Les agressions verbales


Dossier / Travail de Séminaire, 2004
29 Pages, Note: 2,3

Extrait

Table des matières

1 Introduction

2 Interaction verbale

3 Définition du mot «agression verbale»

4 Théories sur l’origine des agressions
4.1 Théorie des pulsions
4.2 Théorie des frustrations et des agressions
4.3 Théorie de l’apprentissage
4.4 Le modèle génétique et social

5 Les différentes formes d’agressions verbales
5.1 Les joutes oratoires
5.1.1 Les vannes directes
5.1.2 Les vannes référencées
5.1.3 Les échanges de vannes
5.2 Offenses et mauvaises paroles
5.2.1 Les offenses verbales directes
5.2.2 Bavardage et loi du silence
5.2.3 Mensonges et jurons

6 Fonctions et intentions

7 Analyse d’un cas d’agressivité verbale pendant un cours de français

8 Conclusion

9 Bibliographie

1 Introduction

Ce mémoire traite des agressions verbales. Dans une première partie théorique on étudie le fonctionnement d’une interaction verbale. Les conditions pour qu’une conversation soit réussie où qu’une interaction échoue, sont étudiées. Ensuite, la définition d’une agression verbale est abordée en énonçant les caractéristiques d’un tel comportement. D’ailleurs, il faut examiner des causes d’une attitude agressive, les différentes formes des agressions verbales et les intentions pour comprendre la complexité de ce thème.

Dans un deuxième temps l’analyse porte sur l’interaction entre un professeur et deux élèves dans une salle de classe durant un cours de français. Les agressions verbales et les raisons pour l’échec de communication sont observées. Les résultats de cette étude sont regroupés dans la conclusion ainsi qu’une évaluation de ce travail. Toutes citations sont reprises fidèlement à l’original concernant l’orthographe et la ponctuation.

2 Interaction verbale

Ce chapitre cherche à résoudre la question suivante: Quel modèle de base faut-il pour une interaction réglée? Il existe plusieurs concepts théoriques sur l’interaction[1] dont on présente les plus importants pour notre sujet.

La théorie de « joint production »[2] prétend que chaque dialogue n’est pas seulement dépendant d’un acte individuel, mais de la collaboration des autres participants.

Puis, John SEARLE classifie les actes de parole en s’appuyant juste sur leur plausibilité.

Il différencie:[3]

a) les « Repressentiva », par exemple les affirmations ou les conclusions,
b) les « Direktiva », par exemple la demande,
c) les « Kommisiva », par exemple une offre ou une proposition,
d) les « Expressiva », par exemple les remerciements ou les félicitations,
e) les « Deklarativa », par exemple le baptême ou le mariage.

Il groupe les actes entre personnes parmi les « Expressiva » qui se réfèrent à l’état intérieur et psychique.[4]

La théorie de Paul GRICE se réfère premièrement au locuteur et ses intentions.[5] Par conséquent il est nécessaire que l’interlocuteur reconnaisse les intentions de son vis-à-vis lors d’une interaction. GRICE crée une théorie des « implicatures »[6] qui cherche à comprendre les pensées se cachant derrière les mots prononcés. Les « implicatures » les plus importantes sont les « implicatures conversationnelles » qu’il faut observer au vu de certaines caractéristiques du discours.[7] GRICE suppose une conversation idéale pour saisir ces caractéristiques.[8] Au cours de cette conversation tous participants doivent respecter le principe de coopération. A la base de cette coopération, GRICE différencie quatre groupes des maximes:[9]

1) Maximes de quantité:

a) La contribution doit être tant informative que nécessaire.
b) La contribution ne doit pas être plus informative que nécessaire.

2) Maximes de qualité:

Maxime principale: On doit faire des efforts pour la vérité de la contribution.

a) Il ne faut pas prononcer quelque chose qu’on suppose faux
b) Il ne faut pas dire quelque chose si ce n’est pas évident.

3) Maxime de relation: Les mots doivent être importants.
4) Maximes de la manière:

Maxime principale: Il faut parler de façon claire et compréhensible.

a) Il faut éviter toute confusion.
b) Il faut éviter toute ambiguїté.
c) Il faut être bref.
d) Il faut parler de manière réglementaire

Le schéma montre une hiérarchie des maximes, les dernières occupent une place plus importante que les premières.[10] Le but de conversation d’après GRICE présente un échange d’informations qui est maximal et efficace. Son modèle d’une conversation idéale est monolithique/insuffisamment diversifié. GRICE part du principe d’un interactant raisonnable qui se comporte toujours d’une manière coopérative. Un comportement opposé ne l’intéresse pas. Son attention porte sur le cas où un interactant coopératif et raisonnable viole quand même une maxime. L’interlocuteur se trouve dans cette situation devant un problème d’interprétation.[11] Il arrive souvent que la distinction des maximes concernant leur violation ne soit pas facile à identifier.[12]

Howard GILES et d’autres psychologues spécialisés en sociologie se sont intéressés aux changements dans le style des paroles lors d’une interaction. Ils expliquent s’il y a des différences concernant le statut social ou ethnique des intervenants au cours d’une interaction, il peut arriver qu’un participant adapte ses paroles au style en fonction des particularités de son interlocuteur.[13] Il faut encore mentionner le facteur de l’exclusion sociale. Celle-ci modifie profondément les rapports humains, l’exclu peut être perçu comme un interlocuteur de moindre valeur et moins respectable.[14]

La théorie la plus importante qu’il faut examiner en détail pour notre étude représente celle de GOFFMAN.

D’abord, il est parvenu à trouver plusieurs catégories d’auditeurs, les « ratified participants »[15], les « bystanders » et les « eavesdroppers ». Le statut de participation est modifiable, on peut par exemple passer d’un « bystander » à un « ratified participant ».[16] Si, par exemple, dans un groupe de plusieurs « ratified participants » quelques uns commencent à parler entre eux, on parle d’une conversation à côté, c’est un « byplay ». Une conversation entre un « ratified participant » et un « bystander » se nomme un « crossplay ». La troisième possibilité présente le « sideplay » qui se déroule seulement entre les « bystanders ».[17] Les changements lors d’une interaction concernant les auditeurs et les interactants sont normales et appartiennent à la façon de procéder, ce que GOFFMAN veut dire avec le mot « footing ».[18]

D’ailleurs, tout individu suit une certaine stratégie dans ses rencontres. Il juge la situation, et il attribue une valeur subjective à lui-même et à l’autre.[19] Chacun possède une image de lui-même et de son vis-à-vis qu’il est nécessaire d’intégrer pour la compréhension des réactions des interactants. GOFFMAN définit le mot « face » de la façon suivante:

«The term face may be defined as the positive social value a person effectively claims for himself by the line others assume he has taken during a particular contact. Face is an image of self delineated in terms of approved social attributes – albeit an image that others may share […].»[20]

En plus, il faut différencier entre une «face positive» et une «face négative». La «face positive» comprend par exemple les qualités d’une personne souvent confirmées par les autres qui peuvent faire son éloge ou au contraire la blâmer.[21] Avec la «face positive» on veut être respecté en tant que personne. La «face négative» implique le souhait du pouvoir sur son propre territoire et le désir d’autonomie de ses actes.[22] Une position de défense est rapidement prise si l’individu se sent victime d’une agression. Les deux faces sont à préserver par chacun au cours d’une interaction.

Si certaines informations qu’un individu possède sur son interlocuteur ne s’intègrent pas dans la stratégie de ce dernier, l’image perçue sera alors fausse.

Si une personne n’utilise pas des stratégies de comportement exigées par les autres participants, elle n’a aucune image. En s’en apercevant, l’individu se sentira probablement inférieur.[23] Par contre, si l’image lui convient, cela le confirme dans le sentiment de confiance et d’assurance en lui-même.[24] Dans la littérature anglo-américaine, on trouve les termes «perdre sa face» et «sauver sa face»:

« […] the phrase to lose face seems to mean to be in wrong face, to be out of face, or to be shame-faced. The phrase to save one’s face appears to refer to the process by which the person sustains an impression for others that he has not lost face.»[25]

Pour une interaction réglée et optimale, ayant un effet stabilisant, il faut trouver l’équilibre entre son amour-propre et les égards dus à l’autre, cela implique le respect de la «face» des deux intervenants.[26] GOFFMAN constate que « this kind of mutual acceptance seems to be a basic structural feature of interaction, especially the interaction of face-to-face talk[27]

Les gens de chaque société exigent des connaissances sur le « face - work » qui désigne les actes en concordance avec la «face». Le répertoire du « face - work » dépend de la société, mais on s’attend à un savoir-faire et une capacité de perception.[28] On différencie entre trois niveaux de responsabilité concernant une menace de l’image:

a) le faux-pas, b) l’offense directe et c) l’offense par hasard.[29]

La façon la plus facile d’éviter une menace de l’image est d’éviter le contact avec d’autres personnes. On peut aussi se retirer, changer de sujet de conversation ou le déroulement de cette conversation. On peut réagir soit avec placidité soit avec respect soit avec ambiguїté soit discrètement. La réponse peut être neutre, explicative, aimable ou dans le registre de la plaisanterie.[30]

L’image de soi-même peut être menacée, il est alors nécessaire de la rétablir. Il existe quatre actes de compensation pour « the corrective process »[31] rétablissant le statut initial:

a) signalement de la mauvaise conduite,
b) offre de réparation,
c) acceptation,
d) reconnaissance du pardon.

Dans ce déroulement des réactions il est inévitable que la charge émotionnelle soit importante.[32]

Si on n’accepte pas le « face - work » et que l’on privilégie seulement sa «face», en diminuant celle de l’autre, on entre dans un terrain dominé par l’agression où le caractère de compétition et la nécessité d’un public sont obligatoires.[33] Il faut de l’adresse verbale et le sens de la repartie pour une attaque agressive. Si la personne attaquée réussit à avoir une riposte verbale, l’autre perd sa «face» et on parle d’un acte agressif de compensation.[34]

Une dispute peut éclater en cas de:

a) disposition pour une querelle,
b) déception d’attente,
c) provocation ou violation de l’image.[35]

Si une dispute n’est pas évitable, il s’agit toujours d’un problème et au moins une personne éprouve le besoin de le traiter. L’interlocuteur doit accepter le fait qu’il faut résoudre le problème ensemble.[36]

Mais normalement, si quelqu’un est trop faible pour «sauver sa face», il est obligatoire pour l’autre de protéger son vis-à-vis. Il existe une coopération tacite en ce qui concerne la préservation des deux images.[37]

Lorsqu’on analyse les règles d’une interaction, il faut constater que la première condition est de respecter l’autre comme partenaire légitime.[38]

Par ailleurs, il faut reconnaître les règles d’une conversation:

a) les formules d’introduction et de conclusion,
b) le changement de paroles,
c) la disposition d’écoute,
d) les travaux de correction par exemple en cas d’offense.[39]

Dans le schéma commun de l’interprétation auquel on fait référence pendant une conversation, les trois règles suivantes sont indispensables:[40]

a) La réciprocité des points de vue implique que les expériences mutuelles de l’interaction soient identiques. Cela révèle qu’on idéalise les interactants.
b) La règle d’et cetera veut dire qu’on ne doit pas tout dire et tout expliquer en détail.
c) Chaque interactant imagine le cas général du déroulement de l’action, par exemple les excuses ou les explications. En s’entretenant, on active inconsciemment ces règles qui forment les conditions pour une interaction sans heurt.

Ensuite, il y des théories qui voient au centre de la communication le concept de contrat de parole. D’après CHARAUDEAU

« [ ] tout acte de langage dépend d’un Contrat de parole qui surdétermine en partie les protagonistes du langage dans leur double être de sujets agissants et de sujets de parole (phénomène de légitimation) et que c’est par rapport à ce contrat englobant et surdéterminant qu’il faut juger les autres contrats et stratégies discursives mis en scène par ces sujets.»[41]

Un contrat de parole qui est nécessaire pour chaque relation intersubjective comprend trois niveaux:

a) la confiance dans la relation intersubjective,
b) la croyance dans l’objet du discours,
c) l’adhésion du destinataire.[42]

En résumé, il faut constater que la question suivante est obligatoire pour une interaction réussie: « If I do or do not act in this way, will I or others lose face[43] Pour l’individu comme interactant il est nécessaire que

«he [the individual]is taught to be perceptive, to have feelings attached to self and a self expressed through face, to have pride, honor and dignity, to have considerateness, to have tact and a certain amount of poise. These are some of the elements of behaviour which must be built into the person if practical use is to be made of him as an interactant […].»[44]

3 Définition du mot «agression verbale»

Une agression est selon le Petit Robert une «attaque contre les personnes ou les biens protégés par la loi pénale»[45]. Il en résulte que les agressions sont toujours liées à une lésion ou une atteinte. Dans le dictionnaire des mots étrangers une agression est décrite par un «comportement d’attaque»[46]. Cela veut dire une attitude hostile d’un homme qui réagit à une diminution, soit réelle soit présumée, de son pouvoir dans l’intention d’améliorer son propre pouvoir ou de réduire celui de son adversaire.[47] Le mot français agression < du latin AGRESSIO signifie ‘attaque’.[48] Par conséquent, une agression verbale signifie un comportement d’attaque verbale contre une personne.

[...]


[1] Cf. SCHWITALLA (1996), en détail 282-292.

[2] Ibid., 286.

[3] Cf. AUER (1999), 82.

[4] Cf. ibid..

[5] Cf. ibid., 93.

[6] AUER (1999), 93.

[7] Cf. ibid., 94.

[8] Cf. ibid., 94 et suiv..

[9] Pour les quatre maximes cf. ibid., 95.

[10] Cf. ibid., 96.

[11] Cf. ibid., 97.

[12] Cf. ibid..

[13] Cf. SCHWITALLA (1996), 290 et suiv..

[14] Cf. ibid., 292.

[15] Les trois types d’auditeurs se trouvent dans GOFFMAN (1972), 132.

[16] Cf. SCHWITALLA (1996), 289.

[17] Cf. GOFFMAN (1981), 134.

[18] Cf. ibid., 128.

[19] Cf. GOFFMAN (1972), 319.

[20] Ibid..

[21] Cf. SCHWITALLA (1996), 282, 285.

[22] Cf. SCHWITALLA (1996), 282, 285.

[23] Cf. GOFFMAN (1972), 321.

[24] Cf. ibid..

[25] Ibid..

[26] Cf. ibid., 323.

[27] Ibid..

[28] Cf. GOFFMAN (1972)., 324.

[29] Cf. ibid., 325 pour le passage sur les trois niveaux de responsabilité.

[30] Cf. ibid., 325 et suiv..

[31] En détail GOFFMAN (1972), 328 et suiv..

[32] Cf. ibid., 331.

[33] Cf. ibid., 331 et suiv..

[34] Cf. ibid., 332.

[35] Cf. SPIEGEL (1995)., 19.

[36] Cf. ibid., 21, le traitement d’un problème en détail 23.

[37] Cf. GOFFMAN (1972), 334 et suiv..

[38] Cf. ibid., 338.

[39] Cf. SPIEGEL (1995), 30.

[40] Cf. ibid., 32 et suiv..

[41] CHARAUDEAU (1983), 55 et suiv..

[42] Cf. MOїSE (2000a), 6.

[43] GOFFMAN (1972), 340.

[44] Ibid., 345.

[45] ROBERT (1996), agression, 45.

[46] Wissenschaftliche Rat der Dudenredaktion (32003), Aggression, 55.

[47] Cf. Ibid..

[48] Cf. Ibid..

Fin de l'extrait de 29 pages

Résumé des informations

Titre
Les agressions verbales
Université
University of Cologne  (Romanisches Seminar)
Cours
La langue des cités
Note
2,3
Auteur
Année
2004
Pages
29
N° de catalogue
V44416
ISBN (ebook)
9783638420228
Taille d'un fichier
784 KB
Langue
Français
Citation du texte
Yvonne Dämgen (Auteur), 2004, Les agressions verbales, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/44416

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