Le lion présenté dans les fables de Jean de La Fontaine fait-il allusion au Roi-soleil, Louis XIV?


Dossier / Travail de Séminaire, 2013
21 Pages, Note: 1,3

Extrait

Table of contents

1) Introduction

2) L’Analyse des fables
2.1) Le Lion s’en allant en guerre
2.2) Le Lion malade et le Renard
2.3) Les Animaux malades de la peste
2.4) La cour du Lion
2.5) Les obsèques de la Lionne
2.6) Le Lion

3) Conclusion

4) Bibliographie

1) Introduction

La fable traite souvent des animaux qui agissent comme des êtres humains. Ce trait s’appelle l’anthropomorphisme. Selon Robert c’est la « tendances à décrire un phénomène comme s’il était humain, à attribuer aux êtres et aux choses des réactions humaines »1. Il s’agit ainsi d’une transmission des qualités humaines aux Dieux, aux plantes, aux choses inanimées et pour le cas des fables aux animaux. Ces derniers sont par conséquent plutôt des représentants des êtres humains dans l’agissement de lesquels chacun se peut trouver dépeint2. Cette tradition d’attribuer aux animaux des caractéristiques humaines remonte à une haute Antiquité et commence pour la littérature avec l’Histoire des animaux d’Aristote3.

Le lion pour sa part est surtout connu comme symbole des rois. Nous l’observons souvent dans les cultures dont les souverains aspirent à légitimer leur pouvoir absolu comme par exemple en Égypte avec la construction du sphinx4. Pour le cas de La Fontaine la question qui se pose est maintenant de savoir si le lion évoqué dans les fables fait allusion au Roi-soleil, Louis XIV. Taine est de la conviction que La Fontaine ne représente pas le roi dans ses Fables mais les rois5 ce que n’empêche pas qu’il représente également Louis XIV et nous ne visons pas à relever le droit d’examiner les faits d’une manière totalitaire.

Comme il n’est pas faisable d’étudier toutes les fables qui traitent d’un lion au déroulement de ce récit nous avons choisi six fables dans lesquels le lion apparaît comme roi des animaux : Le Lion s’en allant en guerre, Le Lion malade et le Renard, Les Animaux malades de la peste, La cour du Lion, Les obsèques de la Lionne et Le Lion, car celles-ci semblaient extrêmement convenables. Après avoir analysé ces fables en ce qui concerne Louis XIV nous en tirer le bilan.

2) L’Analyse des fables

2.1) Le Lion s’en allant en guerre

Le Lion s’en allant en guerre est la première fable dans laquelle le lion apparaît comme roi des animaux de façon qu’elle ne peut pas être exclue de ce récit. Le lion comme « monarque »6 veut partir à la guerre et tient conseil pour former son armée instituant chaque animal selon ses aptitudes, même ces animaux dont l’utilité guerrière n’est pas visible à la première vue. Car

« Le monarque prudent et sage

De ses moindres sujets sait tirer quelque usage »7.

Le lion représente clairement un roi dans cette fable8. Ce qu’est prouvé par les mots comme «ses prévôts»9, «roi»10, «monarque»11 et par le fait qu’il «tint conseil de guerre»12. Ce cadre de la fable concerne explicitement la vie humaine par contre les aptitudes des animaux appartiennent au monde animalier.

« L’Éléphant devait sur son dos

Porter l’attirail nécessaire »13

« L’Âne effrayera les gens, nous servant de trompette Et le Lièvre pourra nous servir de courrier »14.

Cet emploi de l’âne et du lièvre est pris d’Abstèmes. Comme justification d’emploi il y a la description suivante : « […] l’âne qui avait la voix forte […] et lièvre qui courrait bien […] »15, ce qui se réfère point à la sphère humaine. Nous y voyons bien l’anthropomorphisme puisqu’il s’agit des animaux qui gardent leurs aptitudes mais qui se comportent comme des êtres humains.

Selon Jasinski il n’est point surprenant « […] que La Fontaine évoque un roi s’en al- lant en guerre »16. En 1666 la paix entre Angleterre et les Pays-Bas était en train de

s’achever17 et en 1667 s’est déclenchée la guerre de dévolution pendant laquelle les

Français envahissaient dans les Flandres espagnoles18. De plus un affrontement avec les Hollandais devenait de plus en plus probable19. Le thème de la guerre était donc d’actualité.

« Le lion dans sa tête avait une entreprise

Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts »20.

Il est possible que La Fontaine évoque en parlant de l’entreprise le projet de Louis XIV de faire la guerre en Flandre qui se préparait dès le début de 166721. Aussi le mot « conseil »22 favorise cette interprétation car les assemblées de quelques mi- nistres et du roi s’appelaient Conseil dont il existait plusieurs selon la spécification. De plus Chaline écrit que la grande politique de Louis XIV s’affermit en premier lieu par la guerre et la paix23 et que c’était surtout à l’armée qu’il faut envisager Louis XIV24. Grimm parle également « de nombreuses guerres de Louis XIV »25. Avec cela nous croyons avoir suffisamment exposé la relation entre Louis XIV et l’action guer- rière.

Il reste à analyser la question de savoir si La Fontaine désigne dans sa moralité de cette fable Louis XIV comme « monarque prudent es sage »26. Selon Taine cela n’est pas à exclure car Louis XIV travaillait beaucoup de manière qu’il était bien informé de ce que concernait son règne et qu’il savait ses affaires également que le lion de la fable qui est « […] prévoyant, […] administre, enrégimente, [et qui] organise […] »27. Néanmoins nous ne pouvons démentir la déclaration de Collinet que cette fable ne se réfère pas de manière précise à Louis XIV28 mais les concordances mentionnées sont difficile à nier. Pourtant il est possible que la fable se rapporte à un autre roi : Alexandre le Grand auquel renvoie également Jasinski29. Alexandre était instruit par Aristote et conquérait pendant son règne les territoires de la Macédoine jusqu’à le présent Pakistan et de plus en passant par la Syrie quelques régions d’Afrique où il a fondé en 331 avant Jésus-Christ Alexandrie30. Pour finir il reste à mentionner que Taine voit dans cette fable une formation d’un « […] armée comme il y avait au minis- tère »31. En ce cas l’état de la guerre se référait comme métaphore aux conditions à la cour. À la première vue cela n’est pas niable mais demande une analyse plus pro- fonde. Ce qui est important relatif à ce sujet c’est que ceci ferrait également rapport à Louis XIV.

2.2) Le Lion malade et le Renard

« Le roi des animaux »32, le lion, est malade et envoie pour cela à « ses vassaux […] le visiter sous promesse de bien traiter »33. Mais le renard a vu les empreintes qui entrent dans l’antre du lion mais aucune n’en ressort. C’est pourquoi il s’excuse de ne pas pouvoir suivre l’invitation du roi. L’anthropomorphisation des animaux évo- qués se voit tout de suite. La raison pour laquelle le lion fait venir « ses vassaux »34 est une maladie, indubitablement un trait humain mais le fait qu’aucune empreinte ne « marque de retour »35 fait supposer qu’il mange ses vassaux. Ce que souligne le caractère du carnassier. Le vocabulaire de la cour utilisé comme « ses vassaux »36, « les députés »37, « l’édit du prince »38 et d’autres termes désigne d’un côté la sphère humaine et de l’autre il implante l’action clairement dans el milieu de la cour royale. Le lion malade et le renard est par conséquent la première fable qui a pour sujet la cour dont le thème central est selon Grimm l’omnipotence arbitraire du roi39. Tandis qu’il qualifie cette fable de « […] satire acerbe des structures despotiques de la so- ciété de cour instaurée par Louis XIV »40 Jasinski nous communique que de ce sujet existent d’abondants versions qui date d’une relativement haute antiquité. Ce que cette fable a de particulier est que le lion est malade41. Il est incontestablement qu’il serait intéressant d’étudier quelle signification est apportée par ce fait mais dans le cadre de ce mémoire cela n’est pas faisable.

De nouveau le lion est explicitement appelé comme roi par des expressions comme « roi des animaux »42 et « Sa Majesté »43. Jasinski opine que le roi ne désigne pas le roi dans cette fable et voit plutôt un rapport à Colbert.

« Ce sont les âpres volontés de Colbert, ses interventions impérieuses dans tous les domaines qui prenaient figure de tyrannie dévoratrice »44.

Mais cela nous semble peu probable à cause de l’indication des titres monarchiques. L’omnipotence arbitraire du roi se manifeste surtout par la « présence d’un lion-roi qui exerce […] un pouvoir absolu »45. Il exige l’obéissance absolue de ses vassaux autant que Louis XIV46. Louis XIV, lui-même a écrit dans ces mémoires « Les rois sont nés pour posséder tout et de commander a tout »47. Par ailleurs Méthivier écrit que Louis XIV s’orientait vers la conception d’une monarchie qui l’amenait à s’élever « au-dessus des lois divines et humaines »48. Ces déclarations appuient quelques parallèles entre Louis XIV et le lion de Le lion malade et le renard. Nous en aperce- vons que Louis XIV a exercé le même pouvoir absolu que le lion de la fable.

De plus il s’agit dans cette fable d’un lion-roi qui règne en sachant ses affaires et qui s’en occupe lui-même49 ce qu’est un autre concordance avec Louis XIV qui avait une bonne éducation politique50, qui travaillait beaucoup pendant tout son règne51 et qui participait de façon régulière aux Conseils52.

Il reste à analyser à quoi se réfère la gloutonnerie du lion dans cette fable. Taine décrit Louis XIV comme « […] le plus grand mangeur de son royaume »53 mais ceci concerne plutôt les festivités. Certes, il est possible que la gloutonnerie se réfère à ce fait et nous ne visons pas à le nier mais nous voyons une concordance plus significative dans un autre secteur du règne.

Après la prise de pouvoir de Louis XIV la structure de la société à la cour se modifiait et prenait une orientation particulière, strictement hiérarchisée ce qui provoquait entre autres la perte de pouvoir de la noblesse féodale54. Pour neutraliser le pouvoir de l’ancienne noblesse le roi l’obligeait « […] sans cesse à des dépenses toujours grandissantes de représentation dépenses qui dévorent les moyens financiers qui lui reste encore »55. Chaline écrit que jusque-là il n’y avait aucune période dans l’histoire de la France dans laquelle autant de gens devait payer aussi longtemps56. Selon lui Dessert a expliqué la situation comme suit

« Les manieurs d’argent ne se sentent jamais rassurés ; ils savent […] que leurs gains […] peuvent être remis en cause à chaque instant. […] Plus ils servent à l’État, plus ils doivent s’en protéger»57.

Il régnait donc un climat d’insécurité permanent. Cela est probablement la raison pour laquelle Grimm voit le sujet de la fable lié à la liberté et le refus de renard comme expression d’un besoin d’indépendances envers l’omnipotence arbitraire du roi58. Pour nous, il est plutôt dans cette ambiance financière qu’il faut interpréter la gloutonnerie du lion-roi.

Pour terminer il nous faut évoquer le propos de Taine que « […] la fable imite à l’occasion le style de la chancellerie et le vieux langage officiel »59. Les assurances qui sont fait aux animaux

« Sous promesse de bien traiter »60 (v.6) « Bon passeport contre la dent, Contre la griffe tout autant»61 (v.9/10) ne sont pas respecter et les animaux n’ont par conséquent aucune protection face au roi, ce qui prouve notre interprétation relatif au secteur financier. Jasinski en voit une parodie62.

[...]


1 Robert Paul, Le Nouveau Petit Robert, Dictionnaire de la Langue Française. Paris, Le Robert, 2011, p.104..

2 cf. Leichter Frédérique, Fables, Livres VII à XII. Rosny Cedex, Bréal, 1997, p.111.

3 cf. Richard Noël, La Fontaine et les « Fables » du deuxième recueil. Paris, Nizet, 1972, p.117.

4 Kehne Birgit, Formen und Funktionen der Anthropomorphisierung in Reinecke-Fuchs-Dichtungen. Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1992, p.21sq.

5 cf. Taine Hippolyte, La Fontaine et ses fables. Lausanne, Éd. L’Âge d’Homme, 1970, p.50.

6 La Fontaine Jean de, Fables, Éd. Jean-Charles Darmon et Sabine Gruffat, Le livre de poche, 2002, p.177, v.17.

7 ibid., p.177, v.17/18.

8 cf. Jasinski Réné, La Fontaine et le premier recueil des « Fables ». Paris, Nizet, 1965, p.255.

9 La Fontaine, p.176,v.2.

10 ibid., p.177, v.13.

11 ibid., p.177,v.17.

12 ibid.,p.176,v.2.

13 ibid., p.176,v.5/6.

14 ibid., p.177, v.15/16.

15 cf. Jasinski, p.255.

16 ibid., p.256

17 cf. ibid., p.256.

18.cf. Couton Georges, La politique de La Fontaine. Paris, Soc. d'Éd. « Les Belles Lettres », 1959, p.73.

19 cf. Chaline Olivier, Le règne de Louis XIV. Paris, Flammarion, 2005, p.525

20 La Fontaine, p.176, v.1/2.

21 cf. Jasinski, p.256sq.

22 La Fontaine, p.176,v.2.

23 cf. Chaline, p.67sq.

24 cf. ibid., p.61.

25 Grimm, p.118.

26 La Fontaine, p.177, v.17.

27 Taine, p.54.

28 cf. Collinet Jean-Pierre, La Fontaine et quelques autres. Genève, Droz, 1992, p.296.29 cf. Jasinski, p.258.

30 cf. Mütner-Elfner Mathias et. al. (Éd.), Der Brockhaus Geschichte, Frühzeit und Altertum, Grundlagen der Geschichte von A-Z. Mannheim, F.A. Brockhaus, 2001(a), p.21sq.

31 Taine, p.55.

32 La Fontaine, p.193, v.1.

33 ibid., p.193, v.3/5-6.

34 ibid., p.193, v.3.

35 ibid., p.193, v.18.

36 ibid., p.193, v.3.

37 ibid., p.193, v.4.

38 ibid., p.193, v.11.

39 cf. Grimm, p.111sq.

40 cf. ibid., p.215.

41 cf. Jasinski, p.326.

42 La Fontaine, p.193, v.1.

43 ibid., p.193, v.20.

44 ibid., p.328.

45 Grimm, p.110.

46 cf. Stackelberg Jürgen von, Die Fabeln LaFontaines. Munich, Fink, 1995, p.43.

47 Louis XIV, Mémoires. Paris, Éd. J. Longon, 1978, p.228, cit. d‘après Grimm, p.218.

48 Méthivier Hubert, Le siècle de Louis XIV. Paris, Presses Univ. De France, 1968, p. 34, cit.d‘après ibid., p.218.

49 cf. Stackelberg, p.43.

50 cf. Grimm, p.218.

51 cf. Taine, p.54.

52 cf. Chaline, p.67.

53 Taine, p.53.

54 cf. Grimm, p.110.

55 cf. ibid., p.118.

56 cf. Chaline, p.522.

57 Chaline, p.522.

58 cf. Grimm, p.112.

59 Taine, p.55.

60 La Fontaine, p.193, v.6.

61 ibid., p.193, v.9/10.

62 cf. Jasinski, p.326.

Fin de l'extrait de 21 pages

Résumé des informations

Titre
Le lion présenté dans les fables de Jean de La Fontaine fait-il allusion au Roi-soleil, Louis XIV?
Université
University of Göttingen
Cours
Les fables deJean de La Fontaine
Note
1,3
Auteur
Année
2013
Pages
21
N° de catalogue
V262416
ISBN (ebook)
9783656511236
ISBN (Livre)
9783656510789
Taille d'un fichier
552 KB
Langue
Français
mots-clé
Louis XIV, Jean de La Fontaine, Fabeln, Löwenfabeln, Sonnenkönig
Citation du texte
Janike Kyritz (Auteur), 2013, Le lion présenté dans les fables de Jean de La Fontaine fait-il allusion au Roi-soleil, Louis XIV?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/262416

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