Une anti-suffrage suisse prend la plume. Lettre de Hedwig Meier à F.T.Wahlen


Essai Scientifique, 2016
21 Pages, Note: 18,5

Extrait

Plan

1. Introduction

2. Cadre historique
2.1. La Suisse en retard par rapport aux autres pays : contexte socio-culturel dans l’entre-deux guerres
2.2. La concrétisation du débat autour du droit de vote des femmes après la 2ème Guerre Mondiale et le développement du mouvement des anti-suffragettes

3. Analyse du texte
3.1. Divergence d’opinions entre milieux sociaux ?
3.2. Le problème de la Convention des droits de l’Homme : le droit de vote est-il un droit fondamental ?
3.3. L’invisibilité médiatique des opposantes au suffrage féminin : un mythe ou une réalité ?
3.4. Un changement dans la société ? La menace de la fin de la supériorité masculine

4. Portées
4.1. La réponse de Friedrich T. Wahlen à Hedwig Meier et ses arguments
4.2. Vers l’obtention du droit de vote des femmes malgré l’opposition des anti-suffragettes

5. Conclusion

Bibliographie

Sources
Lettres et correspondance officielle
Requête officielle

Littérature secondaire
A propos du contexte historique et socio-politique
A propos des différents thèmes évoquées dans l’analyse
Ouvrages, mémoire et thèse utiles pour tout le travail
Articles du Dictionnaire Historique de la Suisse
Site officiel de la Confédération suisse

Annexe
Traduction personnelle de la source

1. Introduction

Le 3 novembre 1965, Hedwig Meier, interpellée par le soutien du conseiller fédéral Friedrich Traugott Wahlen au suffrage féminin, s’empare de sa plume pour lui exprimer un désaveu dont la fermeté n’a d’égale que la courtoisie. Si les suffragettes tentent alors laborieusement de moderniser le statut juridique des femmes dans le pays, les opposantes au droit de vote, de leur côté, défendent avec un zèle grandissant le schéma traditionnel de la division sexuelle du travail. Une thèse centrale qu’elles brandiront jusqu’à la votation de 1971, laquelle inscrit alors le suffrage féminin dans la Constitution helvétique. Alors même que l’échec de la votation de 1959 laissait présager d’une avancée progressive sur la question du suffrage universel[1], quels sont les arguments en défaveur de l’égalité de vote mobilisés par Hedwig Meier ? Ce courrier, dont l’auteure souligne le caractère privé, promeut la notion de statu quo, autre concept omniprésent dans les discours caractéristiques des anti-suffragistes. Si cette position a d’abord séduit une part importante de la population, notamment masculine, les arguments invoqués vont progressivement perdre en force à partir des années 60 pour aboutir à la dissolution des associations anti-suffragistes au lendemain des votations de 1971. Nous tenterons de restituer le contexte socio-culturel dans lequel émergent les premières revendications féministes sur le territoire suisse pour nous concentrer ensuite sur les rapports de classes qui sous-tendent implicitement les enjeux. L’analyse permettra en outre de situer le débat helvétique en regard des positions voisines et des pressions qu’implique, à l’international, un tel décalage. Enfin, nous évoquerons le caractère paradoxal d’une mobilisation féminine, témoignant alors d’un engagement politique personnel pour justement contester leur propre accès à la scène politique. Une contradiction dont, nous le verrons, elles avaient pleinement conscience[2].

2. Cadre historique

2.1. La Suisse en retard par rapport aux autres pays : contexte socio-culturel dans l’entre-deux guerres

Alors qu’elle était le « premier pays à introduire le suffrage universel pour l’ensemble de ses citoyens masculins, la Suisse est en effet le dernier pays démocratique à l’étendre à ses citoyennes »[3]. D’après Brigitte Studer, trois raisons principales expliqueraient ce phénomène, à savoir : l’histoire politique et sociale, la culture et le système politique et les représentations collectives inchangées en raison de la stabilité politique et culturelle de la Suisse[4], empêchant un changement de dynamique sociale dans le pays.

Au lendemain de la première Guerre Mondiale, alors que dans la plupart des pays environnants le droit de vote des femmes est peu à peu introduit, le contexte social suisse ne s’y prête pas encore. La société est alors fortement imprégnée de valeurs patriarcales, une vision renforcée par la composition exclusivement masculine de l’armée. L’entraînement du soldat pour servir dans l’armée était alors décrit comme une « Erziehung zur Männlichkeit »[5]. S’entraîner pour devenir un soldat signifiait s’entraîner pour devenir un citoyen, ce qui excluait donc les femmes de la citoyenneté et leur fermait la porte de la vie politique car elles ne possédaient pas les prérequis nécessaires pour y participer[6]. L’armée, dont le prestige n’avait pas été dévalué durant les Guerres Mondiales en raison du peu de participation de la Suisse aux conflits, a ainsi contribué à maintenir la subordination des femmes aux hommes, et ce aussi dans le domaine politique[7].

La société suisse, durant la première partie du vingtième siècle, s’est polarisée autour du modèle de la séparation des sphères publique et privée, l’homme faisant partie des deux tandis que la femme ne pouvait évoluer qu’à l’intérieur du foyer et de la famille, les deux sexes se complétant[8]. Le travail des femmes était quelque chose de mal vu, en particulier à partir de la crise économique de 1929 qui a entraîné une baisse de l’emploi des femmes au profit des hommes[9] devant subvenir aux besoins de leur famille tandis que les femmes avaient pour tâche principale la gestion du foyer. Cette occupation prenait beaucoup de temps et excluait donc la participation des femmes à la vie politique, celle-ci exigeant un grand investissement temporel et intellectuel, dont elles n’étaient pas capables. Le système politique particulier de la Suisse, où les citoyens possèdent beaucoup de prérogatives avec le droit de vote et d’initiative, a en effet aussi représenté un handicap dans la revendication des femmes pour le suffrage féminin[10]. Pour les dirigeants politiques de l’époque, il apparaissait inconcevable qu’une femme pût être élue en politique, car il semblait alors impossible de pouvoir concilier les tâches domestiques avec une fonction publique.

2.2. La concrétisation du débat autour du droit de vote des femmes après la 2ème Guerre Mondiale et le développement du mouvement des anti-suffragettes

Après la deuxième Guerre Mondiale, l’heure des suffragettes n’a pas encore sonné. Au sortir de la guerre, des votations organisées dans huit cantons se soldent par un refus massif de l’électorat masculin d’étendre le droit de vote aux femmes[11]. L’année 1945 sera marquée par la création du Schweizerischer Kreis gegen das Frauenstimmrecht (ci-après dénommé Kreis), la première association importante depuis la Schweizerische Liga gegen das politische Frauenstimmrecht de 1929. Le Kreis va adresser deux requêtes en défaveur du suffrage féminin respectivement en 1946 et 1951, qui ne connaîtront qu’un succès modeste, les politiciens n’ayant alors que peu d’intérêt pour le problème. L’activité des opposantes sera alors relativement suspendue jusqu’en 1958, année de la création du Schweizerische Frauenkomitee gegen das Frauenstimmrecht (ci-après nommé Schweizerische Frauenkomitee), une année après le message du Conseil Fédéral du 22 février 1957 à propos d’une votation pour l’instauration du suffrage féminin. L’introduction du droit de vote pour les femmes sera refusée à 66,9%[12]. En 1959, le Schweizerische Frauenkomitee change de nom et de structure, pour adopter une forme légale et mieux hiérarchisée sous le nom de Bund der Schweizerinnen gegen das Frauenstimmrecht (ci-après dénommé Bund), afin de pouvoir défendre officiellement leur position. La même année, cependant, les anti-suffragistes connaissent leurs premiers revers avec l’introduction du droit de vote pour les femmes dans les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel[13]. Par ailleurs, des opposantes actives forment des sections cantonales du Bund, comme à Aarau, Berne ou Lucerne, généralement pour lutter contre l’instauration du droit de vote au niveau cantonal.

Dès la fin des années 50, la position des politiciens vis-à-vis du suffrage féminin change progressivement. Si, dans les rares débats des années 40 et du début des années 50, les hommes politiques évoquent l’inaptitude des femmes en politique, en raison de ses dispositions innées qui se portent plutôt sur l’éducation des enfants, ces arguments deviennent de moins en moins acceptés pour justifier l’exclusion des femmes de la vie politique. Les débats sur le droit de vote des femmes se multiplient, signe de l’importance croissante accordée à cette question[14]. En 1960, alors que le droit de vote des femmes est introduit au niveau cantonal dans une partie de la Romandie, la Suisse alémanique, où se situaient majoritairement les opposantes, n’y était pas encore prête. Dans cette dernière décennie d’inégalités politiques entre hommes et femmes, les anti-suffragistes vont adopter un ton agressif dans leurs articles et publications, bien loin des écrits concrets et convenables des années précédentes, visant à mobiliser les hommes contre la perte de leur puissance masculine dominatrice[15].

3. Analyse du texte

La lettre d’Hedwig Meier s’inscrit dans un contexte toujours plus défavorable aux anti-suffragistes. En 1965, alors que les suffragettes sont de plus en plus actives dans leur combat, encouragées par le soutien des cantons romands, précurseurs dans le domaine du droit de vote des femmes, l’auteure de la lettre s’adresse directement au conseiller fédéral Friedrich Traugott Wahlen, alors en charge du département des affaires étrangères et fervent défenseur du suffrage féminin. Meier souhaitait exprimer sa déception à Friedrich Wahlen de manière privée, sans chercher à faire publier son avis. Il ne s’agissait en aucun cas d’une lettre ouverte, comme le montre sa dernière phrase : « Betrachten Sie diesen Brief als ganz private Angelegenheit » (l.35-36). Le ton de la lettre, bien qu’accusateur et plaintif, laisse néanmoins entendre que Meier et Wahlen se connaissaient quelque peu, un sentiment accentué à la lecture de la réponse du conseiller fédéral, qui espère que leur amitié ne sera pas abîmée par ce désaccord[16]. Le fait que Friedrich Wahlen était un représentant du Parti des paysans, artistes et bourgeois (PAB), à droite sur l’échiquier politique[17], rendait certainement plus incompréhensible encore pour Hedwig Meier sa position vis-à-vis du droit de vote des femmes. Elle semble du reste manquer de mots pour définir les actions du conseiller Wahlen (l.2 et 6-7).

Si le texte n’est pas clairement découpé en plusieurs parties distinctes, nous pouvons en ressortir quelques thématiques. Une première question peut se poser quant à l’origine sociale des opposantes, apparemment constituée en majorité de paysannes, donc de classes populaires. La mention de la Convention des Droits de l’Homme et de ses articles d’exceptions mérite certainement quelques éclaircissements, car il apparaît difficile au premier abord d’y voir un lien avec le suffrage féminin. La couverture médiatique de ces femmes défendant une position largement répandue dans la société, d’après Hedwig Meier (l.28-29), semble n’avoir pas été à la hauteur de leur nombre. De plus, le contexte social de l’époque, bien que déjà évoqué plus haut, mérite d’être approfondi en relation avec le raisonnement de Madame Meier.

3.1. Divergence d’opinions entre milieux sociaux ?

Au tout début de sa lettre, Hedwig Meier mentionne que des femmes la questionnent sans arrêt à propos de la position du conseiller fédéral Wahlen. Elle ajoute que ce sont surtout les paysannes qui ne peuvent comprendre « dass man Ihnen um jeden Preis, mit dem Frauenstimmrecht neue Pflichten und Aufgaben aufbürden will » (l.3-5). Hedwig Meier était elle-même une paysanne zurichoise[18], mariée à Rudolf Meier, un agriculteur engagé en politique dans le PAB. L’auteure de la lettre pouvait donc se targuer de connaître tous les milieux, celui des classes sociales supérieures, de par la position politique de son mari, alors conseiller d’Etat et conseiller aux Etats[19], et, par sa profession et son origine sociale, celui des classes inférieures. En tant que vice-présidente du Bund der Zürcherinnen gegen das Frauenstimmrecht[20], elle entendait représenter les femmes de toutes origines sociales. Cependant, bien qu’effectivement les associations d’opposantes au suffrage féminin comptaient des membres de professions et de situation familiales différentes, la plupart des meneuses étaient des femmes jouissant d’une bonne formation, exerçant un métier qualifié et généralement mariées à des hommes de l’élite, donc dans une bonne situation[21].

Le statut social élevé des opposantes les plus actives apporte aussi un élément de réponse quant à leur position vis-à-vis du droit de vote. Etant déjà dans une situation privilégiée, de par leur mariage, leur profession ou leur origine, ces femmes n’avaient pas beaucoup à espérer de l’obtention du suffrage féminin. En effet, leur position ne pouvant s’améliorer significativement avec ce droit supplémentaire, elles ne pouvaient que risquer de pâtir des effets de l’égalité politique. Le droit de vote ne paraissait aussi d’aucune utilité aux femmes mariées, déjà représentées en partie par leur mari lors des votations[22], et dont l’influence indirecte à l’intérieur du foyer pouvait se révéler plus grande qu’une participation directe au suffrage[23]. De plus, une grande partie des femmes mariées ne travaillant pas,[24] car elles n’avaient pas besoin de gagner leur vie par elles-mêmes, elles ne connaissaient pas les préjudices économiques, sociaux et juridiques des femmes célibataires obligées de travailler[25]. Cependant, une bonne partie des dirigeantes parmi les opposantes travaillaient, généralement dans des métiers bien payés, mais loin de la séparation stricte des rôles telle qu’elles le prônent.

Hedwig Meier estime que les opposantes étaient majoritaires en Suisse et se questionne aussi sur le sens de la justice, si les hommes accordaient le droit de vote à des femmes qui ne le souhaitaient pas (l. 27-29). En effet, ce résultat serait contraire à la logique démocratique du côté féminin, car Hedwig Meier semble penser que si les femmes pouvaient voter pour s’accorder des droits civiques à elles-mêmes, une situation évidemment paradoxale et dont la tenue n’a jamais été évoquée, la majorité d’entre elles refuseraient. Il paraissait donc aberrant, pour elle, que les femmes soient forcées à disposer du droit de vote si elles n’en voulaient pas. Les associations des opposantes se sont présentées dès le début comme des associations rassemblant de nombreux membres. En 1959, le Bund comptait, d’après ses dirigeantes, entre 14'000 et 15'000 membres. Ces chiffres étaient certainement exagérés[26]. Il est même possible que « die gegnerischen Vereinigungen womöglich noch weniger Mitglieder aufwiesen als die Organisationen für das Frauenstimmrecht»[27], en raison, principalement, de la contradiction entre le but des opposantes et l’engagement en politique de celles-ci pour le défendre, comme évoqué en introduction de ce présent travail.

Il faut néanmoins souligner que chez les partisanes du droit de vote, on trouvait aussi des femmes avec une situation professionnelle et sociale privilégiée, donc similaire à celle des opposantes, ce qui a amené Yvonne Voegeli à conclure que l’origine sociale, l’éducation et l’état civil ne suffisent pas pour comprendre les visions différentes des deux camps, mais que les expériences individuelles sont plus importantes pour comprendre les décisions personnelles de chaque femme[28].

3.2. Le problème de la Convention des droits de l’Homme : le droit de vote est-il un droit fondamental ?

Alors que la Suisse faisait partie depuis 1963 du Conseil de l’Europe, elle n’avait pas encore pu signer la Convention Européenne des Droits de l’Homme en raison de l’absence du droit de vote pour les femmes. La Confédération envisageait donc de signer la Convention avec une réserve sur l’article 21, qui exigeait le droit de vote pour les deux sexes. Hedwig Meier estimait, quant à elle, que «die Ausnahme-Art. sind ein ebenso wichtiger Bestandteil der Menschenrechtkonvention » (l. 13-14). Si elle évoque la Convention, qui ne paraissait peut-être pas d’une importance capitale dans la lutte pour le suffrage féminin, c’est que les suffragistes ont largement invoqué cet argument dans le courant des années 60, car il appuyait de manière concrète la thèse de la nécessité d’accorder le droit de vote aux femmes en signifiant que sans cela, la Suisse ne respecterait pas entièrement la Convention. Pour Hedwig Meier, ce raisonnement n’était pas recevable, car il était courant que les traités soient signés avec des réserves. Le Bund considérait de toute manière que « damit mischte sie (la CEDH, nda) auch die sog. Sozial- und Bürgerrechte unter die Individualrechte »[29]. Selon les opposantes, « das Wahlrecht darf nicht als natürliches, grundlegendes Menschenrecht betrachtet werden »[30]. Elles ajoutaient encore que le droit de vote était un droit politique, dépendant de la Constitution d’un pays, et ne pouvait, par conséquent, être vu comme un droit fondamental. En 1964, lors d’une visite de trois opposantes à Friedrich Wahlen, celui-ci leur avait d’ailleurs déclaré que la Convention ne représentait qu’un des éléments à prendre en considération dans la question du suffrage féminin, et estimait que « die Verbindung mit dem Frauenstimmrecht wäre ein politischer Irrtum »[31].

3.3. L’invisibilité médiatique des opposantes au suffrage féminin : un mythe ou une réalité ?

Contrairement à ce que Hedwig Meier affirme dans sa lettre (l.19-23), les opposantes n’étaient pas si invisibles qu’elles le prétendaient durant les années avant la votation de 1971. Peter Frey, dans sa thèse à propos du suffrage féminin[32], démontre que la plupart des journaux zurichois et genevois ont publié des articles pour et contre le suffrage féminin avant la votation de 1959, à l’exception de quelques journaux de gauche à petit tirage à Genève, canton favorable au droit de vote des femmes, qui n’acceptaient que des articles venant des suffragistes. Il existait aussi, cependant, des journaux à tendance bourgeoise qui ne publiaient que des articles contre le suffrage féminin[33]. Bien qu’il soit vrai que les papiers des adversaires du droit de vote étaient une part minoritaire, la part de leurs interventions représentait entre 15 et 20% du total des articles sur le sujet, et les articles neutres en constituaient aussi environ un cinquième[34]. C’est à Zurich, où réside Hedwig Meier, qu’on retrouvait le plus d’articles en défaveur du suffrage féminin. Cependant, depuis la votation de 1920, la part des articles des opposantes, leur moyen de propagande principal, avait diminué de plus de la moitié. Leur représentation s’éroda encore dans la deuxième moitié des années 60. Les communiqués des anti-suffragistes ne sont alors presque plus imprimés et on n’entend plus parler d’elles à la radio[35], bien qu’elles aient obtenu que les émissions à la télévision et à la radio du 1er février, jour du droit de vote des femmes, soient faites de manière à présenter les deux points de vue[36].

Bien que leur présence médiatique diminue, les opposantes ne se laissèrent néanmoins pas enterrer si facilement. Elles avaient alors recours au lobbying auprès des partis politiques, de l’Eglise et des autorités, ainsi qu’à l’usage fréquent de requêtes auprès du Conseil Fédéral. Au niveau politique, elles essayaient de rendre les partis attentifs au fait qu’ils comptaient des femmes opposées au suffrage féminin dans leurs rangs et qu’il était important de prendre leur avis en considération. Leurs efforts se concentraient sur les partis du centre, dont la position oscillait entre le soutien et le refus du droit de vote des femmes, avec un succès de plus en plus mitigé. Daniel Furter évoque les recherches de la chercheuse en sciences politiques Lee Ann Banaszak, qui a conclu que les opposantes ne disposaient pas des conditions nécessaires au lobbying, n’ayant que peu d’accès aux réseaux politiques, professionnels ou militaires, auxquels elles tentaient de se rattacher par le biais de leurs maris[37]. C’est d’ailleurs cela que Hedwig Meier dénonce aussi dans sa lettre, lorsqu’elle évoque le fait que Friedrich Wahlen se soit « als Bundesrat ein Mittel zu Nutze gemacht, das den Gegnerinnen in der Art und Weise nie möglich sein wird» (l.16-18).

[...]


[1] Mesmer, Beatrix, «Pflichten erfüllen heisst Rechte begründen: die frühe Frauenbewegungen und der Staat», in Revue suisse d’histoire, vol. 46, n°3, Déc. 1996, p.333.

[2] Furter, Daniel, « Die umgekehrten Suffragetten», die Gegnerinnen des Frauenstimmrechts in der Schweiz von 1958 bis 1971, Mémoire de licence à l’université de Berne, 2003, url: http://furter.net/downloads/Lizentiat_Die_Gegnerinnen_des_Frauenstimmrechts.pdf, p. 72.

[3] Studer, Brigitte, « L’Etat c’est l’homme : politique, citoyenneté et genre dans le débat autour du suffrage féminin après 1945 », in Revue suisse d’histoire, vol.46, n°3, Déc. 1996, p. 361.

[4] Ibid.

[5] Dejung, Cristof, « Switzerland must be a special democracy: Sociopolitical Compromise, Military Comradeship, and the Gender Order in 1930s and 1940s Switzerland », in The Journal of Modern History, vol.82, n°1, Mars 2010, p. 107.

[6] Ziegler, Beatrice, « Zum Verhältnis von Frau und Staat », in Revue suisse d’histoire, vol. 46, n°3, Déc. 1996, p.299.

[7] Voir Boucherin, Nadine, Les stratégies argumentatives dans les débats parlementaires suisses sur le suffrage féminin (1945-1971), Thèse de doctorat à l’université de Fribourg 2012, url : http://doc.rero.ch/record/30833, p. 203.

[8] Ziegler, Beatrice, op.cit.

[9] Joris, Elisabeth ; Witzig Heidi (éd.), Frauengeschichte(n), Dokumente aus zwei Jahrhunderten zur Situation der Frauen in der Schweiz, Zurich, Limmat Verlag, 1986, p. 465.

[10] Dejung, Cristof, op.cit., p. 101.

[11] Joris, Elisabeth ; Witzig, Heidi, op.cit., p. 467.

[12] Chancellerie fédérale suisse, Votation no 191, Résultats dans les cantons, url : https://www.admin.ch/ch/f/pore/va/19590201/can191.html.

[13] Joris, Elisabeth ; Witzig, Heidi, op.cit., p. 471.

[14] Boucherin, Nadine, op.cit., p. 191.

[15] Voegeli, Yvonne, Zwischen Hausrat und Rathaus, Auseinandersetzungen um die politische Gleichberechtigung der Frauen in der Schweiz 1945-1971, Zurich, Chronos Verlag, 1997, pp. 598-599.

[16] Wahlen, Friedrich T., Handschriftliches Schreiben von Herr Bundesrat Dr. F.T.Wahlen an Frau U. Meier, url : www.dodis.ch/31459, l. 30-32.

[17] Moser, Peter, «Wahlen, Friedrich Traugott», in Dictionnaire Historique de la Suisse, url : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F4717.php.

[18] Zala, Sacha, «Dieses verzwickte Frauenstimmrecht» , in Oggi – la storia, Geschichte(n) für ein Jahr, 04.12.2012, url: http://www.zala.ch/doc/OLS-web.pdf , p. 135 .

[19] Hürlimann, Katja, « Meier, Rudolf », in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), url : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F5925.php.

[20] Furter, Daniel, op.cit., p. 10.

[21] Voegeli, Yvonne, op.cit., p. 589.

[22] Kergomard, Zoé, An die Urnen, Schweizerinnen! Die Erfindung der Wählerin im eidgenössischen Wahlkampf von 1971, (s.l.n.d.), p. 15.

[23] Boucherin, Nadine, op.cit., p.174.

[24] Joris, Elisabeth; Witzig, Heidi, « Berufstätige Frauen nach Zivilstand», in Frauengeschichte(n), p. 129.

[25] Voegeli, Yvonne, op.cit., p. 590.

[26] Hardmeier, Sybille, Frühe Frauenstimmrechtsbewegungen in der Schweiz, Argumente, Strategien, Netzwerk und Gegenbewegung, Zurich, Chronos Verlag, 1997, p. 324.

[27] Voegeli, Yvonne, op.cit., p. 579.

[28] Id., p. 593.

[29] Bund der Schweizerinnen gegen das Frauenstimmrecht, Argumentation gegen das Frauenstimmrecht, Eingabe des «Bundes der Schweizerinnen gegen das Frauenstimmrecht» an den Vorsteher des Eidg. Justiz- und Polizeidepartementes, 1969, p. 21.

[30] Ibid.

[31] Dumont, Beat, Besuchsnotiz, 04.11.1964, url: http://db.dodis.ch/document/31470.

[32] Frey, Peter, L’opinion publique et les élites face au suffrage féminin en Suisse, Genève, Imprimerie de la Tribune de Genève, 1970, pp. 170-181.

[33] Furter, Daniel, op.cit., p. 80.

[34] Frey, Peter, op.cit., pp. 174 et 181.

[35] Furter, Daniel, op.cit., p. 78.

[36] Voegeli, Yvonne, op.cit., p. 597.

[37] Furter, Daniel, op.cit., p. 85.

Fin de l'extrait de 21 pages

Résumé des informations

Titre
Une anti-suffrage suisse prend la plume. Lettre de Hedwig Meier à F.T.Wahlen
Université
University of Fribourg  (Faculté des Lettres, Chaire d'Histoire contemporaine)
Cours
Analyse documentaire
Note
18,5
Auteur
Année
2016
Pages
21
N° de catalogue
V342651
ISBN (ebook)
9783668336704
ISBN (Livre)
9783668336711
Taille d'un fichier
1191 KB
Langue
Français
mots-clé
lettre, hedwig, meier, wahlen
Citation du texte
Julie Rausis (Auteur), 2016, Une anti-suffrage suisse prend la plume. Lettre de Hedwig Meier à F.T.Wahlen, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/342651

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