Jean-Jacques Rousseau - Julie, ou la nouvelle Héloise, étude comparée des extraits


Élaboration, 2012
12 Pages, Note: 1,9

Extrait

1. Introduction

« La conscience est la voix de l'âme, les passions sont la voix du corps. »

(Rousseau, Emile ou De l'éducation)

Dans son œuvre Julie, ou la Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau souligne, particulièrement à travers son personnage de Saint-Preux, le rôle décisif du corps qui est non seulement le lieu d'expression des sentiments, mais qui ne peut que faire preuve de nos passions sincères. Grâce à la forme épistolaire sous laquelle le roman se présente, l'auteur peut confronter ses lecteurs à une variété de voix et à des réflexions intérieures. De plus, en examinant les émotions qui se manifestent enfin dans les lettres, on peut remarquer une incertitude, voire une ambiguïté concernant la compréhension des réactions corporelles face à un événement, un geste ou une impression. Cet essai a pour but de comparer les extraits des lettres de Claire, Julie et Saint-Preux, aussi bien que de pointer où le corps apparaît comme moyen de s'exprimer et se situer au monde.

D'abordje regarderai de près les lettres envoyées de Saint-Preux à Julie ; le langage, les images ainsi que l'impact des causes extérieures sur l'intérieur, c'est-à-dire de Julie aux sentiments de Saint- Preux, par exemple, seront pris en considération.

Puis, à l'instar des lettres de Julie, j'aborderai, entre autres, la question de la position puissante de cette dernière en rapport avec une dépendance de la part de son amant.

Ensuite, la lettre de Claire donnera matière à revenir sur le pouvoir que l'amour exerce et qui est même capable de déclencher de vives réactions du corps.

Finalement, il y aura une conclusion de mon travail sur les extraits, et l'indication des sources consultées.

2. Les lettres de Saint-Preux à Julie 2.1 Lettre XIV

Saint-Preux commence sa lettre par des accusations : bien que Julie n'eût que de meilleures intentions, elle lui a fait mal physiquement. Dans ce premier paragraphe, nous trouvons de nombreuses phrases d'exclamation (« Qu'as-tu fait, ah ! », « Cruelle ! ») qui témoignent de son trouble intérieur. Il se sent « ivre », « insensé » et croit que « [s]es sens sont altérés » ; il confronte les actions de Julie avec ses réactions corporelles négatives qui, à l'inverse des actes de son amante, sont décrites au présent. Par exemple, en voulant le récompenser, Julie perd Saint-Preux ; elle l'a embrassé et il est troublé car c'est maintenant du poison qui coule dans son sang et qui va le tuer. La description de son état est très dramatique et émouvante.

Le souvenir de leur baiser est à la fois un « délire » et un « enchantement », un « supplice » et un « bonheur ». Le « cœur agité » de Saint-Preux lui fait prendre conscience de son intérieur (ses sentiments) et il se traduit par un geste visible à l'extérieur (ses soupirs). Le cœur, comme le remarque Michel Philip, est un terme récurrent : « Le lecteur qui parcourt l’œuvre de Rousseau [...] ne peut manquer d'être frappé par l'emploi qu'il y fait du mot « cœur ». [...] [C]e mot revient avec une fréquence surprenante [...] [et] s'oppose au mot « raison » (p. 2). C'est le cœur qui révèle la vérité, autre notion cruciale de laquelleje reparlerai encore une fois.

Le paragraphe suivant illustre le mouvement de l'intérieur vers l'extérieur : Saint-Preux montre une « tranquillité » (mais celle-ci n'est qu' « apparente »), il s'agit de dompter, couvrir et cacher ses émotions. Il utilise même l'image d'une « entrave », craignant que ses sentiments puissent se manifester à l'extérieur à travers son corps. Pourtant, il se considère comme content. Voir Julie provoque une réaction physique (« mon sein palpite »), entendre sa voix suscite une « agitation ». Cette idée est reprise en parlant de l'intelligence, les sourires et la couleur des joues de Julie.

Mentalement, Saint-Preux retourne au moment où il a rencontré Claire et Julie dans le bosquet, et compare sa réaction après chaque baiser. Tandis que celui de Claire ne déclenche pas de sensation particulière, il est complètement troublé après avoir embrassé Julie : « Le premier baiser de Julie rend Saint-Preux comme fou [...]. [Il] devient ivre, il sent Julie par tous ses sens » (Desbois p. 7). Pour lui, il est clair que les sentiments et leur intensité dépendent du cœur. Au baiser de Julie s'ensuit de nouveau une réaction corporelle (trembler et frémir) ; lorsqu'elle tient son corps dans ses bras, Saint-Preux se sent rassemblé, ce qui suggère qu'il avait eu l'impression d'être cassé, ou de consister en plusieurs parties sans conjonction d'entre elles. Il faut retenir ici que l'acte d'embrasser Julie était, au moment où il s'est déroulé, perçu comme entièrement positif. C'est aussi dans ce paragraphe que Saint-Preux utilise la métaphore du feu en parlant de leurs « lèvres brûlantes ». Le corps de Julie, lui aussi, réagit de manière très forte : suite au baiser, elle s'évanouit, et Saint-Preux doit reconnaître que « [s]on bonheur ne fut qu'un éclair ».

Puis, Saint-Preux s'interroge sur ce qui s'est passé après le baiser, le considérant presque comme une césure qui a laissé des traces ineffaçables, et il reprend ainsi non seulement ses mots du deuxième paragraphe (« jamais tu ne t'effaceras de mon âme »), mais aussi qu'une bonne intention de Julie n'a produit qu' un « tourment horrible », que ce « fatal moment » est à la fois positif et négatif, et qu'il la voit autrement à cause de ses sens altérés. Que Saint-Preux la touche est également important : à travers cette perception physique, on entre en contact avec un autre corps et on définit sa place en relation avec ce dernier et le monde en général. Dans son œuvre, Anne Deneys-Tunney insiste sur l'action cruciale de se toucher soi-même : « Mais curieusement, l'opposition [homme-animal] ne vient pas de la pensée, mais du toucher [...]. La découverte par la statue de son propre corps par le toucher est le moment stratégique de la découverte du « moi » par rapport au non-moi, à autrui, au monde extérieur [.] ».

A la fin de sa lettre, Saint-Preux montre clairement par son exclamation que son statu quo lui est insupportable (« O Julie ! »), et il en conclut qu'il n’y a qu’une solution pour lui qui est la mort (« il faut enfin quej'expire à tes pieds... ou dans tes bras »).

2.2 Lettre XXVI

De nouveau, Saint-Preux commence sa lettre par des phrases d'exclamation pour faire comprendre à Julie ce qui le tourmente. Il décrit son état, qui « est changé dans peu de jours », de façon ambiguë lors de la présence de son amante : d'un côté, il éprouve une amertume ; de l'autre, une douceur, et cette contradiction qui pèse sur son cœur provoque des « tristes réflexions » et des « craintes ». Saint-Preux reproche au ciel de l'avoir doté d'une « âme sensible » et ainsi de l'avoir fait une victime, ce qu'il souligne en appelant « fatal » le moment où il a embrassé Julie (lettre XIV) et ce présent du ciel. Il est obligé de souffrir de peine et de douleur, il est un « jouet » sans aucune influence sur ses actes ni sur ses sentiments. Saint-Preux illustre qu'il est à la merci d'une autre force à travers la nature, par exemple l'air, les saisons ou le soleil. Son cœur lui conseille la bonne chose, à savoir des « sentiments droits », mais il se retrouve devant des « obstacles invincibles ». La vérité du cœur est confrontée aux conventions et nécessités de la société, et il a adopté une vision pessimiste de l'homme pour lequel il n'est pas possible de mener une vie heureuse. Son cœur et sa raison sont irréconciliables (la métaphore de la guerre souligne la violence), comme Michel Philip l'a écrit.

[...]

Fin de l'extrait de 12 pages

Résumé des informations

Titre
Jean-Jacques Rousseau - Julie, ou la nouvelle Héloise, étude comparée des extraits
Note
1,9
Auteur
Année
2012
Pages
12
N° de catalogue
V231880
ISBN (ebook)
9783656485155
ISBN (Livre)
9783656486251
Taille d'un fichier
432 KB
Langue
Français
mots-clé
jean-jacques, rousseau, julie, héloise
Citation du texte
Manü Mohr (Auteur), 2012, Jean-Jacques Rousseau - Julie, ou la nouvelle Héloise, étude comparée des extraits, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/231880

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