Le moteur franco-allemand serait-il mort, comme l’a annoncé Le Figaro, le 21 février 2002, à la veille du lancement de la convention et la publication de la lettre Blair-Schröder sur l’amélioration du fonctionnement du Conseil ? Cette inquiétude, qualifiée de «à la fois excessive et injustifiée» par Hans Stark, a laissé place à un retour de l’image d’une relation exclusive et amicale entre les deux pays. En fait, aucun pacte germano-britannique n’a jamais remplacé «l’axe franco-allemand ».
Deux événements ont marqué la relance de la coopération franco-allemande au début de l’année dernière : le 40e anniversaire du traité de l’Elysée et la crise irakienne. S’il est difficile de dire lequel des deux a été le plus important dans ces retrouvailles venant après plusieurs années de malentendus et de froideur distante, «le constat est évident».
Or, certains auteurs prétendent aujourd’hui que cette relation particulière a perdu sa raison d’être et qu’il faut la normaliser, tandis que la classe politique sur les deux cotés du Rhin préjuge que la France et l’Allemagne «s’affirment toujours, peut-être plus nécessairement que jamais comme la charnière, la courroie de transmission et la force motrice dont l’Union européenne et l’Europe entière ont besoin».
Nous verrons dans une première partie les caractéristiques d’un partenariat sans équivalent en Europe. Nous expliquerons pourquoi et comment ce partenariat constitua pendant très long temps le principal moteur du processus d’intégration européenne. Nous verrons ensuite les obstacles qui se posent à la France et à l’Allemagne pour maintenir leur relation politique spéciale. Pour cela, nous analyserons les intérêts contradictoires qui émergent comme nouvelles variables politiques, plus importants qu’autrefois suite à la fin de la guerre froide et à l’élargissement de l’UE. Aussi faudra-t-il considérer les réactions ambiguës d’autres partenaires politiques en Europe et dans le monde entier face au partenariat franco-allemand.
Table des matières
Introduction
I. LE COUPLE FRANCE-ALLEMAGNE : PRINCIPAL MOTEUR DE L’INTEGRATION EUROPEENNE
A) Une entente franco-allemande nécessaire…
1. Pourquoi : Des intérêts complémentaires au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale
2. Comment : Le traité de l’Élysée et l’institutionnalisation progressive des relations bilatérales
B) …pour l’avancement de l’Europe
1. Les lents progrès de la construction européenne face à une coopération franco-allemande inachevée
2. Le « moteur » franco-allemand et la mise en œuvre des grands projets communautaires
II. LES OBSTACLES A LA PERSISTANCE D’UNE RELATION FRANCO-ALLEMANDE PRIVILEGIEE
A) Entente non-cordiale : nouvelle divergence d’intérêts à l’intérieur du couple
1. La PAC, « véritable serpent de mer » face à l’élargissement de l’UE
2. Quelle finalité européenne ?
B) Fin du directoire ? L'axe franco-allemand contesté dans l’Union élargie
1. La crise irakienne et le sabotage concerté de la PESC
2. L’opportunisme fiscal et le non respect du « Pacte de stabilité »
Conclusion
Objectifs et thèmes de l'étude
Cette recherche examine l'évolution et les défis du partenariat franco-allemand, historiquement considéré comme le moteur de l'intégration européenne, dans un contexte post-Guerre froide et suite à l'élargissement de l'Union européenne. L'objectif principal est d'analyser si ce couple spécial peut maintenir sa fonction motrice malgré des intérêts divergents et une contestation croissante au sein d'une Europe élargie.
- Le rôle historique du moteur franco-allemand dans la construction européenne.
- L'institutionnalisation des relations bilatérales, notamment via le traité de l’Élysée.
- Les sources de divergence d'intérêts (PAC, finalité européenne, enjeux fiscaux).
- L'impact de la crise irakienne sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
- La remise en question du modèle de leadership franco-allemand dans l'Union élargie.
Extrait du livre
1. Pourquoi : Des intérêts complémentaires au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale
Comment expliquer la singularité des relations franco-allemandes ? Marie-Thérèse Bitsch souligne que l’entente franco-allemande « n’est pas conditionnée par des affinités personnelles ou partisanes particulièrement étroites entre dirigeants »5, même si la proximité spirituelle entre Robert Schumann et Konrad Adenauer ou la bonne entente entre Walter Hallstein et Maurice Faure a pu faciliter le rapprochement. « […] La solidarité du couple franco-allemand […] relève du volontarisme politique. Mais ce volontarisme n’est pas gratuit. Il est commandé par le sens de l’intérêt de chacun des deux partenaires »6.
Quels sont alors ces intérêts nationaux complémentaires ? Les deux pays voisins incarnent beaucoup plus que d’autres États ou groupes d’États l’ensemble européen dans toute sa diversité et ses contradictions, ses mentalités et ses cultures. Les deux peuples partagent un passé douloureux mais aussi, depuis plus de cinquante ans maintenant, un mouvement historique de réconciliation, puis d’étroite coopération. À l’origine de cette réconciliation figure la situation d’après-guerre, avec la nécessité de maintenir la paix et de reconstruire le continent. Cette nécessité coïncide avec le début de la guerre froide.
En Allemagne, Konrad Adenauer était convaincu qu’une entente avec la France était « la clef de la paix »7. Il prit une position différente de celle du futur président libéral Theodor Heuß, formé dans la tradition de la République de Weimar à la Brückentheorie (« théorie du pont »), selon laquelle on ne devait pas forcer l’Allemagne à choisir entre l’Europe occidentale et orientale. Adenauer craignait un accord entre les États-Unis et l’URSS « sur le dos de l’Allemagne »8. Dans son discours de Cologne, prononcé le 24 mars 1946 devant l’Union chrétienne-démocrate de la zone britannique d’occupation, Adenauer insista sur l’importance de l’économie pour cette entente :
Résumé des chapitres
Introduction: Présentation du questionnement sur la pérennité du moteur franco-allemand face aux nouvelles réalités politiques et économiques européennes.
I. LE COUPLE FRANCE-ALLEMAGNE : PRINCIPAL MOTEUR DE L’INTEGRATION EUROPEENNE: Analyse historique du partenariat franco-allemand comme fondement de la réconciliation et de la construction communautaire.
II. LES OBSTACLES A LA PERSISTANCE D’UNE RELATION FRANCO-ALLEMANDE PRIVILEGIEE: Examen des tensions contemporaines, incluant la réforme de la PAC, la finalité politique de l'Europe et les crises de gouvernance dans l'UE élargie.
Conclusion: Synthèse sur l'érosion du rôle moteur du couple et perspectives sur une politique étrangère européenne future plus diversifiée.
Mots-clés
partenariat franco-allemand, intégration européenne, traité de l’Élysée, Politique agricole commune, PAC, élargissement de l'UE, PESC, union politique, crise irakienne, Pacte de stabilité et de croissance, souveraineté, souverainisme, fédéralisme, relations bilatérales, moteur européen.
Questions fréquemment posées
Quel est le sujet central de cette étude ?
Le travail analyse la pertinence et l'efficacité actuelle de la relation privilégiée entre la France et l'Allemagne dans un contexte où le rôle de "moteur" de l'intégration européenne est de plus en plus contesté.
Quels sont les domaines thématiques abordés ?
Les thèmes principaux incluent la genèse historique de l'entente franco-allemande, l'institutionnalisation des relations, la réforme de la PAC, les divergences sur la nature de l'Union européenne et les impacts diplomatiques de crises comme celle de l'Irak.
Quel est l'objectif primaire de la recherche ?
L'étude vise à démontrer comment les intérêts nationaux, autrefois complémentaires, sont devenus divergents, posant ainsi un défi à la pérennité du modèle de coopération franco-allemande traditionnel.
Quelle méthodologie est employée dans cet ouvrage ?
L'auteur utilise une approche historique et analytique, s'appuyant sur des documents officiels, des discours politiques, des traités fondateurs et des analyses critiques de chercheurs en relations internationales.
Que traite principalement le chapitre sur les obstacles ?
Il se concentre sur les frictions liées à la réforme budgétaire de la Politique Agricole Commune, les visions opposées sur la finalité de l'Europe (fédéralisme contre Europe des États) et les conséquences diplomatiques des prises de position franco-allemandes isolées.
Par quels mots-clés peut-on caractériser cette œuvre ?
Le partenariat franco-allemand, l'intégration européenne, la PAC, la PESC, la crise institutionnelle et le dilemme entre coopération bilatérale et élargissement de l'UE sont les axes conceptuels dominants.
Quel rôle a joué la crise irakienne dans la remise en cause du couple ?
La crise irakienne a révélé une fracture au sein de l'Union européenne, où l'axe franco-allemand a été perçu par de nombreux autres partenaires comme une tentative hégémonique, affaiblissant ainsi la crédibilité de la politique étrangère européenne commune (PESC).
Comment l'Allemagne et la France gèrent-elles leurs divergences économiques ?
Historiquement, via des compromis politiques "mutuellement avantageux". Cependant, l'étude montre qu'avec l'élargissement, cette méthode de faits accomplis ne suscite plus l'adhésion des autres États membres, provoquant méfiance et résistance.
- Citation du texte
- Christof Wockenfuß (Auteur), 2004, La Fin du Directoire - Quel avenir pour les relations franco-allemandes?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/33796