La Phrase Verbale dans le Créole Martiniquais

Une Analyse du Passif, de la Négation et des Constructions des Verbes en Série


Dossier / Travail, 2022

26 Pages, Note: 1

Anonyme


Extrait

Contenu

Introduction

1 Contexte Théorique
1.1 Aspects Géographiques
1.2 L’histoire socio-politique
1.3 La genèse de la langue créole
1.4 La situation actuelle du créole martiniquais

2 Analyse des phénomènes linguistiques
2.1 Le Passif
2.1.1 Le Passif - Un Phénomène du Créole Martiniquais?
2.1.2 Les Influences Linguistiques Potentiels
2.2 La Négation
2.2.1 Les Marqueurs Négatifs
2.2.2 Les Mots-N en Créole Martiniquais
2.2.3 Le Type de Négation
2.3 Les Constructions des Verbes en Série
2.3.1 La Juxtaposition Séquentielle
2.3.2 La Juxtaposition Simultanée
2.3.3 La Juxtaposition Hypéronyme-Hyponyme
2.3.4 La Juxtaposition Synonyme
2.3.5 La Juxtaposition Antonyme
2.3.6 Les Influences Linguistiques Potentiels

Conclusion

Bibliographie

Liste d’Abréviations

CEC..…Carribean English Creole

CFCCarribean French Creole

CrMar….créole martiniquais

DN...…double negation

FR…français

FRfam.français familier FRSt...français standard

MC…..…Martinican Creole

M.S..Melanie Stix

NC…..negative concord

NPI…negative polarity item

TAM…..Time-Aspect-Mode

Introduction

Les langues créoles constituent en général un objet d'étude intéressant en raison de leurs multiples influences linguistiques. Ce présent mémoire se concentre sur la langue créole de la Martinique et sa phrase verbale. Dans ce travail certains aspects du créole martiniquaissont analysés : le passif, la négation et les constructions des verbes en série. L’analyse de ces aspects a pour objectif de mieux comprendre les particularités de la phrase verbale du créole martiniquais.

Avant de rechercher ces trois aspects, il faut tout d’abord se pencher sur quelques informations théoriques sur le créole martiniquais. Dans la première partie de ce travail, le contexte historique et sociogéographique du créole martiniquais sont présentés. On s’intéresse particulièrement à l’histoire de la Martinique, la genèse de la langue créole et la situation actuelle du créole. Ces informations servent de base pour contextualiser les aspects linguistiques décrites dans les chapitres suivants.

Après cela, dans les trois chapitres suivants, le passif, la négation et les constructions des verbes en série sont analysées et illustrées à l’aide des exemples.

Le chapitre sur le passif traite la question comment on peut exprimer un énoncé passif en créole. Le deuxième chapitre sur la négation analyse les marqueurs négatifs, les mots-N et le type de négation en martiniquais. Finalement, dans le troisième chapitre, les constructions des verbes en série sont présentées à la base d’une théorie de Bucheli Berger qui classifie les constructions de verbes en série en cinq types de juxtapositions.

A part de l’œuvre de Bucheli Berger, les travaux de Bernabé, Stein et Jourdain sont aussi centrales pour analyser ces traits linguistiques parce qu’ils se basent sur des théories approfondies et contiennent déjà pleines d’exemples qui aident à mieux comprendre le fonctionnement de ces traits.

Finalement, dans le dernier chapitre de ce mémoire, les points principales sont conclus et de questions ouvertes sont adressées.

1 Contexte Théorique

1.1 Aspects Géographiques

Avant d'aborder, dans la suite de ce mémoire, la langue créole et la situation historique et actuelle de l'île de la Martinique, nous souhaitons nous pencher sur l'île elle-même et sa situation géographique.

La Martinique fait partie des Petites Antilles – une chaîne de volcans – et est bordée à l’est par l’océan Atlantique et à l’ouest par la mer des Caraïbes. Les îles voisines les plus proches sont la République dominicaine, située à 35 kilomètres au nord-ouest, et Sainte-Lucie, à environ 26 kilomètres au sud. La Guadeloupe, un autre département d’Outre-mer de la France, est à 120 kilomètres au nord. La superficie totale est de 1.128 kilomètres carrés et l'île de la Martinique mesure environ 80 kilomètres de long et 35 kilomètres de large à son point le plus large (Encyclopædia Britannica 2022, para 1).

Bien que la Martinique soit l'un des plus petits territoires français d'outre-mer, elle présente – avec 349 habitants par kilomètre carré - l'une des plus fortes densités de population et compte actuellement environ 385 000 habitants qui parlent le français – la langue officielle – mais aussi le créole martiniquais, avec des différences de dialecte entre les locuteurs du nord et du sud et du centre de l'île. (Colot & Ludwig 2013, para 1).

Le climat tropical tempéré, sans période de chaleur, est marqué par deux saisons : le Carême (période sèche de novembre à juin) et l’hivernage (période pluvieuse de juin à octobre). Il y a des températures entre 25 et 30 degrés toute l'année. Les vents du sud sont chauds et humides et apportent de temps en temps des ouragans (Encyclopædia Britannica 2022, para 1).

En plus de la capitale Fort-de-France, qui abrite le plus grand port de l’île « Grand Port Maritime Martinique », Schœlcher, le Lamentin, le Robert, le François, Sainte-Marie, la Trinité comptent parmi les autres grandes villes. La Martinique est caractérisée par le montage Pelée – la « Grande Dame du Nord », qui est à 1.397 mètres le point culminant de cette île. Ce mont reste un volcan en activité, bien que la dernière éruption remonte à 1929. Deux autres massifs caractérisent le paysage de l'île: les Pitons du Carbet (avec un sommet à 1.196 mètres à Lacroix) et la montagne du Vauclin (Comité Martiniquais du Tourisme 2018, para 1-3).

1.2 L’Histoire Socio-Politique

En 1502, la Martinique a été découverte par Christophe Colombe lors de son quatrième voyage en Amérique. Le premier nom qu’on a donné à l’île de la Martinique était ‘Joannacaira’ (Colot & Ludwig 2013, para 2) et les Espagnols étaient donc les premiers à conquérir la Martinique. Toutefois, au cours du XVe siècle, ils se désintéressaient de plus en plus des Petits Antilles pour laisser place aux Anglais et aux Français (Abénon & Fejic 1999, p. 25). La colonisation française a commencé à partir de 1635 par Pierre Belain d’Esnambuc, flibustier et colon français (Colot & Ludwig 2013, para 2). Dans leur but principal d’exploiter le pays avec ses ressources, notamment le sucre, le café, le cacao et les épices, les colonisateurs français menaient une politique d’extermination : la population indigène a été exterminée ou répartie dans deux autres îles de la Caraïbe, la Dominique et la Saint-Vincent (Adelaïde-Merlande 1994, p. 75). De surcroît, après avoir eu des relations presque amicales avec les Amérindiens de la Martinique au début de la colonisation, les colonisateurs français ont été accompagnés des missionnaires qui avaient le but d’évangéliser les nouvelles terres (Abénon & Fejic 1999, p. 26). Au cours du XVIIe siècle, les relations entre les Amérindiens et les Européens devenaient donc de plus en plus hostiles, ce qui a provoqué beaucoup de confrontations (Colot & Ludwig 2013, para 2).

Quant aux plantations des cannes à sucre, l’engagé blanc coutait cher, c’est pourquoi on souhaitait avoir des coûts de main-d’œuvre plus bas et donc le commerce des esclaves a commencé (Butel 2007, p. 93). Des esclaves de la côte ouest de l’Afrique ont été importés ce qui entraînait un changement radical de la structure démographique et sociale aux Petits Antilles à partir du XVIIe siècle. En ce qui concerne la hiérarchie entre les esclaves eux-mêmes, on constate que les esclaves ont été défavorisés au niveau social et qu’ils ne pouvaient jamais parvenir à un statut social égal à celui des Blancs. Néanmoins, quelques esclaves avaient un statut plus élevé et pouvaient exercer des travaux ‘supérieurs’ et on remarque donc une certaine hiérarchie entre les esclaves, mais elle n’est pas absolue et il n’existe pas d’intermédiaires (Belenus 1998, p. 8). Après environ 200 ans d’esclavage en Martinique, l’esclavage a été aboli officiellement dans les départements coloniaux de la France en 1848. Toutefois, on a eu besoin des ouvriers, c’est pour ça qu’environ 25 000 Indiens sont arrivés en Martinique entre 1850 et 1914 (Colot & Ludwig 2013, para 2).

Le 19 mai 1946, la Martinique est devenue un département français d’Outre-mer et fait donc partie de la France jusqu’à aujourd’hui. C’est aussi la raison pour laquelle nous supposons que le français exerce toujours une influence sur la langue créole parlée en Martinique.

1.3 La Genèse de la Langue Créole

La genèse de la langue créole est influencée par la croissance de la population d’esclaves noirs. Quand les premiers esclaves ont été importés en Martinique au milieu du XVIIe siècle, le nombre d’esclaves était égal à celui des Blancs. On a compté environ 2700 esclaves noirs et 2700 européens en 1664 (Adelaïde-Merlande 1994, p. 94). Dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, cette distribution a changé. Il y a eu environ 15 000 esclaves noirs et seulement 6 500 Blancs (ibid.). Comparé au XVIIe siècle, on a remarqué une baisse significative de la population blanche tandis que la population d’esclaves est devenue de plus en plus grande. En fait, entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, le nombre des esclaves s’est multiplié par 24 aux Antilles. Dû à ce déséquilibre dans la population, les différences linguistiques entre les Blancs et les Noirs se renforçaient et la langue des Africains devenait de plus en plus importante (Hazaël-Massieux 2008, p. 36).

Das Kreol bildet sich aus der Dringlichkeit der Kommunikation zwischen Sprechern unterschiedlicher, nicht standardisierter Sprachen in einer sozial stark markierten Hierarchie heraus, sodass viele Wörter durch Missverständnisse und Interpretationen entstehen. Vor allem auf der Seite der Sklaven besteht die Notwendigkeit Befehle und Anweisungen von ihrem Herrn zu verstehen, sowie sich auch untereinander verständigen zu können. Dabei übernehmen sie Elemente ihrer Muttersprache nicht absichtlich, lassen diese aber durch die Interpretationen miteinfließen (Heil 2018, para 3.2).

Concernant les théories liées à la formation du créole, il reste une question ouverte comment le créole martiniquais s’est développé. Il semble que les créolistes mènent un débat profond sur la question quelle hypothèse de la genèse s’applique au créole martiniquais. Certains s’engagent pour l’hypothèse du substrat tandis que d’autres défendent l’hypothèse du superstrat ou l’hypothèse universaliste. Même si on ne sait pas exactement comment le créole martiniquais s’est formé en réalité, on sait définitivement quelles langues ont participé à sa formation.

Comme des différents groupes ethniques habitaient sur ‘l’île aux fleurs’ au cours des siècles, ce n’était pas seulement la langue maternelle des Africains et celle des maîtres qui influençaient la genèse du créole martiniquais. A part des langues des esclaves africains (surtout les langues ouest-africaines), c’étaient les langues des Kalinas (le peuple indigène), la langue indienne, et les langues européens, dont le français, l’anglais et l’espagnol, qui jouaient un rôle important dans la genèse du créole (Hazaël-Massieux 2008, p. 90). Bien que ces groupes ne fussent pas tous en contact en même temps, ils ont tous laissé leurs traces dans la langue créole. Ce qui semble important à mentionner, c’est le fait que la plupart des groupes influençant la genèse du créole sont des groupes exogènes, c’est-à-dire des peuples qui sont immigrées à la Martinique. Seulement le groupe des Indigènes représente un groupe autochtone, mais ce groupe était rapidement évincé par les colonisateurs. L’influence des langues de ces groupes n’était pas équilibrée : étant donné que les Français ont passé le plus de temps en Martinique en ayant le pouvoir comparé aux autres groupes exogènes nommés, le français est sans doute la langue qui a marqué le créole le plus. Les colonisateurs français venaient la plupart de la Bretagne, la Normandie et l´île de France, par conséquent, le créole ne se développait pas au contact d´un français standard sinon au contact de plusieurs variétés orales de français (Houdaille 1974, p. 145).

Dans ce qui suit, nous répondons à une question-clé des études créoles: Existe-t-il un premier document écrit du créole martiniquais? Avant que les premiers documents en martiniquais aient existé, les Européens ont rapporté des informations sur la langue créole dans leurs carnets de voyage. C’était en 1793 que Moreau de Saint Méry, un Créole originaire de la Martinique, a publié le poème Lisette quitté la plaine qui est considéré comme le premier œuvre en créole martiniquais. À partir de la fin du XVIIe siècle, le nombre des œuvres écrites en créole commence à grandir, même s’ils ne sont pas très nombreux. Il y avait des textes pour divertir les lettrés (poèmes, brèves histoires anecdotiques), des textes destinés à l’évangélisation ainsi que des documents destinés à l’information de la population. Le créole s’est finalement imposé dans l’écrit et dans l’oral (Hazaël-Massieux 1993, p. 13-14).

1.4 La Situation Actuelle du Créole Martiniquais

Pour continuer, nous nous intéressons à la situation actuelle du créole martiniquais. Le créole martiniquais est parlé par environ 400 000 locuteurs en Martinique et à peu près 200 000 locuteurs de la diaspora. L’expression diaspora se réfère aux locuteurs qui parlent – dans ce cas-ci – le créole martiniquais mais qui n’habitent pas en Martinique. En France, ils vivent surtout à Paris, Bordeaux et Toulouse ainsi qu'en Guyane Française, Montréal et Panama.En général, l'usage de la langue créole varie beaucoup en fonction des facteurs géographiques et sociaux. Il est notamment parlé dans les campagnes du nord et du sud de la Martinique où la majorité de la population est socialement défavorisée et utilise une variété proche du basilecte. En revanche, la variété parlée dans le centre de la Martinique (qui est également le pôle économique de l'île) est plus acrolectale et est utilisée par près de la moitié de la population, principalement issue de la classe moyenne et supérieure. Par conséquent, le créole martiniquais est assez hétérogène (Colot & Ludwig 2013, para 1).

Depuis quand l’intérêt pour le créole martiniquais existe-t-il? Comme la Martinique était étroitement liée à la France en tant que DOM, on ne s’est intéressé que tardivement au martiniquais. C’est au début des années 1970 que l'on a commencé à s'intéresser au créole. Par conséquent, des universités régionales ont été créées, comme l’Université des Antilles-Guyane et l’Université française de l’Océan Indien. Jean Bernabé, qui était le premier martiniquais en France à écrire une thèse d’État sur le créole, était aussi le premier à occuper la nouvelle chaire de créole à l’Université des Antilles-Guyane. Autour de lui, le GEREC (Groupe dʼEtudes et de Recherches en Espace Créolophone) s’est constitué. Le GEREC s’est donné pour mission d’effectuer des recherches sur le créole et de réaliser des mesures pratiques en faveur du créole. L’une de ces mesures était la création d'une orthographe. En 1976, Jean Bernabé a publié les Propositions pour un code orthographique intégré des créoles à base lexicale française dans la première revue du GEREC Espace créole. Aujourd’hui, cette orthographe est très utilisée et a un statut quasi officiel (Stein 2017, p. 81-82).

Quant aux dictionnaires martiniquais, ils ont également apparu tardivement comme tous les autres dictionnaires créoles (Stein 2017, p. 85). L’un des premiers dictionnaires martiniquais était Le vocabulaire du parler créole de la Martinique de Jourdain en 1956 et après en 1992, Pinalie a publié le Dictionnaire élémentaire français-créole (Stein 2017, p. 209). Le Dictionnaire créole martiniquais – français de Confiant en 2007 se trouve aussi en ligne. Néanmoins, le site est momentanément suspendu. Ce dictionnaire bilingue se constitue de deux volumes et contient des phrases exemple et des expressions avec des traductions en plus de l’entrée et de sa traduction. D’ailleurs, il existe des atlas linguistiques, par exemple l’ APiCS ou l’ Atlas linguistique des Petites Antilles (Stein 2017, p. 206) dans lequel plusieurs enquêtes ont été effectuées sous la direction de Robert Damoiseau sur les îles des Petites Antilles afin d’obtenir des données permettant de comparer les variations phonétiques, lexicales et grammaticales entre les îles. Le questionnaire comprenait plus de 400 mots et phrases organisés en différents thèmes comme la météo, la nature ou la vie sociale (Le Dû & Brun-Trigaud 2011, s. p.).

En ce qui concerne les grammaires, l'intérêt pour les langues créoles à base française a commencé au dernier tiers du XIXe siècle. Après, au cours du XXe siècle, le GEREC (Groupes d’Études et de Recherches en Espaces Créolophones) a donné naissance aux grammaires de Bernabé (1983a), Bernabé & Pinalie (1999) et Damoiseau (1999). Les volumes les plus récents ont été réalisés en lien avec le CAPES créole. Ils sont surtout destinés aux étudiants (Stein 2017, p. 208).

Dans une prochaine étape, l’utilisation de l’école martiniquais dans les écoles ainsi que dans les universités est présentée. À l’époque, le créole était interdit à l’école, même pendant la récréation. La langue en cours était uniquement le français, parfois aussi l’anglais, tout en négligeant les besoins des enfants créolophones. En raison de cette interdiction, ces élèves n’étaient plus capables de suivre les cours et beaucoup d’entre eux ont quitté l’école et ne parlaient que le créole, sans savoir ni le lire ni l’écrire. Ils étaient exclus de la société ainsi que de la vie publique et privée puisque la langue officielle – le français – était la condition.Pour cela, les intellectuels et représentants de la culture voulaient rétablir la continuité du milieu socio-familial et éducatif. Du coup, le créole a été introduit à l’école. L’activisme politique des activistes et représentants de la culture de Guadeloupe et Martinique a eu pour résultat qu’en 1995, l’enseignement du créole a été lancé dans les écoles primaires et secondaires par le ministère de l’Éducation (Stein 2017, p. 185).

Ensuite on se focalise sur un autre établissement: l’université. À l’université des Antilles Pôle Martinique, il est possible d’étudier Langues, Littératures et civilisations étrangères et régionales Créole pour obtenir sa licence ainsi que son master.Les études de licence durent trois ans et celles de master deux ans (La Tribune des Antilles2013, para 1-3; Université des Antilles Pôle Martinique 2021, para 1-2).

En ce qui concerne le prestige actuel du créole, le martiniquais a été dévalorisé au cours de l'histoire, comme la plupart des autres langues créoles. Elles ont été subordonnées aux langues européennes, alors que celles-ci n'étaient parlées que par une minorité de la société. Les créoles étaient même considérés comme un obstacle au progrès. Certes, le prestige des créoles s'est amélioré, mais ils ne sont pas souvent la langue d'enseignement ou des médias. Beaucoup n'ont pas le statut de langue officielle (Velupillai 2015, p. 44-45). Suite à la LOUM (Loi d'Orientation pour l'Outre-Mer), les ministres de l'Éducation et de l'Outre-Mer ont donné aux créoles des DOM, dont la Martinique, le statut de langue officielle régionale en 2002 (Patzelt 2014, p. 694). Le statut de langue officielle est néanmoins accordé au français qui est parlé dans la sphère publique mais aussi dans la sphère privée (Syea 2017, p. 11). Le créole est surtout utilisé dans la sphère privée et à l'oral. Toutefois, il existe des poèmes, des drames et des romans et des chroniques en créole (Velupillai 2015, p. 46-47). Par exemple, on trouve des poèmes en martiniquais (Potomitan 2022: s. p.) et des dossiers comme GigaMartinique (Desnel & Kamps 2019) sur Internet qui s’efforcent de valoriser et diffuser le créole martiniquais.

2 Analyse des Phénomènes Linguistiques

Après avoir élaboré les aspects géographiques et socio-historiques, on se penche sur l’analyse des phénomènes linguistiques suivants: le passif, la négation et les constructions des verbes en série. Chaque chapitre est dédié à un aspect individuel et a pour objectif de décrire la formation et l’interprétation de ces aspects ainsi que les influences linguistiques. La question de l’influence linguistique n’est pas si facile à répondre en raison du manque d’informations. Cependant, il existe dans la littérature quelques théories sur les influences linguistiques, qui sont également thématisées dans ces chapitres.

Afin d'illustrer les phénomènes linguistiques, les chapitres suivants contiennent quelques exemples créoles, tirés en partie de la littérature et en partie de l’ APiCS. De plus, les exemples créoles sont glosés en anglais pour promouvoir une meilleure compréhension de la structure linguistique. Il semble important de préciser que les traductions de la littérature parfois ne correspondent pas à la glose réelle en ce qui concerne le temps grammatical par exemple. Certaines phrases sont traduites au passé même s’ils ne contiennent pas de marqueur temporel du passé. Il ne s'agit cependant pas d'erreurs de traduction. Souvent, les exemples sont tirés d'une conversation orale cohérente, et puis ils sont extraits de telle sorte que certaines nuances linguistiques sont perdues. Pour que les exemples restent authentiques, la traduction originale – si elle existe – soit gardée dans la suite du texte, même si elle ne correspond pas à la glose.

2.1 Le Passif

2.1.1 Le Passif - Un Phénomène du Créole Martiniquais?

Quant au passif en créole martiniquais, il existe beaucoup d’opinions différents. Certains créolistes constatent que le passif en martiniquais n’existe pas; d’autres proclament le contraire. Premièrement, on se concentre sur les affirmations prononçant que le passif n’existe pas en créole martiniquais. Un des premiers défenseurs de cette position est Baissac qui a examiné la langue créole de Maurice en comparant certains aspects aux autres langues créoles. Concernant le passif en créole martiniquais il constate que : «L’emploi du passif est fort rare, il est vrai, et, dans la très-grande majorité des cas, le créole rétablit la tournure active» (Baissac, 1880, p. 40-41). Jourdain confirme cela en disant qu’en martiniquais non seulement n’existe pas la voix passive mais le passif pronominal non plus. Au lieu de cela on périphrase ces deux formes passives en utilisant une tournure active. Pour remplacer la voix passive, elle donne deux exemples consistant d’une phrase passive en français et l’équivalent en martiniquais:

1. FR: Je suis aimé de mon fils (Jourdain 1955, p. 48)

CrMar: Gaçon mwen aime mwen (traduction: Jourdain)

Son 1SG love 1SG (glose : M.S)

‘My son loves me.’ (traduction : M.S)

2. FR: Il est détésté de tout le monde. (Jourdain 1955, p.48)

CrMar: Tout moune iait y. (traduction: Jourdain)

All people hate 3SG (glose : M.S)

‘Everyone hates him.’ (traduction : M.S)

Si on analyse ces deux exemples il devient clair que le sens des phrases (1) et des phrases (2) sont presque les mêmes mais le rôle agent-patient est différent. Dans la phrase passive (1) FR, l’accent est mis sur le patient je tandis que dans la phrase active (1) CrMar l’accent est mis sur l’agent gaçon. La même explication s’applique aux phrases (2). Dans la phrase (2) FR le patient est focalisé alors que dans la phrase (2) CrMar l’agent tout moune (tout le monde) est souligné. Quant à la compréhensibilité, le sens essentiel de la phrase est exprimé dans la version créole et il est donc relativement peu probable que la lecture de ces phrases cause des malentendus même si elles sont basées sur des tournures différentes (actif vs.passif).

Au lieu du passif pronominal, les locuteurs martiniquais optent pour une construction active dans le créole martiniquais. Jourdain exemplifie cela en donnant les phrases suivantes:

3. FR: C’est une chose qui se dit. (Jourdain 1955, p. 49)

CrMar: C’=é an bagage yo ka dit. (traduction : Jourdain)

DET = be.3SG INDF thing 3PL HAB say (glose : M.S)

‘This is a thing that people usually say.’ (traduction: M.S.)

4. FR: Tu sais bien que cela ne se fait pas. (Jourdain 1955, p. 49)

CrMar: Ou bien save yo pas ka fait ça. (traduction: Jourdain)

2SG well know 3PL NEG HAB do that. (glose : M.S)

‘You know well that people don’t usually do that.’ (traduction : M.S)

Dans ces phrases le passif pronominal est exprimé en français à l’aide des constructions réfléchis. Dans le créole martiniquais ces constructions sont remplacées par des constructions actives introduisant un propre sujet (yo).

Contrairement aux constatations de Baissac et Jourdain, Peter Stein argumente dans son ouevre Kreolisch und Französisch que le phénomène du passif existe quand même en créole martiniquais mais dans la plupart de cas, une phrase passive ne se distingue pas d’une phrase active comme donné en exemple :

[...]

Fin de l'extrait de 26 pages

Résumé des informations

Titre
La Phrase Verbale dans le Créole Martiniquais
Sous-titre
Une Analyse du Passif, de la Négation et des Constructions des Verbes en Série
Université
University of Salzburg
Note
1
Année
2022
Pages
26
N° de catalogue
V1289044
ISBN (Livre)
9783346747525
Langue
Français
Mots clés
phrase, verbale, créole, martiniquais, analyse, passif, négation, constructions, verbes, série
Citation du texte
Anonyme, 2022, La Phrase Verbale dans le Créole Martiniquais, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1289044

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