Rousseau: Les rêveries du promeneur solitaire

Explication de l'extrait p. 144


Exposé Écrit pour un Séminaire / Cours, 2009
5 Pages, Note: 5-6

Extrait

Explication de texte

Jean-Jacques Rousseau, les rêveries dupromeneur solitaire (p.144, extrait de la septièmepromenade)

Notre explication s’appuiera sur l’extrait de la septième promenade de l’œuvre Rêveries du promeneur solitaire rédigée par Jean-Jacques Rousseau, écrivain, compositeur et philosophe du siècle des Lumières, entre 1776 et 1778, peu avant sa mort. Cette septième promenade porte sur deux points importants pour Rousseau: la nature sans artifices considérée comme le meilleur des spectacles, et la nature dite « forcée », laquelle est perçue comme une source de profit par les hommes en général. Ici, Rousseau oppose la nature à la société et son intérêt pur pour la nature à celui des autres hommes qui n’y voient que la possibilité de s’enrichir au détriment de cette dernière. Notre extrait porte essentiellement sur le sentiment de sécurité ressenti par le narrateur au sein de la nature en opposition avec ses conflits avec les autres hommes. Nous pouvons découper notre en extrait en quatre parties distinctes: la première partie allant de la ligne 1 à la ligne 5 marquant l’opposition de Rousseau aux autres hommes et de sa passion pour la nature au profit que la nature évoque pour les autres, la deuxième partant de la ligne 5 à la ligne 13 évoquant le sentiment de liberté que créé la nature, la troisième se situe de la ligne 13 à la ligne 18 relatant la solitude forcée du narrateur, puis enfin la dernière partie qui va de la ligne 18 à la fin du texte et évoque le plaisir de vivre seul dans la nature sans intervention humaine.

La première phrase de notre extrait marque clairement le désir profond de Rousseau de se distancer des hommes et non seulement physiquement en se réfugiant au sein de la nature mais aussi de part sa conception de la nature. Ici, l’utilisation de « dispositions bien différentes » expose non seulement la différence mais aussi l’insistance du narrateur et sa volonté de se différencier des autres avec l’utilisation de l’élément de renforcement « bien ». De plus, Rousseau utilise le terme « passion » qui est à mettre en opposition avec la notion de « profit » annoncé dans les paragraphes précédents à notre extrait qui annonce sa position vis- à-vis de la nature en opposition à la position des autres soit de la société qui voit dans la nature une possibilité de s’enrichir soit en utilisant ses plantes au nom de la médecine ou tout simplement en la défigurant et en ne sachant pas l’apprécier à sa juste valeur. De par sa définition, le terme passion nous prouve, à nous lecteurs, la force des sentiments de Rousseau pour la nature qui est ici décrite comme un être aimé remplaçant la présence d’autrui au quotidien. Cette nature est évoquée d’une telle manière qu’il nous est difficilement possible de ne pas faire le parallèle avec une relation quasi « amoureuse ». Cette passion remplace les autres occupations telle une relation accomplie avec une femme aimée. Cette fusion est renforcée par la description à la ligne 2 où le «je» narratif se confond avec la nature par l’utilisation du verbe «je m’enfonce dans» et le fait que le narrateur doive «gravir des rochers » avant de pouvoir fusionner avec cette nature, rochers étant considérés comme une barrière naturelle surmontable, la volonté du narrateur étant de « se dérober », soit de fuir les autres hommes pour savourer cette fusion. Ces autres hommes étant qualifiés par des termes négatifs relatifs à leur nature soit ici la méchanceté. Le caractère instable et malsain des hommes est accentué par l’opposition que fait Rousseau en confrontant l’aspect serein et paisible de la nature à l’aspect négatif du souvenir qu’il a des hommes. Cette insécurité créée par la présence des hommes est d’autant plus frappante que Rousseau montre le fait qu’à tout moment elle pourrait refaire surface puisqu’il est à peine possible pour lui de faire abstraction de ce souvenir. Les deux oppositions marquantes dans cette partie sont donc premièrement l’opposition de la passion à celle du profit soit celle du « je » narratif (Rousseau) aux autres ainsi que l’opposition de la méchanceté des hommes au caractère paisible et rassurant de la nature.

En poursuivant son idée que la nature est un refuge à la méchanceté humaine, Rousseau insiste dans cette deuxième partie sur le sentiment de liberté et de protection que cette dernière lui garantit. Néanmoins, l’introduction de cette partie est à nuancer puisqu’elle est introduite par une tournure impersonnelle et non plus par le «je » narratif qui est placé au second plan et non plus en tant que sujet acteur: « Il me semble ». Les tournures à la voix passive qui suivent, renforcent cette impression que, quelque part, Rousseau subit encore l’influence humaine bien que retiré de la société. De même pour l’utilisation du « si » qui prouve qu’il s’agit là encore d’une perception de Rousseau, d’un sentiment et non d’une vérité. La vérité étant que les « ennemis » de Rousseau existent encore quelque part mais non au sein de cette nature qui, elle, offre un sentiment d’oubli, de liberté et de paix. Rousseau, lui-même, caractérise son état de pensée comme une « illusion » à la ligne 11. Là aussi, on constate l’opposition du «je » au pluriel « ils » et du « ils » à la nature protectrice. Rousseau se perçoit comme faible face à cette humanité et à la présence omniprésente qu’il a d’elle car, une fois encore, le choix des mots et la structure de la phrase permettent de le déduire. Nous avons les termes « situation », « faiblesse », « besoins » qui marquent l’impossibilité du bonheur complet que Rousseau pourrait trouver dans la nature. Autrement dit, ce sentiment de liberté et d’abandon que décrit Rousseau n’est autre qu’une illusion qui serait réalisable si et seulement si il était suffisamment fort pour oublier les hommes qui gravitent autour. Bien que retiré de la société, Rousseau se sent quand même persécuté par les hommes, qui, même absents, contribuent à sa quête de sécurité au sein de la nature.

Notre troisième partie part de cette idée que la solitude forcée, que Rousseau subit, se doit être comblée par la nature environnante, sans quoi il serait incomplet. Le rythme binaire produit par la structure « plus la solitude... plus il faut » indique le fait que la solitude créé une nécessité: « il faut » et que plus cette solitude grandit, plus il est vital pour Rousseau de fusionner avec cette nature. Rousseau se présente dans toute sa faiblesse en montrant que son imagination et sa mémoire ont une limite que seule la nature permet de transgresser. Mais ici encore, Rousseau précise de quelle nature, il s’agit. Il définit donc deux types de nature: la nature à l’état pur qui se produit spontanément sans intervention humaine, et la nature « forcée » qui est celle que les hommes transforment pour leur profit. Là encore, on observe une critique de la nature humaine puisque c’est le premier type de nature qui offre à Rousseau le repos de l’âme et non la nature dite « forcée ». C’est la nature à l’état pure et ses productions qui peuvent remplir le vide laissé par la solitude et non la nature « forcée ». Nous constatons l’importance du sens de la vue dans cette partie plus que dans les autres dans lesquelles Rousseau insistait davantage sur son action pour la première partie et sur sa passivité (le fait qu’il subisse) pour la deuxième partie. Ici, la nature est perçue au sens propre comme au sens second comme un spectacle, Rousseau la vit et la voit puisqu’elle est un tout intégré à son mode de vie et à son paysage environnant: « suppléés par les productions spontanées de la terre » et « de toutes parts » en sont la preuve. Nous retrouvons, comme dans la tradition classique, la nature dite « nourricière » par le choix de Rousseau de parler de « productions » de la terre, mais aussi de nature nourricière dans une autre dimension plus psychologique: la nature qui nourrit l’esprit en complétant le vide laissé par l’incapacité à imaginer ou à se souvenir du passé (« imagination » et « mémoire » aux lignes 15et 16).

La nature nourricière est dans notre quatrième partie non seulement un moyen pour Rousseau de former un tout cohérent capable d’imaginer et de se souvenir, mais également une source de plaisir. L’aspectjouissif de cette nature est rendue explicit par l’emploi du mot «plaisir» à la ligne 19. La question est maintenant de savoir comme Rousseau éprouve ce plaisir, et ce plaisir est mis en scène par la quête de nouvelles plantes qui rend l’oubli de la menace humaine presque possible ou du moins la rend supportable. Cette quête est présentée comme un moyen de mieux connaître la nature et de mieux s’isoler de la civilisation. Si comme dans notre précédente explication, nous faisons le parallèle avec la femme aimée, nous pouvons parler d’une quête d’intimité où la civilisation n’intervient pas ou très peu. Observons les termes « désert », « nulles traces » et « asile » plus attentivement. Ces mots traduisent la volonté de s’isoler du monde extérieur et de ne faire qu’un avec la nature. Ces termes permettent également de retranscrire un sentiment général ressenti par Rousseau, semblable au mécanisme de l’amour (bien qu’ici le terme « amour » soit un peu fort). On peut opposer « nulles traces » à l’idée de respirer plus librement. Il est clair que Rousseau considère la liberté possible qu’en absence absolue de l’Homme et que, c’est pourquoi, il ne se définit pas comme étant libre mais qu’il exprime cette illusion par la comparaison de la dernière ligne. L’asile exprimant clairement la fuite, ici des hommes, et selon l’autre sens du terme, perçu à notre époque, le lieu où les gens souffrant d’une maladie mentale sont isolés, bien que Rousseau n’y ait certainement pas fait allusion ici en écrivant « asile ».

En conclusion, cet extrait résume à merveille le contenu de la septième promenade en insistant sur ses oppositions majeures soit l’opposition de Rousseau à la civilisation et l’opposition de la nature aux hommes. Rousseau, tout en exprimant sa volonté de s’isoler des hommes, ne peut s’empêcher de se souvenir et d’évoquer la civilisation soit en en constatant sa présence sur la nature (la nature « forcée ») ou bien en repensant aux atteintes subies par le passé (le souvenir) qu’il pense toujours actuelles. La fusion avec la nature pour pallier à la solitude forcée est présentée comme vitale et cette union avec la nature crée un exil artificiel qui ne peut garantir à Rousseau l’absence complète de l’humanité mais du moins lui en donner l’illusion. Cette fusion avec la nature décrite comme une relation intime, nous invite à faire le lien avec l’œuvre de Goethe les souffrances du jeune Werther où le personnage principal, Werther, se nourrit de la nature dans une dimension psychologique pour pallier à son sentiment amoureux pour la femme désirée et inaccessible, Charlotte. Dans les deux œuvres, la nature est présentée comme nourricière et permet d’apaiser les tourments du narrateur par une fusion avec celle-ci. Cette comparaison nous invite à nous demander si nous pouvons effectivement parler d’une œuvre postromantique concernant les Rêveries du promeneur solitaire.

[...]

Fin de l'extrait de 5 pages

Résumé des informations

Titre
Rousseau: Les rêveries du promeneur solitaire
Sous-titre
Explication de l'extrait p. 144
Université
University of Basel  (Institut de français)
Cours
littérature S1
Note
5-6
Auteur
Année
2009
Pages
5
N° de catalogue
V161262
ISBN (ebook)
9783640765270
Taille d'un fichier
387 KB
Langue
Français
Annotations
Benotung nach dem Notensystem der Schweiz
mots-clé
Rousseau, Explication
Citation du texte
Camille Cotillon (Auteur), 2009, Rousseau: Les rêveries du promeneur solitaire, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/161262

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