Les relations postcoloniales entre la France et l’Afrique: le rôle de la Francophonie «politique»


Dossier / Travail de Séminaire, 2011
18 Pages, Note: 1,7

Extrait

Table de matieres

1. Introduction

2. Historique et mode de fonctionnement de la Francophonie institutionnelle : de l’Agence de cooperation culturelle et technique a l’Organisation internationale de la Francophonie

3. Des cas notables
3.1. Le financement de l’OIF - cote franqais
3.2. Le reglement des conflits
3.3. L’assistance electorale
3.4. La politique « africaine » de la France et la Francophonie
3.4.1. Selon Franqois-Xavier Verschave
3.4.2. Selon d’autres auteurs

4. Resume

5. Bibliographie

1. Introduction

« II est tout a fait naturel qu’on ressente la nostalgie de ce qu’etait l’Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes a l’huile, la splendeur de la marine a voiles, le charme du temps des equipages. Mais quoi ? Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des realites. »

« Nous souhaitons qu’ils s’organisent entre eux de fafon que leurs rapports avec nous soient plus cohe- rents, si j’ose dire, plus rassembles. Si les Etats dont vous parliez tout a l’heure jugent a propos de cons- tituer entre eux quelque chose qui, en tant que tel, veuille entrer en rapport direct avec nous, ce n’est pas le general de Gaulle qui y fera la moindre objection. » (cit. dans Tetu, 1997 : 214 sq.)

Ces deux citations tirees de l’reuvre Qu ’est-ce que la Francophonie (1997) du Quebe- cois Michel Tetu ont ete - comme le lecteur attentionne l’a probablement deja remarque - faites par nul autre que Charles de Gaulle, la premiere en 1960 aux Franfais, la deuxieme lors d’une conference de presse en 1962, et les deux par rapport a la fin definitive et inevitable de l’empire colonial franfais en Afrique et ailleurs. De ce developpement historique, qui d’ailleurs ne faisait pas halte non plus devant les deux autres grandes puissances coloniales - le Royaume Uni et le Portugal - naquit peu apres, y compris une courte evolution de noms et formes organisatrices, en 1970, l’Agence de Cooperation culturelle et technique (ACCT), predecesseuse d’une association qui rassemble quasi tout les pays ayant en commun l’usage de la langue franfaise : l’Organisation international de la Francophonie[1](OIF) ou, plus cou- ramment appelee Francophonie.2

Ce terme, francophonie, merite lui-meme une courte explication car son utilisation est soumise a quelques notions differentes, relatif aux contextes dans lesquels il est utilise respec- tivement aux personnes qui l’emploient, mais surtout quant a l’initiale - minuscule ou majus­cule (voir Tetu, 1997 : 14 sqq.) : correspondant a l’adjectif « francophone », celui qui parle le franfais (egalement invente par l’homme suivant), c’etait tout d’abord le geographe franfais Onesime Reclus qui introduisait le mot en tant que tel a la fin du XIXe siecle. Il s’agit donc en premier lieu d’un regroupement sur base linguistique, a la fois rendant compte aux relations geographiques. Or, l’ecriture avec un petit f designe en general l’ensemble des locuteurs em- ployant uniquement ou partiellement le franfais dans leur quotidien ; tandis que celle-la avec un grand F represente le rassemblement des etats, gouvernements ou institutions officielles qui appliquent la langue de Moliere dans leurs rapports internes et externes.3 Cette derniere est celle correspondant pareillement a la Francophonie politique dont parlera entre autres cette dissertation.

D’abord, je donnerai quelques dates historiques quant a la Francophonie (sous formes d’ACCT et OIF), y compris une esquisse de maniere generale de son fonctionnement. Puis, j’ai l’intention de decrire les relations postcoloniales entre la Republique franqaise et les pays africains independants francophones a partir de quelques exemples en me fondant sur le role qui jouait la Francophonie institutionnalisee en tant que mediatrice entre les groupes d’interet differents - ou bien si elle jouait un role au fait -, tout comme montrer les succes ou echecs dans ses ambitions dans le sens politique/juridique generales et les desaccords au sein de l’organisation et dans les liens franco-africains. Pour en conclure, il y aura un resume rendant compte des resultats obtenus et jugeant les forces et faiblesses dans ces relations relatif a la mediation deja mentionnee.

Je ferai ainsi en m’appuyant principalement sur des sources secondaires, soit sur inter­net soit imprimees comme par exemple Qu’est-ce que la Francophonie de Michel Tetu (1997), Une histoire de la Francophonie de Christian Valantin (2010) ou La politique fran- gaise de cooperation avec les etats africains et malgache au sud du Sahara de Brigitte Nouaille-Degorce (1982) tout comme sur des sources primaires comme des chartes ou orga­nigrammes.

2. Historique et mode de fonctionnement de la Francophonie institutionnelle : de l’Agence de cooperation culturelle et technique a l’Organisation internationale de la Francophonie

« Par « Francophonie », il nous faut entendre des institutions, des reunions, des echanges cultu- rels certes, mais egalement scientifiques et commerciaux, comme en temoigne le poids economique d’un ensemble qui aura su, avec plus ou moins de bonheur selon les regions, integrer la mondialisation et la globalisation des echanges. » (Barrat, 1997 : 4)

La trajectoire de l’OIF deja debute en 1945 (voir Majza, 2005 : 540) avant qu’elle ne soit officiellement inauguree en tant que telle sous le sigle connu. Pour commencer, ce fut le president senegalais Leopold Sedar Senghor qui, en mars 1962, proposait la formation d’une communaute des etats de langue franfaise. En outre, ce sont tous des non-Franfais qui, au long des annees 1960, s’expriment en faveur d’un tel rassemblement francophone a diverses occasions et ainsi en devenaient les intercesseurs : les Presidents Habib Bourguiba (Tunisie), Hamani Diori (Niger), Mokhtar Ould Daddah (Mauritanie) et le Prince Sihanouk (Cam- bodge). La France, quant a elle, y restait plutot reticente pendant toute cette periode-la, no- tamment a cause de son passe colonisateur et afin de se garder - tout pres de la decolonisation en Afrique - « de toute initiative qui aurait pu lui valoir des accusations de neo-colonialisme » (Valantin, 2010 : 8).

Neanmoins, en 1970, apres les deux conferences ministerielles de Niamey, au Niger, naquit l’Agence de cooperation culturelle et technique (ACCT) avec des buts en tout premier lieu culturels et informatifs, trois ans des lors que, une fois encore sur l’initiative de Senghor, avait ete fondee l’Association internationale des parlementaires de langue franfaise (AIPLF). Il y avait beaucoup de problemes relatifs a son orientation, surtout entre les deux conferences, ce qui menait Jean-Marc Leger a intituler celles-ci de « nouvel espoir » et « naissance pe- nible » (1987) et a decrire le processus comme suit :

« Autant la premiere conference de Niamey, celle de fevier 1969, avait ete sereine et s’etait achevee sur une conclusion quasi unanime, [...] autant la deuxieme, en mars 1970, allait etre tumul- tueuse, voire orageuse, se derouler dans la tension, n’atteindre son objectif que de justesse et prendre fin dans un climat de malaise. [...] elle est nee dans un climat de morosite qui ne fut pas etranger a son peu d’autorite politique au depart et aux difficultes qui marqueraient ses premieres annees. » (1987 : 117)

Voici donc des le debut une des faiblesses de la premiere organisation intergouverne- mentale francophone : qu’elle ne put etre consideree que comme culturelle ou solidaire dans un sens vague, mais non politique - pour cause des dissensions entre Quebec et Ottawa par rapport au statut de la province au sein de l’organisation intergouvernementale et donc sur le plan international -, ce que Michel Guillou, president du Reseau international des Chaires Senghor de la Francophonie, denonce comme « forme d’une souris frileuse et non d’un lion conquerant » (Valantin, 2010 : IV). Meme s’il y eut de nombreuses reformes et initiatives, notamment d’hommes politiques africains comme Senghor, l’ACCT resterait pendant long- temps la seule institution intergouvernementale de droit international public, comportee de la competence d’integrer tout pays francophone du monde dans une « Communaute organique par la Culture » (idem : 11) ; specialement compte tenu des conferences franco-africaines (avant tout politiques) qu’alors se deroulaient annuellement.

C’est ainsi seulement en 1986, apres qu’entre autres les irritations inter-canadiennes avaient ete ecartees, que le premier sommet eut lieu a Paris, du 17 au 19 fevrier (voir idem : 20). La Francophonie politique voit enfin le jour : des representants personnels des rais de Belgique, Burundi, Canada, France, Gabon, Mali, Quebec, Senegal et Tunisie se reunirent - seize fois durant ce premier sommet (voir Tetu, 1997 : 261). A partir du deuxieme sommet, on ne se rencontre que tous les deux ans, chaque fois dans une ville d’un pays membre diffe­rent.

Deux dates sont encore a retenir quant a la structuration de la Francophonie politique, notamment le sommet de Hanoi, en 1997, et la Conference ministerielle de la Francophonie (CMF) d’Antananarivo, en 2005. Au premier, l’election du premier Secretaire general de la Francophonie et l’adoption de la Charte de la Francophonie - ajoutee a la Convention de sa creation de 1970 - modifiant le reglement interieur de l’ACCT (et la nommant dorenavant Agence de la Francophonie) se deroulerent. La Francophonie donc assumait desormais « sa pleine dimension politique » (Valantin, 2010 : 52) ce qui fut deja anticipe lors du sommet a Cotonou, en 1995. C’est quand meme a Antananarivo que le nom, avec d’autres decisions, devint Organisation international de la Francophonie, cette derniere devenant comme qa suc- cesseure de la premiere (voir idem : 63 sqq.)[4].

Cette dimension politique dont est question se manifeste directement dans le Titre 1 de l’Article 1 du preambule de la Charte de Hanoi[5]:

« La Francophonie, consciente des liens que cree entre ses membres le partage de la langue franqaise et souhaitant les utiliser au service de la paix, de la cooperation et du developpement, a pour objectifs d’aider : a l’instauration et au developpement de la democratie, a la prevention des conflits et au soutien a l’Etat de droit et aux droits de l’homme ; a l’intensification du dialogue des cultures et des civilisations ; au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; au renforcement de leur solidarite par des actions de cooperation multilaterale en vue de favoriser l’essor de leurs economies. »

De plus, l’OIF differe d’autres organisations internationales et intergouvernementales, notamment de l’ONU, comme le souligne Joseph Maila (2007), par son accent non seulement sur les droits de l’Homme mais surtout sur « [...] la Democratie qui soit veritablement l’intitule, la porte d’entree dans le club de la Francophonie » (idem : 70) depuis la Declaration de Bamako, au Mali, en 2000 : Celle-ci dote la Francophonie de moyens d’action en cas de rupture de la legalite democratique, ou de violation grave des droits de l’homme dans un de ses pays membres[6].

Le fonctionnement de la Francophonie apres la CMF de 2005 a Antananarivo, au Ma­dagascar, se structure en gros comme suit[7]:

Le Sommet de la Francophonie constitue la plus haute instance, il se tient tous les deux ans, puis suivent la CMF et le Conseil permanent de la Francophonie (CPF), ce dernier se dediant surtout a l’organisation des Sommets au sens large ; ils sont les trois « instances consacrees » de la Francophonie. Ensuite, l’OIF avec ses quatre operateurs directs : l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) ; l’Universite Senghor de la Francophonie d’Alexandrie ; l’Association international des maires francophones (AIMF) ; et TV5 Monde (television) - laquelle merite une petite illustration ici car c’est le moyen visible pour tout le monde sur les cinq continents sinon plus ou moins inconscient de l’existence d’une Franco- phonie organisee :

Celle-ci a ete formee en 1984 initialement par cinq participants respectivement chaines de television publiques francophones de la France (Television Frangaise 1 - TF1, Antenne 2, France 3 - FR3), de la Belgique (Radio-Television belge de la Communaute francophone - RTBF) tout comme de la Suisse romande (Television suisse romande - TSR), ensemble rejoint deux ans apres par le Canada (avec Radio-Canada) et en plus par le Quebec (avec Tele- Quebec) et le conglomerat est a ce jour en totalite enrichi de TV5 Quebec-Canada (depuis 1988), TV5 Afrique (depuis 1991), TV5 Etats-Unis (depuis 1996) et TV5 Orient, lance en 1998.

L’Assemble parlementaire de la Francophonie (APF) est l’organe consultatif ou se retrouvent des parlements ou organisations, aussi des pays non francophones. Le Secretaire general de la Francophonie (en fonction actuellement est le Senegalais Abdou Diouf) est charge de lier les instances et le dispositif operationnel de l’organisation ainsi que presider le CPF. Il est assiste par le Conseil de cooperation (permanent) que l’on trouve une marche au- dessous.

[...]


[1]Il y en a de meme qui ecrivent Organisation internationale de la francophonie, cependant la denomination de l’OIF elle-meme est majuscule (voir p. ex. Holter et Skattum (ed.), 2008).

[2]Ce qui n’est pourtant pas exactement la meme chose, l’OIF faisant partie de la grande notion de Francophonie, comme on le verra.

[3]A ne pas confondre avec francite : « Le terme designe plutot l’ensemble des traits ou caracteres propres a la civilisation franfaise, ou d’inspiration franfaise. » (Leger, 1987 : 28)

[4]Voir le preambule de la nouvelle Charte de la Francophonie d’Antananarivo adoptee par la Conference ministe- rielle de la Francophonie le 23 novembre 2005.

[5]Ainsi que recemment dans la Declaration de Montreux de 2010 (voir bibliographie).

[6]Voir bibliographie pour en savoir plus.

[7]Voir la Charte de 2005 et l’organigramme de l’OIF sur www.francophonie.org ; egalement pour les informa­tions plus detaillees donnees ci-dessus.

Fin de l'extrait de 18 pages

Résumé des informations

Titre
Les relations postcoloniales entre la France et l’Afrique: le rôle de la Francophonie «politique»
Université
University of Bamberg
Note
1,7
Auteur
Année
2011
Pages
18
N° de catalogue
V232772
ISBN (ebook)
9783656496649
ISBN (Livre)
9783656497233
Taille d'un fichier
478 KB
Langue
Français
mots-clé
france, francophonie
Citation du texte
Harry Körner (Auteur), 2011, Les relations postcoloniales entre la France et l’Afrique: le rôle de la Francophonie «politique», Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/232772

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