L’idéologie d’extrême droite en Europe occidentale


Dossier / Travail de Séminaire, 2006
15 Pages, Note: 1,7

Extrait

Inhalt

L’introduction

1. L’anti-immigration ou la xénophobie comme méthode électorale
1.1. Refus du multiculturalisme
1.2. Une « préférence nationale »

2. Le schème autoritaire et sécuritaire
2.1. Mise en correspondance de la criminalité et de l’immigration
2.2. Une politique sécuritaire et répressive

3. Une synthèse économique composite: néo-libéralisme antifiscal et protectionnisme social
3.1. Faiblesse récurrente des questions économiques
3.2. Dès années 1990: une nouvelle synthèse économique

4. La dialectique populiste anti-système
4.1. L’opposition à l’établissement
4.2. Un populisme agressif

Conclusion

Bibliographie

L’introduction

Globalement, la plupart des auteurs s’accordent sur l’existence de traits communs au processus réel de convergence au niveau européen, le recours aux même moteurs de mobilisation électorale et le réappropriation par ces partis de certains thèmes centraux du discours classique de l’extrême droite.

Au fil de temps, on peut structurer l’idéologie commune d’extrême droite autours de quatre éléments centraux:

a) en premier lieu, l’anti-immigration, plus précisément, la xénophobie comme méthode électorale: tous ces mouvements sans exception aucune ont exploité, avec plus ou moins de pugnacité, les questions liés à l’immigration;
b) cette rhétorique xénophobe est associée à une forte composante autoritaire et sécuritaire, que l’on retrouve aujourd’hui de façon transversale dans la plupart de formations populistes à l’échelle européenne et qui constitue sans doute une seconde dimension notable;
c) la proximité de beaucoup de partis extrême droite et de droite populiste sur un programme économique composite, synthèse des orientations néo-libérales, qui sont liés à la défense des systèmes nationaux de protection sociale et à l’hostilité à l’économie mondialisée et à l’intégration européenne;
d) mais surtout, ces partis partagent une geste politique spécifique, une praxis du débat public dont l’essentiel est fondé sur l’utilisation récurrente du populisme anti-système, en tant que procède de récupération de toutes les formes existantes de ressentiment à l’encontre des grandes formations de gouvernements.

Chacune de ces composantes idéologiques d’extrême droite et de la droite populiste ne s’exprime à l’évidence pas avec la même force, ni même un impact comparable selon les époques et les contextes nationaux, mais leur incorporation au sein de l’offre programmatique de partis les que le Vlaams Blok, le Front national, le Dansk Folkeparti, le Fremskridtspartiet, la Lega ou le FPÖ autrichien constitue sans doute un outil pertinent et somme toute assez efficace pour l’identification de ce type de mouvements.

1. L’anti-immigration ou la xénophobie comme méthode électorale

S’il est une chose qui rassemble les différents populismes d’extrême droit en Europe occidentale, c’est leur hostilité catégorique envers les immigrés et les réfugiés. Une relative exception semble avoir été la Ligue du Nord qui, après avoir exploité le ressentiment largement répandu envers les Italiens du sud et les immigrés non-européens, a peu a peu laissé de côté la xénophobie comme outil de mobilisation électorale, pour gagner une « respectabilité » politique. Pour tous les autres partis, hostilité envers les immigrés et les réfugiés s’est rélévé être un thème susceptible de séduire une fraction plus large de la population que celle qui votait traditionnellement pour eux. Ainsi, en 1991, les positions extrêmes du Front national français sur l’immigration ont attiré vers ce parti deux fois plus d’électeurs qu’aux élections régionales ou nationales précédentes. Cela suggère que la xénophobie est devenue en Europe la réponse saillante au défi que représente le monde multiculturel et multiethnique apparu avec le passage à un capitalisme postindustriel et individualiste.

L’appréhension globale de cette poussée des droites extrêmes et populiste invite à considérer un faisceau complexe de facteurs politiques, économiques et sociaux, au premier rang desquels figure sans nul doute l’irruption sur le devant de la scène politique des enjeux relatifs à l’immigration, aux réfugiés et demandeurs d’asile. A partir du milieu des années 1980, ces questions ont acquis une place centrale au cœur du débat public européen, plus particulièrement du fait de leur politisation par ces partis même qui engrangent depuis de quinze ans les bénéfices électoraux de la démagogie xénophobe. L’immigration, dans son acceptation la plus large et d’ordinaire la plus confuse, représente sans conteste depuis plus d’une vingtaine années un élément central de l’édifice idéologique des droites populistes et extrêmes. Au point d’ailleurs que l’attribution polémique du label « extrême droite » aux acteurs émergents au sein de l’espace public européenne demeure le plus souvent très intimement liée à la simple présence ou non d’un discours à teneur xénophobe ou ethnocentré.

Cette pronominalisation des questions touchant à une immigration « indéfinie » apparaît naturellement au cœur de la vision du monde véhiculée par les partis les plus clairement situés à extrême droite de l’axe partisan, à l’image du Front national et du Mouvement national républicain (MNR) en France, du Vlaams Blok en Flandre, du British National Party en Angleterre, des groups radicaux outre-Rhin (NPD, DVU ou Republikaner) ou du DF danois. Là, la composante « racistoïde » de la doctrine organise en profondeur la façon de penser et de décoder la réalité sociale.

1.1. Refus du multiculturalisme

La condamnation de l’immigration est en premier lieu clairement associée au refus de la modernité et de l’évolution des sociétés contemporaines vers toute forme de multiculturalisme, les groupes exogènes étant décrits comme une menace pour une identité nationale mythifiée. L’islam, en particulier, devient élément polarisateur de cette conception d’antagonisme des civilisations et objet de focalisation de beaucoup des peurs exploitées au niveau politique.

Selon Alain Bihr[1], la pensée d’extrême droite procède tout d’abord d’un véritable fétichisme d’une identité collective qui apparaît, en premier lieu, dans la manière dont la pensée extrême droite va définir cette identité collective en termes bio-ethniques. En termes ethniques tout d’abord, c’est-a-dire en termes de possession et de transmission d’un bagage culturel original, singulier, incommensurable aux autres cultures, dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Mais cette définition ethnique glisse toujours en définitive, explicitement ou non, vers une définition biologique. Car les qualités spécifiques de l’ethnie, qu’on trouverait en chacun de ses membres, seraient en fait contenues et transmises par hérédité biologique. Ce qui indique la présence, à la racine de la pensée d’extrême droite, d’un biologisme, d’un déterminisme biologique.

Ce fétichisme de l’identité collective se trouve, en seconde lieu, au sein de deux autres affects qui structurent la sensibilité extrême droite, qui lui donne sa couleur et sa tonalité si particulières: la phobie de l’altérité (ou hétérophobie) et la phobie de l’indifférenciation. Le premier affect se caractérise, sous ce rapport, par un véritable déni de la différence (raciale, civilisationnelle, culturelle, nationale, etc.), et la seconde affect – par la peur panic de perdre son identité propre au contact de l’autre conduit évidemment à chercher à le maintenir à distance, en introduisant barrières et frontières (physiques, juridiques, symboliques) et à le stigmatiser de manière à le rendre reconnaissable comme tel.

Au Danemark, la percée du Dansk Folkepartei s’est totalement inscrite dans cette perspective. Lors des élections de novembre 2001, le DF a assis sa position de parti anti-immigrants au sein de jeu politique danois, posant en principe fondateur de son message le refus de l’idée selon laquelle «le Danemark est un pays d’immigration et la société danoise une société multiethnique»[2]. De telles diatribes xénophobes se révèlent très similaires dans leur teneur à celles développés par l’extrême droite flamande depuis plus d’une dizaine d’années. Des 1991, le Vlaams Blok avait conquis la première place aux élections locales d’Anvers en dérivant progressivement de l’univers du nationalisme séparatiste flamand vers un corpus doctrinal de facture xénophobe classique, dont la quintessence apparaîtra des 1992 dans le Plan en 70 mesures pour résoudre le problème de l’immigration. A l’occasion des élections législatives de mai 2003, le parti de Filip Dewinter a continue de prôner « l’arrêt total de toute immigration », « l’élaboration d’une politique de retour humaine en généreuse » et l’obligation pour les étrangers de « s’assimiler ou repartir »[3].

En France, les deux formations extrême droite – FN et MNR – ont de nouveau utilise à l’occasion des scrutins du printemps 2002 l’imaginaire de la menace et du choc des cultures : a l’instar de Jean-Marie Le Pen dénonçant « cette immigration massive qui crée des conditions très désocialisantes » ou de Bruno Megret fustigeant « la mauvaise immigration qui se développe… et met en cause la sécurité et identité de notre pays ». Dernier exemple en date, l’irruption en 2002 de la LPF au sein de jeu électoral néerlandais, dans un pays pourtant historiquement épargne par la poussée des droites populistes et extrêmes. Des l’élection locale de Rotterdam en mars, le tribun libertin Pim Fortuyn est parvenu en un record de temps à faire imploser le consensus établi entre les principaux partis, vilipendant une culture islamique « rétrograde », « sous-développé » qui représenterait une « menace pour la sécurité», et dressant son plan d’immigration zéro au travers de sa formule demeurée célèbre « les Pays-Bas sont pleins »[4]. Sur la questions spécifique de l’islam, l’ouvrage publiée par Fortuyn des 1997 sous le titre « Contre l’islamisation de notre culture » (Tegen de islamisering van onze cultuur) abordait déjà ces thèmes de l’incompatibilité fondamentale de l’islam et d’un occident attaché à la séparation du politique et du religieux, aux libertés individuelles fondamentales et à l’égalité entre hommes et femmes. En Autriche, la prise de contrôle du Parti libéral par Jörg Haider au milieu des années 1980 s’est accompagnée d’un infléchissement net en direction de la xénophobie. On se souvient par exemple qu’a l’automne 1992, le chef du FPÖ avait entamé une campagne sur le thème « l’Autriche d’abord » et lancé une initiative populaire en vue d’un referendum pour l’exclusion du plus grand nombre étrangers. La collecte de signatures par extrême droite dans la semaine du 25 janvier 1993 avait suscité une vaste mobilisation antiraciste et s’était soldée par un échec cuisant avec moins de 420 000 signataires sur le million escompté.

1.2. Une « préférence nationale »

Pour la plupart entre eux, les partis de la droite populiste et extrême offrent à leurs électeurs un modèle dérivé de la « préférence nationale » popularisée en France par le Front national de Jena-Marie Le Pen. Par un renversement adroit des accusations de racisme portées à son encontre, le FN assure la promotion de la notion de « racisme anti-français » et dénonce les privilèges dont jouiraient des étrangers souvent décrits comme principaux bénéficiaires des largesses des systèmes de protection sociale.

Les revendications tendant à réserver les allocations et aides sociales aux nationaux entrent en résonance avec l’hostilité générale de l’extrême droite envers les objectifs sociaux élargis de l’Etat-providence social-démocrate et avec sa demande de n’accorder des allocations qu’à ceux qui sont réellement dans le besoin. Ces revendications font également écho à l’anxiété populaire quant à la capacité de l’Etat-providence à continuer de garantir bien-être de la majorité de la population. Le soupçon s’installe qu’un Etat qui n’est plus en mesure d’aider les citoyens les moins favorisés n’est peut-être plus capable de maintenir le niveau de vie de tous les autres. En ce sens, les immigrés peuvent représenter un défi majeur aux fondements des Etats-providence modernes d’Europe occidentale. En supprimant les droits des étrangers aux allocations, la majorité éliminerait la concurrence face à des ressources publiques qui diminuent et effacerait les signes plus évidents du déclin de l’Etat-providence, espérant ainsi le sauver en quelque façon de la disparition.

Un peu partout en Europe occidentale, cette idée centrale de la rhétorique national-populiste hexagonale trouve écho. En Autriche, avec la stigmatisation par le FPÖ haiderien de l’immigration massive (Überfremdung) et son projet chauviniste Österreich zuerst (« L’Autriche d’abord »): en 1999, Thomas Prinzhorn, tête de liste FPÖ aux élections générales d’octobre, critiquait le traitement « inégal des étrangers et des Autrichiens » et dénonçait les privilèges accordés aux populations d’origine étrangère et immigrés bénéficiant du droit d’asile[5]. Côté britannique, le plaidoyer du parti de Nick Griffin, sur le thème de Put the British people first!, semble aujourd’hui parvenir à séduire localement dans les zones à forte densité de minoritaires ethniques.

En Belgique néerlandophone, au travers du slogan Eigen volk eerst (« Notre peuple d’abord »), le Vlaams Blok a très tôt intégré ce principe au sein de ses divers programmes électoraux. En 2003, son Programme d’avenir présente aux élections générales de mai reprend pour l’essentiel les mesures formulées des l’aube des années 1990 et demande, notamment, « l’arrêt de la politique de discrimination positive à l’embauche et dans le domaine des allocations sociales ». Au Danemark, le parti de Pia Kjaersgaard exige une révision de toutes les lois relatives à l’immigration et l’abolition de la loi sur l’intégration. Le Dansk Folkeparti dénonce « l’accès libre des immigrés qui affaiblit le système de santé » et refuse que « les citoyens danois puissent devenir une minorité dans leur propre pays »[6].

[...]


[1] Alain Bihr, L’actualité d’un archaïsme: la pensée d’extrême droite et la crise de la modernité, Editions Page deux, Collections « Cahiers libres », Lausanne, p. 15-40

[2] Principprogram, 2002

[3] L’Express, 15 mai, 2003

[4] Verkriezingsprogramma’s verkriezingen voor de Tweede Kamer, 15 mai 2002

[5] Der Standard, 23 septembre 1999

[6] Principprogram, 2002

Fin de l'extrait de 15 pages

Résumé des informations

Titre
L’idéologie d’extrême droite en Europe occidentale
Université
University of Picardie Jules Verne  (la faculté de droit et de science politique)
Cours
Les institutions politiques étrangères
Note
1,7
Auteur
Année
2006
Pages
15
N° de catalogue
V50572
ISBN (ebook)
9783638467674
ISBN (Livre)
9783638773126
Taille d'un fichier
497 KB
Langue
Français
mots-clé
L’idéologie, Europe
Citation du texte
Nataliya Gudz (Auteur), 2006, L’idéologie d’extrême droite en Europe occidentale, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/50572

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