Rentabilité financière des agroforêts à base de cacao enrichi par des arbres domestiqués


Mémoire (de fin d'études), 2010
99 Pages, Note: 18/20

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TABLE DES MATIERES

DEDICACE

REMERCIEMENTS

LISTE DES FIGURES

LISTE DES ANNEXES

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

RESUMÉ

ABSTRACT

CHAPITRE 1: INTRODUCTION
1.1 CONTEXTE ET JUSTIFICATION
1.2 PROBLÉMATIQUE
1.3 OBJECTIFS DE L’ETUDE
1.4 IMPORTANCE DE L’ÉTUDE
1.5 ORGANISATION DU MEMOIRE

CHAPITRE 2 : DÉFINITIONS, REVUE DE LITTÉRATURE ET CADRE THÉORIQUE
2.1 DEFINITIONS ET CLARIFICATIONS CONCEPTUELLES
2.1.1 Analyse financière
2.1.2 Agroforesterie/Agroforêts
2.1.3 Arbres domestiqués/Domestication des arbres
2.1.4 Cultures pérennes
2.1.5 Notion de rentabilité
2.2 CADRE THEORIQUE
2.2.1 Théorie de l’entreprise
2.2.2 Fonction de production des cultures pérennes
2.2.3 Analyse financière : méthodes de détermination de la rentabilité d’un investissement en cultures pérennes
2.2.3.1 Les méthodes non actualisées
2.2.3.2 Les méthodes actualisées
2.2.3.2.1 La valeur actuelle nette (VAN)
2.2.3.2.2 Le taux de rentabilité interne (TRI)
2.2.3.2.3 Le ratio bénéfice - coûts
2.3 REVUE DE LITTERATURE
2.3.1 Valeur et rentabilité des AFC
2.3.1.1 Les plantes compagnes du cacao dans les AFC
2.3.1.2 Sur le plan social
2.3.1.3 Sur le plan écologique
2.3.1.4 Sur le plan économique : La rentabilité des agroforêts à base de cacao

CHAPITRE 3 : MÉTHODOLOGIE
3.1 PRÉSENTATION DE LA ZONE D’ÉTUDE
3.1.1 Le milieu physique
3.1.2 Le milieu humain
3.1.3 Choix de la zone d’étude et des spéculations
3.1.3.1 Le choix de la zone
3.1.3.2 Le choix des spéculations
3.2 LES TYPES DE DONNEES ET LEURS SOURCES
3.2.1 Les données de sources secondaires
3.2.2 Les données de sources primaires
3.3 TRAITEMENT ET ANALYSE DES DONNEES
3.3.1 Les données qualitatives
3.3.2 Les données quantitatives
3.3.2.1 Les calculs de rentabilité
3.3.2.1.1 Estimation des charges d’exploitation
3.3.2.1.2 Estimation de la production annuelle des différentes espèces
3.3.2.1.3 Estimation des recettes
3.3.2.2 Optimisation et analyses de sensibilité
3.3.2.2.1 Formulation du problème
3.3.2.2.2 Fonction de l’objectif
3.3.2.2.3 Contraintes
3.3.2.2.4 Activités
3.3.2.2.5 Hypothèses et paramètres (ressources)
3.3.2.2.6 Validation du modèle
3.3.2.2.7 Formulation mathématique du problème
3.4 LIMITES DE L’ETUDE

CHAPITRE 4 : RESULTATS ET DISCUSSIONS
4.1 CARACTERISATION DES AGROFORETS DU CENTRE
4.1.1 La diversité/ composition
4.1.2 Stratification/ structure
4.2 ESTIMATION DES PRODUCTIONS ANNUELLES DES AFC DANS LE CENTRE
4.2.1 Production par arbre et par culture
4.2.2 Production par hectare pour les différents systèmes
4.3 ESTIMATION DE LA RENTABILITE DES DIFFERENTS SYSTEMES
4.3.1 Eléments de coûts
4.3.1.1 Les coûts d’installation et de développement
4.3.1.1.1 Les coûts d’installation
4.3.1.1.2 Les coûts de développement
4.3.1.2 Les coûts d’exploitation
4.3.1.2.1 Entretien et traitements phytosanitaires
4.3.1.2.2 Les coûts de concassage
4.3.1.2.3 La préparation pour la vente
4.3.1.3 L’amortissement de l’investissement initial
4.3.1.4 Coûts totaux de production
4.3.2 Les recettes
4.3.3 Les comptes d’exploitation
4.3.4 La VAN
4.3.5 Le TRI
4.3.6 Le délai de récupération
4.4 OPTIMISATIONS ET ANALYSES DE SENSIBILITE
4.4.1 La fonction de l’objectif
4.4.2 Les contraintes
4.4.3 Validation du modèle
4.4.4 Analyses de sensibilité
4.4. 4.1 Impact de la variation de la production du cacao sur la rentabilité
4.4. 4.2 Impact du changement des types des propagules sur le profit
4.4. 4.3 Impact du changement des prix de vente sur le profit
4.5 DISCUSSIONS SUR LES CONDITIONS IDEALES DE RENTABILITE

CHAPITRE 5 : CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES

DEDICACE

A toi mon ainée Nathalie Marguerite Ngono,

A ta façon, tu m’as emmenée à persévérer dans mes études malgré les embûches.

Je sais que tu avais des ambitions meilleures que celles qui ont été atteintes, mais je te remercie pour la source d’inspiration que tu as été pour moi.

REMERCIEMENTS

Cette étude s’inscrit dans le cadre du mémoire de fin d’études en vue de l’obtention du diplôme d’Ingénieur Agronome à la Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l’Université de Dschang. Elle s’inscrit aussi dans le cadre de travaux de recherche conduits au World Agroforestry Centre.

Ces travaux de recherche et la rédaction du mémoire ont été rendus possibles grâce au soutien, à l’implication, et la mobilisation de plusieurs personnes. C’est l’occasion pour moi de les remercier.

«Je dis constamment à mon Dieu toute ma reconnaissance en faisant mention de vous dans mes prières […]» (La Bible).

Je pense principalement à :

- Pr. Kamajou François pour avoir accepté de superviser ce travail en dépit de ses multiples occupations, pour les conseils, l’encouragement et la patience dans les lectures et les corrections;
- Dr. Degrande Ann pour avoir suivi ce stage, pour les entretiens édifiants, pour les lectures et la pertinence des corrections apportées à ce mémoire. Pour avoir déployé le nécessaire pour que ce travail avance au point de me céder son bureau et ses ordinateurs…Merci encore Ann ;
- Dr Jaza Folefack Achille Jean, qui a co-supervisé ce travail dans la patience, l’abnégation totale et la rigueur. Merci encore pour tout ce que vous avez mis à ma disposition pour que le travail soit effectué dans les délais ;
- Dr Moulende Fouda Thérèse pour les lectures et la pertinence des corrections apportées à ce document malgré ses occupations nombreuses ;
- Dr Tchoundjeu Zac pour l’opportunité de stage offerte au World Agroforestry Centre (ICRAF) ;
- Tout le personnel du World Agroforestry Centre et particulièrement Dr. Tabuna Honoré, Mbosso Charlie, Mbile Peter, Facheux Charly, Sado Thaddée, Tsobeng Alain, Nzuibontane Cosmas et Atia Julius Iseli pour l’accueil chaleureux qu’ils m’ont réservé et leur disponibilité qui a toujours été d’un grand secours ;
- Kani Lyliane, Tankam Landry, Ngondjou Crose, Olu Ttibi, Jacky, Caroline, Eloi, pour leur immense assistance tout au long du stage.

Mes homologues stagiaires en l’occurrence Nakuna Arlette, Mandeng Mary, Nguenaye Blandine, Moukend Marcel, Kenfack Christiane, Emou Serge et Babe Serge. Nos réunions du vendredi m’ont aidée à m’appliquer dans mon travail ;

Ma reconnaissance s’adresse aussi à tous ceux qui m’ont soutenue sans relâche. Je pense particulièrement à :

- La Famille Tsala qui m’a hébergée pendant tout le déroulement de mon stage à Yaoundé. Roger, Monique, Arlette, Larissa, Léonce, Josiane, merci pour votre présence ;
- Mes parents, Abena Abe Aloys et Eliette Didine. Mes mots sont faibles devant la grandeur de votre soutien et de votre amour ;
- Mes frères et sœurs : Nathalie, Dany, Christian, Genevoix, Armand, Merveille, Franck, Majolie, Willy, sans oublier mes cousins et mes cousines ;

Je ne saurais omettre des personnes qui ont travaillé à l’ombre, sans éclats mais dont les actes et les paroles ont contribué à « booster » ce travail. Je pense ainsi exprimer ma gratitude et ma profonde reconnaissance à :

- La famille Onana Essomba. Emmanuel et Béatrice, Dieu seul saura vous récompenser dans le secret…
- La famille Essomba II, la famille Ondoua Essomba, la famille Fofie, la famille Meutchieye;
- La grande famille du groupe biblique des élèves et étudiants du Cameroun (GBEEC), et particulièrement mes frères et sœurs du GBEEC de Dschang.

A tous ceux que je n’ai pas pu mentionner et qui ont apporté une pierre à l’édifice de ce mémoire, je réitère ma profonde gratitude : que le Seigneur vous bénisse abondamment!

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1: Espèces prioritaires en matière de domestication dans les zones forestières humides d'Afrique centrale et de l'ouest suivant les préférences paysannes

Tableau 2: Récapitulatif des variables et méthodes par objectif

Tableau 3: Coûts unitaires des plants

Tableau 4: les prix de vente unitaires des produits de l’AFC

Tableau 5 : modèle de compte d’exploitation

Tableau 6: variables endogènes du modèle

Tableau 7: Résumé du problème

Tableau 8: Evolution des rendements

Tableau 9: Systèmes considérés avec densité des arbres et production

Tableau 10: Outillage de la cacaoyère

Tableau 11: Quantités et coût des plants

Tableau 12: Les activités impliquant une main d’œuvre dans l’agroforêt

Tableau 13: Entretien et traitements phytosanitaires

Tableau 14: Eléments entrant dans les coûts de préparation pour la vente

Tableau 15: Eléments entrant dans les recettes

Tableau 16: Distribution des activités selon le modèle

Tableau 17: Utilisation des ressources selon le modèle

Tableau 18: Impact des changements des prix de vente sur le profit

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Fonction de production des cultures pérennes

Figure 2 : Carte de la zone d’étude

Figure 3 : Présentation analytique du cadre d'étude du modèle

Figure 4 : Représentation schématique d'une agroforêt à trois strates

Figure 5 : Coûts de production annuels moyens des systèmes

Figure 6 : Recettes annuelles moyennes des systèmes

Figure 7 : Résultats nets des systèmes

Figure 8 : Valeur actuelle nette des systèmes .62 Figure 9 : TRI des différents systèmes

Figure 10 : Délai de récupération de l’investissement des systèmes

Figure 11 : Variation de la marge brute en fonction de la variation de la production du cacao

Figure 12 : Valeur de la marge brute en fonction des scénarios

LISTE DES ANNEXES

Annexe 1 : Questionnaire adressé aux chercheurs

Annexe 2 : Questionnaire adressé aux vendeurs des produits phytosanitaires

Annexe 3 : Compte d’exploitation

Annexe 4 : Compte d’exploitation

Annexe 5 : Compte d’exploitation

Annexe 6 : Compte d’exploitation

Annexe 7 : Compte d’exploitation

Annexe 8 : Compte d’exploitation

Annexe 9 : Compte d’exploitation

Annexe 10 : Compte d’exploitation

Annexe 11 : Syntaxe de GAMS pour le problème d’optimisation

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

RESUMÉ

De nombreuses espèces d’arbres poussent de façon spontanée dans les cacaoyères ou peuvent y être introduites délibérément. Ces arbres introduits dans les cacaoyères permettent la création des écosystèmes appelés agroforêts qui procurent des revenus aux producteurs. Mais la rentabilité de ces systèmes n’est pas connue, ce qui peut rendre timide leur adoption par les planteurs pourtant principaux bénéficiaires.

La présente étude concernant le bassin de production de cacao du Centre Cameroun s’est déroulée d’Avril à Octobre 2009 au Centre Mondial pour l’Agroforesterie. Le thème a porté sur la rentabilité financière des agroforêts à base de cacao enrichies par des arbres domestiqués. L’objectif principal consistait à évaluer la rentabilité financière de huit systèmes agroforestiers à base de cacao pouvant exister dans le bassin de production du Centre et de les comparer entre eux. Plus spécifiquement, l’étude a consisté à estimer la rentabilité des différentes agroforêts traditionnelles et enrichies, déterminer la combinaison optimale des arbres qui permet d’avoir la rentabilité maximale dans l’agroforêt la plus diversifiée, faire des simulations de rentabilité de l’agroforêt la plus enrichie en fonction de la variation de la production du cacao, des prix des inputs, et des prix des produits.

Pour réaliser ces objectifs, nous avons dressé huit comptes d’exploitation à partir des éléments de coûts et de recettes recensés. Les coûts et les recettes actualisés ont permis le calcul des valeurs actuelles nettes qui à leur tour ont été le tremplin pour le calcul des TRI de chacun des systèmes ; l’optimisation et les simulations ont été faites avec le GAMS.

Ainsi, nous nous sommes rendus compte que le système traditionnel n’était pas rentable (VAN = -267.808 FCFA) et que seuls les systèmes enrichis sont profitables. Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, ces systèmes n’ont pas la même rentabilité et c’est ainsi que le système enrichi avec le safou, le mango et le ndjansang a la VAN la plus élevée avec 12.724.252 FCFA. Tandis que le système enrichi par un seul élément et ayant la VAN la plus faible (876.578 FCFA) est « cacao+ndjansang ».

Le calcul des TRI des différents systèmes rentables a montré que « cacao+safou+mango » a le TRI le plus élevé avec 49,4 % tandis que « cacao+ndjansang » a le TRI le plus faible avec 21 %. La valeur moyenne des TRI dans les systèmes enrichis est de 44,9%. Mais le recours au délai de récupération propulse le système 8 en première position de rentabilité puisque le capital investi dans cette agroforêt se récupère après cinq ans. L’utilisation optimale des ressources de cette agroforêt montre que 713 plants des cacaoyers, 35 plants de safoutiers, 35 plants de manguiers sauvages et 10 plants de ndjansang permettent d’atteindre un profit annuel maximum de 1.769.671 FCFA. L’analyse de sensibilité a montré qu’une augmentation de la production du cacao de 23 % induirait une augmentation du profit de 14,5 %, tous les autres facteurs étant constants.

A la lumière des résultats obtenus et pour qu’ils puissent être utiles, il est proposé aux producteurs de diversifier leurs cacaoyères avec les arbres domestiqués de safou, de mango et de ndjansang; aux organismes de recherche de tester ces résultats en milieu paysan et de faire des recherches avec d’autres espèces pour avoir une idée de leur rentabilité.

Mots clés : Rentabilité, Agroforêt, diversification, cacaoyère, domestication, optimisation.

ABSTRACT

Many trees species grow spontaneously in the cocoa plantation or can be introduced deliberately by the farmer. These introduced trees in the cocoa plantation can create ecosystems called agroforests that provide income to producers. But the profitability of these systems is not known, which may limit their adoption by farmers who are the main beneficiaries.

The present study aiming at determining the financial profitability of cocoa agroforests enriched with domesticated trees was carried out from April to October 2009 at the World Agroforestry Centre. Its main objective was to evaluate the financial profitability of eight agroforestry systems from cocoa and to compare them each other. More specifically, the study aimed to estimate the profitability of various traditional and enriched agroforests, determine the optimal mixture of trees that allows maximum profitability in the most diversified agroforest, to simulate the profitability of the most enriched agroforest in terms of changes in cocoa production, prices of inputs and prices of outputs.

In order to achieve these objectives, eight profit and loss accounts were elaborated, using the elements of cost and revenues previously identified. The discounted costs and revenues allowed the calculation of Net Present Values (NPV), which in turn have been the basis for calculating the Internal Rate of Return (IRR) of each system; the optimization and simulations were done with the GAMS software.

In the results, it was noticed that the traditional system was not profitable (NPV = -267,808 CFA) and that only the enriched systems had an acceptable NPV. However, as expected, these different systems do not have the same level of profitability. The system enriched with safou, mango and ndjansang is having the highest NPV with FCFA 12,724,252. While the system enriched by a single element and having the lowest NPV (876,578 FCFA) is "Cocoa + ndjansang.

The calculation of the IRR of the different systems showed that "Cocoa + safou + mango" has the highest IRR value of 49.4 % while "Cocoa + ndjansang" has the lowest IRR value of 21%. The average value of IRR in the enriched systems is close to 44.9 %, so are all profitable. Nevertheless, the use of the payback period places the system 8 in the first position since capital invested in this agroforest was recovered after five years. The optimal use of resources in this agroforest shows that 713 seedlings of cocoa, 35 safou, 35 mango and 10 ndjansang trees are sufficient to obtain a maximum annual profit of 1,769,671 FCFA. The sensitivity analysis showed that a 23 % increase in cocoa production would drive up profits by 14.5 %, all other factors being constant.

Based on the results of this study to be useful, it is recommended to producers to diversify their cocoa farms with domesticated safou, mango and ndjansang; to research organizations to test these results on-farm and to do similar studies with other species in order to determine their profitability as well.

Keywords: Profitability, agroforests, diversification, cocoa, domestication, optimization.

CHAPITRE 1: INTRODUCTION

1.1 CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Le secteur rural est l’un des plus gros moteurs de la croissance économique camerounaise. En fait, malgré le poids des produits pétroliers (3% des exportations), le secteur rural continue d’être la première source de devises, contribuant pour environ 55% aux exportations totales aussi bien en produits agricoles que sylvicoles (Kamgnia et al., 2006).

Dans les pays en voie de développement en général et au Cameroun en particulier, les cultures d’exportation ont longtemps occupé une place de choix dans la rentrée de devises, et comme source principale de revenus directs des paysans. Les finances des paysans sont particulièrement florissantes jusqu’à la survenue de la crise. Leplaideur (1985) affirme que la cacaoculture contribue pour 50-75% du budget de 90% des ménages du Centre en 1985. Les prix aux producteurs étaient fixés par décret présidentiel. Avec la crise économique et financière des années 80, l’Etat est obligé de prendre des mesures particulières pour restreindre les dépenses publiques en vue de la relance de l’économie (Programmes d’ajustements structurels négociés avec le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale en 1989). La libéralisation des filières cacao et café a été l’une de ces mesures adoptées. Loin d’apporter les solutions envisagées, ces orientations ont plutôt plongé les producteurs dans la déroute et la pauvreté totale car cette libéralisation de la filière cacao s’est faite sans mesures d’accompagnement. En effet, en l’absence de traitements phytosanitaires des vergers d’une part, et avec la disparition de la caisse de stabilisation des prix (logée à l’ex-ONCPB) d’autre part, la situation s’aggrave. Il fallait en plus compter avec la chute vertigineuse des cours de matières premières sur les marchés mondiaux. Les producteurs ont vu leurs revenus décroître sans la moindre garantie d’un changement de situation (Varlet, 1991). D’après Jagoret et al. (2006), cette chute du revenu des producteurs se traduit socialement par la diminution de leur niveau de vie et de leur capacité d’épargne, conduisant ainsi à la réduction de leur accès à la santé et à l’éducation.

La conséquence majeure de cette situation, perceptible surtout dans les régions où la dynamique de la cacaoculture s’est essoufflée, est un appauvrissement des cacaoculteurs et plus globalement une paupérisation des populations des zones dont l’économie repose sur cette spéculation (Jagoret et al., 2006).

En réponse à cette situation, elles ont alors adopté une attitude d’expectative par l’exploitation à moindre frais de leurs plantations dans un contexte d’accès limité au crédit et aux intrants (Varlet, 1991). Une autre mesure d’adaptation des producteurs face à cette situation, et corroborée par plusieurs études menées sur le sujet (Sonwa, 2002 ; Hietet, 2005 ; Todem, 2005), a été la diversification agricole en général et plus particulièrement l’intensification de la diversification à l’intérieur des cacaoyères. Les paysans introduisent des arbres fruitiers et autres espèces qui leur permettent de stabiliser leurs revenus. Le concept de la diversification agricole et sa définition sont complexes. Appliquée à l’agriculture, la diversification est définie comme l’introduction ou le développement de spéculations additionnelles aux spéculations existantes (Malézieux, 2005). Et lors de la réunion du comité de pilotage du « Programme tous ACP1 » relatif aux produits de base agricoles (1er février 2008)2 , un représentant de la Banque Mondiale a défini la diversification agricole comme étant un développement de spéculation d’exportation non conventionnelle à plus forte valeur ajoutée que celle apportée par le ou un petit nombre de produits de base agricoles actuellement exportés.

Au niveau des paysans, cette diversification se traduit par l’extension des cultures vivrières au détriment de la forêt, mais surtout par l’intensification de la diversification à l’intérieur des cacaoyères et des caféières (Sonwa et al, 2000). Les produits de base (cacao, café) sont négligés voire supprimés dans certaines parcelles pour faire place aux cultures vivrières de plus en plus marchandes. La diversification s’intensifie peu à peu donnant de plus en plus de la place à l’agroforêt.

Ainsi donc, face aux contraintes de production mentionnées plus haut (instabilité des prix, disparition de l’appui aux planteurs), des stratégies innovatrices de gestion rationnelle des ressources naturelles ont été développées afin d’améliorer les conditions de vie des populations tout en protégeant l’environnement. Parmi ces stratégies, on mentionne le

1 La FAO participe, aux côtés de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), du Centre du commerce international (CCI), de la Banque mondiale et du Fonds commun pour les produits de base, au Programme Tous ACP relatif aux produits de base agricoles financé par l’Union européenne, qui a été lancé en septembre 2007. L’objectif de ce programme est de renforcer les capacités en matière d’élaboration et d’application de stratégies durables relatives aux produits de base dans les pays du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

2 Cette réunion portait sur des réflexions et des propositions sur la définition de la « diversification » dans le cadre du volet coton du programme tous ACP relatif aux produits de base agricoles (http://www.coton- acp.org/docs/D0C4_Diversification_final.pdf) programme de domestication des arbres fruitiers locaux et des espèces médicinales vers lequel s’est orienté le Centre Mondial pour l’Agroforesterie (ICRAF). L’objectif majeur de ce programme est de stabiliser et de diversifier les revenus des paysans et d’améliorer les soins de santé en milieu rural, tout en encourageant le développement des pratiques agroforestières durables pouvant restaurer les terres agricoles dégradées ainsi que préserver la biodiversité (Degrande et al., 2007).

1.2 PROBLÉMATIQUE

Le principal outil pour le développement de l’agroforesterie par l’ICRAF en Afrique de l’Ouest et du Centre est la domestication participative des arbres, c’est à dire une domestication qui tient compte des besoins des populations et de leurs priorités en ce qui concerne la nutrition, la santé, et l’augmentation du revenu. Le Centre a donc mis sur pied des technologies qui répondent aux contraintes économiques et écologiques à travers la promotion de l’agroforesterie en question et des outils qui l’accompagnent. Mais peu de recherches se sont intéressées jusqu’ici à la rentabilité financière des agroforêts à base de cacao mises sur pied ou enrichies avec des arbres domestiqués.

En d’autres termes, c’est dire qu’alors que les recherches avancent promptement dans le sens de l’amélioration des germoplasmes pour des arbres domestiqués de meilleure qualité, sans compter le marketing qui va avec, il n’existe pas de base documentaire qui puisse nous fournir des informations sur la profitabilité d’un tel investissement pour les paysans qui en sont les principaux acteurs et bénéficiaires. Persister dans cette lancée contribue à faire une navigation à vue et à ne pas être au courant des implications financières d’une agroforêt à base de cacao pour les acteurs qui s’y investissent et ceux qui sont encouragés à le faire. L’étude sur l’analyse de la rentabilité financière des agroforêts à base de cacao enrichies par des arbres domestiqués dans le bassin de production du Centre, contribuera donc pleinement à donner des informations sur la profitabilité de cet investissement. En effet, il sera question de faire une comparaison de rentabilité financière entre les agroforêts à base de cacao dites conventionnelles et celles qui sont enrichies par des arbres domestiqués. Comment caractériser une agroforêt conventionnelle par rapport à une agroforêt enrichie par des arbres domestiqués ? Les agroforêts à base de cacao enrichies sont-elles rentables ? Sont-elles plus rentables que les agroforêts traditionnelles ? Si oui, dans quelles conditions ? La présente étude se propose d’apporter quelques éléments de réponse à ces différentes questions.

1.3 OBJECTIFS DE L’ETUDE

De façon générale, il s’agira d’évaluer la rentabilité financière de huit systèmes agroforestiers à base de cacao existant dans le bassin de production du Centre et de les comparer entre eux.

La réalisation de cet objectif global conduira plus spécifiquement à :

- décrire les agroforêts conventionnelles à base de cacao du bassin de production du Centre en terme de leur diversité et de leur structure;
- estimer la rentabilité des différentes agroforêts traditionnelles et enrichies;
- déterminer la combinaison optimale des arbres qui permet d’avoir la rentabilité maximale dans l’agroforêt la plus diversifiée ;
- faire des simulations de rentabilité de l’agroforêt la plus enrichie en fonction du nombre et des types d’arbres domestiqués intégrés ;
- comparer la rentabilité des agroforêts enrichies avec celle des agroforêts traditionnelles.

1.4 IMPORTANCE DE L’ÉTUDE

La conduite de cette étude a une portée certaine et non négligeable sur plusieurs plans :

- Au plan scientifique, cette étude fournira des connaissances supplémentaires sur la gestion des agroforêts et les résultats de la domestication dans le contexte de l’étude.
- Cette étude aussi permettra d’orienter les paysans dans les projets d’enrichissement de leurs exploitations afin de leur permettre de faire les meilleures combinaisons possibles ; c'est-à-dire les combinaisons qui leur fourniront un meilleur retour en terme de bénéfices financiers. Ceci leur permettra également de déterminer les combinaisons qui présentent un meilleur potentiel de marché pour augmenter leur revenu en accroissant la rentabilité de la terre, lors de la création de nouvelles cacaoyères, d’aménagement et/ou renouvellement de celles qui existent déjà.
- Elle pourra par ailleurs permettre aux producteurs de connaître le potentiel en biens et services de leurs agroforêts pour disposer d’une indication sur le revenu réel et le potentiel de leurs exploitations afin d’opter pour une diversification qui serait plus rentable.
- Enfin, cette étude permettra aussi aux décideurs politiques et économiques de prendre connaissance du potentiel en produits forestiers et produits fruitiers des agroforêts et de prendre des mesures pour la protection de ces systèmes d’utilisation des terres et de l’amélioration du revenu des producteurs.

1.5 ORGANISATION DU MEMOIRE

Après ce chapitre introductif qui a présenté tour à tour le contexte de l’étude, sa problématique, ses objectifs, son importance, le mémoire est structuré en quatre autres chapitres présentés ainsi qu’il suit :

- Chapitre 2 : Définitions, revue de littérature et cadre théorique. Il sera d’abord question de donner les définitions des termes-clés en précisant les explications dont nous tenons compte dans le cadre de cette étude. Il sera ensuite approprié de faire une prospection dans la littérature existante sur le sujet et les éléments corollaires ; et enfin nous définirons le cadre d’analyse qui nous a servi de support pour l’étude ;
- Chapitre 3 : Méthodologie. Ce chapitre présente les détails de la méthode et la logique employée pour avoir les résultats ;
- Chapitre 4 : Résultats et discussions montrera les principaux résultats obtenus et leurs interprétations à la lumière des réalités du terrain et des études antérieures ;

Chapitre 5 : Conclusions et recommandations. Ce dernier chapitre exposera les déductions auxquelles nous parvenons au terme de cette étude et les suggestions proposées.

CHAPITRE 2 : DÉFINITIONS, REVUE DE LITTÉRATURE ET CADRE THÉORIQUE

2.1 DEFINITIONS ET CLARIFICATIONS CONCEPTUELLES

Dans cette partie, nous donnons la signification des mots et expressions clés employés dans le thème, tout en précisant les définitions que nous retiendrons dans le cadre de cette étude.

2.1.1 Analyse financière

L’analyse financière se rapporte à l’évaluation méthodique de la situation financière d’une entreprise, d’une personne ou d’un projet. Le but de cette analyse est de fournir, à partir d’informations chiffrées d’origines diverses, une vision synthétique qui fait ressortir la réalité de la situation et qui doit aider le dirigeant, l’investisseur ou le prêteur dans sa prise de décision. Les aspects les plus souvent étudiés sont : la profitabilité, la solvabilité, et la liquidité (Greenfinch, 2000).

2.1.2 Agroforesterie/Agroforêts

De la multitude de définitions qui existent concernant le terme agroforesterie, nous retiendrons celle de Baumer (1987) et celle de Lundgren et Raintree (1982).

Pour Lundgren et Raintree (1982) cité par Dondjang (2006), l’agroforesterie réfère à tout système d’utilisation des terres où les ligneux pérennes ou les espèces végétales arborescentes sont délibérément associés aux cultures agricoles et/ou aux animaux sur une même unité de gestion de terre de manière simultanée ou séquentielle dans l’espace ou dans le temps afin d’induire des interactions écologiques et économiques dont la gestion aide à optimiser la production de chacune des composantes associées.

D’après Baumer (1987), un système agroforestier ou tout simplement agroforêt désigne les techniques et les modes de mise en valeur des terres dans lesquelles les végétaux ligneux (arbres, arbustes, bambou, etc.) sont volontairement associés dans une même parcelle à des cultures ou l’élevage, soit simultanément (selon un certain agencement dans l’espace), soit de manière séquentielle (selon un certain agencement dans le temps).

Dans le cadre de cette étude nous nous inspirerons de la définition de Lundgren et Raintree (1982) en considérant que l’agroforêt est un mode de mise en valeur de la terre dans lequel les ligneux pérennes (safoutier, manguier sauvage, ndjansang), sont délibérément associés à une culture agricole (en l’occurrence le cacaoyer) ; simultanément sur une même parcelle afin d’induire des interactions dont la gestion aide à optimiser le profit du producteur.

2.1.3 Arbres domestiqués/Domestication des arbres

Simplement, on peut dire que les arbres domestiqués sont des arbres issus du processus de domestication.

La domestication des arbres en agroforesterie est définie comme un processus piloté par les paysans, qui permet d’exploiter la variabilité intra-spécifique des arbres localement importants pour satisfaire les besoins des petits agriculteurs, répondre à la demande du marché en produits des arbres et accroître la diversité de l’environnement agricole (Simons et Leakey, 2004). Ce processus comprend plusieurs étapes qui sont : l’identification des espèces prioritaires et leur caractérisation socio-économique et écologique ; l’exploration, la collecte et la conservation du germoplasme; le développement des techniques de multiplication végétative ; la sélection et l’amélioration génétique de l’espèce; l’intégration des cultivars améliorés dans les systèmes agroforestiers (Leakey et Simons, 1998).

La domestication est le processus par lequel les espèces sauvages sont sélectionnées et adoptées par l’Homme dans le but de les cultiver hors de leur milieu naturel. Cette domestication est participative lorsque les communautés rurales sélectionnent, propagent et gèrent les arbres par rapport à leurs besoins en partenariat avec les scientifiques, les autorités civiles et le secteur privé. Elle est de ce fait orientée vers les marchés locaux spécifiques et englobe aussi bien l’utilisation des connaissances indigènes que celle de la sélection génétique basée sur des principes scientifiques (Tchoundjeu et al, 2006).

2.1.4 Cultures pérennes

Ce sont des cultures qui ont une durée de vie de plusieurs années et donnent plusieurs fructifications. En d’autres termes, ce sont des plantes dont la croissance et le développement se déroulent sur plusieurs années, contrairement aux plantes annuelles.

2.1.5 Notion de rentabilité

Le dictionnaire Larousse 2009 définit la rentabilité comme étant la capacité d’un capital à procurer des revenus, soit par placement (dans une logique purement financière), soit par investissement en intégrant dans un système productif dont on attend un bénéfice supérieur au capital investi.

Dans le lexique d’économie, Silem et Albertini (1999) ont défini la rentabilité comme étant la capacité d’un capital investi à procurer des revenus exprimés en termes financiers.

Pour cette étude relative aux systèmes agroforestiers, un système rentable est donc un système dont les frais de réalisation sont moins coûteux que les recettes qu’il pourrait générer. La rentabilité traduit alors la capacité à produire un bénéfice net satisfaisant.

2.2 CADRE THEORIQUE

La présente étude a pour objectif d’évaluer la rentabilité financière des systèmes agroforestiers enrichis par des arbres domestiqués. Comme cadre théorique, nous retenons la démarche méthodologique de la théorie de l’entreprise qui considère l’analyse financière résumée ici au compte d’exploitation, à l’analyse de la Valeur Actuelle Nette (VAN), et au Taux de Rentabilité Interne (TRI).

2.2.1 Théorie de l’entreprise

L’entreprise est définie comme étant une unité économique qui combine des facteurs de production pour produire des biens ou des services destinés à être vendus sur le marché en vue de réaliser un profit (Coriat et Weinstein 1995; Abraham-Frois, 1998 ;Cohen, 2000 ; Beitone et Hemdane, 2005).

La théorie de l’entreprise est utilisée pour mesurer l’effet économique de la variation d’un facteur sur les performances de l’exploitation et aussi pour viser l’optimum économique pour l’exploitation.

L’objectif des exploitants agricoles comme de tout producteur est de maximiser le profit donc, une production à coût minimum et un revenu monétaire maximum. Mais la contrainte liée à l’aboutissement de ces objectifs est la limitation des ressources.

Pour Schumpeter (1942), l’entrepreneur est un innovateur, et le profit est la légitime rémunération du risque. La théorie néoclassique perçoit alors la firme comme une « boîte noire » « assimilée à une fonction de production soumise à la contrainte de maximisation de l’efficience dans l’emploi des ressources ».

Pour Schumpeter (1942), le profit est la sanction de l'initiative créatrice des risques pris par l'entrepreneur. Cette conception est contraire aux théories des économistes classiques qui faisaient du profit la contrepartie des efforts productifs (capital et travail) de l'entrepreneur, alors qu'elle est plutôt du ressort du chef d'entreprise.

L’exploitation agroforestière est considérée comme une entreprise, et le planteur chef d’exploitation comme un entrepreneur qui doit utiliser les ressources dont il dispose pour maximiser son profit. L’exploitation est composée de cultures pérennes que sont le cacao, le safou, le mango et le ndjansang. Les ressources à tenir en compte sont la terre, le travail, le capital et les différents intrants de la production.

2.2.2 Fonction de production des cultures pérennes

Les spéculations introduites dans l’agroforêt ont des durées de vie économique qui vont jusqu’à vingt cinq ans et plus. Pour connaître leurs évolutions et leurs productions moyennes année après année, on fait appel à la fonction de production des cultures pérennes telle que développée par Nerlove (1958).

Il s’inspire de la fonction de production classique, mais avec des particularités propres aux cultures pérennes en général. La théorie de production stipule que la production d’un bien Y augmente avec l’accroissement de la quantité d’un facteur X jusqu’à un maximum, puis elle décroît. D’après le modèle de Nerlove (1958), la fonction de production des cultures pérennes est multi périodique ; le facteur temps ayant une influence significative sur l’évolution de la production.

Le cycle de production de Nerlove (1958) comporte ainsi quatre phases ou périodes interdépendantes illustrées dans la figure 1(ci-contre) ainsi qu’il suit:

- une phase de gestation ou d’accroissement (I);
- une phase de croissance de la production (II);
- une phase de stabilité de la production (III);
- une phase de décroissance ou déclin de la production (IV)

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Figure 1 : Fonction de production des cultures pérennes Source : adapté de Nerlove, 1958

La phase de gestation est la période de temps qui sépare la plantation de la première production. Sa durée dépend de plusieurs facteurs parmi lesquels les caractères génétiques de l’espèce végétale choisie, le mode de multiplication des plants, le climat, la nature du sol, etc. Cette phase est donc déterminante pour l’évolution ultérieure de la plante. Pour le cacaoyer, cette phase va de zéro à trois ans.

La phase de croissance est la période de temps qui sépare la première production de la pleine production (début de la phase de croisière). Pendant cette phase, la production une fois amorcée croît de façon presque linéaire jusqu’à la phase de croisière, toutes choses étant égales par ailleurs. C’est la phase de production au cours de laquelle les recettes équilibrent les charges d’exploitation et peuvent commencer à rembourser les dépenses d’investissement. Pour le cacaoyer en particulier, cette phase va de trois ans à six ans.

La phase de stabilité ou phase de croisière ou encore phase de pleine production est la période du cycle de production qui se caractérise par une stabilité du volume de la production (rendement). C’est la phase au cours de laquelle la production est maximale et les bénéfices financiers réels se réalisent. La fin de cette phase marque la fin de la vie économique de l’exploitation et le début de la décroissance où l’exploitant doit penser à renouveler son verger. Pour le cacaoyer, cette phase va de six ans à vingt cinq ans.

La phase de décroissance ou phase de déclin est la phase au cours de laquelle l’âge économique de l’arbre fruitier est terminé et qu’il s’avère rentable de l’abattre et de le remplacer par un arbre nouveau. Cet âge dépend de l’entretien dont a bénéficié la plantation au cours du temps, du climat, de la variété, de l’espèce, etc. Pour le cacaoyer et les espèces qui lui sont associées dans le cadre de notre étude, cette phase débute à partir de 25 ans.

Dans le cadre de notre étude, nous supposons la mise en place des cultures pérennes dont on peut surveiller l’évolution selon la courbe de production et le remplacement au moment opportun.

La fonction de production est importante dans l’étude de la rentabilité financière dans un investissement de cultures pérennes, car elle permet à l’investisseur d’établir un échéancier des dépenses et des recettes.

2.2.3 Analyse financière : méthodes de détermination de la rentabilité d’un investissement en cultures pérennes

La détermination de la rentabilité de l’investissement est importante car la mise en place de l’agroforêt représente un investissement consenti sur vingt cinq années selon la fonction de production des cultures pérennes précédemment présentée.

L’analyse financière réalisée dans le cadre de cette étude est de type commercial. Elle ne prendra donc en compte que les coûts et les bénéfices directs découlant de l’activité. Elle s’appuiera sur les étapes 1 et 3 de l’analyse financière, décrite par Herbel et al. (2003) ainsi qu’il suit :

1. L’estimation des coûts d’investissement et d’exploitation
2. Le plan de financement
3. L’estimation des bénéfices quantifiables
4. L’estimation des effets financiers sur les bénéfices
5. L’estimation des effets financiers sur les intermédiaires financiers

Investir dans les spéculations pérennes implique un raisonnement financier dans le moyen et/ou le long terme. Il s’agit en effet de faire des dépenses aujourd’hui pour avoir des recettes demain. Dans ce cas, les méthodes de comparaison des dépenses du présent aux recettes du futur sont fondées sur les méthodes d’actualisation. Il faut rappeler en effet que l’analyse financière peut se faire selon les méthodes actualisées ou les méthodes non actualisées (Herbel et al., 2003).

2.2.3.1 Les méthodes non actualisées

- Le délai de récupération
- Le rendement sur investissement
- La méthode par inspection

Ces méthodes non actualisées ne sont pas employées dans le cadre des calculs de rentabilité dans notre étude car nous parlons d’un investissement qui se fait sur plusieurs années, or ces méthodes ne tiennent pas compte de la valeur temporelle de l’argent.

2.2.3.2 Les méthodes actualisées

Elles prennent en compte la valeur temporelle de l’argent.

2.2.3.2.1 La valeur actuelle nette (VAN)

La valeur actuelle nette (VAN) est utilisée pour déterminer si un investissement est rentable ou non. Un investissement rentable est un investissement qui accroît la valeur de l'actif économique, c'est à dire qui crée de la richesse. En d'autres termes, il faut que les recettes générées par l'investissement soient supérieures à son coût. Pour calculer la valeur actuelle nette (VAN), deux types de flux sont donc nécessaires. Le premier est le montant de l'investissement initial, qui inclut toutes les charges relatives à la réalisation du projet, son fonctionnement et les amortissements de l’investissement initial : c'est le coût de l'investissement. Ensuite, il faut évaluer les cash flows générés par ce même investissement pour toutes les périodes futures. Ce sont les recettes. Cette phase est très importante et souvent difficile. En effet, la conjoncture économique évoluant sans cesse, les cash flows peuvent varier de manière importante. Ces cash flows doivent être actualisés en date 0, permettant ainsi de connaître la valeur actuelle des flux futurs. Cette actualisation est indispensable car un FCFA aujourd'hui ne vaut pas un FCFA demain.

La valeur actuelle nette (VAN) permet à l'entreprise de choisir les projets les plus rentables. Il suffit pour cela de comparer la VAN entre deux projets. Ce critère est le plus utilisé dans le choix d'un investissement par les directeurs financiers des entreprises (Nji et Tchakoa, 2000).

Interprétation de la VAN

La VAN est un indicateur qui permet de prendre la décision quant à la rentabilité ou pas d'un projet d'investissement. Comme tout projet, on commence par un investissement initial (une grosse somme d'argent au début), qui nous permet de créer et faire marcher notre projet, pour attendre la rentrée des gains par la suite. Le fonctionnement de la VAN est tout aussi simple, il consiste à comparer les gains d'un projet à son investissement initial (Nji et Tchakoa, 2000)

VANn [Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten] - Investissement initial avec

VANn : la valeur actuelle nette du projet d'un nombre d'années n CFn : les gains ou le cash-flow de la nème année

Critère de rejet

Si la VAN est négative, c'est-à-dire VAN < 0, cela signifie que l'investissement n'est pas couvert par les gains, donc le projet n'est pas rentable.

Critère de sélection

Si la VAN est positive, c'est-à-dire VAN > 0, on a plus de gains par rapport à ce qu'on a dépensé, alors dans ce cas le projet est rentable.

2.2.3.2.2 Le taux de rentabilité interne (TRI)

Le TRI est un outil de décision à l'investissement. Un projet d'investissement ne sera généralement retenu que si son TRI prévisible est suffisamment supérieur au taux bancaire

(i), pour tenir compte notamment de la prime de risque propre au type de projet (Nji et Tchakoa, 2000).

Le calcul du Taux de Rentabilité Interne (TRI) permet à un décideur d’évaluer la rentabilité d’un investissement. L’évaluation du projet est souvent décidée suivant que le TRI est inférieur ou supérieur au taux bancaire. Le projet d’investissement est retenu si TRI > i.

2.2.3.2.3 Le ratio bénéfice - coûts

C’est le rapport entre les bénéfices d’une exploitation et les coûts induits pendant une période donnée. Ce ratio est intéressant lorsqu’il est supérieur ou égal à 1.

Les critères choisis pour évaluer la rentabilité financière des systèmes agroforestiers nous permettrons aussi de sélectionner celui ou ceux qui sont rentables.

2.3 REVUE DE LITTERATURE

Les fruitiers sauvages en plus de leur usage en nutrition, médecine traditionnelle et pharmacopées et extractions diverses remplacent de plus en plus les arbres d’ombrages communs dans les plantations de cacao et de café (Sonwa, 2002).

L’intérêt que suscitent les AFC au Cameroun n’est plus à démontrer à la vue du nombre important d’études, d’observations et de critiques dont elles font l’objet.

2.3.1 Valeur et rentabilité des AFC

2.3.1.1 Les plantes compagnes du cacao dans les AFC

Une meilleure connaissance des systèmes agroforestiers à base de cacao passe par une prise en compte de toutes les composantes du système. Les arbres associés au cacaoyer, longtemps négligés par la recherche, sont à la base de la structure et de l’écologie de ces agroforêts (Sonwa, 2002). En effet, pendant longtemps, la gestion de ces espaces s’est concentrée sur l’arbre cacaoyer au détriment des autres composantes. Cependant, du fait de la crise cacaoyère, du fort intérêt porté à la gestion et à la conservation des plantes indigènes, ainsi que du souci croissant d’allier sur des mêmes espaces conservation et production, l’accent est mis aujourd’hui sur la prise en compte de toutes les composantes dans la gestion de ces espaces. Ceci a ainsi justifié de nombreuses publications (Gockowski et Dury, 1999; Gockowski et Weise, 1999 ; Sonwa et al., 2000, 2001, 2002; Duguma et al., 2001).

L’étude de Hietet (2005) précise que parmi les plantes associées au cacaoyer, on note une certaine préférence pour Dacryodes edulis, Ricinodendron heudelotii, Irvingia gabonensis, et pour de nombreuses espèces fruitières exotiques du genre citrus qui sont toutes plantées et commercialisées.

Dans son étude menée d’Avril à Octobre 2005 dans la province du Centre, (et plus particulièrement dans trois arrondissements) avec pour objectif principal de dresser un bilan financier des systèmes de cacaoculture plurispécifiques du Centre Cameroun, Todem (2005) a inventorié toutes les espèces présentes dans les cacaoyères, estimé la production annuelle du cacao et de chacune des espèces associées et le revenu engendré au producteur. L’inventaire exécuté dans les sites d’étude a montré une densité de 121,9 arbres autres que le cacao par hectare. Le rendement du cacao obtenu dans l’ensemble de la zone est de 385,7 kg ha-1. Comme dans l’étude de Hietet, l’étude de Todem (2005) montre une préférence d’association avec des fruitiers exotiques du genre citrus, et des fruitiers locaux comme I. gabonensis et D. edulis.

Le tableau 1 présente l’ordre de préférence et d’intégration des espèces dans les plantations.

Tableau 1: Espèces prioritaires en matière de domestication dans les zones forestières humides d'Afrique centrale et de l'ouest suivant les préférences paysannes

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Source: Franzel et al., 1996.

*Principales utilisations:

F= aliment C= source monétaire M= médicinale T= Bois d’oeuvre W= Bois de chauffage S= Ombrage

2.3.1.2 Sur le plan social

Au-delà de l’intérêt économique et séculier qu’elles suscitent, les AFC sont aussi des cadres qui ont permis aux planteurs de tisser une certaine intimité avec leurs écosystèmes.

Dans une étude menée par Hietet (2005), il était question d’analyser la valeur socio économique des AFC dans le Centre Cameroun. Pour ce faire, l’auteur va au moyen des observations, des enquêtes et des inventaires, décrire les espèces présentes dans les cacaoyères et les différentes relations que les propriétaires ont tissées avec chacune de ces espèces.

Les résultats de ladite étude révèlent que les planteurs accordent une grande valeur au cacao. Cette valeur est principalement attribuée à la contribution au revenu global des ménages.

Sur le plan social aussi, environ 400.000 familles de producteurs Camerounais tirent l'essentiel de leurs revenus du cacao (Duguma, 1994). Ces revenus sont estimés à plus de 100 milliards de francs CFA (ONCC, 2009). L’argent du cacao sert généralement à la satisfaction des grands besoins des paysans (frais de dot pour le mariage, construction d’une maison, traitement d’une maladie, scolarisation des enfants, etc.). Dans un contexte où l'épargne est souvent difficile, la vente du cacao à une période donnée permet d’avoir de l’argent rapidement, particulièrement à la veille des rentrées scolaires.

Socialement également, les cacaoyères sont perçues comme appartenant à la famille, et la vente du terrain est généralement mal reçue. Dans l’ensemble de la zone de forêt humide du sud Cameroun, 97 pour cent des cacaoculteurs sont natifs du terroir et la moitié des cacaoyères sont héritées (Sonwa et al., 2000).

2.3.1.3 Sur le plan écologique

Les AFC sont moins dommageables à l’environnement que les autres formes de gestion des sols en zones de forêt humide au Sud du Cameroun (Kotto Same et al, 2000).

Duguma et al.(2001), renchérit que les pratiques culturales associées à la cacaoculture causent moins de dommages aux fragiles ressources de la région, comparé au système dominant d’utilisation des terres basé sur la culture itinérante sur brûlis.

La structure complexe des AFC, similaire à celle des forêts qu’elles ont remplacées, permet une conservation de la biodiversité forestière (Sonwa et al, 2000). La même étude de Sonwa révèle que dans les zones où la dégradation des forêts est assez poussée, comme dans la Lékié, les cacaoyères restent les seuls lieux qui rappellent les forêts disparues. Elles hébergent une grande diversité floristique et faunique et jouent un rôle important dans la régulation thermique et les cycles des nutriments.

Todem en 2005 reprenant les dires de Dupriez et De Leener (1993), souligne les services écologiques que produisent les espèces ligneuses dans les cacaoyères par la limitation de l’érosion éolienne et hydrique, l’effet brise-vent, la réduction de la température du sol, etc.

Il rappelle en même temps que les espèces ligneuses présentes dans les cacaoyères sont aussi utiles pour la production des biens consommables par l’homme et/ou par les animaux : fruits, légumes, graines, fourrages, bois, fibres, médicaments, sans oublier le rôle de production de fertilisants par les feuilles, les branches ou les racines mortes. Concernant cet aspect, une étude suivie de près par Duguma (1994) montre que la biomasse totale dans les agroforêts cacao atteint 304 t ha-1 au Cameroun. Cette biomasse est très élevée par rapport à celle qui est disponible dans les champs vivriers (85 t ha-1), et se classe troisième après la biomasse de la forêt primaire (541 t ha-1), et les jachères prolongées (460 t ha-1).

La préparation initiale du sol supportant les agroforêts cacao cause moins de dégâts sur le sol. La fertilisation des plantations est assurée par la chute des feuilles des cacaoyers et des arbres associés. Ainsi, 6 à 8,5 tonnes de litière (feuilles, bois, fleurs et fruits) tombent par an dans les cacaoyères du Sud-Cameroun. Cette chute procure au sol annuellement 50 à 55 kg d’azote, 3,5 à 4 kg de phosphore, 35 à 40 kg de potassium, environ 90 kg d’aluminium et 25 kg de magnésium (Duguma et al., 2001).

2.3.1.4 Sur le plan économique : La rentabilité des agroforêts à base de cacao

Dans la même étude de Todem (2005) précédemment citée, il ressort que les revenus nets du cacao dans la zone varient en fonction de la situation de coûts. Ils sont de 148.663 FCFA par hectare en situation de coûts faibles (qui ne tient pas compte du coût d’opportunité de la main d’œuvre et du capital) et de 132.969 FCFA par hectare en situation de coûts élevés (qui tient compte du coût d’opportunité de la main d’œuvre et du capital).

C’est au niveau de ces revenus financiers que notre étude trouve toute sa place dans une agroforêt cacao car, ces études ont certes relevé la valeur économique accordée au cacao par les planteurs et les revenus issus du cacao seul. Par contre, l’apport et les coûts des arbres compagnons du cacaoyer sont négligés et même inexistants dans ces différentes études.

L'économie du Cameroun repose principalement sur l'agriculture ; le cacao occupe une place de choix parmi les produits agricoles d'importance. En effet, le cacao représente avec le café 28 % environ des exportations non pétrolières et 40 % des exportations du secteur primaire. Il constitue la principale source de revenus monétaires des masses rurales des provinces du Centre, du Sud, du Sud-Ouest, de l'Est et du Littoral. Le secteur cacao représente au Cameroun environ 2 % du PIB national et 6 % du PIB primaire et à peu près 30 % du PIB du sous-secteur des produits agricoles destinés à l'exportation et à la transformation (ONCC, 2009).

La gestion du cacaoyer et des plantes associées dans les agroforêts cacaoyères génère des devises importantes dont les répercussions se situent aussi bien au niveau rural que national en passant par une multitude d’intermédiaires (acheteurs, transporteurs, etc.) (Sonwa, 2002).

Sur le plan macro-économique, pendant les années de cours favorables, les prélèvements par stabilisation étaient au-dessus de 60 milliards de Francs CFA par an (66 milliards en 1984/1985) (Losch et al., 1991). Ces sommes prélevées pour la stabilisation ont beaucoup servi au développement d’autres secteurs de la vie nationale. Dix pour cent de taxes sont prélevés par l’état sur l’exportation du cacao ainsi que 6,5 pour cent sur l’importation des intrants comme les pesticides et 17 pour cent de «turn-over taxes» (Gockowski et Dury, 1999; Losch et al., 1991). La filière cacao procure de l’argent aux acheteurs de cacao, aux transporteurs, aux vendeurs de pesticides, etc.

La vente du cacao, principal produit issu de la cacaoyère, procure des quantités importantes de revenus aux ménages. C’est ainsi que Leplaideur (1985) affirme que la cacaoculture contribue de 50-75% du budget de 90% des ménages du Centre en 1985.

L’étude de Hietet en 2005 soutient que le cacaoyer demeure une source de revenus importante car il représente jusqu'à 48% du revenu total des ménages dans la zone du Centre-Sud du Cameroun. Les enquêtes effectuées par cet auteur révèlent d’ailleurs que les recettes liées au cacao sont de 375.430 FCFA, 216.200 FCFA, et 201.675 FCFA par ha, respectivement pour les sites de Lékié, Mefou et Afamba et Mvila.

Lors de la campagne de 1983-1984, près de 7 milliards ont été payés aux cacaoculteurs de la Lékié, soit 230.000 FCFA par planteur (Sonwa, 2002).

En parcourant cette revue de littérature, il ressort en dernier analyse que très peu d’études existent sur la rentabilité des agroforêts proprement dite et que les systèmes enrichis par des arbres domestiqués n’ont pas encore fait l’objet d’une attention de cette sorte. Pour ces raisons, les objectifs de notre étude s’inscrivent dans la continuité des analyses antérieures, encore que les données exploitables sont tirées en grande partie de ces analyses.

99 de 99 pages

Résumé des informations

Titre
Rentabilité financière des agroforêts à base de cacao enrichi par des arbres domestiqués
Cours
Economie rurale
Note
18/20
Auteur
Année
2010
Pages
99
N° de catalogue
V303283
ISBN (Livre)
9783668025431
Taille d'un fichier
2149 KB
Langue
Français
Annotations
Comment permettre aux petits producteurs de devenir plus indépendants financièrement en utilisant les arbres locaux.
mots-clé
Cacao, rentabilité, profitabilité, revenu, paysans, arbres améliorés, domestication, agroforêt, agroforesterie, profit, bénéfices, gams
Citation du texte
Lea Yvonne Eboutou (Auteur), 2010, Rentabilité financière des agroforêts à base de cacao enrichi par des arbres domestiqués, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/303283

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