Les griots mandingues au XXIe siècle


Dossier / Travail, 2017
7 Pages, Note: 1,0

Extrait

Inhaltsverzeichnis

Les griots ne sont pas une « tête historique »

La véritable fonction socioculturelle des griots
a) Réflexions théoriques : Les griots comme « alchimistes sociales »
b) Réflexions pratiques

Conclusion

Bibliographie

Les griots mandingues au XXIe siècle

Le groupe socio-professionnel griot est un component central de la société de l’Afrique de l’Ouest. Il y a des groupes variés d’individus désignés par un nom spécifique dans différentes sociétés du continent Africain et tous traduits par le terme de « griot », en usage dans plusieurs langues européennes pour dénommer plusieurs statuts de cet groupe socio-professionnel. Dans cet essai nous allons réfléchir sur le seul griot mandingue (jeli) qui appartient à la catégorie sociale des nyamakala dans cette zone culturelle de l’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, le groupe socio-professionnel griot existe déjà depuis longtemps, mais nous allons focaliser aux griots mandingues au XXIe siècle.

Après avoir argumenté que les griots ne sont pas une « tête historique », nous allons voir que la véritable fonction socioculturelle d’un griot est celle d’un « alchimiste social ». D’abord, nous allons réfléchir d’une manière théorique sur la fonction socioculturelle du griot. Puis, nous allons considérer des aspects pratiques, notamment son rôle dans la scène musicale et dans le monde politique et la relation entre des griots et des bardes de chasses. Ces réflexions nous conduisent à la question si le temps des griots est passé.

Les griots ne sont pas une « tête historique »

Les griots sont considérés par une majorité des chercheurs comme des artistes de la parole qui au même temps sont des chroniqueurs de la mémoire collective de la communauté, des généalogistes, des historiens, des conteurs, des conseillers, des porte-paroles, des médiateurs, des interprètes, des musiciens, des professeurs, des témoins, des poètes et des chanteurs de louanges qui auraient une « tête historique », selon l’expression forgée par Yves Person. L’idée de la « tête historique » a son origine, principalement, dans le fait que des griots chantent et racontent, des récits historiques qui font la part belle aux héros fondateurs et au merveilleux. Ces récits se déclinent en une multitude de variantes régionales, mais tous se rejoignent sur l’essentiel : la fondation de l’empire du Mali par Soundiata Keita à l’issue de sa victoire sur Soumaoro Kanté. Dans des régions où les sources écrites sont rares et les apports archéologiques très limités, les constructions de terre résistant mal à l’épreuve du temps et au climat, les traditions orales prennent tout naturellement une importance capitale. Même si les griots affirment qu’ils racontent la véritable histoire de leur peuple, c’est évidemment que l’idée de la tête historique est problématique : L’épopée ne parle pas du passé mais du présent. Elle met en lumière une situation contemporaine qu’elle tend à légitimer et fournit un corpus où chacun peut puiser selon ses besoins. La tradition n’est pas la restitution du passé, mais son interprétation à un moment donné. Le traditionniste n’a pas pour vocation de réciter servilement un discours hérité de ses pères, quoi qu’il en dise, mais d’organiser le passé en un ensemble cohérent qui permette de légitimer l’état de la société ou son évolution. Pour exemple, les griots transforment les épopées pour pouvoir jouer leur rôle diplomatique dans la société. Ils re-imaginent le passé pour pouvoir créer des bases historiques nécessaires pour coopération dans le futur. Sa fonction n’est donc pas historique, mais politique. Il faut ainsi abandonner définitivement l’idée que les griots transmettraient sans l’altérer un discours venu directement du passé.

La véritable fonction socioculturelle des griots

a) Réflexions théoriques : Les griots comme « alchimistes sociales »

Si ce n’est pas une fonction historique, quoi est la véritable fonction socioculturelle des griots ? Le chercheur Jan Jansen ne voit pas leurs productions verbales artistiques (épopées, devises de louange, etc.) comme une fin, mais d’abord comme des moyens, des outils au service d’une fonction sociale plus vaste. C’est-à-dire que pour lui, la transmission de la tradition orale est d’abord une activité sociale et doit par conséquent être étudiée comme processus sociologique dans le cadre d’une interaction d’individus autour des textes proférés. Le griot, par sa parole, notamment la devise de louange («fasa»), transforme une personne prise dans sa subjectivité individuelle en un homme « socialisé » autrement dit clairement situé dans la société. On pourrait dire donc que le griot est un « alchimiste social ». Selon Jan Jansen le fasa, genre essentiel de l’art verbal du griot, ne traite pas du prestige individuel de celui qui fait l’objet de la louange, mais uniquement de son prestige social défini par son patronyme (jamudans les langues mandingues) qui renvoie à une hérédité par une succession glorieuse d’ancêtres, moitié historiques, moitié mythiques, et évoqués de façon toujours implicite et allusive, c’est-à-dire dans le cadre d’une certaine complicité culturelle. Comme les autres artisans du groupe social nyamakala (les forgerons (numuw) dont les femmes sont quant à elles potières, les artisans du cuir, du bois, etc.), les griots transforment des produits naturels en objets culturels. Le griot fait avec ses discours, qui sont ses outils, la même chose que les autres artisans avec les leurs : alors que ces derniers transforment de la matière brute en objets culturels, les griots transforment le matériau humain brut en personnes socialisées. L’aptitude de transformer du naturel en socioculturel est perçu par des nyamkalas comme pouvoir spécial, quasi magique. Pour ce qui est du cas particulier des griots dans cette catégorie, c’est par leurs discours qu’ils donnent forme aux événements et aux relations pour les adapter à la vie sociale, tâche qui fait d’eux de véritables agents culturels et sociaux. Ces procès de changement social opérés par l’action des griots sont souvent, selon Jansen, décrits en termes de chaud et de froid, peut-être par analogie avec le travail du forgeron. Par son activité verbale, le griot peut aussi bien refroidir (entendre apporter la paix et la concorde) que réchauffer (allumer la querelle) le monde social. C’est, par métaphore, une référence au fait qu’il peut louer tout comme se moquer, polyvalence expliquant partiellement qu’il puisse être à la fois respecté et craint d’une part, et quelque peu méprisé d’autre part. Cet état de fait représente moins une ambiguïté, comme on l’a souvent dit, qu’une conséquence naturelle de cette ambivalence d’une action tantôt de réchauffement tantôt de refroidissement. Il est logique que, pour cette fonction sociale, il reçoive une rétribution, à l’instar de n’importe quel autre artisan.

b) Réflexions pratiques

- Les griots, la société, et la scène musicale

Après l’indépendance, les nouveaux leaders de Guinée et Mali ont utilisé les griots pour promouvoir leurs idéologies et pour stabiliser leurs positions. Sekou Tour en Guinée, pour exemple, a soutenu les griots et les autres artistes qu’ont raconté des histoires sur son descend du Samori Tour qui a construit l’empire dans le XIXe siècle. Même si des griots disent qu’ils ne performent pas pour l’argent et qu’ils chantent seulement pour ceux qui méritent respect, beaucoup de familles griot profitent – en addition à leur prestige régional – de popularité nationale, grâce à leur relations avec l’élite politique du Mali. Quelques familles griots de Kita et de Diabaté sont les meilleurs exemples de familles griot qui sont très populaires dans la scène musicale en niveau national. En conséquence, alors que l’ancien gouvernement colonial et quelques membres de l’élite politique de ces temps passés ont regardé de haut aux griots, c’était après l’indépendance que les griots mandingues ont gagné une position sociale qui – même si ça n’était pas la même position que celle des nobles – n’était pas moins réputée que la position des nobles. En guinée, le gouvernement de Sekou Tourés a aboli les catégories de statut social d’une manière radicale et a désapprouvé toute référence à celles. En Mali le gouvernement était un peu moins radical, mais dans les deux pays, la relation triangulaire radio-griot-politique était fertile pour augmenter le statut des nyamakala et quelques griots (comme Banzoumana Cissoko ou Sory Kandia Kouyat) ont acquis le statut de superstars.

Cette position dominante des griots dans la scène musicale était critiquée en conduisant à un changement : Beaucoup de personnes qui n’étaient pas des griots ont commencé d’avoir avec succès des carrières comme des « artisti ». Par ailleurs, des autres traditions que celles des Bambaras et des Mandingues (qui étaient pour beaucoup de temps omniprésents dans le gouvernement) ont gagné accès au monde musical. L’une des réactions à ce développement, c’était que quelques chercheurs, entre eux Patricia Tang, sont convaincus que les rappeurs Africains (maliens) d’aujourd’hui sont des « griots modernes ». Mais cet idée est, comme chercheur Damon Sajnani le note correctement, un paradigme amérocentric que complétement ignore le fait que l’un des caractéristiques essentiels des griots, c’est qu’ils performent –avec aucun réflexion critique– des chants de louanges pour des élites. Les rappeurs, par contre, sont caractérisés par une distance critique face aux autorités.

- Le rôle des griots dans le monde politique

Non seulement le statut des griots dans la scène musicale est controverse : Après la fin de Moussa Troure et l’installation de la démocratie en 1991, le rôle politique des griots est devenu l’objet du débat public en Mali. Les nouveaux, stations « libres » de radio étaient des plateformes parfaites pour ce débat. Souvent il était argumenté que les griots n’étaient pas bien, parce qu’ils performent –avec aucun réflexion critique– des chants de louanges pour des élites. En conséquence, on pourrait interpréter le débat public sur des griots comme un signe de forces démocratiques au niveau populaire : un débat sur les griots est un débat sur la nature du pouvoir et de la gouvernance.

Dans ces débats sur le rôle des griots et leur relation avec l’élite politique, les chasseurs et les bardes de chasse (donsdjeliw) souvent étaient vus comme des champions de la « vrai » tradition, une tradition qu’était obscuré par la tendance des griots de louer (sans réfection critique) ceux avec pouvoir. Les chasseurs donc ont remplacé les voix des griots dans le débat public sur des normes, valeurs, traditions et l’histoire. Il était souligné que les associations des chasseurs étaient, contrairement aux griots comme groupe socioprofessionnel, démocratiques et basés sur des valeurs méritocratiques. Le barde chasseur était considéré d’être supérieur au griot, parce qu’il a choisi sa vocation professionnel et n’était pas dépendent de relations clientélistes. Par ailleurs, il y a une décade, l’épopée Soundjata récité par des griots était la source principale pour des études sur la tradition orale mandingue, mais aujourd’hui les traditions des chasseurs reçoivent beaucoup d’attention académique. Au-delà, l’épopée Soundjata est vue comme un narrative qu’a évolué des traditions des chasseurs.

Si on considère tout ce critique, peut-on conclure que, contrairement à l’affirmation dans la première phrase de cet essai, les temps des griots comme component central de la société de l’Afrique de l’Ouest sont passés ? Chercheur Dorothea Schulz pense que, même si beaucoup de performances des griots sont apolitiques, ils se déroulent dans le cadre de l’état national et les jeliws sont des créateurs et figures importants d’une culture nationale. Pareil que beaucoup de maliens d’aujourd’hui, elle n’est pas trop impressionnée sur l’impact des paroles des griots. Néanmoins, elle est convaincue que les jeliw sont encore – à cause de leur aspect controverse – des moteurs importants pour le débat public sur pouvoir et légitimité et que, grâce aux médias de masses, ils sont des acteurs importants dans la création d’une sphère publique.

Conclusion

Les griots mandingues au XXIe siècle ne sont pas une « tête historique ». Les griots ne transmettent pas sans l’altérer un discours venu directement du passé. Leur véritable fonction socioculturelle, décrit d’une manière théorique, est plutôt celle d’un « alchimiste social » Il transforme des produits naturels (le matériau humain brut) en objets culturels (personnes socialisées). Par son activité verbale, le griot peut aussi bien refroidir (entendre apporter la paix et la concorde) que réchauffer (allumer la querelle) le monde social. Vue d’un point de vue pratique, les griots profitent, grâce à leurs liaisons avec les élites politiques, d’une popularité nationale dans la scène musicale. Contrairement à cette tendance, des personnes qui ne sont pas des griots acquirent aussi des statuts comme superstars musicaux. Néanmoins, on ne peut pas définir ce groupe comme des « griots modernes ». Concernant leur rôle politique en tant que chanteur de louanges pour des élites, les griots sont objet d’un débat public sur la nature du pouvoir et de la gouvernance au Mali. Les bardes de chasse sont vus comme des champions de la « vrai » tradition et remplacent les voix des griots dans le débat public. Néanmoins, le temps des griots n’est pas passé, ils continuent à être des acteurs importants dans la création d’une sphère publique.

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Fin de l'extrait de 7 pages

Résumé des informations

Titre
Les griots mandingues au XXIe siècle
Université
Université Paul Cézanne Aix - Marseille III  (Département d’Histoire)
Cours
L09S2 Histoire de l'Afrique subsaharienne
Note
1,0
Auteur
Année
2017
Pages
7
N° de catalogue
V385503
ISBN (ebook)
9783668605657
ISBN (Livre)
9783668605664
Taille d'un fichier
458 KB
Langue
Français
mots-clé
Griots
Citation du texte
David Schneider (Auteur), 2017, Les griots mandingues au XXIe siècle, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/385503

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