« Que faire à présent de cette histoire de coïncidences de petits malheurs ?
Faut- il les traiter par l’indifférence et le mépris comme ferait tout homme rationnel,
ou bien accepter d’aller au-delà et risquer d’entrer dans un monde flou, confus et
surtout totalement basé sur l’irrationnel ? [...] La sorcellerie est un monde à part, un
monde parallèle et impénétrable.
Il sait qu’il est aussi complexe et mystérieux que certaines données de la
physique. [...] Ses convictions religieuses excluent ce monde. Dieu est une puissance
spirituelle qui ne peut se mêler à ses élucubrations où le diable a la part belle. »1
A la fin du récit Homme sous influence, cet homme ensorcelé va se confier à
un fqih qui remettra sa vie en ordre. Cet homme, Anwar, est un professeur
d’université spécialisé dans les mathématiques appliquées et la physique nucléaire.
On l’appelle « le Cartésien » et parfois on ajoute « le Françaouis » : il est un
Marocain qui a presque oublié ses racines spirituelles, comme il n’est passionné que
par son milieu rationnel. Il personnifie un homme qui allonge ses bras vers le
« nouveau », vers l’autre monde, notamment l’Europe et les Etats-Unis. Et pourtant,
il reste membre d’ « une société semi-logique »2, comme le dit un autre personnage
dans la nouvelle. [...]
1 Homme sous influence, in : Ben Jelloun, 2003, p. 57/58
2 ibd., p. 45
Table des matières
I. Du bien et du mal – une introduction
II. Pourquoi ce voyage exceptionnel dans la mer ?
III. Les eaux primordiales ou la mer est la mère
IV. Et à la fin reste la [mer] – une conclusion
Objectifs et thèmes de l'essai
Cet essai analyse la représentation des croyances, du bien, du mal et de la symbolique des eaux dans le récit africain "Ngando" de Lomami-Tchibamba, en le mettant en perspective avec le récit biblique de Jonas. L'objectif est d'explorer comment ces forces mystiques et spirituelles structurent la perception du monde et la vie des personnages face à l'influence de la modernité et de la colonisation.
- La dualité entre le bien et le mal dans les sociétés traditionnelles et modernes.
- Le rôle de l'eau comme élément primordial, sacré et divin.
- La figure maternelle et la déesse-mère à travers le prisme mythologique.
- L'impact de la colonisation sur les structures de croyance locales.
- La fonction des intermédiaires spirituels (féticheurs, génies) dans la résolution des conflits.
Extrait du livre
Les eaux primordiales ou la mer est la mère
Qui ne connaît pas le sentiment agréable quand on prend un bain ? Est-ce même le souvenir à l’utérus de notre mère ? N’est-ce pas toujours son eau primordiale qui nous donne la vie ? Beaucoup de mythologies conçoivent le chaos primordial comme une obscure étendue d’eau. Parfois, le monde est créé par l’eau elle-même (qui est une déesse), d’autres fois, par une divinité créatrice coexistant avec l’eau de toute éternité. Dans NGA, l’eau joue encore un autre grand rôle plutôt triste comme elle divise les deux pays congolais. Et au milieu, il y a l’île Mbamu qui donna la nuit la scène pour les réunions sataniques des ndoki auxquelles participent tous les mauvais génies de la terre, de l’air et de l’eau : les Bilima, les Ezo, et les Monama.
En fait, il s’agit des déesses qui ont leurs origines dans l’eau. Comme des nymphes, comme Mélusine, comme Lilith qui, elles, sont plus connues en Europe. Il s’agit chez Mélusine et Lilith des êtres fabuleux qui n’appartiennent ni à l’humanité ni à la société, tout en le désirant. Mélusine est maudite par la mère: «Toi Mélusine, qui est la plus ancienne, la plus connaissante, et par qui tout est venu, je te donne le don que tu seras tous les samedis, serpent, du nombril jusqu'en bas [...].» Elle ajouta que si Mélusine trouvait un homme pour l'épouser, sans jamais chercher à découvrir son secret le jour du Sabbat, elle revivrait son cours naturel - mais si son mari le perçait, elle serait condamnée à retourner au tourment jusqu'au jugement dernier.
Résumé des chapitres
I. Du bien et du mal – une introduction: Ce chapitre introduit la problématique de la coexistence entre la rationalité moderne et le monde mystique de la sorcellerie à travers le personnage d'Anwar et l'intrigue du récit "Ngando".
II. Pourquoi ce voyage exceptionnel dans la mer ?: L'auteur compare la mission de Musolinga et celle de Jonas, soulignant le rôle de l'eau et des génies dans la remise en ordre du monde et face à la colonisation.
III. Les eaux primordiales ou la mer est la mère: Ce chapitre explore la symbolique aquatique et les figures mythologiques des déesses-mères, en reliant les eaux primordiales aux origines de la vie et aux êtres fabuleux comme Mélusine.
IV. Et à la fin reste la [mer] – une conclusion: La conclusion synthétise les enjeux du récit, soulignant que malgré les changements politiques et sociaux, l'amour maternel et la force primordiale de l'eau restent des constantes fondamentales.
Mots-clés
Roman africain, Ngando, Lomami-Tchibamba, sorcellerie, croyances, eaux primordiales, déesse-mère, Jonas, mythologie, colonisation, bien et mal, spiritualité, symbolisme, destin, traditions.
Questions fréquemment posées
Quel est le sujet principal de cet essai ?
L'essai explore les thèmes des croyances spirituelles, de la sorcellerie et de la symbolique de l'eau dans le roman africain "Ngando", en utilisant une approche comparative avec le récit biblique de Jonas.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes principaux incluent la dualité bien/mal, le rôle des génies et des féticheurs, la figure de la mère, l'influence de la colonisation et la mythologie des eaux.
Quel est l'objectif de recherche de l'auteur ?
Le but est de montrer comment les structures mythiques et irrationnelles persistent et façonnent la réalité, même face aux défis de la rationalité moderne et de la colonisation.
Quelle méthode est utilisée dans cet essai ?
L'auteure utilise une approche de littérature comparée, mettant en relation des récits africains contemporains et des textes mythologiques/religieux classiques.
Qu'est-ce qui est traité dans le corps de l'essai ?
Le corps du texte analyse le rôle des personnages (Anwar, Musolinga), les tensions entre les colonisateurs et les indigènes, et la portée symbolique de l'eau dans le récit.
Quels sont les mots-clés qui caractérisent ce travail ?
Les mots-clés sont notamment : Roman africain, Ngando, sorcellerie, eaux primordiales, déesse-mère, Jonas et mythologie.
Pourquoi l'auteure établit-elle un lien entre Musolinga et Jonas ?
Elle les compare en tant qu'intermédiaires spirituels ayant pour mission de remettre de l'ordre dans un monde menacé par l'oubli des règles divines ou des forces occultes.
Quel rôle joue la figure de Koso dans le récit ?
Koso est présentée comme le point de départ du malheur, son histoire illustrant la puissance des liens maternels et les conséquences tragiques de la jalousie et des forces sociales en jeu.
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- Elisabeth Hecht (Author), 2003, NGANDO - eine afrikanische Erzählung, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/26222