Ce livre nait d’un besoin urgent de revisiter l’histoire coloniale du Cameroun sous un prisme trop longtemps marginalisé : celui des femmes noires. Durant la période coloniale allemande (1884-1916), nombre de femmes furent victimes de violences sexuelles, d’exploitation économique, et de multiples formes de déshumanisation, inscrites au cœur même du projet colonial. Cette mémoire, bien que profondément ancrée dans les corps et les esprits, demeure largement absente des récits historiques dominants. Ce travail se vaut un acte de mémoire, une tentative de sortir ces femmes de l’oubli, non pas pour les figer dans leur statut de victimes, mais pour restituer la complexité de leurs expériences, entre souffrance, résilience et stratégies de survie. Il s’agit également de démontrer comment les séquelles de cette exploitation coloniale se perpétuent aujourd’hui à travers certaines formes d’injustices sociales et de discriminations de genre, notamment dans les politiques de protection sociale contemporaines. J’ai choisi d’ancrer cet ouvrage dans une approche féministe et décoloniale, convaincue que la justice de genre ne saurait être atteinte sans une réflexion critique sur notre passé collectif. Mon objectif n’est pas simplement de relater une histoire, mais d’ouvrir un espace de dialogue entre mémoire et action, entre savoir académique et engagement social.
Table des matières
- AVANT-PROPOS
- TABLE DES MATIERES
- RESUME
- ABSTRACT
- QUESTIONS DE RECHERCHE
- Principales :
- HYPOTHESES PRINCIPALES
- HYPOTHESE TRANSVERSALE (GLOBALE)
- PREMIERE PARTIE : UNE HISTOIRE D’INVISIBILISATION – LES FEMMES DANS LE SYSTEME COLONIAL ALLEMAND
- INTRODUCTION
- CHAPITRE I : LE CAMEROUN SOUS DOMINATION ALLEMANDE (1884-1916) : FONDATIONS COLONIALES, LOGIQUES IMPERIALES ET PREMICES DE LA VIOLENCE GENREE
- INTRODUCTION
- I. LA CONQUETE ET L’ORGANISATION DU TERRITOIRE : DOMINATION MILITAIRE ET CONTROLE ADMINISTRATIF
- 1. L’exploitation des femmes à la lumière de Walter RODNEY
- 2. Sexualité du pouvoir colonial : éclairages d’Achille MBEMBE
- 3. L’apport de Stéphanie TERRENI BROWN : le concubinage colonial revisité
- II. LA RACIALISATION ET LA HIERARCHISATION SOCIALE IMPOSEES PAR LE COLON
- 1. La racialisation du corps féminin et l’exemple du « kaba ».
- 2. La régulation coloniale de la sexualité.
- 3. Patrice LUMUMBA et le combat ambigu pour les femmes.
- III. UNE ECONOMIE D’EXPLOITATION ET LA MILITARISATION DES CORPS AFRICAINS
- 1. Le questionnement du recours aux femmes colonisées pendant la guerre.
- 2. L’implication des femmes colonisées dans les stratégies de survie et de résistance locale.
- 3. Formes de résistance des femmes colonisées : protection des foyers, préservation des savoirs locaux, révoltes et mobilisations collectives.
- CONCLUSION
- CHAPITRE II : LE SYSTEME PATRIARCAL ET RACIAL DE L’EXPLOITATION : COMMENT L’IDEOLOGIE COLONIALE A ARTICULE RACE ET GENRE POUR DOMINER LES FEMMES NOIRES
- INTRODUCTION
- I. LA PENSEE COLONIALE ALLEMANDE : RACIALISME ET MISOGYNIE ENTRELACES
- 1. L’idéologie racialiste coloniale.
- 2. La misogynie institutionnalisée dans la colonie.
- 3. Fonction du patriarcat colonial dans l’organisation sociale.
- II. LA SEXUALISATION DES CORPS NOIRS : LE CONCUBINAGE COMME OUTIL DE DOMINATION
- 1. Définition et terminologie coloniale.
- 2. Un système organisé de domination sexuelle.
- 3. Des justifications raciales et idéologiques.
- 4. Les conséquences pour les femmes africaines.
- 5. Mémoire, oubli et justice.
- III. LA DIVISION GENREE DU TRAVAIL DANS LES STRUCTURES COLONIALES…….
- 1. Assignation des rôles économiques selon le genre.
- 2. Exploitation sexuelle et productive des femmes.
- 3. Stratégies féminines face à la division genrée.
- CONCLUSION
- CHAPITRE III : FEMMES NOIRES ET VIOLENCES SEXUELLES : ENTRE SILENCE, BRUTALITE COLONIALE ET SURVIE DES CORPS FEMININS.
- INTRODUCTION.
- I. LE VIOL COMME OUTIL DE DOMINATION POLITIQUE ET MILITAIRE.
- 1. L’instrumentalisation du corps africain : objet « laborieux » pour le colon.
- 2. La mise en scène du corps africain : entre « voyeurisme » non autorisé et désir de retranscription de la réalité….
- 3. La mise à l’envers des stéréotypes liés au corps africain ?
- II. LE CONCUBINAGE IMPOSE : ENTRE CONSENTEMENT IMPOSSIBLE ET ESCLAVAGE SEXUEL.
- 1. Le faux consentement dans un rapport de domination.
- 2. L’exploitation sexuelle comme continuum de l’esclavage.
- 3. La violence normalisée et institutionnalisée.
- III. L’EFFACEMENT DES VOIX FEMININES ET LES CONSEQUENCES TRANSGENERATIONNELLES.
- 1. Le silence imposé par le système colonial.
- 2. La mémoire mutilée et les traumatismes tus.
- 3. La transmission des séquelles aux générations suivantes.
- CONCLUSION
- CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE
- DEUXIEME PARTIE : « SEQUELLES ET MEMOIRES – LES HERITAGES GENRES DE LA COLONISATION ».
- INTRODUCTION.
- CHAPITRE IV : TRANSMISSION DES TRAUMATISMES COLONIAUX.
- INTRODUCTION.
- 1. Violence du silence : les femmes violées ou réduites en esclavage sexuel ont souvent été contraintes au silence par la honte, la peur ou la pression sociale.
- 2. Transmission indirecte : le traumatisme se manifeste chez les descendantes par des troubles anxieux, une méfiance à l’égard des institutions, un rapport complexe au corps et à la sexualité………..
- 3. Mémoire incorporée : absence de mots mais présence des affects, des émotions et des comportements appris dans un contexte de domination. Exemple : transmission du rejet de soi chez les filles métisses ou stigmatisées comme descendantes de « femmes à colons ».
- II. MEMOIRES TRANSGENERATIONNELLES DANS L’ESPACE FAMILIAL ET COMMUNAUTAIRE.
- 1. La famille comme espace de mémoire fragmentée : récits déformés, silences lourds, évitements autour du passé colonial.
- 2. La transmission peut être négative (honte, déni, stigmatisation) ou résistante (valorisation de l’ancêtre, reconstruction d’un récit d’honneur ou de survie).
- 3. La persistance de stéréotypes hérités du regard colonial dans les discours de certaines familles sur la sexualité, le genre ou la soumission féminine.
- III. LES MARQUEURS SOCIAUX CONTEMPORAINS DU TRAUMATISME.
- 1. Exclusion des femmes des systèmes formels de protection sociale, particulièrement en milieu rural ou dans les groupes historiquement dominés.
- 2. Méfiance envers l’Etat ou les institutions de soins, vue comme une prolongation du pouvoir colonial masculin et étranger.
- 3. Reproduction des violences structurelles : pauvreté féminine, dévalorisation des savoirs et voix des femmes âgées ou rurales, sous-représentation des femmes dans les politiques de mémoire....
- 4. Les séquelles coloniales se retrouvent dans la faible reconnaissance du travail domestique ou agricole des femmes dans les dispositifs sociaux.
- IV. REVENDIQUER LA MEMOIRE POUR CONSTRUIRE LA JUSTICE.
- 1. Restaurer la mémoire des femmes colonisées est un acte politique de réparation.
- 2. Cela implique de documenter, d’enseigner, de rendre visibles les trajectoires féminines dans les récits nationaux et de réinterpréter les archives avec un regard féministe et décolonial.
- 3. La mémoire peut devenir une force pour repenser les politiques sociales et les inscrire dans une logique de reconnaissance, de justice symbolique et de réparation.
- CONCLUSION
- CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE
- TROISIEME PARTIE : PERSPECTIVES FEMINISTES POUR UNE JUSTICE DE GENRE EN PROTECTION SOCIALE.
- INTRODUCTION :
- CHAPITRE VII : COMPRENDRE LA JUSTICE DE GENRE EN CON TEXTE POSTCOLONIAL.
- INTRODUCTION.
- I. HERITAGES COLONIAUX ET INVISIBILISATION DES FEMMES.
- II. LA JUSTICE DE GENRE : AU-DELA DE L’EGALITE FORMELLE.
- 1. Les discriminations historiques liées à la race, au genre et à la classe.
- 2. La transmission transgénérationnelle des traumatismes.
- 3. La marginalisation économique et symbolique des femmes noires.
- III. DIMENSIONS INTERSECTIONNELLES DE LA JUSTICE.
- IV. VERS UNE JUSTICE SOCIALE FEMINISTE ET DECOLONIALE.
- CONCLUSION
- CHAPITRE VIII : PROTEGER AUTREMENT – REPENSER LES PO LITQUES SOCIALES A LA LUMIERE DU GENRE ET DE L’HISTOIRE.
- INTRODUCTION :
- I. UNE PROTECTION SOCIALE HERITEE DU COLONIALISME.
- II. L’URGENCE DE REPENSER LA « PROTECTION ».
- 1. Reconnaitre les violences passées et actuelles ;
- 2. Intégrer les savoirs et pratiques sociales portées par les femmes ;
- 3. Créer des politiques ancrées dans les vécus spécifiques, notamment en zones rurales et marginalisées.
- 4. Revoir la formation des agents sociaux à l’aune du genre, de l’histoire et du contexte postcolonial.
- III. DES MODELES ALTERNATIFS DE SOLIDARITE A VALORISER.
- IV. LA REPARATION COMME DIMENSION CENTRALE.
- CONCLUSION
- CHAPITRE IX : VERS UNE PROTECTION SOCIALE FEMINISTE.
- INTRODUCTION :
- I. UNE PERSPECTIVE DECOLONIALE NET NFEMINISTE DE LA PROTECTION SOCIALE.
- 1. Intègre l’histoire des violences coloniales dans la conception des droits sociaux ;
- 2. Questionne les normes de genre implicites dans les politiques sociales (qui protège-t-on, sur quels critères, avec quels effets ?)
- 3. Valorise les expériences et savoirs des femmes, y compris ceux transmis en dehors des institutions formelles.
- II. LES PRINCIPES D’UNE PROTECTION SOCIALE FEMNISTE.
- 1. Mémoire et reconnaissance.
- 2. Inclusion et intersectionnalité.
- 3. Autonomie et pouvoir d’agir.
- 4. Co-construction avec les actrices locales.
- III. VERS DES PRATIQUES SOCIALES ENRACINEES DANS LES REALITES AFRICAINES.
- CONCLUSION
- CONCLUSION DU CHAPITRE :
- CONCLUSION GENERALE
- REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Objectif et thèmes principaux
Cet ouvrage vise à revisiter l'histoire coloniale allemande du Cameroun (1884-1916) sous l'angle longtemps marginalisé des femmes noires, en mettant en lumière leurs expériences d'exploitation, de violence et de résistance. Il cherche à comprendre comment les séquelles de cette période coloniale persistent dans les inégalités de genre et l'exclusion sociale actuelles au Cameroun, et à proposer des pistes pour une justice de genre transformative et décoloniale dans les politiques sociales.
- Analyse de la violence coloniale systémique (sexuelle, économique, raciale) envers les femmes noires.
- Exploration de l'intersectionnalité du genre, de la race et de la classe dans les mécanismes de domination coloniale.
- Examen du silence, de l'effacement et de la transmission des traumatismes coloniaux à travers les générations.
- Mise en lumière des stratégies de résistance et de résilience des femmes noires face à l'oppression coloniale.
- Réflexion sur la reconstruction de la mémoire et l'intégration de la justice de genre dans les politiques sociales postcoloniales.
- Développement d'une approche féministe et décoloniale pour comprendre et réparer les héritages historiques.
Extrait du livre
LE CONCUBINAGE IMPOSE : ENTRE CONSENTEMENT IMPOSSIBLE ET ESCLAVAGE SEXUEL
L’une des manifestations les plus flagrantes du patriarcat colonial fut l’institutionnalisation du « Frauenwesen » - système de concubinage entre colons allemands et femme es africaines. Ces relations, présentées comme consensuelles, étaient en réalité imposées par un contexte de domination absolue : les femmes n’avaient ni recours, ni pouvoir de négociation. Le concubinage permettait aux hommes allemands d’éviter les mariages officiels, d’avoir une main d’œuvre domestique gratuite, et de satisfaire leurs pulsions sexuelles dans un cadre toléré par l’administration.
Le faux consentement désigne une adhésion apparente, mais contrainte, dominée dans un contexte de rapports de force asymétriques. Ce consentement n’est pas réellement libre : il est produit par la peur, la dépendance économique, la contrainte sociale, ou encore la violence symbolique. Il sert à légitimer la domination : le colon ou le patriarche peut dire : « elle a accepté », alors qu’en réalité, il y a eu manipulation ou absence d’alternatives. Les relations dites de « concubinage » entre colons allemands et femmes camerounaises étaient en réalité traversées par une asymétrie radicale de pouvoir. Les femmes dites « Frauenwesen » n’avaient pas la possibilité d’exprimer un consentement libre : elles étaient soumises à la contrainte économique, sociale et politique du système colonial. Le consentement n’était donc qu’une façade, car toute négociation se déroulait dans un cadre de domination raciale et patriarcale.
Dans les plantations allemandes puis françaises, certaines femmes disaient « accepter » de travailler, mais il s’agissait souvent d’un choix sous la menace d’amendes, de violences ou de l’impôt de capitation imposé à la famille. Le discours colonial parlait de « participation volontaire des indigènes » alors qu’il s’agissait de travail forcé déguisé. Les colons passaient parfois par les chefs pour obtenir des femmes en mariage ou concubinage « officiel ». Le chef « consentait » au nom de la communauté, mais la femme n’avait aucun mot à dire. Cela crée un consentement collectif imposé qui invisibilise la contrainte individuelle. Ce « consentement » était donc une illusion imposée par le rapport colonial, ce qu’on peut qualifier de faux consentement sexuel.
Sous les Allemands, les « Frauendorfer » (villages de femmes réservées aux colons) étaient officiellement « concubines volontaires ». En réalité, les femmes y étaient envoyées par contrainte, souvent jeunes, et dépendaient des colons pour survivre. Sous les Français, certaines femmes des marchés urbains « acceptaient » des relations avec des administrateurs ou commerçants européens pour obtenir des laissez-passer ou échapper aux contrôles policiers. Ici encore, le consentement était conditionné par la survie dans un système inégalitaire. La notion de faux consentement permet donc de comprendre que, dans les rapports coloniaux, le « oui » des femmes (ou des colonisés en général) n’était pas un vrai choix, mais la conséquence d’une domination structurelle.
Résumé des chapitres
Chapitre I : Le Cameroun sous domination allemande (1884-1916): Ce chapitre explore comment la domination allemande au Cameroun a systématisé la violence et l'exploitation des femmes noires, les réduisant à des fonctions secondaires et les soumettant à une double logique de domination raciale et genrée.
Chapitre II : Le système patriarcal et racial de l’exploitation : Ce chapitre analyse comment l'idéologie coloniale allemande a articulé le racialisme et la misogynie pour construire un ordre social où les femmes noires étaient perçues comme des objets de service, de désir ou de reproduction, jamais comme des sujets autonomes.
Chapitre III : Femmes noires et violences sexuelles : Ce chapitre met en lumière les violences sexuelles systémiques (viol, concubinage forcé) comme outils de domination politique et militaire, explorant les conséquences profondes de ces abus et la brutale instrumentalisation du corps féminin africain.
Chapitre IV : Transmission des traumatismes coloniaux : Ce chapitre examine comment les traumatismes coloniaux liés aux violences subies par les femmes ont été transmis silencieusement à travers les générations, modelant la mémoire collective et l'identité sociale dans un contexte d'oubli institutionnalisé.
Chapitre V : Le poids des structures sociales héritées : Ce chapitre aborde comment les structures sociales, administratives, juridiques et coutumières mises en place ou renforcées durant la colonisation allemande continuent d'impacter la condition des femmes noires dans le Cameroun contemporain, perpétuant les inégalités.
Chapitre VIII : Protéger autrement – Repenser les politiques sociales à la lumière du genre et de l’histoire : Ce chapitre propose de repenser les politiques sociales en Afrique en intégrant les expériences historiques des femmes noires, afin de créer des dispositifs plus inclusifs, sensibles au genre, et ancrés dans les réalités locales pour une protection sociale transformatrice.
Mots-clés
Colonialisme allemand, Cameroun, Femmes noires, Violence sexuelle, Exploitation économique, Justice de genre, Mémoire coloniale, Traumatismes transgénérationnels, Résistance féminine, Protection sociale, Décolonisation, Patriarcat, Racialisation, Postcolonialisme, Inégalités sociales.
Questions fréquemment posées
Quel est le sujet principal de cette œuvre ?
Cette œuvre explore la mémoire coloniale, le genre et la justice sociale au Cameroun, en se focalisant sur les expériences des femmes noires et les héritages de l'exploitation durant la période coloniale allemande (1884-1916) et ses répercussions contemporaines.
Quels sont les domaines thématiques centraux ?
Les thèmes centraux incluent les violences sexuelles, l'exploitation économique et la déshumanisation des femmes noires, la racialisation des corps féminins, la transmission des traumatismes coloniaux, les stratégies de résistance féminine, et la proposition de politiques sociales féministes et décoloniales.
Quel est l'objectif principal ou la question de recherche ?
L'objectif principal est de comprendre comment les femmes noires ont été exploitées et instrumentalisées au sein du système colonial allemand au Cameroun entre 1884 et 1916, et de proposer des voies pour une justice de genre et une réparation des héritages coloniaux.
Quelle méthode scientifique est employée ?
L'ouvrage s'appuie sur une analyse historique rigoureuse, une lecture féministe et décoloniale des archives coloniales, des récits oraux et des témoignages pour documenter les expériences des femmes noires.
Que couvre la partie principale de l'ouvrage ?
La partie principale couvre l'histoire de l'invisibilisation des femmes dans le système colonial allemand, l'analyse du système patriarcal et racial de l'exploitation, les formes de violences sexuelles subies par les femmes noires, et la transmission des traumatismes coloniaux à travers les générations.
Quels mots-clés caractérisent ce travail ?
Les mots-clés incluent le colonialisme allemand, les femmes noires, la violence sexuelle, l'exploitation économique, la justice de genre, la mémoire coloniale, les traumatismes transgénérationnels, la résistance féminine, la protection sociale, la décolonisation, le patriarcat, la racialisation, le postcolonialisme et les inégalités sociales.
Comment le système de concubinage colonial, ou "Frauenwesen", a-t-il été instrumentalisé ?
Le "Frauenwesen", littéralement "l'affaire des femmes", était un système de concubinage non officiel mais toléré par l'administration coloniale allemande. Il servait à contrôler les corps féminins africains comme objets de service, de désir ou de reproduction, permettant aux colons d'éviter les mariages officiels et d'obtenir une main-d'œuvre domestique et sexuelle gratuite, le tout sous une façade de "faux consentement".
Pourquoi le concept de "faux consentement" est-il crucial pour comprendre les relations de concubinage sous la colonisation ?
Le "faux consentement" est crucial car il révèle que l'adhésion des femmes africaines aux relations de concubinage n'était pas libre mais contrainte par la peur, la dépendance économique et la violence symbolique. Il met en lumière comment le système colonial légitimait la domination et l'exploitation sexuelle en présentant ces relations comme mutuelles, occultant la réalité d'une domination structurelle raciale et patriarcale.
De quelles manières la mémoire des violences coloniales a-t-elle été "mutilée" et quelles en sont les conséquences ?
La mémoire a été mutilée par un oubli stratégique des violences de genre dans les archives officielles et les récits nationalistes masculins, ainsi que par le silence imposé au sein des familles en raison de la honte et de la stigmatisation. Cette mutilation a entraîné une mémoire fragmentée, des traumatismes transgénérationnels non reconnus et une invisibilisation des souffrances féminines, rendant difficile la réparation et la justice sociale aujourd'hui.
Quel est le rôle du "kaba" dans la racialisation du corps féminin et sa transformation au Cameroun ?
Le "kaba" est une "couverture" introduite par les missionnaires pour les femmes Duala, aborrant la nudité et promouvant une tenue "décente". Initialement un vêtement rugueux déformant l'anglais "cover", il est devenu, avec le temps, un vêtement authentique et sophistiqué, puis un costume national, illustrant la manière dont les femmes africaines ont réinterprété et réapproprié un élément imposé par la culture coloniale pour affirmer leur propre sens du style et de la dignité.
- Arbeit zitieren
- Docteur Patricia Etonde (Autor:in), 2025, Mémoire coloniale, genre et justice sociale : femmes noires et héritages de l'exploitation au Cameroun, München, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1669260