Litterature orale africaine et ses metiers. Un objet de developpement


Travail de Recherche, 2022

16 Pages


Extrait

Table of Contents

Introduction

Littérature orale africaine : panorama sur son corps de métiers
Diagnostic sur la question

Les différents métiers de la littérature orale africaine : rôles et fonctions

Apport de la littérature orale africaine dans le développement d’un pays

Les enjeux des métiers de la littérature orale africaine dans le développement du pays

Conclusion

Bibliographie

Abstract

The purpose of our research work is to demonstrate how the professions of oral literature can contribute to boosting the development of a country in the current context of the foreign culturality of Africa. Dependent on tradition, African oral literature has as its initial foundation, oratorical art (the word) in all its aesthetic and ethical forms. Rich in meaning and depth, it appears to us as a body of trades that participates in the multifaceted progress of a country. For this, to what extent can the professions of this literature contribute to the development of a country in the context of its perspective? What are the stakes in an African society in full mutation? These are the questions that will form the backbone of our discussion. To this end, in the exercise of this research we use the eclectic method. First, it will be the Cultural Studies of Armand Mattelart and Erik Neveu (2003), a theoretical approach which makes it possible to revalorize African cultures and finally, the epistemocriticism of Michel Pierssens (1990) in order to deconstruct all value judgments about the professions of African oral literature in their role of contributing to the development of a country.

Key words: oral literature, development, oral professions, oral genre

Introduction

La littérature orale africaine est tributaire de la tradition c’est-à-dire qu’elle est le reflet d’une civilisation qui va de pair avec le perfectionnement moral et physique de la région qui l’engendre et la façonne. Dans ce sens, il impérieux de le rappeler que cette littérature a pour fondement initial, l'art oratoire (la parole ou le verbe) dans toutes ses formes esthétiques et éthiques; qu’elle soit juste expressive, communicative, thérapeutique et/ou éducative, la parole est le maillon épicentral de l'option littérature. D'essence sacrée et d’ordre profane, l'utilisation de la parole est variée et diverse. Autrement dit, le verbe (parole) peut-être employé à des fins de conversations, d’optique musicale (chant et psalmodie) et de récitation (déclamation). Pour cette raison, soutenue par un accompagnement musical et/ou gestuel, la parole fait appel à une catégorie de personnages (professionnels de la parole) formée dans le bunzóónzi1, l’école de la parole. Ces professionnels de l’art oratoire font de leur savoir-dire et faire de véritables métiers. Souvent méconnus ou ignorés, ces métiers existent encore aujourd’hui mais sous les formes que nous leur vouons avec l’ouverture de la modernité. Plusieurs travaux ont été réalisés sur cette question concernant les métiers de la parole. Sur ce, Álvarez, Laura Inés (2008) dans « Être griotte en Casamance aujourd'hui : analyse des conditions du métier et du contenu des chants des griottes mandingues » explore la situation au sud du Sénégal en mettant l'accent sur la permanence de la tradition, les conditions du métier de Jalimuso, leur rôle dans la société, le contenu de leurs chants et enfin leur rapport aux instruments de musique. Par contre, Simon Toulou (2005) dans « La formation des griots : quelle forme éducative ? », il s’intéresse à la formation d’un type d’orateur professionnel (les griots) assez connu en Afrique de l’Ouest ; il choisit de se limiter à un seul aspect de la formation des apprentis de cette profession et futurs dépositaires de la tradition orale. Le but visé à travers l’étude est de voir la possibilité de situer ce mode d’éducation dans le continuum entre l’éducation formelle et informelle. Les travaux de Dedy Seri (1984) montrent que l'Afrique ancienne a permis non seulement à l'individu de se réaliser et de s'épanouir grâce à la musique (chanson) mais a aussi contribué au développement de la société. Quant-à François Bensignor (1994), il dresse un bilan panoramique sur les musiques Mandingues, en définissant le griot ainsi que la place qu’il occupe dans le milieu Malinké, Bambara, Soninké, Peuls, Dioulas. Ensuite, l’auteur évoque la pratique et le jeu desdites musiques face à la modernité. In fine, il montre comment les peuples du Mandingues ont su enrichir, un fond traditionnel musical raffiné. Seydou Christiane (1998) cependant aborde dans son article intitulé « Musique et littérature orale chez les peuls du Mali » la fonction des « griots », classe socioprofessionnelle de musiciens et d'artistes du verbe appartenant au grand ensemble des gens dits de « caste» (Camara 1976, Kyburz 1994, Tamari 1997). Tandis que Moustapha MBENGUE (2020) dans « Les griots du Sénégal, de l'arbre à palabre au petit écran : analyse des pratiques info-communicationnelles des « communicateurs traditionnels », il analyse les pratiques info-communicationnelles des Jèli (griots) sénégalais qui interviennent dans les médias et qui sont désignés sous l'appellation de communicateurs traditionnels. A cet effet, il use de la méthodologie qui combine une approche du Sense-making de Brenda Dervin (1983) à une observation pratique. Dans le cadre de ce travail, l’objet de notre réflexion est de démontrer comment les métiers de la littérature orale peuvent contribuer à booster le développement d’un pays dans le contexte actuel de la culturalité allogène de l’Afrique. Par conséquent, Dans quelle mesure les métiers de la littérature orale africaine peuvent-ils contribuer au développement d’un pays dans le contexte de sa mise perspective? Quels en sont donc les enjeux dans une société africaine en pleine mutation? Dans l’exercice de cette recherche, nous avons eu recours à la méthode éclectique. Premièrement, il s’agit des méthodes de recherche mixtes de Catherine Briand et Nadine Larivière (2014) mais en l’adaptant à la spécificité de notre étude. Ces méthodes permettent de combiner des aspects des méthodes qualitatives et quantitatives (c.-à-d. les postulats, les outils de collecte de données, l’analyse, les techniques d’inférence) à des fins d’approfondissement et de corroboration » (Johnson et al., 2007, p. 123). Trois outils de collecte de données que sont le questionnaire, l’observation participante et les entretiens centrés nous ont permis de recueillir les informations sur les différents métiers de la littérature orale africaine afin d’établir les enjeux qu’ils constituent en cette ère de la modernité. C’est en République du Congo, plus précisément dans les départements de Brazzaville (commune de Madibu, Ndiri, Talangai et Mfilu) et du Pool (préfecture de Kinkala) que notre enquête de terrain s’est effectuée ; les masses ciblées concernaient les ainé(e)s âgés de 50-95 ans et surtout les spécialistes de la tradition (initiés Kongo, Teke et Mbôsi). Pour ce faire, l’unité d’échantillonnage s’est construite autour de douze (12) sujets en entretien individuel et vingt cinq (25) sujets pour les questionnaires. Par ailleurs, à propos des théories mises en exergue, le choix est porté en premier sur les Cultural studies d’Armand Mattelart et Erik Neveu (2003) ; une approche théorique qui permet de revaloriser les cultures africaines qui sont, jusqu’à ce jour considérées comme des cultures marginales, en particulier tout ce qui a trait à la tradition. L’outil analytique que nous utilisons est l’épistémocritique ou critique épistémique de Michel Pierssens (1990) qui vient donc à point nommé déconstruire tous clichés réductionnistes à propos des métiers de la littérature orale africaine dans leur rôle de contributeur au développement d’un pays.

Littérature orale africaine : panorama sur son corps de métiers

Diagnostic sur la question

Cette question des métiers de la littérature orale africaine s’avère très cruciale du fait de sa complexité. Le choc de culture engendré par les pôles structurants (esclavage, colonisation, néocolonisation etc.) sont nous semble-t-il des facteurs déterminants dans la régression et la marginalisation de notre savoir-faire et savoir-dire si l’on en croit à l’existence de l’hégémonie culturelle occidentale qui fait long feu grâce aux médias mainstream. Suffirait-il à dire que lesdits métiers de la littérature orale africaine sont marginalisés du fait de la prédation culturelle hégémoniste de l’occident ? N’est-il pas du ressort de l’érudit africain au sens rigoureux du terme, de les organiser, les structurer et les formaliser afin qu’ils aient non seulement un statut formel mais une perspective nouvelle ? A ces questionnements nous n’oserons pas infirmer ou affirmer d’autant plus que la complexité est de mise. Etant donné que ces métiers que nous convoquons font partis intégrale de la tradition, il est impérieux de dire que la pratique de ces métiers dans le cadre de l’enseignement formel ou informel, requiert le respect strict de leur mise en pratique tel que prédisposé dans la tradition ; chose qui sans doute fera naitre opposition entre profane et initié à la tradition. Aussi, toutes les questions concernant la formation au corps de métiers de la littérature orale africaine doivent non pas seulement adhérer aux principes de la modernité mais s’inscrire au respect scrupuleux des protocoles coutumiers. Voici encore, un problème qui pourrait se poser puisqu’il serait judicieux de concevoir qu’à l’ère de la postmodernité il y ait une transposition de certaines pratiques ritualisées dans les chairs de l’enseignement formel. A cela, intégrer les métiers de la littérature orale africaine dans l’enseignement sans leur cadre traditionnel serait-il réellement au reflet de ses savoirs-faires et savoir-dires ? De toute évidence, il nous est important de signifier que ces métiers de la littérature orale africaine comme le Bunzonzi, le Jèliya, le Bunganga nkisi, Bunganga ngoombo, Muyimbidi pour n’en citer que ceux-là, sont représentatifs dans la société traditionnelle et contemporaine nonobstant l’hégémonie de la modernité au sens occidental. A titre d’illustration, en dépit de l’air du temps, le Bunzonzi reste une pratique dominante dans les sphères événementielles tels que les cérémonies de mariage, de décès et de litige, les contrats d’affaire et constitue une source de revenu « non négligeable » pour les professionnels de ce corps de métiers rhétoriques. De ce fait, ledit corps n’est pas en déphasage avec les diverses mutations liées à la postmodernité que nous impose les mondialistes.

Les différents métiers de la littérature orale africaine : rôles et fonctions

Si la civilisation gréco-latine constitue les humanités classiques de l’Europe, Tamery Sematawy (Egypte antique) et par conséquent, les sociétés traditionnelles africaines demeurent les seules sources inépuisables pour une Afrique nouvelle. En effet, dans ce monde où tout évolue à la vitesse de la lumière, il serait inconcevable de prétendre « se développer pleinement sans les racines symboliques que représente le patrimoine culturel africain » (Seri Dedy, 1984, pp. 109-124). Dans ce sens, la littérature orale africaine s’offre à nous comme un macrocosme disciplinaire dans lequel se nichent plusieurs disciplines qui s’apparentent à certains comme de simples genres oraux servant au ludisme et pour d’autres à socialiser. Cette discipline dans son cadre macroscopique a toujours porté en son sein un corps de métiers qui s’est manifestement pratiqué avec brio dans l’Afrique précoloniale et aussi dans la post-colonie. De ce fait, nous avons recensé ceux qui sont les plus représentatifs à savoir:

- Nzonzi, Obela, Okombe, Tuèrè, totelé (Congo, Afrique centrale) ;
- Beleti, Jèli ou Jali, Fina (Afrique de l’Ouest) ;
- Poète
- Chanteur
- Conteur
- Maitre d’initiation
- Gardien du temple
- Nganga kisi (tradi-thérapeute)
- Nganga Ngombo (devin)

a. Nzonzi, Obela, Okombe, Twèrè (Congo, Afrique centrale) : rôles et fonctions

Multifonctionnel, riche de sens et de profondeur, les mots Nzonzi (en langue kongo, au sud du pays), Twèrè ou Totelé, Obela (groupe mbosi et téké, au nord), sont des termes génériques. Car en fait, ses fonctions et rôles varient selon certaines prédispositions sociales préétablies par la tradition africaine. D’entrée de jeu, le Bunzóónzi est un ensemble de métier (lié à la parole) qui intervient dans plusieurs situations de la vie sociale comme le mariage coutumier (Makuela ou Longo), les fiançailles (Zitikila), le divorce (Mvambanu), la maladie (Kimbevo), les conflits (Mambu), le deuil (Lufwa), l’enterrement (Nzikulu). A ce titre, il est crucial de préciser que ce grand ensemble qu’est le Bunzóónzi, possède une variété de métiers portant la même appellation ; seule la distinction entre les métiers repose sur les fonctions et rôles joués par le professionnel. Sur ce, l’illustration schématique suivante en témoigne les faits:

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Par ailleurs, le n zóónzi est pluridisciplinaire et incarne plusieurs rôles indispensables à la bonne tenue du mariage coutumier (dot). Autrement dit, il s’assure qu’il se déroule sous de meilleurs auspices c’est-à-dire que le processus de médiation (entre la famille de la prétendante et du prétendant) avant et après la cérémonie de la dot se passe bien. En effet, durant les préparatifs du mariage coutumier, il est le porte-parole de la famille qui l’emploi pour participer à l’organisation. Aussi, il est indirectement l’organisateur d’autant plus qu’il définit avec le chef de famille, la feuille de route concernant l’organisation de la dot. Par exemple, l’initiation de la facture ou liste des biens à pourvoir à la belle-famille (Nkunku kia longo) est du ressort du nzóónzi. En outre, du début jusqu’à la fin des préparatifs, il est mêmement considéré comme un médiateur et un législateur coutumier. Dans son rôle de médiateur, il nous apparait comme celui dont la fonction est de faciliter une pleine et libre communication entre les deux familles en scellant outre l’union entre les deux prétendants mais aussi les quatre familles (les deux familles de la prétendante y compris celle du prétendant) de façon indirecte. De plus, le nzóónzi joue le rôle de législateur coutumier en faisant respecter les us et coutumes pendant toute la période de la dot. Sur ce, il ne prend guère de décision à la place de la famille qui l’a engagé mais il procède par des suggestions conformément aux prescriptions coutumières.

De plus, le nzóónzi joue aussi le rôle d’animateur et/ou de maître de cérémonie pendant la cérémonie de dot. En effet, il rend l’événement très ambiant en créant une atmosphère harmonieuse par le truchement de plusieurs canaux de divertissement et d’instruction que sont : les proverbes, les contes, les énigmes, les devinettes, les chansons, les jeux et danses. Cette spécialité du bunzóónzi requiert non seulement un niveau de culture assez élevé mais aussi un ancrage profond à la tradition, constituant de ce fait, une plus-value indispensable pour le nzóónzi. En dehors de ces aspects profanes, ce dernier opère également dans le sacré en jouant le rôle de maitre de rites, une fonction qui met en avant l’art oratoire et divinatoire.

Deuxièmement, il en est de même dans les situations malheureuses telles que les décès. Dans ce cas de figure, le Twèrè assure la fonction non seulement de médiateur coutumier mais de maitre de rite (de veuvage). Ici, il y a plus une dimension mystique que physique. Nous pouvons dire que le physique fait appel au divin pour séparer la veuve du défunt et vice-versa. Troisièmement, lorsqu’il y a une situation conflictuelle, le Twèrè ou l’Okombe devient avocat et ou juge coutumier. Enfin, le Nzonzi est aussi considéré comme mémorialiste (historien), porte-parole et constitutionnaliste (juriste) du temps de la royauté et la chefferie.

b. Beleti, Jèli ou Jali, Fina (Afrique de l’Ouest) : rôles et fonctions

En Afrique de l'Ouest, les termes qui désignent griot est Beleti, Jèli ou Jali. Ces derniers sont donc des maîtres de la parole. Dans la société mandingue, Jèli est en effet l'artisan du verbe, au même titre que le forgeron, qui est celui du métal. Instrument de prestige des puissants, arbitre des conflits sociaux, il peut être généalogiste comme le Nzonzi.

Djibril T. Niane (1960, pp. 9-10) écrit :

Je suis griot. C’est moi jèli Mamadou Kouyaté, fils de Bintou Kouyaté et de jèli Kedian Kouyaté, maître dans l’art de parler. Depuis des temps immémoriaux les Kouyaté sont au service des princes Kéita du Manding : Nous sommes les sacs à parole, nous sommes les sacs qui renferment des secrets plusieurs fois séculaires. L’Art de parler n’a pas de secret pour nous ; sans nous les noms des rois tomberaient dans l’oubli, nous sommes la mémoire des hommes ; par la parole nous donnons vie aux faits et gestes des rois devant les jeunes générations. Je tiens ma science de mon père jèli Kedian qui la tient aussi de son père ; l’histoire n’a pas de mystère pour nous ; nous enseignons au vulgaire ce que nous voulons bien lui enseigner, c’est nous qui détenons les clefs des douze portes du manding. Je connais la liste de tous les souverains qui se sont succédé au trône du Manding. Je sais comment les hommes noirs se sont divisés en tribus, car mon père m’a légué tout son savoir : je sais pourquoi tel s’appelle Kamara, tel Keita, tel autre Sidibé ou Traoré ; tout nom à un sens, une signification secrète. J’ai enseigné à des rois l’Histoire de leurs ancêtres afin que la vie des anciens leur serve d’exemple, car le monde est vieux, mais l’avenir sort du passé. Ma parole est pure et dépouillée de tout mensonge ; c’est la parole de mon père ; c’est la parole du père de mon père ; Je vous dirai la parole de mon père telle que je l’ai reçue ; les griots de roi ignorent le mensonge. Quand une querelle éclate entre tribus, c’est nous qui tranchons le différend car nous sommes les dépositaires des serments que les Ancêtres ont prêtés.

[...]


1 Bunzóónzi est une école de la parole que l’on trouve dans la majorité des sociétés traditionnelles km.tju (africaine)

Fin de l'extrait de 16 pages

Résumé des informations

Titre
Litterature orale africaine et ses metiers. Un objet de developpement
Université
Marien Ngouabi University
Auteur
Année
2022
Pages
16
N° de catalogue
V1283172
ISBN (Livre)
9783346741486
Langue
Français
Annotations
La littérature orale africaine est tributaire de la tradition c’est-à-dire qu’elle est le reflet d’une civilisation qui va de pair avec le perfectionnement moral et physique de la région qui l’engendre et la façonne.
Mots clés
littérature orale, développement, métiers oratoires, genre oral
Citation du texte
Narmer Malanda (Auteur), 2022, Litterature orale africaine et ses metiers. Un objet de developpement, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1283172

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