La trivialisation du mythe dans "l'Eurydice" de Jean Anouilh


Dossier / Travail de Séminaire, 2012
17 Pages, Note: 2,0

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. La sécularisation du mythe 3
2.1 Le cadre moderne
2.2 Le passé d’Eurydice
2.3 La résurrection d’Eurydice et le regard en arrière

3. L’univers pessimiste et fataliste d’Anouilh 10
3.1 L’illusion et la réalité
3.2 Le destin des protagonistes
3.3 L’échec de l’amour

4. Conclusion

5. Bibliographie

1. Introduction

La trivialisation, c’est l’action de rendre quelque chose trivial, banal, plat, en d’autres terme, cela veut souvent dire : priver quelque chose d’un sens ou contenu profond, comme dans la littérature triviale. De plus, le mot “trivialité” est également employé au sens d’un caractère grossier, vulgaire, choquant.[1] Mais l’ Eurydice n’est pas de la littérature triviale, en effet Jean Anouilh fait partie des dramaturges français les plus importants des années 1930 et 1940. Pourquoi est-il donc question d’une trivialisation dans le titre? Naturellement, il convient de souligner que c’est le mythe qui est trivialisé et non la valeur littéraire de l’ Eurydice de Jean Anouilh. Mais en quoi la trivialisation consiste-elle ? A-t-elle vraiment des traits grossiers, vulgaires et choquants et surtout quel but Anouilh poursuit-il avec le moyen de la trivialisation? Ces questions majeures vont se refléter dans l’organisation de ce travail.

Tout d’abord nous allons identifier les mythèmes qu’Anouilh a gardé et notamment ceux qu’il a changé et banalisé. Dans la deuxième partie du travail, nous allons voir que le caractère plat du mythe originel dans la pièce sort du cadre moderne et sécularisé. Cela se manifeste particulièrement dans le passé d’Eurydice et dans la manière dont Anouilh réinterprète les deux mythèmes les plus importants, à savoir la résurrection d’Eurydice et le regard en arrière d’Orphée. Pourtant, il ne suffit pas de dégager les traits de la trivialisation, alors nous nous consacrerons à sa fonction et les divers sujets et idées qui sont transmis par cette caractéristique de la pièce. En effet, la réécriture du mythe montre d’autres propos concernant la condition humaine contrairement à ceux que la légende antique d’Orphée évoque. L’univers pessimiste et fataliste d’Anouilh présente un intérêt dans la troisième partie où nous allons établir l’idée du destin des deux protagonistes, Orphée et Eurydice, puis le concept de l’illusion et de la réalité et, finalement, l’échec de l’amour seront au centre de la réflexion. Pour conclure, il reste à évaluer l’effet que le drame produit en se demandant s’il est toujours si tragique que le mythe antique .

2. La sécularisation du mythe

2.1. Le cadre moderne

Pour mieux comprendre la transformation du mythe antique à la réécriture d’Anouilh, il est indispensable d’avoir recours à la mythocritique, notamment à l’analyse des mythèmes. Claude Lévi-Strauss, qui a lancé ce terme du “mythème”, compare le mythe à la langue: „Myth, like the rest of language, is made up of constituent units.”[2] En référence à la linguistique, par exemple à la notion d’un morphème, la plus petite unité porteuse de sens dans un énoncé, un mythème est le plus petit composant narratif dans un récit mythique. Lévi-Strauss parle des “gross constituents units” dans “The Structural Study of Myth” (1955), et plus tard le mot mythème paraît pour la première fois dans la version française “La structure des mythes” de 1958. Un tel mythème, soit un événement, soit un seul sujet peut être assemblé d’une manière différente dans une réécriture d’un mythe.

Même si Anouilh change le mythe en le transférant dans le temps actuel et moderne, il sauvegarde un nombre non négligeable des mythèmes: C’est la brièveté du bonheur des amants, la mort prématurée d’Eurydice, le pacte avec la mort, le regard en arrière qui cause la perte définitive d’Eurydice, et enfin, la mort d’Orphée, bien que ce soit une morte volontaire chez Anouilh. Contrairement à d’autres réécritures du mythe d’Orphée au XXe siècle comme celle de Marguerite Yourcenar (La Nouvelle Eurydice), on reconnait le mythe tout de suite, car la trivialisation se trouve plutôt au niveau des détails : Il s’agit d’un mythe patent au lieu d’un mythe latent comme chez Yourcenar.

Au Romantisme, le mythe d’Orphée a servi à l’auteur de l’époque de se comparer avec Orphée en tant que grand poète dont la tête chante toujours dans l’Hebrus, dont l’œuvre sera immortel. Ainsi dans les réécritures du Romantisme les auteurs se représentent en tant que tel et montrent l’image qu’ils se sont fait d’eux-mêmes en tant qu’écrivain. Mais dans la réécriture d’Anouilh l’image idéalisée d’Orphée cède à une représentation plus modérée, même sombre.

Dans Eurydice, Anouilh reprend le mythe d’Orphée dans un cadre moderne: Les deux protagonistes se rencontrent dans un buffet de gare; ils font l’amour dans une chambre d’hôtel sale et pauvre et Eurydice meurt sur l’autoroute dans un accident de voiture. On n’est pas seulement confronté à l’époque moderne, mais aussi à un cadre quotidien où “[i]l n’y a rien de beau ni d’exceptionnel”[3]. L’action se déroule surtout dans les lieux de passages neutres, là où il y a des rencontres arbitraires, dans les non-lieux d’après Marc Augé: “L’aéroport, l’autoroute, les grandes surfaces sont par excellence les territoires de la surmodernité: l’on y circule silencieusement, dans l’anonymat. [...] M. Augé qualifie ces espaces de ‘non-lieux’ [...].”[4] Augé considère ces territoires typique de la “surmodernité” dont le préfixe “sur-“ qualifie d’un côté une surabondance, entre autre une “surabondance spatiale”, la possibilité de se déplacer partout et plus vite par opposition aux sociétés traditionnelles. De l’autre, ces endroits du transport en commun sont celles où l’homme se sent le plus seul. Paradoxalement, il s’agit des endroits d’absence, de transit et néanmoins de présence, même de surabondance. Cependant, dans le mythe grec, les lieux sont tout autre que neutres – l’universalité de la légende provient de la multitude des symboles, notamment du cadre de la nature, comme les fleuves qui s’arrêtent quand Orphée joue de la lyre. Sans doute, le cadre du drame est-il trivialisé, les mythèmes ayant perdu leur richesse symbolique et surtout leur signification sublime.

Les personnages eux aussi, font partie de la vie moderne: Certes, Orphée joue d’un instrument à cordes comme le pendant de la lyre du mythe antique, mais il n’est point aussi doué. La description du grand poète ne s’applique pas à l’Orphée moderne et sécularisé: “Il tirait de cet instrument des accents si émouvants et si mélodieux que les fleuves s’arrêtaient, les rochers le suivaient, les arbres cessaient de bruire.”[5] Au lieu de cela, il est un musicien ambulant de talent médiocre qui joue du violon.

L’absence de ces éléments surnaturels s’inscrit dans la sécularisation du monde pendant l’époque moderne et par conséquent les mythes ne sont plus nécessaires pour expliquer l’origine du monde où des phénomènes météorologiques. Il n’y a plus rien qu’on ne puisse expliquer rationnellement. “Le désenchantement du monde”, lancé par Max Weber et repris par Marcel Gauchet, parle de ce recul des croyances religieuses ou magiques comme mode d’explication des phénomènes. Après tout, la puissance destructrice des deux guerres mondiales a profondément désillusionnés les êtres humains et a abouti à un déclin des anciennes valeures qui désormais désorientent au lieu de garantir d’ordre et de la sécurité.

[...]


[1] Petit Robert, „trivialité“.

[2] Lévi-Strauss, p. 431.

[3] Kushner, p. 224.

[4] Abélès, p. 194.

[5] Schmidt, Orphée.

Fin de l'extrait de 17 pages

Résumé des informations

Titre
La trivialisation du mythe dans "l'Eurydice" de Jean Anouilh
Université
Johannes Gutenberg University Mainz
Note
2,0
Auteur
Année
2012
Pages
17
N° de catalogue
V230328
ISBN (ebook)
9783656462200
ISBN (Livre)
9783656463351
Taille d'un fichier
501 KB
Langue
Français
mots-clé
eurydice, jean, anouilh
Citation du texte
Katja Kolossowa (Auteur), 2012, La trivialisation du mythe dans "l'Eurydice" de Jean Anouilh, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/230328

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