Esquisse du système tonal du bwamu laa (langue gur du Burkina Faso)


Mémoire de Maîtrise, 2012
166 Pages, Note: 1,0

Extrait

Inhaltsverzeichnis

Contenu

Liste des figures

Liste des tableaux

Symboles et abréviations

Remerciement

1. Introduction
1.1. La théorie autosegmentale
1.1.1. Introduction
1.1.2. L’autonomie du ton et l’UPT
1.1.3. La stabilité du ton
1.1.4. Mélodies tonales et leur association
1.1.5. L’OCP
1.1.6. Phénomènes tonals
1.1.6.1. L’abaissement automatique
1.1.6.2. L’abaissement non-automatique
1.1.6.3. Propagation tonale
1.1.6.4. Polarité
1.1.6.5. Ton par défaut
1.2. Le Burkina Faso
1.2.1. Géographie
1.2.2. Langues
1.2.3. Alphabétisation
1.2.4. Le bwamu
1.2.4.1. Classification et situation dialectale
1.2.4.2. Autres langues parlées par les locuteurs du bwamu
1.2.5. Bwamu laa
1.2.5.1. Géographie
1.2.5.2. Les locuteurs
1.2.5.3. Documents sur le bwamu
1.2.5.4. Inventaire des sons
1.2.5.4.1. Introduction
1.2.5.4.2. Les voyelles
1.2.5.4.3. La nasale vélaire
1.2.5.4.4. Voyelles longues
1.2.5.4.5. Harmonie vocalique
1.2.5.4.6. Les consonnes
1.2.5.4.7. Le phonème consonantique /ŋ/
1.2.5.4.8. Conclusion
1.2.5.5. Structure syllabique
1.2.5.5.1. Les constituants de la syllabe
1.2.5.5.2. Syllabes ouvertes et fermées
1.2.5.5.3. La nasale syllabique
1.2.5.5.4. Trait de nasalisation
1.2.5.5.5. Trait de labialisation
1.2.5.5.6. Conclusion
1.2.5.6. L’orthographe
1.2.5.6.1. Introduction
1.2.5.6.2. Les voyelles
1.2.5.6.3. Voyelles longues
1.2.5.6.4. Les consonnes
1.2.5.6.5. Les tons
1.2.5.6.6. Structure syllabique
1.2.5.7. L’équipe et le travail

2. Le ton lexical du bwamu laa
2.1. Introduction
2.2. Le ton dans le lexique
2.2.1. Introduction
2.2.2. Les tons ponctuels
2.2.2.1. Paires
2.2.3. Les tons modulés
2.2.3.1. Introduction
2.2.3.2. Tons modulés dans la syllabe lourde
2.2.3.3. Tons modulés dans la syllabe légère
2.2.3.4. Conclusion
2.2.4. Trois ou bien quatre tons ponctuels ?
2.2.4.1. Introduction
2.2.4.2. Arguments contre un quatrième ton
2.2.4.3. Conclusion
2.3. L’unité porteuse tonale et l’association des tons
2.4. L’association cyclique
2.5. Le ton lexical des verbes
2.6. Les classes verbales et suffixales
2.6.1. Introduction
2.6.2. Le verbe dans les langues voltaïques
2.6.3. Le verbe d’état et d’action en bwamu laa
2.6.3.1. Classe verbale I : Formes uniques
2.6.3.2. Classe verbale II : Alternance vocalique
2.6.3.3. Classe verbale III : Suffixation
2.6.3.4. Classe verbale IV : Alternance suffixale
2.6.3.5. Classe verbale V : Alternance tonal
2.6.4. Morphème vocalique et enclitique
2.6.5. Auxiliaires et particules
2.7. Le ton lexical des noms
2.8. Les classes nominales et suffixales
2.8.1. Les classes nominales
2.8.1.1. Introduction
2.8.1.2. Aperçu sur les classes nominales bwaba
2.8.1.3. Les classes nominales en bwamu laa
2.8.2. Les classes suffixales
2.8.2.1. Aperçu sur les classes suffixales bwaba
2.8.2.2. Les classes suffixales du bwamu laa
2.8.2.2.1. Classe suffixale I : /-i/ : /-o/, /-a/ ou /-e/, /-ɛ/
2.8.2.2.2. Classe suffixale II : /-lũ/ : /-hĩ́/
2.8.2.2.3. Classe suffixale III : zéro : /-ɓɛ/, /-a/
2.8.2.2.4. Classe suffixale IV : /-hṹ/ : /-hɛ̃̄/
2.8.2.2.5. Classe suffixale V : /-rɔ/ : /-rīè/
2.8.2.2.6. Classe suffixale VI : /-le/ : /-làà/
2.8.2.2.7. Classe suffixale VII : /- ŋ/ : /-hɛ̃̄/
2.8.2.2.9. Classe suffixale VIII : ton haut : /-lĩ̄/
2.8.2.2.8. Classe suffixale IX : ton bas : /-hĩ́/
2.9. Ton lexical des pronoms
2.9.1. Introduction
2.9.2. Les pronoms
2.9.2.1. Les pronoms sujets
2.9.2.2. Les pronoms personnels emphatiques sujet
2.9.2.3. Pronoms personnels emphatiques objet
2.9.2.4. Les possessifs
2.9.2.5. Les possessifs des membres de la famille
2.10. Les mots d’emprunt
2.10.1. Introduction
2.10.2. Les mots empruntés au français
2.10.2.1. La reproduction de l’accent français
2.10.2.2. La distribution des tons sur les emprunts français
2.10.2.3. Mélodie tonale H.
2.10.2.4. Mélodie tonale HB.
2.10.2.5. Mélodie tonale BH.
2.10.2.6. Mélodie tonale BHB.
2.10.2.7. Mélodie tonale HBH(B)
2.10.2.8. Conclusion
2.10.3. Les emprunts au français avec deux réalisations tonales
2.10.4. Les mots empruntés au dioula
2.10.5. Influence des autres langues
2.10.6. Conclusion

3. Le ton grammatical du bwamu laa
3.1. Introduction
3.2. Le verbe dans la phrase
3.2.1. Introduction
3.2.2. L’ordre des mots dans la phrase
3.2.3. Le passé accompli
3.2.3.1. Phrase affirmative et négative
3.2.4. Le présent habituel
3.2.4.1. Phrase affirmative
3.2.4.2. Phrase négative
3.2.5. Le présent progressif
3.2.5.1. Phrase affirmative
3.2.5.2. Phrase négative
3.2.6. Le futur lointain
3.2.6.1. Introduction
3.2.6.2. Phrase affirmative
3.2.6.3. Phrase négative
3.2.7. Le passé progressif
3.2.7.1. Phrase affirmative
3.2.7.2. Phrase négative
3.2.8. Conclusion
3.3. Dérivation du verbe : Le nom d’action
3.4. Le nom.
3.4.1. Objet nominal direct
3.4.1.1. Monosyllabique
3.4.1.1.1. Accompli
3.4.1.1.2. Futur lointain
3.4.1.1.3. Présent progressif
3.4.1.1.4. Passé progressif
3.4.1.2. Disyllabique
3.4.1.3. Trisyllabique
3.4.2. Les classificateurs
3.4.2.1. Introduction
3.4.2.2. Les classificateurs dans la phrase
3.4.2.2.1. Futur lointain et présent habituel
3.4.2.2.2. L’accompli
3.4.2.2.3. Présent et passé progressif
3.4.2.2.6. Une exception
3.4.2.3. Les classificateurs après des conjonctions
3.4.2.4. Conclusion
3.5. Le pronom.
3.5.1. Introduction
3.5.2. Propagation tonale sur les pronoms
3.5.2.1. Les pronoms personnels emphatiques sujet
3.5.2.2. Les pronoms personnels emphatiques objet
3.5.2.3. La construction verbe + 3SG.O.
3.5.3. Assimilation des particules aux pronoms
3.5.3.1. La particule /ɛ́/ dans le présent progressif
3.5.3.2. La particule /wó/ dans le présent habituel

4. L’importance de l’écriture du ton
4.1. Introduction
4.2. Première lecture du texte
4.3. Deuxième lecture du texte
4.4. Conclusion

5. Conclusion
Le corpus bwamu laa – Appendices
Mots d’emprunt
Verbes
Verbes monosyllabiques
Verbes dissyllabiques
Verbes trissyllabiques
Noms
Noms monosyllabiques
Noms dissyllabiques
Noms trisyllabiques
Transcription de la première lecture du texte 10 (cf. Paroisse de Boni 1996, 21)

Bibliographie

Liste des figures

Figure 1: Les langues du Burkina Faso, carte de l’Ethnologue (Lewis 2009c)

Figure 2: Classification des langues gurs selon Williamson (2000, 26)

Figure 3: Les dialectes bwaba, carte de Berthelette (2001, 6)

Figure 4: Les dialectes bwaba, adaptation de la carte de l’Ethnologue

(Lewis, 2009c)

Figure 5: Les départements de la province des Balés, carte de Wikipedia (2011b)

Figure 6: Situation de la province de Tuy au Burkina Faso, carte de

Wikipedia (2011d)

Figure 7: Le modèle de la syllabe comme UPT, propre adaptation du modèle

de Odden (1995, 450)

Liste des tableaux

Tableau 1: Chiffres de la population des dialectes bwaba selon Berthelette

(2001, 7) et Lewis (2009a, 2009d, 2009e)

Tableau 2: Ensemble des pourcentages de similarité lexicale de l’enquête

bwamu selon Berthelette (2001, 25)

Tableau 3: Les phonèmes vocaliques du bwamu laa

Tableau 4: Les phones consonantiques du bwamu laa

Tableau 5: Les phonèmes consonantiques du bwamu laa, propre adaptation

du tableau de Bolli et alii (1981, 43)

Tableau 6: Récapitulation des structures syllabiques attestées

Tableau 7: Comparaison des écritures de la labialisation, propre adaptation

du tableau de Tindo (2011, 11)

Tableau 8: Résumé de l’orthographe actuelle du bwamu laa

Tableau 9: Paires minimales

Tableau 10: Triplets

Tableau 11: Tons modulés en oppositions

Tableau 12: Tons modulés attestés

Tableau 13: Vérification des données de Yé (1981, 26 sqq.)

Tableau 14: Vérification des données de Yé (1981, 253 sq.)

Tableau 15: Verbes trisyllabiques contradictoires

Tableau 16: Les verbes monosyllabiques

Tableau 17: Les verbes dissyllabiques

Tableau 18: Les verbes trisyllabiques

Tableau 19: Classification des verbes examinés dans les cinq classes verbales

Tableau 20: Verbes à forme unique

Tableau 21: Verbes à ton haut ou bas et aux alternances vocaliques

/i/ : /u/, /e/ : /o/ et /ĩ/ : /ɛ̃/

Tableau 22: Verbes à ton moyen et aux alternances vocaliques /i/ : /u/ et /ĩ/ : /ɛ̃/

Tableau 23: Verbes à alternance vocalique et tonale

Tableau 24: Verbes à alternance vocalique et tonale, propre adaption

des données de Yé (1981, 115 sqq.)

Tableau 25: Verbes à adjonction du suffixe de l’accompli /-ɛ̄/ ou bien /-ā/

Tableau 26: Verbes à ton moyen de la structre CV et à adjonction du suffixe de l’accompli /–ŋ/

Tableau 27: Verbe à ton haut à adjonction du suffixe /-ŋ/ selon Yé (1981, 119)

Tableau 28: Verbes à alternances suffixales /ŋ/ > /rɛ̄/ et /uŋ/ > /rɛ̄/

Tableau 29: Verbes à alternances suffixales /lĩ́/ > /lã̀/ et /ɔ̄/ > /uo/

Tableau 30: Verbes aux alternances tonales H : HM, MB : M et BH : B

qui sont aussi décrits par Yé (1981, 110 sqq.)

Tableau 31: Verbes aux alternances tonales H : HM et BH : B qui n’ont

pas été décrits ailleurs

Tableau 32: Verbe à alternance tonale sur la première voyelle

Tableau 33: Récapitulation des alternances tonales

Tableau 34: Auxiliaires et particules en bwamu laa, propre adaption

des données de Yé (1981, 65 sq.)

Tableau 35: Le ton lexical des noms monosyllabiques

Tableau 36: Le ton lexical des noms dissyllabiques

Tableau 37: Le ton lexical des noms trisyllabiques

Tableau 38: Classification nominale, propre adaption des données

de Manessy (1961, 131)

Tableau 39: Introduction d’une nouvelle numérotation selon les traits sémantiques

Tableau 40: Les classes et les classificateurs du bwamu laa

Tableau 41: Les suffixes nominales attestés dans tous les dialectes bwaba, propre adaptation des données de Manessy (1961, 151 sq.)

Tableau 42: Les classes suffixales principales du bwamu laa de Bagassi, propre adaptation du tableau de Manessy (1961, 163)

Tableau 43: Classes suffixales qui se sont vérifiées

Tableau 44: Classes suffixales introduites dans ce travail

Tableau 45: Classe suffixale I, propre adaptation des données de Tindo (2011, 20 sq.)

Tableau 46 : Classe suffixale II

Tableau 47: Classe suffixale III

Tableau 48: Classe suffixale IV.

Tableau 49: Classe suffixale V.

Tableau 50: Classe suffixale VI

Tableau 51: Classe suffixale VII

Tableau 52: Classe suffixale XIII, propre adaption des données de Tindo (2011, 22)

Tableau 53: Classe suffixale VIII, propre adaption des données de Tindo

(2011, 22 ssq.)

Tableau 54: Les pronoms du bwamu laa

Tableau 55: Les possessifs du bwamu laa

Tableau 56: Les possessifs de la famille

Tableau 57: Exemple pour les possessifs de la famille

Tableau 58: Possessifs de /jɛ̀lũ̀/ ou /zúú/, ‘frère’, /hàá/, ‘sœur’, et /hērɔ̄/,

‘beaux-parents’

Tableau 59: Mots empruntés au dioula ; écriture phonétique

Tableau 60: Mots d’emprunt français ayant probablement été emprunté au moore ; écriture phonétique

Tableau 61: Mots d’emprunt français ayant possiblement été emprunté au dioula ; écriture phonétique

Tableau 62: Exemple du passé accompli affirmatif et négatif

Tableau 63: Exemple du présent habituel affirmatif

Tableau 64: Exemple du présent habituel négatif

Tableau 65: Exemple du présent progressif affirmatif à ton haut

Tableau 66: Exemple du présent progressif affirmatif à ton moyen

Tableau 67: Exemple du présent progressif négatif

Tableau 68: Exemple du futur lointain affirmatif

Tableau 69: Exemple du futur lointain négatif

Tableau 70: Exemple du passé progressif affirmatif

Tableau 71: Exemple du passé progressif négatif

Tableau 72: Récapitulation des phrases aspecto-temporelles examinées

Tableau 73: La formation du nom d’action des noms du corpus

Tableau 74: Le nom d'action des verbes polysyllabiques par le rattachement

d'un ton bas

Tableau 75 : Les classificateurs du bwamu laa

Tableau 76: Présent progressif : Assimilation de la particule /ɛ́ / aux pronoms

Tableau 77: Présent habituel : Assimilation des particules aux pronoms

Tableau 78: Texte 10 (Paroisse de Boni 1996, 21 ; trad. Tindo, communication personelle, 09.08.2011)

Tableau 79: Comparaison du texte 10 (Paroisse de Boni 1996, 21) et du texte 19 (Paroisse de Boni 1996, 39)

Tableau 80: Quadruplets

Tableau 81: Triplets

Tableau 82: Paires minimales

Tableau 83: Comparaison entre l’apparition et la répétition des quadruplets,

triplets et paires du texte 10

Tableau 84: Mots polysémiques du texte 10 qui n’ont pas été répétés

Tableau 85: Comparaison de la première et de la deuxième lecture du texte 10

Symboles et abréviations

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Remerciement

J’aimerais adresser mes remerciements les plus sincères aux gens qui m’ont soutenu et accompagné pendant mes recherches et qui ont beaucoup contribué à l’accomplissement de ce travail. Je remercie :

- Mes chers parents, d’avoir rendu possible mes études en linguistique, de m’avoir enseigné à aspirer toujours à donner le meilleur de moi-même, pour leur soutien, leur patience et leur amour.

- -Dr. Lukas Neukom, sans qui ce travail n’aurait pu être réalisé, pour ses nombreux emails pleins de conseils et de ses pistes de réflexion tout au long de mes analyses, pour avoir lu et corrigé ce travail, pour son encouragement et sa grande patience ; de manière générale, pour tout le temps qu’il a consacré à la réussite de ce mémoire. Je veux aussi exprimer ma gratitude à Dorothea Neukom pour son hospitalité particulière, sa gentillesse et son encouragement.

- Dr. John Rennison, pour son inspiration qui m’a fortement influencé dès le début de mes études, pour ses conseils qui ont éveillé en moi des réflexions qui ont toujours été un défi pour moi, pour son soutien et sa gentillesse. Je le remercie cordialement ainsi que sa femme Amsetou Rennison pour avoir attiré mon attention sur les langues de l’Afrique de l’ouest.

- Dr. Constance Kutsch-Lojenga, pour avoir dirigé l’atelier sur le ton auquel j’ai pu participer, pour toutes ses explications, sa passion inspiratoire et surtout pour sa persévérance exemplaire.

- M. Ernest Tindo, pour avoir répondu en détail à mes dizaines d’emails pleins de questions, pour sa patience et pour son encouragement continuel durant les analyses. Je tiens à remercier sincèrement lui et Adolphe Houmboué pour leur enthousiasme et leur collaboration excellente qui a permis la réalisation de ce mémoire sur leur langue.

- Erpha Ko, pour avoir corrigé ce mémoire dans un temps record ! Sans elle, il y aurait beaucoup de petites fautes, comme je ne maîtrise pas parfaitement la langue française.

- Dr. Norbert Cyffer, pour m’avoir donné une copie de sa tonologie inédite du Kanuri qui m’a beaucoup inspiré.

- Michèle Bender, pour avoir cherché et vérifié des mots dioulas, l’exactitude et toutes les copies utiles qu’elle m’a envoyées.

- Jonathan Beile, pour m’avoir accueilli lors de l’analyse des classes nominales, son aide enthousiaste et sa bonne musique de fond de sa guitare.

Je veux aussi exprimer ma reconnaissance à Marilyn Schmitt, Margret Landon, Trudi Pleis ainsi qu’à Stuart et Cathy Showalter pour m’avoir accueilli et montré le Burkina Faso avec ses peuples et ses langues, à Pamela Morris et Paul Solomiac pour leur bonne collaboration, à Mike et Cathy Steinborn, pour leur aide et leur grande gentillesse qui ont facilité mon séjour et à la SIL au Burkina Faso. En effet, elle a rendu possible la tenue de l’atelier sur les tons et elle a mis à ma disposition des documents indispensables pour la réalisation de ce travail. De plus, je veux remercier les différentes internautes et consultants de répondre à toutes mes questions. Enfin, j’adresse ma gratitude à Noémie Ory, à ma sœur Johanna Pfurtscheller, à ma grand-mère Rosa Mang, à ma chère amie Nadina Dünser et à tous les autres qui m’ont encouragé et soutenu dans la prière.

Mais surtout, je remercie de tout cœur celui qui m’a donné l’intérêt et le talent pour les langues et qui est au fond responsable de mes études et de ce mémoire : Jésus Christ.

1. Introduction

L’étude de la grammaire des langues a commencé il y a plusieurs millénaires. Mais les tons qui sont une caractériqstique de la plupart des langues africaines ont longtemps été négligés par les linguistes jusqu’au 19èmesiècle. L’étude des tons d’une langue est donc une branche linguistique plutôt nouvelle. Par conséquent, il n’y a pas de méthode unitaire et éprouvée pour l’analyse des différents systèmes tonals. De plus, les tons, leur rôle et les règles tonales n’ont pas encore été décrit pour la plupart des langues africaines, ce qui est une condition indispensable pour l’établissement d’une orthographe fonctionnelle et pratique qui exige ou non l’écriture du ton dans une langue.

Pour ces raisons, ce travail est consacré au système tonal d’une langue de l’Afrique occidentale. Il s’agit d’une langue voltaïque : le bwamu laa parlé d’un peuple d’à peu près 100.000 personnes au Burkina Faso, le lieu de nos recherches.

L’objectif principal de ce travail est de savoir quel rôle le ton joue en bwamu laa. Pour cela, il serait nécessaire d’analyser le système tonal d’une manière générale. Tout d’abord, un certain nombre de questions se pose à savoir : Combien de tons y a-t-il en bwamu laa ? Quelles sont les règles d’interaction des tons qui se déroulent au niveau sous-jacent ? Le ton manifesté, est-il au niveau du lexique ou au niveau de la grammaire ? L’orthographie des tons, est-elle indispensable pour la lecture ?

Avant de répondre à toutes ces questions, notre travail ce subdivisera de la manière suivante : Ce premier chapitre introductif mettra l’accent sur la phonologie, la structure de la syllabe et l’orthographe du bwamu laa, un deuxième chapitre traitera la question du ton dans le lexique, en commençant par l’identification du nombre de tons, de l’unité porteuse du ton et de l’association des tons. On parlera egalement des noms et des verbes dans cette même partie en mettant en exergue l’analyse des classes verbales et nominales ainsi que des pronoms et des mots d’emprunt. Toujours dans le deuxième chapitre, nous montrerons surtout le système tonal de base et les schèmes tonals des radicaux verbaux et nominaux du bwamu laa. La description du ton dans le lexique est indispensable pour la description du fonctionnement des tons dans la grammaire. Le troisième chapitre parlera des tons des verbes, des noms et des pronoms dans la phrase, en analysant l’interaction de ceux-ci dans la grammaire.

Enfin, le quatrième chapitre sera consacré à l’occurrence des tons dans les mots polysémiques dans un texte pour examiner l’importance de l’orthographe du ton pour une bonne lecture.

1.1. La théorie autosegmentale

1.1.1. Introduction

Des systèmes tonals ont été analysés grâce aux différentes théories linguistiques, mais comme ce travail n’est pas fait dans le cadre d’une théorie, nous resterons plus descriptifs. Cependant, pour bien expliquer certains phénomènes, nous faisons référence à la théorie autosegmentale qui était la première à décrire les traits du ton et dont les principes sont pris comme modèle parce qu’elles n’ont jamais été remis en cause. Nous donnerons un bref aperçu de ces principes qui ont été décrit par Leben (1973) et Goldsmith (1976) et qui sont très bien récapitulés par Hall (cf. 2000, 155 sqq.) :

1.1.2. L’autonomie du ton et l’UPT

On suppose que les traits segmentaux et les traits tonals se trouvent dans des couches différentes du fait que le ton peut se comporter indépendamment du segment. L’unité à laquelle le ton est associé est appelée « l’unité porteuse tonale » (Creissels 1991, 243), bref, l’UPT. Les segments indépendants comme H, M, B etc., sont appelés des « autosegments » (Hall 2000, 156). Par exemple, la syllabe /tá/ qui est une unité porteuse tonale, peut être représentée comme suivante :

/ta/ couche segmentale : UPT

ligne d’association

H couche tonale : ton haut (autosegment)

1.1.3. La stabilité du ton

Les autosegments sont très stables : Si une UPT est effacée ou perd son statut d’UPT, le plus souvent, le ton n’est pas effacé, bien qu’il n’y ait plus d’unité à laquelle il peut s’associer. Il est par conséquent appelé un ton « flottant » (Hall 2000, 159) pour lequel il y a deux possibilités : Premièrement, il peut être associé à une autre UPT. Il en peut résulter qu’une seule UPT porte deux tons, par exemple :

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Deuxièmement, le ton flottant n’est pas associé à une UPT, mais il reste au niveau sous-jacent. Puis, il peut influencer les tons suivants qui sont prononcés[1] (cf. Yip 2002, 133).

1.1.4. Mélodies tonales et leur association

Il est supposé qu’il y a des mélodies tonales entières qui sont associées aux UPTs d’un mot selon les règles suivantes (cf. Hall 2000, 164 selon Goldsmith 1976) :

1. L’association des tons aux UPTs se déroule un à un de la gauche vers la droite.
2. Des UPTs restant sont associées au dernier ton de la mélodie.
3. Des tons restant de la mélodie sont associés à la dernière UPT du mot.

Normalement, les règles sont appliquées dans cet ordre. Elles connaissent des variantes, mais il y a une règle universelle selon laquelle les lignes d’association ne doivent jamais se croiser (cf. Hall 2000, 167). Par exemple, la mélodie tonale HMB est associée au mot fictif /tátātàtà/ de manière suivante :

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

1.1.5. L’OCP

Deux tons adjacents et identiques ne sont pas admis selon le « obligatory contour principle » (Hall 2000, 167), bréf l’OCP. Il s’agit d’un seul ton associé à

deux UPTs adjacentes, par exemple :

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

1.1.6. Phénomènes tonals

Dans la suite, nous voulons décrire cinq processus tonals qui sont très fréquents dans les langues gurs :

1.1.6.1. L’abaissement automatique

Dans beaucoup de langues à ton, il y a un abaissement automatique du ton haut après un ton bas prononcé, de sorte que « l’intervalle qui sépare haut de bas dans une séquence ó ò est à peu près le double de celui qui sépare haut de bas dans une séquence ò ó. […] » (Creissels 1994, 217). Par conséquent, un ton haut peut être prononcé au même niveau tonal qu’un ton bas le précédant dans la chaîne parlée. En théorie, il n’y a donc pas un nombre limité des hauteurs tonals dans un tel système, mais la voix du locuteur ne peut pas baisser sans cesse. Par conséquent, un ton haut qui suit une pause est réalisé à la hauteur maximum, de sorte que l’abaissement peut recommencer (cf. Creissels 1994, 217 sq.). Le bwamu laa fait partie des langues à abaissement tonal automatique.

1.1.6.2. L’abaissement non-automatique

L’abaissement non-automatique n’est pas toujours prédictible, contrairement à l’abaissement automatique. On suppose que l’abaissement non-automatique est déclenché par un ton bas flottant qui n’est pas prononcé mais influence quand-même le ton qui suit (cf. Fox 2000, 212). La seule différence entre l’abaissement non-automatique et l’abaissement automatique est donc que le premier est provoqué par un ton bas flottant au niveau sous-jacent et le dernier par un ton bas prononcé à la surface.

En bwamu laa, il y a des abaissements non-automatiques dans la phrase[2]. L’abaissement du ton moyen ne se réalise pas de la même façon que l’abaissement du ton haut : Le ton moyen n’est pas abaissé, plutôt, le ton précédent est rehaussé. Le résultat est le même que celui de l’abaissement : un agrandissement de l’intervalle entre les deux tons. Le rehaussement tonal est un phénomène connu mais très rare (cf. Fox 2000, 189). En bwamu laa, le rehaussement et l’abaissement sont observés dans des contextes identiques, et pour cela nous supposons qu’il s’agit du même processus tonal qui a pour but un agrandissement de l’intervalle entre deux tons[3].

1.1.6.3. Propagation tonale

Le ton d’un mot peut se propager aux UPTs suivantes ou régresser aux UPTs précédentes. Ce processus tonal appelé « propagation progressive ou regressive » est à la base des alternances tonales observées dans les langues à ton (cf. Creissels 1994, 199). Le ton qui se propage le plus souvent est le ton haut, et la direction est progressive (cf. Creissels 1994, 205). La propagation des tons d’un lexème varie d’une langue à une autre, mais toutes les langues à ton ont en commun la règle que le dernier ton d’une mélodie tonale d’un mot se propage aux UPTs restantes s’il y en a plus qu’il y a des tons dans la mélodie[4]. Cette propagation est considérée comme étant « automatique » (Fox 2000, 10).

En bwamu laa, il y a une propagation automatique concernant les suffixes qui n’ont pas de ton propre : Le ton de la dernière UPT se propage au suffixe ajouté[5]. De plus, le ton final d’une conjonction et celui d’un verbe peut se propager et remplacer le ton de l’UPT qui lui est contiguë[6]. Par exemple, dans la phrase /ŋ́ ɓéŋ́ ɓé ɓɛ́ bɔ̄hĩ́/, ‘Je tuerai les chiens’, le ton haut du verbe monosyllabique /ɓé/, ‘tuer’, se propage au classificateur pluriel animé /ɓɛ̀/, qui est de ton bas en isolation[7]:

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1.1.6.4. Polarité

La polarité tonale est bien décrite par Creissels, qui écrit que le terme caractérise

« le comportement tonal de morphèmes monosyllabiques qui, ou bien sont nécessairement suivis d’une autre unité et présentent toujours un ton opposé à celui de la syllabe initiale de l’unité qui leur succède, ou bien sont nécessairement précédés d’une autre unité et présentent toujours un ton opposé à celui de la syllabe finale de l’unité qui les précède. » (Creissels 1994, 212)

Le ton polaire n’est pas attesté en bwamu laa[8].

1.1.6.5. Ton par défaut

Un ton par défaut est associé à une UPT qui autrement resterait sans ton. Le ton par défaut est le plus souvent un ton bas dans des systèmes binaires et un ton moyen dans des systèmes à trois hauteurs tonales (cf. Yip 2002, xix).

Nous n’avons pas pu prouver l’existence d’un ton par défaut en bwamu laa[9].

1.2. Le Burkina Faso

1.2.1. Géographie

Le Burkina Faso est un pays ouest-africain, entouré par le Mali, le Niger, le Benin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. La capitale est Ouagadougou qui compte environ 1,2 million habitants[10]. Le pays est divisé en 13 régions administratives qui sont subdivisées en 45 provinces administratives (cf. Wikipédia 2011a). Les provinces sont encore une fois subdivisées en 349 départements constitués de nombreux villages et qui sont désignés selon leurs villes principales (cf. Wikipedia 2010a). Le pays compte environ 13,7 millions habitants[11].

1.2.2. Langues

Comme la plupart des pays africains, le Burkina Faso est un pays très riche en ce qui concerne les langues natives : « The number of individual languages listed for Burkina Faso is 69. Of those, 68 are living languages and 1 is a second language without mother-tongue speakers » (Lewis, 2009b). Une carte créée en 2004 illustre la répartition des langues dans le pays. Elle montre 65 des langues, dont le bwamu laa est le vingt septième sur la liste :

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Figure 1 : Les langues du Burkina Faso, carte de l’Ethnologue (Lewis 2009c)

La figure 1 montre que la majorité des langues appartient à la famille linguistique Niger-Congo. Dans le nord, on trouve aussi une langue berbère de la famille Afro-Asiatique, à savoir kidal tamasheq, ainsi qu’une langue Nilo-Saharan, à savoir songhay. De ce fait, trois des quatre familles de langues de l’Afrique sont représentées dans le pays.

Le français est la langue officielle du pays, bien que seulement environ 20% le possèdent (cf. Leclerc 2009). Les langues les plus répandues qui ont par conséquent le statut des langues nationales sont le moore, parlé par 53%, le dioula, parlé par 8,8%, ainsi que le fulfulde, parlé par 6,6% des burkinabé. D’autres langues répandues sont le bissa (3%), le lobi (2,7%), le lyele (2,1%) et le marka (1,9%) (cf. Leclerc 2009).

1.2.3. Alphabétisation

On lit que

« les langues dans lesquelles les Burkinabés sont alphabétisés sont les suivantes : le sissala, le kasena, le gulmacema, le dioula, le dagara, le lobi, le san, le sonraï, le tamachek, le bwamu, le cara, le zarma, le haoussa, le cerma, le samo, le bobo, le bissa, le nankana, le liyélé, le sikité et le winen. » (Leclerc 2009)

De plus, le moore, le fulfuldé et le français sont enseignés. En 2007, 33,13% des femmes et 46,73% des hommes âgés de 15 à 24 ans ont été lettrés, ce qui fait 39,26% des jeunes au total (cf. UNESCO 2010a). Pour les adultes, le pourcentage s’est estimé à 28,73%. L’alphabétisation continue toujours, on devrait donc avoir aujourd’hui des chiffres plus élevés que ces pourcentages cités plus haut (cf. UNESCO 2010b).

1.2.4. Le bwamu

1.2.4.1. Classification et situation dialectale

Le bwamu appartient au groupe des langues voltaïques ou bien gurs du nord :

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Figure 2 : Classification des langues gurs selon Williamson (2000, 26)

Les différents dialectes bwaba sont parlés dans une région d’environ 180.000 km2qui « s’étend de la région de Djibasso près de la frontière malienne (province de Kossi) vers le sud jusqu’à la région alentours de Houndé (province de Tuy) et jusqu’à l’est de la région de Fara (province de la Sissili) » (Berthelette 2001, 5).

En 1961, Manessy a mené une enquête dans la région bwaba afin d’examiner la situation dialectale. Il a trouvé 17 dialectes, dont cinq sont parlés aux villages Koniko, Togo, Wahu, San et Mazã’wi au Mali, et douze sont parlés à Bo’wi, Sanaba-Bourasso, Solenzo, Massala, Dédougou, Bondoukuy, Ouakara, Sara, Houndé-Kari, Yaho, Mamou et Bagassi au Burkina Faso (cf. Manessy 1961, 121 sqq.). Manessy a fait des esquisses grammaticales de neuf de ces dialectes et déclare :

« Tous ces dialectes présentent entre eux des différences de nature et d’importance diverses ; mais tous, nous l’avons dit, reproduisent dans leur structure les traits essentiels d’un même schéma dont ils sont en quelque sorte la réalisation concrète […]. » (Manessy 1961, 126)

Malgré les points communs des dialectes, il y a parfois des grandes différences de sorte que les locuteurs ne peuvent plus se comprendre. Pour cela, Manessy a divisé les 17 dialectes en quatre zones d’intelligibilité (cf. Manessy 1961, 177).

Selon le « Rapport d’enquête bwamu[12] », les dialectes bwaba principales du Burkina Faso sont aussi au nombre de quatre (cf. Berthelette 2001, 4 sq.) : Dans la région de Dédougou au nord de la région bwaba, on parle ce qu’on appelle simplement le « bwamu » (cf. Lewis 2009d). Les locuteurs du bwamu sont appelés « bwaba » ou bien « bobo » par les locuteurs des dialectes du sud (cf. Berthelette 2001, 5). En 1991, une équipe de la SIL a commencé à faire des travaux linguistiques, de l’alphabétisation en langue vernaculaire dans plusieurs villages du nord et a produit des syllabaires (cf. Berthelette 2001, 14). La question était de savoir si ces matériaux étaient aussi utilisables pour les locuteurs du sud.

Au sud, on trouve le « bwamu laa laa », le « bwamu cwĩ » et le « bwamu dakwi » (Berthelette 2001, 5). Les villages des locuteurs des deux derniers dialectes sont parsemés et parfois, les locuteurs vivent dans le même village. S’il en est ainsi, ils apprennent à se comprendre mais continuent à parler leurs propres dialectes (cf. Berthelette 2001, 5). Le tableau 1 doit récapituler la situation dialectale :

Tableau 1 : Chiffres de la population des dialectes bwaba selon Berthelette (2001, 7) et Lewis (2009a , 2009d, 2009e)

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Une carte a été développée qui montre les langues parlées dans le sud-ouest du pays, parmi eux les dialectes bwaba :

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Figure 3 : Les dialectes bwaba, carte de Berthelette (2001, 6)

La figure 4 montre plus en détail l’expansion de la zone linguistique des quatre dialectes bwaba :

Figure 4 : Les dialectes bwaba, adaptation de la carte de l’Ethnologue (Lewis, 2009c)

Pour l’enquête, on s’est servi d’une liste de 230 éléments des différentes catégories lexicales et d’un texte sur la vie quotidienne qui a été raconté, enregistré et joué par les locuteurs des differents villages afin de calculer les pourcentages d’intelligibilité. Les villages dans lesquels s’est effectuée la recherche sont : Ouarkoyé pour le bwamu, Boni pour le bwamu laa, Bonzan Bobo, Koti, Kabourou pour le bwamu cwĩ, Kongolikan, Sébédougou, Koumbia pour le bwamu dakwi, ainsi que le village Mamou où on parle un dialecte de bwamu cwĩ, et Karaba, où on parle probablement un dialecte de bwamu dakwi (cf. Berthelette 2001, 25). Les pourcentages de compréhension sont les suivants :

Tableau 2 : Ensemble des pourcentages de similarité lexicale de l’enquête bwamu selon Berthelette (2001, 25)

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Bien que le texte de bwamu laa soit compris à Mamou, Koti (cwĩ) et Karaba (rapproché du dakwi), le niveau de compréhension est seulement entre 50 et 60% dans d’autres villages et pour cela,

« le dialecte des villages de Bagassi/Boni/Pâ a besoin de son propre matériel, mais n’est lui-même pas approprié pour aucun des deux dialectes que sont cwĩ et dakwi […]. Les locuteurs de Mamou peuvent être à l’aise avec les documents dans le dialecte de laa laa. » (Berthelette 2001, 24)

Bien que les pourcentages de la similarité lexicale soient supérieurs ou égal à 80%, il est conclu qu’il soit indispensable de donner aux dialectes du sud leurs propres matériaux, étant donné que la différence entre le bwamu parlé au nord et les dialectes du sud est trop grande (cf. Berthelette 2001, 25). Parmi les trois dialectes du sud, le bwamu laa est nommé comme le premier dialecte qui a besoin de son propre matériel (cf. Berthelette 2001, 31 sq.).

1.2.4.2. Autres langues parlées par les locuteurs du bwamu

Beaucoup de bwaba apprennent le moore et le dioula afin d’être capable à communiquer avec les autres groupes ethniques. Le dioula est utilisé dans beaucoup de situations de vie, par exemple au marché ou entre des élèves à l’école (cf. Berthelette 2001, 26 sqq.). Malgré l’utilisation des autres langues et le contact avec des groupes ethniques voisins, les bwaba souhaitent « conserver leurs propres pratiques culturelles » (Berthelette 2001, 13) et aussi entre les villages, beaucoup d’individualisme peut être remarqué. Pour cela, le bwamu est utilisé par les adultes dans la vie quotidienne ainsi qu’à l’église catholique et protestante, même s’il y a une grande motivation d’apprendre le français et le dioula. Par conséquent, l’église catholique qui existe il y a 65 ans ainsi que l’église protestante qui a aussi 55 ans s’est énormément efforcée et a alphabétisé et publié des missels et des livres de la Bible en bwamu (cf. Berthelette 2001, 31 sq).

1.2.5. Bwamu laa

1.2.5.1. Géographie

Le bwamu laa est parlé dans les départements de Bagassi, de Pa et de Boni (cf. Berthelette 2001, 14). Bagassi et Pa se trouvent dans la province des Balés dans la région de la Boucle du Mouhoun. Bagassi héberge 29.316 et Pa 18.637 habitants (cf. Wikipedia, 2011b). Boni est situé dans la province de Tuy et se trouve alors dans la région des Hauts-Bassins. Il héberge 16.404 habitants (cf. Wikipedia, 2011c). Figure 5 montre la province des Balés et ses départements Bagassi et Pa :

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Figure 5 : Les départements de la province des Balés, carte de Wikipedia (2011b)

Figure 6 montre la province de Tuy où le bwamu laa est parlé dans le département de Boni :

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Figure 6 : Situation de la province de Tuy au Burkina Faso, carte de Wikipedia (2011d)

1.2.5.2. Les locuteurs

Selon Lewis, la population des locuteurs du bwamu laa a été à 69.200 en 2000 (cf. Lewis, 2009a). Certainement, la population a grandie pendant la décennie passée, c’est pourquoi le nombre nommé par l’US Center for World Mission (2009) qui parle de 95.000 personnes est probablement plus précis. Tindo nous a écrit :

« Pour ce qui est de l'usage de la langue Buamu Laa, je pense pas qu'elle soit menacée de disparition. C'est vrai qu'aujourd'hui, avec les activités commerciales, le Dioula est de plus en plus parlé sur le territoire Buamu Laa, mais cela ne constitue pas une menace de disparition de la langue. En effet, bien que beaucoup de Buaba soient bilingues (ils parlent Buamu Laa et Dioula), le Buamu Laa est toujours bien parlé dans toutes les familles Buaba, et il y a des gens qui ne parlent que le Buamu laa. » (Tindo, communication personelle, 22.08.2011)

Pourtant, dans quelques domaines, notamment le domaine religieux, le dioula est très fort puisqu’il n’y a pas encore de la bible en bwamu laa et puisque les pasteurs ont fait leur formation en dioula (Tindo, communication personelle, 22.08.2011). 62% des locuteurs du bwamu laa sont des adeptes des religions traditionnelles, 28,3% sont des chrétiens, dont 14% sont protestants. Les autres sont des catholiques ou bien des chrétiens indépendants (cf. US Center for World Mission 2009).

En 2000, 1% - 2% des bwaba laa ont été lettrés dans le dialecte de bwamu du nord, et le même pourcentage a été lettré en français ou bien en dioula (cf. Lewis 2009d). Grâce à l’alphabétisation, il y a sans aucun doute plus de lettrés aujourd’hui, mais le nombre n’est pas connu. Comme les autres bwaba, les locuteurs du bwamu laa sont très diligents et motivés pour l’école et puisqu’ils sont attachés à leur propre langue, ils s’interessent à l’alphabétisation dans leur langue vernaculaire.

Les locuteurs du bwamu laa, aussi appelés «kàdenɓà» (Yé 1981, 5) ou « yɛrɛ » (Berthelette 2001, 5) par les autres locuteurs, appellent leur propre langue « láá láá » (Berthelette 2001, 5)[13].

1.2.5.3. Documents sur le bwamu

En général, les publications sur le bwamu sont rares et difficiles à trouver. En ce qui concerne le bwamu laa, les documents à notre disposition sont la thèse de doctorat de Vinu Yé sur la morphologie et la phonologie du nom et du verbe du bwamu laa parlé dans le département du Bagassi (1981), « Le bwamu : une langue sans phonèmes consonantiques nasals » (1994) du même auteur, le « Guide d’Orthographe[14] » (Tindo 2011), ainsi que la « Description phonologique du bwanmu [sic] » (Bolli 1981) qui se concentre sur le bwamu laa de Boni.

Les autres documents sur le bwamu en général sont : « Le bwamu et ses dialectes » (Manessy, 1961) et le « Rapport d’enquête bwamu[15] » (Berthelette 2001).

Dans notre étude, nous avons examiné les textes d’un livre bwaba[16]: « Pooli aa Martinɛ », ‘Paul et Martine’ (Paroisse de Boni 1996). Le ton n’est pas écrit dans ce livre et aussi l’orthographe a été révisée dès la publication.

1.2.5.4. Inventaire des sons
1.2.5.4.1. Introduction

Avant d’attaquer au système tonal, nous voulons présenter l’inventaire des sons, la structure syllabique et l’orthographe actuelle du bwamu laa. Nous n’avons pas concrètement examiné ni l’inventaire phonologique ni la structure syllabique, parce que le ton seul fait l’objet de notre étude. C’est pourquoi nous voulons fortement nous reférer aux descriptions de Yé (1981) et de Bolli et alii (1981). Bien que toutes les deux publications soient de l’année 1981, ils se distinguent l’un de l’autre et parfois, nos interprétations des données aussi s’écartent de ce qu’on lit. Nous attirerons l’attention sur les désaccords et prendrons particulièrement en considération nos propres données.

1.2.5.4.2. Les voyelles

Les voyelles orales sont au nombre de douze, dont sept sont des voyelles orales et cinq sont des voyelles nasales. Il est tout à fait une situation courante dans les langues ouest-africaines que « le sous-système des voyelles nasales distingue moins de degrés d’aperture que celui des voyelles orales » (Creissels 1994, 76). Parallèlement à d’autres langues ouest-africaines, le bwamu laa ne connaît pas de voyelles nasales mi-fermées [ẽ] et [õ] (cf. Creissels 1994, 76). L’inventaire vocalique est donc le suivant :

Tableau 3 : Les phonèmes vocaliques du bwamu laa

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Selon Bolli et alii, les voyelles nasales fermées /ĩ/ et /ũ/ sont prononcées de façon plus centrale et mi-fermée que leurs correspondants non nasalisées. Leur réalisation est [ɩ̃] et [ʋ̃], tandis que [ĩ] et [ũ] sont des variantes combinatoires de /ŋ/[17] (cf. Bolli 1981, 15).

L’existence des phonèmes /ɛ/ et /ɛ̃/ n’a pas toujours été prouvée, mais ces voyelles ont énormément fait leurs preuves dans notre corpus :

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De plus, pour plus d’évidence, le phonème /ɛ/ se trouve dans la publication de Bolli et alii (1981, 37) et dans « Le bwamu : une langue sans phonèmes consonantiques

nasals », on lit : « Les sons vocaliques de ce parler sont au nombre de douze : i, e ɛ, a, u, o ɔ, ĩ, ɛ̃, ã, ũ, u, ɔ̃ » (Yé 1994, 3). L’existence des voyelles /ɛ/ et /ɛ̃/ est alors incontestable.

1.2.5.4.3. La nasale vélaire

La langue présente un « son qui est réalisé tantôt comme une nasale syllabique, tantôt comme une voyelle nasalisée » (Bolli 1981, 19). Plus précisement, il est question de la nasale vélaire, /ŋ/, qui se trouve en grand nombre dans notre corpus et qui pose des problèmes d’interprétation. Selon Bolli et alii, elle se définit comme « nasale vélaire syllabique ayant la fonction de voyelle » (Bolli 1981, 39) et par conséquent, les auteurs

extrapolent :

« […] Il parait raisonnable de l’intégrer dans le système vocalique comme voyelle à degré d’aperture zéro (bien que certaines réalisations de ŋ correspondent grosso modo à des voyelles nasalisées fermées et comportent donc une aperture non-zéro). » (Bolli 1981, 23)

Nous ne reprendrons pas l’interprétation de la nasale vélaire comme voyelle. Plutôt, il convient de la définir comme seul phonème nasal du bwamu laa et pour cela, elle sera décrite comme phonème consonantique[18].

1.2.5.4.4. Voyelles longues

En bwamu laa, il y a un contraste phonologique entre des voyelles courtes et longues, par exemple :

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Nous n’avons pas attesté de lexèmes qui comportent les voyelles longues /e:/ ou /ɛ:/, ce qui n’exclue pas la possibilité qu’ils existent. En fait, il semble que « Toutes les voyelles peuvent prendre une forme longue (ou redoublée) : aa, ee, ɛɛ, ii, oo, ɔɔ, uu, ãa, ɛ̃ɛ, ĩi, ɔ̃ɔ, ũu » (Tindo 2011, 7). En ce qui concerne l’interprétation et la représentation des voyelles longues, on lit :

« Pour des raisons d’économie dans l’inventaire des phonèmes nous interprétons les voyelles allongées comme une suite de deux voyelles homogènes plutôt que de postuler une série de voyelles longues qui serait parallèle à une série de voyelles courtes. » (Bolli 1981, 25)

Nous y ajoutons que les voyelles longues ne devraient pas seulement être interprétées comme suite de deux segments vocaliques pour des raisons d’économie, mais surtout à cause de leur capacité de porter deux tons différents. La notion de « voyelle allongée » exigerait qu’aussi le ton soit le même, pour cela, il est indispensable d’interpréter les voyelles longues comme suite de deux voyelles étant deux segments.

1.2.5.4.5. Harmonie vocalique

Il est évident qu’il n’y a pas d’harmonie vocalique en bwamu laa. Les voyelles peuvent être combinées librement (cf. Tindo 2011, 12), par exemple :

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1.2.5.4.6. Les consonnes

Des 21 phones consonantiques, seulement le son [ɓ] est non-pulmonique, le reste est pulmonique :

Tableau 4: Les phones consonantiques du bwamu laa

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On lit qu’il y a deux implosives en bwamu laa : /ɓ/ et /ƙ/ (cf. Yé 1981, 16), mais il faut faire attention : /ƙ/ est en vérité une consonne aspirée, à savoir /kh/. De plus, /t/ et /p/ sont toujours aspirés, leur réalisation est donc [th] et [ph] (cf. Bolli 1981, 23). Tandis qu’il n’y a pas d’occlusives non-aspirés et non-voisées opposées au [ph] et [th], le phonème /k/ est opposé au phonème /kh/. De plus, il n’y a pas d’occlusive vélaire voisée /g/ en bwamu laa, c'est pourquoi nous regroupons les voisées /b/ et /d/ avec /k/ sous le terme occlusif non-aspiré.

La suggestion de l’inventaire des phonèmes de Bolli et alii (cf. 1981, 43) est la même que celui de Yé : « Les consonnes sont au nombre de seize » (Yé 1994, 15). Le tableau 5 liste les 16 phonèmes consonantiques du bwamu laa :

Tableau 5: Les phonèmes consonantiques du bwamu laa, propre adaptation du tableau de Bolli et alii (1981, 43)

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En ce qui concerne la description des allophones, il y avait des divergences d’opinions parmi les linguistes. Heureusement, Yé s’est occupé des contradictions et montre que « les oppositions [ɓ] / [m], [l] / [n] et [y] / [ñ] ne sont pas possibles. [ɓ] et [m], de même que [l] et [n], [y] et [ñ], sont des variantes contextuelles d’un même phonème. Quel est le représentant de ce phonème ? » (Yé 1994, 10). La réponse : /ɓ/, /l/ et /j/ sont des phonèmes avec les règles de réalisation suivantes[19] (cf. Yé 1994, 13 sqq.) :

1) Le phonème /ɓ/ se réalise :
a) [ɓ] devant voyelle orale
b) [m] devant voyelle nasale
2) Le phonème /l/ se réalise :
a) [l] devant voyelle orale, en position initiale et après la nasale syllabique.
b) [n] devant voyelle nasale
c) [ɾ] en position intervocalique devant voyelle orale
d) [d] après une nasale et devan voyelle orale
e)
3) Le phonème /j/ se réalise :
a) [ɲ] devant voyelle nasale

1.2.5.4.7. Le phonème consonantique /ŋ/

La conclusion du document « Le bwamu : une langue sans phonèmes consonantiques nasals » (Yé 1994) est qu’il n’y a pas de phonèmes consonantiques nasals en bwamu laa parce que, comme juste expliqué, [n], [m] et [ɲ] sont les allophones de /l/, /ɓ/ et /j/ devant voyelles nasales (cf. Yé 1994, 13 sqq.). Mais l’auteur ne tient pas compte de la nasale vélaire /ŋ/ que nous avons déjà mentionnée[20]. Pour cela, nous confirmons d’une part la proposition de Yé en précisant qu’il n’y a pas de phonèmes consonantiques nasals en position d’attaque, mais d’autre part, nous le contredisons en énonçant que le bwamu laa n’est pas une langue sans phonèmes consonantiques nasals puisqu’il y a une nasale vélaire /ŋ/ qui peut assumer la position de coda ou être syllabique[21]. Parallèlement à d’autres langues africaines, /ŋ/ peut donc être considéré comme étant

« un des éléments irréductibles sur lesquels se fonde un système phonologique, une analyse possible des autres nasales étant de les considérer comme résultant de l’adjonction du trait ‘occlusif’ (et de la spécification du lieu d’occlusion) à l’élément ŋ. » (Creissels 1994, 124)

La prononciation de la nasale vélaire suit alors certaines règles qui ont été exposées en détail par Bolli et alii. Selon le contexte, la nasale peut être prononcée comme nasale ou bien comme voyelle nasalisée. Les règles de la réalisation sont les suivantes (cf. Bolli 1981, 40 sq.) :

1) Devant une consonne ou en isolement :

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1.2.5.4.8. Conclusion

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1. Elle est assimilée au lieu de l’occlusion d’une consonne succédant. Les réalisations sont des nasales : [n], [m] ou [ŋ].
2. Après une voyelle et devant une pause ou une consonne non-occlusive, elle est réalisée comme voyelle nasalisée antérieure ou postérieure : [ĩ] après les voyelles /i/, /e/ et /a/ ; [ũ] après les voyelles /ɛ/, /u/, /o/ et /ɔ/ (cf. Bolli 1981, 19 sq.).

1.2.5.5. Structure syllabique
1.2.5.5.1. Les constituants de la syllabe

« Il est généralement admis qu’une syllabe s’analyse en deux constituants immédiats, ‘attaque’ et ‘rime’, la rime s’analysant à son tour en ‘noyau’ et ‘coda’» (Creissels, 1994, 29). En bwamu laa, la syllabe peut être constituée par un seul noyau vocalique, par exemple (cf. Bolli 1981, 12) :

/ɔ̀/ 3SG.S ; classificateur 1

/ɛ́/ particule de progressif ; conjonction

La majorité des syllabes comporte une attaque consonantique. Un groupement consonantique en position d’attaque n’est pas admis : *CCV. Pour cela, les structures CV et CVV sont les plus fréquentes :

/cɛ́/ courtiser

/cɛ̄/ attacher

/cɛ̀/ chercher

Les deux segments vocaliques d’une syllabe de structure CVV « peuvent être soit homotimbres, soit hétérotimbres ; soit homotones, soit hétérotones » (Bolli 1981, 12) :

/póó/ grossesse /zʋ̃̄ú/ fils

/fìì/ fesse /bīì/ graine

/ɓáá/ clouer /jòó/ monter

Jusqu’à présent, il a été constaté que les seules structures syllabiques admises en bwamu laa étaient V ou bien N[23], CV et CVV. En d’autres termes, on a présumé que le bwamu laa a pour structure syllabique uniquement des syllabes ouvertes. Mais cette hypothèse peut être contredite dans ce mémoire :

1.2.5.5.2. Syllabes ouvertes et fermées

Il a été déclaré par Manessy (1961, 127) Yé (1981, 11), Bolli et alii (1981, 12) et Tindo (2011) que le bwamu est une langue qui ne connait pas de syllabes fermées, ce qui n’est pas étonnant, puisqu’on peut lire :

« Comparées aux langues parlées dans d’autres régions du monde, les langues négro-africaines se remarquent par les restrictions généralement très fortes qu’elles imposent quant aux possibilités d’admettre des consonnes en position de coda. Une proportion importante de langues négro-africaines ignorent totalement les syllabes fermées ou ne les conaissent que de façon marginale. » (Creissels 1994, 30)

Pourtant, la nasale vélaire est incontestablement admise en position de coda. Il y a plusieurs arguments qui confirment cela :

Premièrement, une voyelle nasale en médiane d’un mot français emprunté est très souvent reproduite par une nasale en position de coda en bwamu laa :

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Pour toutes ces raisons, nous partons désormais du principe que le bwamu laa n’ignore pas totalement les syllabes fermées, mais qu’il impose une restriction forte quant à l’inventaire des segments permis en position de coda. Cette interprétation est directement inspirée de nos données et est à même d’expliquer pourquoi le seul phonème consonantique étant admis en cette position est la nasale vélaire /ŋ/. Notre hypothèse est confirmée par ce que d’autres langues attestent :

« Dans les langues admettant des syllabes fermées, l’inventaire des segments susceptibles de figurer en position de coda avec une valeur distinctive est souvent très réduit par rapport à celui attesté en position d’attaque. Le cas extreme, attesté par exemple par le sosso ou le mandinka, est celui où des syllabes fermées sont admises, mais sans aucune possibilité de choix quant au segment occupant la fonction de coda : ce segment apparaît en finale absolue comme une nasale vélaire, tandis qu’en position interne il s’agit d’une nasale dont le point d’articulation dépend de l’attaque de la syllabe suivante. Dans un tel système, la présence meme d’un segment en position de coda est pertinente. » (Creissels 1994, 30)

Le ton de la nasale vélaire en position de coda est le plus souvent de la même hauteur tonale que la voyelle précédente, mais lorsque deux tons sont associés à la syllabe[25], /ŋ/ est réalisée avec l’hauteur du deuxième ton, par exemple (cf. Tindo 2011, 11) :

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1.2.5.5.3. La nasale syllabique

L’existence d’une nasale syllabique en bwamu laa est soutenue par Bolli et alii (1981), Yé (1994) et Tindo (2011). Le seul phonème consonantique nasal, /ŋ/, peut donc fonctionner comme syllabe, ce qui est prouvé par le fait qu’elle soit trouvée en isolation :

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On lit que la nasale des langues voltaïques peut seulement être syllabique à condition qu’elle ne soit pas adjacente à un segment vocalique (cf. Bendor-Samuel 1989, 155), ce qui se confirme par nos données : La nasale vélaire syllabique se trouve toujours en position initiale du mot, succédée par l’attaque consonantique de la syllabe suivante :

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Le corpus ne comprend ni de nasale syllabique en position interne ni de nasale

syllabique avec un ton moyen ou bas, mais exclusivement avec un ton haut.

1.2.5.5.4. Trait de nasalisation

Une attaque consonantique est obligatoirement nasalisée lorsqu’elle précède une voyelle nasale. Comme la syllabe est affectée dans son ensemble et comme chaque consonne est compatible avec la nasalisation (cf. Bolli 1981, 46), Bolli et alii considèrent la nasalité comme trait prosodique de la syllabe (cf. Bolli 1981, 13). S’il s’agit d’une occlusive, aspirée ou non-aspirée, ou bien d’une fricative en position d’attaque, rien d’exceptionnel n’est observé (cf. Bolli 1981, 14 sq.) :

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Lorsque l’attaque de la syllabe est /j/, le phonème est réalisé comme nasale du même point d’articulation [ɲ] s’il est succédé par un noyau vocalique nasal[26]:

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Lorsque l’attaque est la spirante latérale /l/, elle est réalisé comme nasale alvéolaire [n] devant une voyelle nasale (cf. Bolli 1981, 14) :

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1.2.5.5.5. Trait de labialisation

Le trait de labialisation est significatif :

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La labialisation est admise par tous les sons consonantiques, avec l’exception des semi-voyelles. De plus, toute voyelle suivant la consonne labialisée est compatible avec le trait (cf. Bolli 1981, 16). Pourtant, des oppositions sont seulement trouvées

« entre CV et CwV, V pouvant être soit une voyelle antérieure, soit la voyelle centrale. […] Aucune opposition entre CV et CwV avec voyelle postérieure n’a été attesté. En fait, il s’agit ici d’une variation libre, un certain nombre de syllabes C + voyelle postérieure ont une variante Cw+ voyelle postérieure. […] Ces formes labialisées devant voyelles postérieures sont de plus en plus rares, elles se trouvent encore dans la tradition orale, dans le langage des vieux et des griots. […] Le trait de labialisation serait donc pertinent devant voyelles antérieures et centrale, et variante combinatoire devant voyelle postérieure. » (Bolli 1981, 17)

Nos informateurs n’ont jamais prononcé de labialisation devant voyelles postérieures, ce qui affirme la proposition de Bolli et al.

La labialisation se manifeste comme semi-voyelle labiovélaire très brève si elle est suivie par une voyelle centrale ou bien postérieure, et comme semi-voyelle labiopalatale très brève si elle est suivie par une voyelle antérieure (cf. Bolli 1981, 17f) :

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1.2.5.5.6. Conclusion

Des études de fond sont encore nécessaires, sur la structure syllabique du bwamu laa mais aussi sur la nasale vélaire, puisqu’elle est en relation avec le challenge de décrire correctement les structures syllabiques d’un grand nombre de lexèmes.

Le tableau 6 expose toutes les structures syllabiques que nous avons relevées, dont V n’a été attesté que deux fois :

[...]


[1] Cf. chapitre 1.1.6.2.

[2] Cf. chapitre 3.2.

[3] Cf. chapitre 3.2.5.

[4] C’est une des règles d’association (cf. chapitre 2.3.). Un exemple sera donné dans le chapitre 2.2.3.

[5] Cf. chapitre 2.8.2.2.3

[6] La propagation du ton du verbe et du classificateur est liée à certaines conditions. Cf. chapitres 3.4.2.2. et 3.4.2.3.

[7] Cf. chapitre 3.4.2.2.

[8] Cf. chapitre 3.4.2.2.

[9] Cf. chapitre 3.4.2.4.

[10] Chiffre du récensement mené en 2006 (Ministère de l’économie et du développement 2007, 28).

[11] Chiffre du récensement mené en 2006 (Ministère de l’économie et du développement 2007, 24).

[12] Le « Rapport d’enquête bwamu » se base sur une enquête sociolinguistique menée en 1995 (Berthelette 2001).

[13] Dans ce travail, nous utiliserons la désignation française « bwamu laa » pour la langue.

[14] Le document est inédit. Il sera probablement publié en 2013.

[15] Disponible en anglais sur l’Internet : http://www.sil.org/silesr/abstract.asp?ref=2001-006

[16] Une liste de toutes les publications en bwamu se trouve sur l’Ethnologue (Lewis, 2009b) : http://www.ethnologue.com/show_language.asp?code=box

[17] Cf. chapitre 1.2.5.4.3.

[18] Cf. chapitres 1.2.5.4.7. et 1.2.5.5.2.

[19] Cf. chapitre 1.2.5.5.4.

[20] Cf. chapitre 1.2.5.4.3.

[21] Cf. chapitres 1.2.5.5.2. et 1.2.5.5.3.

[22] Les auteurs qui considèrent la nasalisation comme trait de la syllabe superposent le symbole à une syllabe pour indiquer le trait de nasalisation (cf. Bolli 1981, 8).

[23] Cf. chapitre 1.2.5.5.3.

[24] Cf. chapitre 2.6.

[25] Cf. chapitre 1.1.4.

[26] Cf. chapitre 1.2.5.4.6.

Fin de l'extrait de 166 pages

Résumé des informations

Titre
Esquisse du système tonal du bwamu laa (langue gur du Burkina Faso)
Université
University of Vienna  (Sprachwissenschaft)
Note
1,0
Auteur
Année
2012
Pages
166
N° de catalogue
V265430
ISBN (ebook)
9783656553182
ISBN (Livre)
9783656553236
Taille d'un fichier
1645 KB
Langue
Français
mots-clé
esquisse, burkina, faso
Citation du texte
MMag. Lisa Pfurtscheller (Auteur), 2012, Esquisse du système tonal du bwamu laa (langue gur du Burkina Faso), Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/265430

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