Projet d'article sur le conflit entre Boko Haram et autorités fédérales et locales du Nigeria

De la secte au mouvement politique


Dossier / Travail, 2011
18 Pages

Extrait

Projet d'article sur le conflit entre Boko Haram et autorités fédérales et locales du Nigeria : de la secte au mouvement politique.

1° Introduction générale : question d’ appellation – le Nigeria un habitué des sectes

Boko Haram dans le sillage du messianisme islamique, Maitasine des années 80 ; évolution et glissement vers un islam politique. Plus de trois mouvements messianiques à caractère souvent sectaire ont secoué dans les 50 dernières années, le nord du Nigeria. Il y a déjà des centaines d’années que ce pays, sa partie nord a connu la conversion à l’islam grâce aux négociants magrébins, Egyptiens, libyens et soudanais.

Le peuple Kanembu a eu des contacts avec le monde arabo musulman, il y a des centaines d’années, au point où une partie de sa culture s’est fortement arabisée. Le physique nilotique aussi des Kanembu est la preuve non seulement de leur métissage, mais aussi de leur origine égyptienne au sens pharaonique du terme.

Il est donc normal que le nord du Nigeria où ils sont présents, des mouvements messianique soient en partie à leur actif. L’autre groupe ethnique, c’est le groupe de Haussa. Il est le groupe majoritaire dans le nord du pays. Ils sont connus pour leur ancestrale conversion à l’islam, du temps du commerce entre le nord du Nigeria et bien des négociants arabes venus du nord de l’Afrique.

Les sectes des années 50 et 60 et puis 80 sont tout aussi politiques que celles d’aujourd’hui. Je parle de politique au sens fort et global du terme : organisation, idéologie, ordre, hiérarchisation, et modèle de société. Le Nigeria n’est pas étranger à ce phénomène des sectes aux relents politiques, qui se posent en force déstabilisatrices des pouvoirs établis, traditionnels comme modernes. L’islam comme paradigme politico moral dans les sociétés du nord du Nigeria, n’est pas une nouveauté dans le nord du pays.

Bh, la question de l’appellation et l’arrière-pensée propagandiste : aujourd’hui on a affaire à une nouvelle secte du moins un nouveau mouvement. Boko Haram est une appellation du commencement, de la naissance, mais par la suite, on s’est rendu compte que bien qu’il ne soit plus opérationnel au sens analytique, l’Etat s’y accroche tout de même par souci de nuisance propagandiste.

Or, BH dispose en son sein des instruits qui ont une haute analyse de la situation mondiale et nationale ; qui sont en mesure de fabriquer des bombes, de planifier des attentats, d’avoir l’art d’infiltrer les services de sécurité, de connaitre les points faibles de l’ennemi. On verra plus tard ce que recouvre l’appellation au sens positif du terme. La positivité d’une chose n’implique pas forcément une affection qu’on éprouve pour une chose ou une organisation.

Dans ce texte, notre angle d’attaque ne consiste pas en la mise en valeur du paradigme néomarxiste considérant l’économique comme principal facteur de mouvement socio politique. Il consiste plutôt à aborder le problème sous l’angle du discours, du délire politique, des rapports de pouvoirs, de la fonctionnalité politique de la religion. Autrement, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’

La lutte théorique au sein des oulémas musulmans et modernisation doctrinale :

Education occidentale – élites politique et pratique de corruption- pauvreté et inégalité socio-économique.

Cet article aura aussi une partie consacrée à la modernisation comme dynamique socio politique, mais pas comme implantation de modèles occidentaux dans la vie politique, économique des autres sociétés, etc. Nous appuierons notre analyse sur la conception de la modernité empruntée à Georges Balandier.

Laquelle conception consistant en un mélange entre le vieux et le neuf en articulation avec les enjeux d’aujourd’hui. On ne doit plus avoir une conception dichotomique entre les deux notions, ni évolutionniste des phénomènes, car on est souvent surpris du mélange auquel je fais allusion. Ce qui apparait méthodologiquement déroutant. Et conduit à une impasse.

Primitivité de tout mouvement et aspects délirants : la démence politique marquant tout commencement, hérésie ou sectarisme politique.

Dans toute religion, il y a quelque chose de délirant.

Forcer les gens à appliquer une religion, établir la totalité et la plénitude des préceptes religieux est de nos jours perçu comme du sectarisme. Ce qui est vrai, étant donné que la nuance et la tolérance n’y ont pas de place. Mais je pense qu’à l’intérieur des religions même dans l’épaisseur de leur interprétation, dans leur caractère holistique, il y a place pour le « délire », l’excès, la dérive. Le discours théocratique monothéiste à quelque chose de polysémique.

Je ne veux pas dire que les religions sont naturellement extrémistes, mais que la liberté polysémique qu’elles offrent quant à l’interprétation de certains préceptes est aussi une réalité. On est tenté de dire que dans les religions on peut faire ce qu’on veut en meilleur ou en pire, tant l’élasticité des textes sacrés s’y prête.

Boko Haram qui signifie en langue Haoussa, l’éducation occidentale est un péché, était, à la naissance dépeint par les autorités et les élites politico religieuses dites modérées comme une secte. Il y a secte par opposition à une normalité religieuse, par rapport à un schéma de pensée et de pratique, par opposition à une stabilité dans l’observation des préceptes religieux, sur fond de conservatisme doctrinal. A l’intérieur de la naissance des sectes, il y a une révélation de la nature même de la religion. A savoir la marge de délire, de débordement, de possibilité de mouvement allant dans le sens d’un conservatisme moderne ou d’une modernisation éclairée : Jacques Derrida appelait cela archéomodernité.

A travers l’histoire religieuse du nord Nigeria, force est de constater que de nombreuses sectes ont rythmé la vie religieuse. Ces sectes apparaissent comme des mouvements messianiques. Le messianisme étant lié à cette croyance fréquente dans les religions monothéistes du retour de l’homme providentiel.

Le phénomène constant dans cette évolution, c’est l’irruption périodique de groupe, de gourous, des chefs religieux qui entrainent des foules, vers un puritanisme islamique, vers un rigorisme des préceptes, vers une contestation de l’islam officiel reconnu par les autorités politiques ou par une importante partie des fidèles. Il en fut ainsi de la secte Maitasine dans les années 80 et 90. On retiendra également que la massification de l’islam dans l’Afrique noire et dans le nord du Nigeria a souvent donné lieu à des « lignes de fuites » dans l’ensemble du système religieux.

Les couches socio religieuses qui se sont superposées dans l’implantation des religions monothéistes en Afrique noire sont les courant des Tarik, c’est-à-dire des oulémas et leurs descendants, les cheikhs ou qui ont apporté l’islam à partir du Maghreb, précisément du Maghreb noir et confrérique. Puis, récemment le courant du sunnite dont l’émergence coïncide avec une plus forte influence du monde arabe, à travers la formation de jeunes oulémas, qui sont soit des enfants des religieux traditionnels soit des enfants de musulmans ordinaires. Au sein des Tarik il y a les Tidiane, les kadri, etc.

2°) Bh et l'avènement d'un nouvel islam noir.

De la Tarik au sunnisme : processus de politisation et de modernisation de l’islam.

Liens transversaux entre Afrique noire et le reste du monde ou la mondialisation islamique avec un arrière fond contestataire.

Islam comme lieu de modernité politique en Afrique.

Au commencement de l’islam en Afrique noire, était l’islam des Tarik, c’est-à-dire des voies, des courants, avec une référence cultuelle à un Cheikh ou un important chef religieux. Il faut dire que dans bien des pays comme le Nigeria, ces chefs se réclament d’une famille, tout comme le courant qu’ils incarnent. Ainsi, il y a dans la naissance de cet islam juxtaposition entre structure sociétale et courant Tarik. Voilà un exemple d’adaptation de l’islam aux réalités sociétales africaines noires.

Le nord du Nigeria ne fait pas exception. Aujourd’hui, sur le plan statistique ce sont les adeptes affiliés à un Tarik qui sont majoritaires. Les sultans, les Cheikh, les Malam, les familles religieuses sont souvent liées à un Tarik. Ainsi, l’islam s’est implanté dans les sociétés du Nord Nigeria. On n’oublie pas leur mode d’implantation par la guerre ou par le commerce. Mais cela n’est pas notre propos ici.

Les Tarik qu’on peut rencontrer sont désignés par le nom générique de Soufi ou de Tidiane.

De là s’opère en fonction des figures et des familles incarnant l’islam au début, des sous courants qui deviendront plus tard autonomes : Kadri, Tidiane authentique, soufis et leurs versions folkloriques comme l’usage de la musique dans les rites de certaines confréries du nord du Nigeria. Cette pratique du folklore religieux est perceptible jusqu’au sud de bien des pays magrébins, car elle serait originaire des esclaves noirs de cette partie du Maghreb.

Les pouvoir traditionnels et modernes du Nigeria comme les Sultans et les élites liées aux pouvoirs appartiennent souvent à des Tarik soufi ou Tidiane. Toute l’activité religieuse en termes de cérémonie s’articule autour d’une figure légendaire ou mythique, vivante ou morte.

Dans ce type d’islam, on constate que la structure même est propice à une dépolitisation de la religion, puisque c’est une forme quasiment dynastique et traditionnelle avec des fils qui succèdent aux parents, etc. L’ordre colonial anglais s’était appuyé sur cet islam en vue de construire des alliances, bien que des résistants musulmans aient existé contre cet ordre.

De toutes les façons pendant la période coloniale, les choses ont évolué dans le sens de la pacification avec une certaine collaboration de cet islam des Tarik. Une partie étant vaincue par l’ordre colonial, l’autre se confinant juste aux rites cultuels sans aucune tendance à la politisation.

Dans bien des pays, colonisés, les collaborateurs ou les alliés de l’ordre colonial sont les systèmes de Tarik. Aujourd’hui encore l’ordre étatique du Nigeria a pour principaux alliés traditionnels pacifistes, les Cheikh légaux des Tarik et les Sultans. Le partage des privilèges symboliques comme matériels dans le système se fait entre les élites modernes et laïques et les chefs traditionnels religieux au nord du pays.

Puis, il y a quelques décennies, un nouvel islam voit progressivement le jour. Une sorte de glissement idéologique, théologique s’opère. De nombreux adeptes qui ont souvent la quarantaine aujourd’hui ou la trentaine, quittent l’islam des Tarik de leurs pères pour rejoindre l’islam de la Sunna. Au Nigeria on les appelle les Suni. En islam tout le monde peut ou se réclament de la Sunna, c’est-à-dire l’ensemble des enseignements des prophètes Mohamed, à la différence ou par opposition à l’enseignement des cheikhs ou des inventeurs des Tarik et sous Tarik.

Bien des adeptes de la Sunna dans ce nouvel islam au nord du Nigeria considèrent souvent les pratiques et les rites des autres comme des ajouts religieux, ou Bida, en arabe. Comme dans toutes les religions monothéistes à travers leur histoire, il y a toujours des morceaux de l’ensemble qui se détachent, ce que Deleuze appelle, « ligne de fuite ».

Il en est ainsi des nouveaux adeptes de l’islam sunnite. Cet islam a la prétention d’avoir des pratiques pures, des pratiques authentiques. Le puritanisme religieux traverse l’histoire de toutes les religions abrahamiques. Ce qui est à l’origine des nombreuses guerres inter religieuse et qui avait fait dire à Nietzsche que « les Dieux sont morts (en parlant des Dieux grecs), mais ils sont morts de rire en entendant un Dieu dire qu’il était le seul ».

La naissance des courants religieux à l’intérieur des systèmes traditionnels, s’inscrit souvent non pas dans le sens de baisser l’intensité de la foi, mais dans le sens de la renforcer, d’en extraire ce qui est considéré comme le contraire. Cette guerre au sein des religions prend souvent d’abord une allure théorique et doctrinale avant de prendre une forme structurelle. Il en a été ainsi pour la naissance de ce qu’on considère comme une secte au Nord du Nigeria, Boko Haram.

[...]

Fin de l'extrait de 18 pages

Résumé des informations

Titre
Projet d'article sur le conflit entre Boko Haram et autorités fédérales et locales du Nigeria
Sous-titre
De la secte au mouvement politique
Cours
Science sociales
Auteur
Année
2011
Pages
18
N° de catalogue
V183275
ISBN (ebook)
9783656078005
ISBN (Livre)
9783656077671
Taille d'un fichier
499 KB
Langue
Français
Annotations
La secte Boko Haram signifie l'éducation occidentale est un péché.
mots-clé
projet, boko, haram, nigeria
Citation du texte
Dr. en sciences de l'information et de la communication Ahmed Apakéna Diémé (Auteur), 2011, Projet d'article sur le conflit entre Boko Haram et autorités fédérales et locales du Nigeria, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/183275

Commentaires

  • Pas encore de commentaires.
Lire l'ebook
Titre: Projet d'article sur le conflit entre Boko Haram et autorités fédérales et locales du Nigeria


Télécharger textes

Votre devoir / mémoire:

- Publication en tant qu'eBook et livre
- Honoraires élevés sur les ventes
- Pour vous complètement gratuit - avec ISBN
- Cela dure que 5 minutes
- Chaque œuvre trouve des lecteurs

Devenir un auteur