„The dragon emerges“ - La Chine, futur hégémone mondial?


Dossier / Travail, 2011
13 Pages, Note: 1,0

Extrait

Table des matières

I.La théorie des cycles hégémoniaux de George Modelski
I.1.Le cycle hégémonial
I.2.Les quatre socles du pouvoir hégémonial

II.La Chine: future hégémone?
II.1.Les quatres socles hégémoniaux appliqués à la Chine
II.2.La Chine, voudrait-elle de ce pouvoir?

III.Conclusion

IV.Bibliographie

«The dragon emerges»1 - La Chine, futur hégémone mondial? Une analyse modelskienne du phénomène

«China‘s new world role»2 - le titre de cet article rédigé par Aloysius Wee, le partenaire de gestion de Dacheng Central Chambers LLP, Singapore, le premier cabinet d‘avocats joint-venture entre Singapore et la Chine, m‘a intrigué.3 La Chine est-elle vraiment en train de se repositionner dans le monde? Assurément. Or cette nouvelle puissance acquise par l‘Empire du milieu pourrait elle même projeter la Chine sur le socle de l‘hégémone mondial et lui permettre ainsi de renverser les États-Unis en tant que première puissance mondiale?

Selon un projet réalisé à l‘Université Technique de Braunschweig, sous l‘égide de Prof. Dr. Ulrich Menzel, intitulé «Projekt Imperium oder Hegemonie»4 («Projet Empire ou Hégémonie») la Chine a déjà pu s‘imposer comme leader mondial à quatre reprises selon les critères établis par George Modelski, professeur émérité en sciences politiques à l‘Université de Washington, dans son ouvrage Long cycles in World Politics.5 Les travaux de ces deux historiens et politologues ainsi que ceux de William R. Thompson serveront comme base de ce travail.

Passant en revue les plus de deux mille ans d‘histoire chinoise, c‘est surtout l‘époque entre environ 1000 et 1300, qui est d‘une importance assez frappante. Ces trois cents ans sont considérés par les sinologues comme la phase de la révolution économique chinoise.6 Il s‘agissait d‘une révolution vaste qui touchait l‘agriculture, la manufacture avec les premières transitions vers l‘industrie, le marché tant intérieur qu‘extérieur, le secteur du transport, les sciences naturelles et leur utilisation systématique. De l‘autre côté elle apportait de l‘innovation aux institutions, c‘est-à-dire à la constitution économique et à la politique économique de l‘État. Cette révolution est comparable aux révolutions agricole et industrielle européennes, à part qu‘en Chine, elle a eu lieu une centaine d‘années plus tôt et a permis au pays de se manifester longtemps comme première puissance économique mondiale.7 Selon Modelski, la Chine a parcouru pendant cette période quatre cycles hégémoniaux: le premier sous la dynastie Song du Nord (960-1030) (LC1), un deuxième sous la dynastie Song du Sud (1060-1160) (LC2), s‘en suivait le cycle de l‘empire mongol (1190-1280) (LC3) et enfin celui de la dynastie Ming (1300-1385) (LC4).8

Après cette période de prospérité économique, politique, scientifique et culturelle, l‘Empire du Milieu n‘a plus connu de phase hégémoniale, mais s‘est plutôt éteint au profit des puissances navales européennes qui elles ont dû céder la place de leader mondial, après la Deuxième Guerre mondiale, aux États-Unis, première puissance hégémoniale globale.9

Entre temps, historiens comme économistes prévoient la fin de l‘hégémonie américaine au plus tard dans les années 2030. Un des successeurs en discussion est la Chine. Mais remplie-t-elle toutes les conditions établies par George Modelski pour pouvoir s‘emparer de la position de la première puissance mondiale? C‘est à cette question que je vais essayer de répondre dans la suite de ce travail en consacrant une première partie à une bref explication des conceptions de Modelski. Après avoir illucider ses principes, je vais tenter de les appliquer à la Chine et voir si celle-ci voudrait vraiment de ce pouvoir.

I.La théorie des cycles hégémoniaux de George Modelski

I.1.Le cycle hégémonial

Avant de nous lancer dans lʻanalyse de la Chine, je vais tout dʻabord brièvement expliquer les thèses de Modelski. Dans un premier temps il sʻagit de définir le cycle hégémonial.

Selon Modelski, le long de lʻhistoire, le système politique et économique mondial peut être subdivisé en plusieurs cycles quʻil désigne comme long cycles (LC). Un tel cycle retrace en bref la montée en puissance, la prise de la position hégémoniale mondiale et le déclin dʻun empire (p. ex. les dynasties Song), dʻune ville libre (p.ex. Gênes, Venise), dʻun État (p. ex. Espagne, Portugal) ou dʻune nation (p.ex. États-Unis).

Ces trois phases sont constituées de la façon suivante: tout dʻabord une puissance potentielle B connaît une innovation qui lui permet de se différencier dʻautres puissances et surtout de lʻhégémone A en place. Dès lors commence la phase de la montée en puissance de B. En même temps une puissance D va entrer en conflit directe avec A. Il sʻagit ici souvent dʻune puissance territoriale qui ne pourra pas, en règle générale, prendre la place de A. Vainqueur de ce conflit ouvert est en règle générale la puissance B qui, par alliance avec la puissance A en déclin, profite de lʻaffaiblissement supplémentaire de celle-ci pour sʻemparer de lʻhégémonie et de cette façon pourra alors établir un ordre hégémonial et garantir par sa présence une période de prospérité et de paix.10

Pendant cette période dʻordre général, une troisième puissance C parvient à émerger par une nouvelle innovation. Pendant que C monte donc en puissance, B connaît un déclin relatif. À un moment, les puissance B et C vont sʻaffronter dans un deuxième conflit hégémonial. C en sort vainqueur et peut sʻimposer comme nouveau hégémone, alors que le puissance de B décline et que celle-ci doit se soumettre à C.11

Or le déclin dʻune puissance ne peut jamais être considéré comme définitif. Il y a même des puissances en voie de déclin qui réussissent quandmême à sortir vainqueur du deuxième conflit hégémonial, comme cʻétait le cas par exemple de la Grande Bretagne qui a pu se manifester contre la France napoléonienne, alors quʻelle avait parcouru un premier cycle hégémonial entre 1713-1815.12 Dans un deuxième cas de figure, une puissance peut sʻéteindre pour une durée assez longue et émerger de nouveau après quelques siècles. Ce serait alors le cas de la Chine qui sʻest endormie au quinzième siècle et pourrait reprendre le rôle de leader global au 21e siècle.

Jusquʻà présent Modelski a pu déterminer dix cycles hégémoniaux à travers des études empiriques sur lʻhistoire globale.13 À lʻheure actuelle le monde se trouve sous lʻhégémonie des États-Unis (LC9). Or selon un grand nombre dʻhistoriens, de penseurs, de politologues et dʻéconomistes, dont notamment Noam Chomsky, Samir Amin, Emmanuel Todd, Johan Galtung, Ulrich Menzel et Modelski lui-même, le système américain se trouve en plein déclin.14 Le deuxième conflit hégémonial de son cycle ne pourrait donc pas tarder selon leurs thèses et faire émerger une nouvelle première puissance globale. Or quʻest-ce quʻon attend de ce nouveau leader? Quelles conditions doit il remplir afin de pouvoir assumer sa tâche?

I.2.Les quatre socles du pouvoir hégémonial

Selon Modelski la puissance hégémoniale se compose de quatre socles. Elle doit être leader à la fois sur le plan économique, le plan militaire, le plan politique et plan culturel.15

Vue la grande ouverture du libéralisme d‘une puissance hégémoniale ses États rivaux ont un accès assez libre et simple à ses innovations. Ainsi ils peuvent copier ces dernières et les améliorer en quelque sorte. De cette façon, une puissance en voie vers une hégémonie profite de l‘innovation du leader en place afin de le devancer. Comme nous l‘avons vu, cette adaptation des innovations constitue la première étape d‘un cycle hégémonial. Elle diminue la suprématie de l‘hégémone sur ces rivaux, tout d‘abord dans le secteur d la production, ensuite dans le secteur économique et financier. De cette façon, une puissance en voie vers l‘hégémonie s‘approprie tout d‘abord la place du leader économique mondial.16

Sur le plan militaire, cette dernière puissance doit tout d‘abord constituer une puissance maritime et/ou aérienne. Selon Modelski et Thompon, la puissance d‘une hégémonie ne peut être mesurée par rapport à la grandeur de sa flotte maritime et/ou aérienne.17

La puissance en montée doit aussi, sur le plan politique, avoir adopté un système démocratique. Seul sous cette condition, elle peut garantir en tant qu‘hégémone l‘accès libre aux biens internationaux.18

Cette condition prévoit aussi l‘utilisation de la soft power. C‘est-à-dire que, même s‘il dispose de la flotte la plus importante du monde, l‘hégémone ne se sert pas de ses forces militaires, donc de la hard power, afin de s‘imposer. Il dispose plutôt d‘un charisme civilisatoire qui attire les autres puissances. Ce charisme se manifeste aussi bien dans des cultures pleinement développées que comme dans des cultures de masse.19 Un hégémone dispose donc à l‘apothéose de son pouvoir tant de hard power que de soft power, alors qu‘il doit avoir une préférence pour la dernière.

[...]


1 WEE, Aloysius, «China‘s new world role», dans «China in Spotlight», dossier spécial, ASEAN Affairs. The Voice of Southeast Asia, Vol. 4 n°6, novembre-décembre 2010, p. 49.

2 Idem.

3 Ibid.

4 MENZEL, Ulrich, «Projekt Imperium oder Hegemonie», http://www-public.tu-bs.de:8080/ ~umenzel/inhalt/dienstleistungen/hegemonie.html (consulté le 25 janvier 2011).

5 MODELSKI, George, Long cycles in world politics, Seattle, Presse universitaire Washington, 1987.

6 HANSEN, Valerie, The Open Empire: A History of China to 1600, New York, 2000.

7 MENZEL, Ulrich, «Song-China 960-1204», dans Imperium oder Hegemonie, (Forschungsberichte aus dem Institut für Sozialwissenschaften n° 78), avril 2007, p. 16-17, consultable sous: MENZEL, Ulrich, op. cit., http://www-public.tu-bs.de:8080/~umenzel/inhalt/ dienstleistungen/hegemonie.html (consulté le 25 janvier 2011).

8 «Sung China and the Evolving Global Economy», dans MODELSKI, George; THOMPSON, William R., Leading sectors and world powers: the coevolution of global economics and politics, Columbia, University of South Carolina Press, 1996, p. 154.

9 MENZEL, Ulrich, «USA 1898-1990: Die erste Hegemonialmacht mit globaler Reichweite», dans Imperium oder Hegemonie, (Forschungsberichte aus dem Institut für Sozialwissenschaften n° 98), octobre 2010, p. 15, consultable sous: MENZEL, Ulrich, op. cit., http://www-public.tu-bs.de: 8080/~umenzel/inhalt/dienstleistungen/hegemonie.html (consulté le 25 janvier 2011).

10 SCHIMMELFENNIG, Frank, Internationale Politik, Paderborn, UTB 2008, p. 85.

11 MODELSKI, THOMPSON, op. cit., p. 52-53.

12 MENZEL, Ulrich, «England/Großbritannien 1692/1713-1815: Das erste Empire» dans Imperium oder Hegemonie, (Forschungsberichte aus dem Institut für Sozialwissenschaften n° 92), novembre 2009, p.77-79, consultable sous: MENZEL, Ulrich, op. cit., http://www-public.tu- bs.de:8080/~umenzel/inhalt/dienstleistungen/hegemonie.html (consulté le 25 janvier 2011).

13 MODELSKI, George, «World system evolution», dans DENEMARK, Robert A. (éd.), World- system history: the social science of long-term change, London, Routledge 2000, p. 50-51.

14 CHOMSKY, Noam, Hegemony or survival: America ʻ s quest for global dominance, London, Penguin Books 2003; AMIN, Samir, Beyond US Hegemony? Assessing the Prospects for a Multipolar World, London - New York, Zed Books 2006; TODD, Emmanuel, Après l ʻ Empire: Essai sur la d é construction du système am é ricain, Paris, Gallimard 2002; GALTUNG, Johan, The Fall of the US Empire - And Then What? Successors, Regionalization or Globalization? US Fascism or US Blossoming, London, Transcend University Press 2009; «American Decline versus American Empire», dans MENZEL, Ulrich, USA 1990-ca. 2035: Hegemonialmacht mit imperialen Zügen, (Forschungsberichte aus dem Institut für Sozialwissenschaften n° 99), novembre 2010, p. 5-20, consultable sous: MENZEL, Ulrich, op. cit., http://www-public.tu-bs.de:8080/~umenzel/ inhalt/dienstleistungen/hegemonie.html (consulté le 25 janvier 2011); MODELSKI, op. cit. p. 51.

15 FLINT, Colin; TAYLOR, Peter James, Political geography: world-economy, nation-state and locality, Edinburgh, Pearson Education 20075, p. 49-50.

16 Ibidem.

17 MODELSKI, George; THOMPSON, William R., Seapower in Global Politics, 1494-1993, Houndmills 1998; Idem, Leading sectors, op. cit., p. 194; MENZEL, Ulrich, «Die Hierarchie der Staatenwelt», dans Imperium oder Hegemonie, (Forschungsberichte aus dem Institut für Sozialwissenschaften n° 95), mars 2010, p. 27, consultable sous: MENZEL, Ulrich, op. cit., http:// www-public.tu-bs.de:8080/~umenzel/inhalt/dienstleistungen/hegemonie.html (consulté le 25 janvier 2011).

18 MENZEL, « Die Hierarchie der Staatenwelt», op. cit., p. 22.

19 Idem, p. 9.

Fin de l'extrait de 13 pages

Résumé des informations

Titre
„The dragon emerges“ - La Chine, futur hégémone mondial?
Université
University of Luxembourg
Note
1,0
Auteur
Année
2011
Pages
13
N° de catalogue
V179518
ISBN (ebook)
9783656018582
ISBN (Livre)
9783656018902
Taille d'un fichier
610 KB
Langue
Français
mots-clé
Chine, hégémonie, Menzel, Modelski
Citation du texte
Danielle Wilhelmy (Auteur), 2011, „The dragon emerges“ - La Chine, futur hégémone mondial?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/179518

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