détruire son autorité et s’en prendre directement au peuple Bamoun, il s’est redressé fièrement pour faire face à cette adversité. Les autorités françaises n’eurent pour seul recours que de la contraindre à l’exil. Ce fut l’occasion pour le peuple Bamoun de faire la preuve de son amour pour son souverain et n’eut été la volonté de ce dernier de ne plus voir le sang de son peuple verser pour lui, celui-ci aurait pris des armes pour empêcher cet exil. Ce peuple le suit même dans son exil à Yaoundé, amenant son « geôlier » présumé à le considérer plus en souverain en visite à Yaoundé qu’en un exilé dans cette ville.

Le Roi NJOYA a été soumis à une triple domination extérieure : allemande, anglaise et française. Comme un roseau, il a su plier quand l’adversité était forte et rester fièrement debout jusqu’à rompre pour l’intérêt de son peuple qui était menacé. Par cette attitude, il a su tenir à distance Allemands et Anglais protégeant de ce fait le peuple Bamoun contre certaines rigueurs coloniales.

3. Le soutien inexistant des autres chefs locaux à l’égard de la lutte de Rudolf Douala Manga Bell

A cet égard, il faut remarquer le manque de soutien observé entre les différents chefs traditionnels pendant la période coloniale. C’est le cas notamment lors de la révolte du peuple Duala contre l’oppresseur allemand, avec à sa tête, le chef Rudolf Douala Manga Bell, qui sollicitera l’aide de ses pairs et trouvera porte close.

Ainsi, on a dénoncé une mission chez FONJONGA, chef Bali connu, mais on n’a pas pu le prouver . On a cependant trouvé des contacts avec le chef TATA de Bagam et avec le chef NJOYA de Bamum.

Par ces intermédiaires, les Duala informaient le chef BAGAM de leurs actions et lui faisaient comprendre qu’ils comptaient sur son soutien. Celui-ci n’était pas assez téméraire pour oser et avoua ce qu’il savait quand on l’interrogea . L’un des souverains camerounais les plus importants que les émissaires Duala rencontrèrent en avril 1914 fut le Sultan Bamoun, NJOYA.

L’envoyé des Duala auprès du Sultan NJOYA était NDAME qui au nom de Rudolf MANGA BELL, demanda au Sultan NJOYA de soutenir les duala dans leur lutte contre les autorités coloniales allemandes. L’émissaire NDAME arriva à Foumban le 26 avril 1914. Il était Bamoun de naissance et avait été vendu à Bodiman et travaillait comme ouvrier depuis mars 1911. Il fut pris en confiance par le tailleur EKANDE NGONGI, un homme de BELL, et en accord avec RUDOLF MANGA BELL, chargé de transmettre oralement un message au chef NJOYA. NJOYA, un homme doué d’une intelligence diversifiée, qui avait déjà obtenu des résultats extraordinaires sur le plan économique et culturel, mais qui en matière de politique pensait en premier lieu à son pouvoir personnel, l’écouta en présence de ses conseillers.

NDAME dit : « Le temps pour lequel le traité a été conclu avec les Allemands en 1884 est révolu. MANGA veut aider les noirs à sortir du fossé dans lequel ils sont tombés et à combler ce fossé ».

Il insista sur le fait que les autochtones ne voulaient pas autoriser l’expropriation de leurs terres. Par ailleurs, il présenta au Sultan NJOYA le fait que Rudolf MANGA BELL souhaitait demander le soutien de l’Angleterre et s’apprêtait à reconnaître la souveraineté de ce pays au lieu de celle de l’Allemagne. NDAME termina son appel au Sultan NJOYA en lui disant qu’en cas d’acceptation de la requête du roi Rudolf DUALA MANGA BELL, il devait envoyer un émissaire à Douala.

Il déclare en effet : « Les Allemands sont injustes, ils n’aiment pas les chefs des Noirs, mais les tourmentent et prennent beaucoup d’argent aux Noirs…les Anglais par contre n’agissent pas ainsi. DOUALA MANGA a besoin du soutien des chefs en vue et si NJOYA est d’accord, qu’il veuille envoyer un émissaire à Douala » .

Le Sultan NJOYA rejeta la demande du Roi BELL et, entre autres choses, il déclara : « Les Allemands sont mes maîtres, qu’ils me fassent du bien ou du mal, je leur reste fidèle… Moi, Njoya, je sais que je si donne mon nom pour cette affaire et que les Allemands l’apprennent, ils m’attraperont avec Manga et Fonyonga et nous tueront, parce que nous aurons trahi l’Empereur (allemand) ». Dans la soirée du 27 avril 1914, NJOYA rendit visite avec ses huit conseillers au missionnaire bâlois GEPRAGS à Foumban et, ému, il lui demanda conseil. Le missionnaire lui conseilla de tout noter par écrit.

Le 28 avril de la même année, NJOYA donna les notes au missionnaire GEPRAGS qui les remit aux autorités allemandes et NDAME fut arrêté par ces dernières . Cette trahison aboutit à l’arrestation de Rudolf MANGA BELL, NGOSSO DIN, EKANDE NGONGI, MFOMU et bien d’autres.

Partant de là, depuis le début du XXème siècle, de facon souterraine, puis au grand jour et de facon souvent spectaculaire depuis la Deuxième Guerre Mondiale, on assiste à tous les niveaux, dans toutes les catégories sociales et sous toutes les latitudes , à un immense processus de désaliénation.

Bien entendu, ce phénomène ne saurait masquer l’action inverse, celle de l’uniformisation et de toutes les forces aliénantes qui sont aujourd’hui à l’œuvre, plus ou moins insidieusement, aussi bien dans les rapports économiques et sociaux que dans les luttes politiques . Il semble bien d’ailleurs que ce soit précisément pour répondre à ce défi, dont on commence à prendre clairement conscience, que se développe cette revendication à la différence qui va de pair avec la désaliénation, si bien que le fait majeur depuis le dernier quart du XXème siècle est sans doute, selon la formule d’Henri LEFEBVRE, « la lutte titanesque où s’affrontent les pouvoirs homogénéisants et les capacités différentielles » .

Il s’agit, entre autres, de démontrer que l’identité se construit aussi par le territoire, espace géographique produit affectivement, culturellement et symboliquement, et ce sous plusieurs aspects : celui des repères que l’homme construit dans cet espace, sous l’angle des rapports sociaux entretenus par les individus dans cet espace.

A partir des postulats, on peut affirmer avec Chantal BLANC-PAMARD que « l’identité culturelle et l’identité géographique se fondent dans un même espace et donnent naissance au territoire » .

Les contributions contenues dans l’ouvrage édité par Claude-Hélène PERROT et François-Xavier FAUVELLE-AYMAR montrent l’évolution et les formes de pouvoirs coutumiers, leur transformation voire leur manipulation et leur résurgence à l’époque contemporaine. Elles montrent les rapports sociaux et politiques entre chefs et pouvoirs publics, surtout que les chefs, dans leur rôle d’intermédiaires entre l’Etat et leurs populations, sont dès l’époque coloniale, pris dans le harnais d’une double légitimité et d’une double loyauté .

De plus, Raymond LECOQ a découvert à sa base le développement d’un « esprit communautaire par des sociétés coutumières, qui discutent des travaux à entreprendre, des cotisations à verser pour les achats communs » .

On comprend bien pourquoi Vincent MULAGO disait que : « L’africain ne vit pas dans sa propre vie, mais celle de la communauté. Il sait que détaché de cette communauté, il n’aurait plus de moyens matériels et spirituels d’exister. Il sait surtout que la vie est une participation à celle de ses descendants, et que sa conservation, son renforcement en dépend continuellement » . L’expression de « chef traditionnel » est elle-même inconnue du lexique des organisations sociopolitiques de l’Afrique précoloniale. C’est une innovation du colonisateur que l’Etat postcolonial a simplement récupéré et affiné.

En effet, originellement, cette expression est contemporaine de l’arrivée du colonisateur européen. Elle entre dans le vocabulaire juridique et administratif camerounais avec l’arrêté du 4 février 1953 sous l’expression « chef indigène ». Ce texte détermine les chefs supérieurs, les chefs de groupements et les chefs de villages.

Ce texte est complété par un deuxième arrêté pris le 1er mars 1933 qui reprend la répartition des subdivisions administratives comme suit : les chefferies supérieures, les lamidats ou sultanats , les groupements ou cantons , les villages ou quartiers .

Le chef traditionnel relève directement de l’autorité hiérarchique du représentant de l’Etat dans sa circonscription : son mode de désignation, ses responsabilités, son traitement financier et son régime disciplinaire en font un agent public. A ce titre, le juge administratif francais a décidé dans l’affaire GBOABAN que le chef de village doit être regardé comme un fonctionnaire local et que par suite, tout litige lié à sa nomination doit suivre la procédure administrative contentieuse telle qu’établie par les textes.

Dans les pays Bamoun, Bamiléké et Peul notamment, les actuels chefs de 2ème degré ou de 3ème degré étaient nommés par les chefs supérieurs actuels. En transférant ce pouvoir à l’autorité administrative, le décret de 1977 à la suite de l’arrêté de 1933, a détruit ce chainon de dépendance qui tenait l’édifice du commandement traditionnel authentique .

La toponymie est au cœur de la relation de la société avec l’espace et elle exprime une des facettes de la dimension politique de ce rapport. Elle est porteuse de sens, de valeurs, dans un espace construit et parfois pour un temps donné, en rapport avec les groupes sociaux . Elle participe au découpage de l’espace, un territoire identifié et nommé, étant un territoire défini et délimité. La toponymie relève d’une intentionnalité. Les lieux et ces territoires ont un sens et pour chaque communauté, la toponymie est porteuse de sens . On n’hésite d’ailleurs pas à employer la notion d’autochtonie pour remettre en question les droits des « autochtones ».

Les pratiques d’exclusion qui en découlent ont pu s’appuyer sur un principe commun d’antériorité deshistoricisé synthétisé par Jean-François BAYART et Peter GESCHIERE dans la formule « j’étais là avant » ; principe qui a réussi à exprimer et à naturaliser des clivages sociaux.

Cette autochtonie se décline sur des modes divers entre autres des rhétoriques de l’appartenance à l’ancestralité ; sa force semblant résider surtout dans sa capacité à articuler différents niveaux d’identité dans un contexte de volatilité des processus économiques et politiques .

Pour Adamou NDAM NJOYA, par exemple, dans le Cameroun dans les Relations Internationales, écrit que le Traité du 12 juillet 1884 n’est pas un traité entre États mais plutôt un accord entre les firmes privées allemandes et les princes Duala.

Il indique qu’alors que le Traité Préliminaire était signé par un représentant du Reich Allemand, le Traité Final fut signé uniquement par les firmes allemandes de Douala bien que le Reich le reconnût plus tard. Une autre critique du Traité Germano-Duala s’appuie sur le fait que l’accord final omettait les clauses du Traité Préliminaire, clauses par lesquelles les rois et les chefs sauvegardaient leur monopole commercial. De plus, l’accord du 12 juillet 1884 ne fut pas ratifié par tous les souverains Duala.

Le Prince LOCK PRISO de Hickorytown refusa de le signer et organisa une résistance farouche. Cette résistance aboutit à une guerre ouverte contre les Allemands du 10 au 22 décembre 1884. Par cet accord, les rois et les chefs Duala cédèrent leurs droits de souveraineté, de législation et d’administration aux firmes privées allemandes et finalement, au Reich. Ils conservèrent uniquement leurs droits de prélever des impôts mais perdirent leurs droits de négociations avec d’autres parties.

En réservant ce droit de prélever les impôts et de conserver les terrains des villes et des villages « comme propriété privée des indigènes » alors qu’ils perdraient leur souveraineté, les Duala créèrent une situation ambigüe qui devint plus tard source de conflits.

B LA SIGNATURE DU TRAITÉ DU 12 JUILLET 1884 ET LA PERTE DE LA SOUVERAINETÉ DES CHEFS DUALA

Cet accord signifiait également non seulement la perte éventuelle de l’avantage d’intermédiaire des Duala dans le commerce entre les Européens et les Allemands bien qu’ils ne s’en rendirent pas compte. Cette ambigüité devait aboutir finalement à la tentative d’expropriation de leurs terres en 1912. Enfin, dans une perspective internationale, l’Allemagne avait acquis une colonie sur la côte de Guinée et participa à la conférence de Berlin avec de nouveaux atouts aux négociateurs.

La littérature scientifique sur l’époque coloniale allemande au Cameroun, prétend, à tort, ne connaître de ce traité que la traduction allemande qui fut publiée lors de l’affaire de l’expatriation des terres à Douala en mai 1914, c’est-à-dire presqu’à la fin de la présence allemande au Cameroun. RUDIN dans son ouvrage Germans in the Cameroons affirme dans l’appendice qu’il lui fut impossible de trouver le texte original en anglais.

BRUTSCH dans les « Traités camerounais » déclare ceci à propos du traité de protectorat : « Nous ne pouvons donc en présenter ici que la traduction officielle allemande donnée dans l’important mémoire du Reichstag, publiée en 1914 pour justifier l’expropriation du plateau de Joss à Douala » . Le Révérend Pasteur MVENG dans son Histoire du Cameroun affirme d’ailleurs la même chose. Dans son ouvrage A travers le Cameroun du sud au nord paru en 1893, le lieutenant MORGEN en donne dans l’introduction une traduction, ce qui prouve bien que l’original en anglais existait effectivement et était accessible au public .

La seconde remarque porte sur le fait que les chefs Duala ne reçurent jamais de copie du traité. De nouveau le pasteur BRUTSCH s’appuyant sur le contenu de la lettre d’un officier naval britannique, datant du 26 juillet 1884 et publiée dans le « Blue Book » de 1885, affirme qu’à en croire cette lettre, « les Rois Akwa et Bell n’en reçurent aucune copie » . Albert WIRZ est du même avis lorsqu’il écrit : « De manière significative, les Duala n’ont pas reçu une copie du texte du traité » . Notons que ces auteurs ne sont pas les seuls à défendre cette thèse qui bien entendu s’appuie sur des témoignages tout à fait plausibles. Max BUCHNER montre dans Kamerun comment les traités étaient généralement faits ; selon lui, pareil document était habituellement fait en deux exemplaires, dont l’un était remis au chef africain .

Dans leur pétition, les chefs AKWA demandaient au Reichstag d’exiger une copie du traité au Département Colonial pour prendre connaissance des conditions qu’ils avaient posées lors de sa signature et ils n’avaient pas joint à la pétition une copie du traité… Ce point de la pétition des chefs Akwa nous apporte un fait nouveau important : les Duala furent bien en possession d’un exemplaire du traité. L’existence de celui-ci nous est pour ainsi dire confirmée par la lettre de MPONDO AKWA adressée de Berlin le 22 février 1906 aux chefs AKWA.

Représentant les AKWA en Allemagne, il avait réussi à avoir une copie du traité. Il la leur envoyait et demandait de bien la conserver. Sa lettre nous donne en même temps une idée des conditions dans lesquelles l’exemplaire des Duala aurait disparu : « …garde le contrat en sécurité afin qu’il ne soit pas revendu(e), comme le premier » . « L’exemplaire des Duala aurait été vendu ? A qui ? Qui avait intérêt à ce que pareil document n’existât pas ? »

En effet, si leur accord a produit des effets juridiques au-delà du cadre national, ils méritent d’être qualifiés de sujets de droit international et mieux encore, de sujets de droit international dotés de la capacité contractuelle requise à l’article 2 de la Convention de 1969.

On sait en effet que depuis les travaux de Thomas HOBBES, lui-même précédé par Samuel VON PUFENDORF, la qualité de sujets de droit international est limitée aux États et à leurs représentants légaux .

Emer DE VATTEL en livre un éloquent aperçu : « Les Nations traitent et communiquent entre elles par l’intermédiaire de ministres publics dont il peut exister plusieurs ordres et différentes espèces, mais qui possèdent tous ce caractère essentiel (et) commun, d’être des représentants d’une puissance étrangère » .

Cette idée reprise par les contemporains se présentait déjà sous la plume de Charles SALOMON : « La communauté internationale est formée d’un certain nombre de personnes juridiques internationales (et cette qualité, ainsi que les avantages qui en découlent, n’est reconnue qu’aux États) qui seules peuvent être le sujet de rapports juridiques internationaux » .

Par sujets de droit international, il convient donc d’entendre les États dont la capacité juridique est liée à la personnalité de l’ONU et, par extension de ladite personnalité, les organisations internationales. C’est pourquoi nous avons questionnés le concept de « sujet de droit » par rapport aux chefs Duala.

1. Les chefs Duala : sujets de droit ou non ?

Michel TROPER rappelle à ce propos qu’« on appelle sujets de droit pour en faire découler des droits, mais de savoir s’ils ont un droit pour affirmer ensuite qu’ils sont sujets » . Dans la même veine, la Cour internationale de justice établit la corrélation entre la « capacité d’agir et la personnalité internationale ». Le fait d’avoir conclu un traité ne serait-il pas dès lors tributaire de la qualité de sujet de droit ? Si tel est le cas, et ce fut le cas, les deux parties au Traité de 1884 méritent d’être regardées comme des sujets de droit, international de surcroit, du moment où le droit qu’elles ont produit est tributaire « de la souveraineté externe ».

Est sujet de droit, toute entité destinataire d’un ensemble de prérogatives formulées par le droit positif. Par transposition, on dira que sont sujets de DIP tous ceux qui ont une habilitation, un droit, à agir au-delà de l’ordre juridique national. Ainsi, pourrait-on avancer qu’en reconnaissant que le « Consul général en mission dans l’Afrique (….) a négocié avec des chefs indépendants », BISMARCK, un acteur déterminant de l’ordre westphalien, dévoilait la personnalité internationale des chefs indigènes. L’idée de chefs indépendants promeut une double identité de souverains et de peuple indépendant. Toute chose qui justifierait, selon François DE VITORIA, l’idée d’État.

Or, la notion de peuple dont la qualification a suivi le droit à l’indépendance fut évoqué à cette époque pour désigner une contradiction interne à la légalité coloniale. On parlait de peuples « sans droit » ou de peuples « hors du droit » pour entreprendre la dichotomie, qui sera entretenue dans le contexte onusien, entre « peuples barbares » et « nations civilisées ». A la différence de celles-ci, ceux-là ne pouvaient prétendre à aucun droit et donc à la qualité de sujet de droit international.

Cette conception suit la théorie de James LORIMER qui attribue la capacité juridique au prorata du développement socio-économique. La formule consacrée est : « les créatures non raisonnables ne peuvent avoir des droits ». Elle a justifié l’idée de la colonisation, le droit à posséder ou à déposséder au nom d’une définition hellénique du principe de la mise en valeur .

Le principe de la représentation qu’on verra dans les prochains développements en sort dévalué : le représentant légal et a-juridique. Il ressort en effet de l’étude d’Alfonso MARTINEZ recommandé par Martinez COBO, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la question autochtone, que les traités conclus entre peuples autochtones et États relèvent du droit international.

Ainsi est-on fondé, en considération de la capacité juridique des rois Bell et Akwa, de conclure que le Traité de 1884 établit la personnalité juridique du peuple au nom duquel ils ont agi. Dans l’étude citée, Martinez COBO reconnait d’une manière générale aux autochtones ou indigènes d’hier la qualité de peuples au sens du droit international . Une telle qualification entretient en droit constitutionnel la psychose du droit à constituer un État.

Jean NJOYA écrit d’ailleurs : « La peur du séparatisme est une hantise rémanente dans les États subsahariens où le constituant adopte très souvent une attitude prudente à l’égard des notions anthropologiques jugées éminemment sensibles » . La solution de principe à l’ordre régional africain va dans ce sens .

Pour ce qui est de la partie allemande, on relèvera que la doctrine coloniale a « reconnu la qualité des sujets de droit aux grandes compagnies à chartes ». Il s’agit là d’une qualification justifiée par la capacité à commercer au-delà du cadre national.

Corrélativement, la qualification de sujets de droit international justifie l’hypothèse d’un commerce juridique international. Un commerce qui s’exerce, en l’espèce, à partir de la capacité contractuelle. Les parties au Traité de 1884 sont donc, non seulement des sujets de droit international, mais aussi et surtout des sujets de droit international dotés de la capacité contractuelle. En DIP , il ne suffit pas d’être sujet de droit pour signer un traité. Aux termes de la Convention de 1969, la capacité contractuelle n’est reconnue qu’aux agents ou représentants justifiant « des pleins pouvoirs appropriés ». On l’a, de fait, souligné dans les précédents développements : la capacité juridique suit la qualité de sujet de droit, celle-ci étant subordonnée à l’exercice d’une prérogative juridique. A l’époque de l’établissement du Traité de 1884, cette capacité était attachée à deux principes : la représentation et la publicité.

L’idée de représentation se résume dans cette formule de François DE VITORIA : « Le peuple ne peut pas disposer de lui-même sans le consentement de ses princes (et) les princes ne peuvent disposer de lui sans son consentement » . Il s’agit là d’une procédure rigide dont l’exigence est requise dans le processus de la validation des traités ayant trait à la souveraineté. Le rapport entre représentant et représenté fait de l’un et de l’autre des titulaires partiels de la capacité juridique. Le premier disposait de l’animus, la capacité liée à l’attribut de souverain et le second du corpus, une caractéristique essentielle à la définition de la propriété foncière. L’animus et le corpus réalisent une corrélation entre le représentant et le représenté. En ce qui concerne le plébiscite, il était requis spécifiquement pour les traités d’annexion .

L’idée est savamment résumée par Hugo GROTIUS : « s’agissant des intérêts sociaux, les membres doivent se soumettre à la majorité, parce qu’on doit présumer qu’ils ont voulu l’existence d’un moyen de décider des affaires ; or, il serait injuste que la minorité l’emportât ; ainsi, d’après le droit naturel, l’opinion de la majorité a le même effet que celle de l’ensemble ». Précisément, « (l) a souveraineté peut aussi être aliéné par celui à qui elle appartient, roi ou peuple. Mais, s’agissant d’une province, il faut, en outre le consentement du peuple qui l’habite » .

Ainsi, le traité du 12 juillet 1884 possède des caractéristiques floues qui posent la question suivante : est-ce un contrat à caractère privé ou public pour la partie allemande et en avait-elle la légitimité ?

2. La clause de réciprocité : un manquement juridique de la partie allemande

Selon Hugo GROTIUS, « (u) n traité public n’oblige une partie qu’autant que l’autre fournit les prestations qu’elle a promises ». Cet acte est donc constitutif d’une violation de la convention pouvant entraîner, conformément à l’article 62 de la Convention de 1969, une nullité au nom de la clause « rebus sic stantibus ».

Cette clause relative au changement fondamental de circonstances pourrait mieux être convoquée à la suite des évènements. Enfin, la clause de réciprocité promeut le rapport d’affaire ou la cause du contrat. Dans cette perspective, elle entretient l’idée de fidélité et de bonne foi bien connue chez les civilistes. La fidélité, écrit Jean-Marc Trigeaud, c’est « le respect de la parole donnée » .

Elle ne se confond pas à la bonne foi qui s’apprécie à partir du régime des vices de consentement. La première se rapporte à la « promesse juridique » et la seconde à « la promesse morale ». On verra dans la règle « pacta sunt servanda » , le prolongement de la première. Elle est aussi la plus évidente, la plus facile à déterminer.

C’est pour cette raison qu’il est aisé d’établir que la partie allemande n’a pas respecté sa promesse juridique qui consistait à payer continuellement l’impôt relativement à l’activité commerciale qu’elle exerçait en concurrence avec d’autres puissances étrangères sur le long des rives de la ville d’Akwa. En effet, par deux actes significatifs, l’administration allemande est sortie des clauses du Traité de 1884.

D’une part, par un arrêté signé le 19 juin 1895, le gouverneur du Cameroun Jesko VON PUTTKAMER interdit aux autochtones « d’exercer tout commerce sur la Sanaga, la voie fluviale qui ouvrait l’accès aux pays Bassa et Yaoundé ».

Ces obligations entendaient, pour l’essentiel, laisser libre cours au commerce européen sur les rives du Wouri conformément à la deuxième réserve formulée par les autochtones afin de protéger « les traités d’amitié et de commerce qui ont été conclus avec d’autres gouvernements étrangers ». L’idée consistait à passer d’un accord commercial à un traité d’annexion .

D’autre part, et dans le même ordre d’idées, le Reich promulgue, le 15 juin 1896, une ordonnance impériale instituant la notion de terres vacantes et sans maîtres pour identifier les terrains inoccupés. L’ordonnance de 1896 donne, et c’est le moins qu’on puisse dire, un sens à la politique allemande de l’Hinterland. Elle ambitionne surtout d’introduire le droit moderne dans la gestion des terres, disons dans l’appréhension des titres de propriété.

Par quels moyens une société marquée par l’oralité pouvait-elle « prouver » des droits aux membres d’une société dans laquelle l’écrit constitue le moyen irréfutable de preuve ? Dans la stricte tradition africaine, tentèrent d’expliquer les monarques locaux, « toutes les terres d’une communauté appartiennent à l’ensemble des individus, chacun n’ayant sur la parcelle qu’il occupe qu’un droit d’usufruit. Ces terres sont généralement placées sous la tutelle d’un chef et ne sont limitées que par les terres des tribus voisines. Même temporairement inoccupées, elles ne sauraient être considérées comme terres vacantes et sans maîtres .

Techniquement, l’on conteste la qualification de « res nullius » dans ce cadre parce que les terres inoccupées ne sont pas comparables à une ile déserte qui aurait illustré, en droit romain, l’absence du droit de propriété.

Alexandre-Dieudonné TJOUEN rapporte que, malgré les oppositions des indigènes pour qui les terres inoccupées sont peut-être vacantes mais appartiennent « aux ancêtres et à leurs lignages », l’administration allemande classe les terrains visés dans le domaine impérial : on parle sans titre de terres de la Couronne .

La souveraineté, disons plus modestement la propriété foncière, passe de l’autochtone à l’allochtone par défaut de preuve du premier et sans le besoin de preuves pour le second. En 1910, l’administration allemande exproprie, de force, les riverains du plateau Joss. Les autochtones, dirigés par le chef Rudolf DOUALA MANGA BELL, protestent courageusement contre cette mesure. Trois ans plus tard, MANGA BELL est démis de ses fonctions puis pendu quatre jours plus après en compagnie de son cousin NGOSSO DIN.

Voilà qui fait de l’année 1884 une référence dans la conscience collective, un espace de recueillement pour les peuples autochtones. Le texte de 1884 mérite-t-il finalement le qualificatif de traité au sens moderne du terme ?

La réponse dépendra sans doute de la ligne méthodologique qu’on y appliquera. Olivier JOUANJAN n’enseigne-t-il pas, non sans avoir utilement rappelé que tout sujet est relatif, que le concept et la connaissance ne sont pas dans l’expérience mais dans la faculté créatrice ?

Quid de la détermination du titre juridique d’autochtone au Cameroun aux premières heures de la conquête du territoire appelé « Cameroons » ?

3. Le caractère juridique du Traité du 12 juillet 1884 face au statut d’autochtonie des peuples conquis

Pour une part, le Traité de 1884 serait efficient pour la détermination du titre juridique d’autochtone au Cameroun. Un statut qu’on conteste aujourd’hui, aux peuples de la modernité, après la colonisation, a emballé dans le « fagot » de la mixité urbaine. Un statut pourtant établi depuis l’époque coloniale. En effet, le Traité de 1884 tend à relever que les peuples autochtones seraient de véritables sujets de droit et de droit international précisément…

Hugo GROTIUS le rappelait : lorsqu’il s’agit de statuer sur les intérêts de la société, la voix de la majorité est requise. Cette question est entrée dans la postérité. Il s’agit de manière serrée de promouvoir le droit à l’autodétermination qui, souligne la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, oblige l’adoption de l’une des formes d’administration suivantes : « auto-gouvernement, gouvernement local, fédéralisme, confédéralisme ».

D’autre part, l’idée d’un traité imposait la question de sa validité. Il était courant de distinguer l’annexion de la cession et de l’occupation. Le traité d’annexion, on l’a dit, était soumis à une procédure rigide …

L’annexion qui s’en est suivie rentre dans le cadre de l’unilatéralisme, dans le cadre de la conquête pour reprendre François DE VITORIA. La cession quant à elle pouvait être envisagée, avec cette réserve que le Traité de 1884 impliquait l’aliénation de la souveraineté et le territoire. Or, dans ce cas, la cession devait techniquement aboutir à l’annexion et, pour cela, exigeait la procédure décrite plus haut.

En effet, s’il était d’usage de confondre la souveraineté aux droits de la propriété en application du droit romain, l’on entretenait tout de même une distinction entre le domaine royal et le domaine des particuliers .

Le paiement de l’impôt atteste, en tout état de cause, de ce que le Traité de 1884 était un accord commercial… Ce n’était pas un traité d’annexion, de cession ou d’occupation, mais un accord commercial, un traité d’« attribution de sphère d’influence » ; un traité dont le lien juridique a été rompu en 1887 lorsque la partie allemande a cessé de remplir son obligation.

La suite n’est qu’un rapport de force. François DE VITORIA écrit dans cette ligne qu’il ne suffit pas « de prendre pour acquérir juridiquement » . Les traits semblent avoir été forcés dans le but de justifier l’idée d’un traité d’annexion alors même qu’une qualification autre - à l’exemple de la convention d’établissement commercial n’aurait pas dispensé le Cameroun d’une annexion programmée .

IV. LES POUVOIRS POLITIQUES TRADITIONNELS BAMOUN ET DUALA AU PRISME DE L'ETAT POSTCOLONIAL CAMEROUNAIS : CONTINUITÉ DES TRADITIONS COLONIALISTES OCCIDENTALES

Le pluralisme politique au Cameroun se manifeste par l’existence de plusieurs formations qui, chose normale dira-t-on, n’ont pas le même poids dans l’espace politique. Si le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti au pouvoir, apparait comme une formation politique étendue sur l’ensemble du territoire, avec des extensions dans certains pays d’Europe comme la France ou l’Angleterre, ce n’est pas forcément le cas de l’Union démocratique du Cameroun, présentée longtemps encore comme un parti régional, si ce n’est une formation politique ayant pour base électorale des membres de la communauté Bamoun (A-). C’est également le cas de la société Duala qui fera face à l’apparition de nouvelles forces antagonistes c’est-à-dire l’émergence des « allogènes ». De plus, la ville de Douala sera d’ailleurs segmentée en quartiers « communautaires » qui sera une des preuves les plus tangibles du tribalisme et de l’utilisation de ces « effets pervers » par les partis politiques locaux (B-).

A LE POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL BAMOUN FACE AU PLURALISME DE LA VIE POLITIQUE MODERNE CAMEROUNAISE

Ainsi le caractère tribal, voire régionaliste, est un facteur qui viendra rendre compte de l’incapacité de certains leaders à pouvoir convaincre, par leur programme, l’électorat dans sa diversité socioprofessionnelle, linguistique et culturelle. En effet, la pratique politique au Cameroun s’est toujours confrontée à la question des identités fragmentaires où l’adhésion à une formation politique ne se fait pas sans lien à l’origine ethnique du principal leader et de la représentativité ethnique du principal leader et de la représentativité ethnique des membres influents de ladite formation, lorsque ce ne sont pas simplement des réseaux clientélistes qui sont mis en jeu.

C’est ainsi que le déploiement de certaines formations politiques sur des terrains acquis à la cause d’autres partis n’est pas toujours chose aisée, dans la mesure où des résistances et même des confrontations sont parfois enregistrées.

Dans ce cadre on a pu dégager, au-delà de l’existence de plusieurs formations politiques dans le Noun, une perception différente du rapport à l’autre, le frère, le parent ou le chef de famille, construite sur la base de l’appartenance, de fait ou imaginaire, de l’autre à l’une des deux grandes tendances politiques présentes dans la localité. Il existe deux grandes formations politiques qui se partagent les voix électorales dans le Noun et animent les débats qui déstructurent les liens familiaux : il s’agit du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) – parti au pouvoir – et l’Union démocratique du Cameroun (UDC) dont le leader charismatique, à savoir Adamou NDAM NJOYA, est un fils de la cour royale. Il y avait également des familles Bamoun ayant un ancrage politique rattaché à l’UPC, notamment la famille de Félix-Roland MOUMIE qui, à l’époque des revendications nationalistes des années 1960, était secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Au fil des années, cette famille s’est ralliée à l’UDC .

1. La société Bamoun : divisions religieuses et politiques instrumentalisées par les différents partis politiques.

Cette bipolarisation de la société Bamoun va également s’observer sur le plan religieux, avec la cohabitation de deux grands mouvements religieux, l’islam d’un côté et le christianisme de l’autre.

Dans l’imaginaire populaire local, le RDPC est présenté comme étant le parti des chrétiens et des élites urbaines, avec l’ensemble des fonctionnaires de l’administration publique camerounaise, des intellectuels et d’autres hommes d’affaires, bref, le parti qui rassemble tous ceux qui sont soucieux de leur carrière professionnelle et de leurs activités économiques. Les autorités traditionnelles se devaient dès lors, comme par le passé, de poursuivre leur mission d’auxiliaire de l’administration en contrôlant les opinions subversives qui pouvaient naitre dans leur circonscription de commandement.

A côté, on trouve donc l’Union démocratique du Cameroun (UDC), formation ayant une assise régionale, perçue comme étant le parti des musulmans et constituée par la masse rurale et l’ensemble des classes défavorisées .

L’histoire politique dans le pays Bamoun retient que c’est non seulement l’UDC qui est venue mettre un terme à plus de quarante ans de contrôle de la municipalité par la chefferie traditionnelle, mais aussi à cristallisé les tensions entre les membres d’une même famille au nom de la politique. Le fait majeur qui sous-tend ces antagonismes est que la légitimité politique de l’actuel Sultan (aujourd’hui décédé), Ibrahim MBOMBO NJOYA, a été fragilisée par la perte des élections municipales (RDPC) contre son cousin Adamou NDAM NJOYA, leader de l’UDC. Pour notre informateur NJOYA, résidant à Yaoundé : « On a longtemps vécu une situation où la mairie était détenue par le palais… L’ancien Roi, notamment le père de l’actuel, avait été pendant longtemps maire de Foumban. Ce qui fait que l’autorité traditionnelle était quelque peu confondue avec l’autorité municipale. En 1996 je pense, l’UDC est venue ravir la vedette au RDPC, gagnant les élections municipales. Ce qui dans les mœurs n’était pas imaginable. Cela a créé une crise en ce sens que c’est le royaume, à travers le Roi, qui avait la mainmise sur les terres » .

Depuis lors, l’autorité morale du monarque a été sérieusement fragilisée, écartelée entre la réaffirmation de son attachement au parti au pouvoir et la restructuration de son autorité morale déconstruite par la démocratisation de la parole. Pour Ibrahim, ingénieur, il est clair que : « L’adhésion d’une bonne partie des Bamoun à l’UDC est quasiment comme une sanction que le royaume entretient avec les populations sont remises en cause par le peuple. Et le contexte politique vient créer un prétexte avec ces liens de domination » .

La fragilisation des liens familiaux au sein des familles Bamoun va donc se renforcer au fil des années, au rythme de ce bicéphalisme de l’espace politique, du jeu d’intérêts et du clientélisme politique. Car, autant l’UDC a longtemps été présentée comme le parti politique de la communauté Bamoun, autant le parti au pouvoir entend conserver sa position de parti leader qui laisse peu de chance à ses adversaires politiques.

Or, les enjeux électoraux sont si importants pour les élites du Noun, celles qui se reconnaissent comme militantes du parti au pouvoir, qu’il ne serait pas judicieux de laisser le Noun à l’opposition. Ce serait non seulement une perte de confiance vis-à-vis du pouvoir en place, mais aussi une perte d’autorité des chefs de familles devant les jeunes et leurs enfants .

Pour MIMCHE, fils du terroir rencontré lors d’un entretien approfondi, il est clair que : « Le militantisme dans l’un ou l’autre parti traduit l’appartenance à une catégorie sociale. Pendant longtemps, cela était le cas et l’UDC est restée un parti d’expression des catégories sociales un peu vulnérables, notamment les agriculteurs, les paysans, les ménagères, etc. » (Mimche H. & Alawadi Z., 2011) .

Ainsi, le caractère aristocratique de la royauté et les frustrations séculaires des peuples marginalisés et défavorisés du royaume, auquel s’ajoute la fronde de certaines couches de population soucieuses de changement du système politique, vont activer les tensions sociales et politiques dans le Noun. Si ces formes de contestation populaire s’expriment de manière dissimulée au sein des familles, elles se trouvent ravivées en période de surchauffe électorale.

Aziz NJOYA soutient à ce titre que : « Dans toutes les familles il y a deux camps qui s’affrontent. Il y a le camp des rdpécistes et il y a le camp des udcistes. Officiellement, ils ne vont pas se revendiquer comme tels, mais dans leurs différents comportements, on l’observe… Généralement lorsqu’il y a un évènement dans la famille, lors des prises de parole, le RDPC veut intervenir et l’UDC veut aussi intervenir. Ces interventions ne sont pas à but funéraire ou religieux, c’est généralement des interventions politiques. C’est des messages qu’on passe, des sensibilisations qu’on fait. Et l’ordre dans la prise de parole est un élément très important où quand untel a parlé, l’autre ne doit plus parler. Et cela créé des bagarres dans les familles » .

Avec le temps également, ces clivages sur la base du positionnement politique se sont quelque peu dilués, en l’absence d’un véritable changement au niveau des collectivités territoriales décentralisées où l’UDC a eu le monopole de la gestion de ces unités pendant plusieurs décennies.

Comme conséquence à cette bipolarisation de l’espace politique dans le Noun, il se trouve que le fait politique s’invite dans des manifestations familiales organisées, en fonction de l’ampleur de l’évènement et de la capitalisation politique qui peut en découler.

2. Le cadre familial comme soubassement des querelles politiques dans le Noun

NSANGOU, un autre informateur rencontré à Foumban, soutient alors que le milieu rural demeure le cadre propice d’observation de ces rivalités entre frères du Noun, au nom de la conquête de l’électorat, où toute occasion de rassemblement est récupérée et capitalisée à des fins politiques. Il soutient à ce titre que : « Dans les zones urbaines, ces tensions ne sont plus très visibles, mais par contre dans les zones rurales, ces tensions restent d’actualité autour des chapelles politiques… elles sont souvent vécues dans les cérémonies familiales, les pratiques funèbres. Autour des obsèques d’un parent, on peut voir des luttes politiques manifestées en termes de contribution financière, d’assistance ou de prise de parole en public » .

Ainsi, une cérémonie familiale devient un espace d’expression politique, ravivée par des tensions latentes qui traduisent aussi bien la contestation du système politique en place que des membres qui le représentent .

Parfois même, il existe des cas où des membres de la famille concernés par l’évènement, mais appartenant à une autre chapelle politique, cultivent une résistance, une réticence même à demander ou à accepter des aides provenant des membres d’un autre bord politique. L’informateur MIMCHE va dans le même sens en affirmant que : « (…) la bipolarisation de l’espace politique dans les familles a entrainé parfois le renforcement d’une certaine catégorisation et même une stigmatisation… Il y a eu des deuils ou des cérémonies où des gens refusent de manger, parce qu’on confond tout à l’argent du RDPC…

On a vu des cas où des gens juraient qu’ils ne demanderaient pas des services à des parents parce qu’ils appartiennent à d’autres chapelles politiques. Il y a eu des cas où des offres, des dons sont offerts, mais des gens refusent carrément de les prendre parce qu’ils n’appartiennent pas à une même formation politique » .

Cette observation permet de constater que le fait politique, dans sa composante portant sur la liberté d’expression et d’appartenance politique, n’a pas que des conséquences « heureuses » pour des sociétés où la contestation du pouvoir du chef, qu’il soit monarchique ou unitaire, se faisait par le détour de la parole ou le silence. Tout ou presque devient sujet à controverse, même une simple causerie avec les « gens d’en-bas » peut dégénérer en une véritable crise familiale .

Dans l’esprit de beaucoup, la simple remise en cause d’un discours peut en venir à être suspectée, et même parfois rapportée à des interprétations politiques. Plus encore, lorsque la nature de la discussion est orientée vers la critique de la gouvernance de l’UDC, cela créé des suspicions même si l’affiliation politique du discutant n’est pas clairement déterminée.

Dans cette mouvance faite de suspicion et de tension, même la simple discussion entre frères devient problématique, par exemple parce que les positionnements, voire simplement les questionnements politiques se heurtent à des positionnements sociaux hérités de la tradition et qui, pour l’occasion, sont réactivés dès lors qu’ils permettent d’éviter la discussion, d’y mettre un terme.

D’où ce témoignage de notre informateur Ibrahim, où l’on voit comment la mobilisation des hiérarchisations sociales traditionnelles (ici la différence d’âge) permet de réinterpréter cette volonté de discuter en atteinte au respect de l’ainé : « J’ai un frère, un cousin, qui, compte tenu de son âge un peu avancé par rapport au mien, pense que je ne peux pas le raisonner, c’est-à-dire l’amener à questionner un peu ses opinions politiques de manière critique. Quand j’arrive au village, il me dit que le président de l’UDC est allé aux Nations-Unies et s’est battu pour que le prix du café augmente. Je l’ai invité à discuter et il a dit qu’il ne peut même pas m’écouter… Il dit que « nous, on est arrivé avec nos idées, là », parce que je lui ai demandé comment se négocient les prix du café avec l’OMC ? A partir de là c’était la distance. On ne se saluait plus pendant des mois. Il a dit à ses enfants de ne plus me parler, parce que je viens je veux les convertir aux logiques du RDPC, alors que je voulais juste l’amener à comprendre les logiques qui sous-tendent le commerce international et que le président d’un parti n’a rien à voir là-dedans » .

Le caractère profond de ces tensions familiales à orientation politique trouve parfois sa source dans la nature des relations qu’entretiennent les chefs de familles avec le sultanat. Car il existe des cas où les chefs ont une autorité et une responsabilité traditionnelle, parfois directement alliée au sultanat .

3. La difficile conciliation entre la tradition et la modernité : l’existence d’une fragilisation du statut traditionnel du fait de l’adhésion à une chapelle politique donnée.

Dans certains cas, les élites traditionnelles seront tiraillées par la nécessité d’assumer leur statut traditionnel avec des implications politiques par rapport au sultanat, et les contraintes de la masse de personnes qu’elles gèrent dans la famille. Ce qui concourt à fragiliser l’autorité parentale, dans un contexte de modernité où une confusion s’est installée entre le fait politique et les affaires de familles.

C’est l’expérience que vit Aziz NJOYA dans sa famille : « Mon grand-père est Nji, donc grand notable et était grand chef, il est soumis au royaume et est dans le RDPC. Il y a aussi des notables dans la famille où certains sont dans le RDPC et d’autres dans l’UDC. Ca crée des situations qui sont telles que parfois il y a des confusions où l’autorité du chef de famille, qui est le grand-père, est remise en cause du seul fait qu’il appartient au RDPC. Le respect qu’il mérite en tant que principal responsable traditionnel de la famille est fragilisé » . Cette reconfiguration du paysage politique a profondément bouleversé la nature des relations entre les membres d’une même communauté, au point où un simple débat peut dégénérer en une crise intergénérationnelle ou familiale.

Ces tensions ont eu également des conséquences sur le plan religieux, avec non seulement la naissance d’autres confréries religieuses, mais aussi d’autres lieux de prières et d’autres mosquées au sein de la communauté musulmane. Il y a des gens qui estiment que la fête doit être faite avec le leader de l’opposition Adamou NDAM NJOYA et non avec le sultan, considéré depuis des années comme le chef religieux de toute la communauté musulmane Bamoun.

Ainsi, le militantisme politique se lit comme une affaire de famille et devient, dès lors, un facteur de déconstruction des liens ou de (re)construction des rapports à autrui, qu’ils soient familiaux ou sociaux .

B LE POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL DUALA FACE AUX TRANSFORMATIONS SOCIOPOLITIQUES DE LA SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE

Le système foncier est le produit de l’histoire politique. La colonisation de l’espace s’est faite sur le mode lignager… Le chef de lignage, titulaire, concédait aux autres membres du lignage des droits de culture permanents transmissibles par voie d’héritage .

Paul PÉLISSIER rappelle par ailleurs les trois principes qui régissent la terre : premièrement, c’est le défrichement qui fonde le contrôle foncier, c’est l’exploitation du sol, sa mise en valeur qui signifie la pérennité de la tenure ; ensuite, tout membre de la communauté a accès à l’utilisation du sol en fonction de sa capacité de travail et de ses besoins, de sorte que le concept de « paysan sans terre » est totalement étranger dans la culture africaine ; enfin, le troisième principe fondateur, sans doute le plus original et le plus menacé est que les vivants ne sont que les usufruitiers d’un bien qui ne leur appartient pas et qui par conséquence est inaliénable . L’impact de la colonisation allemande sur l’avenir foncier s’exprime à travers la « Kronland Verordnung » de 1896 .

Dans les années 1920, l’administration coloniale francaise met en œuvre ce projet de zones commerciales et résidentielles distinctes dans la ville coloniale de Douala, ainsi que la construction d’un port moderne sur les résidences traditionnelles des clans Duala sur la rive du fleuve.

1. Le peuple Duala face à l’apparition de nouvelles forces antagonistes : l’émergence des « allogènes ».

En tant que propriétaires fonciers des terres de l’arrière-pays qui leur sont attribuées à New Bell , les Duala, en tant que minorité de plus en plus petite, ne sont pas plus populaires parmi les immigrants de l’intérieur. Certains de leurs locataires déclarent qu’ils n’ont pas changé leur mentalité de marchands d’esclaves .

Éric DE ROSNY raconte dans « Les yeux de ma chèvre » , un épisode typique : « Les Duala et leurs proches, le bord de la rivière Wuri et la population côtière craignent l’invasion écrasante des Bamiléké, qui ont déjà occupé la moitié de la ville. Ces derniers accusent les Douala de louer leurs terres à des prix exorbitants. La réalisation d’unir les deux communautés dans une seule église et de chanter alternativement la première chanson sur Douala, la suivante sur Bamileke et ainsi de suite ne peut chanter suffisamment le pasteur » . Dans les années 1920, une littérature apparait qui éclaire l’image de la période coloniale allemande – comme une forme de résistance anticoloniale, parfois même de nostalgie, alors que la domination étrangère se perpétue . La justice « jengu » précoloniale et la justice coloniale allemande toutes deux reçoivent la réputation de justice efficace .

Dans le domaine de l’éducation également, il y a eu une attitude nostalgique en faveur des Allemands . Le qualificatif d’immigrant, de populations venues d’ailleurs ou d’allogène est porteur de nombreuses connotations péjoratives pouvant dès lors conduire à une stigmatisation de la population que l’on considère comme tel.

Les distinctions ainsi faites, souvent l’expression des droits fonciers, constituent, dans certaines régions, la cause des conflits fonciers entre ceux qui se disent autochtones et ceux qui réclament le droit à l’autochtonie . Le système foncier coutumier va vaciller. Plusieurs éléments nouveaux vont progressivement entrainer la transformation.

Il s’agit de l’introduction et de l’expansion des cultures commerciales notamment le café comme source primaire de revenu monétaire pour la plupart des populations, la monétarisation des transactions foncières et la tendance de plus en plus marquée de considérer la terre comme une marchandise ordinaire, la croissance démographique, et l’augmentation des cheptels .

De fait, l’ordonnance impériale fixant le régime foncier fait du Reich le propriétaire de ce qu’on appelait terres « vacantes et sans maitre » . Elle permet au gouvernement allemand de passer par des commissions foncières pour faire de toutes les terres qui ne sont pas entre des mains privées ou effectivement exploitées de manière collective par une communauté villageoise des propriétés de la couronne.

On voit ici l’entrée en scène d’une autorité suprême étrangère aux populations, laquelle se réserve le droit de déterminer ce qui revient à ces populations et ce qui ne leur revient pas. De plus, elle reconnait la propriété privée, d’où une tendance à la juxtaposition de deux modèles puisqu’à côté de la propriété dans une main privée peut exister la possession collective d’une collectivité villageoise, la seule condition dans ce dernier cas étant que la terre soit effectivement mise en valeur.

Sous le mandat de la Société des Nations , l’administration francaise par un décret le 12 janvier 1927 et celui du 21 juillet 1932 étendit la législation foncière de l’Afrique Équatoriale Francaise et au Cameroun.

Ces décrets s’inscrivaient dans la continuité des terres « vacantes sans maitre » comme sous l’administration allemande et permettaient aux autochtones d’entrer en possession des terres par l’établissement d’un titre foncier .

Ce droit a été utilisé pour intégrer les terres coutumières au domaine de l’Etat, afin de les attribuer ensuite aux compagnies coloniales . Après la Seconde Guerre mondiale, les Dualas aspirent à une unité plus large et politiquement influente avec les peuples de la région côtière liés par la langue. Ils professent être connus sous le nom de « Sawa » et depuis 1949, ils organisent le festival annuel « Ngondo » dans le district de Deido à Douala avec des régates célèbres de pirogues, initialement organisées à la date du « contrat de protection » de 1884 jusqu’à ce que le festival soit déplacé à la saison sèche en décembre. Les longues pirogues ornées de becs colorés ornent chaque brochure touristique aujourd’hui. Les pirogues de guerre des anciennes élites Duala y renaissent. Le rituel traditionnel Ngondo pour apaiser les dieux de la rivière n’est pas oublié, mais joue un rôle subalterne par rapport à l’évènement sportif et social .

2. La ville de Douala : lieu d’antagonismes entre Dualas « ruraux » et Dualas « urbains ».

Depuis l’indépendance du Cameroun, de plus en plus d’immigrants de l’intérieur ont permis à la « Megapolis Douala » de proliférer et jusqu’à présent tout l’urbanisme planificateur est devenu un déchet. Chaque nouvel axe de circulation devient le point de départ de nouveaux établissements sauvages . Les Duala d’aujourd’hui sont divisés en Duala urbains et ruraux. Ceux qui vivent dans les villes, en particulier à Douala même, gagnent principalement leur vie dans divers emplois savants et non qualifiés.

Beaucoup de Duala possèdent encore des parties de la ville, ce qui leur permet de vivre de loyers et d’investissements. En revanche, les couches rurales des Duala travaillent comme pêcheurs et agriculteurs, principalement au niveau de la subsistance. La pêche est « l’activité de leur choix » .

Les allogènes ne constituent plus une masse homogène tout au plus divisée en « lettrés » et « non-lettrés » : apparaissent à présent les « Yaoundé », les Bamiléké, les Bassa…

Parmi ces éléments, ce furent d’abord les « Yaoundé » qui dominèrent en nombre, ce qui leur valut de voir l’un des leurs promu au grade de Chef Supérieur des Camerounais étrangers à la ville – jusqu’à cette date, les allogènes relevaient des Chefs Supérieurs autochtones… Après les « Yaoundé » venaient les « Grassfield » ou Bamiléké, éléments que l’administration regardait avec une certaine méfiance : « (Ils sont les intermédiaires, les profiteurs de la situation. Ils réglementent la vie indigène et se sont créés une situation des plus avantageuses. Ils ne sont pas aimés mais ont su se rendre indispensables) » .

Bientôt, plus exactement en 1938, ils supplanteront les groupements d’origine Béti-Fang. Acceptant de travailler pour un maigre salaire, ainsi que dans les emplois les plus humbles, les immigrants « Grassfield » prennent toutes les places qui autrefois étaient presque entièrement détenues par les Duala. Les Duala qui se considéraient comme un peuple de gentilshommes, et dont bien souvent la paresse et l’insolence n’ont d’égal que la canaillerie, se sont vu préférer par les employeurs européens des immigrants Bamiléké, et pour les emplois commerciaux importants, des étrangers : Dahoméens, Lagotiens… Autre signe des temps, quelques « Grassfields » aisés sont parvenus à épouser des filles « Douala » .

En effet : « A force de se considérer comme trop nobles pour ne traiter ses affaires que par personne interposée, ajouta l’administrateur, la population autochtone se voit petit à petit reléguée au second plan par les étrangers. Il en est de même pour les planteurs qui finissent par se faire dépouiller, lopin de terre, des plantations qu’ils possèdent dans les subdivisions voisines. Il y a là un phénomène devant lequel nous devons adopter une attitude bien définie : ou laisser faire et même favoriser l’immigration extérieure, ou au contraire sinon l’arrêter du moins la freiner » . De toute facon, il n’était plus possible de freiner cette immigration, de plus, il y avait aussi de vieux comptes à régler.

C’est donc avec sérénité que l’on enregistrait qu’ « après avoir été eux-mêmes envahisseurs, les Duala vont connaitre à leur tour la situation d’envahis et peut-être même celle de refoulés. Cela sous une forme pacifique certes » .

Ainsi, l’administration comprenait enfin que l’ « attachement féroce des Douala au sol (n’était) au fond que le sentiment inconscient de cette situation ». En 1941, l’administrateur de Douala dans son rapport les décrira ainsi : « Nous n’avons plus affaire à des sociétés homogènes, mais à des agrégats d’individus disparates. Ce n’est peut-être pas un mal, pour le but que je recherche, qui est de les faire travailler pour augmenter leur bien-être physique et moral » . Le même administrateur pensait également que « ces milliers d’indigènes, d’étrangers… de toutes les tribus et de toutes provenances auraient vite fait d’absorber les Douala, si (on) ne les en (empêchait). Parfois, il m’est arrivé, révèle l’auteur, de me demander si nous ne devions pas favoriser les étrangers au détriment des Dualas qui, à beaucoup de points de vue, sont peu intéressants » . Béti-Fang, ainsi que Bamiléké retenaient toujours l’attention, ils pouvaient à la longue « absorber l’autochtone si ce dernier ne réagissait pas à temps ».

Le dilemme devant lequel se trouvait l’administrateur donnera lieu plus tard à une double politique ; l’une « pro-duala », l’autre « pro-allogène ». Douala, divisée en 04 (quatre) cantons ou chefferies jusqu’en 1930, comprenait les cantons de Bell, d’Akwa, de Deido et de Bonabéri, tous Duala et ayant à leur tête des chefs supérieurs responsables des leurs et des étrangers à la ville.

Ensuite, elle en comporta 06 (six) : les cantons susnommés auxquels on joignit la chefferie des étrangers camerounais à la ville et celle des étrangers africains non-camerounais. En 1944, elle comptera 04 (quatre) chefferies autochtones, et 05 (cinq) chefferies allogènes, et la région, villes et environs, en rassemblera 10 (dix) avec le canton originaire Bassa, de tout temps indépendant vis-à-vis des Duala.

Après l’élévation au rang de chefferies des groupements Bamiléké et Bakoko, New-Bell, devenait le quartier de l’avenir et en même temps le point noir de la ville .

« L’administration disposant des textes domaniaux qui sont encore en vigueur au Cameroun » , écrivait le chef du bureau domanial de la région du Wouri, … « a renoncé à appliquer l’article 1er du décret de 1938 relatif à la domanialité des terres vacantes et sans maitre ou inoccupées et inexploitées depuis plus de 10 ans – ceci pour des raisons purement politiques. Or seule l’application de cet article aurait permis de concilier les intérêts des Dualas et des étrangers – mais il est impossible de revenir à l’application intégrale du décret de 1938. Un essai de délimitation des cantons, entrepris depuis un an , n’a pas donné les résultats escomptés. Le canton est une division administrative qui ne correspond pas obligatoirement à une collectivité coutumière. Le Haut-commissaire peut, par arrêté, définir les limites d’un canton, mais ces limites ne sont pas toujours celles des terres coutumièrement détenues par les ressortissants du canton considéré. En particulier, un individu peut solliciter la reconnaissance de ses droits fonciers sur une parcelle comprise à l’intérieur des limites du canton voisin » .

En tant qu’autochtones, les Duala occupaient une place à part non seulement vis-à-vis des étrangers africains à la ville, mais aussi vis-à-vis des étrangers d’origine « blanche ». Ils étaient chez eux et montraient que c’était eux qui recevaient les autres, quel que soit le statut de ces derniers. Les étrangers quant à eux, pouvaient considérer la ville comme un lieu de passage, mais tôt ou tard, la plupart pensaient s’y établir et occuper une autre position que celle d’hébergé.

Les Blancs s’ils étaient étrangers n’étaient pour ainsi dire nulle part : ils avaient créé la ville et le Territoire, aussi pour eux les étrangers africains et les autochtones faisaient partie, en quelque sorte, de leur réalisation. Les Duala se trouvaient donc compris entre des étrangers dissemblables à tous points de vue : entre des non-propriétaires bénéficiant d’un simple droit d’usage toléré et d’autres non-propriétaires dispensateurs de tous les droits, ceux qui existaient déjà compris .

3. La question de l’espace dans la ville de Douala : la dénomination des quartiers comme preuve tangible de l’existence du communautarisme et de la territorialité « tribale ».

La segmentation historique de la ville de Douala se perçoit dans la dénomination des quartiers. Dans la spatialisation des peuples, les préfixes « Log, Ndog, Bona », selon le regroupement ethno-identitaire, renvoient au village, à la tribu, au clan ou à la famille. « Log » correspond aux populations Bakoko, identifiant les quartiers comme Logpom ou Logbaba. L’expression « Ndog » détermine les populations Mba n’saa Wouri , d’où les quartiers comme Ndogkoti, Ndogsimbi, Ndogbong. Le préfixe « Bona » fait référence aux populations Duala situant les quartiers tels que Bonapriso, Bonanjo, Bonamoussadi. Cette identification est fonction des sédimentations issues de guerres tribales pour l’occupation des terres et l’élargissement du clan.

Dans la cosmogonie Sawa, l’ainé des garçons avait la possibilité, une fois adulte et marié, de quitter la case paternelle pour fonder sa propre famille tout en gardant un lien avec son clan d’origine, d’où la proximité entre ces différents villages-quartiers . Au regard du projet colonial de sédentarisation des indigènes venus de l’arrière-pays, et puisque le migrant appelle le migrant, les logiques d’occupation de l’espace dévoilent une lecture fondée sur les particularismes identitaires . Le grand quartier New-Bell illustre ce rapport entre autochtones et allochtones . A l’aube de la pénétration coloniale, il constitue un « no man’s land » entre les Sawa et les autres tribus.

Ce quartier représente un véritable microcosme des populations allochtones avec des subdivisions comme New-Bell Mbam-Ewondo (New-Bell terroir des Ewondo) , New-Bell Bassa (New-Bell des Bassa) , New-Bell Bamiléké (New-Bell des Bamiléké) , New-Bell Haoussa (New-Bell des Haoussa).

La valorisation identitaire tenant compte du regroupement des peuplades donne également naissance à des quartiers comme Bamenda , le camp Yabassi , le quartier Bafia . De même, certains groupes ethniques catégorisent ces espaces en fonction de leur attachement à ce « nouveau terroir » désormais le leur. La juxtaposition des quartiers Nkolmintag et Nkololoum et la rue Njong mebi , en langue Ewondo, en sont une illustration.

A l’époque coloniale, cette rue très insalubre était empruntée par les populations Béti qui l’ont nommée ainsi . Loin de se fondre dans l’agglomérat de l’urbanité, la ville se forme au travers des poches de résistance, vestiges de la segmentation ethnique caractérisant les populations .

L’allégeance citoyenne des populations se construit dans la capacité des autorités publiques à permettre un mode de vie souterrain justifiant la construction sociale d’une contre-hégémonie . L’acquiescement des « dominés » aux valeurs de l’ordre social est dans l’acceptation par l’autorité publique du volume discursif et des symboliques déterminées par la logique populaire.

Dans cet ordre, la Rue de la joie abrite deux vestiges de l’histoire sociopolitique de Douala, à savoir la chefferie DEIDO et le 1er bureau de poste de la ville, qui se trouvent au milieu de maisons closes, clubs de nuit, restaurants et autres ventes-à-emporter .

La ville est alors « décrite comme un opérateur qui, sans gommer les différences, articule au contraire dynamiquement de multiples identités intermédiaires sous une appartenance commune » . La ville existe dans cette « capacité » des autorités traditionnelles à accepter de manière évidente les mutations sociales qui leur enlèvent le contrôle sur une bonne partie de leurs sujets, à savoir les allochtones. Les chefs sont toutefois consultés pour donner leur avis sur les litiges fonciers, du fait qu’ils sont censés connaitre l’occupation des sols : être « apprécié comme autochtone » permet de prétendre légitimement par des « droits historiques » à la terre urbaine. D’ailleurs, au plus fort des villes mortes en 1991, des voix se sont élevées parmi les élites Sawa pour demander aux Bamiléké industriels et commercants possédant les grands immeubles de Douala de restaurer les terres volées et de retourner chez eux .

Par ailleurs, l’ordre du discours sur les espaces devient une valeur attachée à une symbolique politique, déterminant le sens que les populations donnent à leurs actions ; le nom d’une rue ou d’un quartier matérialisant son ancrage politique.

Le quartier « Maképé Maturité », encore appelé « Maképé Opposant », détermine l’inclination des habitants de ce quartier pour la contestation et induit une surveillance accrue de la part des autorités publiques. Dans le même ordre d’idées, le quartier Shell New-Bell fait référence de manière explicite aux populations Bassa proches de l’Union des populations du Cameroun (UPC) .

Ainsi, l’UPC commence toujours sa campagne politique à Shell New-Bell, qui est son point de ralliement. De même les populations Béti proches du RDPC ne peuvent faire l’économie d’une réunion au quartier New-Bell Mbam Ewondo ou au quartier Nyalla.

Le « Social Democratic Front », de son côté, tient naturellement ses rassemblements à Bonabéri, quartier majoritairement anglophone, ainsi qu’à Bépanda An 2000 où les populations Bamilékés lui sont favorables.

Les noms de quartiers constituent de fait les fiefs électoraux des acteurs politiques et déterminent l’ambivalente identité des partis politiques camerounais. De manière naturelle, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), dont le leader BELLO BOUBA MAIGARI est originaire du grand Nord, investit le quartier New-Bell Haoussa. Par ailleurs, le RDPC dispose de Douala II (Quartier New-Bell) d’une règle non-écrite du contrôle politique, à savoir : le siège de député pour les Béti et le maire Bamiléké. A Douala V, les postes politiques majeurs se répartissent entre les « Mba n’saa Wouri » et les Bamiléké. Douala I reste un fief Douala par-delà les clivages politiques, alors que Douala IV- Bonabéri se dispute entre anglophones, Bamiléké et Duala .

En définitive, la ville, comme un champ social, lieu de création et d’effervescence sociale et culturelle, met en lumière les aspects adaptatifs et fonctionnels de ses activités, les ressorts propres de sa croissance et de son pouvoir . Le territoire de la ville de Douala a su absorber toutes ses différences pour constituer aujourd’hui un « melting-pot » qui oppose et associe tradition et modernité, autochtones et allochtones, indigènes et civilisés, urbains et ruraux. Il en résulte une juxtaposition de toutes les tendances cosmopolites du Cameroun, qui se manifeste le plus souvent lors des échéances électorales.

CONCLUSION

Le protectorat allemand débute en 1884 et se termine en 1895, qui se caractérise par une politique coloniale limitée à la protection du commerce et à quelques explorations sans occupation. BUCHNER et ZIMMERER en furent les gouverneurs. La seconde étape que traversa le Cameroun de 1896 à 1907 se distingue par les opérations militaires suivies d’occupation, par le lancement des grandes plantations et concessions et par une administration « indigène » lourde en bureaucratie. La politique coloniale visait ici la mise en valeur du territoire et le rendement humain. Un seul gouverneur pendant ces dix années : JESKO VON PUTTKAMER. C’est aussi l’époque du Chancelier BULOW dont la politique coloniale fut marquée par une expansion impérialiste agressive de l’Allemagne.

La troisième étape débute avec la création d’un Ministère des Colonies, l’élaboration d’une politique indigène et d’une politique économique dégagée des intérêts privés ou des groupes d’intérêts financiers, en profond désaccord entre eux sous le régime de VON PUTTKAMER.

Dans l’histoire de la colonisation allemande, cette étape correspondrait à la période dite de « colonisation rationnelle ». Les gouverneurs SEITZ, GLEIM et EBERMAIER se succédèrent, le dernier assistant à la prise du Cameroun par les forces franco-britanniques en 1914.

Cependant, le Protectorat n’était pas pour autant terminé. Sous le condominium franco-anglais et même sous l’administration francaise des années 1916 à 1919, l’organisation allemande fut maintenue : le sort du territoire camerounais du point de vue du Droit international, n’étant pas encore arrêté. Aussi est-il nécessaire d’inclure ces dernières années dans le premier temps de la colonisation, temps où le système colonial se constitua, cela malgré l’éviction de l’Allemagne qui en fut le promoteur.

Pour les Allemands, les colonisateurs, le « pays » enfin se révélait réellement à eux ; pour les Africains, les Duala ; pourtant habitués aux relations avec l’élément blanc, l’interlocuteur se montrait autrement, maintenant qu’il était chez eux, dans leurs villages : auparavant les Européens jouaient le « jeu » Duala.

A présent, ils érigeaient un monde fait de règles indiscutables, un monde bureaucratique, aussi étrange que les navires de jadis. Les « indigènes » voyaient le territoire leur échapper au fur et à mesure qu’il se transformait et se développait. En effet, le produit de ce développement revenait aux colons qui œuvrant sur un sol étranger, présentaient leur entreprise à l’actif futur des indigènes. D’où, chez ces derniers, une interrogation d’ordre pratique : comment devaient-ils agir, quand ils savaient qu’en produisant plus, ils se dépossédaient davantage. Les plus conservateurs s’abritaient sous les ruines de leur communauté ; quant aux plus « avancés », ils participaient à l’édification de la société coloniale dans laquelle humainement ils perdaient de leur importance.

Partant de là, les pouvoirs politiques traditionnels Bamoun et Duala se sont positionnés par rapport à l’Etat postcolonial qui s’est approprié les moyens et méthodes des administrations coloniales allemandes en faisant intervenir des facteurs locaux tels que la communauté, la langue, la religion entre autres. Dans le cas du pouvoir politique traditionnel Bamoun, il a été observé une certaine fragilisation des liens familiaux résultant de l’appartenance à diverses chapelles politiques au sein d’une même famille. La famille politique prend ainsi le pas sur la famille biologique. Concernant le pouvoir politique traditionnel Duala, la question foncière a entrainé une certaine fragmentation territoriale entre différents groupes ethniques qui peuplent la ville de Douala et illustrée par l’appellation de certains lieux d’habitation. Ce mélange se manifeste également lors des échéances électorales où certaines mairies reviennent d’office à des communautés ou à des groupes sociaux dits allogènes au détriment des « premiers » habitants.

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Résumé des informations

Titre
L'administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun. Éclosion de l’etat postcolonial camerounais et réappropriation du principe "diviser pour mieux régner"
Auteur
Année
2022
Pages
125
N° de catalogue
V1277792
ISBN (Livre)
9783346731623
Langue
Français
Mots clés
Bamoun, Duala, Etat Postcolonial Camerounais, Réalités Sociologiques
Citation du texte
Patricia Etonde (Auteur), 2022, L'administration coloniale allemande et les pouvoirs politiques traditionnels Duala et Bamoun. Éclosion de l’etat postcolonial camerounais et réappropriation du principe "diviser pour mieux régner", Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1277792

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