Quelle image Victor Hugo donne-t-il de la fonction et de la mission de la poésie?


Dossier / Travail de Séminaire, 2013
21 Pages, Note: 2.0
Paula W. (Auteur)

Extrait

Plan détaillé

1.Introduction

2.Partie principale

3.La fabrication de l’acte poétique : reflet des aspirations personnelles du poète

4.Le mystère de la mort et le deuil, socles d’écriture poétique

5.Ps Ballanche et Victor Hugo, deux visions analogues de la mission du poète

6.Réflexion autour des Contemplations sous le regard de Barbey d’Aurevilly

7.Conclusion

8.Bibliographie

Introduction

Le travail présent a pour objet de traiter la conception hugolienne de la poésie. Nous étudierons la question suivante : quelle image Hugo donne-t-il de la fonction et de la mission de la poésie ?

Pour comprendre un auteur et son œuvre, il est nécessaire d’examiner ses multiples facettes. Aussi, après une courte présentation du personnage de Victor Hugo, nous étudierons plus amplement un des passages des Contemplations (1856) pour déterminer la fonction de la poésie hugolienne.

Dans un premier temps nous verrons que Victor Hugo accorde à la poésie une place particulière Nous tenterons tout d’abord, de définir la conception hugolienne de la poésie en analysant la création de l’acte poétique dans le livre IV des Contemplations. Pour expliciter les intentions de l’auteur, nous explorerons les conditions même de création d’un acte poétique et tâcherons de déchiffrer les clés de l´ écriture hugolienne. Cet examen nous livrera certaines clés pour mieux appréhender la fonction de la poésie hugolienne et nous interroger sur les différents procédés employés par Victor Hugo pour faire la jonction avec le monde extérieur. De plus, nous verrons que ces procédés sont le reflet d’une poésie personnelle. Ensuite, dans un second temps, nous appréhenderons dans quel contexte Victor Hugo s’est livré au travail d’écriture. Nous verrons que le deuil et le mystère entourant la mort sont à l’origine même de l’écriture poétique. Ces deux piliers forment en quelque sorte le socle d’écriture poétique sur laquelle va reposer le livre IV des Contemplations. Pour mieux saisir leur rôle, nous exploiterons le lien entre la réflexion philosophique, axée sur la mort et ses répercussions dans le poème Pauca Meae. Nous constaterons que la plainte poétique permet à l’auteur d’inventer une parole nouvelle et qu’elle témoigne également d’une l’évolution dans la pensée hugolienne Puis, dans un troisième temps, nous comparerons la vision d’Hugo avec celle de Pierre Simon Ballanche afin de déterminer la mission du poète. Enfin, tout en suivant l’argumentation de Barbey d’Aurevilly, nous étudierons l’accueil réservé aux Contemplations après leur publication.

Partie principale

Dans cette première partie, nous expliciterons l’approche hugolienne de la poésie et tâcherons de reproduire l’éclosion de l’acte poétique en analysant certains procédés propres à la poésie hugolienne.

La fabrication de l’acte poétique : reflet des aspirations personnelles du poète

Témoin de son siècle, Victor Hugo se démarque par ces multiples facettes, car ce fin observateur ne se contente pas de contempler son époque. C’est un aussi un écrivain très engagé et préoccupé par les mœurs de son siècle. A la fois, poète, journaliste, dramaturge, romancier, homme politique, académicien et historien, il est aussi apprécié pour ses talents de peintre. Fidèle à la ligne de conduite qu’il s’est fixé, il fut de tous les combats de son temps aussi bien sur le plan littéraire, philosophique, politique, religieux que social. Cet écrivain prolifique, considéré par André Gide comme un des plus importants écrivains de la littérature française, connut un succès populaire inédit. Par ailleurs, il compte également parmi les plus remarquables écrivains romantiques du XIXe siècle en France. Réputé pour son penchant pour l’exotisme, son goût pour la nature, son rôle d’exilé et sa conception du poète comme prophète, Il incarne sans doute le mieux la figure du romantisme. En effet, la force de son inspiration se manifeste aussi bien dans le vocabulaire choisi que dans la grande variété de sa production littéraire. Elle s’exprime également dans la sélection des thèmes traités par Victor Hugo ayant pour source aussi bien les voix intérieures de la méditation, l'action sociale et même les joies d'être grand-père. Le succès du génie des Misérables réside dans son incessant combat pour les opprimés qui est la base de toute la littérature hugolienne. De plus, il a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre et parviendra à représenter une synthèse vivante de son époque.

Pour Victor Hugo, la poésie est entrevue comme un moyen privilégié pour partager aussi bien sa pensée que sa visions des choses, bien qu’il écrive dans la Préface de Cromwell que : « ces choses sont d’ordinaire fort indifférentes aux lecteurs ». [1] Ce fragment singulier permet de mettre en relief les intentions de l’auteur et d’accentuer l’intérêt particulier qu’il accorde à la poésie. De plus, cette préface présente pour l’auteur un avantage non négligeable puisqu’elle constitue également un mécanisme astucieux pour détourner la critique La Préface de Cromwell étant également un texte précurseur des Romantiques, elle fournit à l’écrivain une occasion idéale pour exposer l’originalité de sa poésie. Suivant la pensée de l’auteur, le pouvoir de création de l’art poétique repose sur la société elle-même. Grâce à ce rapprochement avec l’histoire de l’humanité, Victor Hugo dévoile non pas l’origine de l’éclosion poétique, mais bien la fonction réelle de la poésie qui est de se superposer à la société.[2]

Contrairement à Baudelaire ou Mallarmé, la poésie occupe pour Victor Hugo est perçue par l’auteur de manière extensive. Elle n’est pas uniquement déterminée par sa portée lyrique et esthétique, mais doit bien plus être comprise comme une poésie individualiste et personnelle. De ce fait, elle est entrevue non pas uniquement au sens d’un partage, mais bien plus comme « un dialogue [3] » avec un public. Cette vision poétique rejoint le courant de pensée des Romantiques, laquelle repose sur l’expression des sentiments. Pour cette raison, la poésie doit être entrevue comme une manifestation personnelle de son propre mouvement intérieur. C’est pourquoi, cette extériorisation du moi alimente le pouvoir de création car le poète se trouve « aux sources des choses ».[4] En outre, Victor Hugo assimile comme Baudelaire et Mallarmé, le travail du poète à celui de l’écolier. En effet, tous deux vont tenter de retourner au commencement des choses par une étude rétrospective d’un sujet qui n’est autre qu’eux même.

De plus, la poésie permet la mise en scène d’une lutte personnelle menée par l’auteur. Parmi les différents aspects affrontés par Victor Hugo, on retrouve des thèmes récurrents comme par exemple sa rivalité avec le temps. Ce dernier sujet sera analysé ultérieurement grâce à l’étude d’un poème où l’antagonisme entre le passé et l’avenir est traité de manière très captivante. Par conséquent, il existe une sorte de symétrie entre l’auteur et son œuvre, une équation parfaite permettant au poète de faire corps avec son poème : « une œuvre chair »[5]. Cette parité propre à l’acte de création est significative car elle a pour objectif d’instruire et surtout de convaincre le lecteur des préoccupations diverses qui touchent l’écrivain. Ces inquiétudes du poète rendent compte des difficultés affrontées lors du temps d’écriture qui comme le signale à juste l’auteur à juste titre/ lui-même: « tout poète est un critique ». [6]. Selon Victor Hugo, l’écriture poétique permettrait d’unifier la diversité des choses et d’être entraîné dans le mouvement d’un monde qui a été auparavant formé par l’acte de création.[7] Aussi, suivant cette pensée, l’imperfection de la nature, est une source relative d’inspiration pour Victor Hugo, mais fondamentale pour atteindre la perfection qui constitue la finalité absolue du poème. Cette première allusion à la nécessité de combattre le statisme, perçu comme une négation de la création, rend compte des visions et des aspirations du poète. L’image de la plume illustre d’ailleurs, par exemple, à merveille cette conception de la création d’un acte poétique. La conscience de l’écriture se traduit par un creusement dû à l’enfoncement du matériau et par sa fonction symbolique, matérialisée par le mouvement lors de l’écriture. Cette image peut être corroborée par l’impression de Monsolet à propos de Victor Hugo : « il ne dicte jamais, ne rime jamais de mémoire et ne compose qu’en écrivant, car il estime que l’Ecriture a sa physionomie et veut voir les mots. [8] ».Par conséquent, Victor Hugo s’approprie le monde qu’il réinvente par des procédés diverses pour lui donner une épaisseur. Ainsi, la Poésie permet d’accomplir selon lui, la jonction avec le monde extérieur.

A ces exigences liées à la condition même de création poétique s’ajoutent d’autres critères qui concourent également à la « fabrication [9] » de l’acte poétique. Ces exigences d’ordre stylistiques ou esthétiques permettent au lecteur de mieux saisir la conception hugolienne. L’un de ces aspects est fondamental, dans la mesure où il instaure un dialogue avec le spectateur et permet de ciseler au mieux l’art hugolien, c’est indubitablement l’antithèse. C’est en s’appuyant sur ce système littéraire que Victor Hugo va tout en se fondant sur le doute, posé comme une condition de création « se situer aux carrefours de tous les possibles »[10] et explorer par sa vision souveraine, les deux côtés des choses. Outre cette obsession pour l’antithèse, le travail de Victor Hugo peut être dépeint par l’usage récurrent des métaphores visant à associer à une idée abstraite, une image concrète. Plusieurs illustrations peuvent être retenues dans le Livre IV des Contemplations (1856) nous en conserverons trois : celles du gouffre, de l’abîme et de l’ombre, puisqu’elles nous donnent accès aux clés de l’écriture hugolienne. A la fois, décrites comme « réservoir pour les fécondations et creusets pour les transformations » [11] par l’auteur, elles permettent de réunir l’ordre et le chaos, l’ombre et la lumière, thèmes récursifs dans les Contemplations. De plus, la place de la poésie est réaffirmée par le jeu des métaphores. En effet, la poésie trouve sa place entre l’abîme et le gouffre. Le gouffre, tout d’abord devient « océan [12] » et justifie la recherche de mouvement chère à Victor Hugo. Cette image du gouffre entrevu comme un espace scriptural est assimilé par Hugo à une rêverie. La conscience physique du geste de l’écriture est amplifiée par l’image du gouffre qui devient alors selon Mallarmé : « l’œil d’encre (qui) cependant quitte la bouche d’ombre » [13]. Toutefois la métaphore du gouffre peut aussi être identifiée à la curiosité du voyageur allant explorer l’inconnu. Cette interprétation est corroborée par la nécessité pour l’auteur de noircir les menaces pour aboutir à une poésie insolite. Ce qui confirme l’expression hugolienne visant à justifier l’existence d’éléments douloureux pour déclencher le travail d’écriture : « l’abîme des douleurs » et le fait de « plonger dans les plaies ». [14] On peut encore retenir la double portée du gouffre qui rend compte à la fois de la volonté du poète de percer le gouffre qui s’oppose à la nécessité de le maintenir pour conserver sa fibre créatrice.

L’utilisation de nombreux synonymes pour décrire la « fabrication » de l’acte poétique nous amène à étudier la dernière image employée par Victor Hugo, celle de « l’ombre ». Celle-ci est entrevue par l’auteur comme un matériau d’écriture, comme une base sur laquelle, il va faire reposer l’ensemble de sa poésie. Chose sans nom, l’ombre remplit une fonction particulière dans le cadre de la poésie hugolienne, car elle réclame le recours aux métaphores pour être nommée. Cette ombre contribue aussi à définir la fonction de la poésie, puisque Victor Hugo emploie cette métaphore pour désigner le travail du poète en tant que « lecteur et à la fois créateur d’ombres ».[15] Cette précision sur la fonction du poète est aussi instructive pour le spectateur et rappelle également le caractère aléatoire de l’écriture auquel est confronté l’auteur.

Les différents procédés auquel a recours Victor Hugo reflètent non seulement l’aspect contingent de l’écriture, mais font également allusion aux multiples étapes de la vie. D’ailleurs, on remarque dans les Contemplations, une ascension graduelle notamment avec les contrastes opérés lors du passage à la lumière, changements qui reflètent à la fois les mélanges esthétiques et l’évolution du travail d’écriture. Ce travail apparenté à une véritable « fabrication » par Alfred Glauser semble être le plus à même pour qualifier l’œuvre de Victor Hugo. Aussi, l’obscurité s’impose comme une valeur temporaire que le doute, considéré comme une fibre scripturale, cherche à dépasser pour donner lieu à la conquête poétique.[16] Toutefois, « l’ombre » peut également symboliser le trépas.

Cette extension du mot « ombre » est voulue par le poète qui cherche à amplifier le sens du langage par la poésie et à laisser place à de nouvelles visions .L’ombre est alors associée au trépas et au deuil, mais également à l’injustice et à l’écriture même. Cette précision a pour finalité de mettre en relief les diverses visions de l’auteur .De plus, ce rapprochement entre l’ombre et le trépas peut également être retenu pour préciser la fonction de la poésie. Sa fonction principale est de conquérir l’irréel par l’intermédiaire du langage. Enfin, Hugo va par l’intermédiaire de ces images donnent un nouveau sens à la poésie.[17]

C’est pourquoi, la poésie de même que L’écriture est considérée comme un objet toujours en évolution et « qui va sans cesse être attirée vers ce qui peut la réfléchir » [18]. Cette dernière explication met en relief le fait que la Poésie est un outil de déchiffrage pour le spectateur. Après avoir énoncé les clés de la poésie hugolienne, nous allons maintenant, tâcher de déceler l’énigme fondamentale à laquelle se trouve confrontée l’auteur. Ce mystère entourant les conditions de la création poétique peut être en parti résolu par l’étude plus approfondie de certains poèmes des Contemplations.

Le mystère de la mort et le deuil, socles d’écriture poétique

Selon l’expression de Jacques Seebacher, reprise par George Bafaro, Victor Hugo est un « génie-architecte »[19].Ce qualificatif employé pour décrire le travail réalisé par Victor Hugo, renvoie à la genèse même des Contemplations. Hugo avait à l’origine opté pour le choix d’un autre titre : Les contemplations d’Olympio pour cette œuvre magistrale en 1840 lorsqu’il travaillait sur le poème : « les rayons et les ombres. » Victor Hugo n’a donc pas choisi sans raison le premier titre. Au contraire, même, ce titre « Les Contemplations » reflète l’épreuve douloureuse traversée par Victor Hugo, car cette œuvre marginale est née dans un contexte de deuil. Aussi, ce recueil et en particulier les livres IV et V du recueil traitent de deux sujets centraux pour l’auteur : la vie et son contraire, la mort. Treize ans après la mort de sa fille Léopoldine, morte noyée en 1843, il fait reposer l’ensemble de son œuvre sur cet évènement tragique : la perte d’un être cher.

[...]


[1] (Victor, 1950, S. 1)

[2] Ibid , Cf., S. 4

[3] (Alfred, 1978, S. 23)

[4] (Glauser, Hugo et la poésie pure, 1957, S. 12)

[5] (Alfred, 1978, S. 12)

[6] Ibid., S.12

[7] Cf., S.25

[8] Ibid.,S.20

[9] Ibid.,S.26

[10] Ibid., S.15

[11] Ibid, S.24

[12] Idem

[13] Ibid,S.37

[14] Ibid., S.15

[15] Ibid.,S.44

[16] Cf. S.50

[17] Cf. S.243

[18] Ibid ., S.239

[19] (Martin, 1982, S. 29)

Fin de l'extrait de 21 pages

Résumé des informations

Titre
Quelle image Victor Hugo donne-t-il de la fonction et de la mission de la poésie?
Université
University of Cologne  (Romanisches)
Cours
Malende Dichter
Note
2.0
Auteur
Année
2013
Pages
21
N° de catalogue
V359502
ISBN (ebook)
9783668443532
ISBN (Livre)
9783668443549
Taille d'un fichier
1106 KB
Langue
Français
mots-clé
Hugo- Dichter- Rolle Dichtung
Citation du texte
Paula W. (Auteur), 2013, Quelle image Victor Hugo donne-t-il de la fonction et de la mission de la poésie?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/359502

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