"Conversazione in Sicilia". Juste un récit de voyage?

La toponymie et le paysage de la terre natale


Dossier / Travail de Séminaire, 2014
21 Pages, Note: 1,3

Extrait

Inhalt

Introduction

1. Sicile ou pas Sicile, telle est la question
1.1 De la nécessité de mener en bateau la censure

2. La toponymie
2.1 Les catalogues de toponymes
2.2. Neve / neve ? Un détail crucial
2.3 Vers une ''realtà maggiore''

3. Nature et géographie
3.1 Le paysage
3.2. La trame sonore
3.3 Les produits alimentaires Conclusion

Bibliographie

Introduction

« […] feci un viaggio a Milano. Ne tornai innamorato di luoghi e di nomi,

del mondo stesso, come ero stato altre volte solo nella mia infanzia […] fui portato a[d...] aggiungere il mio amore di luoghi e cose alla mia memoria di luoghi e cose,

Milano alla Sicilia, l'anno 1933 agli anni tra il '20 e il '24 […] »[1]

Quoique Elio Vittorini ne se réfère pas explicitement à son oeuvre majeure qui est, selon lui, Conversazione in Sicilia [2], la citation comporte de nombreux éléments décisifs de ce roman, comme le voyage, les lieux de l'enfance ou l'allusion au fascisme et à la Seconde Guerre mondiale. De ce fait, il est en partie autobiographique ; et même s'il ne faut jamais identifier a priori le narrateur d'un livre avec l'auteur, nous considérons utile de nommer quelques étapes de sa vie parce que Vittorini « non si può capire senza la sua famiglia, la sua Siracusa, […], senza le stazioncine sperdute nel vasto teatro dell'infelicità sociale della Sicilia » [3]

Né en 1908 à Syracuse, il grandit en traversant la Sicile en raison du travail de son père. Après plusieurs déplacements et de tentatives d'évasion, il s'installa à Milan, se détourna du fascisme, travailla comme traducteur et créa les revues Il Politecnico et Il Menabò. Il mourut à Milan en 1966. Vittorini peut être considéré comme le fondateur d'un nouveau réalisme.

Le roman, divisé en cinq parties, se compose de quarante-neuf chapitres, un épilogue et une note finale. Vittorini commença la rédaction en 1937 ; ''son'' livre [4] parut sous le titre Nome e lagrime en 1941. Le protagoniste Silvestro Ferrauto reçoit une lettre de son père qui lui apprend qu'il a quitté sa femme pour une autre avec laquelle il vit désormais à Venise, ce pour quoi il lui demande de rendre visite à la mère, Concezione, à l'occasion de sa fête le huit décembre. Silvestro part et rencontre nombre de gens qui ont un effet particulier sur lui, l'incitant toujours à continuer son voyage. Il arrive chez sa mère, mange avec elle en discutant, et l'accompagne à son tour dans le village, pendant lequel elle fait des injections aux habitants afin de lutter contre les maladies. Il fait la connaissance de trois Siciliens avec qui il se rend dans un bar. Ensuite, il parle à un soldat qui se révèle être son frère Liborio avant de disparaître soudainement. Silvestro se met à pleurer, toutes les personnes rencontrées pendant son voyage l'entourent, et finalement, avant de repartir, il voit la mère en train de laver les pieds d'un homme qui est probablement son père.

Il s'agit d'un récit à la première personne fait par Silvestro ; les actions suivent, à quelques exceptions près, l'ordre chronologique des événements. Vittorini, dont le style est paratactique, symbolique, allusif et itératif, s'inscrit dans le courant du néoréalisme, un phénomène étroitement lié à la Resistenza. C'est un mouvement complexe et difficile à définir à cause du fait qu'il s'agit d'une atmosphère et d'une vision du monde qui n'ont jamais été consignées dans un manifeste, contrairement au futurisme, par exemple .[5] En outre, Vittorini a de célèbres prédécesseurs en ce qui concerne la représentation littéraire de la Sicile qui a connu son apogée pendant la période du vérisme de Verga, Capuana et De Roberto. Ce premier notamment était intéressé à dénoncer la misère des Siciliens pauvres dans son ''ciclo dei vinti'' – resté inachevé –, et même de faire de la Sicile la protagoniste de ses ouvrages. La Sicile connut une histoire mouvementée, ayant été de tout temps un territoire convoité, parce que profitant d'une situation stratégique. Il se succéda un grand nombre de dominateurs étrangers qui ne firent pas toujours évoluer favorablement la situation en Sicile. Même après l'Unité, les problème persistèrent, obligeant beaucoup de familles à émigrer. Pendant les hostilités belliqueuses de la Seconde Guerre mondiale, un période

Ce travail a pour but d'analyser la toponymie et le paysage de la Sicile en trois parties : dans un premier temps, nous aborderons la situation politique en Europe afin de la mettre en relation avec la note finale du roman, ce qui nous amènera à la question de la toponymie ainsi que de la ''realtà maggiore''. Finalement, les déclencheurs des souvenirs donneront matière à parler du paysage, du temps et de la trame sonore. Pour conclure, nous présenterons l'édition illustrée du roman et dégagerons d'autres pistes d'interprétation.

1. Sicile ou pas Sicile, telle est la questionM

1.1 De la nécessité de mener en bateau la censure

« [L]a Sicilia […] è solo per avventura Sicilia; solo perché il nome Sicilia mi suona meglio del nome Persia o Venezuela » [6]. Cet avertissement de l'auteur apparaît dès la première rédaction du roman. Vu le moment de parution du roman, l'hypothèse s'impose que Vittorini dût cacher ses allusions antifascistes et antimilitaristes en adoptant une écriture non réaliste (bien que l'attention minutieuse à la toponymie

semble contredire ce fait, nous y reviendrons) pour « evitare equivoci o fraintendimenti ».[7] De plus, il prend soin de prendre ses distances avec sa propre opinion et celle du protagoniste du roman, et on pourrait donc expliquer son ouvrage énigmatique et suggestif par la peur des conséquences de la part du régime. Car l'injustice sociale, sujet majeur des oeuvres vittoriniennes postérieures à Conversazione, est déjà présente dans celle-ci, et la censure avait déjà condamné son roman Il garofano rosso.

Le triste événement historique à la base de la motivation d'écrire Conversazione était la Guerre d'Espagne en 1936 qui « […] mi rese d'un tratto indifferente agli sviluppi della storia cui avevo lavorato […] dall'indomani non potei fare altro che leggere giornali » [8]. L'enthousiasme, voire l'obsession pour cette guerre civile (Vittorini adhérait au fascisme avant sa rupture avec le parti pour s'investir dans la résistance), mais également tous les sentiments d'angoisse et de douleur de la population italienne, aussi déplorable soient-ils, ont crée un terrain fertile qui a décidé l'écrivain à abandonner son roman entamé, et à se concentrer uniquement sur le projet de Conversazione. Ce roman s'est proposé de capter l'état d'esprit de toute une génération. L'oeuvre fait allusion à la période historique dans laquelle se situe le roman (« massacri sui manifesti dei giornali » ; « [e]ra dopo la guerra » ; la ration journalière de soupe

pour les enfants les plus pauvres )[9] sans toutefois donner une date précise. Historiquement et géographiquement parlé, la Sicile est à la fois ancrée et isolée ; pourtant, elle n'est qu'un symbole.

1.2 La Sicile lombarde et le Gran Lombardo

Dans le train, Coi Baffi et Senza Baffi discutent de la réputation des Siciliens, et de leurs difficultés. D'après eux, leur situation est pire à Sciacca ou a Mussumeli (deux villes en Sicile) qu'à Lodi en Lombardie. Cela nous amène au lieu clé du roman, à savoir la Sicilia lombarda ou, plus généralement, le « posto lombardo » [10] à propos de sa définition mère et fils se disputent.

La dualité île / continent a créé un sentiment de conflit en Vittorini. Pour y remédier, alliant des aspects qui pourraient être considérés comme incompatibles, parce que diamétrale-ment opposés, l'auteur « trova una sintesi illusoria, simbolica, mitica : la Lombardia siciliana […] E tuttavia, […] gli elementi di cui Vittorini si serviva per costituirla erano ben concreti : esistono i paesi lombardi; esistono i paesi di tradizione repubblicana [...] » .[11] Sciascia explique dans La corda pazza, son deuxième recueil d'essais où est présentée son idée de la ''sicilitudine'', que le territoire de la Sicile lombarde correspond à celui des « circoscrizioni elettorali in cui il partito repubblicano aveva prevalenza » .[12]

La figure qui a occasionné les réflexions de Silvestro sur ce sujet est naturellement le propriétaire terrien que le protagoniste appelle Gran Lombardo. Il incarne la force, la générosité et la volonté d'action puisqu'il aspire à la liberté et ne se contente pas de constater le statu quo, c'est-à-dire la maladie, le monde offensé qui l'inquiète. Selon lui, l'homme est « maturo per altro, per nuovi, per altri doveri » .[13] En dépit de ces formules vagues et indéterminées, il est un modèle, symbolisant la possibilité d'une nouvelle perspective et d'une espérance, ce qui lui confère la dignité d'un roi. Ainsi, tous ceux qui sont comme le Gran Lombardo sont des personnages positives et admirables.

1.3 Les Siciliens – des figures allégoriques

There is no warmer and sweeter spirit in the world today than that of the Italian and Sicilian peasantry. They are the true nobility of the world, and their spirit has been caught by Elio Vittorini's book In Sicily. (Tennessee Williams)[14]

Avant d'entamer l'analyse de la toponymie et du voyage, il importe de donner un bref aperçu des personnages et de leur fonction par rapport au voyage et à la ''realtà maggiore'', de laquelle il sera également question dans la deuxième partie.

La plupart des habitants de sa terre natale que rencontre Silvestro sont pauvres, « piccoli », « affamati » [16]. La question de la survie fait partie de leur quotidien, comme le montre la première conversation vec le vendeur d'oranges. Ils habitent le monde des ténèbres, sont réduits à de pures ombres et voix, comme des fantômes. La visite de la Sicile des invisibles est une étape décisive du voyage et peut être rapprochée d'une descente aux enfers. Malgré les maladies et la mort omniprésentes, les Siciliens sont un peuple triste, mais fier. Même Coi Baffi et Senza Baffi, deux gendarmes fascistes déjà cités ci-dessus, qui symbolisent l'oppression, donnent matière à ne pas perdre espoir, vu que Senza Baffi veut être gentil envers son compagnon de voyage.

Calogero le rémouleur symbolise le révolutionnaire qui guide Silvestro au coeur de la Sicile et qui fait tourner la roue du voyage. Avec Ezechiele et Porfirio, ils vont chez Colombo, qui joue le rôle de l'antagoniste et qui, en offrant du vin comme oubli, a failli rendre Silvestro inactif et indifférent, donc incapable de continuer le voyage, si ce dernier n'avait pas arrêté de boire – ce geste est un indice de la résistance.

La mère a beaucoup en commun avec le Gran Lombardo. Elle est forte, fière et indépendante, aussi un modèle, voir le guide du protagoniste qui entre en contact avec le genre humain offensé. En même temps, elle est l'émotion, la femme trahie et la mère qui souffre pour la mort de son fils Liborio. Par lui, de son côté, l'auteur dénonce l'injustice. La conversation entre les deux frères au cimetière est également une étape cruciale du voyage.

Silvestro, quant à lui, est différent des Siciliens tout en revenant souvent sur son appartenance à ce peuple. Pour lui, le voyage est un parcours, une formation, et en aucun cas une évasion parce qu'il redécouvre la vie et ses origines (et de ce fait de sa propre identité). Le voyage l'aide à comprendre ses « astratti furori » . Il accède à une vraie conscience du temps présent, la condition humaine occupant ses pensées, en passant de l'ignorance et de l'isolement à conscience de la souffrance jusqu'aux larmes. À la fin, il devient lui-même le guide qui va peut-être pouvoir passer à l'action. Nous pouvons remarquer que les figures ne ne sont pas de vrais personnages, mais des personnages de fonction : souvent dépourvus d'un nom, d'une histoire et d'une intériorité, ils sont caractérisés seulement par très peu de traits secondaires, physiques ou autres. Pourtant, les rencontres permettent d'exprimer la souffrance et l'espoir.

2. La toponymie

2.1 Les catalogues de toponymes

Comme nous l'avons déjà laissé entendre, Conversazione est un ouvrage qui paraît problématique en ce qui concerne l'attribution d'une ''étiquette'' – réalisme ou symbolisme ? Existant ou inventé ? Nous tenterons de repérer les villes par lesquelles Silvestro passe afin de justifier notre point de vue qu'il ne s'agit pas d'une simple reproduction de la réalité.

Ayant mentionné Giovanni Verga dans notre introduction, la description du voyage en Sicile, de la flore,la faune et des gens, pourrait porter le lecteur à voir celle-là comme la volonté de Vittorini de se réclamer du vériste ,[17] particulièrement en pensant à la première partie de Conversazione qui raconte le voyage de Milan en Sicile et relève d'une occurrence fréquente de toponymes, tissant un dense filet d'informations géographiques précises si bien que l'on pourrait reconstruire presque tout le trajet sur une carte.

Après une première mention dans le titre du lieu où se situe le roman, le nom de la Sicile paraît à la fin de l'incipit. Elle est liée au passé de Silvestro (« un'infanzia in Sicilia » [18] ) qui en est parti quinze ans auparavant. Silvestro a mené en Italie une vie ''nomade'', caractérisée par des déménagements (Florence, Bologne, Turin, et finalement Milan – des métropoles qui ne sont guère comparables aux petits villages en Sicile dont il se souviendra).

La lettre du père fait ressortir l'opposition entre la terre ferme et l'île en soulignant la distance spatiale (« vai giù » ; « mille chilometri di là »), temporelle (« quindici volte trecentosessanta-cinque ») et sentimentale (« infanzia » ; « nostalgia ») [19]. Une fois terminé la lecture, quelque chose commence à s'éveiller en Silvestro. Deux noms de villes qui existent en réalité sont cités, à savoir San Cataldo et Racalmuto – dans la majorité des cas, Vittorini s'approprie des noms préexistants. Les roues de la mémoire sont amorcées, sensibilisant le narrateur aux impressions de son voyage à venir. Le début du voyage ne coïncide donc pas avec le début de Conversazione. L'une des caractéristiques du style de Vittorini est l'omission de prépositions ou d'articles afin que le nom non seulement soit mis en valeur, mais devienne le point de départ pour un grand nombre d'associations, de connotations et d'idées qui restent sous-entendues et, finalement, qu'il acquière une certaine universalité. Comme l'écrit Terrusi, cette procédure « induce[...] il lettore a guardare oltre il suo referente.

[...]

Fin de l'extrait de 21 pages

Résumé des informations

Titre
"Conversazione in Sicilia". Juste un récit de voyage?
Sous-titre
La toponymie et le paysage de la terre natale
Note
1,3
Auteur
Année
2014
Pages
21
N° de catalogue
V301680
ISBN (ebook)
9783956871894
ISBN (Livre)
9783668003378
Taille d'un fichier
545 KB
Langue
Français
Annotations
mit italienischen Zitaten
mots-clé
conversazione, Sicilia, Vittorini, neorealismo, terre, paysage, flore, faune, nature, toponymie, ville, roman, Silvestro
Citation du texte
Manü Mohr (Auteur), 2014, "Conversazione in Sicilia". Juste un récit de voyage?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/301680

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