L'intimidation en termes simplifiés


Travail d'étude, 2014

22 Pages, Note: A


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Introduction

1. Définition du concept

2. Formes et manifestations de l’intimidation
2.1 Physiques
2.2 Verbales
2.3 Sociales
2.4 Virtuelles

3. Les acteurs et leur profil
3.1 L’intimidateur
3.2 La victime
3.3 Les témoins

4. Les conséquences
4.1 Sur le plan personnel
4.2 Sur le plan interpersonnel
4.3 Sur les plans académique, professionnel et légal
4.4 Les effets à long terme

5. Le rôle de l’école
5.1 La direction de l’école
5.2 Le Personnel enseignant
5.3 Les Conseillers scolaires
5.4 Autres employés de l’école
5.5 Les élèves
5.6 Les parents

6. Recommandations

Conclusion

Sources citées

Introduction

Tout comme les autres sphères de la société québécoise voire de la société tout court, le milieu scolaire est le théâtre de nombreuses scènes de violence. Selon les estimations, environ 50 % de jeunes seraient victimes de manière répétitive d’actes d’intimidation dans les écoles.[1] Ce phénomène sans cesse grandissant en milieu scolaire au Québec a de lourdes conséquences tant sur les victimes, leurs agresseurs, les parents que sur les autres acteurs du monde éducatif. Beaucoup d’élèves finissent par exemple par développer une grande aversion à l’endroit de l’école suite à l’intimidation subie. De tels comportements et attitudes débouchent même parfois sur des décrochages scolaires et même au suicide comme ce fut le cas dans une école en Gaspésie. Or, malgré cette ampleur, seulement 10 % des trois mille écoles québécoises disposeraient de mesures pour contrer l’intimidation. D’où la nécessité impérieuse de s’intéresser à ce phénomène de plus en plus inquiétant qui a conduit au dépôt du projet de loi 56 le février 2012 par le gouvernement du Québec. Pour examiner le phénomène d’intimidation dans les établissements scolaires québécois, nous définirons d’abord cette notion dont l’acception ne fait pas toujours l’unanimité. Ensuite, nous aborderons tour à tour ses formes et les manifestations, nous présenterons ses acteurs ainsi que leurs profils respectifs avant de nous attaquer à ses conséquences multiples et pluridimensionnelles. Pour terminer, nous focaliserons sur le rôle des différents acteurs du milieu scolaire pour enfin formuler quelques recommandations.

1. Définition du concept

L’acception du terme « intimidation » pourrait paraitre évidente voire triviale aux yeux de certaines personnes. Cette impression plus ou moins proche de la réalité de l’intimidation s’explique essentiellement par le fait que chaque personne a son expérience personnelle avec l’intimidation, soit comme auteur, soit comme victime soit enfin comme témoin. La simplicité apparente du terme se dissipe pourtant sitôt que nous posons un regard minutieux sur ce mot. Pour cerner le terme « intimidation », nous nous appuyons sur des travaux antérieurs.

Dans le premier chapitre de son ouvrage Votre enfant est-il victime d’intimidation ? [2] la journaliste britannique Sarah Lawson nous offre quelques définitions du phénomène en partant de certains stéréotypes des acteurs de l’intimidation. Forte de ces images stéréotypées de l’intimidateur et de sa victime, Lawson en arrive aux définitions du terme « intimidation » telles que formulées par d’autres chercheurs. Elle reprend d’abord la définition des psychopédagogues Peter Stephenson et David Smith. Ceux-ci conçoivent l’intimidation comme « une interaction dans laquelle un individu ou un groupe dominant cause intentionnellement des désagréments à un individu ou groupe moins dominant »[3]. Pour ces deux chercheurs, c’est le déséquilibre des forces en présence qui constitue le socle de l’intimidation.

Pour mieux saisir les contours du terme « intimidation », nous pourrions également reprendre à notre compte la définition du psychologue Dan Olweus qui stipule :

Un enfant est dit victime d’intimidation quand un autre enfant ou un groupe d’enfants l’insultent ou lui disent des choses désagréables. Il l’est aussi quand il est frappé, menacé, enfermé dans une pièce, quand on lui envoie des billets injurieux, quand tous les autres refusent de lui parler, et ainsi de suite. Ces situations peuvent être répétées, et il est difficile pour l’enfant de se défendre. Taquiner un enfant méchamment et fréquemment constitue aussi un acte d’intimidation. Mais il ne s’agit pas d’intimidation quand deux enfants qui ont à peu près la même force se querellent ou se battent.[4]

Quoique venant des spécialistes et bien que l’universalité des définitions reprises ci-haut et leur applicabilité dans les écoles québécoises ne fassent l’ombre d’aucun doute, il conviendrait tout de même de trouver une définition du terme qui soit plus actuelle et plus proche de notre contexte d’étude. William Voors, travailleur social états-unien, estime par exemple qu’« [i]l y a intimidation quand une ou plusieurs personnes ont du plaisir à utiliser le pouvoir pour maltraiter de façon répétitive et constante une ou plusieurs personnes. »[5]

Dans une édition mise en ligne et datant du 15 février 2012, le journal Le Devoir nous offre justement une éclaircie de l’intimidation avec une dimension occultée par les deux premières définitions. Pour l’auteur de l’article publié dans ce quotidien en effet, est qualifié d’intimidation

[…] tout comportement, parole, acte ou geste, y compris la cyberintimidation, exprimés directement ou indirectement, notamment par l’intermédiaire de médias sociaux, ayant pour but de léser, blesser, opprimer ou ostraciser[6].

De toutes ces définitions, il ressort qu’il y a une différence dans les émotions ressenties entre la victime et l’auteur d’un acte d’intimidation. Il résulte également de ce qui précède que l’intimidation ne s’accompagne pas forcément d’une agression et surtout, que la menace n’est pas toujours perceptible. Par contre et comme on peut le voir dans la troisième définition, les nouvelles technologies sont aujourd’hui au centre des comportements d’intimidation. Nous reviendrons sur cet élément dans la deuxième partie de ce travail. Les différentes définitions reprises ici nous permettent non seulement d’avoir une idée beaucoup plus précise du terme et du phénomène dont nous traitons, mais aussi de nous représenter sommairement ses formes et manifestations. La deuxième partie de cette analyse se propose justement de transcender la superficialité des formes et manifestations de l’intimidation.

2. Formes et manifestations de l’intimidation

Le « Programme de prévention à l’intention des écoles élémentaires »[7] identifie trois catégories majeures de comportement d’intimidation. Il s’agit des agressions physiques, verbales ainsi que de l’aliénation sociale. Chacune des catégories susmentionnées prendrait des formes graves ou très graves.

Dans sa forme grave, l’agression physique consiste à pousser, bousculer, cracher, donner des coups de pied ou à frapper un autre élève. En revanche, dans les formes très graves de l’agression physique, un élève peut menacer un autre à l’aide d’une arme, dégrader ses biens ou alors les lui voler.

La deuxième catégorie d’intimidation qui est l’agression verbale consiste dans sa forme grave à se moquer de l’autre élève, à l’injurier, à le regarder de travers ou à le tourmenter. Ses formes très graves sont les appels téléphoniques d’intimidation, les sarcasmes racistes, sexistes ou homophobes, la mise à défi de faire quelque chose de dangereux, les menaces verbales contre des biens, les menaces verbales de violence ou de blessures corporelles, la contrainte et enfin l’extorsion.

Quant à la troisième catégorie d’intimidation appelée aliénation sociale, le « Programme [8] » plus haut identifie cinq éléments pour caractériser ses formes graves. Il s’agit de commérer le camarade, de l’embarrasser, de le placer dans une situation qui le ridiculise, de faire courir des rumeurs le concernant et de l’exclure du groupe. Pour ce qui est des formes très graves de l’aliénation sociale, elles consistent à inciter à la haine, à faire prendre un blâme par un autre élève, à l’humilier en public et à faire circuler des rumeurs malveillantes. Les auteurs du Programme intègrent également les aliénations raciste, sexiste et homophobe dans cette catégorie d’intimidation.

Ainsi que nous avons pu l’observer, beaucoup d’études sur le phénomène d’intimidation ne font pas cas de sa dimension virtuelle, c’est-à-dire des comportements intimidateurs ayant cours dans les nouveaux médias ou à travers les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Or, ces formes pourraient s’avérer être non seulement les plus usuelles de nos jours dans la société en général et dans les milieux scolaires en particulier, mais aussi les plus dangereuses. En effet, l’internet et les médias sociaux tels que facebook ou twitter et les nouvelles technologies telles que les téléphones portables et autres iPhones et iPad ne sauraient rester en marge des instruments d’intimidation au vu de l’importance sans grandissante qu’ils prennent actuellement dans le quotidien de nos jeunes. Compte tenu des chiffres vertigineux sur le nombre d’usagers de ces médias et technologies, il est indéniable que tout comportement d’intimidation à travers eux pourrait avoir des conséquences beaucoup plus dévastatrices en raison des innombrables « témoins virtuels ». Quels sont justement les acteurs de l’intimidation ? C’est à cette question que nous tentons de répondre dans la troisième partie de notre travail.

3. Les acteurs et leur profil

Dans son ouvrage déjà cité, Sarah Lawson tente de circonscrire le profil des acteurs des comportements intimidateurs. Pour ce faire, elle part des représentations et autres représentations qui entourent les deux principaux termes intimement liés à l’intimidation, à savoir, « intimidateur » et « victime ». Selon elle, le premier renverrait à « l’image d’un garçon sale et débraillé, grand pour son âge, qui flanque des gifles aux plus petits pour voler leurs bonbons. »[9] À l’opposé, « victime » renverrait dans l’imaginaire humain à « l’image d’un enfant timide, chétif, le type d’enfant que nous aurions peut-être traité […] de fils ‘fils à sa maman’ quand nous-mêmes allions à l’école. »[10] Lawson indique par la suite que les intimidateurs varient en taille et en âge. Elle souligne plus loin que si l’intimidateur cherche généralement à faire souffrir sa victime et à l’humilier, dans bien des cas, il n’est pas conscient de l’ampleur du mal qu’il lui fait. Nous pourrions observer au passage que tout comme leurs bourreaux, les victimes n’affichent pas absolument un profil identique. Elles s’écartent même souvent des stéréotypes relevés plus haut. Ceci est d’autant plus vrai que les actes d’intimidation sont plus divers. Par ailleurs, l’intimidation est un acte intentionnel et réfléchi destiné à blesser ou à mettre mal à l’aise.

Taquiner et tourmenter pourraient être des habitudes normales dans sa famille. Il est aussi probable que l’intimidateur n’ait pas encore appris à se mettre à la place des autres. Les provocateurs recherchent souvent l’attention (se faire des amis ou se rendre populaire), l’excitation (une manière de créer l’agitation et/ou de s’amuser) et/ou la vengeance (désir de se faire comprendre). Le service de psychologie nous apprend que l’intimidateur potentiel recèle des signes précurseurs facilement identifiables. Il pourrait par exemple :

- aimer se battre
- croire que tout doit être fait à sa manière
- refuser d’admettre ses erreurs
- mentir pour se sortir de l’embarras
- croire que les règles sont stupides
- faire délibérément souffrir les animaux
- avoir de la difficulté à faire confiance aux autres
- ne vouloir pas admettre lorsqu’il a peur
- avoir recours à la colère pour arriver à ses fins
- adopter une attitude de supériorité face aux autres enfants[11].

[...]


[1] L.-M. Gervais, « Injures et intimidation sont choses courantes chez les jeunes », in : http://www.ledevoir.com/societe/education/330934/injures-et-intimidation-sont-choses-courantes-chez-les-jeunes, page consultée le 16 mars 2012.

Lire également, J.-J. Breton, « Liaisons néfastes à l’école : victimes et intimidateurs », in : http://www.stacommunications.com/journals/leclinicien/2004/March/pdf/105.pdf, page consultée le 16 mars 2012.

[2] S. Lawson, Votre enfant est-il victime d’intimidation?, trad. J. Vaillancourt, Montréal : Les Éditions de l’Homme, 1996.

[3] Ibid.

[4] D. Olweus, Violences entre élèves, harcèlements et brutalités. Les faits, les solutions. Collection Pédagogies recherche, Paris : ESF éditeur, 1999, p. 35.

[5] W. Voors, L’intimidation, Changer le cours de la vie de votre enfant, Montréal : Sciences et culture, 2003, p. 29.

[6] Le Devoir, « Intimidation: le projet de loi de Québec laissera de la latitude aux écoles », in : http://www.ledevoir.com/societe/education/342759/intimidation-le-projet-de-loi-de-quebec-laissera-de-la-latitudes-aux-ecoles, page consultée le 16 mars 2012.

[7] Ministère de l’Éducation & Ministry of Attorney General, Pleins feux sur l’intimidation. Programme de prévention à l’intention des écoles élémentaires, Victoria : Province of British of Columbia, 1998, p. 11.

[8] Ministère de l’Éducation, op. cit., p. 11.

[9] S. Lawson, op.cit. p. 23.

[10] Ibid., p. 24.

[11] B. Brideau - Rousselle & L. Michaud , « Service de psychologie, District 09 », in: http://www.docstoc.com/docs/110185061/L-intimidation-%EF%BF%BD-l-%EF%BF%BDcole-Parents, page consultée le 16 mars 2012.

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Résumé des informations

Titre
L'intimidation en termes simplifiés
Université
Concordia University Montreal
Note
A
Auteur
Année
2014
Pages
22
N° de catalogue
V271966
ISBN (Livre)
9783656659143
Taille d'un fichier
605 KB
Langue
Français
Citation du texte
Dr Germain Nyada (Auteur), 2014, L'intimidation en termes simplifiés, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/271966

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