Analyse de la qualité de la croissance en la République Démocratique du Congo face à la pauvreté. Approches de croissance pro-pauvres et de croissance inclusive


Mémoire (de fin d'études), 2016
118 Pages

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SIGLES ET ACRONYMES
BIT: Bureau International du Travail
CIC : Courbe d'incidence de la Croissance
DIAL : Développement, Institutions et Analyses de Long terme
DSCRP : Document de Stratégie de la Croissance et de la Réduction de la Pauvreté
EDS : Enquête Démographique et de Santé
FGT : Foster-Greer-Thorbecke
FRPC: Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance
HDR: Human Development Report
IDH : Indice de Développement Humain
INS : Institut National de la Statistique
IPH : Indice de Pauvreté Humaine
IQC : Indice de la Qualité de la Croissance
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
PAS: Programme d'Ajustement Structurel
PEG: Programme Economique du Gouvernement
PIB : Produit Intérieur Brut
PIR: Programme Intérimaire Renforcé
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PPTE: Pays Pauvres Très Endettés
RDC : République Démocratique du Congo
UPI: Unités de Production Informelles
WDI: World Development Indicators
2

LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES
1.
TABLEAUX
Tableau 1: Évolution des Indicateurs économiques de 2002 à 2011
... 6
Table 2 : Évolution des Indicateurs macroéconomiques de la RDC de 1960-2010
... 19
Table 3 : Évolution des indicateurs macroéconomiques de 1965 à 1974
... 27
Table 4 : Évolution du taux d'inflation et du déficit budgétaire de 1990 à 2000
... 32
Table 5 : Indicateurs de la santé économique et financière de la RDC de 2001 à 2014
... 34
Table 6 : Contribution des produits miniers aux exportations(en %) de 2009 à 2012
... 46
Table 7 : Évolution des indicateurs financiers de la RDC de 2003 à 2012
... 50
Table 8 : Évolution des indicateurs de la pauvreté selon le milieu d'origine
... 51
Table 9 : Les causes de la pauvreté
... 52
Table 10 : Évolution des cours de minerais sur la Bourse de Londres de 2007 à 2014
... 62
Table 11 : Évolution des indicateurs sociaux de la RDC de 1990 à 2012
... 64
Table 12 : Évolution transferts des bénéfices de l'investissement(en millions de CDF)
... 69
Tableau 13 : Résumé des élasticités de la pauvreté et des indices de la croissance pro-pauvres
... 86
Table 14 : Matrice d'inclusivité de la croissance
... 94
Tableau 15 : Variables retenues et sources des données
... 95
Table 16 : Évolution du taux d'alphabétisation selon les quantiles
... 96
Table 17: Répartition des quantiles selon l'emploi
... 97
Table 18: Répartition des quantiles selon consommation annuelle des ménages
... 97
Table 19: Répartition des quantiles selon le taux de survie
... 98
Tableau 20 : Matrice d'inclusivité en RDC
... 98
Tableau 21 : Recommandations pour l'inclusion de la croissance en RDC
... 105
2.
FIGURES
Fig.1 : Résumé des hypothèses
... 11
Fig.2. Triangle croissance-inégalité-pauvreté
... 15
Fig.3.Processus de production d'un bien
... 60
Fig.4. Courbes d'opportunités
... 92
3

EPIGRAPHE
« La qualité de la croissance compte autant que
son niveau, voire plus
: Nous postulons que toute
croissance n'a pas nécessairement de retombées sociales
positives. La genèse de la croissance est essentielle pour sa
viabilité et sa capacité à créer des emplois décents, relever le
niveau de vie et réduire la pauvreté.
» Montfort
Mlachila, René Tapsoba et Sampawende
Tapsoba, 2015
« L'homme doit être au début et à la fin de tout processus de
développement.»
L. Sedar Senghor
4

0.
INTRODUCTION
0.1.
Problématique
La République Démocratique du Congo est, depuis de longues années,
qualifiée de
scandale géologique en raison de son importante dotation en ressources
naturelles. En effet, la nature a gratifié le sol et le sous-sol congolais d'abondantes matières
premières. Ainsi, le sous-sol congolais regorge de minerais tels que le cuivre, le cobalt, l'or,
le diamant, l'étain, l'uranium, le manganèse, le magnésium, le coltan, etc.
Quant au sol congolais, l'exploitation rationnelle permettrait la production de
plusieurs produits agricoles et vivriers à l'instar du riz, du maïs, du café, du cacao, du coton,
de l'huile de palme, du manioc, du thé et la liste n'est pas exhaustive. En outre, la
République Démocratique du Congo dispose également d'une forêt qui couvre une
superficie de 155,5 millions d'ha, soit 65% de sa superficie et représente l'essentiel de la
forêt africaine. Elle dispose également d'une faune riche et remarquable avec plusieurs
espèces rarissimes et protégées telles que l'Okapi, le bonobo ou encore l'élan de derby.
Encore plus intéressant est que la République Démocratique du Congo dispose des eaux
douces en abondance, lesquelles sont
la ressource rare du troisième millénaire
.
L'abondance des ressources naturelles a, depuis l'époque coloniale, modelé la
structure économique du pays. En effet, depuis l'époque coloniale, l'exploitation de
ressources naturelles (mines, forêt, pétrole, etc.) a été le premier mobile de l'activité
économique, laquelle exploitation a été guidée par
les grandes entreprises telles que la
Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie (C.C.C.I. en sigle), Unilever,
l'Union Minière du Haut Katanga (l'actuelle GECAMINES), la Société Internationale
Forestière et Minière du Congo(FOURMINIERE), le Comité Spécial du Katanga, etc.
Cette exploitation a été facilitée par une bourgeoisie compradore rompue aux intérêts des
allochtones au détriment des autochtones. En plus, les ressources naturelles de la
République Démocratique du Congo sont exploitées et exportées en état brut sans
transformation aucune pour y introduire une quelconque valeur ajoutée : telle a été depuis
longtemps la structure économique de la RDC.
Cependant, la République Démocratique du Congo est devenue, depuis
environ une décennie, une destination privilégiée des Investissements Directs Étrangers
(IDE en sigle) et cela à cause de son abondante dotation en ressources naturelles. De 2002
à 2010, la part des investissements directs étrangers en % du PIB a presque octuplé en
passant de 1,62% à 13,3%. Sans surprise, l'écrasante majorité de ces IDE s'est orientée
dans les secteurs extractifs, précisément dans le secteur minier ; d'où la prolifération des
entreprises minières dans le Katanga, le Kivu, le Maniema ou dans la Province Orientale.
Le Ministère des Mines a annoncé, en 2011, que 288 entreprises disposaient des permis de
recherche alors que 78 entreprises disposaient des permis d'exploitation dans le secteur
5

minier. Il sied de signaler que ce nombre augmente au fil des temps car la production
minière augmente à un taux de 12% l'an (PNUD, 2012).
La bonne tenue des cours des matières premières et la relance du secteur
minier poussée par les investissements massifs dans le secteur ont occasionné un nouveau
cycle de croissance économique dans le pays. En effet, les différents programmes du
Gouvernement congolais (PIR, PEGI, PEGII) en collaboration avec les Institutions de
Bretton Woods ont permis la stabilisation du cadre macroéconomique avec le renouement
de la croissance, l'accumulation des réserves de change et la maitrise de l'inflation. De 2002
à 2013, le taux de croissance moyen a été de 6,1% avec un pic de 8,3% en 2013 rompant
ainsi avec une décennie noire de récession (
13 ans de récession
1
). Par ailleurs, au courant
de la même période, il y a eu, en République Démocratique du Congo, une accumulation
des réserves de change jusqu'à près de 10 semaines d'importation en 2013, une maitrise de
l'inflation jusqu'à un taux de 1,1% et la stabilisation du taux de change.
Cependant, force est de constater que les choses ne sont pas les mêmes
quant au niveau de la vie de la population qui est tellement bas qu'elle est obligée de
végéter : il s'observe que la situation humanitaire reste alarmante alors que les indicateurs
macroéconomiques sont au vert. En effet, la République Démocratique du Congo, malgré
la stabilisation du cadre macroéconomique, se suicide avec une espérance de vie de 50 ans
en 2013, un taux d'alphabétisation de 65% et une insécurité alimentaire criante pour la
population. Toutes ces constations se résument comme ceci :
Tableau 1: Évolution des Indicateurs économiques de 2002 à 2011
Années 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
2011
Taux de
croissan
ce
3,47
%
5,79
% 6,60% 7,80%
5,58
%
6,26
% 6,16% 2,83% 6,05% 7,00%
IDH
0,251 0,261
0,27
0,277 0,286 0,296
0,277
0,282
0,286
0,287
Rang
par
rapport
à l'IDH
167/17
7
168/17
7
168/17
7
176/18
2
168/16
9
187/18
7
Source : PNUD et Banque Centrale du Congo
Qu'en est-il alors du niveau de la pauvreté en RDC quand on sait que la
population congolaise est sujette à beaucoup de privations, quand on sait que près d'1
enfant sur 2 ne fréquente pas l'école et que 15 enfants sur 100 meurent avant d'atteindre 5
ans, quand on sait que des millions d'habitants n'ont pas accès à l'eau potable et à
l'électricité.
1
13 ans de récession : de 1989 à 2001, la RDC a réalisé de piètres performances économiques enregistrant ainsi de
taux de croissance négatifs sur l'ensemble de la période avec un creux de -11% de croissance en 1992.
6

Ce contraste entre les performances économiques et la misère de la
population crée un climat de méfiance des profanes vis-à-vis des économistes, ils
s'expriment : «
tolembi ba chiffres na bino ya croissance, biso tozali ko mona
changement moko te. » En ces termes, la population exprime son ras-le-bol envers les
dirigeants qui se glorifient de la stabilisation du cadre macroéconomique alors qu'au sein de
la population, la misère ne cesse de faire des victimes. La population congolaise exige plus
que de simples chiffres, elle désire de l'emploi, elle désire une bonne éducation des enfants
et l'amélioration des conditions sanitaires,
d'où la question de la qualité de la
croissance. Nick Stern(2002) avance, dans la même visée, que la croissance peut réduire la
pauvreté mais son influence effective dépend essentiellement de la qualité de la croissance
en termes de participation réelle des pauvres eux-mêmes, ainsi que de sa durabilité et de sa
stabilité.
En plus, le produit de la croissance fait l'objet des inégalités dans la
répartition et la polarisation -
les plus riches s'enrichissent et les plus pauvres s'appauvrissent davantage
créant ainsi des écarts insupportables- ne cesse de s'accentuer. Alors que dans la ville de
Kinshasa, les immeubles poussent comme des champignons, force est de constater que
chaque 15 ou 20 ans, il se crée des quartiers périphériques où la pauvreté règne en maitre à
l'instar de
Pakadjuma, Mitendi, Tchad
2
et autres. Ces fortes inégalités enfoncent encore
plus la pauvreté parce que, François Bourguignon(2004) démontre, dans son article sur le
triangle
pauvreté-croissance-inégalités, que la redistribution des revenus impacte plus la pauvreté
que la croissance économique.
Qualifiée de
croissance appauvrissante
3
par les uns et de croissance molle
par les autres, il ne fait aucun doute que les retombées de la croissance observée depuis une
décennie sur la population congolaise restent mitigées, ce qui contraste avec
la « théorie
de l'économie de retombée » selon laquelle les bénéfices de la croissance finissent par
redescendre en cascade jusqu'aux plus pauvres
4
(Stiglitz,2002). N'est-ce pas là le fait d'une
malédiction de ressources naturelles
5
qui frappe la République Démocratique du Congo ?
2
Pakadjuma : un des quartiers de la Commune de Limete et Tchad et Mitendi sont des quartiers de la Commune de
Mont-Ngafula, tous dans la ville de Kinshasa.
3
La croissance appauvrissante : concept cher à Jagdish Bhagwati qui le définit comme une croissance qui
s'accompagne d'un gonflement de la pauvreté et de privations de tous genres.
4
Joseph. E.STIGLITZ(2002), la grande désillusion, paris, édition Fayard, p.114
5
La malédiction des ressources naturelles désigne une situation dans laquelle un pays dispose d'un secteur des
ressources naturelles tourné vers l'exportation, qui génère de substantielles recettes publiques mais qui,
paradoxalement, engendre stagnation économique et instabilité politique. Cette expression désigne, le plus souvent, les
effets délétères des ressources extractives non renouvelables (pétrole et autres minéraux) sur le développement. Elle
fait référence à la relation inverse entre développement et abondance des ressources naturelles. (PNUD, Rapport sur le
développement humain en Afrique, 2007).
7

Contrairement à la majorité des économistes congolais qui avancent les
raisons conjoncturelles pour expliquer la croissance appauvrissante, il sied de noter que si
la croissance ne se fait pas sentir sur la population, les raisons ne sont pas que
conjoncturelles car en RDC, le mal est profond.
Ce phénomène de croissance appauvrissante suscite les questions suivantes:
Quels sont les facteurs explicatifs du phénomène de la croissance
appauvrissante en République Démocratique du Congo ?
Quels sont les grands bénéficiaires d'une telle croissance ? Peut-on dire
qu'elle est inclusive ?
Quelles sont les mesures que l'État congolais peut mettre en oeuvre pour
rompre avec le cycle de croissance appauvrissante ?
8

0.2.
Objectifs
Objectif général
Conformément au premier objectif du millénaire pour le développement
6
, la
plupart de politiques économiques visent à agir sur la pauvreté. Ainsi, l'objectif général de
cette réflexion est de contribuer à l'amélioration des connaissances sur les stratégies
susceptibles de réduire la pauvreté et, partant, d'améliorer le bien-être de la population.
Objectifs spécifiques
Dans les plus amples détails, les politiques économiques visant l'éradication
de la pauvreté se démembrent en une multitude de stratégies à mettre en place à court et
moyen termes. C'est pourquoi de manière spécifique, cette étude se propose comme
objectifs de:
Identifier les raisons qui prévalent à l'existence d'un cycle infernal de la
croissance appauvrissante : il s'agit ici de passer en revue tant les raisons
conjoncturelles que structurelles qui prévalent à l'explication de la croissance
appauvrissante. Pour y arriver, nous allons fouiller dans l'histoire économique de la
République Démocratique du Congo afin de déceler les forces et les faiblesses de la
structure économique de la République Démocratique du Congo.
Identifier les principaux bénéficiaires de la croissance : Cet objectif traduit la
volonté de préciser la catégorie de la population qui a le plus bénéficié de la
croissance économique en RDC à partir de certains indicateurs calculés ad hoc.
Nous allons pour cela exploiter deux approches : l'approche de croissance pro-
pauvres et l'approche de la croissance inclusive.
Proposer des mesures allant dans le sens de rompre le cycle infernal de la
croissance appauvrissante.
6
OMD1 : Réduire la faim et l'extrême pauvreté
9

0.3.
Hypothèses
Albert Muluma(2003) définit une hypothèse comme étant une explication
provisoire de la nature des relations entre deux ou plusieurs phénomènes. Aux questions
posées, il y a une moisson des réponses mais il faut en trouver un fil conducteur.
Ce faisant, ce travail a conduit à la formulation des hypothèses ci-après :
1
ère
hypothèse :
Le phénomène de la croissance appauvrissante qui caractérise
l'économie congolaise est la résultante de la conjugaison de plusieurs facteurs tant
conjoncturels que structurels
, en l'occurrence, la structure économique du pays
reposant essentiellement sur le secteur primaire à faible effet d'entrainement sur les
autres secteurs, la prédatocratie
7
, le bradage des ressources naturelles et la mauvaise
gouvernance dont la corruption et l'inefficacité des politiques économiques
entravant l'émergence des autres secteurs porteurs et entretenant la mauvaise
répartition du fruit de la croissance économique.
La 2
ème
hypothèse : L'absence d'équité dans la répartition des revenus en RDC
conjuguée au chômage massif de la population et au sous-investissement en capital
humain font en sorte que la croissance observée depuis une décennie ne profite pas
aux pauvres et qu'elle ne soit pas non plus inclusive.
La 3
ème
hypothèse : L'amélioration de la situation économique et sociale de la
RDC requiert un changement radical de la structure économique et du mode de
gouvernance du pays en vue de mettre « la croissance économique au service du
bien-être de la population ». Cela requiert entre autres : la diversification de
l'économie congolaise, la promotion des petites et moyennes entreprises (PME en
sigle) et l'émergence des champions nationaux, la réduction des inégalités, la mise en
place d'un nouveau code minier et la mise en place de la bonne gouvernance.
7
Prédatocratie : système de gouvernement grâce à l'institutionnalisation de la prédation in Bongoy(2012)
10

Fig.1 : Résumé des hypothèses
Causes conjoncturelles de la croissance appauvrissante :
· Les mauvaises lois (code minier caritatif)
· La mauvaise gouvernance
· Croissance tirée du secteur minier qui ne crée pas assez d'emplois, qui
ne contribue presque pas au trésor public
· L'existence des inégalités dans la redistribution du revenu
· Le rapatriement des profits secrétés par les IDE
Causes structurelles :
· La structure économique de l'exploitation-exportation de ressources
naturelles en état brut
· La prédatocratie
· Le sous-investissement en capital humain
· Le bradage de ressources naturelles
Mesures pour rompre avec le cycle infernal de la croissance
appauvrissante :
· La diversification de l'économie
· La promotion des PME et l'émergence des champions
nationaux
· La mise en place de nouveaux codes minier, forestier, des
impôts et des investissements.
· La mise en place de la bonne gouvernance
· L'investissement en capital humain
· La réduction des inégalités
11

0.4.
Choix et Intérêt du sujet
Étant donné que la réputation des institutions de Bretton Woods fut ruinée
suite à l'échec des PAS, elles ont relancé, pour se racheter, l'aide publique au
développement dont la fameuse question de
0,7%
8
. Ainsi, à partir de la conférence de
Monterrey, la vision du développement prônée par celles-ci a été complètement altérée. La
lutte contre la pauvreté est devenue la priorité des priorités de cette vision en lieu et place
de la croissance économique. D'ailleurs, c'est dans cette optique que les documents
stratégiques de la croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP en sigle) ont été
rédigés, lesquels se composent pour l'essentiel d'un cadre macroéconomique destiné à
favoriser la croissance, complété par des politiques sectorielles ciblées à destination des
populations les plus démunies. Malheureusement, les DSCRP ne se sont pas appesantis
sur la manière de rendre la croissance plus favorable aux pauvres, d'où la persistance de la
pauvreté.
Ainsi, dans un pays où la croissance s'accompagne du gonflement de la
pauvreté, de l'accroissement des inégalités et des privations multiformes, notre travail ne
peut qu'avoir une importance théorique et pratique louable : Du point de vue théorique, ce
travail explicite les raisons évidentes de ce divorce inquiétant entre les chiffres et la qualité
de vie de la population. Il explicite également l'origine, la mesure et les conséquences de
cette croissance appauvrissante qui parait être l'épée de Damoclès pour le développement
de la République Démocratique du Congo.
Traitant une problématique de l'heure en RDC, la présente monographie
vient participer au débat houleux qui existe entre les économistes congolais sur
l'opportunité de la croissance économique observée depuis plus d'une décennie. De même,
l'envergure pratique consiste dans la formulation de politiques économiques de nature à
favoriser le développement du pays.
0.5.
Méthodologie
L'élaboration d'un travail scientifique exige, pour sa pertinence, l'usage de
méthodes et de techniques rigoureuses ainsi qu'un cadre de réflexion clair et bien précis.
Selon Atkouf(1987), la méthode est la procédure logique d'une science, c'est-à-dire
l'ensemble des pratiques particulières qu'elle met en oeuvre pour que le cheminement de ses
démonstrations et de ses théorisations soit clair, évident et irréfutable. Partant, l'élaboration
de ce travail a nécessité le concours de méthodes ci-après :
Méthode Analytique nous a permis d'évaluer les effets de la croissance sur la
pauvreté et sur les inégalités ainsi que l'inclusivité de ladite croissance sur la
population. À travers une analyse distributive des indices de bien-être (revenu),
8
Les gouvernements des pays développés se sont engagés à consacrer 0,7% de leur RNB à l'aide. Proposé à l'origine
en 1958 à hauteur de 1% par le Conseil mondial des églises, ce principe fut adopté par les Nations Unies en 1970. La
cible fut fixée alors à 0,7% in Yash Tandon, En finir avec la dépendance de l'aide, éd CETIM, 2008, p.28.
12

nous avions calculé les indices de croissance pro-pauvres. Pour cela, nous avions
utilisé les logiciels DAD4 et Excel 2013.
Méthode Déductive nous a permis de trouver l'explication du phénomène de
« croissance appauvrissante » de la RDC à partir des différentes théories
économiques de bien-être et de la pauvreté telles qu'appliquées dans d'autres pays.
Méthode Systémique nous a permis de comprendre le fonctionnement du tissu
économique congolais et ensuite d'analyser les relations de corrélation et de
causalité existant entre la structure économique et le phénomène de « croissance
appauvrissante ».
Ces méthodes s'appuient sur
la technique documentaire qui nous a permis
non seulement de recueillir les données nécessaires à l'élaboration du travail mais aussi
d'inventorier un certain nombre de travaux scientifiques qui ont abordé d'une manière ou
d'une autre la problématique de cette monographie. Un regard particulier a été jeté sur
l'approche économétrique et statistique qui nous a permis, à travers les différentes
modélisations, de calculer les indices de croissance pro-pauvres.
0.6.
Délimitation du travail
Point n'est besoin de signaler que l'étude de la croissance de la RDC depuis
son accession à la souveraineté nationale est une tâche fastidieuse car entrecoupée des
cycles d'expansion et de récession. Tantôt, c'est l'instabilité politique qui amenuise la
production, tantôt il y a croissance économique mais basée sur un modèle rentier, d'où le
problème de qualité de la croissance.
Ce faisant, notre monographie se limite à analyser la qualité c'est-à-dire les
opportunités et les défis de la croissance économique observée en République
Démocratique du Congo durant la période 2004-2014.
0.7.
Revue de la littérature
La théorie économique classique et néoclassique ayant dominé la pensée
économique pendant longtemps, ses dogmes ont été solidement enracinés dans les esprits
de plusieurs chercheurs en sciences économiques. En effet, un de ses dogmes les plus
célèbres était que la croissance économique est le meilleur indicateur du bien-être de la
population et par ricochet, la croissance économique s'assimile au développement. C'est ce
qui justifie l'attention démesurée accordée au PIB en tant que meilleure mesure du bien-
être de la société.
Englert(2007) confirme que jusqu'à présent la croissance économique
constitue souvent un objectif en soi pour les pays, qu'il soit économiquement riche ou
pauvre. C'est cet aspect des choses que présentent les Institutions de Bretton Woods lors
de la formulation des différents programmes de développement.
D'ailleurs, la RDC qui est qualifiée d'élève fidèle du FMI et de la Banque
Mondiale réalise des taux de croissance éloquents (7,2% en 2012 et 8,3% en 2013) mais
13

sans réel impact sur la population. Cependant, ce contraste de la réalité et du dogme
classique n'est pas récent puisque
Cling et al. (2004) constatent que lors de la révolution
industrielle britannique du début du XIXème siècle, il y eut une croissance
exceptionnellement rapide qui a été accompagnée d'une forte paupérisation de la
population. La cohabitation d'une forte croissance avec une pauvreté grandissante a poussé
Jagdish Bhagwati(1988) à avancer que les sociétés évoluaient dans la logique de
croissance appauvrissante. C'est ainsi que Mankiw(2002) va reprendre les propos du
Sénateur Robert Kennedy en 1968 qui disait :
« le PIB ne reflète pas la santé de nos
enfants, la qualité de leur éducation et le plaisir dans leurs jeux. »
Sa vision a été relayée par le
PNUD(2005) qui relève le cas exceptionnel du
Cuba où le PIB/tête est faible alors que sous certains aspects (taux d'alphabétisation,
espérance de vie, mortalité infantile, etc.), les performances sociales y sont proches des
pays développés.
En 2008, Nicolas Sarkozy, insatisfait des informations statistiques sur les
grandeurs économiques a sollicité la contribution d'une commission composée de Joseph
Stiglitz, Amartya Sen et Jean Paul Fitoussi en vue d'élaborer un indicateur apte à saisir
efficacement le bien-être de la population. Une des conclusions de cette commission
fut :
« le bien-être présent dépend à la fois des ressources économiques comme les
revenus et des caractéristiques non économiques de la vie des gens : ce qu'ils font
et ce qu'ils peuvent faire, leur appréciation de leur vie, leur environnement naturel.»
Il se déduit de là que l'impact croissance économique sur le bien-être de la population est
l'objet de plusieurs controverses entre les chercheurs. Mais jusqu'à présent, deux courants
de pensée se démarquent quant à l'incidence de la croissance économique sur la pauvreté :
Le premier courant est composé de ceux qui pensent que la croissance économique
a toujours un impact positif sur la réduction de la pauvreté c'est-à-dire que la
croissance économique s'accompagne toujours de la réduction de la pauvreté ;
Le second courant est composé de ceux qui pensent que la croissance économique
ne suffit pas pour réduire la pauvreté et que quelque fois, elle peut même l'aggraver.
Ce courant insiste que ce qui importe n'est pas le chiffre de la croissance mais sa
qualité en termes d'investissement en capital humain et en termes de création
d'emplois.
0.7.1.
Présentation de la thèse du premier courant
La thèse fondamentale de ce courant est que la croissance économique
s'accompagne toujours de la réduction de la pauvreté et contribue à l'amélioration du bien-
être de la population. Les figures de proue de courant sont
Dollar, Kraay, Bhalla, Sala i
Martin. Dans leur article intitulé « Growth is good for the poor », Dollar et Kraay (2002)
mènent une étude portant sur un échantillon large des PED pendant 40 ans et concluent
que le revenu du quintile le plus pauvre(les 20% de la population les plus pauvres)
augmente proportionnellement avec le revenu moyen. Cette étude s'aligne sur la vision de
14

la théorie du
« trickle down » qui suppose que l'élasticité de revenus des pauvres par
rapport au PIB est égale à 1(=1), ceci revient à dire qu'en moyenne, les revenus des
pauvres augmentent au même rythme que la croissance.
Toujours, dans le premier courant, il existe certains chercheurs extrémistes
qui arguent que la croissance économique seule suffit pour réduire la pauvreté, c'est le cas
de
Bhalla(2002) qui en exploitant les enquêtes de la Banque Mondiale concluent que la
consommation des pauvres a augmenté plus que celle des non pauvres pendant la période
1980-2000.
Sala i Martin(2002) va lui emboiter le pas en confirmant que seule la
croissance peut réduire la pauvreté. Cette dernière variante pense que l'élasticité de revenus
des pauvres à la croissance est supérieure à 1(>1).
0.7.2.
Présentation de la thèse du Second courant
La thèse principale de ce dernier courant en est que la croissance
économique seule ne suffit pas pour réduire la pauvreté, il faudrait tenir compte du rôle
que jouent la redistribution des revenus et les inégalités, le rôle de la création des emplois,
le rôle des politiques de réduction de pauvreté, etc.
i.
En ce qui concerne que les inégalités, l'on doit les premières analyses à
Simon
Kuznets(1955) avec la fameuse courbe en U inversé qui arguent que la croissance
économique s'accompagne, dans un premier temps, de la hausse des inégalités et
une baisse de celles-ci quelque temps après. Bien que les analyses l'aient contredit
après sur l'existence de la relation entre les inégalités et le développement
économique, Kuznets a réveillé les esprits quant au rôle que jouent les inégalités
dans la réduction de la pauvreté. Ainsi,
François Bourguignon(2003) va mener
une étude portant sur le triangle croissance-inégalité-pauvreté qui l'illustre de
manière suivante :
Fig.2. Triangle croissance-inégalité-pauvreté
De ce triangle, il va affirmer qu'à moyen terme, les variations distributives des revenus
jouent un rôle très important dans la réduction de la pauvreté, lequel peut neutraliser les
effets favorables de la croissance. D'autres auteurs vont se joindre à lui sur cette voie à
l'instar de
Clustig et Stern(2002) pour qui la croissance est deux fois plus efficace pour
Pauvreté absolue et
réduction de la
pauvreté
Niveau de revenu
agregé et croissance
Distribution et
changements distributifs
15

réduire la pauvreté dans les pays où les inégalités de revenus sont faibles. En faisant la
régression sur une vingtaine des pays,
Bruno, Ravallion et Squire(1996) concluent que la
croissance diminue la proportion des pauvres mais les variations de la pauvreté sont plus
sensibles aux changements de Gini(Inégalités) qu'à la croissance.
ii.
Étant donné que les riches disposent d'un capital financier et d'un capital humain
importants, ils ont plus de possibilités de profiter de la croissance économique que
les autres classes sociales (Griffoni, 2005), d'où il faut concevoir des politiques
économiques en faveur des pauvres pour leur permettre de profiter de la croissance,
telle a été la naissance du terme de « croissance pro-pauvres.
Lachaud(2003) insiste
sur le fait que la croissance pro-pauvre requiert une stratégie délibérément biaisée en
faveur des pauvres de façon que les bénéfices obtenus par ces derniers soient plus
que proportionnels à ceux des riches. Il convient de signaler que depuis plus d'une
décennie, les études sur la croissance pro-pauvre ne cessent de faire fortune et l'on
peut citer en guise d'exemple les études menées par
Ravallion et Datt(1999),
Kakwani et Son(2002), Ehrhart(2009), Sboui(2009) et Boccanfuso et
Kaboré(2003). Le point commun de toutes ces études est la croissance pro-pauvres
est le type de croissance qui est permissif de la réduction de la pauvreté en ce que
les revenus de pauvres augmentent plus que ceux des autres classes sociales.
L'émergence de l'Asie depuis quelques années a été riche en contradictions
parce que de 1990 à 2005, le nombre de pauvres a été réduit d'environ 350 millions. Cette
réduction de la pauvreté a cependant été accompagnée d'une aggravation des inégalités de
revenus tel que nous le confirment
Ifzal Ali(2007), ce qui insinue la croissance pro-pauvre
ne suffit pas, il faut plutôt que la croissance soit inclusive qui est un type de croissance qui
doit profiter tant aux pauvres, aux moyens qu'aux riches. Depuis un certain temps, l'on
accorde donc une plus grande attention à la croissance inclusive en tant que moyen
d'aborder les questions d'équité qui sous-tendent le processus de la croissance
(Klasen,
2010).
Toutes ces analyses doivent être complétées par celles portant sur la qualité
de la croissance qui, selon
Fukuyama(2002), représente une contribution importante à
l'élargissement des études sur le développement. Il considère la croissance non comme une
fin en soi mais comme un moyen de parvenir au bien-être des individus ; les études sur la
qualité de la croissance insistent sur la participation de la population à la croissance par
exemple en termes d'emploi.
Mr juan SOMAVIA, alors qu'il était Directeur Général du
BIT disait que :
« le travail est le meilleur moyen de s'affranchir de la pauvreté.»
Ilo(1970) pense qu'une croissance tirée des secteurs intensifs en main-d'oeuvre peut
diminuer les inégalités via l'augmentation de l'emploi. Du reste, la
Banque
Mondiale(2002) définit trois indicateurs de la qualité de la croissance que voici : le
développement humain, la croissance économique et la durabilité de l'environnement.
16

0.8.
Ossature du travail
Hormis la partie introductive, le présent travail se subdivise en trois
chapitres dont voici la teneur :
Chapitre premier : Économie politique de la République Démocratique du
Congo
Chapitre deuxième : Examen des causes conjoncturelles et structurelles de la
croissance appauvrissante en RDC
Chapitre troisième: Analyse de la croissance pro-pauvres et de la croissance
inclusive en RDC
17

CHAPITRE I : ECONOMIE POLITIQUE DE LA REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
La République Démocratique du Congo a de grands
atouts. On est surpris et on s'étonne de ce qu'elle tarde à
décoller. On oublie, par ce constat, que le poids de son
histoire lui est lourd à porter.
Professeur Yvon
Bongoy Mpekesa, 2008.
La marche à tâtons de l'économie congolaise étonne malgré l'abondance des
ressources naturelles, l'incapacité de concevoir des politiques économiques à la hauteur des
attentes de la population interpelle la conscience de plus d'un congolais. Les performances
économiques de l'Afrique Subsaharienne en général et celles de la République
Démocratique du Congo ne sont nullement celles qui ont été augurées lors de son
accession à la souveraineté nationale. En effet, disposant de la deuxième économie la plus
industrialisée de l'Afrique Subsaharienne vers les années 1950-1960, la RDC a vu son tissu
économique, durant ces cinquante années, faiblir face aux chocs internes et face aux chocs
externes.
Alors que la RDC dispose de ressources naturelles abondantes, le
développement et la prospérité sont absents car la misère, le marasme économique et la
pauvreté ont atteint de proportions tellement inquiétantes au point que l'on est tenté de
parler de trappe à la pauvreté ou du piège du sous-développement
9
. Le PNUD nous
renseigne qu'en 2013, 46,2% de la population congolaise vivait dans une situation
d'extrême pauvreté tandis que 74% de la population congolaise vivait dans la pauvreté
multidimensionnelle, que de chiffres étonnants sur la pauvreté. Que dire alors des inégalités
dans la répartition du produit national lors que l'on sait que la richesse se concentre entre
les mains d'une bourgeoisie kleptocratique
10
qui institutionnalise le vol et le clientélisme et
que dire de la double extraversion de l'économie quand on sait que le pays exporte en état
brut l'écrasante majorité de la production locale et que le pays importe la majorité de ce
qu'il consomme. La République Démocratique du Congo importe les pates dentifrices, les
boites de tomate et même les cure-dents qui, du reste, n'exigent pas une technologie
avancée pour sa production. Sans aucun doute, la RDC est malade et si je dois comparer
son état à une personne humaine, je dirais qu'elle est dans un coma dépassé. Elle a
consommé le sous-développement dans sa substance la plus profonde. Ainsi, à quelques
mois avant l'indépendance M.RAYMOND SCHEYVEN, alors Ministre chargé des
affaires économiques et financières du Congo et du Ruanda-Urundi, définissait le résultat
9
Piège du sous-développement : se dit lorsque la pauvreté fait masse et que les handicaps dus à cette pauvreté se
combinent au point qu'il devient difficile d'en sortir in Kankwanda Ebul Elang, 2007.
10
Kleptocratie: C'est l'institutionnalisation de la kleptomanie c'est-à-dire que dans les pays en développement, la classe
étatique développe un besoin impérieux de voler ou mieux de piller les ressources tant naturelles que financières du
pays in Classe étatique et Kleptocratie, Harmunt Elsehans, 1976, Frankfort.
18

de quatre-vingts années d'exploitation coloniale sur la structure de l'économie congolaise
en disant que la RDC était un pays qui offre tous les critères du sous-développement
(JOYE Pierre et LEWIN Rosine, 1961), laquelle a été fidèlement perpétuée de
l'indépendance à nos jours. Le tableau ci-dessous étaye mieux nos propos :
Table 2 : Évolution des Indicateurs macroéconomiques de la RDC de 1960-2010
Années
1960
1970 1980 1985
1990
1995 2000 2005 2010
Taux de
croissance
6.78 -0.25 2.19 0.47
-6.6
0.69
-6.9
7.8
7
PIB per capita
(constant 2000
US$)
323
326
250
237
201
115
85
90
100
Pauvreté
80
76
60
71
83
IDH
0.345 0.355 0.325 0.282 0.237 0.277 0.286
Source : Auteur sur base des données rapports sur le développement humain compilés(PNUD) et de la Banque
Mondiale.
Cependant, un parcours synthétique de la théorie économique telle
qu'enseignée dans les différentes universités du monde fait état d'une perfection
incroyable. En effet, cette théorie privilégie la détention du capital naturel, du capital
humain et du capital physique comme source de croissance économique et du
développement d'un pays.
Ainsi, un pays qui dispose de ressources naturelles abondantes, de moyens
financiers conséquents et d'une technologie avancée est donc éligible au développement à
l'occidental. Mais, les pays de l'Afrique Subsaharienne en général et la RDC en particulier
n'ont pas réussi à décoller en s'inspirant de cette théorie.
Au cours des années 1970-1980, la République Démocratique du Congo a
bénéficié de différents financements au titre de la dette extérieure, au titre du soutien au
régime compte tenu de son rôle stratégique dans la guerre froide et au cours des décennies
2000, elle a bénéficié des aides publiques au développement mais l'utilisation de ces fonds
n'ont servi qu'à financer les éléphants blancs c'est-à-dire les investissements non
productifs. Au lieu de booster le développement de la RDC, ces fonds ont contribué à la
paupérisation de la population au point de conclure que si le ratio de la dette en % du PIB
gonfle de 10%, le PIB per capita diminuait de 23% à long terme (Akhenaton Izu, 2014).
Pour ce qui est du capital naturel, la RDC semble être la mieux lotie en
ressources naturelles à telle enseigne qu'elle est qualifiée de
« scandale géologique ». En
effet, la RDC dispose des ressources minières telles que le cuivre, le cobalt, le zinc, le
manganèse, le magnésium, l'or, l'argent dans le sous-sol, elle dispose également de 60% des
forêts du Bassin du Congo et même des eaux douces en abondance. Sans doute, ce n'est
pas le capital naturel qui manque pour le développement de la RDC.
19

La RDC dispose d'une main d'oeuvre abondante tant en quantité qu'en
qualité. En quantité parce qu'elle dispose d'une force de travail riche et peu exigeante et en
qualité parce que les experts congolais sont parmi les mieux appréciés à l'extérieur. Ceci se
justifie par la présence anormale des médecins congolais en Afrique du sud et le nombre
combien élevé des professeurs d'université de la RDC qui sont appréciés de par le monde.
Que dire de la technologie lorsqu'on sait qu'en 1960, le pays possédait les meilleures
industries de l'Afrique Subsaharienne pour autant qu'elle était la deuxième économie la
plus industrialisée de l'Afrique Subsaharienne, mais hélas toutes ces industries ont disparu.
Tous ces exemples nous poussent à croire que la théorie économique
standard se révèle, du moins dans sa grande partie, impuissante à sortir la RDC de son
sous-développement. En effet, la pauvreté et la déliquescence de la RDC ne trouvent pas
des réponses efficaces dans les théories économiques dites standard.
Étant considéré comme médecin de tout un pays (Kalonda Mbulu, 2014), il
appartient à l'économiste congolais d'approfondir la structure économique de la RDC, d'en
comprendre la substance profonde, de déceler les principaux obstacles de son
développement socioéconomique et de clarifier les politiques économiques permissives du
développement intégré : voici ce que nous pouvons qualifier, dans le cadre de ce travail,
l'Économie politique de la RDC. L'objectif de ce chapitre est celui d'étudier les forces
intrinsèques, les procès qui prévalent au sous-développement chronique de la République
Démocratique du Congo. L'honnêteté scientifique nous pousse à reconnaitre que certaines
études ont déjà examiné cette problématique mais le plus souvent c'est fut dans le cadre
des pays en développement en général ou dans le cadre des pays de l'Afrique
Subsaharienne.
L'envergure de ce travail exige une analyse historique fouillée telle que le
confirme NZANDA BUANA qui s'exprime :
« identifier la nature et les causes du retard
économique africain, spécialement celui de l'Afrique Subsaharienne, mérite un cours approfondi de
l'Histoire économique comparée de l'Afrique... ». Dans une même visée, Daron Acemoglu(2003)
attribue la pauvreté congolaise au cheminement historique de la RDC qu'il identifie comme
une cause profonde de sa pauvreté via son héritage institutionnel. C'est ainsi que la
première section de cette monographie s'emploie à décrire l'histoire économique de la
RDC.
20

SECTION I : APERCU HISTORIQUE DE L'ECONOMIE DE LA RDC
La compréhension de la sève profonde de l'économie congolaise doit passer
par la maitrise de l'histoire de l'évolution de ladite économie.
C'est ainsi que l'aperçu de l'histoire économique sera subdivisé en trois
temps forts:
Période précoloniale (Avant 1885)
Période d'occupation (1885-1960)
Période postcoloniale (1960 à nos jours)
I.1. Période précoloniale (Avant 1885)
Avant l'acte de Berlin de 1885, l'État comme une entité socio juridique
n'existait pas mais la population s'organisait déjà en royaumes et en empires selon les
appartenances ethno-tribales. L'on se souvient bien de l'illustre Royaume Kongo, du
Royaume Kuba, de l'Empire Luba, etc.
Par ailleurs, les congolais s'adonnaient plus aux modes de production
traditionnels et principalement au mode de production agricole. À côté de l'agriculture qui
était exploitée dans sa forme la plus primitive avec des outils rudimentaires (bêche, houe,
etc.), d'autres activités occupaient également la population congolaise à l'instar de la chasse,
de la cueillette, de la pêche, etc. Disposant d'une technologie précaire, la population
congolaise privilégiait l'agriculture extensive, laquelle exige une grande quantité de terres et
une main d'oeuvre abondante pour maximiser la production agricole. Cette situation
poussait la population à ménager de jachères de plusieurs années et à une fécondité sans
pareil. Les familles congolaises comprenaient en moyenne plus de 5 enfants.
L'absence du commerce à l'occidental éludait tout esprit de domination,
toute lutte des classes au point que JOYE Pierre et LEWIN Rosine(1961) parle de
l'équilibre précolonial. La répartition de la production ne posait aucun problème parce
que la consommation était collective.
Pendant toute cette période, les échanges sont dominés par le troc et les
signes monétaires les plus répandus sont : les coquillages tels que les Nzimbu et le quiranda
ou le musanga (Mabi Mulumba, 2014), les tissus de fabrication artisanale, les métaux, etc.
Signalons également que pendant cette période, c'est la force de travail qui a
été sérieusement écrémée en complicité avec certains leaders tels que Tippo-Tip. Bien
avant la colonisation, il est parti de l'Angola environ 5 millions d'esclaves en trois cent ans,
dont une bonne moitié venait de l'actuel Congo. Les conséquences de la traite des Noirs
ont été inimaginables sur l'économie africaine en général et celle de la RDC en particulier,
ce qui pousse l'Explorateur Cameron à écrire ce qui suit :
« L'Afrique perd son sang par tous ses
pores..., voir les débris de tant de villages, naguère habités par des gens heureux, me jetait dans une
21

tristesse inexprimable. Où étaient ceux qui avaient bâti ces villages, cultivé ces champs ? Ils avaient été
saisis comme esclaves ou avaient fui devant les chasseurs d''hommes. »
I.2. Période d'occupation (1885-1960)
Le terme « période d'occupation » a été préféré à celui de « période
coloniale » pour la simple raison qu'au sens strict du terme, la colonisation a commencé
lors de l'annexion de l'État Indépendant du Congo à la Belgique en 1908.
1.2.1. L'ère de l'Etat Indépendant du Congo
Si l'année 1885 est considérée comme le début de l'occupation en RDC, les
choses ont commencé 9 ans avant avec la Conférence géographique internationale
organisée à Bruxelles en 1876, laquelle se solda par la création de l'Association
Internationale Africaine(AIA). Deux ans après, l'AIA fut transformée en Comité d'Études
du Haut Congo(CEHC) qui, elle, se muta en Association Internationale du Congo une
année après. Lors de la Conférence de Berlin, l'AIC s'est transformée finalement en État
Indépendant du Congo(EIC) et sa gestion fut confiée au roi Léopold II. La trinité coloniale
(État-Églises-Sociétés à charte) ont facilité la mise en oeuvre de l'exploitation des richesses
congolaises. Cette citation extraite d'une lettre datée du 3 juin 1906 adressée par Léopold II
aux secrétaires généraux traduit très bien l'esprit absolutiste qui a toujours animé l'État
colonial :
« Le Congo a donc été et n'a pu être qu'une oeuvre personnelle. Or, il n'est
pas de droit plus légitime et plus respectable que le droit de l'auteur sur sa propre
oeuvre, fruit de son labeur (...) Mes droits sur le Congo sont sans partage; ils sont le
produit de mes peines et de mes dépenses ...Le mode d'exercice de la puissance
publique au Congo ne peut relever que de l'auteur de l'État; c'est lui qui dispose
légalement, souverainement, et qui doit forcément continuer à disposer seul, dans
l'intérêt de la Belgique, de tout ce qu'il a créé au Congo (...) »
Mais à y voir de plus près, l'on se rend plutôt compte que l'EIC fut une
colonie internationale dont la métropole était constituée de tous les pays signataires de
l'Acte de Berlin. Cela se manifestait par l'interdiction de toute perception des droits
d'entrée sur les marchandises étrangères dans le Bassin conventionnel du Congo. C'est en
vertu de cette disposition que l'État Indépendant du Congo est allé d'emprunts en
emprunts parce qu'incapable de mobiliser de ressources financières requises pour assurer
son bon fonctionnement. C'est ainsi qu'en 1889 le Roi Léopold II a fait émettre, à la
Société de chemin de fer Matadi au Stanley-Pool, de millions d'obligations qui ont été
souscrites par le Gouvernement Belge. Le montant global des emprunts contractés par
l'EIC avait atteint une somme colossale de 263.587.000 francs belges en 1907. Incapable de
rembourser, cette dette couta l'annexion de l'EIC à la Belgique en 1908 devenant ainsi
«Congo belge ». En outre, de pressions internationales à l'endroit du Roi Léopold II suite
aux exactions et aux mutilations qu'il a faites subir à la population congolaise l'ont
également contraint de céder l'EIC à la Belgique. Edmond Morel, alors secrétaire de la
22

Congo Reform Association dénonce les méthodes employées pour cueillir le red rubber
(caoutchouc rouge). Cette annexion a été scellée par deux textes : il s'agit du testament du
Roi Léopold II et par la convention du 3 juillet 1890.
Lors de l'occupation, la production des biens et services a commencé par la
cueillette, par des congolais, sous forme de corvées, du sésame, du copal, du palmiste, du
caoutchouc, de l'huile de palme, de l'ivoire, bref des ressources de la faune et de la flore
facilement accessibles à main nue. Pour bien organiser cette cueillette, le Roi Léopold II
entreprit la création des sociétés devant remplacer les pouvoirs publics dans l'animation
des activités productives. La première à être créée fut la Compagnie du Congo pour le
Commerce et de l'Industrie (C.C.C.I.) en mars 1887, par l'entremise de laquelle fut créée 5
filiales. Ces filiales seront par la suite complétées ou remplacées par des organismes
constitués avec des groupes étrangers auxquels furent conférées des prérogatives de
puissance publique et des droits variés : il s'agit des Sociétés à Charte parmi lesquels on
peut citer le Comité Spécial du Katanga(CSK), la Compagnie des Chemins de Fer du
Congo Supérieur aux Grands Lacs Africains(CFL) et le Comité National du Kivu(CNKI)
(Adrien Omombo, 2000).
Pour faciliter la gestion de terres vacantes qui leur a été confiée, les Sociétés
à Charte ont constitué 3 holdings :
i.
L'Union Minière du Haut Katanga crée par le CSK ;
ii.
La Compagnie des Chemins de Fer du Bas-Congo au Katanga (BCK) créée par la
CFL ;
iii.
La Société Internationale Forestière et Minière du Congo(FORMINIERE)
1.2.2. Colonisation belge
Durant l'époque coloniale, les holdings créés développèrent leurs activités et
se concentrèrent essentiellement à l'exploitation minière, devenue l'activité principale de
l'économie congolaise. La majeure partie des exportations se compose de produits
minéraux. Selon la Banque Mondiale(2008), ce secteur fournissait de
70 à 80% des recettes
à l'exportation durant la période d'occupation. D'ailleurs, c'est en fonction des besoins de
ce secteur que seront créés des voies de communication chargées d'assurer l'écoulement
rapide des matières premières depuis leurs centres d'extraction.
La structure de production nationale était dominée par l'exploitation des
matières premières et leur exportation en état brut dépouillait la colonie du pouvoir de
négociation, ce qui fait que les prix pratiqués dans ces transactions étaient fixés d'une
manière unilatérale par l'acheteur.
En 1949, fut élaboré le plan décennal qui visait à consolider la croissance
économique du Congo Belge dont la réussite a redonné de l'espoir à la classe d'affaires de
l'époque. En effet, l'activité économique était tellement développée que le Congo Belge
comptait 3 ans avant l'indépendance : 8507 exploitations et industries agricoles, 723
23

industries minières et métallurgiques, 825 industries mécaniques, 2880 industries de
construction et d'ameublement, 753 industries de textile, du vêtement et de la chaussure,
126 industries chimiques, 1818 industries électriques, d'eau ou d'énergie, 2818 industries
alimentaires, 1068 industries de transport, 10302 divers. À côté de ces unités de production
industrielles, l'on comptait 41127 établissements commerciaux en 1956(Adrien Omombo,
2000).
Source : Omombo
Les transactions au début de l'implantation de l'État Indépendant du Congo
se faisaient principalement sous forme de produits de la cueillette contre les vêtements, les
savons, etc. Après sont venus les croisettes de cuivre, les perles, les coquillages, les masses
de fer et le signe monétaire le plus répandu fut
le mitako qui est une baguette de 8 à 25 cm
de laiton groupée en faisceaux valant 2 centimes de Franc Belge.
Mais depuis 1909, le Congo Belge possédait déjà sa propre monnaie
« le
Franc Congolais » dont le privilège d'émission fut confié, dans un premier temps, à une
banque commerciale : BCDC en l'occurrence puis par la suite, à la Banque Nationale du
Congo créée en 1951. La parité officielle qui était appliquée à l'époque était de 1 Franc
belge pour 1 Franc congolais.
Par ailleurs, Comme nous l'avons signalé ci-haut, l'acte général de Berlin a
rétréci l'assiette fiscale de l'EIC quant à ce qui concerne la mobilisation des ressources du
trésor parce qu'interdisant toute perception des droits d'entrée sur l'importation des
marchandises étrangères dans le Bassin du Congo alors le pays vivait de la double
extraversion. Les autres impôts qui étaient mobilisés par l'État colonial ne lui permettaient
de financer les dépenses courantes et les travaux d'infrastructure publique, c'est ainsi que
0
2.000
4.000
6.000
8.000
10.000
12.000
14.000
Graph.1. Evolution du PIB du Congo Belge de 1950 à 1959(en millions
de USD)
PIB
24

les finances publiques se soldaient constamment par des déficits budgétaires profonds.
Cela a poussé l'État à contracter les dettes à moyen et long terme pour s'assurer le
financement du déficit budgétaire. Le montant global des emprunts avant l'annexion
s'élevait à 263.587.000 FB.
Il a fallu attendre la Convention de Saint Germain-en-Laye dont la
conclusion a été d'une influence salvatrice : elle a reconnu à chaque État le droit de fixer
librement les tarifs douaniers. Étant donné que le pays était tourné vers l'exportation, la
situation budgétaire s'est amplement améliorée depuis lors.
Une fois de plus, ce fut une période où les ressources du Congo furent
copieusement pillées et la main d'oeuvre nationale dépouillée. La colonie, au travers
Léopold II s'est accaparée des terres des indigènes. En 1891, la CCCI a créé la Compagnie
du Katanga, qui a obtenu du roi une superficie de six fois la Belgique à sa disposition et en
plus le recrutement forcé des mineurs et des cueilleurs était monnaie courante (Lejeune,
1966). Un autre exemple du pillage nous est fourni par l'introduction du plan décennal
1950-1959 qui fait état de la situation d'épuisement des ressources naturelles combien
alarmante :
dans le secteur des mines, nous avons presque achevé d'épuiser les alluvions. Après avoir
exploité la surface du sol, il faut à présent suivre les filons dans l'épaisseur de la terre.
I.3. Période post-coloniale
Cette période peut être subdivisée en cinq sous-périodes :
i.
Indépendance et éclatement des troubles politiques : 1960-1965
ii.
Pacification du pays, boom des matières premières et prospérité économique :
1965­1973
iii.
Eclatement de la crise et ajustement structurel : 1974­1989
iv.
Libéralisation politique, conflits armés et effondrement de l'économie : 1990­2001
v.
Refondation de l'Etat et reprise économique : 2002­à ce jour.
I.3.1. Indépendance et éclatement des troubles politiques : 1960 -1965
Survenue à l'arraché, l'accession du pays à l'indépendance a été enlisée de
plusieurs pièges de la part du colonisateur. En effet, alors que les congolais privilégiaient les
aspects politico-juridiques du phénomène, le colonisateur multipliait de stratégies de
destruction du tissu économique congolais. Ces intrigues ont porté sur l'héritage du
service de la dette, le transfert des sociétés paraétatiques et la dissolution des Sociétés à
charte.
25

Encadré 1 : Autour des intrigues du colonisateur à la veille de l'indépendance
1
. Héritage du service de la dette
Jusqu'en 1965, l'épineuse question de la dette coloniale était sujette de beaucoup de
controverses entre les deux pays. Pour le Congo, il faut rejeter toute responsabilité pour la
gestion coloniale, en fondant cette argumentation sur l'unité juridique qui existait entre
l'État belge et la colonie. Tandis que la Belgique soutenait que les droits et obligations de la
colonie qui, en vertu du 1
er
article de la charte coloniale, était dotée d'autonomie financière
et avait un patrimoine distinct de celui de la Belgique. La convention Tshombe-Spaak de
1965 résoudra le problème suivant le principe de partage forfaitaire de la dette :
Le Congo assume la responsabilité de la dette de l'ancien Congo-belge exprimé en francs
congolais et la Belgique continue à assurer les charges de la dette exprimée en devises et
garantie par la Belgique.
2. Transfert des organismes publics et paraétatiques
Le 17 juin 1960, la Belgique a pris un décret dit
« Loi d'option de nationalité »
transférant en Belgique le siège social des entreprises congolaises (sociétés coloniales), avec
des exonérations au paiement des impôts après l'indépendance. Ce changement de
nationalité aura des répercussions fâcheuses sur le développement économique du Congo
au niveau de la production, mais également au niveau de finances publiques surtout que ces
sociétés étaient les premières contribuables au budget de l'État congolais. C'est ainsi que le
budget de 1960 était le premier à se solder, après une décennie, par une impasse de près de
3000 millions de FC.
3. Dissolution des sociétés à charte
Profitant de la convention du 24 juin 1960, la Belgique, à 6 jours de l'accession du Congo à
l'indépendance, a réussi à obtenir la dissolution des sociétés à charte. Cette dissolution a
donné lieu à des répercussions toutes aussi fâcheuses dans l'encadrement de nombreuses
filiales de ces sociétés à charte, lesquelles constituaient le Portefeuille de l'État totalisant en
moyenne plus ou moins 1260 millions de francs entre 1955 et 1959.
Source : Omombo, 2000.
Déjà affaibli par la dissolution des compagnies à charte et le changement de
nationalité des sociétés coloniales, la décennie 1960 a été le théâtre de sécessions (Katanga
et Kasaï), de rébellions (Mulele, Gizenga, etc.) et même des coups d'État (14 septembre
1960 et 24 novembre 1965), bref d'une instabilité politique sans pareil.
L'instabilité politique et l'insécurité des affaires ont conduit à un repli du PIB
et à une instabilité de la croissance dans la première moitié de la décennie, le taux de
croissance annuelle de -0.4% avec un creux de -10,85% en 1961, une montée sensible des
26

prix intérieurs (taux d'inflation de 35% en 1964), un creusement du chômage, une baisse
des investissements jusqu'à 4% du PIB en 1962.
I.3.2. Pacification du pays, boom des matières premières et prospérité
économique : 1965 ­ 1973
L'assainissement du climat politique et la réforme monétaire de 1967 ont
renversé la tendance de la croissance. Le pays a édicté un nouveau code des
investissements en 1969, a construit des infrastructures financées essentiellement par la
dette extérieure dans le cadre du plan de développement décennal
« objectif 80 ». Durant
la même période, les cours de matières premières principalement celles du cuivre et du
cobalt étaient revus à la hausse sur le marché mondial. La production étant florissante, le
pays va connaitre durant la période (1965-1974) une croissance annuelle de 4%, cette
période correspond au niveau de vie le plus élevé de la période postcoloniale. Les réserves
de change deviennent excédentaires atteignant 600 millions d'USD en 1969. Pendant cette
période, le secteur minier contribue pour 12% du PIB et 40% des recettes fiscales. Les
entreprises telles que la GECAMINES, la MIBA, la SOMINKI, l'OKIMO vont connaitre
leur âge d'or.
Table 3 : Évolution des indicateurs macroéconomiques de 1965 à 1974
Années
1965 1966 1967 1968
1969 1970
1971
1972
1973 1974
PIB/hab (USD
2000)
317
328
315
319
338
327
336
326
343
343
Taux de
croissance
1.00
6.78 -0.99
4.33
9.33
-0.25
6.01
0.15 8.14
3.13
Taux
d'investissement
17
8
12
11
13
15
18
19
17
17
Inflation
15.8
36.9
53.3
6.2
8.0
5.8
15.8 15.6 29.5
Source : Banque mondiale : WDI, 2014
I.3.3. Eclatement de la crise et ajustement structurel : 1974 ­ 1989
En même temps qu'il y avait expansion, quelques signes avant-coureur de la
crise s'annoncent bien que timidement : le montant de la dette gonfle jusqu'à atteindre 13%
du PIB en 1973 alors qu'il n'était que de 7% en 1970 ; une baisse des exportations par
rapport à la décennie 1960 comme nous le renseigne le graphique ci-dessous :
27

Source : Auteur sur base des données de la Banque Mondiale(2014)
L'on remarque également une tendance à la baisse de la production
industrielle ; la part de l'industrie dans le PIB passe de 45% en 1970 à 42% en 1973 et à
37% en deux ans après.
Les turbulences de la conjoncture internationale à l'image du 1
er
choc
pétrolier, de la baisse brutale des cours mondiaux du cuivre et du cobalt et des effets
pervers de la Zaïrianisation et de la radicalisation sur l'investissement privé vont contribuer
au retournement du cycle de la croissance en RDC. La fuite des capitaux, l'impréparation
des congolais à la gestion des entreprises rétrocédées, le gonflement du stock de la dette
vont plonger l'économie congolaise dans une récession sévère avec comme conséquence le
rétrécissement de la taille de l'économie congolaise du fait que les secteurs productifs
(agriculture et industrie) ont été sérieusement détruits. Le graphique ci-dessous visualise
l'effritement du niveau de vie de la population qui a vu son revenu moyen diminuer de
25% à l'espace de 5 ans :
0
20
40
Graph.2. Evolution des exportations en % du PIB de 1960 à 1973
Exportations en % du PIB
28

Source : Auteur sur base de données de la Banque mondiale
Le taux de croissance qui était de 2,8% en 1974 est passée à -5,8% en 1975. Sur l'ensemble
de la période, l'inflation a atteint de proportions inquiétantes : 80% en 1976 et voire 101%
en 1979. Le taux de change, quant à lui s'est fortement déprécié : entre 1974 et juin 1981, la
valeur réelle du Zaïre monnaie, exprimée en dollars a chuté de 2$ à 0,17$, soit une
dépréciation de 1076,5% par rapport à son de niveau de 1974.
La déconfiture de l'activité économique telle qu'observée à la fin de la
décennie 1970 était le fait de la fuite des capitaux provoquée par de mesures de
radicalisation de 1974, de la détérioration des termes de l'échange(en 1986, le prix du cobalt
a chuté de 58%), de la crise de l'endettement, de la politique d'austérité(PAS). De 1980 à
1983, il y a une dégradation de 31% des termes de l'échange. Entre 1975 et 1982, la
production industrielle a chuté de 22%, l'activité de l'ONATRA a chuté de 38% et celle
des chemins de fer de 80%. Suite à des politiques économiques inadaptées (Zaïrianisation,
politique fiscale grevant les entreprises minières), le Zaïre a cessé d'être la destination
privilégiée des IDE tels que nous le confirment ce graphique :
-10
-8
-6
-4
-2
0
2
4
6
8
10
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
Graph.3. Evolution de la croissance du PIB et du PIB
per capita de 1970 à 1979
Taux de croissance
Taux de croissance du PIB per capita
29

Source : Auteur sur base des données de la BAD
L'économie congolaise était par terre et seul le secteur minier maintenait le
cap parce que représentant près de 25% du PIB et la GECAMINES représentent à elle
seule plus de 50% des exportations nationales.
Alors que le niveau de vie s'effrite, la population augmente à un rythme
constant de près de 3% l'an, cette population est majoritairement jeune avec 45% de la
population de moins de 16 ans, d'où un besoin pressant de scolarisation, d'alimentation, de
santé qui malheureusement ne trouve pas une réponse satisfaisante.
Point n'est besoin de signaler que la construction des infrastructures
socioéconomiques au Zaïre était essentiellement financée par la dette extérieure, laquelle
était contractée dans une conjoncture favorable avec la hausse des cours des matières
premières et à des taux d'intérêt attrayants. La mauvaise gouvernance et le gigantisme du
régime Mobutu a conduit à l'adoption de plusieurs projets d'investissement non rentables
qualifiés
« d'éléphants blancs » parmi lesquels on peut citer le barrage d'INGA qui a été
construit sur deux phases alors que la capacité de la première phase couvrait largement la
demande nationale. À lui seul, ce barrage a épuisé près de 30% de la dette extérieure
congolaise,
la construction d'une sidérurgie à Maluku alors que le pays ne réalise pas
une production conséquente de fer et de fonte,
l'installation d'une compagnie sucrière
exploitant la canne à sucre dans une région à haut niveau de pluviométrie à Lotokila,
la
construction d'une ligne de transport de l'énergie électrique, en courant continu,
d'INGA au Katanga, sur une distance de plus de 2000 km. L'on cite également comme
éléphants blancs, la Radio-Télévision nationale dite voix du Zaïre, le Centre de Commerce
International ou CCIZ, la SOZIR.
0
20
40
60
80
Graph.4. Evolution des IDE de 1970 à 1984(en millions de dollars
courants)
IDE(en millions de dollars courants)
30

La liste des éléphants blancs n'est pas exhaustive mais leurs conséquences
sur l'économie congolaise ont été désastreuses et se font sentir jusqu'aujourd'hui. Le
rapport principal table rase-et après ? (2012) affirme qu'aucun des projets financés par la
dette au Zaïre n'a tenu sa promesse et n'a créé la base de remboursement, ce qui insinue
que le pays devait donc emprunter pour assurer le service de la dette et le stock de la dette
s'accumulait rapidement jusqu'atteindre 5 milliards de USD en 1981. Le service de la dette
dépasse 50% des exportations à partir de 1986 et la crise de la dette se déclenche. Cette
crise va entrainer plus tard de coupes budgétaires sur les dépenses sociales (santé,
éducation) et même sur les salaires dans le cadre des Politiques d'Ajustement Structurel des
années 1980. En effet l'on renseigne que, suite à ces politiques, la part des intérêts de la
dette est passée de 8% à 32% des dépenses publiques alors que la part des salaires est
passée de 42% à 11% et la part des dépenses d'éducation est passée de 19% à 2% de 1980 à
1987(Akhenaton Izu, 2014). Néanmoins, force est de remarquer que depuis cette vague
d'investissements inappropriés des années 1970, on en enregistre pratiquement plus
d'autres ni dans le domaine de maintien, de rationalisation, ni dans celui de l'expansion.
À la fin de la décennie 1980, la production minière s'est fortement
contractée provoquant ainsi l'effondrement quasi-généralisé de l'économie congolaise. Au
même moment, la banque centrale a fait faillite et les dettes cessèrent d'être honorées vu
l'assèchement des devises. Beaucoup d'entreprises publiques congolaises succombent étant
asphyxiées par une politique fiscale inadéquate et par une gestion politisée. C'est le cas de la
Gécamines dont près de 1/3 de prévisions d'impôts deviennent des décaissements quasi
obligatoires. D'autres entreprises publiques telles la SNEL, la MIBA, la REGIDESO, l'Air-
Zaïre vont également perdre leur force suite à la politisation de leur gestion.
Par ailleurs, certaines entreprises ont failli face à la concurrence des
entreprises étrangères. C'est le cas des entreprises du secteur textile (UTEXAFRICA,
SOTEXCI et autres) face au dumping de wax chinois, wax hollandais, super soso dont les
producteurs sont soutenus par leurs gouvernements respectifs. C'est également le cas de
paysans congolais qui ont été supplanté par les produits étrangers. Cela a développé de
nouvelles habitudes de consommation au niveau de la population. C'est ainsi que les kinois
préfèrent le pain -fabriqué à base de blé qui est importé de l'Occident- que la chikwangue.
Comme le confirme le Professeur Nyembo Shabani(2014), ce phénomène contribue à la
paupérisation de la population congolaise d'autant plus que plus de 70% de la population
se concentre en milieu rural et a pour activité principale l'agriculture.
I.3.4. Libéralisation politique, conflits armés et effondrement de l'économie : 1990 ­
2001
C'est vers les années 1990 que commence la descente aux enfers pour
l'économie de la RDC. En effet, pendant cette période, le secteur minier et industriel vont
s'effondre avec une diminution de plus de 40% de la production industrielle. Quant au
secteur minier, c'est l'éboulement de la mine de Kamoto qui va précipiter la chute de la
31

GECAMINES et du secteur tout entier. La baisse drastique du pouvoir d'achat du peuple
congolais suite aux PAS va entrainer le rétrécissement du marché intérieur congolais. L'on
assiste alors au phénomène de morcellement de biens de consommation de masse tels que
le poulet, le pain, la tomate en boite, etc. (Kabeya Tshikuku, 2012). Le pays va connaitre
une dépression sans pareille avec plus de 10 ans de croissance négative :
Source : Auteur sur base de données de la Banque Mondiale
Les finances publiques congolaises vont connaitre un déficit chronique dont
le financement a conduit à des dérives au niveau de la politique monétaire. En effet, le
financement monétaire du déficit budgétaire fut à l'origine d'une hausse fulgurante des prix
intérieurs comme le témoigne le taux d'inflation de 9797% en 1994. Voici le tableau qui
résume nos propos :
Table 4 : Évolution du taux d'inflation et du déficit budgétaire de 1990 à 2000
199
0
1991 1992 1993 1994
199
5
199
6
1997
199
8
199
9
200
0
Solde
budgétaire (en
millions
d'USD)
-86 -222 -156 -314 -35 -30
-5
-
0.01 -
-
-0.5
Taux
d'inflation
233
364
5
299
0
465
2
979
7 382 141
14 135 484 511
Source : Ministère de Budget et Beltrade(2011)
C'est pendant cette période que fut émise la coupure de 5.000.000Z qui a été
surnommée
« Dona Beija » et « Ingetele » qui signifie monstre en Kimongo. À tout cela, il faut
ajouter le rejet, en 1993, par les deux Kasaï de la nouvelle monnaie mise en circulation par
-16,00
-14,00
-12,00
-10,00
-8,00
-6,00
-4,00
-2,00
0,00
2,00
4,00
Graph.5. Evolution du taux de croissance en RDC de 1987 à 2001.
croissance du PIB
Linear (croissance du PIB)
32

le gouvernement central. Suite à ce désordre monétaire, les agents économiques
commençaient à perdre confiance en la monnaie nationale et recouraient au dollar dans les
transactions économiques. Que ce soit sur le marché ou dans l'Administration, les prix se
fixaient en dollar, l'épargne également se constituait en dollar américain mais il ne s'agissait
que d'une dollarisation de facto. La circulation parallèle du Franc congolais et du Dollar
américain n'a été autorisée qu'en 2001 par le Décret-loi n° 004/2001 du 31 janvier
2001(Nko'o, 2011), relatif au régime des opérations en monnaie nationale et en monnaies
étrangères en RDC.
En outre, le chômage croissant des jeunes et la baisse drastique du pouvoir
d'achat vont renforcer le secteur informel qui commence à ériger domicile dans le vécu du
congolais avec de slogans tels que
article 15 : « Débrouillez-vous pour vivre ».
11
Constatant tout cela, Tshuinza Mbiye(2003) va parler de triangle maléfique
de l'hyperinflation, de l'hyper-dépréciation et de l'hyper-récession
12
comme caractéristique
de cette économie.
I.3.5. Refondation de l'Etat et reprise économique : 2002 ­ à ce jour.
Il fallait attendre l'année 2001 pour que la tendance soit renversée avec la
mise en place du Programme Intérimaire renforcé (PIR en sigle) qui visait l'assainissement
de l'environnement macroéconomique, la reprise de la coopération avec les Institutions
financières internationales (FMI, Banque Mondiale, etc.), laquelle coopération a été
interrompue vers les années 1990 avec le non-paiement du service de la dette.
.- À partir de 2002, le pays a renoué avec la croissance après 13 ans de
récession et une période d'hyperinflation hors pair. Dans l'entretemps, le pays a bénéficié
d'un prêt de 750 millions de USD de la part du FMI dans le cadre de la Facilité pour la
réduction de la pauvreté et la croissance(FRPC) sur une période de 3 ans et de 450 millions
de USD de la part de la Banque Mondiale dans le cadre de son Crédit pour la reprise
économique.
En effet, pour consolider cette croissance, le gouvernement congolais a
entrepris plusieurs autres programmes (PEGI, PEGII) sous l'égide de la Banque Mondiale
et du FMI. À l'issue de tous ces programmes, la situation macroéconomique du pays a été
maitrisée avec une croissance moyenne de 6,1% de 2002 à 2013, le taux d'inflation le plus
bas de la période postcoloniale soit 1,1% en 2013 et la stabilité du taux de change. Il y a eu
également une diminution substantielle de la dette suite au point d'achèvement de
l'Initiative PPTE atteint en 2010 qui a fait en sorte que le stock de la dette extérieure passe
de 13,71 milliards de USD en 2009 à 2,9 milliards de $ en 2010. La santé économique et
financière du pays durant la période sous étude peut se résumer par le tableau ci-dessous :
11
Akhenaton Izu, Séminaire d'Économie publique I, FASEG, UNIKIN, 2014.
12
TSHUINZA MBIYE, « vers la fin du triangle maléfique de l'hyperinflation, de l'hyper-dépréciation et de l'hyper-
récession », le potentiel, n°2965,4 novembre 2003, p.15
33

Table 5 : Indicateurs de la santé économique et financière de la RDC de 2001 à 2014
2001
200
2
200
3
200
4
200
5
200
6
200
7
200
8
200
9
2010 2011
201
2
Taux de
croissance du
PIB
-2.1 3.5 5.8 6.6 7.8 5.6 6.3 6.2 2.8
7
6.9 7.2
PIB par
habitant (USD
constant de
2000)
78.7 79.3 81.7 84.8 88.8
91 93.9 96.8 96.6
100.
5
104.
5 110
Taux
d'inflation fin
période
135.
1 15.8 4.4 9.2 22.7 18.2 9.8 27.2 54.3
9.8 15.4 2.72
Taux de
change
207 347 405 399 474 468 517 559 810 906 919 920
Réserves de
change (mois
d'importations
)
-
-
-
0.9 0.4 0.3 0.2 0.1 1.2 1.3
1.3
1.4
Investissemen
t public en %
du PIB
6.7 7.4 9.4 12.8 13.8 13.2 18.2 22.4
18 23.5 20.5 28.2
Sources : Banque mondiale(2013), FMI(2012) et BCC
La croissance observée depuis une décennie a été tirée de quelques secteurs en forte
expansion : il s'agit du secteur minier, du secteur de commerce de gros et de détail, du
secteur de construction et du secteur de télécommunications ainsi le démontre ce
graphique:
34

Source : Banque Centrale du Congo(2012)
L'on se rend compte que la croissance économique de la RDC est tirée par
de secteurs à faible utilisation de la main d'oeuvre, d'où un taux de chômage élevé. Le
secteur minier qui est le principal secteur porteur de la croissance a une chaine de valeur
peu développée :
De toutes ces étapes, seule l'exploration exige une main d'oeuvre qualifiée qui, du reste, est
importée et toutes les autres étapes n'exigent pas assez une main d'oeuvre abondante et
qualifiée.
C'est ainsi qu'un paradoxe criant frappe l'économie congolaise qui connait
une pauvreté rampante en même temps qu'elle réalise une croissance remarquable. En
effet, le niveau de la pauvreté a atteint de proportions inquiétantes : 1 congolais sur 2 vit
dans une pauvreté sévère alors que le pays occupe toujours les derniers rangs dans le
Transports,
entreposage et
communications,
0.34
Commerce de gros et
de détail, 1.59
Services marchands,
0.42
Administration
publique et défense,
sécurité sociale
obligatoire, 0.03
Production imputée
aux services
bancaires, 0.03
Droits et taxes à
l'importation, 0.19
Agriculture, chasse,
sylviculture et peche ,
1.04
Activités extractives
et métallurgiques,
2.30
Activités de
fabrication, 0.07
Production et
distribution
d'électricité, de gaz
et eau, -0.01
Construction, 1.60
Graph.6. Contribution des secteurs à la croissance du PIB en 2012( en
points de %)
Exploratio
n des
matières
premières
Implantati
on de
l'activité
Extraction
des
minerais
Traitement
de la
production
Exportatio
n des
matières
produites
35

classement de l'IDH depuis longtemps. Le graphique ci-dessous illustre dans quelle mesure
la croissance entretient le chômage et l'évolution de l'IDH :
Source : Banque Centrale du Congo(2012)
Ainsi, plusieurs défis restent à relever dans le chantier de l'amélioration du
bien-être de la population congolaise qui exige plus que de chiffres, qui aspire à un avenir
proportionnel à ses ressources naturelles, d'où la question de la
qualité de la croissance.
Comme toujours, la période post coloniale n'a pas dérogé à la règle de
l'écrémage de ressources naturelles car c'est pendant cette période que les ressources de la
RDC ont été sérieusement exploitées tant par les colons noirs que par les colons blancs.
C'est ce qui pousse Kasongo Numbi(2008) à dire :
« l'accession à l'indépendance n'a
été que la substitution des colons blancs par les colons noirs ». Les colons noirs dont
il est question sont des membres de la classe dirigeante. D'ailleurs, plusieurs études
qualifient Mobutu de
Léopold II du XXème siècle compte tenu du rôle qu'il a joué dans
l'écrémage de ressources naturelles en RDC. Mobutu a, plusieurs fois, bradé les ressources
du pays en organisant des fêtes grandioses, en détournant les fonds colossaux destinés au
financement des travaux publics. En 1986, le Wall Street Journal a annoncé que Mobutu
possédait dans les banques occidentales 5 milliards de dollars, soit exactement le montant
de la dette publique de son pays. N'est-ce pas avec ces fonds qu'il s'est acheté un yacht
personnel du nom de
« Kamanyola » et un avion surnommé « Ville de Lisala » ? En
dehors de cela, plusieurs autres constats le confirment notamment
« la criminalisation de
la monnaie » c'est-à-dire le fait de battre monnaie pour soi.
Les griefs contre Mobutu sont légion mais il n'y a pas que lui car Georges
Nzongola-Ntalaja(2006) pense que : « le principal lien existant entre le régime colonial,
celui de Mobutu et les deux régimes Kabila, c'est que tous constituent des régimes
0,2959
0,277
0,282
0,236
0,287
0,304
0
0,05
0,1
0,15
0,2
0,25
0,3
0,35
0
10
20
30
40
50
60
70
2007
2008
2009
2010
2011
2012
IID
H e
n
po
int
s
en
%
Graph.7. Evolution du taux de croissance, du taux de chomage
et de l'IDH de 2007 à 2012
Chômage
Croissance
IDH
36

prédateurs dans lesquels l'immense richesse du pays est monopolisée par les dirigeants et
par leurs alliés externes ». Les ressources naturelles du Congo font l'objet de pillages sous
plusieurs formes : guerres et de contrats léonins. Les contrats de plusieurs entreprises
minières ont été signés au détriment des intérêts la population et sont qualifiés de
« contrats léonins ». Parmi les entreprises qui ont bénéficié de ces contrats, on peut citer :
AREVA, CHEMAF, TENKE FUNGURUME, KINGA MIAMBO TAILING,
KINROSS-FORREST/KCC, GLOBAL ENTERPRISE CORPORATE ? GEC en sigle
(Kalala, 2006).
À tout cela, il faudrait signaler la vulgarisation des lois qui favorisent le total
écrémage des ressources naturelles telles que le code forestier, le code minier, le code des
impôts, etc.
En outre, il faut comptabiliser la sous-évaluation des actifs de la
GECAMINES lors d'une vente des actifs en 2011. En dehors de cela, il faut compter plus
de 4 millions de personnes mortes suite aux guerres de minerais à l'Est du pays depuis une
décennie.
37

SECTION II : STRUCTURE ÉCONOMIQUE DE LA RDC
La structure économique de la République Démocratique du Congo est
l'émanation de la volonté des colons dont le mobile principal était celui d'exploiter à
moindre coût les matières premières du pays. Ceci corrobore un des témoignages de
Léopold II :
« la colonie ne doit rien coûter à la métropole ». C'est ainsi que de vastes
concessions, dans les domaines minier, forestier et agricole, ont été attribuées aux Trusts
étrangers (Groupe Empain, Compagnie du Congo pour le Commerce et l'Industrie, etc.)
qui en ont profité pour asseoir leurs activités productrices.
Après l'indépendance, la production de biens et services s'est inscrite dans
les continuités de la politique coloniale en facilitant le pillage des ressources naturelles par
la signature des contrats léonins. C'est ainsi que le secteur du commerce extérieur a été le
plus florissant de l'histoire de la RDC. À la lumière de l'aperçu historique sur l'économie
congolaise, tout porte à croire que
l'économie congolaise a été construite par les
blancs et pour les blancs. En effet, la majorité des entreprises implantées en RDC
fonctionnent à base de capitaux étrangers tels que l'illustre l'afflux des IDE en destination
de la RDC. Symétriquement, la majorité de ce qui est produit comme biens et services et
comme revenus en RDC est destinée à l'exportation.
Depuis toujours, la production de biens et services a eu comme principal
appui la demande extérieure, les besoins des autochtones ne venaient qu'en seconde
position. L'activité politique et juridique ainsi que la construction des infrastructures de
communication obéissent également à cette logique. Les routes, les chemins de fer ont été
construits dans l'objectif de faciliter l'évacuation des matières vers la mer cherchant ainsi à
pallier la non navigabilité du Fleuve Congo dans certains biefs. La mise en place des lois
caritatives (code minier, code forestier, etc.) et une classe des oppresseurs pouvant
perpétrer la colonisation au profit des puissances étrangères contribuent également à
l'édifice de la colonisation.
L'éradication de ce système enraciné depuis des siècles exige une réflexion
approfondie et l'élaboration d'un plan de développement issue de l'imagination et du génie
congolais. Or, Bongoy(2012) classe l'absence d'une vision à long terme de son
développement comme le premier motif de la misère en RDC.
Cette section a pour objectif d'analyser la nature et la composition de la
structure économique de la RDC. Pour cela, plusieurs approches peuvent être utilisées
mais ledit travail subdivise la structure de l'économie en quatre secteurs : secteur productif,
secteur extérieur, secteur des finances publiques et le secteur monétaire.
II.1. Secteur productif
Commençons l'analyse de ce point par le graphique ci-dessous qui décrit la
composition du secteur productif congolais pour chaque décennie :
38

Source : Auteur sur base de WDI(2014)
L'analyse de ce graphique révèle que la part de l'agriculture dans la PIB a une
tendance baissière, il en est de même pour le secteur industriel. Mais au contraire, le secteur
tertiaire prend de plus en plus de l'ampleur au point que l'on est tenté de parler de
« tertiarisation de l'économie congolaise» c'est-à-dire que l'ampleur du secteur tertiaire
par rapport au PIB augmente jusqu'à devenir le secteur le plus important de l'économie. Ce
phénomène de tertiarisation est la résultante de l'extraversion de l'économie congolaise, le
pays exporte ce qu'il produit : plus de 75% des articles et produits vivriers vendus dans les
supermarchés et grands marchés en RDC sont importés. En dehors de cela, il faut compter
l'explosion du secteur des télécommunications avec l'entrée de plusieurs opérateurs tels
qu'Africell, France Telecom, Inet, comax, Iburst Africa, etc. Les microentreprises des
transports sont également nombreuses mais elles oeuvrent plus dans l'informel.
Poursuivons par un autre graphique qui, cette fois-ci décrit, les performances
économiques du pays en fonction de son taux de croissance :
0
10
20
30
40
50
18
28,5
41
35
44
42
36
37,5
Graph.8. Evolution de la par t des secteur s dans le PIB de
la RDC
Services
Industrie
Agriculture,mines et Sylviculture
39

Source : Auteur sur base de WDI(2014)
Il se déduit de ce graphique que l'évolution de la croissance a été entourée
des cycles d'expansion et de récession avec un élan de croissance moyen de 0.9% l'an.
Source : Auteur sur les données du PNUD(2012)
Ce graphique nous donne également une idée sur la répartition géographique
des activités économiques par provinces en RDC. En effet, il y a une concentration inégale
des activités économiques puisque 3 provinces en l'occurrence Kinshasa, Katanga et
-8
-6
-4
-2
0
2
4
6
1961-1965
1966-1970
1971-1975
1976-1980
1981-1985
1986-1990
1991-1995
1996-2000
2001-2005
2006-2010
Graph.9. Evolution des taux de croissance depuis 1960
Taux de croissance
Kinshasa
20%
Katanga
26%
Bas-Congo
7%
Equateur
9%
Kasai oriental
8%
Bandundu
8%
Sud-Kivu
5%
P. Orientale
7%
Nord-Kivu
5%
Maniema
2%
Kasai Occidental
3%
Graph.10. Part de chaque Province dans le PIB en 2010
40

Équateur représentent 55% du PIB à elles et 8 autres provinces ne représentent que 45%
du PIB. Au point de vue de la composition des produits, ce sont les produits miniers qui
l'emportent sur les produits agricoles et industriels.
Par ailleurs, le niveau de l'épargne et de l'investissement reste faible et en
plus, l'écrasante majorité des investissements proviennent de l'extérieur et se dirige
naturellement vers les secteurs extracteurs qui sont générateurs de la croissance
appauvrissante. Le graphique ci-dessous nous illustre avec simplicité l'évolution de
l'épargne et de l'investissement en RDC :
Source : Auteur sur base de WDI(2014) et données de la BCC
Le faible niveau de l'épargne poussé par la faiblesse du pouvoir d'achat, la
perte de la confiance aux Institutions financières entraine un niveau d'investissement très
faible. En plus, le déficit chronique des finances publiques diminue également le niveau de
l'épargne nationale, ce qui réduit la capacité de financement de l'économie.
1.
Agriculture
La République Démocratique du Congo dispose d'un potentiel agricole riche
tant en quantité qu'en qualité, laquelle lui a valu le nom de grenier naturel du continent
africain. Elle dispose alors de plus de 80 millions d'ha de terres arables, d'environ 4
millions d'hectares de terres irrigables et près de 155 millions d'ha de forêt. Elle dispose
également d'une abondante pluviométrie et d'une diversité climatique énorme. En effet, la
RDC dispose de 5 climats dont le climat équatorial, le climat tropical humide, le climat
tropical à saison sèche prolongée, le climat littoral et le climat montagneux. Cette diversité
climatique permet à la RDC de développer toutes les cultures possibles telles que les
cultures pérennes, les cultures saisonnières, les cultures d'exportation ou encore les cultures
-12
-10
-8
-6
-4
-2
0
2
4
6
8
10
0
10
20
30
40
50
60
fic
it
en
%
du
PIB
Graph.11. Evolution des grandeurs macroéconomiques de 1980 à
2008
Investissement en % du PIB
Epargne en % du PIB
Déficit en % du PIB
41

de consommation locale, bref du point de vue agricole, la RDC peut produire presque si
pas tout ce que le monde produit. Du point de vue de la pêche et de l'élevage, la RDC n'est
pas en reste avec un potentiel de pâturage de 40 millions de bovins, avec un potentiel de
500000 tonnes de poissons frais dans les eaux intérieures.
Contrairement à son énorme potentiel agricole, la production agricole reste
faible et a une tendance à la baisse, la RDC n'exploite que 3% de ses terres arables, elle
exploite seulement 0,3% de ses terres irrigables. Quant au secteur forestier, son incidence
macroéconomique reste faible en économie avec 0,2% du PIB en 2010 selon la FAO. De
1980 à 2010, la production agricole par travailleur a baissé de 1,8% l'an et la valeur ajoutée
agricole en % du PIB a été divisée par deux durant la même période. Akitoby-
Cinyabuguma(2004) citent la faible accumulation du capital physique comme cause
principale du marasme du secteur agricole. Mais il faut reconnaitre que depuis la
colonisation, il a toujours existé deux branches dans le secteur agricole qui sont à la fois
complémentaires et conflictuelles, il s'agit :
Agriculture moderne qui utilise les grandes exploitations avec les outils
perfectionnés, une main d'oeuvre qualifiée et dont la production alimente
principalement les exportations.
Agriculture traditionnelle qui, à son tour, utilise les outils rudimentaires, une main
d'oeuvre non qualifiée et la production est destinée à la survivance de la population
rurale. Son organisation est de type familial et sa productivité dépend de la quantité
de terres et de l'abondance en main d'oeuvre.
La chute du secteur agricole congolais a été précipitée par plusieurs facteurs de différents
ordres :
Facteurs politiques : les conflits politiques, le problème de transfert des
entreprises publiques à la veille des indépendances, la suppression des entreprises à
charte, le choc de la Zaïrianisation, les guerres ;
Facteurs économiques : le faible investissement dans le secteur, la quasi-
inexistence des infrastructures routières, l'inexistence de crédit agricole, l'absence
d'une politique agricole cohérente. En ce qui concerne la politique agricole, le
Professeur N'kwembe précise que la RDC n'a jamais connu de politique agricole,
elle n'a connu que de tentatives de politiques agricoles.
Autres facteurs : le faible niveau d'éducation des agriculteurs, les obstacles
naturels, les conflits ethniques.
2.
Mines
Le tableau ci-dessous décrit le potentiel minier en estimant la réserve de 10
minerais les plus demandés au monde :
42

Substance minérale
Réserves
1.
Fer
1 ,0 milliard de tonnes
2.
Cuivre
75,0 millions de tonnes
3.
Zinc
7,0 millions de tonnes
4.
Manganèse
7,0 millions de tonnes
5.
Cobalt
1,5 millions de tonnes
6.
Colombo-tantalite
30,0 millions de tonnes
7.
Cassitérite (étain)
450000,0 tonnes
8.
Lithium
31,5 millions de tonnes
9.
Or
600,0 tonnes
10.
Diamant
190,0 millions de carats
Source : Ministère du Plan/UPPE.
En dehors de cela, l'on signale la présence du charbon dans le Katanga, le
Chrome ou le pyrochlore dans le Nord-Kivu, le cadmium, le plomb, le nickel, le pétrole et
autres.
Malgré cet énorme potentiel, la rente minière reste toujours faible, ce qui
Marysse et Tshimanga(2013) a parlé d'un trou noir pour expliquer la faiblesse de la rente
minière. En effet, en 2012, la rente minière(en termes de taxes en millions de USD) n'a été
que 370 alors que le Botswana qui est moins pourvu que la RDC a mobilisé une rente
minière de 2900(FMI, 2013). Par ailleurs, le riche potentiel dont dispose la RDC attire la
convoitise de plusieurs pays et entretient les guerres dans la partie Est du pays qui est
copieusement nantie en minerais, lesquelles guerres empoisonnent le climat des affaires et
décourage les investisseurs comme le dit le vieux dicton :
« l'argent n'aime pas les bruits
des bottes ».
De ce point de vue, le secteur minier congolais est source de malédictions
pour le développement de la République Démocratique du Congo.
À l'instar du secteur agricole, il faut noter l'existence de la branche moderne
et la branche artisanale qui se concentre dans le secteur informel.
Depuis la colonisation, le secteur minier est le principal secteur moteur de la
croissance économique et occupe plus de 50% des exportations du pays mais l'impact de
cette croissance reste mitigée suite à la corruption qui gangrène le secteur, les contrats
léonins, les lois caritatives (code minier, code des Investissements) et la mauvaise
gouvernance (comme c'est fut le cas avec la GECAMINES, la MIBA, etc.). Outre les
raisons politico-juridiques qui viennent d'être citées, les ressources minérales sont
exportées à l'état brut et les prix sont déterminés par l'acheteur puisqu'en situation de
monopsone.
43

3. Industrie
Malgré la déconfiture de ce secteur, le potentiel industriel est immense du
simple fait que la RDC dispose d'un potentiel agricole et minier immense. Hormis cela, le
potentiel hydroélectrique du pays est évalué à 100.000 MW (PNUD, 2008) mais
malheureusement, les résultats de l'enquête 1-2-3 évaluent le taux d'accès à l'électricité à 15
% en 2012. Une fois de plus, ce potentiel est sérieusement sous exploité.
Le secteur industriel est le secteur qui a été le plus touché par la
radicalisation, la Zaïrianisation et les pillages des années 1990. L'on peut même dire que
depuis son accession à l'indépendance, l'économie congolaise tend vers
un processus de
désindustrialisation et l'industrie manufacturière est quasi-inexistante, ainsi le prouve la
transformation de Limete Industriel en Limete résidentiel
13
. Le graphique ci-dessous nous
illustre l'évolution de la valeur ajoutée de l'industrie en % du PIB :
Source : Banque Mondiale (WDI, 2014)
La désindustrialisation de l'économie congolaise a plusieurs causes parmi lesquelles l'on
peut citer :
La faible maitrise de la technologie qui est consécutive à la faiblesse de
l'investissement dans le secteur, ceci rend nos entreprises non compétitives face à la
concurrence étrangère (produits importés) ;
13
Limete industriel : quartier de la commune de Limete qui abritait les usines de plusieurs entreprises avant les pillages
des années 1990.
0
5
10
15
20
25
30
35
40
45
50
Graph.12. Evolution de la valeur ajoutée de l'industrie en %
du PIB
44

L'absence d'une main d'oeuvre qualifiée c'est-à-dire que le pays ne dispose pas des
travailleurs qualifiés et dans les nouvelles technologies telles que le souhaitent les
entreprises désireuses d'investir en RDC ;
La quasi-inexistence des crédits bancaires susceptibles de promouvoir le
développement des entreprises manufacturières ;
L'obsolescence des équipements
Le problème d'approvisionnement en électricité
L'effritement du pouvoir d'achat et le resserrement du marché intérieur.
Signalons cependant que les raisons sus évoquées concernent plus l'industrie
légère puisque depuis l'époque coloniale, l'industrie lourde était quasi-inexistante car ne
concordant pas avec les objectifs d'écrémage de ressources naturelles.
II.2. Secteur extérieur
Étant donné que la RDC est doublement extravertie, ce secteur peut être
qualifié de « coeur de l'économie congolaise » en ce que c'est par lui transite l'essentiel de ce
que l'économie produit (exportations) et l'essentiel de ce que l'économie consomme
(importations). Le développement exponentiel de ce secteur a été causé par la diminution
de la production locale, la structure rentière de l'économie congolaise.
Depuis l'époque coloniale, les exportations de la République Démocratique
du Congo sont dominées par les produits miniers, le pétrole ainsi que certains produits
agricoles mais étant donné la détérioration du secteur agricole, les matières premières sont
les seuls produits qui maintiennent le cap ainsi que nous illustre le graphique ci-dessous :
Source : Auteur sur base des données de la BCC(2012)
De ce graphique, il se déduit qu'à l'opposé des produits agricoles et des produits industriels
qui sont inexistants, les produits miniers et hydrocarbures occupent plus de 95% de
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
2009
2010
2011
2012
Graph.13. Str ucture des expor tations de la RDC de
2009 à 2012
Produits miniers et hydrocarbures
Produits agricoles
Produits industriels
45

recettes d'exportation et de tous ces produits, les exportations du cuivre et du cobalt
occupent à elles seules plus de 77% de recettes d'exportation comme le révèle ce tableau :
Table 6 : Contribution des produits miniers aux exportations(en %) de 2009 à 2012
Produits
2009
2010
2011
2012
Cuivre
37.89
36.65
43.32
50.85
Cobalt
39.3
44.75
38.99
29.8
Total
77.19
81.4
82.31
80.65
Source : Banque Centrale du Congo(2012).
Si les produits miniers dominent les exportations, force est de constater que
du côté des importations, ce sont les biens de luxe (biens d'équipement) et les biens de
consommation de masse qui dominent les importations.
La RDC exporte les produits miniers et hydrocarbures en état brut c'est-à-
dire sans y ajouter une quelconque valeur ajoutée mais importe les voitures, les biens de
consommation de masse, les équipements qui sont de produits finis donc comportant une
certaine valeur ajoutée, d'où la détérioration des termes de l'échange et une tendance
déficitaire de la balance commerciale :
Source : Auteur sur base du WDI(2014)
La forte extraversion de l'économique congolaise le rend très vulnérable face
aux chocs extérieurs. En effet, la crise financière de 2008-2009 a entrainé un recul du PIB
de 3,3 % et une chute des exportations d'environ 13% du PIB.
II.3. Secteur des finances publiques
-30
-20
-10
0
10
20
30
Graph.14. Evolution du solde de la balance commerciale de 1980
à 2008 en % du PIB
46

Les finances publiques de l'économie congolaise ont été fortement
influencées par sa structure économique : étant donné l'extraversion croissante de
l'économie, la majorité de recettes publiques proviennent des recettes minières et des
recettes douanières. En outre, la faible capacité de mobilisation des recettes fiscales face à
un niveau incontrôlé des dépenses conduisent à un déficit chronique des finances
publiques en RDC :
Source : Auteur sur base des données de la BCC
Au point de vue des dépenses, l'incidence de celles-ci reste faible sur le niveau de vie de la
population à cause de :
La mauvaise qualité de la dépense : très peu de dépenses publiques sont affectées à
la satisfaction des besoins, d'ailleurs le budget de la RDC est réputé
« budget des
institutions ». La part du budget qui a été allouée, durant les dix dernières années,
aux institutions politiques est 10 fois plus élevée que celle allouée à l'éducation
nationale ;
La multiplicité des centres d'ordonnancement : depuis l'époque de Mobutu jusqu'à
présent, la majorité de dépenses ne suivent pas la procédure exigée pour l'exécution
des dépenses publiques ;
la corruption et la mauvaise gouvernance : ceci entraine de conséquences graves car
étant donné que le pays ne mobilise pas assez de ressources, une mauvaise
utilisation de celles-ci lors de l'exécution des dépenses entraine un coût
d'opportunité très élevé.
Au point de vue recettes, la faible mobilisation peut-être expliquée par :
-10,00
-5,00
0,00
5,00
10,00
1980198219841986 1988 1990
1992 1994 1996 1998 2000
2002 2004 2006 2008
Graph.15. Evolution du déficit en % du PIB de 1980 à 2008
Déficit en % du PIB
47

L'incivisme fiscal : la mauvaise gestion des finances publiques, la résistance
traditionnelle à l'impôt et le paternalisme de Mobutu a développé dans le chef de la
population un comportement de résistance face à l'impôt ;
L'absence d'une bonne gouvernance : à ce propos, la RDC a été classée 51ème sur
52 pays africains classés par l'indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique en 2013
avec un score de 31.3 sur 100, voilà une preuve patente de la mauvaise gouvernance
qui prévaut dans le pays ;
La faiblesse de l'État : l'incapacité de ce dernier à agir et à faire respecter la loi ;
La pauvreté et l'instabilité politique sont aussi des obstacles à la mobilisation de
recettes fiscales.
La faible capacité de mobilisation des ressources publiques entraine un trou
pour le financement du développement de la RDC, le recours à l'emprunt est plausible
mais suite au passé macroéconomique du pays, les conditions d'accès à l'emprunt restent
difficiles. L'obligation d'une gestion sur base caisse contraint la République à n'entretenir
que les dépenses courantes au détriment des investissements :
Source : Auteur sur base des données de la BCC(2012)
En outre, il faudrait reconnaitre le rôle joué par les aides et appuis extérieurs
dans le financement du développement de la RDC. En effet, le déficit budgétaire
s'accroitrait davantage si l'apport extérieur en termes de dons venait à être défalqué. Aussi
convient-il de renchérir que les intérêts de la dette qui sont budgétisés ne visent que la
dette extérieure alors que le paiement de la dette intérieure reste en suspens, ce qui bloque
l'émergence d'une classe moyenne en RDC.
II.4. Secteur monétaire
0%
10%
20%
30%
40%
50%
60%
70%
80%
90%
100%
93,
9
93,
8
94,
8
95,
3
97,
4
87,
5
76,
7
72
87,
4
84,
2
6,1
6,2
5,2
4,7
2,6
12,
5
23,
3
28
12,
6
15,
8
Graph.16. Str ucture des dépenses publiques de 2003
à 2012
Dépenses courantes
Dépenses en capital
48

L'analyse minutieuse de la structure économique nous force à constater, du
point de vue monétaire, un certain désordre. Hyperinflation, dévaluation et réformes
monétaires se succèdent plusieurs fois. D'ailleurs, depuis 1960, la RDC a entrepris 5
réformes monétaires.
Encadré 2 : Réformes monétaires entreprises par la RDC depuis 1960
1. Réforme de novembre 1963 : dévaluation de la monnaie nationale pour un taux de
change de 150 FC pour 1 dollar à l'achat et 180 FC pour 1 dollar à la vente ;
2. Réforme monétaire de Juin 1967 : création de la nouvelle unité monétaire le « Zaïre » ;
3. Réforme monétaire de Septembre 1983 : modification de la parité 1Z=0.1575 DTS en
vigueur à 1Z=0.03542 DTS ;
4. Réforme monétaire d'octobre 1993 : réajustement de la parité externe « le nouveau
zaïre » au taux de 3 NZ=1$ ;
5. Réforme monétaire de juin 1998 : Création de l'actuel Franc Congolais (CDF en sigle).
Source : BCC, une rétrospective historique, 55 ans (1951-2006).
Comme nous illustrent les graphiques précédents, le déficit des finances
publiques et de la balance des paiements étant devenu la règle, la monétisation de ces
derniers conduisent souvent à une situation d'hyperinflation sans pareille avec des taux
d'inflation de 3645%, de 2990%, voire 9797%. Cette instabilité de la monnaie nationale a
poussé les agents économiques à utiliser le dollar américain pour les transactions
économiques, pour les opérations d'investissement et d'épargne. À côté de l'hyperinflation,
il faudrait ajouter l'instabilité du taux de change et la dépréciation constante de la monnaie
congolaise par rapport aux autres monnaies.
Par ailleurs, le secteur financier de la RDC connait un boom depuis une
dizaine d'années. En effet, le nombre et l'envergure des banques commerciales ne cesse
d'augmenter, le nombre des institutions financières connait une hausse fulgurante jusqu'à
atteindre 21 entreprises de micro finance, 137 coopératives d'épargne et de crédit et près
de 44 messageries financières en 2012. À toutes ces avancées, il faut ajouter le
développement rapide du mobile banking avec Airtel money, M-pesa et Tigo Cash, Pepele
Mobile. Suite à un passé économique nébuleux, le secteur financier congolais est fortement
dollarisé : la plupart des prêts et dépôts bancaires sont libellés en monnaie étrangère soit
respectivement 75% et 87% selon Domeland et al. (2012).
Malgré le boom du secteur bancaire, les banques ne ravitaillent pas assez
l'économie congolaise en crédits pour promouvoir les investissements :
49

Table 7 : Évolution des indicateurs financiers de la RDC de 2003 à 2012
Années
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Crédit intérieur
brut fourni par
les banques(en %
du PIB)
1.16
0.82
1.73 2.90
3.64 6.06 5.22
0.85 8.57
6.97
Taux directeur
8
14
28.8
40
22.5
40
70
22
20
4
Taux débiteur en
MN
38
28
32 44.4
41.3 44.4 69.8 44.69 40.61
22.51
Taux débiteur en
ME
16,98
18.9 19.22
15.93
Taux créditeur en
MN
18
13
22 22.4
15
15
19 11.57 14.58
6.1
Source : BCC et WDI (2014)
Il s'ensuit que suite aux taux d'intérêt prohibiteurs des banques
commerciales qui sont, du reste, les caisses de certains individus ; la source principale de
financement des entreprises reste l'autofinancement. C'est pourquoi la création d'un
marché financier est vivement attendue tant par les scientifiques que par les entrepreneurs
car le déficit de financement tel que constaté actuellement en RDC empêche le
développement des PME et de la classe moyenne.
Depuis près d'une décennie, l'inflation semble contenue grâce aux politiques
restrictives de la Banque Centrale mais à y voir de très près, l'on se rend compte que
malgré le taux d'inflation record de 1,1% en 2013, le niveau des prix reste élevé par rapport
à la moyenne africaine c'est-à-dire l'on a un taux d'inflation faible sur des prix élevés.
Autrement, le resserrement monétaire plonge le pays dans une situation de sous liquidité
terrible comme nous illustre ce graphique :
Source : Auteur sur base des données de la Banque Mondiale (WDI, 2014)
0
2
4
6
8
10
12
14
Graph.17.Evolution du taux de liquidité de la RDC depuis
2000
Taux de liquidité=M/PIB
50

Ce graphique fait état d'une sous liquidité de l'économie congolaise durant la
période considérée. En effet, depuis l'an 2000, le taux de liquidité de l'économie congolaise
n'a jamais atteint un taux de 15% du PIB, ce qui paralyse les affaires. Dans certaines
provinces telle que la Province de l'Équateur précisément à la frontière avec la République
Centrafricaine, il n y a pas de banques commerciales et à cause de la sous-liquidité, le Franc
CFA l'emporte sur le Franc Congolais. Beaucoup de villages congolais vivent encore dans
le troc puisque la liquidité y est trop faible.
II.5. Autour de la pauvreté
Il est insensé de décrire la structure économique sans dire un mot sur la
pauvreté qui ronge les congolais, d'ailleurs d'une manière ou d'une autre
« tous les
congolais sont pauvres », ainsi que l'illustre ce tableau :
Table 8 : Évolution des indicateurs de la pauvreté selon le milieu d'origine
P
o
en %
P
1
en %
P
2
en %
2005
2012
2005
2012
2005
2012
National
71,34
63.4
32,23
26.5
18,02
14.5
Milieu de résidence
Urbain
61,49
60.4
26,21
23.9
14,10
12.3
Rural
75,72
65.2
34,90
28.2
19,76
15.8
Provinces
Kinshasa
41,60
36.8
13,43
10.5
5,89
4.2
Bas Congo
69,81
56.9
23,82
18.8
10,56
8.2
Bandundu
89,08
74.6
44,80
31.3
26,62
17.1
Équateur
93,56
77.3
50,75
35.5
31,38
19.9
Province Orientale
75,53
56.9
33,96
22.4
18,99
11.6
Nord Kivu
72,88
52.4
32,23
19.5
18,37
9.8
Maniema
58,52
62.9
20,98
23.4
9,83
11.2
Sud Kivu
84,65
60.2
38,59
23.2
20,92
11.5
Katanga
68,12
66.6
32,54
31
18,42
18.8
Kasaï Oriental
62,31
78.6
38.1
22.8
Kasaï occidental
55,83
74.9
21,51
34.7
10,73
19.7
Source : Enquêtes 1-2-3(2005 et 2012).
51

La spirale de la pauvreté en RDC a développé des néologismes tels que
« tozo lia te », « tozo koka te » et tant d'autres. Aussi faut-il ajouter que si les chiffres sur
la pauvreté sont modérés, il n'en est pas de même de la perception de la pauvreté par la
population. Le rapport de l'enquête 1-2-3 publié en 2014 fait état d'une incidence de la
pauvreté de 63,4% alors que la perception de la pauvreté par la population porte ce taux à
72%. Chose grave, c'est qu'environ 60% de patrons vivent dans la pauvreté et que 44% de
cadres consomment également la substance de la pauvreté. Cette perception de la pauvreté
développe la mentalité de la corruption, la mentalité de violence avec le Kuluna, la
démotivation des jeunes qui n'ont plus qu'un seul rêve « quitter le pays pour l'Occident».
Ce niveau de pauvreté constitue un paradoxe par rapport au niveau de la
croissance enregistrée durant la période et par rapport à son capital naturel, ceci est
d'autant plus inquiétant que le Professeur Kalonji Ntalaja(2003), qui en observant ce
contraste criant de la croissance et la pauvreté, s'exclame en disant :
« la problématique
de l'existence même du pays, en tant que nation moderne, devient
préoccupante »
14
.
Un examen des causes de la pauvreté révèle que le manque de travail
constitue la cause principale de la pauvreté en RDC ainsi que le résume ce tableau :
Table 9 : Les causes de la pauvreté
Cause principale de la pauvreté
Total
Pas de travail
65.6%
Pas d'instruction
5%
Pas de troupeau
2%
Pas de terre
2.7%
Pas de route
9%
Paresse/sorcellerie
4.1%
Mauvaise gestion/corruption
4.1%
Insuffisance, baisse des
revenus (salaire, prix des
produits agricoles)
5.9%
Autres
1.5%
Source : Enquête 1-2-3: 2012
14
KALONJI NTALAJA, « Trois lectures de la performance de l'économie congolaise » in notes de Conjoncture,
Nouvelle Série, vol.1, octobre, 2003, pp.43-61
52

SECTION III : CONTRAINTES AU DÉVELOPPEMENT DE LA RDC
III.1. Contraintes économiques
Cette section décrit les principales contraintes au développement de la RDC,
elle passe en revue les facteurs inhibiteurs à la pleine exploitation du capital naturel dont le
pays dispose.
A. Émergence de l'économie informelle
En RDC, le secteur informel prend tellement de l'ampleur que cela perturbe
le calcul des agents économiques formels. Le secteur informel peut soit amplifier soit
écraser les effets de certaines politiques économiques. Occupant près de 88,6% de la
population active en 2012
15
, le secteur informel fait échapper à la RDC d'énormes
opportunités du développement à travers l'évasion et la fraude fiscales qu'elle occasionne
et la concurrence déloyale. Les fonds qui circulent dans le secteur informel peuvent couvrir
environ 55% du PIB selon le rapport national des assises sur le coulage de recettes
publiques en 2013.
Mais en même temps, sa suppression est difficile car fournissant à la
population de revenus pour survivre face à ce cycle de croissance appauvrissante. Que faire
réellement pour réduire l'informel ? La question reste posée et la réponse à cette question
nécessite une analyse approfondie dudit secteur en RDC.
Encadré 3. Du secteur informel en RDC
La deuxième phase sur le secteur informel de l'enquête 1-2-3 réalisée en 2012
a permis de dénombrer environ 3,4 millions d'Unités de Production Informelles (UPI)
dans l'ensemble des centres urbains de la RDC. La ville de Kinshasa regroupe à elle seule
26,1% des UPI.
Un secteur informel prépondérant, dynamisé par les activités commerciales et
par les femmes : le secteur informel occupe 88,6, % des actifs dans l'ensemble du pays, si
les UPI se retrouvent dans pratiquement tous les secteurs, près de deux UPI sur trois sont
dans le secteur du commerce et 62,9% d'entre elles sont dirigées par les femmes.
Des conditions d'exercice précaires : le secteur informel se caractérise par une
grande précarité des conditions d'activité. Plus de la moitié (56,4%) des unités de
production informelles des agglomérations congolaises fonctionnent sans local
professionnel spécifique et 37,4% (31,2 % en 2005) exercent leur activité à domicile.
Un secteur informel atomisé et massivement constitué de micro unités.
Le graphique ci-dessous décrit la répartition des UPI par secteur d'activité et
par branche :
15
Enquête 1-2-3, 2012.
53

Source : Enquête 1-2-3(2012), INS, Ministère du Plan.
B. Absence de la classe moyenne
L'extraversion financière du pays a effacé toute allure d'émergence de
champions nationaux qui ne sont pas suffisamment financés par le secteur financier
national. En effet, les IDE demeurent la principale source de l'investissement en RDC et
comme on l'a déjà dit dans ce travail, l'écrasante majorité de ces IDE se dirigent vers les
secteurs extractifs. Il en résulte que la majorité des entreprises qui fonctionnent en RDC
appartiennent aux étrangers qui rapatrient sans inquiétude aucune les bénéfices réalisés
dans leur pays d'origine.
Le sous-financement de l'économie congolaise caractérisé par la quasi-
inexistence des crédits à l'investissement, l'absence d'une politique gouvernementale en la
matière notamment en termes de subventions et le mauvais climat des affaires sont les
causes de l'inexistence de la classe moyenne. Alors que certains pays sont réputés pour la
marque de leurs produits (Samsung pour la Corée du Sud, Sony pour le Japon, etc.), la
RDC n'a aucun bien au travers duquel elle peut exercer son hégémonie sur le monde, c'est
plutôt elle qui subit les influences de tous azimuts.
C. Structure fragmentée et hétéroclite de l'économie congolaise
Voici le prix de la désorganisation du pays, le prix de biens et services dans
toute l'étendue du territoire présentent tellement de disparités que cela décourage les
activités économiques dans certains coins. Comment comprendre le carton de chinchards
Activité Extractive
2%
Industrie
17%
Agro-alimentaire
9%
Confection
3%
BTP
4%
Autres industries
1%
Commerce de gros
1%
Commerce de
détail
63%
Graph.18. Répartition des UPI par branche en %
54

qui coute près de 15$ au port de Matadi puisse coûter 50$ dans la Ville de Kinshasa,
comment comprendre que le prix du ciment dans certains coins du pays puisse coûter trois
plus que ce qu'il coûte à Kinshasa.
Le pays cherche à s'intégrer avec les autres pays ainsi que le démontre son
appartenance à 4 Communautés économiques régionales africaines dont la SADC, la
CEPGL, la CEEAC et le COMESA alors qu'il est totalement désintégré à l'intérieur. Point
n'est besoin de signaler que l'économie katangaise est plus intégrée avec l'économie
zambienne que tout le reste du pays ou encore que l'économie du Kivu est plus intégrée
avec le Rwanda et le Burundi qu'avec les autres provinces.
Le sac de maïs coute à Kinshasa le double de ce qu'il coute au Bas-Congo, il
n'y a pas de routes de desserte agricole pour faciliter l'écoulement de ce qui est produit
dans différentes provinces.
D. La double extraversion du pays
La double extraversion du Congo est l'un de plus vieux héritages de la
colonisation à l'instar de l'écrémage de ressources naturelles. En effet, le pays exporte
l'écrasante majorité de ce qu'il produit et importe l'essentiel de ce qu'il consomme. Là où le
bât blesse, c'est que le pays importe même les biens qui n'exigent une technologie avancée
tels que les cure-dents, la tomate en boite, le stylo et même le papier. Aucune politique
d'import-substitution n'a été envisagée jusqu'alors de la part du Gouvernement, ce qui
signifie que la tendance restera la même dans les années à venir.
Cette dernière caractéristique déforme toute l'économie congolaise et accroit
sa vulnérabilité face aux chocs extérieurs.
III.2. Contraintes politico-juridiques
Elles sont également de taille parce que le sombre passé politique et
économique de la RDC décourage les investisseurs tant congolais qu'expatrié. L'activité
politique a instauré, au fil de temps, la mauvaise gouvernance dans la gestion de la chose
publique, elle a également généré une instabilité politique sans précédent. Pendant
longtemps, les coups d'État ont été le mode de transmission du pouvoir et le climat social a
été sérieusement endommagé par les guerres à répétition.
Au point de vue juridique, il convient de considérer que le climat des affaires
qui, du reste, est malsain est une émanation de l'activité politique. En 2013, la création
d'une entreprise en RDC nécessitait 10 procédures avec un délai de 58 jours selon le
rapport Doing Business. Il fallait également payer 32 impôts au taux d'imposition total de
339% du bénéfice brut. Combiné à d'autres tracasseries des agents congolais, les
investisseurs sérieux se découragent vite et seuls demeurent les opérateurs véreux.
55

En outre, il ne faut pas oublier les enjeux stratégiques qui prévalent au sous-
développement de la RDC. En complicité avec nos dirigeants, il est mis en place un
système international en vue d'exploiter le pays et de l'appauvrir. Avec Kankwenda
Mbaya(2005), nous pouvons affirmer que les différentes guerres à répétition dans la partie
Est du pays ne sont que le résultat de ce système de prédation. Étant donné que le pays est
doté d'immenses ressources naturelles, certaines multinationales financent les guerres de
façon à faciliter l'exploitation à moindre cout de ressources naturelles dans la zone
contrôlée par les rebelles. L'auteur confirme que peu après les débuts de la guerre de
l'AFDL, cette dernière a été contactée de compagnies, telles que Barrick Gold Corporation,
AMFI et autres, à l'exploitation des ressources minières des zones qu'elle contrôle. C'est en
inscrivant dans cette visée que la rébellion des CNDP, des M23 ont occupé le territoire
congolais et sans être prophète de malheur, nous pouvons affirmer que cela logique va
subsister même après la disparition des M23 pour autant que les congolais ne se lèveront
pas.
III.3. Contraintes socio-culturelles
Parmi les facteurs inhibiteurs au développement de la République
Démocratique du Congo, une place non négligeable doit être réservée à la culture. En effet,
en dépit de quelques valeurs positives qu'elle porte, la culture congolaise y est pour
beaucoup dans la misère de la RDC en ce que certaines valeurs que véhiculent celle-ci sont
dangereuses pour son développement (Nyembo Shabani, 2014). Ainsi des préceptes tels
que
« Chance eloko pamba », « okanisi yo mutu oko bongisa mboka oyo » ou encore
« musala ya l'Etat esilaka te » et tant d'autres illustrent l'éloquence de la barbarie
congolaise qui constitue une pesanteur pour son développement.
Convient-il également de stigmatiser, dans le cadre de ce travail, la place qui
est accordée au travail dans la culture congolaise. En effet, les congolais ne trouvent pas
dans le travail une façon de s'épanouir mais plutôt comme une contrainte dont il faut, à
tout prix, s'affranchir. La population a développé un comportement de réticence face au
travail surtout lorsque celui-ci ne rémunère pas bien. Ainsi, toutes les raisons sont bonnes
pour ne pas être sur le travail (pluie, fêtes, embouteillage, etc.).
Au travers cette monographie, qu'il nous soit permis également de
stigmatiser un phénomène qui est encore plus inquiétant : sans disposer de ressources
financières abondantes, les congolais une volonté de jouissance dévastatrice et un
comportement d'irrationalité sans pareil. À titre d'exemple, prenons le cas d'un étudiant qui
peine pour se constituer un budget de 20$ mais dès qu'il l'a, il invite tous ses amis au
bistrot le soir et le lendemain, il n'a plus rien en poche. C'est tout à fait ce que l'on
remarque sur le plan macroéconomique en RDC quand on sait que le pays peine se
constituer de budget consistant mais lequel est dépensé sans tenir compte des allocations
prédéfinies avec la gabegie financière qui bat son plein.
56

Néanmoins, la conception sociologique africaine empêche toute
accumulation de forme capitaliste en RDC. Comme l'ont démontré certains auteurs
notamment NZANDA BAUANA, la conception sociologique de solidarité en Afrique en
général et en RDC en particulier bloque quelque fois le développement des activités
économiques, c'est un obstacle à la rationalité des agents économiques. La répartition du
revenu généré par les entreprises ne suit les principes d'accumulation primitive c'est-à-dire
que la consommation est collective si bien que la production est individuelle. Même la
fixation du prix est affectée par la solidarité, la discrimination du prix dépend des affinités
que l'on entretient avec l'entrepreneur : généralement, les membres de famille de
l'entrepreneur paie un prix plus faible que les autres.
III.4. Contraintes démographiques
Sans aucun doute, les variables démographiques jouent un grand rôle dans la
planification du développement d'un pays. C'est ainsi que nous nous évertuerons à les
analyser en détail. La première pesanteur démographique au développement de la RDC est
la croissance démographique. Chaque année, la population congolaise croit au taux de 2.9,
taux qui est considéré parmi les plus élevés au monde (Banque Mondiale, 2011). Alors que
la production des biens et services ne croit qu'au rythme, en moyenne, de 1,7 % depuis
1960, la forte croissance démographique entraine la malnutrition, le chômage et la
paupérisation de la population.
Une deuxième pesanteur démographique est la fuite des cerveaux c'est-à-dire
compte tenu de la pauvreté qui fait masse, certains scientifiques cherchent à trouver refuge
ailleurs au lieu de servir le pays. Alors que le Congo a besoin de toute sa sève intellectuelle
pour se développer, l'on remarque qu'une grande force du travail lui échappe à travers le
phénomène de
l'émigration subie.
Une troisième pesanteur démographique est que la population est à majorité
jeune comme le justifie les chiffres de la Banque Mondiale qui renseignent qu'en 2013, la
population de moins de 15 ans constituait 45% de la population totale. Ceci étant, cela
génère de besoins énormes en éducation, en santé, en divertissement qui sont jusque-là
insatisfaits. Cela expose les jeunes au vol, à la criminalité et à la délinquance juvénile.
En guise de conclusion, il faut retenir que : il est vrai que la structure
économique congolaise est l'émanation de la volonté des colons dont le principal objectif
était celui d'exploiter jusqu'à la dernière énergie les ressources naturelles de la RDC. Pour
cela, la colonie se dotait du capital financier (Sociétés à Charte), de l'Église et de l'État pour
arriver à ses fins.
En effet, la misère de la population congolaise résulte de quelques traits
caractéristiques de son histoire qu'il convient de révéler :
57

Absence d'un plan de développement : depuis l'époque coloniale, il n'y a jamais
eu, à proprement parler, un plan pour le développement de la RDC élaboré de
façon rigoureuse (avec des objectifs précis et de moyens conséquents pour y
atteindre). Il n'y a que de slogans et de tentatives politiques tels que
le « plan
décennal de croissance économique » de la décennie 1950-1960 de l'époque
coloniale,
« l'objectif 80 » ou encore « les cinq chantiers ».
L'activité économique de la RDC est en grande partie tributaire de la
demande extérieure : point n'est besoin de signaler que les principaux secteurs
porteurs de l'économie congolaise sont ceux qui sont tournés vers l'exportation de
matières premières. C'est ce qui explique l'extraversion croissante de l'économie
congolaise.
Le sous-investissement en capital humain : peu d'attention a été accordée à
l'éducation et à la santé de la population et ce depuis l'époque coloniale. C'est ce qui
fait qu'à l'aube de l'indépendance, le pays disposait de moins de 10 universitaires,
pas un seul médecin et pas un seul ingénieur. Le Professeur Bongoy(2012) précise
que ce résultat est la consécutive de la devise de la métropole :
« pas d'élites, pas
d'ennui »
. Bien après l'indépendance, les universités ont poussé comme de
champignons, de même que les formations sanitaires mais leur qualité laisse à
désirer.
L'économie d'écrémage : depuis toujours, les puissances étrangères aidées par la
classe dirigeante exploitent jusqu'à la dernière goutte les ressources minières, les
ressources de la faune, de la flore et même la force du travail. Ils considèrent la
République Démocratique du Congo comme une fontaine où jaillissent les
ressources naturelles que l'on peut écrémer sans se soucier de l'état de la fontaine et
encore moins de la reproduction de ses ressources. En réalité, la chasse
internationale aux matières premières a été l'activité principale de l'économie
congolaise depuis l'époque coloniale. Le taux de déforestation de 0,2% l'an,
l'accélération des phénomènes d'érosion, des glissements de terrain ou des
affaissements de sols suite à un déboisement massif provoqué par l'exploitation
minière, la diminution du nombre d'éléphants et d'autres animaux rares, les guerres
de minerais à l'est du pays, l'épuisement du diamant au Kasaï et l'épuisement de la
forêt de Mayumbe au Bas-Congo en sont les exemples patents.
La criminalisation de L'État et la politisation de l'Administration : depuis
toujours en RDC, le pouvoir politique et l'Administration publique ont été les
instruments utilisés tant par de congolais que par des expatriés pour servir les
intérêts égoïstes et assujettir la population à la misère. Les dirigeants des institutions
ne se soucient guère de besoins de la population, ils sont plutôt au service de des
intérêts familiaux, tribaux ou encore aux intérêts de certains partis politiques.
D'ailleurs, les différents remaniements ou nominations de hauts cadres n'obéissent
qu'à la logique de
« partage du gâteau »
.
58

CHAPITRE II : EXAMEN DES CAUSES DE LA CROISSANCE
APPAUVRISSANTE EN RDC
« Le PIB ne reflète pas la santé de nos enfants, la
qualité de leur éducation et le plaisir dans leurs
jeux.
» Robert Kennedy in
Gregory
Mankiw, 2002.
Après avoir planté le décor de la sève profonde de la structure économique
de la RDC dans le chapitre précédent, nous voilà arriver au chapitre consacré à l'analyse
des causes de la croissance appauvrissante en République Démocratique du Congo.
En effet, le contraste entre la croissance économique et la pauvreté de la
population ne date pas d'aujourd'hui. Depuis l'époque coloniale notamment vers les
années 1920-1950, le pays réalisait des taux de croissance éloquents (le taux de croissance
moyen entre 1920 et 1950 fut de 7,24%) alors que la majorité des congolais étaient pauvres,
analphabètes et à moitié nus. Lors des années 1960-1970, suite à la hausse des cours du
cuivre principalement, le pays a réédité la même expérience c'est-à-dire l'embellie du chiffre
couplée à la détresse sociale de la population. Une fois de plus, depuis l'année 2002, la
RDC fait face à la même tragédie.
La croissance appauvrissante étant un problème chronique en RDC, il
convient d'en cibler en premier lieu les causes structurelles avant les causes conjoncturelles.
Pour cela, le deuxième chapitre dont il est question puise une part importante de sa matière
dans l'économie politique de la République Démocratique du Congo surtout dans sa
première section.
SECTION I : CAUSES STRUCTURELLES DE LA CROISSANCE
APPAUVRISSANTE
I.1. La double extraversion de l'économie
Le regard le plus attentif jeté sur la société congolaise révèle sa double
extraversion c'est-à-dire tant en termes de consommation qu'en termes de production, la
République Démocratique du Congo est fortement dépendante de l'extérieur, d'où sa
fragilité et sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. La double extraversion dont il est question
se manifeste à deux niveaux :
Au niveau des biens et services ;
Au niveau des revenus.
I.1.1. Au niveau des biens et services
Étant donné la déliquescence de l'industrie congolaise et la croissance
démographique considérable, les besoins en biens de consommation et en biens de
59

production ne sont pas satisfaits par la production locale. Il se fait que pour combler ce
déficit, le pays se tourne vers les importations.
Par ailleurs, n'ayant pas une technologie développée et une main d'oeuvre
qualifiée, le pays se borne à extraire les produits primaires et à les exporter sans aucune
transformation. La tendance génétique de l'évolution des exportations et des importations
se contredit. Alors que la quantité importée augmente considérablement, la valeur des
exportations diminue étant donné que les cours des matières ont une tendance baissière.
D'ailleurs de 2008 à 2009, le cours du cuivre par tonne a chuté de 24% ainsi que celui de
cobalt a chuté de 55%
16
.
À l'opposé, la valeur des biens importés augmente non seulement parce que
la quantité importée augmente mais les prix de ces biens augmentent également. La logique
qui sous-tend cette tendance des prix est présentée par le développement de ce graphique.
Fig.3.Processus de production d'un bien
La lecture de graphique nous aide à comprendre le processus de production d'un bien qui
passe par l'extraction de la matière première, ensuite viens la transformation de la matière
première en produit fini et enfin le conditionnement du produit intervient.
À chaque étape, l'on ajoute une certaine valeur (
,
,
) au produit et lors
de la commercialisation du produit, le prix final qui sera proposé au consommateur devra
16
Le Cuivre et le Cobalt sont les deux minerais les plus exportés en RDC tel que le démontre le tableau 6 à la page 45.
Extraction:v
1
Technologie
primaire
main d'oeuvre
non qualifieé
Transformation :
v
2
Technologie de
pointe
Main d'oeuvre
qualifiée
Autres inputs
nécessaires
Conditionnement:
v
3
Emballage,
embouteillage ou
empaquetage
60

incorporer toutes les valeurs ajoutées au produit ainsi que nous le montre l'expression ci-
dessous :
=
+
+
Où V
1
= Valeur du produit au moment de l'extraction, V
2
= Valeur du produit transformé
et V
3
=Valeur du produit conditionné.
À cette expression, il faut ajouter une contrainte :
>
>
. Cette
contrainte signifie que suite aux coûts engagés et aux spécifications techniques, la valeur
ajoutée au produit lors de la transformation est plus élevée que lors du conditionnement ou
de l'extraction.
L'écrasante majorité des produits exportés par la RDC se limitent à l'étape de
l'extraction, d'où la fixation d'un prix
=
et donc les recettes d'exportation de
=
=
. En revanche, les produits qu'elle importe incorpore non seulement
la valeur du produit de l'extraction mais également celle inhérente à la transformation et au
conditionnement du produit, d'où le prix à l'importation
=
+
+
et donc les
dépenses d'importation à la hauteur
= (
+
+
) .
Les recettes d'exportation de la RDC (
) ne représentant qu'une infime
partie des dépenses d'importation
[(
+
+
)], il faut exporter un nombre
croissant de tonnes de matières premières chaque année pour faire face à la facture
d'importation.
I.1.2. Au niveau des revenus
Au vu de la contribution tellement importante des investissements directs
étrangers (IDE) au financement des activités économiques en RDC, l'essentiel des revenus
produits dans le pays en termes de bénéfices, dividendes et intérêts est exporté sans aucun
prélèvement. Il ne reste qu'un petit rien à la RDC.
Symétriquement, les revenus utilisés par la population proviennent
également de l'extérieur. Au niveau microéconomique, il faut reconnaitre que les transferts
des migrants congolais constituent une source non négligeable des revenus des ménages
congolais ; il en est de même au niveau macroéconomique où les aides et dons constituent
un moyen de financement nécessaire pour la RDC. Les dépenses du Gouvernement central
sont, en grande partie, par les aides publiques au développement.
61

Source : WDI, 2014
I.2. Le Bradage de ressources naturelles
L'occident et l'orient demeurent le principal débouché des ressources
naturelles produites par la RDC, il les transforme et les conditionne à l'aide d'une
technologie qui s'améliore incessamment. Avec l'aide de cette technologie, l'on peut
produire les biens avec de moins en moins des matières premières et par conséquent, la
demande des matières premières diminue. Les produits primaires étant cédés à de prix très
bas, l'augmentation de la quantité des produits miniers reste, pour les entreprises, le seul
rempart pour assurer une rentabilité maximale. Le tableau ci-dessous illustre la tendance
baissière des cours des minerais sur la Bourse de Londres.
Table 10 : Évolution des cours de minerais sur la Bourse de Londres de 2007 à 2014
Années 2007 2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
Cuivre
7119
6918
5224
7881
8823
7953
7322
7027
Cobalt
63625 81306 36553
39365 36244 28931 27044 29585
Or
872
974
1227
1573
1669
1411
1250
Coltan
30864 41979 37065
57687 104811 112803 100631 111526
Source : Chambre des mines RDC, 2014.
Très souvent, cette augmentation des quantités produites se font au prix des
expropriations de terres des communautés locales et dans le non-respect des règles
environnementales. Quelque fois, ces expropriations se font sous la bénédiction de l'État
congolais
.
Par ailleurs, tout en étant à la quête des matières premières, les entreprises
mettent en place des stratégies d'exploiter les ressources à moindre coût. La récurrence des
conflits dans les provinces de Nord et Sud Kivu et une partie de la Province Orientale en
est une manifestation. C'est le cas de
Barrick Gold qui, convoitant l'or de Kilomoto, va
0
40
80
120
160
200
Graph.19. Evolution des APD nette reçue (% des dépenses du
gouvernement central)
APD nette reçue (% des dépenses du gouvernement central)
62

s'allier aux Ougandais qui vont occuper l'est du Congo en vue de contrôler les ressources
de ce territoire. L'
American Mineral Fields International(AMFI) va lui emboiter le pas
lorsque son souhait de contrôler les minerais de Kolwezi et de Kipushi ne sera pas exaucé
par Mobutu (Deneault et al, 2008).
En outre, l'exploitation des ressources naturelles s'accompagnent de la
pollution de l'eau, la pollution de l'air, la dégradation physique de terres comme c'est le cas
de la région du Kasaï où l'exploitation des mines industrielles de diamants a conduit à des
érosions et à la dégradation physique du sol. En ce qui concerne la pollution de l'eau,
l'exemple des rivières Musonoi et Mutoshi qui reçoivent les résidus et les décharges des
sites miniers du Katanga (Kipushi, Likasi et de Kolwezi) en est une illustration frappante
(Yager, 2010). À cette liste de maux, il faut ajouter le fait que l'exploitation minière en RDC
est basée sur la signature des contrats léonins.
I.3. Sous-investissement en capital humain
Depuis l'avènement de la théorie de la croissance endogène, il est
unanimement reconnu que le capital humain a une influence considérable sur la croissance
économique et que pour que celle-ci soit soutenue, les revenus tirés de la croissance
doivent être réinvestis dans la santé et l'éducation en vue d'augmenter le stock du capital
humain. Ceci rime avec l'une des principales conclusions de la croissance endogène qui
avance que pour améliorer le niveau de la population, l'humanité doit compter sur le capital
humain (Kankwanda, 2007).
Dans le cadre de la RDC, les revenus tirés de l'exploitation de ressources
naturelles devraient normalement être utilisées pour investir dans la recherche et
développement, dans la santé ou encore dans l'éducation. Malheureusement, depuis
l'époque coloniale, l'investissement dans le capital humain n'est pas du tout une
préoccupation des gouvernants.
Avant l'accession à l'indépendance, le système de santé visait la lutte contre
certaines maladies telles que la trypanosomiase, la tuberculose et autres en vue de conserver
le stock de la santé de la main d'oeuvre. Après l'accession du pays à l'indépendance, les
dirigeants ne s'intéressent guère à la santé puisqu'on y consacre peu de ressources. Que ce
soit en matière d'éducation ou en matière de santé, les investissements relèvent plus des
opérateurs privés. Rares sont les écoles, les universités, les centres de santé et les hôpitaux
construits par l'État congolais après l'accession du pays à l'indépendance et ces bâtiments
hérités des colons ne sont guère entretenus. Beaucoup de congolais se font soigner en
Afrique du Sud ou en Inde suite au sous-équipement des hôpitaux et à la mauvaise
organisation du système de santé congolais.
L'organisation du système éducatif est, quant à lui, inefficace et
s'accompagne de fortes disparités selon le milieu de résidence, le niveau de revenus voire
selon le genre. Étant donné qu'en milieu urbain l'on a plus d'infrastructures scolaires et
universitaires qu'en milieu rural, le taux d'alphabétisation est plus élevé en ville qu'en
63

campagne. Aussi faudrait-il souligner que la population congolaise est une population
jeune(les moins de 15 ans représentaient 45% de la population congolaise en 2013), elle a
besoin d'être nourrie, scolarisée, encadrée, etc. Malheureusement, cette demande
d'éducation ne trouve pas une réponse satisfaisante à ce jour au vu des infrastructures
disponibles pour accueillir cette population et au vu du nombre d'enseignants.
Si les infrastructures manquent pour faciliter l'accès à l'éducation et à la
santé, le financement de ces deux biens publics impurs posent problème. L'État congolais
ne finance que dans une moindre mesure l'éducation et la santé, le gros de financement est
assuré par les ménages qui sont pauvres. Ceci entraine le faible accès à l'éducation et au
soin de santé. Une étude de la Banque mondiale(2005) constate une baisse du taux
d'utilisation des services curatifs passant de 0,60 contacts par habitant et par an pendant les
années 80 à 0,15 (0.07 ­ 0.42) contacts pendant les années 1990 à 2010.
Le tableau ci-dessous nous en dira plus :
Table 11 : Évolution des indicateurs sociaux de la RDC de 1990 à 2012
Années
1990 1995
2001
2003
2006
2009
2012
Espérance de vie
47.44 46.44
46.68
47.33
48.02
48.70
49.62
Dépenses
d'éducation
0.95
0.95
1.32
1.57
1.94
2.32
2.44
Taux de mortalité
infantile
176.00 176.00 175.10 167.70
150.30 135.10
122.30
Taux
d'alphabétisation
71.30 76.40
67.10
65.30
66.60
66.80
61.20
Dépenses de santé
3.68
4.33
5.08
5.55
9.15
5.59
Sources : WDI(2014) et PNUD.
Les résultats de ce tableau nous forcent à constater les piètres performances réalisées par
l'économie congolaise en matière de capital humain. L'on constate qu'en matière de santé,
l'espérance de vie de la population ne s'améliore guère et reste inférieur à 50 ans. En ce qui
concerne l'éducation, 4 congolais sur 10 ne savent ni lire, ni écrire et même ceux qui
fréquentent le système scolaire y passe en moyenne 3 ans.
Quant à la recherche, il demeure le cadet des soucis du Gouvernement. Non
seulement que le Gouvernement y accorde une part infime du dans le budget (0.04% du
budget de 2010 à 2013) les découvertes et inventions qui découlent du génie congolais ne
font pas l'objet d'une protection légale, ce qui facilite la piraterie.
I.4. Mauvaise gouvernance
Le point commun de tous les régimes économiques et politiques en
République Démocratique du Congo est la mauvaise gouvernance dans la gestion de la
64

chose publique. La cupidité et le patrimonialisme des dirigeants congolais conduisent à des
détournements répétés et impunis par l'État congolais.
Le Président Mobutu avait, à l'époque, recommandé aux hauts
fonctionnaires de
« voler un peu » institutionnalisant ainsi le vol des deniers publics. Les
deux régimes Kabila, loin de rompre avec la mauvaise gouvernance, ont instauré une
nouvelle forme des détournements silencieux mais nocifs au point que certains chercheurs
parlent aujourd'hui d'un pillage des ressources naturelles et du coulage des recettes
publiques.
Au point de vue économique, la corruption, la concussion, la multiplicité des
taxes et le mauvais climat des affaires classent le pays toujours dans les derniers des indices
de gouvernance économique. Le tableau ci-dessous nous donne l'idée sur l'attrait de la
RDC quant aux investissements tant nationaux qu'étrangers :
Variables
2013
2015
Nombre de taxes
32
Rang
181
172
Délai de création(en jours)
58
16
Nombre des procedures
10
7
Taux d'imposition total(en %
du bénéfice brut)
339.7
54
Source : Banque Mondiale (Doing Business, 2013 et 2015)
Couplée au sombre passé économique de la RDC c'est-à-dire les pillages des
années 1990 et la Zaïrianisation, la mauvaise gouvernance raréfient les capitaux frais
compte tenu du risque élevé que présente l'investissement en RDC.
En RDC, la corruption a atteint un seuil inexplicable entrainant ainsi un
niveau d'informel quasi-total de l'économie. Elle sévit à la fois
à petite échelle et à
grande échelle, impliquant un large éventail d'agents publics, allant des fonctionnaires
subalternes aux membres les plus hauts placés du gouvernement (M. Chêne, 2010). Les
conséquences de cette corruption sont énormes puisqu'on estime que 60 à 80% des droits
de douane ne sont pas perçus et près de 70 % des entreprises doivent faire des dons afin
de se voir octroyer une licence d'exploitation.
I.5. Disparités dans la répartition de richesses
Il a été prouvé par les économistes contemporains que les inégalités sont
inhérentes au fonctionnement de tout système économique. En effet, selon la théorie
65

économique néoclassique les salaires dépendent de la productivité de tout un chacun c'est-
à-dire plus on est productif, plus l'on bénéficie d'un salaire plus élevé mais dans la réalité,
ce sont les riches qui ont plus d'argent pour financer l'éducation de façon à ce qu'il soit
plus productif dans l'avenir. Quant aux pauvres, ils occupent les emplois peu rémunérés
suite à leur faible niveau d'éducation et par conséquent suite leur productivité qui est faible
(J. Stiglitz, 2012).
Dans le cas de la RDC, nous constatons une forte polarisation dans le sens
que les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent davantage. La richesse est
concentrée entre une infime minorité de la population entre autres la classe dirigeante.
Constatons donc qu'en 2006, les 10% les plus de la population contrôlaient 34.69% des
ressources du pays alors que les 20% les plus riches de la population disposent de 50,6%
des ressources du pays (WDI, 2014).
SECTION II : CAUSES CONJONCTURELLES DE LA CROISSANCE
APPAUVRISSANTE
II.1.Causes politico-juridiques
II.1.1. Analyse des codes
Revenant d'une période des conflits ethniques et des guerres, la RDC s'est
engagée, en 2002, dans le processus d'élaboration du code des investissements, du code
forestier ou encore du code minier. En effet, l'activité économique étant comprimée,
l'objectif qui sous-tendait l'élaboration desdits codes fut celui d'attirer les investissements
10% les plus élevés: 34.69%
des ressources
20% les plus élevés: 50.6%
des ressources
20% les plus pauvres: 5.47%
des ressources
10% les plus pauvres: 2.29%
des ressources
66

massifs. Ainsi qu'on peut le constater, l'exonération des intrants industriels, l'établissement
des faibles taxes et autres mesures répondaient à cette logique.
a. Code des investissements
En République Démocratique du Congo, c'est la loi n°004/2002 du 21
février 2002 portant code des investissements qui fixe les modalités d'investissement. En
effet, elle a pour objet de fixer les conditions, les avantages ainsi que les règles générales
applicables aux investissements directs, nationaux et étrangers, réalisés en RDC dans les
secteurs qui ne sont pas expressément réservés à l'État par la loi.
Dans son article 9, le code des investissements exonère les impôts réels et les
impôts sur les revenus, les entreprises agréées à ce code pour 3 ans, 4 ans ou 5 ans, selon
qu'on investit dans la Zone Économique A, B ou C. L'article subdivise le pays en 3 zones
économiques de la manière suivante :
Zone économique A : Ville de Kinshasa.
Zone économique B : Bas-Congo, Ville de Lubumbashi, Ville de Likasi, Ville de
Kolwezi.
Zone économique C : Bandundu, Équateur, Kasaï-Occidental, Kasaï-Oriental,
Maniema, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Province Orientale, Katanga.
Cependant, ce code accuse une faiblesse : il prévoit l'exonération du bénéfice
au prorata des investissements à tout celui qui étend (extension) ou qui modernise
(modernisation) son activité. Ainsi, après la date butoir des exonérations, les entreprises
agréées au code modernise leurs installations en vue de bénéficier à nouveau des
exonérations fiscales.
b. Code minier
L'activité minière, quant à elle, est régie par la loi n°007/2002 portant Code
minier et par le Décret n°038/2003 portant réglementation minière. L'objectif était d'attirer
des investisseurs étrangers grâce à de faibles taxes et de créer un modèle complet pour les
contrats, d'établir clairement des directives environnementales, financières et de
réglementer les conditions de travail.
Dans ses articles 246 et 247, le code prévoit un taux d'IBP de 30% pour les
entreprises minières alors que le taux normal d'IBP était de 40%. Il en est de même pour
l'impôt mobilier dont le taux était fixé à 10% alors qu'il est de 20% dans les autres secteurs.
En outre, le montant de la première annuité d'un amortissement exceptionnel est égal à
60% du prix de revient de l'élément d'actif considéré.
Tous ces avantages ont abouti à un boom minier mais sans réel impact sur la
mobilisation des recettes. En effet, en 2012, la part de recettes provenant des ressources
naturelles dans les recettes budgétaires totales n'est que de 24%, qui correspondent à 3,2%
du PIB alors que les ressources naturelles contribuent pour plus de 40% en moyenne au
PIB. Par rapport au chiffre d'affaires du secteur minier, le taux effectif moyen d'imposition
a été de 6%.
67

II.1.2. Guerres et Instabilité politique
L'instabilité politique, sous toutes ses formes, perturbe le calcul économique
principalement lors de la redistribution des richesses en RDC. Certaines réformes,
susceptibles de redresser l'économie ont été abandonnées suite à des remaniements
intempestifs opérés au sein du Gouvernement. L'on a constaté que ces 15 dernières
années, il a été opéré au moins 2 remaniements par an, ce qui laisse peu de temps aux
ministres de travailler et de produire des résultats satisfaisants.
La recrudescence des guerres dans la partie est du pays a été une contrainte
non négligeable de l'épanouissement économique de la RDC. La multiplicité des groupes
armés (FDLR, LRA, MAYI MAYI, M23) en moins de 10 ans en est un exemple patent.
Cette instabilité politique entraine l'inflation du budget accordé aux dépenses militaires au
détriment des dépenses de santé, d'infrastructures, d'agriculture, etc. Le graphique ci-
dessous illustre cette situation :
Source : inspiré de Lonzo Lubu(2014)
II.2. Causes économiques
II.2.1. Chômage et sous-emploi de la population
La situation de chômage et de sous-emploi de la population congolaise est
très préoccupante. En effet, il s'observe un niveau de chômage élevé, soit 49,1% en 2012
tel qu'établi par la Banque Centrale du Congo. Une personne qui travaille prend en charge
plusieurs personnes alors que 88,2% des travailleurs gagnent moins que le SMIG fixé par
l'État congolais.
Le chômage et le sous-emploi de la population fait en sorte que la
population congolaise ne participe pas à la croissance et ce en amont et en aval. En amont,
Dépenses d'éduc
0.65%
Dépenses de santé
0.4%
Infrastructures
0,2%
Institutions pol
7%
Défense
13%
Services communs
78%
Graph.20. Répartition des dépenses publiques de 2001-2013
68

la main d'oeuvre congolaise est sous-employée et sous-utilisée, la croissance provient des
secteurs à faible utilisation de la main d'oeuvre. Il se déduit donc que le capital est le plus
abondant des facteurs dans le processus de production, lequel capital est d'ailleurs étranger.
En aval, tellement que le niveau des revenus est faible suite au sous-emploi
de la population, les ménages congolais ne disposent pas d'assez de ressources (soit
650CDF/jour) pour s'alimenter, se vêtir, pour se scolariser bref pour profiter de la
croissance.
II.2.2. Rapatriement des revenus tirés des IDE
Depuis près de 10 ans, les investissements directs étrangers affluent en
destination de la RDC. Les IDE représentent une part importante des investissements
réalisés durant la dernière décennie. En 2010, le taux d'investissement représentait 23.5%
du PIB alors que les IDE représentaient 13.3%, soit près de la moitié de ces
investissements.
Les investissements directs étrangers (IDE en sigle) ont joué un grand rôle
dans le processus de croissance de la RDC. En réalité, c'est grâce à ces investissements que
le tissu économique de la RDC s'est tant soit peu reconstitué.
Le seul bémol est que les bénéfices tirés des IDE ne sont pas réinvestis en
vue d'entrainer l'économie congolaise dans un processus de croissance cumulative. Pour la
grande partie, les IDE se dirigent vers les secteurs extractifs qui sont exploités avec une
technologie précaire. Au lieu de réinvestir les bénéfices dans l'acquisition de la technologie
de pointe en vue d'être plus productif, ces capitaux sont rapatriés avec toute célérité et sans
aucune ponction. La Banque Mondiale nous informe qu'en 2010, il a été rapatrié 131
millions de dollars de bénéfices tirés des investissements directs étrangers. Cette réalité est
aussi inquiétante vu l'état de sous-financement de l'économie congolaise, ces fonds
pouvaient servir au financement du développement de la RDC.
Table 12 : Évolution transferts des bénéfices de l'investissement(en millions de
CDF)
Années
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
Revenus des
investissements
De l'économie
vers l'extérieur
341590.8 504113.9
624254 939675.3 1127694 929009 2621866
De l'extérieur
vers l'économie
8886
1719
5281 29530.7
49282 5573.3 14811.1
Source : BCC, 2013.
II.2.3. Économie informelle
69

Le développement de l'économie informelle en RDC est une réponse à la
misère combien grandissante de la population. Elle agit comme un amortisseur de la
pauvreté et du chômage urbain dans les PED en général et en RDC en particulier. Elle
procure de l'emploi et des revenus importants à la population.
Néanmoins, l'évasion et la fraude fiscales qu'elle génère anéantit également
les effets de la croissance. Elle est également à l'origine de la concurrence déloyale qui
détruit le tissu industriel du pays.
II.2.4. Déficit infrastructurel et énergétique
Pour assurer le plein développement de l'industrie et l'émergence
économique du pays, il est nécessaire de disposer d'un réseau de transport dense pouvant
unifier tout le pays. Il en est de même de l'énergie qui est parmi les facteurs déclencheurs
du développement d'un pays.
Malheureusement en RDC, les infrastructures de transport font défaut et
découragent toute activité lucrative. Le chemin de fer étant inexistant et le transport aérien
mal organisé, il est quelque fois plus cher de se déplacer à l'intérieur de la RDC qu'à
l'extérieur du pays. Cette contrainte figure parmi les raisons pour lesquelles la croissance ne
diffuse pas d'un secteur à un autre.
Le défi énergétique est, quant à lui, énorme parce que le déficit énergétique
du secteur minier est estimé à 750 MW. Autrefois exportateur de l'électricité en Afrique
centrale et australe, la RDC importe aujourd'hui l'électricité auprès de pays limitrophes
principalement la Zambie alors que le potentiel hydroélectrique est estimé à 100000MW
(exploité à moins de 5%).
70

CHAPITRE III : ANALYSE DE LA CROISSANCE PRO-PAUVRES ET DE LA
CROISSANCE INCLUSIVE EN RDC
Economics is, in Essence, the study of
poverty"
Hartwell (1972)
À partir des analyses pointues et des constats multiples, nous avons montré
dans quelle mesure la croissance économique constatée depuis une décennie ne débouchait
aucunement sur l'amélioration du bien-être de la population congolaise. Dans les deux
premiers chapitres, nous avons analysé la structure économique de la RDC en vue d'en
tirer les causes tant conjoncturelles et structurelles du cycle de la croissance appauvrissante.
À partir des faits économiques observés, nous avons établi que la croissance économique
ne profite pas à la population congolaise.
L'objectif assigné à ce troisième chapitre est celui de montrer, à l'évidence
des chiffres, de façon empirique dans quelle mesure la croissance profite aux pauvres : Est
­ce que la croissance en RDC est pro-pauvres ou pro-riches ? Est-elle inclusive ?
Ce faisant, le troisième chapitre va se subdiviser en trois sections :
Pauvreté et différentes approches d'analyse ;
Croissance pro-pauvres en RDC : concepts et mesure ;
La RDC à l'épreuve de la croissance inclusive.
SECTION I : PAUVRETE ET DIFFERENTES APPROCHES D'ANALYSE
I.1. Définitions
Aucune définition de la pauvreté n'est universelle. Toutes reposent sur des
conventions que le simple dénombrement des populations pauvres rend nécessaire
17
.
Quoique chaque approche définisse différemment les conditions inhérentes à la pauvreté, il
faut reconnaitre qu'elles ont toutes un point commun : le fait qu'une personne est jugée
pauvre
« lorsqu'elle manque d'un minimum raisonnable d'une certaine chose » (Ngunza, 2013). La
pauvreté est généralement définie comme « un état de privation de bien-être jugé inadéquat
pour vivre décemment ».
I.2. Différentes sortes de pauvreté
I.2.1. Pauvreté absolue
Cette expression a été utilisée pour la première fois par Rowntree, selon qui
on peut considérer comme pauvres ceux dont les revenus sont insuffisants pour obtenir les
biens essentiels qui permettent le maintien d'une santé purement physique sous forme de
17
LOISY CHRISTIAN, Pauvreté, précarité, exclusion. Définition et Concepts, Direction de la recherche, des études,
de l'évaluation et des statistiques (DREES) in Cahiers1, France, Paris, 2000, p.24 .
71

nourriture, logement, vêtements et chauffage. De nos jours, la pauvreté absolue couvre la
situation d'un individu ou un ménage qui ne dispose pas des attributs considérés comme
ceux du bien-être. Celle-ci renvoie donc à un seuil de pauvreté exprimé en valeur absolue et
correspondant à la possibilité de satisfaire des besoins minimaux. C'est à partir de ce seuil
que, généralement, il est possible de faire les comparaisons internationales.
I.2.2. Pauvreté relative
L'approche de la pauvreté relative est plutôt voisine du concept d'inégalité
dans la mesure où elle s'intéresse aux différences relatives entre personnes d'une même
communauté (Mavila, 2010). Cette approche définit la pauvreté d'un individu ou d'un
ménage non pas à partir d'un seuil mais en comparant sa situation à celle du reste de la
société. C'est dans ce cadre que l'OCDE considère comme pauvre tout individu ayant un
revenu inférieur au deux tiers du revenu moyen de la communauté. Ce qui est valable avec
le revenu l'est aussi avec l'alimentation, l'habillement ou encore le logement. En ce qui
concerne le logement, un ménage est pauvre lorsqu'il ne dispose d'un bon logement par
rapport au reste de la société.
I.3. Indicateurs de pauvreté
En vue de saisir le niveau de pauvreté, plusieurs mesures ont été mises
en place et parmi elles, les mesures les plus utilisées sont celles de la famille d'indices de
FOSTER, GREER ET THORBECKE (FGT) afin de quantifier le taux de pauvreté ainsi
que sa profondeur et sa sévérité sur l'ensemble du territoire
18
. Ces indices prennent la
forme suivante :
P=
-
=
où est un entier naturel
1.
Incidence de la pauvreté : c'est le pourcentage des personnes vivant en dessous
du seuil de pauvreté(Z) :
FGT
0
=P
0
=
où q est le nombre d'individus vivant en dessous du seuil de
pauvreté et n est l'effectif total de la population.
2.
Acuité ou profondeur de la pauvreté : la profondeur de la pauvreté se calcule par
la distance moyenne qui sépare une personne pauvre du seuil de pauvreté :
FGT
1
=P
1
=
-
=
où z est le seuil de pauvreté et yi le revenu de l'individu i.
3.
Gravité ou sévérité de la pauvreté : elle peut être mesurée comme une moyenne
pondérée du carré des distances par rapport au seuil de pauvreté et est exprimée par
rapport à ce seuil. Les pondérations correspondent aux différentes distances
individuelles.
18
FOSTER J.E., GREER, J. THORBECKE, E « A Class of Decomposable Poverty Indices » in Econometrica 52,
1984, pp.761-766,
72

P
2
=
-
=
En dehors des indices, d'autres mesures de pauvreté sont couramment
utilisées à l'instar de :
1.
Indicateur du développement humain(IDH) : l'IDH mesure le niveau du
développement humain d'un pays à partir de 3 critères essentiels :
Longévité : l'indicateur retenu est l'espérance de vie à la naissance ;
Niveau d'instruction : l'indicateur retenu est la durée moyenne de scolarisation ;
Niveau de vie : l'indicateur retenu est le PIB par habitant.
2.
Indicateur de pauvreté humaine(IPH) : L'indicateur de la pauvreté humaine se
concentre sur les trois aspects essentiels de la vie humaine : la longévité,
l'instruction et les conditions de vie décentes à la seule différence l'IPH envisage ces
aspects sous l'angle de manques, soit les pauvretés extrêmes inhumaines qui
peuvent exister dans le pays.
Pour un pays sous-développé comme la RDC :
a)
la première forme de manque se mesure en termes de survie, à savoir la
probabilité de décéder à un âge relativement précoce de 40 ans (P
1
)
b)
la deuxième forme de manque, qui a trait à l'instruction, est le fait de se
trouver exclu du monde de la lecture et de la communication, il est à
mesurer par la proportion des adultes analphabètes (P
2
)
c)
la troisième forme de manque, concernant l'absence d'accès aux conditions
de vie décentes, se mesure comme la moyenne arithmétique des taux de
l'inaccessibilité à l'eau potable (P
31
), de l'inaccessibilité aux services de santé
(P
32
), et de la malnutrition des enfants de moins de 5 ans (P
33
).
L'indice de Pauvreté Humaine pour un pays sous-développé (IPH-1) est une
moyenne de type
quadratique généralisé des trois taux dimensionnels.
Encadré 3 : Évolution du calcul de l'IDH
L'Indice de développement humain (IDH) est en fait un indicateur synthétique du
développement humain mesurant la qualité de vie atteinte par un pays ou une partie d'un
pays (province ou département, par exemple), mais aussi un continent ou une sous-région.
1. Calcul de l'Indice de développement humain avant 2010
Avant 2010, l'IDH était calculé à partir de la longévité(A) mesuré par l'espérance de vie à la
naissance(EV), à partir du niveau d'instruction(D) mesuré par le taux d'alphabétisation(TA)
et le taux brut de scolarisation(TBS) et enfin il est mesuré par le niveau de vie(E) mesuré
par le logarithme décimal du PIB par habitant en Parité du Pouvoir d'Achat(PPA).
=
++3
=
-25
85-25
=
2+3
=
1
-2
2,60206
N.B : 25 représente l'espérance de vie la plus faible au monde et 85 la plus élevée et
2,60206 est le logarithme à base 10 du rapport entre le revenu le plus levé et le plus faible
du monde (40000$ et 100$ respectivement).
73

2. Calcul de l'Indice de développement humain après 2010
Le nouvel IDH est également subdivisé en trois composantes : la santé et la longévité,
l'instruction et le niveau de vie décent. Si l'indice de santé est toujours calculé à partir de
l'espérance de vie à la naissance, il n'en est pas de même pour les deux autres composantes,
puisque les indicateurs sur lesquels reposent leurs calculs ont changé. En effet, au lieu du
taux brut de scolarisation combiné du primaire au supérieur et du taux d'alphabétisation
des adultes pour l'ancien IDH, le nouveau taux est calculé à partir de la durée moyenne de
scolarisation de la population de 25 ans et plus et de la durée de scolarisation attendue pour
les enfants. Quant à l'indicateur du niveau de vie, le calcul ne repose plus sur le PIB en
dollars en PPA, mais plutôt sur le revenu national brut (RNB) par habitant dans la même
monnaie.
Voici ce que devient la formule de la durée de scolarisation attendue :
é =
+(
3
=1
24
=6
)
E
i
est l'effectif d'âge i scolarisé pendant l'année scolaire donnée ; i=6,7, ...,24
Pi population totale d'âge i durant l'année en cours. D
n
est la durée de scolarisation au
niveau n ; n=1 pour le primaire, 2 pour le secondaire et 3 pour le supérieur. Nous
obtenons donc D
1
= D
2
= D
3
= 6. E
n
est l'effectif de la population d'âges non déclarés et
étudiant au niveau n ; n=1 pour le primaire, 2 pour le secondaire et 3 pour le supérieur. P
n
est la population légale pour le niveau d'études n ; n=1 pour le primaire, 2 pour le
secondaire et 3 pour le supérieur. P
1
désigne donc la population de 6 à 11 ans ; P
2
, la
population de 12 à 17 ans et P3, la population de 18 à 24 ans.
2.1. Calcul des indices dimensionnels
Trois indices dimensionnels sont calculés pour la santé, l'éducation et le revenu de la
manière suivante :
a) Indice de l'espérance de vie :
Pour chaque pays, nous avons utilisé la formule suivante :
'é = (é à ­ 20)
(83,2 -20)
N.B. : 20 et 83,2 représentent le minimum et le maximum pour les espérances de vie pour
les pays du monde.
b) Pour l'éducation :
é = (é ­ 0)
(13,2 -0)
N.B. : 0 et 13,2 représentent le minimum et le maximum pour les durées moyennes de
scolarisation pour les pays du monde.
é = (é ­ 0)
(20,6 -0)
N.B. : 0 et 20,6 représentent le minimum et le maximum pour les durées scolarisation
attendues pour les pays du monde.
L'indice de l'éducation est une moyenne géométrique de deux indices ci-dessus et est
obtenu par la formule suivante :
74

= ( é é ) ­ 0)
(0,951 -0)
N.B. : 0 et 0,951 représentent le minimum et le maximum pour les indices de l'éducation
pour les pays du monde.
c) Indice de revenu :
Pour chaque province, nous avons utilisé la formule suivante :
= ( ) ­ (163)
(48 668) ­ (163)
N.B. : Ln représente le logarithme népérien, 163 et 48 998 représentent le minimum et le
maximum pour les RNB PPA par habitant pour les pays du monde.
2.2. Cumul des indices dimensionnels
Pour chaque pays, l'IDH a été obtenu par la formule suivante :
=( 'é 'é )
3
Source : Rapport National sur le Développement humain(RDC), 2014.
I.4. Principales approches d'analyse
Lutter contre la pauvreté implique de mesurer le phénomène et d'en analyser
les causes, pour proposer des politiques adéquates (Ezzrari, 2011), d'où l'intérêt
d'approfondir les différentes approches d'analyse de la pauvreté.
I.4.1. Approche monétaire de la pauvreté
L'approche monétaire ou l'approche utilitariste fut, d'une part, suggérée par
les économistes néoclassiques comme le meilleur critère d'évaluation du bien-être ou de la
pauvreté, et d'autre part, comme le fondement de la mesure et de l'analyse de la pauvreté
pendant de nombreuses années. Cette approche considère le revenu (ou les dépenses de
consommation) comme la mesure du bien-être, elle place la conceptualisation du bien-être
dans l'espace de l'utilité.
Le degré de satisfaction et/ou bien-être atteint par un individu est fonction
des biens et services qu'il consomme et pour obtenir ces biens, il y a des coûts à supporter.
Cette approche fait donc de la pauvreté un état de revenu bas et de faible pouvoir d'achat.
Au niveau pratique, cette approche de la pauvreté monétaire suppose de
distinguer globalement deux groupes de personnes : les pauvres et les non pauvres à partir
d'un seuil minimal de revenu(ou dépenses de consommation) que l'individu devrait
atteindre pour satisfaire ses besoins afin d'atteindre son bien-être économique. Ce seuil ou
ligne de pauvreté sépare de manière objective les pauvres des non pauvres. Dans la plupart
des pays du monde, ce seuil est l'équivalent monétaire d'un panier de biens et de services
considérés comme le minimum nécessaire à l'existence (Betoine et al, 2001).
75

L'approche monétaire, au travers les enquêtes de consommation des
ménages, s'apprête facilement à la quantification comparativement aux autres méthodes.
Le seul bémol avec l'approche monétaire est la possibilité de considérer
comme pauvre un individu ou un ménage un individu matériellement comblé et comme
non pauvre un individu matériellement non comblé.
I.4.2. Approche non monétaire de la pauvreté
À l'opposé de l'approche monétaire qui fait de la pauvreté un état de faibles
revenus, l'approche non monétaire place le bien-être dans l'espace des libertés et des
accomplissements. Elle évalue donc la pauvreté en fonction de certaines facultés
élémentaires, comme la possibilité de se nourrir ou de se vêtir de manière adéquate
On distingue deux principales approches de la pauvreté non-monétaire :
l'approche des besoins de base et l'approche des capabilités.
I.4.2.1. Approche des besoins de base
Cette approche met l'accent sur la nécessité de pouvoir satisfaire certains
besoins fondamentaux qui demeurent essentiels et universellement reconnus pour l'atteinte
d'une certaine qualité de vie. Il s'agit de la pauvreté des conditions de vie ou pauvreté
d'existence, qui traduit un état de manque ou d'exclusion dans les domaines relatifs à
l'alimentation, le logement, la santé, l'éducation, etc. En 1976, le Bureau International du
Travail (BIT en sigle) prend à son compte la dichotomie kaleckienne, et définit les besoins
énoncés par Mc Namara comme essentiels reposant sur :
i.
Une consommation personnelle minimale, composée d'une alimentation
satisfaisante, d'un logement convenable, et d'un habillement minimal ;
ii.
Au niveau communautaire, de l'accès aux services de l'éducation, aux services de
santé, à une eau potable et une médecine préventive et curative de qualité;
iii.
L'accès à un emploi « convenablement productif et équitablement rémunéré.»
Théoriquement, le bien-être et la pauvreté doivent être évalués sur la base de
ce que les individus réalisent effectivement, ce que Sen appelle les « états »
(beings) et
« actions »
(doings) et qui constituent l'ensemble des fonctionnements (functionings).
I.4.2.2. Approche des capabilités
Les capabilités représentent les différentes combinaisons de
« fonctionnements » qu'un individu ou un ménage peut réaliser. Ces capabilités ou
habiletés sont définies comme étant une combinaison fonctionnelle du savoir-être et du
savoir-faire que chaque personne doit atteindre et qui lui permet d'avoir un type de vie bien
déterminé. À cet effet, l'individu doit être adéquatement nourri, avoir une éducation, être
en bonne santé, être adéquatement logé, prendre part à la vie communautaire, etc.
76

Cette condition est suffisante pour ne pas considérer une personne comme
pauvre. En effet, la « chose manquante » n'est ni l'utilité ni la satisfaction des besoins de
base, mais des habiletés ou capacités humaines.
L'école des capacités considère ainsi, comme pauvre, une personne qui n'a
pas des habiletés ou les capacités d'atteindre un certain sous-ensemble de fonctionnements.
I .4.3. Approches de mesure de la pauvreté multidimensionnelle
On peut résumer en deux, les approches de mesure de pauvreté
multidimensionnelle : les approches axiomatiques et les approches non axiomatiques.
I.4.3.1. Approches axiomatiques et non axiomatiques de la pauvreté
L'approche axiomatique consiste en une adaptation au contexte
multidimensionnel de certaines classes d'indices de pauvreté proposées dans le cadre de la
pauvreté unidimensionnelle (Bourguignon et Chakravarty, 2002 ; Foster et
al, 1984). Pour
ce faire, on s'appuie sur une approche axiomatique des propriétés recherchées de l'indice
composite de pauvreté et sur une mesure composite de pauvreté se référant à un seuil
donné de pauvreté pour chaque indicateur primaire.
Dans l'approche non axiomatique, on distingue plusieurs catégories de
mesures : celles basées sur les indicateurs agrégés de bien-être (IDH ou IPH), celles axées
sur les données individuelles, les méthodes basées sur les ensembles flous, l'approche par la
fonction de distance, les mesures d'entropie ou encore les mesures d'inertie. Étant donné
que l'on a déjà développé l'IDH en amont, concentrons-nous sur l'indice de pauvreté
proposé par Arnand et Sen (1997).
IPH= (aP
1
+bP
2
+cP
3
)
1/
++= et >
P
1
renseigne sur la privation de vivre longtemps. C'est le pourcentage des individus
ayant une espérance de vie inférieure à 40 ans ;
P
2
synthétise les problèmes liés à l'accès à l'éducation et à la communication. C'est
le pourcentage de la population adulte illettrée ;
P
3
est un indice composite résumant l'aspect matériel du niveau du bien-être et
s'obtient en calculant la moyenne arithmétique de trois indicateurs : le pourcentage
de la population ayant accès aux services de santé, à l'eau potable, et le pourcentage
des enfants âgés de moins de cinq ans souffrant de malnutrition.
I.4.3.2. Pauvreté persistante, Pauvreté chronique et Pauvreté transitoire
En vue de déterminer si la pauvreté est persistante, si elle est chronique ou
transitoire, l'on se base sur une des méthodes non-axiomatiques de l'analyse de la
pauvreté : la méthode des ensembles flous. Cette étude commence par déterminer un
intervalle (Z
1
, Z
2
) dans lequel se trouve est compris le vrai seuil de pauvreté (Z) où Z
1
représente la valeur minimale que l'on souhaite faire prendre au seuil de pauvreté et Z
2
sa
valeur maximale.
77

La modélisation floue dénombre, à partir de ces seuils, trois sous-ensembles
flous qui sont « privation forte », « privation moyenne » et « privation faible ».
i.
Une privation « forte » est celle correspondant à un seuil de pauvreté inférieur ou
égal à sa valeur minimale ZZ
1
;
ii.
Une privation « moyenne » est celle correspondant à un seuil de pauvreté compris
dans un intervalle Z
1
ZZ
2
;
iii.
Une privation « faible » est celle correspondant à un seuil de pauvreté supérieure à
sa valeur maximale ZZ
2
.
·
Si à chaque date de la période d'observation, le ménage possède un revenu moyen
inférieur
à un niveau Z
1
du seuil de pauvreté et il appartient à l'état de privation
forte et donc à la pauvreté persistante.
·
Si à chaque date de la période d'observation, le ménage possède un revenu moyen
compris entre Z
1
et Z
2
du seuil de pauvreté, il appartient à l'état de privation
moyenne et sa pauvreté est chronique.
·
Si à chaque date de la période d'observation, le ménage présente un revenu moyen
supérieur au seuil de Z
2
, sa pauvreté est transitoire puisqu'il appartient à la privation
faible.
La pauvreté transitoire est fortement liée aux évènements aléatoires à la fois
dans l'emploi, licenciement, comme dans la vie familiale, divorce, mais elle ne constitue pas
pour autant un problème social. La pauvreté transitoire peut être aussi le résultat d'un
choix volontaire fait par certains individus à un moment donné de leur cycle de vie pour
améliorer leur revenu futur : c'est le cas d'un étudiant qui est pauvre pendant qu'il investit
dans la formation.
SECTION II : CROISSANCES PRO-PAUVRES : CONCEPTS ET MESURES
EN RDC
II.1. Introduction
La cohabitation d'une croissance économique élevée et d'une pauvreté
chronique pousse tous les congolais à un scepticisme quant à l'avenir de la population
congolaise. Au moment où le taux de croissance économique s'approche de deux chiffres,
le panier de la ménagère n'a cessé de se rétrécir. L'objectif de cette section consiste à
déterminer, à l'évidence des chiffres, la nature de la croissance économique c'est-à-dire
savoir si elle est pro-pauvres ou anti-pauvres.
Le concept de croissances pro-pauvres a vu le jour et a émergé suite à la
remise en cause des politiques d'ajustement structurel, lesquelles s'appuyaient sur deux
principes fondamentaux :
Le trickle down effect préconise que la croissance économique se diffuse toujours à
l'ensemble de la société des plus riches vers les plus pauvres à telle enseigne que la
78

croissance économique bénéficie toujours à tous grâce à la création d'emplois et aux
gains de productivité ;
La courbe de Kuznets renvoie au fait que la croissance ne bénéficie pas certes à
tous de la même manière, mais que les inégalités finissent par se réduire à mesure
que s'accroit le niveau du PIB par habitant.
Hélas, toutes ces théories ont été battues en brèche par la réalité observée.
Disposant d'un capital humain et d'un capital financier importants, les riches bénéficient
bien plus de la croissance que les pauvres (Griffoni, 2005).
Ceci étant, Pierre Jacquet définit la croissance pro-pauvres comme étant une
croissance dont les modalités améliorent l'aptitude des pauvres à participer à l'activité
économique et à en tirer avantage. À ce jour, deux conceptions se dégagent quant à la
définition de la croissance pro-pauvres :
i.
La croissance est dite pro-pauvres lorsque le taux de croissance du revenu des
individus pauvres sera supérieur à celui des individus non pauvres (Klasen, 2003) :
cette définition reflète la visée relative du concept puisqu'il s'intéresse aux
changements dans la répartition des fruits de la croissance ;
ii.
La croissance sera dite pro-pauvres si celle-ci réduit le taux de pauvreté en terme
absolu : il s'agit ici de la visée absolue. En associant les deux visions, Osmani(2005)
pense que la croissance .est pro-pauvres si elle réduit à la fois la pauvreté et
l'inégalité.
Dans le cadre de ce travail, c'est la symbiose de deux approches qui a été
retenue c'est-à-dire que la croissance économique sera dite pro-pauvres si elle réduit à la
fois le taux de pauvreté et les inégalités.
II.2. Mesures de la croissance pro-pauvres
Mesurer la croissance pro-pauvres, c'est se servir d'un indice qui synthétise
l'ensemble d'informations permettant de dire si la croissance a été favorable aux pauvres
ou non. Boccanfuso et Ménard(2009) nous proposent trois étapes avant de mesurer la
croissance pro-pauvres :
i.
Choisir un indicateur de bien-être: Les revenus ou les dépenses sont deux
indicateurs capables de fournir une mesure monétaire du bien-être économique.
Toutefois, les études privilégient souvent les dépenses comme indicateur de bien-
être
pour deux raisons. Premièrement, du côté conceptuel, la théorie du revenu
permanent nous mentionne que les dépenses sont une meilleure approximation des
revenus à long terme et de ce fait caractérise assez bien le niveau de vie des
ménages. Deuxièmement, du côté empirique, nous pouvons voir que les dépenses
sont mesurées avec une plus grande précision que les revenus, notamment car ceux-
ci peuvent provenir du secteur informel.
ii.
Définir le seuil de pauvreté qui permet de séparer les pauvres des non pauvres ;
79

iii.
Utiliser une ou plusieurs mesures de la croissance pro-pauvres permettant
d'obtenir la répartition de la pauvreté pour l'ensemble de la population ou pour
différents sous-groupes.
Comme le souligne Grimm (2007), la plupart des mesures de croissance PP
reposent sur le principe d'anonymat qui s'énonce comme suit: la mesure de pauvreté est
inchangée par une permutation des allocations initiales entre les individus. En d'autres
termes, si deux individus A et B échangent leurs dotations initiales, la mesure de la
pauvreté ne change pas. De manière plus globale, l'axiome d'anonymat signifie que la
connaissance nominative des pauvres ne modifie pas l'appréciation de la pauvreté. Ce qui
amène également à le qualifier d'axiome de l'anonymat (PNUD, 2011).
II.2.1. Mesures monétaires de croissance pro-pauvres
II.2.1.1. Décomposition de la pauvreté
Parmi les tentatives de décomposition des variations de la pauvreté, celle de
Datt et Ravallion(1992), d'une part, et de Kakwani(1997), d'autre part, semblent les plus
rigoureuses (Lachaud, 1996).
Datt et Ravallion(1992) supposent que la variation de la pauvreté est la
somme de trois composantes :
Une composante croissance qui indique la variation de la pauvreté qui aurait été
observée à cause d'une variation du revenu (dépense) moyen associée à une
constance de la redistribution ;
Une composante de redistribution qui indique la variation de la redistribution alors
que le revenu (dépense) moyen demeure inchangé ;
Un résidu qui appréhende l'interaction entre les effets de croissance et ceux de
redistribution.
La variation de la pauvreté entre les dates t et t+n peut être décomposée comme suit :
+
­
= (,+,) + (,+,) + (,+,)
+
­
= Variation de la pauvreté
(,+,)= Contribution de la croissance
(,+,)= Contribution de la redistribution (inégalités)
(,+,)= Résidu
(,+,) (/+,) ­ (/,)
(,+,) (/,+) ­ (/,)
(,+,) (,+,+)­ (,+,) =
80

Où u=revenu (dépense) moyen, r est une date de référence par rapport à laquelle est
réalisée la décomposition de la variation de la pauvreté. L est la courbe de Lorenz et P est
une mesure FGT de la pauvreté. Ainsi, la variation de la pauvreté entre les dates t et t+n
est la somme des effets croissance et inégalités.
Le principal inconvénient de cette approche est la présence du résidu dont
l'ampleur peut se révéler parfois très importante. Cette situation signifie que les effets des
variables/composantes non prises en compte par cette méthode peuvent contribuer à
expliquer une bonne part de la variation de la pauvreté alors que cette dernière devrait être
traduite soit en effet de croissance, soit en effet de redistribution.
II.2.1.2. Indice de croissance pro-pauvres
D'après Kakwani et Pernia, puisque la pauvreté dépend du revenu moyen et
des inégalités des revenus, son taux de variation
P peut-être décomposé en deux : FR et
FI.
FR : taux de variation de la pauvreté lorsqu'il y a une croissance de 1%, la distribution des
revenus étant inchangée.
FI= taux de variation de la pauvreté lorsqu'il y a une variation des inégalités sans la
croissance.
= +
La formule de calcul de l'indice de la croissance pro-pauvres :
=
=
+
En cas d'expansion
=
=
+
En cas de récession
Si
> la distribution des fruits de la croissance s'est faite en faveur des pauvres et cela
conduit à une diminution des inégalités (croissance pro-pauvres)
Si
<< la distribution des fruits de la croissance économique s'est faite en défaveur
des pauvres, mas elle réduit l'incidence de la pauvreté (croissance faiblement pro-pauvres).
Si
< la croissance économique augmente les inégalités (croissance anti pauvres).
II.2.1.3. Courbe d'incidence de la croissance
Elle a été proposée par Ravallion et Chen(2003), elle représente le taux de
croissance du revenu (consommation) par habitant de chaque percentile le long de la
courbe de distribution du revenu entre deux périodes t-1 et t. La courbe d'incidence de la
croissance est dérivée à partir des conditions de dominance stochastique de premier ordre.
81

Parmi les indices de pauvreté disponibles, celui de Watts a été retenu car il
satisfait les axiomes standards associés aux mesures de pauvreté
19
. La mesure se définit par
:
()=
-
-
avec
gt(p) le taux de croissance du revenu (dépenses) et Yt(p) du p
ième
percentile entre t-1 et
t. La courbe représente les centiles de la population sur un intervalle de 1 à 100 ordonnées
par le revenu (dépenses) sur l'axe des abscisses et le taux de croissance annuel du revenu
par habitant du centile correspondant en ordonnée.
Si les taux de croissance
gt(p) sont tous positifs pour tous les percentiles, il y
a dominance stochastique de premier ordre de la distribution de t par rapport à celle de t-1.
La croissance se révèle donc pro-pauvre en termes absolus.
Par contre, si la courbe change de signes autrement dit si la dominance de
premier ordre est violée, il est alors impossible de conclure sur la seule base de la mesure.
La courbe d'incidence de la croissance permet également d'estimer la
croissance pro-pauvre en termes relatifs en analysant sa pente. Si
gt(p) est une fonction
décroissante (croissante) à travers le temps pour tout
p, alors les inégalités diminuent
(respectivement augmentent) à travers le temps pour toutes les mesures qui satisfont le
principe de transfert de Pigou-Dalton. La croissance est ainsi pro-pauvre (respectivement
pro-riche) en termes relatifs.
II.2.1.4. Taux de croissance équivalent à la pauvreté
Cette mesure a été proposée par Kakwani et Son(2002) afin de pallier au
non-respect de l'axiome de monotonicité et tenir compte du taux de croissance réel de
l'économie. Ce taux prend en considération à la fois l'ampleur de la croissance et la
manière dont les bénéfices de la croissance sont redistribués entre pauvres et non pauvres.
Le TCEP
se définit par :
=[
] = =
dLn
() est le taux de croissance des revenus moyens et
=
représente l'indice de croissance pro-pauvre développé par Kakwani et Pernia
(2001) présenté précédemment. Il s'agit du taux de croissance
*
, qui générerait le même
niveau de réduction de la pauvreté que le taux actuel , en présence d'un processus de
croissance non accompagné d'un changement quelconque d'inégalité (tous les individus
obtiennent le même bénéfice proportionnel de la croissance).
Si
*
<0, la croissance est appauvrissante. Si 0<
*
<, la croissance est de type
«
trickle down », l'indice de pauvreté baisse mais faiblement parce que les inégalités
augmentent. Si
*
la croissance est pro-pauvres.
19
De plus, Ravallion et Chen (2003) mentionnent qu'une croissance pro-pauvre est telle que sa mesure et son taux de
croissance, doivent satisfaire les deux conditions suivantes. Premièrement, la mesure devrait être consistante avec le
sens de la variation de la pauvreté, de telle sorte qu'un taux positif (respectivement négatif) de croissance pro-pauvre
implique une réduction (respectivement augmentation) de la pauvreté. Deuxièmement, la mesure de la pauvreté
implicite dans la mesure de la croissance pro-pauvre doit satisfaire les principes standards de mesure de la pauvreté.
82

II.2.2. Mesures non monétaire de la croissance pro-pauvres
De même que les mesures monétaires de la croissance pro-pauvres se
réfèrent à l'approche monétaire de l'analyse de la pauvreté, les mesures non monétaires de
la croissance pro-pauvres se réfèrent à l'approche non monétaire de l'analyse de la
pauvreté. Vu sous cet angle, la croissance économique doit améliorer la situation
socioéconomique des pauvres en facilitant l'accès aux besoins de base (éducation, la santé,
l'alimentation, etc.)
En ce qui concerne la pauvreté non monétaire, il est également possible
d'utiliser la courbe d'incidence de la croissance de Ravallion et Chen(2003) pour chaque
indicateur socio-économique retenu. Mais son caractère absolu est susceptible de
compliquer l'interprétation au cas où le taux de croissance g(t) oscille selon les percentiles.
Les indicateurs socio-économiques qui peuvent faire l'objet d'une analyse dans la pauvreté
monétaire sont :
Le taux d'alphabétisation ;
Le taux de scolarisation ;
Le taux de mortalité infantile ;
L'espérance de vie à la naissance ;
Le taux de chômage.
II.3. Applications des indicateurs de croissance pro-pauvres en RDC
II.3.1. Source des données et variables retenues
Dans les lignes qui suivent, nous analyserons la variation de la pauvreté en
RDC entre 2004 et 2014, en milieu urbain et en milieu rural.
La pauvreté a été estimée, dans le cadre de ce travail, à partir de l'approche
des revenus mais étant donné que les revenus des ménages est une variable difficilement
saisissable, elle a été approchée par les dépenses annuelles des ménages. En ce qui
concerne les seuils de pauvreté, il a été retenu deux seuils de pauvreté monétaire englobant
le seuil alimentaire et le seuil non alimentaire tirés à partir de l'enquête 1-2-3 de 2012 : Le
seuil de pauvreté monétaire, qui couvre le besoin essentiel d'un adulte aussi en alimentaire
qu'en d'autres biens et services est évalué à 869210,30 Francs congolais par équivalent
adulte pour le milieu urbain et 579248,50 FC pour le milieu rural.
Les variables qui ont été sollicitées dans cette section sont tirées des
différentes bases des données des enquêtes 1-2-3 réalisées pour les deux périodes 2004-
2005 et 2011-2012.
À l'instar des travaux d'Ehrhart (2009) et Griffoni (2005), nous nous
sommes servis du logiciel DAD4 en vue d'effectuer la décomposition de Datt et
Ravallion(1992) à partir duquel, l'on va calculer :
L'élasticité croissance de la pauvreté (
FR
) : elle mesure l'impact d'une
croissance de 1% du revenu moyen sur la réduction de la pauvreté, lorsque la
répartition du revenu ne varie pas (Facteur Croissance) ;
83

L'élasticité de la pauvreté par rapport à l'inégalité (FI) : elle permet de mesurer
l'impact d'une augmentation de 1% du coefficient de Gini sur la pauvreté, lorsque la
croissance demeure inchangée (Facteur Inégalité).
Le résidu(k) : il désigne la part de la variation de la pauvreté qui ne résulte ni de la
croissance ni des inégalités mais des autres facteurs exogènes.
2
ème
étape : calcul de l'élasticité totale de la pauvreté
À partir des éléments obtenus dans la première étape, nous avions calculé
l'élasticité
totale de la pauvreté à la croissance () à partir de la formule :
=++
3
ème
étape : Calcul des indices de croissance pro-pauvres
Il existe toute une litanie des indices de croissance pro-pauvres mais dans le
cadre de ce travail, nous en retiendrons deux dont
l'indice de croissance pro -pauvres
(
pro-poor growth index) de Kakwani et Pernia (2000) et
le taux de croissance équivalent de
pauvreté (PEGR).
Notons que le logiciel DAD4 (Distributive Analysis) est un logiciel conçu en
2010 par Jean-Yves Duclos, Abdelkrim Araar et Carl Fortin de l'Université de Laval, pour
faciliter l'analyse et les comparaisons en matière de bien-être, d'inégalité, de pauvreté et
d'équité à travers les distributions d'indicateurs de niveau de vie.
III.3.2. Analyse des résultats
III.3.2.1. Courbes d'incidence croissance
Le premier outil d'analyse de la croissance pro-pauvres qui a été retenu dans
le cadre de ce travail, c'est la courbe d'incidence croissance proposée par Ravallion et
Chen(2003). Elle représente le taux de croissance du revenu (consommation) par habitant
de chaque percentile le long de la courbe de distribution du revenu entre deux périodes t-1
et t.
Ci-dessous sont illustrées les courbes d'incidence croissance du milieu urbain
et du milieu rural :
84

De ce graphique se déduit qu'en milieu rural, l'évolution de l'indicateur de bien-être social
(dépenses annuelles des ménages) ne nous permet de conclure de la nature « pro-pauvres »
de la croissance en termes absolus tout au long de la période d'analyse puisque les taux de
croissance gt(p) changent de signe c'est-à-dire que pour certains centiles, gt(p) est positif
alors qu'il est négatif pour d'autres centiles. Par ailleurs, l'évolution de l'indicateur montre
que la croissance profite seulement aux 27% les plus riches (pour les centiles compris entre
73% et 100%) comme l'indique la pente de la courbe.
Il s'ensuit de ce graphique qu'en milieu urbain, l'évolution de l'indicateur de bien-être social
(dépenses annuelles des ménages) ne nous permet de conclure de la nature « pro-pauvres »
de la croissance en termes absolus tout au long de la période d'étude puisque les taux de
croissance gt(p) changent de signe c'est-à-dire que pour certains centiles, gt(p) est positif
alors qu'il est négatif pour d'autres centiles. Par ailleurs, l'évolution de l'indicateur montre
85

que la croissance profite seulement aux 8% les plus riches (pour les centiles compris entre
92% et 100%) comme l'indique la pente de la courbe.
III.3.2.2. Indice de Croissance pro-pauvres et Taux de croissance d'équivalent
pauvreté
En vue de calculer les indicateurs de croissance pro-pauvres, nous avons
besoin de calculer
le facteur revenu c'est-à-dire le taux de variation de la pauvreté lorsqu'il
y a une croissance de 1%, la distribution des revenus étant inchangée et
le facteur
inégalité c'est-à-dire le taux de variation de la pauvreté lorsqu'il y a une variation des
inégalités sans la croissance. Étant donné que la période sous étude dans notre travail a été
couronnée par la croissance économique, nous allons retenir la formule suivante en ce qui
concerne l'indice de croissance pro-pauvres :
- ==+
Pour déterminer ces élasticités, nous avons recouru à la décomposition de
Datt et Ravallion(1992) établie au moyen du logiciel DAD4 dont les résultats sont
présentés comme suit :
Tableau 13 : Résumé des élasticités de la pauvreté et des indices de la croissance
pro-pauvres
Milieu Indice
de la
pauvreté
Élasticité
totale de
pauvreté
Éléments explicatifs
Indice de
croissance
pro-
pauvres
Taux de
croissance
d'équivalent
pauvreté
Taux de
Croissance
moyen
enregistré
facteur
croissance
Effet
inégalités
Rural
Ratio
0.0618
-0.1493
0.153
-0.414
-2.472
5.97
(0,00555) (0.0275)
(0.00499)
Urbain Ratio
0.0962
-0.0477
0.1331
-2.017
-12.0415
5.97
(0,0057) (0.01604) (0.0082)
Source : nos calculs ( )=écart-type
À partir du tableau ci-dessus, nous pouvons calculer les indicateurs ci-après :
En milieu rural :
= ,
(-,)=-,
=-,,=-,
86

En milieu urbain :
=
,
(-,)
=-,
=-,,=-,
Discussion des résultats
En milieu rural comme en milieu urbain, nous remarquons que l'indice de
croissance pro-pauvres
< c'est-à-dire que la croissance augmente les inégalités, elle
est donc anti-pauvres. En ce qui concerne le taux de croissance d'équivalent pauvreté,
nous constatons qu'il est inférieur à 0
(
<) que ce soit en milieu urbain ou en milieu
rural. Ceci revient à dire qu'en RDC,
la croissance économique est appauvrissante. La
croissance économique pris individuellement diminue le niveau de pauvreté de 14,93% en
milieu rural et de 4,77% en milieu urbain. Les inégalités, quant à elles, augmentent le niveau
de pauvreté de 15, 3% en milieu rural et de 13,31% en milieu urbain. Lorsque nous
combinons les deux effets et que nous tenons compte du résidu, nous constatons que la
pauvreté augmente de 6,18% en milieu rural et de 9,62% en milieu urbain.
87

SECTION III : LA RDC À L'ÉPREUVE DE LA CROISSANCE INCLUSIVE
III.1. Introduction
III.1.1. Historique de la croissance inclusive
Depuis près de trois décennies, la croissance pro-pauvres a été présentée
comme le type de croissance qui permettrait de réduire la pauvreté dans les pays en
développement. Il apparait donc que la promotion de la croissance pro-pauvres requiert
une stratégie volontairement biaisée en faveur des pauvres, de façon à ce que les pauvres
bénéficient plus de la création des richesses que les riches (Lachaud, 2003). L'application
des politiques pro-pauvres a abouti à la réduction de la pauvreté certes, mais a accru les
inégalités. C'est ce qui pousse Ali(2007) à dire que :
« ce changement progressif
s'explique notamment par un constat brutal, à savoir qu'un bon taux de croissance
et une réduction substantielle de la pauvreté n'empêchent pas une aggravation de
l'inégalité des revenus ». Ce phénomène est illustré par l'expérience que connait l'Asie
depuis une vingtaine d'années, où des taux de croissance impressionnants ont entrainé une
baisse notable de la pauvreté mais une aggravation des inégalités des revenus.
Voilà pourquoi, depuis quelques années, l'on s'intéresse moins à la croissance
pro-pauvres et plus à la croissance inclusive. Ainsi, la Banque Asiatique du Développement
a fait de la croissance inclusive l'objectif principal de la Stratégie 2020 de la banque. Dans la
même visée, la Banque Africaine de Développement a adopté la « croissance inclusive »
comme l'une de ses deux priorités stratégiques pour 2013-2022 afin d'élargir l'accès « aux
opportunités économiques pour plus de personnes pays et régions, tout en protégeant les
groupes ».
III.1.2. Définitions de la croissance inclusive
Malgré l'intérêt qu'elle suscite, il n'existe pas encore une définition
universellement acceptée de la « croissance inclusive ». Cependant, il est reconnu que le
concept de « croissance inclusive » se réfère à une croissance qui profite à un plus grand
nombre et non pas seulement aux pauvres.
À partir de là, les définitions de la croissance inclusive foisonnent, elles font
fortune dans la littérature économique. Commençons par la célèbre définition de
Klasen(2010) qui la définit comme une croissance
profitant à tous c'est-à-dire que la
croissance doit profiter à toutes les couches de la société, y compris les pauvres, les quasi-
pauvres, les groupes à revenus moyens et même les riches. L'auteur pense que la croissance
inclusive a deux caractéristiques :
Elle implique la participation d'un plus grand nombre au processus de croissance ;
Elle implique également que les bénéfices de la croissance profitent à un plus grand
nombre.
88

Rauniyar et Kanbur(2009), quant à eux, pensent que toute croissance qui est
accompagnée d'une baisse de l'inégalité des revenus est une croissance de nature inclusive.
Ces auteurs soulignent différents facteurs importants pour une croissance inclusive :
Une croissance soutenue et équitable qui est basée dans les secteurs ou régions qui
créent plus d'emplois ;
Infrastructures de bonne qualité ;
Infrastructure rurale et les technologies agriculturales pour permettre aux pauvres
de se développer ;
Système de sécurité sociale améliorée pour les groupes vulnérables
Respect des lois.
Selon la Banque Asiatique du Développement, l'on ne peut parler de
croissance inclusive que lorsque « les opportunités économiques sont accessibles à tous et
en particulier aux pauvres ». Le PNUD, quant à lui, définit la croissance inclusive comme
une croissance couplée de la diminution des inégalités, une participation des pauvres à la
vie politique et au processus de croissance et un partage équitable des fruits de la
croissance.
À en croire Ianchovichina et Lundstrom(2009), la croissance inclusive
implique une perspective de long terme et la création des emplois décents en vue
d'augmenter les revenus des vulnérables alors qu'elle est considérée comme celle une
croissance couplée à une égalité des chances par Ali et Zhuang (2007).
Mais dans le cadre de ce travail, la définition de la croissance inclusive
s'inspirera de celle Ifzhal Ali(2007). Selon lui, la croissance inclusive est caractérisée d'un
double processus :
créer de meilleures opportunités et garantir l'accès de ces
opportunités à tous les segments de la population.
L'absence d'un concept universellement accepté de croissance inclusive a
conduit à un large éventail d'indicateurs qui varient de « peu clairs » à « simples » ou à
« techniquement difficiles » (Klasen, 2010). Mais dans le cadre de ce travail, l'on va se
concentrer sur l'approche de la Banque Asiatique de Développement c'est-à-dire nous
allons mesurer la croissance inclusive au travers des « courbes d'opportunité sociale », ce
qui nécessite une méthodologie approfondie.
III.2. Méthodologie : Approche d'Ali et Son(2007)
L'idée de mesure de la croissance inclusive part de l'utilisation de la fonction
d'opportunité sociale qui est similaire à la fonction de bien-être social. La fonction
d'opportunité sociale varie au gré de deux facteurs à savoir :
La création de meilleures opportunités économiques et sociales ;
L'égalité d'accès à ces opportunités.
89

Cette fonction d'opportunité sociale accorde une grande importance (poids)
aux opportunités dont bénéficient les pauvres : plus une personne est pauvre, plus grand
est le poids lui accordé dans la fonction. Il s'en déduit que si les opportunités créées en
faveur des pauvres sont plus importantes que celles créées en faveur des non-pauvres, la
fonction d'opportunité sociale augmente.
La fonction du bien-être social dont question doit satisfaire deux conditions
majeures :
Elle augmente en fonction de ses arguments ;
Elle obéit au principe de transfert qui veut que tout transfert de revenu ou
d'opportunités d'une personne plus pauvre vers une personne plus riche réduit la valeur de
la fonction.
Supposons qu'il existe n personnes dans la population avec comme revenus
1
,
2
,...,
1
est le revenu de la personne la plus pauvre et
est le revenu de la
personne la plus riche. Alors, l'on définit la fonction du bien-être comme :
=(
,
,...,
) Où W est une fonction croissante de ses arguments. De même,
l'on définit la fonction d'opportunité sociale comme suit :
= (
,
,...,
) Où
est l'opportunité dont bénéficie l'individu i qui a un revenu
X
i
.
L'opportunité peut être définie comme étant l'ensemble des services de base
accessibles à la population en termes d'accès à la santé, à l'éducation, à un bon emploi,
etc.
peut être une variable binaire qui prend deux valeurs : 0 et 100. Elle prend 0 lorsque
l'individu i est privé d'une certaine opportunité et elle prend 100 lorsque la personne i jouit
de cette opportunité. Le pourcentage de ceux qui jouissent d'une certaine opportunité est
donné par la moyenne ci-dessous :
=
=
(1)
Étant donné que la fonction en d'opportunité sociale est une fonction
croissante de ses arguments, la croissance économique crée de meilleures opportunités
économiques et sociales pour la population : c'est une condition nécessaire mais pas
suffisante pour que cette croissance soit qualifiée d'inclusive. Comme nous l'avons dit ci-
haut la croissance est inclusive lorsqu'elle crée de meilleures opportunités pour la
population et lorsqu'elle assure l'égalité d'accès à ces opportunités.
Si notre politique de développement consiste uniquement à la maximisation
de
telle que définie au point (1), nous aurons ignoré la distribution des opportunités. Se
référant ainsi au principe de transfert énoncé ci-haut, nous pouvons supposer que t
opportunités sont transférées d'une personne très pauvre
1
vers une personne riche
2
.
90

Après transfert, la personne pauvre aura
1-
opportunités et le riche aura
2+
opportunités, un tel transfert a pour effet de réduire la valeur de la fonction d'opportunité
sociale qui, dans ce cas, s'écrit :
(
­
,
+
,
,
) (
,
,
,...,
) (2)
Nous pouvons représenter la fonction d'opportunité sociale par le vecteur Q(t) par :
() (
­
,
+
,
,
) (3)
De cette relation, nous pouvons conclure que, pour toute valeur non
négative de t, le vecteur
(0) représente une valeur supérieure ou égale à Q(t). Une
distribution d'opportunité sociale cumulée prend donc la forme :
()(
­
,
+
,
+
+
,
+
+
) (4)
C'est la distribution des moyennes cumulées de
Q(t) lorsque les
individus sont classés en ordre croissant de leurs revenus. La même courbe peut être
qualifiée de courbe d'opportunité généralisée ou courbe de concentration généralisée de la
distribution
Q(t)
2
. De même, la courbe d'opportunité généralisée de la distribution
(0)
est donnée par :
()(
,
+
,
+
+
,
+
+
) (5)
En comparant
() à
(0), il est évident que la courbe généralisée
(0)
doit être supérieure à la courbe
() pour tout t0. Ainsi, nous pouvons prouver cela si
la distribution y a une courbe généralisée supérieure à
, alors la distribution y donnera
toujours une plus grande fonction d'opportunité sociale. Dans le souci de simplifier la
comparaison, posons le problème en termes de distribution continue. À Supposons que
nous arrangeons la population dans l'ordre croissant de leurs revenus. Supposons ensuite
que
est l'opportunité moyenne dont jouit la p
ième
personne de la population lorsque p
varie entre 0 et 100 et
est la moyenne des opportunités accessibles à la population, alors
sera égal à si p=100.
Comme
varie avec p, l'on peut dessiner la courbe de pour les
différentes valeurs de p. Au fait, c'est la courbe de concentration généralisée lorsque les
individus sont classés en ordre croissant selon leur revenu. Nous pouvons qualifier cette
courbe d'opportunité : plus la courbe augmente, plus la valeur de la fonction d'opportunité
augmente. La croissance sera dite inclusive si elle augmente la courbe d'opportunité à tous
les points de bas en haut, ce qui signifie que tout le monde dans la société, y compris les
pauvres, a plus d'opportunité qu'avant cependant le degré d'inclusivité de la croissance
dépendra de deux éléments :
91

i.
L'intensité des variations de la courbe d'opportunité de bas en haut ;
ii.
La partie de la courbe où la variation a lieu.
Si la courbe d'opportunité s'incline vers le bas (de haut en bas), nous
pouvons dire que les opportunités sont plus accessibles aux pauvres qu'aux non-pauvres
c'est-à-dire que les opportunités sont distribuées équitablement. De même si la courbe
s'incline vers le haut (de bas en haut), les opportunités sont injustement distribuées.
Fig.4. Courbes d'opportunités
La figure 1 décrit deux courbes d'opportunité avec la même moyenne (
) : pour l'une, on
incline de bas en haut (AB) et pour l'autre on incline de haut en bas (CB). La courbe CB
décrit la distribution équitable des opportunités signifiant que les plus pauvres de la
population ont une plus grande opportunité que les non-pauvres. La courbe AB indique le
contraire c'est-à-dire que les pauvres jouissent de moins d'opportunités que les non-
pauvres.
La courbe d'opportunité peut être utile à évaluer le modèle de croissance qui
est défini en termes d'accès et d'équité des opportunités sans spécifier la fonction
d'opportunité sociale. Cependant, il est impossible de quantifier l'ampleur des variations
dans la distribution des opportunités
En vue de saisir l'ampleur dans les variations dans la distribution des
opportunités, nous devons émettre une hypothèse sur la forme de la fonction
d'opportunité sociale utilisée. Une forme simple de la fonction d'opportunité sociale peut
C
A
B
Accès à
l'opportunité Y
0
0
p 100
p=100
92

être obtenue en calculant un indice qui résume l'aire en dessous de la courbe d'opportunité
sociale de la manière suivante :
=
dp (6)
La formule (6) nous donne ce qu'on appelle l'indice d'opportunité(IO) : plus
est élevé, plus élevées seront les opportunités créées en faveur des pauvres, l'objectif
étant la maximisation de
. Si tous les individus ont exactement les mêmes opportunités,
dans ce cas, l'on aura
=. L'écart entre
et
fournit une indication sur la façon dont
les opportunités sont distribuées. Si
est plus élevé que
, alors que les opportunités sont
équitablement réparties (pro-pauvres). Par contre si
est plus faible
, les opportunités
sont inégalement réparties (anti-pauvres). En vue de faciliter la comparaison entre
et
, l'on calcule l'indice d'égalité des chances (Equity index of opportunity) :
=
(7)
Si
>, l'on conclut que les chances sont équitablement réparties ;
Si
<, les chances sont inégalement réparties.
À partir de la relation (7), il s'ensuit que
= (8)
Ce qui revient à dire que le fameux indice d'opportunité n'est que le produit
de l'indice d'égalité des chances par la moyenne des opportunités disponibles à la
population.
Comme nous l'avons énoncé ci-haut, la croissance est inclusive à mesure que
augmente, laquelle augmentation dépend de trois éléments dont la création de nouvelles
opportunités mesurée par l'augmentation de
, l'amélioration de l'accès à ces opportunités
mesurée par l'indice d'égalités des chances
,soit les deux à la fois. Pour mieux saisir la
dynamique de la croissance inclusive, l'on va différentier la relation (8) tel que :
=+ (9)
mesure la variation du degré d'inclusivité de la croissance. La croissance devient
plus inclusive si
>. indique la contribution, à la croissance inclusive, de la
création de nouvelles opportunités lorsque la répartition de celles-ci reste inchangée.
mesure la contribution, à la croissance inclusive, de l'amélioration de l'accès aux
opportunités créées lorsque de nouvelles opportunités n'ont pas été créées. Ces différentes
contributions sont très importantes en ce qu'elles révèlent les stratégies de développement
mises en place par le Gouvernement d'un pays :
93

Si
> c'est-à-dire la stratégie de développement se focalise plus sur la
création de nouvelles opportunités pour les pauvres, au travers des dépenses pro-
pauvres ou encore la création des emplois, et ce au détriment des autres classes
sociales.
Si
< c'est-à-dire que la stratégie de développement oeuvre plus pour
améliorer les conditions de toutes les classes au travers l'augmentation de la
moyenne des opportunités.
Très souvent, il y a une relation inverse entre
et telle que si l'un
augmente, l'autre diminue et l'inclusivité de la croissance dépendra de celui qui l'emportera
sur l'autre. Néanmoins, il faut savoir qu'il n'y a pas toujours un arbitrage entre
et :
l'une peut augmenter concomitamment avec l'autre (
> >), la croissance est
dans ce cas inclusive. En outre, si les deux termes sont négatifs (
< <), la
croissance est non inclusive. La combinaison de toutes les simulations de différentes
valeurs de
et nous donne la matrice d'inclusivité.
Table 14 : Matrice d'inclusivité de la croissance
>
>
Croissance inclusive
>0 <0 Création des nouvelles opportunités au
détriment de l'équité
<0 >0 Egalite d'accès aux opportunités au
détriment de la création des nouvelles
opportunités
< < Croissance non inclusive
III.3. Application de la croissance inclusive à la RDC
III.3.1. Sources des données et Variables retenues
Cette section analyse dans quelle mesure la croissance économique contribue
à créer de meilleures opportunités et garantir l'accès de ces opportunités à tous les
segments de la population (Ali, 2007). En vue d'aboutir à des conclusions satisfaisantes,
l'on va étudier les opportunités générées par la croissance économique dans les domaines
ci-après :
i.
L'éducation mesurée par le taux d'alphabétisation ;
ii.
L'emploi mesuré par le taux d'emploi ;
iii.
Le niveau des revenus approché par la consommation annuelle des ménages ;
iv.
La santé mesurée par l'inverse du taux de mortalité infantile que nous allons
qualifier de
taux de survie : contrairement à tous les indicateurs sociaux où la
94

valeur augmente avec le niveau de richesse, les indicateurs de mortalité évoluent en
sens inverse du niveau des richesses de telle sorte que plus le niveau de vie
s'améliore, plus la mortalité diminue. Ainsi, en utilisant le taux de mortalité infantile
comme tel, l'on aboutira à des conclusions erronées. Voici résumé dans le tableau
ci-dessous les variables retenues et les sources des données :
Tableau 15 : Variables retenues et sources des données
Variables
Unités de
mesure
Source des données
Taux d'alphabétisation
%
EDS 2007 et EDS 2013
Taux d'emploi
%
EDS 2007 et EDS 2013
Consommation annuelle des
ménages
En CDF
Enquêtes 1-2-3 2005 et
2012.
Taux de survie
%
0
EDS 2007 et EDS 2013
III.3.2. Analyse des résultats
À l'instar de la croissance pro-pauvres, l'analyse de la croissance inclusive
commence par celle des courbes d'opportunité ensuite nous allons calculer les indicateurs
de croissance inclusive. Mais pour faciliter le raisonnement, l'on va analyser variables par
variables.
Résumé des tableaux et graphiques
0
20
40
60
80
100
0
20
40
60
80
100
Graph.21.Courbes d'opportunité
sociale (Femmes)
Taux d'alphabétisation 2007
Taux d'alphabétisation 2013
0
20
40
60
80
100
0
20
40
60
80
100
Graph.22.Courbes d'opportunité
sociale (hommes)
Taux d'alphabétisation 2007
Taux d'alphabétisation 2013
95

La lecture des différentes courbes d'opportunité sociale nous renseigne que :
En ce qui concerne les courbes d'opportunité sociale représentant le taux
d'alphabétisation (hommes et femmes), le revenu par tête et le taux de survie,
l'inclinaison est tournée vers le haut c'est-à-dire que le taux d'alphabétisation, le
revenu par tête sont une fonction croissante du niveau des richesses, ce qui revient
à dire que les opportunités en matière d'éducation, revenu et de santé sont
inégalement réparties.
En ce qui concerne le taux d'emploi (hommes et femmes), les courbes
d'opportunité sociale s'inclinent vers le bas c'est-à-dire que le taux d'emploi est une
fonction décroissante du niveau des richesses, il se déduit que les opportunités en
matière d'emploi sont équitablement réparties.
Table 16 : Évolution du taux d'alphabétisation selon les quantiles
Quintiles
Hommes
Femmes
2007
2013
Variation 2007
2013
Variation
20
70.8
56.8
33
21.7
0
20
40
60
80
100
0
20
40
60
80
100
Graph.23.Courbes d'opportunité
sociale (Femmes)
Taux d'emploi 2007
Taux d'emploi 2013
0
20
40
60
80
100
0
20
40
60
80
100
Graph.24.Courbes d'opportunité
sociale (Hommes)
Taux d'emploi 2007
Taux d'emploi 2013
880
900
920
940
960
0
50
100
Graph.25.Courbes d'opportunité
sociale
Taux de survie 2007
Taux de survie 2013
0
200000
400000
600000
800000
1000000
0
20
40
60
80
100
Graph.26.Courbes d'opportunité
sociale
Revenu par tête 2005
Revenu par tête 2012
96

40
80.7
62
41.7
28.4
60
86.2
73.6
49.3
37.1
80
91.1
78.9
70.7
53.8
100
97
93.1
92.7
85.9
Indice
d'opportunité
85.16
72.88
=-
0.144
57.48
45.38
=-0.211
Indice
d'égalité des
chances
0.878
0.783
=-
0.108
0.62
0.53
=-0.145
Commentaire
s
Inégalités
d'accès à
l'éducatio
n
Inégalité
s d'accès
à
l'éducati
on
Inégalités
d'accès à
l'éducation
Inégalités
d'accès à
l'éducation
Source : Nos calculs
Table 17: Répartition des quantiles selon l'emploi
Quintiles
Hommes
Femmes
2007
2013
Variation 2007
2013
Variation
20
67.3
77.5
79.5
74
40
70.1
82
76.4
74.1
60
58.3
77.5
70.9
73.5
80
58.2
74.1
56.6
66.9
100
55.2
65.2
41.9
51.8
Indice
d'opportunité
61.82
75.26
=0.217
65.06
68.06
=0.046
Indice
d'égalité des
chances
1.1199
1.1543
=0.031
1.5527
1.3139
=-0.154
Commentaires
Egalité
d'accès à
l'emploi
Egalité
d'accès à
l'emploi
Egalité
d'accès
à
l'emploi
Egalité
d'accès à
l'emploi
Source : Nos calculs
Table 18: Répartition des quantiles selon consommation annuelle des ménages
Quartiles
2005
2012
Variation
25
28986
109524
50
54393
221633
75
90588
363736
100
212469
887420
97

Indice d'opportunité
96609
395578
=3.095
Indice d'égalité des
revenus
0.4547
0.4457
=-0.0196
Commentaires
Inégalité dans la
distribution des
revenus
Inégalité dans la
distribution des
revenus
Source : Nos calculs
Table 19: Répartition des quantiles selon le taux de survie
Quintiles
2007
2013
Variation
20
887
935
40
895
934
60
905
931
80
907
927
100
942
950
Indice d'opportunité
907,2
935,4
=0.031
indice d'égalité des chances 0,963
0,985
=0.023
Source : Nos calculs
Comme nous l'avons dit ci-haut, les courbes d'opportunité nous donne
une idée sur le modèle de croissance qui est défini en termes d'accès et d'équité des
opportunités sans spécifier la fonction d'opportunité sociale. Cependant, il est impossible
de quantifier l'ampleur des variations dans la distribution des opportunités. Pour cela, nous
allons construire la matrice d'inclusivité de la croissance en vue d'en déduire si, en RDC, la
croissance est inclusive.
Tableau 20 : Matrice d'inclusivité en RDC
Variables
Création des
opportunités
(
)
Répartition des
opportunités
(
)
Commentaires
Taux
d'alphabétisation
(hommes)
= -0.1440
=-0.1080
Dans le domaine de l'éducation des
hommes, il n'y a pas eu création des
opportunités pour la population et
les peu d'opportunités qui existent
sont inégalement réparties
Taux
d'alphabétisation
(femmes)
=-0.2110 =-0.1450
S'agissant de l'éducation des
femmes, il n'y a eu création des
opportunités pour la population et
les peu d'opportunités qui existent
sont inégalement réparties
Taux d'emploi
(hommes)
=0.2170 ==0.0310
Dans le domaine de l'emploi (des
hommes), il y a eu création des
98

opportunités pour la population et
ensuite égalité d'accès à ces
opportunités.
Taux d'emploi
(femmes)
=
0.046
0
=-0.1540
Pour ce qui est de l'emploi (des
femmes), il y a eu création des
opportunités mais ensuite, il y a des
disparités dans l'accès à ces
opportunités.
Consommation
annuelle des
ménages
=3.0950 =-0.01960
En ce qui concerne le revenu, il y a
création des opportunités mais il y a
des disparités dans la répartition du
revenu.
Taux de survie
dY=0.0310 d=0.0230
Dans le domaine de santé, il y a
création des opportunités et ensuite
il y a égalité d'accès à ces
opportunités.
Source : Auteur.
En définitive, vu les courbes d'opportunité sociale et vu les résultats de la
matrice d'inclusivité de la croissance en RDC, nous pouvons conclure qu'en RDC, la
croissance n'est pas inclusive. Dans la plupart des cas, la croissance économique contribue
à la création des opportunités en termes de santé, d'éducation, d'emploi et autres mais la
répartition de ces opportunités laisse à désirer puisque s'accompagnant de beaucoup
d'inégalités.
III.4. Indice de la qualité de la croissance : Approche de Mlachila, Tapsoba et
Tapsoba (2014)
Les économistes s'accordent à penser que la croissance ne garantit pas à elle
seule l'amélioration des conditions sociales (Ianchovichina et Gable, 2012) mais on one ne
dispose d'encore aucune définition ni quantification officielle du terme « croissance de
qualité ».
Dans une étude récente, Mlachila, Tapsoba et Tapsoba (2014) ont construit
l'indice de la qualité de croissance (IQC en sigle) reflétant à la fois la croissance
proprement dite et sa dimension sociale.
L'IQC agrège deux composantes : « la nature intrinsèque de la croissance »
que l'on peut qualifier de fondamentaux de la croissance (vigueur, stabilité, diversification,
orientation vers l'extérieur) et sa dimension sociale c'est-à-dire les bénéfices sociaux
escomptés. Il faut une croissance stable, diversifiée et ouverte sur l'extérieur pour réduire la
pauvreté (Dollar et Kraay, 2002).
99

III.4.1. Les fondamentaux de la croissance
À ce niveau, nous allons analyser chaque paramétre fondamental de la
croissance énoncé par Mlachila, Tapsoba et Tapsoba(2014) :
i.
La vigueur de la croissance : la vigueur de la croissance est mesurée par la variation
annuelle du PIB réel par habitant. Le recours au PIB par habitant est en conformité
avec la notion de « croissance pro-pauvres » qui donne naissance à la notion de la
« qualité de la croissance ».
ii.
La volatilité de la croissance se mesure par l'inverse du coefficient de variation du
niveau de croissance mesuré au point (i). il s'agit de calculer le taux de croissance
moyen et l'écart-type durant une période de 5 ans et ensuite calculer le rapport entre
les deux.
iii.
La diversification mesure le niveau à partir duquel la croissance peut être considérée
comme produits de sources diversifiées. Elle est mesurée par un indice de
diversification de Herfindahl-Hirschman index(HHI) en se servant des données des
exportations. Plus l'indice HHI est élevé, plus les sources de la croissance sont
diversifiées.
iv.
Le caractère extraverti de la croissance est mesuré par la part de la demande
extérieure en % du PIB comparativement à la part de la demande domestique.
Indice de la qualité de la croissance
100
Fondamentaux de la
croissance()
Vigueur(
1
)
Volatilité(
2
)
Diversification(
3
)
Orientation vers
l'extérieur (
4
)
Retombées sociales()
Santé(
1
)
Education(
2
)

III.4.2. Dimension sociale
Deux sous-dimensions doivent être prises en compte :
i.
Saine et longue durée de vie ;
ii.
Accès à la formation et à une bonne éducation.
À la composante santé sont attachés deux indicateurs importants : espérance
de vie et l'inverse du taux de mortalité infantile tandis qu'à la composante éducation, il
s'agit du taux brut de scolarisation.
III.4.3. Méthodologie
L'indice de la qualité de la croissance (IQC) peut être calculé en utilisant
l'approche arithmétique et l'approche géométrique.
En se servant de l'approche arithmétique, on peut calculer l'indice de qualité
de la croissance (IQC) en utilisant la formule suivante :
= ( ) + ()
·
Ls=
1
Vigueur+
2
Volatilité +
3
Diversification +
4
Orientation vers lextérieur
·
Sd=
1
Santé +
2
Éducation
Par contre, l'approche géométrique de calcul de l'indice de la qualité de la
croissance nous conduit à formuler l'équation précédente comme suit :
= ( )
+()
Ls=(Vigueur)
1
+(Volatilité)
2
+(Diversification)
3
+(Orientation vers l
extérieur)
4
Sd= (Santé)
1
+ (Éducation)
2
III.4.4. Résultats empiriques
Mlachila, Tapsoba et Tapsoba(2014) ont dû se servir des données de panel
de 93 pays en Développement de 1990 à 2011. Pour plus de commodité et pour faciliter la
comparaison entre les États, les données sont regroupées par intervalle de cinq ans de la
manière suivante : 1990-1994, 1995-1999, 2000-2004, 2005-2011. Les données utilisées
dans cette étude proviennent principalement de la Base des données du FMI et de la
Banque Mondiale (World Development Indicators).
Le tableau ci-dessus résume les résultats obtenus pour la RDC :
Années 1990-1994
1995-1999
2000-2004
2005-2011
IQC
0,392
0,346
0,371
0,488
Rang
78/93
87/93
89/93
83/93
Source : Mlachila, Tapsoba et Tapsoba(2014).
101

Les résultats de ce tableau nous forcent à croire qu'en matière de la qualité de la croissance,
la RDC a consenti beaucoup d'efforts telle l'évolution de l'indice de la qualité de la
croissance de 1990 à 2011. Néanmoins, le pays reste toujours à la traine par rapport aux
autres pays en développement, ce qui revient à dire que durant la période sous examen, la
RDC a fourni moins d'efforts comparativement aux autres.
102

CONCLUSION
De 2002 à 2013, la RDC a connu une croissance économique spectaculaire
avec un taux de croissance moyen de 6,1%. Malheureusement, le pays occupait la 186
ème
place sur 187 pays classifiés par le PNUD en 2013 en ce qui concerne le développement
humain (IDH), elle occupait également le 83
ème
rang sur 93 pays en développement visés
sous l'angle de la qualité de la croissance (IQC) en 2014. Le pays exporte ses ressources
naturelles en état brut, au risque d'épuisement, sans que la rente qui en découle puisse
améliorer le bien-être de la population.
À partir de ce constat malheureux, ce travail s'est fixé pour objet l'analyse de
la question de
« la qualité de la croissance économique en RDC ». La qualité de la
croissance étant un concept ambigu à définir et à mesurer, ledit travail n'a pas su éplucher
tous les méandres d'une croissance dont le substrat est le bradage des ressources naturelles.
Néanmoins, la modeste contribution de ce travail relève de l'explication de la croissance
appauvrissante en RDC comme un phénomène éminemment structurel et non comme un
problème conjoncturel.
Identifier les causes de la croissance appauvrissante en RDC, déceler la classe
sociale qui jouit, en grande partie, des bénéfices de la croissance économique en RDC ainsi
que proposer les mesures susceptibles de rompre avec ce cycle infernal ont constitué les
points focaux (objectifs) de cette monographie. Aussi avons-nous recouru à la méthode
analytique, la méthode déductive et à la méthode systémique en vue de bien aborder le
sujet dont question. Un accent particulier a été accordé aux approches de croissance pro-
pauvres et de croissance inclusive à travers lesquelles nous avions mesuré l'incidence de la
croissance économique sur le bien-être de la population.
En ce qui concerne le calcul des indices de croissance pro-pauvres, nous
avions utilisé la décomposition de Datt et Ravallion(1992) à partir du logiciel DAD4,
laquelle nous a permis d'obtenir : 1. L'élasticité de la croissance de la pauvreté 2. L'élasticité
de la pauvreté par rapport aux inégalités 3. Le résidu. La croissance inclusive, quant à elle, a
été approchée par le biais des courbes d'opportunité sociale et de la matrice d'inclusivité.
Les données qui ont été sollicitées dans l'analyse empirique nous proviennent des enquêtes
1-2-3(celle de 2005 et 2012) et des enquêtes démographiques et sociales (EDS 2007 et
2013).
Au regard des résultats de nos analyses, nous pouvons affirmer ce qui suit :
La croissance économique en RDC est
anti-pauvres et est de type « croissance
appauvrissante » : la croissance a réellement un effet positif sur la réduction de la
pauvreté mais cet effet est anéanti par les inégalités profondes entre les différentes
couches de la population qui, en somme, augmentent l'incidence de la pauvreté. La
croissance économique pris individuellement diminue le niveau de pauvreté de
14,93% en milieu rural et de 4,77% en milieu urbain. Les inégalités, quant à elles,
103

augmentent le niveau de pauvreté de 15,3% en milieu rural et de 13,31% en milieu
urbain. Lorsque nous combinons les deux effets et que nous tenons compte du
résidu, nous constatons que la pauvreté augmente de 6,18% en milieu rural et de
9,62% en milieu urbain. Ceci confirme les résultats du triangle de croissance-
pauvreté-inégalité de François Bourguignon(2003) qui pourvoit que le niveau des
inégalités a beaucoup plus d'impact sur la réduction de la pauvreté que la croissance
économique ;
Les différentes courbes d'opportunité sociale élaborées dans le cadre de ce travail
ainsi que la matrice d'inclusivité témoignent de la non-inclusivité de la croissance en
RDC. En effet, dans la plupart des cas, soit la croissance économique ne crée pas
d'opportunités sociales pour la population (c'est le cas de l'éducation où la
croissance ne facilite pas l'accès à une bonne instruction
), soit elle ne crée quelques
opportunités mais que l`accès à ces dernières est sujet de beaucoup d'inégalités (c'est
le cas de l'emploi des femmes ou encore des revenus). L'on constate que le revenu
moyen de la population s'améliore mais cette augmentation ne profite qu'à une
petite frange de la population (
=3.095 et =-0.0196) ;
Vu l'évolution de l'indice de la qualité de la croissance en RDC, nous pouvons
conclure que la qualité de la croissance en RDC est médiocre suite à deux
phénomènes concomitants : en amont, la population congolaise ne participe assez à
la création des richesses nationales (taux de chômage élevé) et en aval, elle n'en
profite pas également (salaires modiques, consommation de survie).
Les résultats présentés ci-haut corroborent
nos deux premières
hypothèses puisque les analyses concluent à une croissance non inclusive et appauvrissante
et de surcroit, la non inclusion est principalement fonction de fortes inégalités, du niveau
élevé du chômage, du système de prédatocratie instaurée dans la gestion de la chose
publique, de l'exportation en état brut des matières premières, etc.
À l'instar d'un médecin qui couronne son diagnostic par une prescription
médicale, l'analyse conjoncturelle et structurelle de cette monographie n'aura de sens que si
celle-ci se termine par un retour au réel c'est-à-dire par les politiques économiques
appropriées (Ntungila F., 2014).
Mu par l'honnêteté scientifique, nous sommes obligés de préciser que les
solutions proposées n'ont pas valeur de panacée dans la résolution des problèmes de la
croissance appauvrissante. Elles viennent juste apporter une pierre à l'édifice du
développement de la RDC.
Par ailleurs, il faut reconnaitre que l'incapacité de la croissance économique
en RDC à améliorer le bien-être de la population révèle l'incohérence de la structure
économique face aux enjeux du développement. La non inclusion de la croissance
économique en RDC étant comprise comme un problème structurel, nous accordons un
intérêt plus marqué aux mesures structurelles puisqu'en RDC, le mal est profond.
104

Les mesures proposées dans ce travail seront, pour raison de commodité, résumées dans ce
tableau des actions et des objectifs clairement définis :
Tableau 21 : Recommandations pour l'inclusion de la croissance en RDC
Mesures
Actions
Description
1.
Diversification
de l'économie
Créer les Parcs
agroindustriels et de
technopoles
Dans un premier temps, développer
la production agricole et ensuite
promouvoir la transformation des
produits agricoles à l'interne,
l'innovation.
Développer les zones
économiques spéciales
Dans chaque province pilote, créer les
ZES où toutes les conditions (eau,
transport, électricité, etc.) sont réunies
pour le développement des industries.
Promouvoir les pôles de
développement
Promouvoir la concentration
géographique des activités dans
chaque région (Nord, Sud, Est,
Ouest)
2.
Promotion des
champions
nationaux
Créer les banques
d'investissement
Faciliter l'accès au crédit à travers les
banques d'investissement. Il peut
également les conditions d'accès au
crédit (taux d'intérêt, garantie,
échéance) de l'actuel FPI.
Revoir la fiscalité
Alléger la fiscalité des PME et
introduire un système de barème
progressif par tranche du bénéfice
puisque le système de taux
proportionnel de 35% ne profite pas
aux PME.
Accorder des subventions Accorder des subventions aux PME
congolaises en vue de soutenir leur
croissance.
Assainissement du climat
des affaires
Assouplir les procédures de création
des PME et rendre plus opérationnel
le Guichet Unique.
3.
Construction des
Infrastructures
Infrastructures de
transport
Relier toutes les provinces de la RDC
par les routes, les chemins de fer et
les transports multimodaux.
Infrastructures
énergétiques
Construire de barrages
hydroélectriques à vocation
industrielle et explorer la possibilité
d'utiliser d'autres formes d'énergie
(solaire, nucléaire, etc.)
4.
Investir dans le
capital humain
Promouvoir une
éducation de qualité
Réformer le système éducatif par
rapport aux impératifs du
développement, promouvoir
105

l'enseignement technique, construire
les infrastructures scolaires, motiver le
personnel et les former davantage.
Assurer la santé pour
tous
Améliorer la prise en charge des
malades, subventionner les recherches
médicales, construire des
infrastructures sanitaires.
5.
Réforme de
l'Administration
Administration de qualité
Établir un programme de
rajeunissement de l'Administration,
bien motiver le personnel par la
rémunération et par les objectifs à
atteindre.
6.
Réduction des
inégalités
Améliorer la
redistribution du revenu
national
Instaurer le système de « taxation
discriminatoire », des allocations pour
les plus pauvres.
Reformer le système de
rémunération
Harmoniser les salaires entre les
fonctionnaires d'un même grade pour
tous les ministères.
Finir avec l'impunité
Mettre en place une haute cour de
Justice spécialisée de ces crimes,
introduire le système de déclaration
des biens avant et après l'exercice
d'une fonction publique avec des
contrôles minutieux.
7.
Promouvoir la
bonne
gouvernance
À première vue, toutes ces mesures semblent être un « chapelet de bonnes
intentions » mais en réalité il n'en est pas le cas. En effet, toutes ces mesures peuvent faire
l'objet d'un plan de développement qui peut être voté au Parlement comme une loi. La
volonté politique seule ne suffira pas dans un pays où l'on confond plan et slogan, c'est
ainsi qu'il faut une contrainte légale.
Loin de nous l'idée de fatalité, nous pensons que si ces mesures sont étudiées
et ordonnancées dans les différents plans quinquennaux, programme ou projets de
développement, alors l'inclusion de la croissance pourra être une réalité. Les contraintes
temporelle et financière restent de mise pour l'accomplissement d'un tel plan de
développement mais nous encourageons les financements innovants, les coopérations
bilatérales.
106

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111

TABLE DES MATIERES
AVANT-PROPOS
... 1
SIGLES ET ACRONYMES
... 2
LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES
... 3
EPIGRAPHE
... 4
0.
INTRODUCTION ... 5
0.1.
Problématique
... 5
0.2.
Objectifs
... 9
0.3.
Hypothèses
... 10
0.4.
Choix et Intérêt du sujet
... 12
0.5.
Méthodologie
... 12
0.6.
Délimitation du travail
... 13
0.7.
Revue de la littérature
... 13
0.8.
Ossature du travail
... 17
CHAPITRE I : ECONOMIE POLITIQUE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
... 18
SECTION I : APERCU HISTORIQUE DE L'ECONOMIE DE LA RDC
... 21
I.1. Période précoloniale (Avant 1885)
... 21
I.2. Période d'occupation (1885-1960)
... 22
I.3. Période post-coloniale
... 25
SECTION II : STRUCTURE ÉCONOMIQUE DE LA RDC
... 38
II.1. Secteur productif
... 38
II.2. Secteur extérieur
... 45
II.3. Secteur des finances publiques
... 46
II.4. Secteur monétaire
... 48
II.5. Autour de la pauvreté
... 51
SECTION III : CONTRAINTES AU DÉVELOPPEMENT DE LA RDC
... 53
III.1. Contraintes économiques
... 53
III.2. Contraintes politico-juridiques
... 55
III.3. Contraintes socio-culturelles
... 56
III.4. Contraintes démographiques
... 57
CHAPITRE II : EXAMEN DES CAUSES DE LA CROISSANCE APPAUVRISSANTE EN RDC
... 59
SECTION I : CAUSES STRUCTURELLES DE LA CROISSANCE APPAUVRISSANTE
... 59
I.1. La double extraversion de l'économie
... 59
I.2. Le Bradage de ressources naturelles
... 62
112

I.3. Sous-investissement en capital humain
... 63
I.4. Mauvaise gouvernance
... 64
I.5. Disparités dans la répartition de richesses
... 65
SECTION II : CAUSES CONJONCTURELLES DE LA CROISSANCE APPAUVRISSANTE
... 66
II.1.Causes politico-juridiques
... 66
II.2. Causes économiques
... 68
SECTION I : PAUVRETE ET DIFFERENTES APPROCHES D'ANALYSE
... 71
I.1. Définitions
... 71
I.2. Différentes sortes de pauvreté
... 71
I.3. Indicateurs de pauvreté
... 72
I.4. Principales approches d'analyse
... 75
SECTION II : CROISSANCES PRO-PAUVRES : CONCEPTS ET MESURES EN RDC
... 78
II.1. Introduction
... 78
II.2. Mesures de la croissance pro-pauvres
... 79
II.3. Applications des indicateurs de croissance pro-pauvres en RDC
... 83
SECTION III : LA RDC À L'ÉPREUVE DE LA CROISSANCE INCLUSIVE
... 88
III.1. Introduction
... 88
III.2. Méthodologie : Approche d'Ali et Son(2007)
... 89
Fig.4. Courbes d'opportunités
... 92
III.3. Application de la croissance inclusive à la RDC
... 94
CONCLUSION
... 103
1.
Diversification de l'économie ... 105
2.
Promotion des champions nationaux ... 105
3.
Construction des Infrastructures ... 105
4.
Investir dans le capital humain ... 105
5.
Réforme de l'Administration ... 106
6.
Réduction des inégalités ... 106
7.
Promouvoir la bonne gouvernance ... 106
BIBLIOGRAPHIE
... 107
ANNEXES
... 114
113

ANNEXES
Résultats de la Décomposition de Datt et Ravallion à du logiciel DAD 4.6. Growth &
Redistribution (Poverty Decomposition)
Session Date
Mon Oct 26 14:19:00 WAT 2015
Execution Time
0.297 sec
FileName
dadrur.prn
dadrur.prn
OBS
5533
5533
Sampling Weight
No Selection
No Selection
Variable of interest
DERUR1
DERUR2
Size variable
POND1
POND2
Group variable
No Selection
No Selection
Index of Groups
1
1
alpha
1.0
1.0
Approach
Datt & Ravallion (1992)
Periode of reference = 1
Estimate
0,50783569
0,56963372
(0,00337972)
(0,00439985)
Difference Index1-Index2 0,06179804
(0,00554908)
Covariance Index1-Index2 -0,00000001
Poverty Line
579248,50000000
579248,50000000
(0,00000000)
(0,00000000)
Contribution of:
Growth
Redistribution
Residue
-0,14932877
0,15300030
0,05812651
(0,02752873)
(0,00499609)
N.A
114

Growth & Redistribution (Poverty Decomposition)
Session Date
Mon Oct 26 14:20:33 WAT 2015
Execution Time
0.078 sec
FileName
dadrur.prn
dadrur.prn
OBS
5533
5533
Sampling Weight
No Selection
No Selection
Variable of interest
DEPUR1
DEPUR2
Size variable
POND1
POND2
Group variable
No Selection
No Selection
Index of Groups
1
1
alpha
1.0
1.0
Approach
Datt & Ravallion (1992)
Periode of reference = 1
Estimate
0,41703820
0,51323348
(0,00366938)
(0,00435104)
Difference Index1-Index2 0,09619528
(0,00569276)
Covariance Index1-Index2 -0,00000001
Poverty Line
869210,31250000
869210,31250000
(0,00000000)
(0,00000000)
Contribution of:
Growth
Redistribution
Residue
-0,04771474
0,13306612
0,01084390
(0,01603941)
(0,00822489)
N.A
115

Coordonnées de la Courbe d'incidence croissance en milieu rural
Percentiles
Taux moyen de
croissance
CIC
Percentiles
Taux moyen de
croissance
CIC
0,0000
0,4112
0,0000
0,5100
0,4112
-0,2422
0,0100
0,4112
0,0000
0,5200
0,4112
-0,2527
0,0200
0,4112 -0,8996
0,5300
0,4112
-0,2626
0,0300
0,4112 -0,8258
0,5400
0,4112
-0,2734
0,0400
0,4112 -0,7474
0,5500
0,4112
-0,2836
0,0500
0,4112 -0,7093
0,5600
0,4112
-0,2930
0,0600
0,4112 -0,6836
0,5700
0,4112
-0,2855
0,0700
0,4112 -0,6227
0,5800
0,4112
-0,1728
0,0800
0,4112 -0,5777
0,5900
0,4112
-0,1489
0,0900
0,4112 -0,5513
0,6000
0,4112
-0,1605
0,1000
0,4112 -0,5687
0,6100
0,4112
-0,1706
0,1100
0,4112 -0,5875
0,6200
0,4112
-0,1838
0,1200
0,4112 -0,6020
0,6300
0,4112
-0,1288
0,1300
0,4112 -0,6139
0,6400
0,4112
-0,0905
0,1400
0,4112 -0,5515
0,6500
0,4112
-0,0611
0,1500
0,4112 -0,5640
0,6600
0,4112
-0,0773
0,1600
0,4112 -0,5035
0,6700
0,4112
-0,0945
0,1700
0,4112 -0,5167
0,6800
0,4112
-0,1056
0,1800
0,4112 -0,4600
0,6900
0,4112
-0,1182
0,1900
0,4112 -0,4722
0,7000
0,4112
-0,1313
0,2000
0,4112 -0,4194
0,7100
0,4112
-0,0599
0,2100
0,4112 -0,4321
0,7200
0,4112
-0,0170
0,2200
0,4112 -0,4432
0,7300
0,4112
0,0343
0,2300
0,4112 -0,4436
0,7400
0,4112
0,0847
0,2400
0,4112 -0,4047
0,7500
0,4112
0,0660
0,2500
0,4112 -0,4157
0,7600
0,4112
0,0500
0,2600
0,4112 -0,4284
0,7700
0,4112
0,1621
0,2700
0,4112 -0,4404
0,7800
0,4112
0,1648
0,2800
0,4112 -0,4522
0,7900
0,4112
0,2475
0,2900
0,4112 -0,4622
0,8000
0,4112
0,2170
0,3000
0,4112 -0,4728
0,8100
0,4112
0,1929
0,3100
0,4112 -0,4815
0,8200
0,4112
0,1644
0,3200
0,4112 -0,4901
0,8300
0,4112
0,1347
0,3300
0,4112 -0,4960
0,8400
0,4112
0,1077
0,3400
0,4112 -0,5052
0,8500
0,4112
0,1925
0,3500
0,4112 -0,4158
0,8600
0,4112
0,2699
0,3600
0,4112 -0,4228
0,8700
0,4112
0,2281
0,3700
0,4112 -0,3840
0,8800
0,4112
0,3944
0,3800
0,4112 -0,2991
0,8900
0,4112
0,4537
0,3900
0,4112 -0,3104
0,9000
0,4112
0,5059
0,4000
0,4112 -0,3215
0,9100
0,4112
0,5530
116

0,4100
0,4112 -0,3325
0,9200
0,4112
0,5761
0,4200
0,4112 -0,3419
0,9300
0,4112
0,5619
0,4300
0,4112 -0,3520
0,9400
0,4112
0,6069
0,4400
0,4112 -0,3637
0,9500
0,4112
0,5353
0,4500
0,4112 -0,3765
0,9600
0,4112
1,2012
0,4600
0,4112 -0,2617
0,9700
0,4112
1,7752
0,4700
0,4112 -0,2740
0,9800
0,4112
2,7897
0,4800
0,4112 -0,2705
0,9900
0,4112
4,9920
0,4900
0,4112 -0,2193
1,0000
0,4112
0,9836
0,5000
0,4112 -0,2313
Coordonnées de la Courbe d'incidence croissance en milieu urbain
Percentiles
Taux moyen de
croissance
CIC
Percentiles
Taux moyen de
croissance
CIC
0,0000
0,1197
0,0000
0,5100
0,1197
-0,1609
0,0100
0,1197
0,0000
0,5200
0,1197
-0,1747
0,0200
0,1197
0,0000
0,5300
0,1197
-0,1889
0,0300
0,1197 -0,9514
0,5400
0,1197
-0,2015
0,0400
0,1197 -0,8730
0,5500
0,1197
-0,1877
0,0500
0,1197 -0,7924
0,5600
0,1197
-0,1299
0,0600
0,1197 -0,7181
0,5700
0,1197
-0,1434
0,0700
0,1197 -0,6794
0,5800
0,1197
-0,1539
0,0800
0,1197 -0,5897
0,5900
0,1197
-0,1674
0,0900
0,1197 -0,5546
0,6000
0,1197
-0,1809
0,1000
0,1197 -0,5640
0,6100
0,1197
-0,1784
0,1100
0,1197 -0,5368
0,6200
0,1197
-0,1213
0,1200
0,1197 -0,5470
0,6300
0,1197
-0,1374
0,1300
0,1197 -0,5588
0,6400
0,1197
-0,1511
0,1400
0,1197 -0,5747
0,6500
0,1197
-0,1645
0,1500
0,1197 -0,5053
0,6600
0,1197
-0,1810
0,1600
0,1197 -0,4767
0,6700
0,1197
-0,1898
0,1700
0,1197 -0,4570
0,6800
0,1197
-0,2033
0,1800
0,1197 -0,4246
0,6900
0,1197
-0,2187
0,1900
0,1197 -0,4397
0,7000
0,1197
-0,1623
0,2000
0,1197 -0,4537
0,7100
0,1197
-0,0952
0,2100
0,1197 -0,3593
0,7200
0,1197
-0,1082
0,2200
0,1197 -0,3773
0,7300
0,1197
-0,1226
0,2300
0,1197 -0,3901
0,7400
0,1197
-0,1380
0,2400
0,1197 -0,3874
0,7500
0,1197
-0,0696
0,2500
0,1197 -0,3498
0,7600
0,1197
-0,0374
0,2600
0,1197 -0,3644
0,7700
0,1197
-0,0541
117

0,2700
0,1197 -0,3772
0,7800
0,1197
-0,0317
0,2800
0,1197 -0,3887
0,7900
0,1197
0,0021
0,2900
0,1197 -0,4008
0,8000
0,1197
0,0096
0,3000
0,1197 -0,4126
0,8100
0,1197
-0,0125
0,3100
0,1197 -0,3514
0,8200
0,1197
-0,0026
0,3200
0,1197 -0,3196
0,8300
0,1197
0,0604
0,3300
0,1197 -0,3053
0,8400
0,1197
0,0261
0,3400
0,1197 -0,3172
0,8500
0,1197
-0,0136
0,3500
0,1197 -0,3037
0,8600
0,1197
-0,0466
0,3600
0,1197 -0,2890
0,8700
0,1197
-0,0521
0,3700
0,1197 -0,3019
0,8800
0,1197
-0,0087
0,3800
0,1197 -0,2975
0,8900
0,1197
-0,0464
0,3900
0,1197 -0,2962
0,9000
0,1197
-0,0808
0,4000
0,1197 -0,2570
0,9100
0,1197
-0,0554
0,4100
0,1197 -0,2710
0,9200
0,1197
0,0890
0,4200
0,1197 -0,2836
0,9300
0,1197
0,1697
0,4300
0,1197 -0,2955
0,9400
0,1197
0,1403
0,4400
0,1197 -0,3054
0,9500
0,1197
0,3005
0,4500
0,1197 -0,3152
0,9600
0,1197
0,4571
0,4600
0,1197 -0,3231
0,9700
0,1197
0,9001
0,4700
0,1197 -0,2676
0,9800
0,1197
1,9622
0,4800
0,1197 -0,2343
0,9900
0,1197
2,3535
0,4900
0,1197 -0,2232
1,0000
0,1197
-0,7987
0,5000
0,1197 -0,2340
118
118 de 118 pages

Résumé des informations

Titre
Analyse de la qualité de la croissance en la République Démocratique du Congo face à la pauvreté. Approches de croissance pro-pauvres et de croissance inclusive
Auteur
Année
2016
Pages
118
N° de catalogue
V373905
ISBN (Livre)
9783668526501
Taille d'un fichier
3193 KB
Langue
Français
mots-clé
Croissance inclusive, Gouvernance, Pauvreté
Citation du texte
Akhenaton Izu (Auteur), 2016, Analyse de la qualité de la croissance en la République Démocratique du Congo face à la pauvreté. Approches de croissance pro-pauvres et de croissance inclusive, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/373905

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