Au 19e siècle, lorsque la lutte pour l´égalité des droits entre homme et femme s´intensifie, l´image traditionnelle de la femme commence à se modifier. Depuis le mouvement des femmes dans les années 60 aux USA et 70 dans les pays occidentaux, le féminisme a pris son envol. Dès lors, les stéréotypes sur la femme dans le domaine de l´éducation, de la formation, son exclusion de la vie politique et ses charges familiales ont été mis en cause.
La littérature féminine africaine, plus précisément d´expression française est bien jeune, car elle n´a que l´âge des Indépendances des pays africains francophones, lesquels, pour la plupart, accèdent à cette souveraineté dans les années 1960. Toutefois, en 1956, on peut remarquer déjà que Marie-Claire Matip publie N´gonda. Ladite littérature n´est pas restée en marge des différents mouvements politiques et sociaux. À partir des années 1970, le continent noir connaît une éclosion d´écrivains femmes sous la plume desquelles on pourrait lire différents sujets dépeignant non seulement la condition de la femme, mais aussi décrivant les différents bouleversements sociaux d´après les Indépendances. Au nombre de ces femmes écrivains, nous pouvons citer Ken Bugul (Le baobab fou), Calixte Beyala (Seul le diable le savait), Aminata Sow Fall (Le Jujubier du patriarche), Werewere Liking (L´amour-cent-vies). Aussi différentes les unes que les autres, les formes d´écriture, de style, de thèmes abordés relatent les faits sociaux avec acuité.
Au nombre de ces écrivains femmes qui, partant souvent de leurs diverses expériences au foyer, prennent la parole et décrivent leur propre vie, s´illustre de si fort belle manière Mariama Bâ. Née en 1929 au Sénégal et élevée dans un milieu musulman traditionnel, son roman épistolaire Une si longue lettre l´a propulsée au-delà des frontières africaines en traitant d´un style aigre-doux la condition de la femme. Dans cette œuvre, Mariama Bâ pointe la polygamie, dénonce la forte dominance des hommes, les sujets cruciaux qu´attaque le mouvement des femmes des années 70. Au-delà de la femme, c´est la société qui est peinte avec ses problèmes récurrents.
Avant l´entrée en lice des femmes en littérature, ce sont les hommes qui écrivaient de et sur la femme, traitant ce sujet sous divers angles – parfois aussi avec beaucoup de préjugés. Le regard s´est sensiblement infléchi grâce à l´écriture féminine. [...]
Table des matières
1. Bref historique de l´écriture féminine en Afrique noire francophone
1.1. La marmite de Koka M´bala : Mythe ou réalité ?
1.2. Femmes et gestion de la cité de Koka M´bala
1.2.1 Les femmes sur les chemins de l´égalité
1.2.2 Tradition ou modernité ? Femmes et rebellions
1.2.3 La femme ou le socle de la famille : Lemba et le roi Bintsamou
1.2.4 Du face à face à Koka M´bala : les femmes et un nouveau terrain de combats
2. Une si longue lettre, les pesanteurs socioculturelles
2.1 Modou Fall et Ramatoulaye
2.2 L´équilibre des rapports sociaux : Mawdo et Aïssatou
2.3 Rapport épouse versus belle-famille
2.4 Ramatoulaye et Aïssatou face à leurs enfants
2.5 La femme, une espèce à part
2.6 Une si longue lettre, de l´autobiographie ?
3. Défis de la modernité et perspectives
3.1 Les femmes face aux défis de la modernité : Lemba, Ramatoulaye et Aïssatou
3.2 Le roi Bintsamou, le conseiller Bobolo versus Modou et Mawdo
3.3 Perspectives de La marmite de Koka M´bala et Une si longue lettre
Objectifs et thématiques de recherche
Ce mémoire analyse la représentation des femmes dans les œuvres La marmite de Koka M'bala de Guy Menga et Une si longue lettre de Mariama Bâ, en explorant leur rôle au sein de sociétés patriarcales et leur lutte pour l'émancipation. L'étude cherche à comprendre comment ces personnages féminins défient l'autorité masculine, gèrent les crises sociétales et réclament un nouveau positionnement social fondé sur la justice et l'équité.
- Analyse de la condition féminine et des pesanteurs socioculturelles.
- Étude des conflits de générations et de la résistance à la tradition.
- Exploration de la maternité et de la solidarité féminine comme leviers d'action.
- Rôle de la femme dans la gestion de la cité et la prise de décision politique.
- Confrontation entre les aspirations à la modernité et les normes patriarcales.
Auszug aus dem Buch
La reine Lemba face aux décisions du conseil
J´en conviens, mais il est peut-être temps que nous nous en mêlions. Cet enfant dont tu souhaites la condamnation immédiate, ne sort-il pas des entrailles d´une mère ? Et tous ceux que ta cupidité a déjà envoyés à la fosse n´ont-ils pas été enfantés par des mères ? Et toi-même Bobolo, serais-tu venu d´un tronc de palétuvier ? Alors c´est nous qui souffrons pour donner ces enfants et c´est vous qui en disposer à votre aise ? (p. 11)
Ces propos de Lemba sont perçus par Bobolo comme une injure à sa personne. Vu la place qu´occupe Bobolo dans Koka M´bala, une femme qui lui parle ainsi est pendable. Mais Lemba y est arrivée. Le zèle de Lemba lui vient de sa conscience et de l´instinct de mère. En effet, Lemba est dérangée dans sa conscience du fait que les jeunes gens, et parfois des innocents, sont sacrifiés.
Résumé des chapitres
1. Bref historique de l´écriture féminine en Afrique noire francophone : Ce chapitre retrace l'émergence des voix littéraires féminines et pose le cadre contextuel de la lutte des femmes en Afrique.
1.1. La marmite de Koka M´bala : Mythe ou réalité ? : L'auteur analyse les bases fictionnelles et les ancrages réels de la pièce de Guy Menga.
1.2. Femmes et gestion de la cité de Koka M´bala : Ce chapitre examine le pouvoir exercé par la reine Lemba dans le royaume.
1.2.1 Les femmes sur les chemins de l´égalité : Discussion sur les appuis symboliques de la reine et son rôle central.
1.2.2 Tradition ou modernité ? Femmes et rebellions : Analyse de la confrontation entre le pouvoir traditionnel et les aspirations nouvelles.
1.2.3 La femme ou le socle de la famille : Lemba et le roi Bintsamou : Étude de la relation privilégiée entre la reine et le souverain.
1.2.4 Du face à face à Koka M´bala : les femmes et un nouveau terrain de combats : Synthèse sur la lutte de Lemba face aux hommes puissants.
2. Une si longue lettre, les pesanteurs socioculturelles : Analyse des contraintes imposées aux femmes sénégalaises dans le cadre conjugal.
2.1 Modou Fall et Ramatoulaye : Étude de la trahison conjugale et de ses conséquences sur la famille.
2.2 L´équilibre des rapports sociaux : Mawdo et Aïssatou : Examen des tensions liées aux castes et aux pressions familiales.
2.3 Rapport épouse versus belle-famille : Analyse des ingérences de la belle-famille dans la vie du couple.
2.4 Ramatoulaye et Aїssatou face à leurs enfants : Étude du rôle maternel comme moteur de survie et de résistance.
2.5 La femme, une espèce à part : Réflexion sur la marginalisation de la femme en milieu polygamique.
2.6 Une si longue lettre, de l´autobiographie ? : Analyse de la dimension personnelle de l'œuvre de Mariama Bâ.
3. Défis de la modernité et perspectives : Synthèse des défis communs aux femmes dans les deux œuvres et vision d'avenir.
3.1 Les femmes face aux défis de la modernité : Lemba, Ramatoulaye et Aïssatou : Comparaison des stratégies d'émancipation des héroïnes.
3.2 Le roi Bintsamou, le conseiller Bobolo versus Modou et Mawdo : Analyse des postures masculines face aux mutations sociales.
3.3 Perspectives de La marmite de Koka M´bala et Une si longue lettre : Conclusion sur la portée sociale et politique de ces textes.
Mots-clés
Féminisme, Littérature africaine, Patriarcat, Tradition, Modernité, Polygamie, Émancipation, Maternité, Identité féminine, Solidarité féminine, Lutte des genres, Justice sociale, Pouvoir politique, Engagement littéraire, Socioculturel.
Foire aux questions
Quel est le sujet principal de cette étude ?
Ce travail explore l'image de la femme et son rôle politique et social à travers deux œuvres majeures de la littérature africaine : La marmite de Koka M'bala et Une si longue lettre.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes incluent le poids de la tradition, la polygamie, les conflits de générations, la marginalisation des femmes et leur quête d'autonomie financière et sociale.
Quel est l'objectif principal de la recherche ?
L'objectif est de démontrer comment les femmes, par leurs performances sociales et leur refus d'être soumises, dénouent des situations complexes et redéfinissent leur place dans la société.
Quelles méthodes scientifiques sont utilisées ?
L'auteur utilise la critique thématique, la critique de l'imaginaire (Gaston Bachelard), la psychanalyse et la théorie féministe Queer de Judith Butler.
Que traite-t-on dans le corps du texte ?
Le corps du texte analyse de manière détaillée le rôle de la reine Lemba chez Guy Menga et les trajectoires de Ramatoulaye et Aïssatou chez Mariama Bâ, tout en faisant des liens avec d'autres auteurs africains.
Quels sont les mots-clés qui caractérisent ce mémoire ?
Le mémoire se définit par des concepts comme le féminisme africain, la résistance au patriarcat, la solidarité féminine et le rôle de l'éducation dans l'émancipation.
Quel rôle joue la reine Lemba dans La marmite de Koka M'bala ?
Lemba est présentée comme une conseillère influente et courageuse qui défie le féticheur Bobolo pour faire abolir la peine capitale et protéger les jeunes.
Comment Aïssatou se distingue-t-elle dans Une si longue lettre ?
Aïssatou incarne la femme moderne et active qui choisit la rupture et l'autonomie financière face à l'injustice de la polygamie, contrairement à Ramatoulaye qui reste plus longtemps dans le foyer.
Pourquoi l'auteur rapproche-t-il ces deux œuvres ?
Bien que de genres différents (théâtre et roman), les deux œuvres traitent de la dénonciation des pesanteurs socioculturelles et soulignent la nécessité d'une évolution des rapports entre hommes et femmes.
- Quote paper
- Kangnikoé Adama (Author), 2015, L´image de la femme africaine au travers des auteurs africains. Guy Menga "La marmite de Koka M´Bala" et Mariama Bâ "Une si longue lettre", Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/311926