'Sylvie' de Gerard de NERVAL


Dossier / Travail de Séminaire, 2003

8 Pages, Note: sehr gut


Extrait

Plan

INTRODUCTION

I. Composition du texte: division en trois parties
1. Imparfait – passé simple et phrases longues – phrases courtes
2. Ponctuation

II. Prose poétique
1. Rime et rythme, une «prose cadencée»
2. Vocabulaire

III. Focalisation sur le «je»
1. «on» - «je»
2. Clichés: amour idéalisé, locus amœnus

CONCLUSION

Bibliographie

INTRODUCTION

Le texte que nous nous proposons d’analyser stylistiquement est extrait de Sylvie (1853) de Gérard de NERVAL. Ce court-récit est intégré aux Filles du feu en 1854 et le thème en est simple: «le narrateur – un jeune homme qui vit à Paris un amour chimérique pour une actrice – décide de revoir le Valois de son enfance. [...] En quelques heures, il revit des scènes analogues à celles d’autrefois. Ce va-et-vient subtil entre souvenir et réalité le conduit à comparer avec nostalgie «les chimères qui vous charment et vous égarent au matin de la vie» aux «douces réalités» à côté desquelles il est passé et qu’incarne le personnage de Sylvie.»[1]

Notre extrait est pris du chaptitre II qui est intitulé «Adrienne». Après une soirée théâtrale, lisant dans un journal l’annonce d’une fête dans le Valois, le narrateur se souvient d’un cortège villageois de jadis, puis d’une scène de ronde à laquelle participaient les jeunes filles et dans laquelle chantait une jeune aristocrate, Adrienne.

L’étude de l’expressivité langagière montrera la facilité qu’a Nerval à décrire la réminiscence d’un rencontre romantique où le souvenir ne se distingue plus de l’imaginaire. Ce rêve éveillé est structuré de façons différentes: On va d’abord étudier la structure temporelle du texte, puis analyser le vocabulaire et le rythme qui montrent le langage poétique d’essence musicale (qui rappelle la ronde), pour enfin arriver à la focalisation sur le «je» qui est indéniable dans cet extrait, et qui prouve en plus que cette scène parle de l’amour idéalisé ou bien rêvé dans un locus amœnus du passé.

I. Composition du texte: division en trois parties

Notre extrait du récit autodiégétique est surtout structuré par l’usage de l’imparfait et du passé simple ainsi que par des phrases longues, mais simples qui altèrnent avec des phrases courtes au milieu de l’extrait. Je propose ainsi de diviser le corpus en trois parties selon trois critères (phrases longues vs. phrases courtes, ponctuation, «on» qui inclut vs. «on» qui exclut le «je») qu’on étudiera dans la suite. Dans les parties II. et III., je vais revenir sur cette division[2] qui nous aidera à analyser surtout le rythme du texte d’une façon plus claire:

Partie A: «Je me représentais [...] – jusque-là!»
Partie B: «À peine avais-je [...] s’empara de moi. –»
Partie C: «La belle devait [...] des aïeules.»

1. Imparfait – passé simple, phrases longues – phrases courtes: une imagination littéraire

Le «je» nous introduit à la scène qui suit en utilisant l’imparfait qui «dénote un procès situé hors de l’actualité présente du locuteur»[3]. Déjà l’expression «[j]e me représentais» indique que l’histoire s’est passée avant le temps de narration et que le jeune homme se refigure ses souvenirs et fantasmes, remettant en scène une deuxième fois (voir le préfixe «re-») ce qu’il a vécu ou rêvé en étant, au moment de la narration, à la fois sujet («je») et objet («me») de l’action. (Car il est l’objet vu de lui-même à un moment ultérieur.) Le locuteur qui, lui, a déjà actualisé le souvenir de cette ronde enfantine, continue le récit avec trois phrases longues, mais simples. L’usage de l’imparfait qui peut indiquer qu’«une partie de l’observation est déjà réalisée, l’autre reste virtuelle»[4] et ces phrases longues donnent alors une description exacte du lieu sans quitter l’espace virtuelle, voire imaginaire. Comme en présentant un tableau, l’auteur décrit en quelques phrases cette scène. «Des jeunes filles dansaient [...] en chantant» comme si elles chantent toujours, on voulait dire. Ici, l’imparfait a une valeur itérative (le gérondif dans la deuxième phrase soutient l’aspect durative de l’imparfait) et dévitalise en même temps l’action des filles qui, elles, ne sont d’ailleurs pas précisées. Le déterminant «des» peut être soit l’article indéfinitif pluriel soit un partitif – une ambiguité ou bien une imprécision comme elle est fréquente dans les rêves. Dans la deuxième phrase de la partie B, le narrateur change dans le passé simple ponctuel dont l’usage diffère sur le plan de l’aspect. Cette actualisation concrète et immédiate, intensifiée par l’expression adverbiale du temps «tout d’un coup», sert de focalisation vers le «milieu du cercle», exactement là où se trouve le locuteur. C’est maintenant que l’«événement inouï»[5] est raconté. Le temps de l’arrière-plan, l’imparfait laisse place au temps du premier plan («se trouva placée seule avec moi») – seulement une phrase très courte, comme une révélation («Nos tailles étaient pareilles.») interrompt le flux des événements. Celui-ci est evoqué par les phrases visiblement plus courtes que celles de la partie A et C ainsi que par les formes plus courtes du passé simple. L’altèrnance du passé simple avec l’imparfait ou le gérondif («dit» - «tournaient», «en lui donnant» - «pus», «effleuraient» - «s’empara») rythme le récit, le tourbillonne et montre en même temps les actions et les impressions sensuelles du locuteur. Après (voir « De ce moment, [...]») l’événement inouï, le «je» s’aperçoit de cette action qui s’est passé si vite. Dans la partie C, le «je» et «moi» ne sont plus visibles. Le «je» commente (voir la dernière phrase) la voix d’Adrienne qui, elle, est le vrai actant maintenant («elle chanta»).

[...]


[1] Azéma in: Nerval, Sylvie, Le Livre de Poche, 1999, p. 9

[2] Dans la suite je vais indiquer le début et la fin des trois parties.

[3] Riegel et alii, Grammaire méthodique du français, 1994, p. 305

[4] Ibd.

[5] Weinrich cité in: Herschberg Pierrot, Stylistique de la prose, 1993, p. 85 (en italique dans l’original)

Fin de l'extrait de 8 pages

Résumé des informations

Titre
'Sylvie' de Gerard de NERVAL
Université
Université Sorbonne Nouvelle Paris III  (Lettres Modernes)
Note
sehr gut
Auteur
Année
2003
Pages
8
N° de catalogue
V26218
ISBN (ebook)
9783638286268
Taille d'un fichier
672 KB
Langue
Français
mots-clé
Sylvie, Gerard, NERVAL
Citation du texte
Elisabeth Hecht (Auteur), 2003, 'Sylvie' de Gerard de NERVAL, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/26218

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