Les explorations au XVe siècle ont mis les Européens en contact avec d'autres peuples. Les explorateurs se rendirent compte du caractère «policé» de ces peuples. Ils partirent ainsi à leur conquête avec l'idée de : Commercer – Christianiser – Civiliser. L'une des conséquences de ces rencontres avec les «Les Nègres d'Afrique» par exemple est l'esclavage. Ce commerce d'hommes, entre-temps officieusement aboli, trouva l'assentiment de certains grands hommes comme Bonaparte qui voulut le réintroduire après la Révolution Française de 1789, ce qui ne trouva pas écho favorable à Haïti par exemple.
Dans l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, lequel constitue le corpus de notre travail, l'appréhension que les uns et les autres ont de l'esclavage n'est pas la même. Les uns le soutiennent par le fait que Le Nouveau Monde est une nouvelle terre à mettre en valeur à tout prix. Pour ce faire, cette terre a besoin de la main-d’œuvre. Les «Nègres», partageant les mêmes caractéristiques qui définissent les peuples et les hommes, en constituent non seulement la main-d'œuvre abondante, mais aussi la plus adaptée.
Le Romain par exemple, en fait subtilement une apologie inavouée dans son article «Nègres, considérés comme esclaves dans les colonies de l’Amérique». A l'inverse, les autres, à l'instar de Montesquieu et Le Chevalier de Jaucourt, pensent que c'est un crime contre l'humanité. De ces divers points de vue, se pose alors la question de la légitimité de l'esclavage. Le regard approbateur ou accusateur des encyclopédistes sur l'esclavage est donc à étudier. Le point de vue des peuples opprimés ne sera pas du reste dans ce débat qui constitue le rendez-vous de l'histoire.
Nous commenterons cet aspect du sujet à la lumière des différents points de vue d'auteurs dans l'œuvre phare des Lumières: L'encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Les textes qui donneront matière à réflexion sur le sujet seront aussi mis à contribution.
Table des matières
Introduction
I. L'esclavage, un système aux profits multiples
1. L'Amérique: un besoin en main- d'œuvre
2. Les intérêts de l'Occident
3. Les nègres, un peuple à civiliser
II. L'esclavage et les droits de l'Homme
1. La condamnation d'une pratique «barbare» et «sauvage»
2. L'esclavage et le risque de la perte de l'identité
III. L'esclavage et la question de la dette.
Conclusion
Objectifs et thématiques
Cette étude examine la perception contrastée de l'esclavage dans l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, en confrontant les arguments économiques des partisans de cette pratique aux condamnations morales des auteurs des Lumières et des écrivains africains contemporains, afin d'aborder les enjeux de légitimité, d'identité et de dette coloniale.
- L'analyse des justifications économiques et religieuses de l'esclavage dans l'Encyclopédie.
- La critique humaniste et juridique de la traite négrière par les encyclopédistes.
- L'impact de l'esclavage et de l'aliénation culturelle sur les peuples opprimés.
- La perspective des auteurs africains sur le déracinement et la quête d'identité.
- Le débat contemporain sur la dette coloniale et la responsabilité historique.
Extrait du livre
L'Amérique: un besoin en main- d'œuvre
Lorsque les explorateurs précisent peu à peu les vrais contours de la terre, les curiosités naissent. Ces curiosités ont pour la plupart comme corollaire la domination sur d'autres peuples, étant donné qu'ils sont moins «policés» que ceux des explorateurs. Ces peuples seraient encore dans un état de développement «primitif». Pour ce faire, il faut leur apporter la bonne nouvelle, les bonnes mœurs, bref les éduquer et réveiller en eux l'humanisme latent. C'est ainsi que la colonisation a commencé. Comme conséquence, l'esclavage est né dans le dessein de mettre en valeur les nouvelles terres d'Amérique. Cet esclavage conduit à la Traite négrière entre les trois continents: l'Europe, l'Afrique et l'Amérique.
Que comprend-on réellement de l'esclavage selon l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert? Selon Le Chevalier de Jaucourt, le plus prolifique des encyclopédistes, «L'esclavage est l'établissement d'un droit fondé sur la force, lequel droit rend un homme tellement propre à un autre homme, qu'il est le maître absolu de sa vie, de ses biens, & de sa liberté». 1Ainsi, l'esclavage est-il l'usage de la force pour soumettre un homme ou un peuple. Ce faisant, l'esclavage fait de l'un le maître et de l'autre l'esclave, le premier ayant le droit de vie et de mort sur le second. Tous les biens de celui-ci lui reviennent aussi de droit. L'esclavage est donc très intrinsèque avec la servitude.
Résumé des chapitres
Introduction: Présentation du contexte historique de l'esclavage et du corpus de travail constitué par l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert.
I. L'esclavage, un système aux profits multiples: Analyse des motivations économiques des puissances coloniales et des justifications idéologiques basées sur l'exploitation de la main-d'œuvre africaine.
1. L'Amérique: un besoin en main- d'œuvre: Examen du rôle de l'esclavage dans la mise en valeur des terres américaines et des définitions encyclopédiques de la servitude.
2. Les intérêts de l'Occident: Étude des bénéfices tirés par les puissances européennes, tant dans les colonies qu'au sein de la domesticité en Europe.
3. Les nègres, un peuple à civiliser: Exploration des préjugés sur l'altérité et de la théorie des «trois C» (Commercer, Christianiser, Civiliser).
II. L'esclavage et les droits de l'Homme: Présentation des voix encyclopédiques qui s'opposent à l'esclavage au nom de la morale, de la raison et du droit naturel.
1. La condamnation d'une pratique «barbare» et «sauvage»: Analyse des arguments de Jaucourt dénonçant la traite comme une violation de la dignité humaine.
2. L'esclavage et le risque de la perte de l'identité: Analyse des conséquences aliénantes de l'impérialisme culturel sur les peuples africains à travers les écrits de penseurs contemporains.
III. L'esclavage et la question de la dette.: Réflexion sur les enjeux contemporains liés à la dette coloniale et à la nécessité d'un travail de mémoire.
Conclusion: Synthèse des points de vue contradictoires et réaffirmation du caractère sacré de la liberté humaine.
Mots-clés
Esclavage, Encyclopédie, Diderot, Jaucourt, Lumières, Droits de l'Homme, Traite négrière, Identité, Colonialisme, Dette coloniale, Humanisme, Afrique, Aliénation, Morale, Liberté.
Foire aux questions
Quel est l'objectif principal de ce travail de recherche ?
L'ouvrage vise à analyser la perception de l'esclavage dans l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, en mettant en contraste les discours justifiant l'exploitation économique et ceux, humanistes, condamnant la négation de la dignité humaine.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes principaux comprennent la justification économique de la traite, le choc des cultures, la condamnation morale de l'esclavage par les Lumières, la perte d'identité des peuples opprimés et la question contemporaine de la dette coloniale.
Quelle est la question de recherche fondamentale ?
La question centrale est celle de la légitimité de l'esclavage, posée à travers le regard contradictoire des encyclopédistes, partagé entre une apologie du système colonial et une défense des droits naturels.
Quelle méthodologie est appliquée ?
L'étude repose sur une analyse textuelle critique des articles de l'Encyclopédie ainsi que sur une mise en perspective avec des auteurs africains contemporains pour illustrer les conséquences de l'esclavage.
Quels aspects sont traités dans la partie principale ?
La partie principale traite des fondements économiques de la traite, de la classification de l'esclavage, de la critique juridique de la violation des droits humains et des impacts psychologiques et culturels sur les populations africaines.
Quels termes définissent le mieux cette œuvre ?
L'œuvre est caractérisée par des termes comme esclavage, droits de l'homme, Lumières, aliénation culturelle, impérialisme et dette coloniale.
Comment Le Chevalier de Jaucourt définit-il l'esclavage dans l'Encyclopédie ?
Il le définit comme l'établissement d'un droit fondé sur la force, qui rend un homme absolument soumis à la volonté, aux biens et à la vie d'un autre, le qualifiant de «honte de l'humanité».
Quel est le lien entre l'esclavage et la perte d'identité selon les auteurs cités ?
La perte d'identité est présentée comme la conséquence la plus grave de l'impérialisme culturel, entraînant un déracinement et une aliénation des valeurs propres aux peuples opprimés, tel que décrit notamment par Seydou Badian et Léopold Sédar Senghor.
Pourquoi la question de la dette coloniale est-elle abordée dans ce travail ?
Cette question permet d'actualiser le débat, en passant de l'analyse historique des faits à une réflexion contemporaine sur la responsabilité des anciennes puissances coloniales envers les peuples africains.
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- Kangnikoé Adama (Author), 2015, Esclavage. Regard des Européens dans l´Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et le point de vue des auteurs Africains, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/311918