La politesse et l'impolitesse dans les discours amoureux

A l'exemple de Cyrano de Bergerac et Bel-Ami


Dossier / Travail de Séminaire, 2013
28 Pages, Note: 2,0

Extrait

Table de matières

1. Introduction

2. La politesse et l’impolitesse
2.1 Les maximes de politesse de Geoffrey Leech
2.2 « Faces » et « Face-Threatening-Acts » après Brown et Levinson
2.3 La politesse après Raible

3. Court résumé des romans

4. L’analyse des discours amoureux
4.1 Les modalités du ramassage des sources littéraires et leur utilisation
4.2 « Cyrano de Bergerac »
4.2.1 Parler d’un individu non-concerné
4.2.2 Scènes entre Cyrano et Roxane
4.3 « Bel-Ami »
4.3.1 Duroy – Mme Forestier
4.3.2 Duroy – Mme de Marelle
4.3.3 Duroy – Rachel
4.3.4 Duroy – Mme Walter
4.3.5 Duroy – Suzanne Walter
4.3.6 Discours intérieurs de Duroy

5. Conclusion

6. Annexe
6.1 L’analyse détaillée de Cyrano
6.1.1 Acte I, Scène 5, Cyrano et Le Bret
6.1.2 Acte II, Scène VI, Cyrano et Roxane
6.1.3 Acte III, Scène I, Cyrano et Roxane
6.1.4 Acte III, Scène VII, Cyrano, Roxane et Christian
6.1.5 Acte III, Scène XIV, Cyrano et Roxane
6.1.6 Acte IV, Scène X, Cyrano et Roxane
6.1.7 Acte V, Scène V, Cyrano et Roxane
6.2 L’analyse détaillée de Bel-Ami
6.2.1 Duroy – Mme Forestier
6.2.2 Duroy – Mme de Marelle
6.2.3 Duroy – Rachel
6.2.4 Duroy – Mme Walter
6.2.5 Duroy – Suzanne Walter
6.2.6 Discours intérieurs de Duroy

7. Literaturverzeichnis

1. Introduction

« [L]es paroles d’amour, qui sont toujours les mêmes, prennent le goût des lèvres dont elles sortent » (Maupassant 1885: 314).

Sans aucun doute cette affirmation est correcte et d’une grande beauté. Mais à l’écrit, ne peut-on pas distinguer entre un amour réel et un amour malhonnête, plein d’arrière pensées ? Est-il possible de voir des différences entre les discours avec les amantes ?

Edmond Rostand et Guy de Maupassant sont deux écrivains que l’on considère comme « classiques ». Tous deux ont vécu et écrit à la fin du 19 ème siècle et tous deux ont écrit des œuvres dans lesquelles l’amour est un sujet central.

Cyrano de Bergerac écrit à son amour qu’il aime vraiment. Georges Duroy, dit Bel-ami, pourtant, n’aime pas vraiment les femmes qu’il conquiert. Je suppose que ceci se montrera aussi dans leurs discours amoureux. Pour justifier cette thèse je vais analyser leurs discours avec leurs femmes sous l’angle de la politesse et l’impolitesse.

Wolfgang Raible affirme dans son article « Sprachliche Höflichkeit. Realisierungsformen im Deutschen und im Französischen » que la politesse, en fin de compte, n’est rien d’autre que le respect envers autrui. [1] .eorges Duroy ne respecte pas les femmes, il les utilise pour son propre profit sans penser à leur bien. Peut-on voir ce manque de respect dans son langage ? Il y a une femme de laquelle Duroy semble être vraiment amoureuse : Madame de Marelle, sa première amante. Y-a-t-il une différence entre les discours de Duroy avec ses conquêtes d’un jour et ceux avec celle qu’il aime d’un amour sincère ?

2. La politesse et l’impolitesse – exposé sommaire des études linguistiques sur ce thème

Le sujet de la politesse a été traité de plusieurs linguistes. Pour avoir un bref aperçu de ces recherches, on rappelle ci-dessous quelques concepts et théories importants :

2.1 Les maximes de politesse de Geoffrey Leech

Geoffrey Leech définit dans son œuvre « Priciples of pragmatics » dans un premier temps le « Politeness Principle (PP) […] :

Minimize (all things being equal) the expression of impolite beliefs […]; maximize (other things being equal) the expression of polite beliefs. » (Leech 1983: 81). Il accorde à ce principe le même statut que le « Cooperation Principle (CP) » de Grice. Dans un second temps il introduit six maximes de politesse [2] .

(1) La maxime de tact : Minimisation de l’effort pour l’autre. Maximisation du bénéfice pour l’autre.
Exemple : « J’ai un p’tit problème », « Attends-moi une seconde »
(2) La maxime de générosité : Minimisation du bénéfice pour le locuteur. Maximisation de l’effort pour le locuteur.
Exemple : « Détends-toi et laisse moi faire la vaisselle »
(3) La maxime de modestie : Minimisation de l’éloge de soi-même. Maximisation de l’autocritique.
Exemple : « Oh, qu’est-ce que j’suis bête, j’ai oublié d’acheter du lait. Tu y as pensé ? »
(4) La maxime de l’accord : Minimisation du désaccord. Maximisation de l’accord.
Exemple : A : « Je veux avoir un scooter »
B : « Oui, je comprends. Mais je pensais de t’avoir déjà expliqué les raisons pour lesquelles ce n’est pas possible »
(5) La maxime de l’approbation : Minimisation du blâme/de la critique de l’autrui. Maximisation de l’approbation de l’autrui.
Exemple : « J’ai beaucoup aimé ton repas ! » et ne rien dire ou pas formuler de phrase indirecte au cas où on n’a pas aimé le repas.
(6) Le principe Pollyanna : Faire ressortir la partie positive, super-optimisme.
Exemple : A : « Désolé, l’appartement n’est pas très rangé »
B : « Mais il est lumineux » [3]

En utilisant ces maximes il faut faire attention au fait que Leech n’a pas concrètement défini qui est « autrui ». Naturellement la politesse et l’importance de ces maximes dépendent toujours du degré d’intimité des personnes qui se parlent et de la situation.

Jenny Thomas (1995 et 1998) explique dans son livre « Meaning in interaction : An introduction to pragmatics » que ces principes sont très utiles pour analyser et comparer différentes cultures et la politesse dans celles-ci. Elle propose de voir les principes de Leech comme

« series of social-psychological constraints influencing, to a greater or lesser degree, the choices made within the pragmatic parameters. […] Viewed this way, it is entirely reasonable that we should have a list which is open-ended, but in which the different factors influencing linguistic behavior could be ranked in terms of their relative importance in different cultures, or in different activity types. » (Thomas 1995: 168)

2.2 « Faces » et « Face-Threatening-Acts » après Brown et Levinson

Le thème central de la théorie de Brown et Levinson est la figure, la face. Celle-ci est définie comme l’image publique qu’une personne préempte pour soi-même et doit être compris comme la réputation. En ce qui concerne la théorie de la politesse, « face » implique les sentiments de confiance en soi et l’image que l’on a de soi-même. Cette image peut être blessée, ou alors maintenue et améliorée pendant les interactions avec les autres. La face a deux aspects : positif et négatif. La face positive d’un individu se reflète dans le désir d’être aimé, respecté, apprécié et estimé par les autres : « the want of every member that his wants be desirable to at least some others executors » (Brown, Levinson 1978 :66). Cette face est menacée par exemple par des mauvaises estimations, interruptions, critiques et insultes ou marques de désintérêt pendant la conversation.

La face négative se reflète dans le désir de ne pas être borné ou limité dans sa propre liberté de choisir et d’agir : « the want of every 'competent adult member' that his actions be unimpeded by others » (Brown, Levinson 1978 :66). Cette face est menacée par des offres, des demandes ou aussi des promesses.

Ces menaces sont appelées par Brown et Levinson les « Face-Threatening-Acts » (FTA).

Ils proposent plusieurs stratégies pour maintenir la face positive et négative et pour contourner ou affaiblir les menaces envers son image, donc sa face. La comparaison des différentes stratégies par rapport aux différentes cultures et pays est très intéressante à voir [4].

2.3 La politesse après Raible

Wolfgang Raible explique dans son article « Sprachliche Höflichkeit. Realisierungsformen im Deutschen und im Französischen » les raisons anthropologiques de la politesse. L’individu est toujours intégré dans une communauté. D’une part, l’individu se définit au regard de cette communauté-même. D’autre part les autres définissent l’individu de leur point de vue. Ces deux aspects sont définits par Brown et Levinson comme « positive face » et « negative face ».

Maintenir et ne pas offenser le visage de l’autre en respectant la sphère personnelle de l’autre sont les principes et en même temps les commandements de tout ce qui a à voir avec la politesse. Si une personne doit tout de même pénétrer dans la sphère personnelle d’un autre individu, il y a, d’après Raible (1987), cinq principes qui s’appliquent au sujet entier de la politesse:

(1) Toute sorte d’immédiateté est à éviter ; tout ce qui diminue l’immédiateté est à recommander dans l’intérêt honorifique d’autrui.
(2) Les situations familières, dans lesquelles l’on agit avec des personnes familières, permettent une liberté plus grande en ce qui concerne l’intrusion dans la sphère personnelle de l’autre que les situations et constellations, qui sont à moitié ou entièrement publics et pendant lesquelles l’on agit avec des personnes soit connues soit inconnues.
(3) La politesse est un phénomène graduel (et relatif).
(4) C’est le ton qui fait la chanson. Tout ce que l’on dit peut, à force de l’intonation ou de la cadence (et accompagné d’une mimique et d’un geste), être dit soit gentiment et d’une manière positive, soit inamicalement et vivement.
(5) Respecter l’autrui signifie l’attribution d’un niveau d’estime élevé (au plan social et personnel)

Dans tous les systèmes sociaux cette sphère personnelle se définit par un minimum de biens privés et individuels reliés avec un minimum de vécu privé. Une des bases de notre vie commune est donc : Tout individu doit, pour autant que ce soit possible, laisser intacte la sphère personnelle de l’autre, aussi dans le sens de la dignité humaine, et il ne doit pas l’envahir ou la blesser.

Il y a différents domaines de politesse langagiers et Raible définit cinq parties principales :

(1) L’irruption inespérée/providentielle dans la sphère personnelle – en particulier dans celle d’un individu non-familier ou même inconnu
(2) Parler de la sphère personnelle de l’autrui
(3) Parler d’un individu non-concerné/ spectateur passif, mais présent
(4) Refus d’une demande, d’une opinion, d’une exigence de l’autrui
(5) Demande d’une action (ou l’omission de celle-ci)

Le domaine de la politesse représente un continuum : où exactement sont les limites entre la politesse et l’impolitesse ? Cela n’est pas facile à définir. Mais il est important à noter que la politesse n’est pas un thème démodé, et que par ailleurs, la politesse, les systèmes juridiques et l’éthique ont les mêmes racines.

3. Court résumé des romans

« Bel-Ami » est l’histoire du jeune Georges Duroy qui, grâce à sa beauté, sa malignité et son charme, fait une réussite sociale, tout en conquérant les cœurs de nombreuses dames.

Duroy, au début du roman, se promène dans les rues de Paris en pensant au peu d’argent qui lui reste jusqu’à la fin du mois. Il rencontre un vieil ami, Forestier, qui est devenu journaliste, s’est marié et dispose d’une petite fortune. Forestier invite Duroy à venir dîner chez lui et lui trouve un poste comme journaliste. Duroy par contre doit remarquer qu’il n’a pas de talent en tant que journaliste et ne réussit donc pas à écrire les articles demandés. Il demande encore une fois de l’aide à Forestier. Celui-ci l’envoie chez sa femme qui finit rapidement l’article pour Duroy. C’est aussi Madame Forestier qui mentionne qu’une dame prestigieuse de la société avait jeté un œil sur Duroy et avec cette affirmation elle pose la première pierre de la carrière de Duroy qui le mènera à travers les draps de plusieurs femmes qui l’aideront à arriver au sommet de la société.

C’est la fille de sa première amante Clotilde de Marelle qui lui donne le nom « Bel-Ami ». (Maupassant 1885 :109).

Après la mort de Forestier, Duroy épouse la veuve, mais après peu de temps il se lasse d’elle et la surprend en flagrant délit d’adultère, ce dont il profite pour divorcer. Peu après Duroy séduit la fille de l’éditeur Walter, un des hommes les plus riches de Paris. Du Roy (le héros change son nom plusieurs fois au cours du livre) enlève la fille dont le père s’était prononcé contre un mariage avec Du Roy et de cette manière il force Walter à accepter un mariage entre les deux jeunes. Son deuxième mariage lui apporte un certain statut social.

« Cyrano de Bergerac » est une comédie héroïque en cinq actes et en vers. Ce drame, grâce à son esprit, sa vivacité, sa langue, son romanesque et son contenu en aventures, est joué et rejoué avec grand succès jusqu’à nos jours.

Cyrano est un combattant et un épéiste extraordinaire. En même temps il est aussi poète, philosophe et une des personnes les plus brillantes de Paris. Ce qui lui vole la confiance en soi c’est son nez très grand et c’est à cause de ce nez qu’il n’ose pas confesser son amour à sa Roxane bien-aimée. Roxane en revanche est amoureuse de Christian, un homme beau mais candide. Roxane confesse son amour pour Christian de Neuvillette à Cyrano et lorsque celui-ci rejoint le régiment de Cyrano, ce dernier tire parti de la situation pour écrire des lettres d’amour merveilleuses à Roxane. C’est Cyrano-même qui convainc les deux amoureux à s’unir par les liens du mariage pour soustraire Roxane au Duc Guiche, qui veut qu’elle soit son amante. Guiche est furieux et se venge en envoyant le régiment entier, y compris de Bergerac et de Neuvillette, au front le plus proche de la bataille.

Bien qu’ils soient assiégés par les Espagnols, Cyrano réussit à faire passer clandestinement deux lettres d’amour par jour pour Roxane à travers les zones ennemies. Touchée profondément par ces lettres, Roxane se glisse dans le camp militaire pour révéler à son mari qu’elle ne l’aime plus pour son apparence, mais qu’elle n’aime que son âme. A ces mots, Christian se lance dans la bataille et meurt sous les yeux de Roxane. Par respectenvers son ami mort, Cyrano ne peut pas découvrir à Roxane qui était le vrai auteur des lettres. Seulement quatorze ans après, peu de minutes avant de mourir, Cyrano avoue son amour à Roxane.

4. L’analyse des discours amoureux

a. Les modalités du ramassage des sources littéraires et leur utilisation

La politesse n’est, bien-sûr, pas la base ou bien une prémisse nécessaire pour l’amour. Mais la question que l’on se pose ici est une autre : Peut-on distinguer les paroles d’amour honnêtes des paroles malhonnêtes en les examinant sous le rapport de la politesse ?

Analysant les textes littéraires comme source de la politesse ou impolitesse verbales il faut prendre en compte que ce ne sont que des reproductions de dialogues. Donc il se pose le problème de l’authenticité car l’usage linguistique est subordonné en grande partie à l’auteur et à ses fins artistiques. Pour garantir une comparabilité et une authenticité plus grande possible, mon analyse se base sur deux romans, donc deux sources écrites, qui ont été publiés à la fin du 19 ème siècle (« Cyrano de Bergerac » en 1897 et « Bel-Ami » en 1885).

Les discours des héros envers leur amante seront l’objet de l’analyse, à savoir de Cyrano envers Roxane et de Georges Duroy envers sa femme (Mme Forestier), ses amantes (Mme de Marelle et Mme Walter), sa nouvelle femme (Suzanne Walter).

La démarche de l’analyse se base sur les maximes de politesse de Leech et les FTAs de Brown et Levinson en tenant compte de l’article « Sprachliche Höflichkeit. Realisierungsformen im Deutschen und im Französischen » de Raible. Pour l’analyse de la politesse dans les discours de Cyrano et Bel-Ami, figurant ci-dessous, nous appliquons les critères suivants :

[...]


[1] .« Höflichkeit besagt nämlich nichts anderes als : Respekt vor dem anderen » (Raible 1987:147)

[2] .Le PP et les six maximes de politesse de Leech sont dans le même rapport que CP et les maximes de coopération (qualité, quantité, relation et manière) de Grice.

[3] .Ce principe est rarement utilisé et mentionné juste dans certaines œuvres de la littérature secondaire. Pour cette raison je ne vais pas considérer ce principe en analysant mes textes.

[4] .Pour recevoir plus de détails sur les stratégies de FTA, voir par exemple

Thomas (1995): Meaning in interaction: An introduction to pragmatics chapitre 6.4 « Politeness and the management of face »

Fin de l'extrait de 28 pages

Résumé des informations

Titre
La politesse et l'impolitesse dans les discours amoureux
Sous-titre
A l'exemple de Cyrano de Bergerac et Bel-Ami
Université
University of Freiburg
Note
2,0
Auteur
Année
2013
Pages
28
N° de catalogue
V262927
ISBN (ebook)
9783656515142
Taille d'un fichier
612 KB
Langue
Français
mots-clé
cyrano, bergerac, bel-ami
Citation du texte
Lisa Husson (Auteur), 2013, La politesse et l'impolitesse dans les discours amoureux, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/262927

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