La pesanteur espace-temps dans l’effort de stabilisation du bassin du Lac Tchad


Etude Scientifique, 2019

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Extrait

Contents

1. Des menaces greffées à l’espace-temps régional
1.1 Historicité d’une périphérie: fabrique et opportunisation des marginalités
1.2 Récursivité d’une insécurité structurellement sédimentée
1.3 Une heuristique spatio-temporelle des stratégies irrégulières et proto-régulières

2. Les efforts de stabilisation à l’aune de la spatio-temporalité
2.1 La FMM comme outil transnational et responsif de maillage territorial
2.2 Analyse géo-historique de l’engagement civilo-humain
2.3 La mobilisation civilo-militaire à l’épreuve du spatio-temporel

3. Perspectives géo-stratégiques et chrono-stratégiques de stabilisation du bassin tchadien
3.1 Réorientation structurelle du responsif et du cinétique
3.2 La nécessaire construction d’une conscience géo-historique
3.3 Les «3C» comme gage d’une approche globale de la sécurité

4. Conclusion: pour une hyperchronie de la stabilisation

BIBLIOGRAPHIE

Résumé: La persistance de l’instabilité dans le bassin du Lac Tchad, malgré la mobilisation régionale et internationale, est source de préoccupation, tant du point de vue heuristique que pratique. En raison de l’influence exercée par le temps et l’espace sur les dynamiques sociales, on pourrait logiquement être tenté de questionner leurs inférences sur la situation sécuritaire de cette région. Il en ressort que la spatio-temporalité structure à la fois l’articulation des menaces et des mesures de riposte subséquentes. La méprise à son égard inhibe les efforts et appelle le renforcement de l’ancrage géo-historique des stratégies dédiées à la construction d’une stabilité durable.

Mots clés: stabilisation; bassin du Lac Tchad; espace-temps; sécurité globale; insécurité.

Depuis quelques années, la géoscopie du bassin du Lac Tchad laisse apparaître des spasmes conflictuels marqués par des insurrections et une inflation terroriste. Ces nouvelles dynamiques tirent leur source d’une longue tradition violente et criminelle1 corrélée à la précarité ambiante. Aux yeux de nombreux analystes, la région est aussi considérée comme une périphérie2 dans laquelle la marginalisation des populations et la mal-gouvernance3 génèrent des mouvements armés. Créé en 2002, Boko Haram par exemple est devenu une insurrection régionale4 adossée à un processus transnational de contagion5. Il en découle une mobilisation diplomatique et militaire autour de la Force multinationale mixte (FMM) dédiée à la lutte contre le terrorisme6 et les menaces connexes. Des dynamiques d’instabilité qui s’encastrent dans l’espace et se réinventent dans le temps.

En général, de nombreux historiens et géographes reconnaissent aux catégories temporelle et spatiale, une capacité combinée de structuration des dynamiques sociales7, tant du point de vue matériel qu’en matière de représentations8. Si le découplage de ces deux données est rejeté, le temps peut s’appréhender spécifiquement en termes de longue durée9, d’hypermodernisme10 ou d’enchevêtrement des temporalités11. De son côté, l’espace s’appréhende en termes d’une multiplicité de spatialités12. Sans aller au fond de la réalité complexe que recouvrent ces concepts, les travaux portant sur le bassin tchadien offrent davantage un récital de la factualité insécuritaire et des efforts subséquents en termes de riposte. Refaire ce travail, déjà fait par d’éminents spécialistes de la région, serait une reproduction servile de modèles analytiques pourtant largement rebattus.

Cette étude se propose plutôt de construire une approche géo-stratégique et chrono-stratégique de l’instabilité et de la stabilité. C’est-à-dire celle axée sur la pesanteur espace-temps, en tant que productrice de logiques d’action, de réaction et de rétroaction. Plus clairement, comment la variable spatio-temporelle structure-t-elle à la fois les menaces, l’effort de stabilisation et les perspectives de soutenabilité de la paix dans le bassin du Lac Tchad?

En guise d’hypothèse, il ressort d’une part, que les menaces à la stabilité, dans leur articulation et leur déploiement, développent des rationalités intelligentes d’exploitation des opportunités spatio-temporelles, tout autant qu’elles en subissent le déterminisme. D’autre part, l’action conduite et envisagée est soumise, dans sa conception et son opérationnalisation, à diverses contraintes et opportunités définies en termes de transnationalité, de durabilité, de réactivité et d’accessibilité. Si sur le plan spatial, cette action est déterminée par la nature régionale et disséminée de menaces adossées à la géographie de la région, le paramètre temporel, de son côté, commande un effort de nature responsive, proactive, globale et soutenable.

Une observation attentive de la situation sécuritaire permet de constater des menaces, par nature, greffées à l’espace-temps régional. Face à elles, les Etats et leurs partenaires internationaux mènent une action multi-sectorielle, tenant relativement compte de l’espace et du temps. Toutefois, la mobilisation observée sur le terrain n’intègre pas suffisamment ces deux variables, pourtant nécessaires dans la construction d’une stabilité durable.

1. Des menaces greffées à l’espace-temps régional

L’espace et le temps sont des cadres matriciels de production et d’articulation de l’insécurité. Au sujet du temps, Fernand Braudel postule la prévalence de temporalités différentielles de trois ordres: le temps des événements relatif à la courte durée; le temps des conjonctures, qui est intermédiaire; et le temps long des structures étendu sur la durée historique13. En tenant compte de cette multi-temporalité, de la multi-spatialité14 et de l’accélération sociale15, nous allons montrer comment les menaces tirent parti du caractère historiquement périphérique de la région; profitent de la récursivité des phénomènes insécuritaires et mobilisent une intelligence en termes de géo et de chrono-stratégie.

1.1 Historicité d’une périphérie: fabrique et opportunisation des marginalités

A travers l’histoire, les berges du lac Tchad ont toujours été considérées comme une périphérie à la fois aux plans géographique, socio-politique et socio-économique. Du point de vue géographique, cet espace liminal est miné par une grave crise écologique. Du fait du changement climatique, sa surface lacustre a, en effet, vu sa superficie partir d’environ 24 000 km[2] dans les années 1960 pour atteindre entre 1700 et 2000 km[2]en 201316 (carte 1). Il en résulte une perturbation des services écosystémiques tels que l’agriculture, l’élevage et la pêche, d’où le renforcement d’une marginalité socio-économique déjà alarmante. À titre illustratif, en 2016, le taux de pauvreté à Diffa au Niger, à Kanem au Tchad et au Nord-est du Nigéria était estimé à 80%. A l’Extrême-Nord du Cameroun, Il était compris entre 66 et 68%. A travers ces zones faiblement irriguées par les politiques publiques, des problèmes se posent en termes d’accès aux services étatiques17. La probabilité devient alors forte qu’émergentdes formes marginales et alternatives de socialité, de temporalité et de territorialité reproduisible à loisir. Dans une logique de décentration, la nouvelle donne spatio-temporelle est détachée de l’emprise étatique et rétive à l’égard du sentiment national.

Grâce au caractère présomptif de l’Etat, la région est investie par des prédicateurs réformistes qui s’encastrent dans les espaces socio-cognitifs etopportunisent les déficits structurels. Dans une optique de formatage mental, ils inoculent et instillent pesamment et durablement, à l’inconscient social, une doctrine religieuse iconoclaste, répulsive et compulsive à l’égard des formes traditionnelles de religiosité. Au Nigéria, de nombreux Almajiri ont ainsi été recrutés par Boko Haram comme combattants18. Similairement, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun entre 2009 et 2014, les djihadistes ont mené des campagnes propagandistes et recruté des élèves, des transporteurs en motocyclette (moto-taximens), ainsi que de jeunes pêcheurs, éleveurs et commerçants locaux19, et cela, grâce à une temporalité périphérique et alternative favorable.

Davantage, la marginalité entraîne la naissance d’un régime temporel caractérisé par la transaction interlope, la transnationalité et l’accumulation violente. D’abord cette région est le théâtre d’une contrebande liée au trafic de carburant, de drogue, de personnes ou d’armes, parfois avec la complicité de quelques agents publics véreux. Les postes douaniers de Dabanga, Waza, Mblamé et Fotokol, notamment, brillent par leur perméabilité frauduleuse20. Aussi, les criminels et terroristes tirent profit de la configuration spatiale complexe et en font une ressource stratégiquement mobilisable. Ils se projettent à l’échelle transnationale en profitant de l’imbrication transfrontalière des communautés. Cette «transfrontalité» correspond à l’accélération d’un changement social21 caractéristique du post-modernisme et de l’hypermodernisme, fondés sur l’effritement des modèles de régulation et de normalisation sociale et culturelle22. Il s’agit d’un processus dynamique d’apprivoisement du temps mondial en fonction des cultures locales et des jeux d’intérêts23. La conséquence en est l’instauration d’un «temps communautaire» dominé par le repli identitaire au détriment du «temps national». Ces penchants ethnocentriques, parfois de facture transnationale, sont instrumentalisés par des mouvements tels que Boko Haram.

Il est par exemple démontré que la langue Kanuri que parle une bonne partie d’adeptes de ce mouvement est également partagée par les Béribéri, les Bornouans, les Yerwa, les Manga, les Sirata et les Koolé, tous vivant à Wochem, à Mora, au Borno, à Yobe, à Diffa, ainsi que dans une partie du Kanem. Un ensemble constitutif du territoire de l’ancien empire du Kanem Bornou24. Par ailleurs, il est relevé que la communauté Kanuri, en tant que socle sociologique de Boko Haram, non seulement rejette l’influence des Hausa, mais également, envisage de restaurer l’empire Sokoto fondé par Usman Dan Fodio au début du XIXe siècle25. L’hypothèse liée aux «rivalités des mémoires»26 est donc confortée par l’exaltation des identités parcellaires au détriment de l’identité nationale. C’est dire toute la complexité d’une insécurité profondément et durablement sédimentée dans l’histoire.

1.2 Récursivité d’une insécurité structurellement sédimentée

Les convulsions conflictuelles en cours dans le bassin du lac Tchad sont le fruit d’un processus historique de prédation et d’accumulation violente. La sédimentation de cette réalité criminelle est gage de sa survivance, tant les opérateurs de l’illicite disposent d’un large éventail d’insécurités nécessaire à la modulation de leurs modes opératoires au gré des mécanismes de répression. Depuis l’histoire des grands empires du Soudan central et occidental, la prédation a toujours été une pratique invétérée dans les habitus sociaux. Connue sous le nom de razzia, elle constituait un moyen légitime d’approvisionnement notamment pour le Wandala, le Bornou, le Baguirmi et l’Ouaddaï27. Combattue par les colons, elle entrera finalement dans la clandestinité du fait de sa criminalisation. Elle renaît de ses cendres grâce à la crise économique des années 1980, ainsi que du fait de la crise sociopolitique tchadienne des années 1960, des rebelles en errance se reconvertissant en criminels28. Les marqueurs en sont la multiplication des embuscades sur les routes29 et des prises d’otages avec demande de rançon. Les opérations y relatives sont menées dans des espaces reculés comme la route (dans de longs bosquets), les zones de pâturage, les villages, ou alors les confins des villes. Là encore, les rationalités spatiales sont palpables.

Sous un prisme archéologique, il appert que la pratique criminelle s’est sédimentée, dans la longue durée, au point de donner lieu à un habitus de prédation et de violence sur lequel s’appuient les mouvements politico-militaires. Dans le nord du Nigéria, par exemple, de nombreux gangs tels que les Almajirai, les Yan Tauri, les Yan Dauka, les Yan Banga, les Yan Daba, et les Amariya ont constitué d’importants terreaux de recrutement pour Boko Haram30. Autrement dit, cette secte et ses émanations ont à leur disposition des «techniciens de la gâchette» susceptibles d’être recrutés.

L’explication de l’inflation terroriste de 2014-2015 va donc au-delà de l’évènementiel et de l’instantané, pour puiser dans la longue durée telle que promue par Fernand Braudel. L’historiographie qu’il privilégie repose sur une archéologie attachée à la fouille de vastes espaces chronologiques. En tant qu’ «[…] organisation, une cohérence, des rapports assez fixes entre réalités et masses sociales», la structure31 constitue un cadre conceptuel pertinent d’identification et de compréhension des ressorts de sédimentation de l’insécurité dans le bassin du Lac Tchad. Si la pratique prédatrice a un fondement structurel, d’autres stratégies opérationnelles des groupes armés semblent davantage relever d’une temporalité événementielle, voire conjoncturelle.

1.3 Une heuristique spatio-temporelle des stratégies irrégulières et proto-régulières

D’une manière générale, les stratégies des organisations criminelles et terroristes sont souvent appréhendées sous le prisme de l’irrégularité32, sans tenir compte de leur éventuelle dimension territoriale en interdépendance avec la temporalité. Cette grille de lecture confine le terrorisme international à une stratégie a-territoriale, destinée non à conquérir un espace, mais à réaliser des prescriptions idéologiques33. A l’opposé, l’explication géo-historique de la stratégie proposée ici essaie de rendre compte des manœuvres irrégulières d’exploitation de l’espace, articulées au temps, soit en vue d’optimiser les attaques, soit pour se dérober face à la pression des forces de défense et de sécurité (FDS).

La première stratégie irrégulière concerne la dissémination/dissimulation. Elle correspond à une logique du faible au fort. En effet, conscients leurs limites capacitaires, les irréguliers se disséminent au sein des sociétés auxquelles ils se confondent. Ce faisant, ils évitent d’offrir aux FDS, une cible facilement identifiable et destructible. L’expansion dans l’espace s’opère aussi par le biais de la scissiparité fondée sur la constitution de petites cellules difficilement localisables34. La dissémination leur permet, de surcroît, de mener une violence de proximité à moindre coût et dans de très brefs délais contre les populations.

De son côté, bien que proche de la dissémination, la dissimulation consiste davantage à un retrait ou un repli vers des zones reculées et difficilement accessibles. Génératrice de nébulosité, elle procure la liberté d’action, favorise la surprise et l’élusion face aux FDS. Dans le cas d’espèce, les groupes armés profitent de la marginalité territoriale des zones grises et en font des espaces de refuge35, en dehors de tout contrôle et surveillance étatique. Il est en effet prouvé que les opérations d’envergure menées par la FMM en 2015-2016 ont amené les combattants djihadistes à se replier sur les espaces forestiers (forêt de Sambisa), montagneux (Monts Mandara), ainsi que sur les îlots du Lac Tchad (voir carte 1). A cet effet, la logique de spécialisation fonctionnelle de l’espace et du temps laisse place à leur multi-fonctionnalisation36. La nuit réservée au repos devient le temps des attaques surprises37 ; la forêt comme espace de vie floristique et faunique, et comme espace de chasse, devient une base de repli, d’entrainement et un poste de commandement38 ; les frontières en tant que lignes de démarcation territoriale deviennent des espaces de trafics et d’élusion; l’espace lacustre, habituellement réservé à la pêche et dispensatrice d’eau, se transforme en un espace de dissimulation, de préparation et de conduite des attaques. Ces manœuvres spatiales d’investissement des zones reculées comportent des inférences temporelles définies en termes d’entrave aux opérations des FDS désormais préemptées et soumises à un brouillard qui ralentit le tempo opérationnel. L’opportunisation des marges territoriales atteste donc la filiation entre la stratégie des irréguliers et l’horizon spatio-temporel.

La deuxième option stratégique des groupes armés est la mobilité/sédentarité, située à la confluence de l’irrégulier et du proto-régulier. En effet, dans le cadre d’une stratégie stochastique faite de virtuosité et de vélocité, les opérateurs d’insécurité sont particulièrement mobiles tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des Etats. Dans la société post-moderne caractérisée par l’instantanéité et le mouvement, on distingue trois formes de mobilité39: géographique (à travers l’espace), professionnelle (reconversion des criminels en terroristes) et cognitive (évolution des pratiques en fonction de la configuration et du rapport de force). D’un point de vue opérationnel, la mobilité procure un niveau significatif d’initiative. Référence peut être faite à la guérilla adulée en tant que guerre de mouvement et caractérisée par le harcèlement et les embuscades. L’attaque de Darak en juin 2019 est là pour en témoigner.

Carte 1: Végétations palustres, dédales lacustres, des atouts pour Boko Haram

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Source: G. Magrin, J. Lemoalle, R. Pourtier (dir.),Atlas du lac Tchad, IRD/Éditions Passages, 2015, p. 24. Édigraphie, 01/2016.

Parallèlement et d’un point de vue proto-régulier, Boko Haram s’inscrit dans une logique sédentaire de sanctuarisation de l’espace, par le biais d’une guerre frontale. C’est ce qui émane de l’attaque menée contre la localité camerounaise d’Achigachia, le 28 décembre 2014. A l’issue d’une bataille quasi-conventionnelle, en effet, une horde de djihadistes a repoussé les hommes de la Brigade d’infanterie motorisée (BRIM) et hissé le «drapeau noir»40. Cela témoigne d’une option crypto-étatique de territorialisation d’un espace-sanctuaire. Contrairement donc aux idées simplistes, les irréguliers présentés d’ordinaire comme des acteurs faibles, disposent, au demeurant, d’un potentiel propre d’imagination, d’intuition et d’intellection. En permanence, ils font valoir leur génie créateur et organisateur pour faire échec aux efforts de stabilisation de l’Etat.

2. Les efforts de stabilisation à l’aune de la spatio-temporalité

L’inflation insurrectionnelle et terroriste constatée depuis 2014-2015 a donné lieu à une mobilisation régionale et internationale à l’effet d’apporter une réponse à la mesure de la menace. L’effort militaire et civilo-humain ainsi entrepris se déploie dans un espace-temps particulier et potentiellement révélateur de plus-value et de déficits stratégiques.

2.1 La FMM comme outil transnational et responsif de maillage territorial

Créée en 1994 et réactivée le 30 avril 2012, lors du 14e Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la CBLT41, tenu à N’Djamena, la FMM est constituée des soldats tchadiens, nigériens, nigérians, camerounais et béninois. Elle constitue un instrument sécuritaire multinational dédié à la lutte contre le terrorisme. Sa nature multinationale lui donne une portée trans-étatique et quelque peu trans-territoriale nécessaire à l’inflexion d’une menace elle aussi transnationale. Cela permet d’entraver le mouvement transfrontalier des irréguliers et de leur interdire tout repli sur des espaces où la pression militaire serait réduite. La force régionale impulse une dynamique de «lieu» en tant que configuration instantanée de positions fondée sur la stabilité. Pour cela, elle infléchit et entrave des mobilités sans cesse actualisées42 par des acteurs transnationaux. La FMM se veut donc un dispositif sécuritaire commensurable à la configuration, à l’étendue et aux dynamiques spatiales des menaces.

Pour cette raison elle est structurée en secteurs militaires chargés, chacun, de «pacifier» un espace précis: le secteur n° 1 qui englobe l’Extrême-Nord du Cameroun est basé à Mora;le secteur n° 2 dédié au Tchad est localisé à Baga-Sola; le secteur n° 3 focalisé sur le Nigéria est basé à Baga; enfin le sous-secteur n° 3 – plus présenté comme secteur 4 – recouvrant le Sud-Est du Niger a son quartier général à Diffa43 (carte 2). Cette sectorisation érige un dispositif de quadrillage de l’espace par le biais du prépositionnement, des patrouilles et autres manœuvres, avec des inférences temporelles. Sur ce dernier point, Luc Gwiazdzinski, dans le cadre de sa «chronopolitique»44, avait déjà émis l’idée d’un aménagement de l’espace à des fins de capitalisation du temps45. Par analogie, l’organisation sectorielle de l’espace par la FMM est destinée à réduire le temps d’intervention. Elle est aussi à mettre en correspondance avec un impératif de réactivité face à une menace mobile et furtive.

Carte 2: les secteurs de la FMM

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Source: FMM.

La coopération entre secteurs militaires constitue par ailleurs une option d’interdiction de la profondeur spatiale à l’ennemi. Sur la base d’une distribution stratégique des unités opérationnelles, des opérations spéciales intra et extra-secteurs sont menées. On pense entre autres aux opérations « Tentacule » (16 mars 2016) et «Arrow Five» (du 11 au 14 février 2016). Créateurs d’une temporalité fondée sur la surprise et l’initiative, ces raids répondent à un souci de modulation des stratégies dans une optique d’adaptation aux circonstances. Ils établissent un continuum spatio-temporel en tant que variable stratégique essentielle. D’une manière relative donc, la FMM constitue un instrument trans-étatique de maillage territorial destiné à conjurer la vacuité sécuritaire passée, ainsi qu’à répondre promptement aux défis d’ordre militaire et civilo-humain.

2.2 Analyse géo-historique de l’engagement civilo-humain

Parallèlement aux actions militaro-sécuritaires, les Etats de la CBLT, assistés de leurs partenaires internationaux, assurent un effort en termes de sécurité humaine. Par ce biais, ils entendent adresser la nature sociétale des menaces en y apportant des réponses soutenables, profondes et déterminées par les particularités géographiques (physiques et humaines) de cet espace46. En effet, il convient de rappeler qu’en tant qu’acteur et victime, l’individu est au cœur de la conflictualité post-bipolaire. Or dans le bassin du Lac Tchad, il vit dans un cadre géographique austère corrélé à la pauvreté. La conséquence en est une impérative prise en compte du paramètre environnemental afin d’améliorer les conditions de vie des populations et donc de limiter leur inclination à des manœuvres insidieuses et violentes.

La prise en compte du cadre spatial est nécessaire dans le traitement des causes profondes de l’instabilité. Des organismes internationaux tels que le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) semblent l’avoir compris. Ils contribuent au renforcement de la sécurité alimentaire à travers un soutien aux agriculteurs et éleveurs dont les activités sont sérieusement éprouvées par la détérioration de l’environnement. Similairement, le projet «Trans-aqua» destiné à la remise en eau du Lac Tchad à partir du fleuve Oubangui répond à des préoccupations d’ordre climatique. Par ailleurs, en vue de réduire la pauvreté, les autorités camerounaises ont alloué la somme 42 milliards de FCFA à la région de l’Extrême-Nord en décembre 201447. Cette allocation vise à améliorer l’offre étatique en matière de formation, d’agriculture, d’éducation de pêche, d’infrastructures, de santé, etc. A la fois nationales et internationales, de telles initiatives entendent adresser l’urgence du temps tout en transformant structurellement la région; elles cherchent également à exorciser le sentiment de marginalité qui anime les laissés-pour-compte et qui génère des temporalités décentrées. A travers ce processus, il est possible de déconstruire les temporalités et les spatialités alternatives, afin d’impulser une temporalité de facture étatique et nationale. L’action axée sur les causes profondes est orientée vers les structures, au-delà de l’attachement à de simples considérations conjoncturelles. Cela nous amène à questionner la portée et la pertinence spatio-temporelle des actions à la fois civilo-humaines et militaro-sécuritaires.

2.3 La mobilisation civilo-militaire à l’épreuve du spatio-temporel

Une observation attentive de la situation sur le terrain de la stabilisation n’insinue pas une réelle amélioration. Preuve que les mesures en vigueur sont déficitaires. Les considérations spatio-temporelles peuvent contribuer à la compréhension de cet état de chose. Si la spatio-temporalité, en tant que pesanteur naturelle s’impose aux acteurs, elle présente aussi des opportunités d’optimisation des efforts. Ce que ne semblent pas encore suffisamment comprendre les «stabilisateurs» de la région.

Au plan militaro-sécuritaire, la FMM ressemble davantage à un instrument conjoncturel de riposte, sans véritable socle de fonctionnement structurel. Il faut rappeler que sa création a été imposée par la prévalence d’une temporalité terroriste due aux attaques à l’échelle de la région dès 2013. En effet, à l’ère hypermoderne, les décideurs sont plus préoccupés par l’urgence et la proximité, en tant que paramètres dominants de l’espace-temps. Subséquemment, la mobilisation des moyens subit la dictature du présent, de l’«ici et maintenant»48. Plus concrètement, face à la montée en puissance de Boko Haram, les Etats semblent avoir été piégés par l’instantanéité dont ils ne parviennent pas à s’affranchir. Le problème est celui de la désynchronisation multinationale générée par la prévalence d’une multiplicité de régimes temporels dans les différents pays. La diversité des situations sociales et des territoires redessine la cartographie du temps à l’échelle régionale. Chaque Etat étant focalisé sur ses préoccupations sécuritaires internes, sans tenir compte des menaces prégnantes à l’étranger. Il leur est donc difficile de «faire région»49 et de s’orienter vers le structurel. Ils préfèrent se confiner à une mutualisation davantage circonstancielle et ignorante d’une véritable dynamique de sécurité collective50. Consécutivement, la force conjointe mise sur pied semble fonctionner sous le prisme événementiel de la courte durée, alors que les menaces opèrent dans la longue durée.

Depuis son entrée en action en 2016, la FMM ne présente pas les garanties d’un dispositif structurel de traitement de l’insécurité. La preuve en est le relâchement observé dès début 2017. Après les prouesses de la grande opération baptisée «Gama Aiki» et lancée en juin 2016, Boko Haram s’est réorganisé depuis des zones grises surtout au Nigéria. Aujourd’hui, il est capable d’attaquer frontalement des positions des FDS. Le regard impose donc un constat de dévalorisation d’une perception centrée sur le temps long du fait de l’emprise du «temps réel»51. Il en découle la prépondérance d’une réactivité en termes d’inflexion et d’endiguement des menaces.

La méprise et l’aboulie à l’égard du temps long inhibe aussi l’élaboration de politiques publiques de sécurité humaine fondées sur des préoccupations d’ordre structurel et processuel. Comment donc répondre à des phénomènes redondants par des solutions qui ploient sous le diktat de l’instantanéité? Pour se rendre compte de la méprise à l’égard du structurel, il n’y a qu’à voir l’inconsistance et la faible systématisation des efforts civilo-humains. La prépondérance de la logique de l’urgence se traduit aussi dans la terminologie utilisée pour baptiser certains programmes. On pense notamment aux «Plans d’urgence» dédiés à la partie septentrionale du Cameroun.

Par ailleurs, la faible coordination observée à la fois du point de vue militaire, civil et civilo-militaire ne permet pas de s’attaquer efficacement au caractère transnational des menaces, ainsi qu’à leur ancrage structurel et sociétal. La centralité s’avère aussi limitée, surtout lorsque l’effort est orienté vers des sociétés marginales aux temporalités décentrées et insensibles à la temporalité étatique. Il y est particulièrement difficile de mener des opérations militaires sans l’appui opérationnel des autochtones. Similairement, la négligence des représentations et préoccupations locales, dans l’élaboration et l’implémentation des politiques de sécurité humaine, peut être contre-productive. C’est la matérialisation d’une faible conscience géo-historique et géopolitique pourtant nécessaire à la construction de perspectives géo-stratégiques et chrono-stratégiques de la stabilisation.

3. Perspectives géo-stratégiques et chrono-stratégiques de stabilisation du bassin tchadien

Jusqu’ici, nous avons vu à quel point la pesanteur spatio-temporelle structure les dynamiques d’instabilité et de stabilisation. Si un regard critique a déjà été porté sur les conséquences de la méprise de l’espace-temps, on peut cependant s’interroger sur les pistes d’«opportunisation» de la variable spatio-temporelle dans le cadre de l’agir stratégique. On aboutirait donc à la construction d’une chrono-stratégie et d’une géo-stratégie en matière de stabilisation. Des concepts qui appellent la réorientation structurelle des réponses militaires, l’émergence d’une conscience géo-historique et la mise en valeur de la logique des «3C».

3.1 Réorientation structurelle du responsif et du cinétique

Dans ses travaux sur le temps hypermoderne, Lipovestsky perçoit le présent 52 comme un marqueur dont le diktat entre en contradiction les impératifs à venir53. Tout en reconnaissant le poids de la courte durée, Braudel pour sa part s’attache davantage à lalongue durée et milite en faveur d’un affranchissement à l’égard de l’instantanéité. D’un point de vue stratégique, l’adoption du temps long est le gage de l’efficacité. Elle permet de conjurer la réactivité systématique et l’obsession cinétique qui ne génèrent pas toujours des dividendes, surtout dans une guerre où l’irrégulier se refuse, très souvent, au combat frontal et cible les points faibles de l’Etat54. Compte tenu de ces considérations, il serait important pour la FMM de se départir de son inclination conjoncturelle. Elle deviendrait alors une force de veille capable, dans une optique préemptive, de surveiller les évolutions des menaces, de les anticiper (grâce au renseignement et au prépositionnement) et de répondre promptement à leur (ré)-éruption violente; elle serait aussi à même de leur interdire toute installation prolongée dans leurs bastions traditionnels, et ce, par le biais d’une traque permanente. En tant que dispositif supposément permanent, la FMM est appelée à adresser la durabilité et le caractère résilient de menaces capables de se réinventer continuellement. La prospective apparaît donc comme une option de préemption d’éventuelles urgences sécuritaires. Au lieu de se limiter au «tout réactif», le temps des réseaux appelle une adaptation chrono et géo-stratégique. C’est-à-dire la mise sur pied d’une structure réticulaire de surveillance des flux synchrones et d’infiltration du nébuleux. Mais pour cela, la construction d’une conscience géo-historique semble primordiale.

3.2 La nécessaire construction d’une conscience géo-historique

Telle que théorisée par Philippe Moreau-Defarge55, la conscience géo-historique suppose une connaissance de l’espace à travers le temps. Elle est relative à la capacité des sociétés à saisir leur rapport à l’environnement56, ainsi qu’au temps. Ainsi, elles pourraient mieux maîtriser la réalité spatio-temporelle. La conscience géo-historique devrait pouvoir contribuer à la construction de structures sociopolitiques aux capacités d’affirmation et de projection avérées. Une caractéristique que ne présentent véritablement pas encore les constructions politiques du bassin tchadien, et qui pourrait pourtant leur permettre de prétendre à une stabilité durable.

La maîtrise de l’espace suppose la prise en compte des réalités de la géographie physique et humaine. Un regard plus attentif pourrait alors être porté sur la dégradation de l’environnement; le brassage des peuples et des cultures; la configuration spatiale favorable à la criminalité transfrontalière; ainsi que sur le caractère marginal des espaces contigus au lac. Sur le plan temporel, la référence rétrospective au passif historique de criminalité transfrontalière et de réformisme religieux se présente comme une option intéressante, tant elle permet d’encastrer l’effort de compréhension des problèmes actuels dans des dynamiques historiques dont l’inférence contemporaine est avérée. En toute logique, cette inclination passéiste débouche sur une prospective corrélée à la recherche de solutions durables et résistantes à l’usure du temps. Il est vrai que l’attachement au présent est tributaire de l’impertinence supposée du passé et de l’incertitude qui surplombe le futur, au point de torpiller toute perspective prométhéenne, progressiste ou téléonomique57. Toutefois, les bouleversements de l’hypermodernité nécessitent précisément une vision stratégique située au-delà de l’instantanéité et capable d’adresser les changements futurs.

Bien plus, l’urgence apparaît, pour les autorités, de s’inspirer des pratiques et des postures passées, pour mieux répondre aux situations actuelles58. La perspective ainsi envisagée n’est pas celle d’une reproduction de l’histoire, mais davantage celle d’un apprentissage des échecs antérieurs, en vue de l’élaboration et de la conduite de politiques sécuritaires plus efficaces. Si les Etats ont, de tout temps, perçu les berges du Lac Tchad comme marginales, ils sont appelés aujourd’hui à s’inspirer de cette expérience historique, pour inclure ces espaces dans le champ prioritaire de leurs efforts en matière d’emprise territoriale et de prise en charge des sociétés. La considération de ces différents éléments constitue le socle de ce qui pourrait être la conscience géo-historique et géopolitique des «stabilisateurs» de la région. Si elle est suffisamment intégrée dans les cultures et les doctrines stratégiques, elle pourrait conduire à l’élaboration de stratégies plus adaptées aux réalités et préoccupations locales. Les conditions géo-historiques de production de l’instabilité seraient alors édulcorées au profit de facteurs de paix et de stabilité, toutes choses conditionnées par la mise en prépondérance des «3C».

3.3 Les «3C» comme gage d’une approche globale de la sécurité

A l’ère hypermoderne où l’individu est 59 au cœur des dynamiques sécuritaires, la combinaison d’efforts entre divers acteurs est devenue essentielle. La dépréciation de la place du militaire60, telle que relevée par certains théoriciens de la contre-insurrection61 ouvre le champ à l’irruption d’acteurs civils tant étatiques que non-étatiques. Le mélange ainsi généré constitue la condition liminaire à l’adoption d’une approche globale de la sécurité, potentiellement efficace dans l’espace et la longue durée. Considérer cet impératif de soutenabilité invite à placer l’approche doctrinale et opérationnelle des «3C» au centre des efforts de stabilisation. De nature multi-acteurs, elle réside dans le triptyque Coordination – Cohérence – Complémentarité. Elle consiste à l’agencement logique d’une multiplicité d’acteurs et de projets d’actions, dans le cadre d’une unité d’effort et dans l’optique d’une réalisation harmonieuse des finalités politico-stratégiques fixées. Fondés sur la collaboration entre différentes composantes institutionnelles du dispositif opérationnel, les «3C» sont susceptibles de conjurer les rivalités bureaucratiques et la duplication des tâches, somme toute, inhibantes pour l’efficacité. Ils sont le gage de l’approche globale présentée dans des segments discursifs du chef de l’Etat camerounais comme la réponse à une menace globale62. Le renforcement d’une collaboration multi-scalaire semble nécessaire en vue de la production d’une réponse holiste plus adaptée à la complexité de la situation sécuritaire.

La première option de globalité adossée aux «3C» est le renfoncement et la systématisation du multinational. Elle suppose la réduction des replis souverainistes des Etats, considérablement nocifs à la construction d’un véritable habitus de sécurité collective. Elle implique des alliances et des collaborations dans une optique de co-construction, de co-développement, et de co-sécurité. Par ailleurs, elle promeut l’interculturalité dont l’émergence est conditionnée par de nouvelles synchronisations événementielles, c’est-à-dire la multiplication d’événements nécessaires à l’inflexion de l’éclatement des temps63 nationaux, afin de permettre aux Etats de «faire finalement région». Une évolution de cette nature permettrait de répondre plus efficacement à la transnationalité des menaces et d’assurer une stabilisation dans la longue durée. Des relâchements à l’image de celle de 2017-2018, favorable à la reconstitution de Boko Haram, pourraient ainsi être évités.

La deuxième option de globalité également corrélée aux «3C» est la redynamisation et la fluidification de l’interministériel et du multisectoriel. Dans ce cas, la collaboration pourrait être approfondie entre les administrations étatiques (civiles et militaires), la société civile, les Organisations inter-gouvernementales (OIG) et les Organisations non-gouvernementales (ONG). Chacune de ses composantes, selon son échelle d’intervention, aurait un rôle important à jouer dans le spectre de la stabilisation. Ce faisant, elles contribueraient toutes à la construction d’une réponse complexe, multisectorielle et holiste, en s’attaquant durablement aux causes profondes des conflits. Aussi, la viabilisation de l’espace, par le biais de la création des conditions d’une restauration, au moins relative, des équilibres écologiques, constitue une option stratégique crédible. Elle a vocation à déconstruire l’esprit marginal, générateur de temporalités et les spatialités alternatives, en vue d’impulser une temporalité collective, de nature stato-nationale et régionale. Sur ce point précisément, la multiplication de cérémonies à connotation nationale et intercommunautaire trouve toute sa pertinence.

4. Conclusion: pour une hyperchronie de la stabilisation

Au final, il appert que les développements faits dans cette étude se sont articulés autour du concept d’hyperchronie emprunté à Luc Gwiazdzinski. Dans la présentation des menaces, ce concept révèle le caractère polychrone64 des espaces et des temps sociaux. Relativement aux efforts de stabilisation, il permet de rendre compte de l’action certes perfectible, mais existante, en matière de traitement de la complexité spatio-temporelle de l’instabilité. Bien plus, ce concept est au cœur des perspectives chrono-stratégiques et géo-stratégiques de stabilisation. Le satisfecit émané de l’hyperchronie en matière stratégique réside dans sa capacité à faire ressortir les mutations polychroniques que connaissent les sociétés, les territoires et les individus. La perspective hyperchronique suppose également un savant et subtil mélange « […] entre le calendrier et l’agenda, un mélange entre le temps présent phénoménologique du hic et nunc et le temps de l’agenda, promesses de rendez-vous et de synchronisation»65. Au total, ce concept résume à lui seul l’intention scientifique et l’orientation pratique de cette étude, à savoir: «face à une menace complexifiée par l’espace-temps régional et impertinemment adressée par des stratégies peu attentives à la spatio-temporalité, la transnationalité, la soutenabilité, la proactivité, l’accessibilité, la réactivité et la globalité constituent des enjeux d’une stabilisation durable du bassin du Lac Tchad». Par l’entremise de l’hyperchronie, il est possible de constater que face à des sociétés aux temporalités et spatialités polychroniques, les tentatives monochroniques66 de régulation sont vouées à l’échec. Ce constat invite, tout en promouvant la cohésion nationale et régionale, à reconnaître la spécificité des sociétés locales. Il en découlerait alors un processus de «stabilisation par le bas» fondé sur une sous-traitance micro-communautaire du développement et de la sécurité. Bien plus, la combinaison du calendrier et de l’agenda comporte une plus-value relative à la liaison faite entre le présent et la longue durée, avec en prime, la synchronisation des spatialités et des temporalités. Pour tout dire, en tenant suffisamment compte de la variable spatio-temporelle, dans une perspective hyperchronique, les Etats, les sociétés et les partenaires internationaux pourraient mieux mettre en œuvre la «Stratégie régionale pour la stabilisation, le rétablissement et la résilience des zones du bassin du lac Tchad touchées par les activités de Boko Haram»67. Par ce biais, il serait possible de construire des formules performantes et pertinentes de gouvernement, de développement ou de management, nécessaires à une stabilisation plus harmonieuse et soutenable de la région.

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[...]


1 Issa Saïbou, Les coupeurs de route. Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad, Paris, Karthala, 2010.

2 Janet Roitman, «Les recompositions du bassin du lac Tchad», Politique Africaine, n° 94, juin 2004, pp. 7-22.

3 Lucky E. Asuelime, Ojochenemi J. David, Boko Haram: The Socio-Economic Drivers, New York, Springer, 2015.

4 Leon Koungou, Boko Haram. Parti pour tuer, Paris, L’Harmattan, 2016; Pauline Guibbaud, Boko Haram: Histoire d’un islamisme sahélien, Paris, L’Harmattan, 2014

5 Ouba Abdoul-Bagui, «De la contagion islamiste dans l’extrême-Nord du Cameroun: risques et limites», Vigie/Bulletin d’Analyse Stratégique et Prospective, N° 003 et 004, EIFORCES, décembre 2014, pp. 39-46.

6 Olivier Hanne, Guillaume Larabi, Jihâd au Sahel. Menaces, opération Barkhane, coopération régionale, Paris, Bernard Giovanangeli Editeur, 2015.

7 Luc Gwiazdzinski, «Temps et territoires: les pistes de l’hyperchronie», Territoires 2040: Revue d’études et de prospective, Documentation française; DATAR, 2012, pp.75-97;

8 Michel Lussault, 2007, cité par Jacques Lauriol, Véronique Perret et Franck Tannery, «Stratégies, espaces et territoires: Une introduction sous un prisme géographique», Revue française de gestion, n° 184, Lavoisier, avril 2008, pp. 91-103.

9 Carlos Antonio Aguirre Rojas, Fernand Braudel et les sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 33; Fernand Braudel, «Histoire et Sciences sociales : La longue durée», Annales, Economies, sociétés, civilisations, 13ᵉ année, N° 4, 1958. pp. 725-753.

10 Nicole Aubert, La société hypermoderne : ruptures et contradictions, Collection Changement social, N° 15, Paris, L’Harmattan, 2010.

11 Achille Mbembé, «À la lisière du monde: Frontières, territorialité et souveraineté en Afrique», inFrédéric Giraut,Benoit Antheaume (dir.), Leterritoire est mort,vivelesterritoires! Une (re)fabricationaunomdu développement, Paris, IRD Editions, 2005, pp. 47-77.

12 Michel Lussault, ibid., p. 94.

13 Carlos Antonio Aguirre Rojas, op. cit., p. 33.

14 Michel Lussault, cité par Jacques Lauriol et al., op. cit., p. 94.

15 Hartmut Rosa, 2010, cité par Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 81.

16 Armel Sambo, «Perceptions locales et pratiques d’adaptation au changement climatique dans la gestion rationnelle des ressources en eau du Lac Tchad», Geo-Eco-Trop., Vol 37, n° 2, 2013, pp. 293-302.

17 Issa Saïbou, «Résurgence de la question musulmane dans le bassin Tchadien», in Issa Saïbou (dir.), Les musulmans, l'école et l'Etat dans le bassin du Lac Tchad, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 18.

18 Ce sont des jeunes défavorisés, âgés de 6 à 25 ans et soumis aux prêches radicaux des Mallams dans des villes du nord du Nigéria. Voir Niyi Awofeso, Jan Ritchie, and Pieter Degeling, “The Almajiri Heritage and the Threat of Non-State Terrorism in Northern Nigeria: Lessons from Central Asia and Pakistan”, Studies in Conflict and Terrorism, Vol. 26, No. 4 (2003), p. 314.

19 «Rapport général du symposium international sur la déradicalisation des jeunes et la réinsertion des repentis de Boko Haram», Université de Diffa, Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, République du Niger, Diffa, 17 mai 2017, pp. 18 et 25.

20 John Igue, L’Afrique de l’Ouest : entre espace, pouvoir et société. Une géographie de l’incertitude, Paris, Karthala, 2006, p. 244.

21 Hartmut Rosa, 2010, cité par Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 81.

22 Nicole Aubert, op. cit., p. 7.

23 Achille Mbembé, op. cit., pp. 48-49.

24 Issa Saïbou, «Résurgence de la question musulmane…», op. cit., p. 11.

25 Léon Koungou, op. cit., pp. 71-80.

26 Luc Gwiazdzinski, ibid., p. 81.

27 Issa Saïbou, « L'embuscade sur les routes des abords sud du Lac Tchad », Politique africaine, N° 94, février 2004, p. 87.

28 Ibid., pp. 84-86; sur la question, lire aussi Issa Saïbou, Les coupeurs de route. Histoire …, op. cit.

29 Les coupeurs de route ont reçu le nom tristement célèbre de «Zarguina».

30 Hussein Solomon, Terrorism and Counter-Terrorism in Africa: Fighting Insurgency from Al Shabaab, Ansar Dine and Boko Haram, New York, Palgrave Macmillan, 2015, p. 92.

31 Fernand Braudel, op. cit., pp. 729-731.

32 Une stratégie est dite irrégulière lorsque, sur le plan juridique, elle n’obéit pas soit au droit de la guerre (Droit international humanitaire), soit au droit à la guerre (c’est-à-dire qu’elle n’est pas menée par une autorité politique légitime internationalement reconnue) ; du point de vue opérationnel, l’irrégularité se caractérise par la violation constante des principes conventionnels édictés par la science militaire et relatifs à la guerre classique. Voir Hervé Coutau-Begarie, «Guerre irrégulière: de quoi parle-t-on?», in Hervé Coutau-Begarie (dir.), Stratégies irrégulières, Paris, Economica, 2010, p. 13.

33 Philippe Boulanger, Géographie militaire et géostratégie. Enjeux et crises du monde contemporain, Paris, Armand Colin, 2011, pp. 205-206.

34 La pression militaire de 2016 a amené Boko Haram à se réorganiser en petites cellules de 3 à 10 membres, dépourvues de tout substrat idéologique et détachées du commandement central de la secte. Voir Henri Mahamat Mbarkoutou, «Fonctionnalisation ou émiettement de Boko Haram? Evolution récente et risques à venir pour le bassin du Lac Tchad», Séminaire de programmation et de recherche sur les problématiques sécuritaires dans le bassin du lac Tchad, EIFORCES, Maroua, 14-15 semtembre 2018.

35 André le Sage, cité par Hussein Solomon, op. cit., p. 7.

36 Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 86.

37 C’est dans la nuit du 9 au 10 juin 2019 qu’environ 300 combattants de Boko Haram ont attaqué un poste avancé de la FMM dans la localité camerounaise de Darak bordière du Lac Tchad.

38 La forêt de Sambisa par exemple est présentée comme le sanctuaire où Boko Haram dispose d’importantes bases, à l’abri des FDS. La géographie militaire montre que la forêt, en tant qu’espace de bataille, est difficilement accessible aux engins lourds. En raison de la multiplicité d’espaces de dissimulation, le milieu forestier est défavorable à l’observation aérienne, mais propice à la défensive et aux embuscades. Voir Philippe Boulanger, Géographie militaire, Paris, Ellipses, 2006, p. 222.

39 Luc Gwiazdzinski, ibid., p. 81.

40 RFI, «Prise d’un camp militaire par Boko Haram au Cameroun», 28-12-2014, disponible sur (http://www.rfi.fr/afrique/20141228-cameroun-violents-combats-entre-armee-boko-haram-ashigashiya), consulté le 27 août 2019.

41 Commission du bassin du Lac Tchad.

42 Achille Mbembé, op. cit., p. 49.

43 William Assanvo, Jeannine Ella A Abatan and Wendyam Aristide Sawadogo, “Assessing the Multinational Joint Task Force against Boko Haram”, West Africa Report, Institute for Security Studies, Issue 19, September 2016, p. 3.

44 Même s’il est plus question de chrono-stratégie ici.

45 Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 76.

46 Même si cet effort d’adaptation est encore assez faible.

47 «Développement: un budget de 42 milliards pour l’Extrême-Nord», cameroun24.net, 8 janvier 2016.

48 Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 76.

49 Ceci est une transposition de l’approche de Gwiazdzinski fondée sur la prévalence d’un éclatement des temps sociaux et l’émergence d’une temporalité différentielle avec des logiques et rationalités différentes dans chaque temps. La conséquence en est la difficulté pour les individus ainsi divisés à «faire famille» ou «nation». Cela rend bien compte du handicap étatiste qui mine la FMM. Voir ibid., p. 84 et p. 86.

50 Leon Koungou, op. cit., pp. 115-123.

51 Luc Gwiazdzinski, ibid., p. 82.

52 L’option cinétique est relative à l’élimination physique des vecteurs d’insécurité.

53 Jean Charles Lagrée, « Gilles Lipovetsky, Les temps hypermodernes », Temporalités [En ligne], 2 | 2004, disponible sur http://journals.openedition.org/temporalites/797, mis en ligne le 29 juin 2009, consulté le 20 avril 2019, p. 137.

54 A ce sujet, voir Jacques Baud, La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur, Paris, L’Art de la guerre/Edition du rocher, 2003.

55 Voir Philippe Moreau-Defarge, Introduction à la géopolitique, 2e éd., Paris, Seuil, coll. « Points essais », 2005.

56 C’est ce rapport que la géopolitique corrèle à la politique. Voir Aymeric Chauprade, Géopolitique. Constantes et changements dans l’histoire, Paris, Ellipses, deuxième édition revue et augmentée 2003, p. 13. Mais dans le cadre de ce travail, nous le mettons davantage en relation avec la stratégie, comme le fait la géostratégie.

57 Jean Charles Lagrée, op. cit., pp. 136-137.

58 Colin S. Gray, Strategy and History: Essays on theory and practice, New York, Routledge, 2006, pp. 1-2 ; sur la place de l’histoire dans l’agir stratégique, lire aussi André Désiré Foumane, «Le régulier et le contingent. Un débat paradigmatique au cœur de la pensée stratégique», Munich, GRIN Verlag, 2019, disponible sur (https://www.grin.com/document/465033), consulté le 20 août 2019.

59 Sur l’approche globale, lire notamment Wullson Mvomo Ela, «Le bassin du Lac Tchad, une "zone grise" à ré-étatiser», Vigie/Bulletin d’Analyse Stratégique et Prospective, n° 007, EIFORCES, janvier-mars 2018, p. 101.

60 Chez le théoricien prussien Clausewitz, le militaire n’est qu’un instrument au service du politique, tant la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens. L’usage de la force n’est donc faite que dans les limites qui n’entravent pas la réalisation de la finalité politique. Voir Carl Von Clausewitz, De la guerre, Paris, Perrin (trad.), 2006, pp. 56-58.

61 Dans la doctrine communiste notamment: «une guerre révolutionnaire est faite de 20% d’action militaire et de 80% d’action politique». Voir Général Chang Ting-Chen, cité par David Galula, Contre-insurrection. Théorie et pratique, Paris, Economica (trad.), 2008, pp. 133-134.

62 «À menace globale, riposte globale», cf. S. E. Paul Biya, «Discours en réponse aux vœux du Corps diplomatique», 8 janvier 2015.

63 Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 86.

64 Ce mot caractérise les sociétés marquées par l’exercice simultané de plusieurs tâches, la multiplicité de référentiels, la densification des relations sociales, la volatilité des trajectoires et des finalités, la souplesse, l’improvisation, le repli identitaire, de même qu’une faible inclination à la discipline.

65 Luc Gwiazdzinski, op. cit., p. 90.

66 La culture monochronique suppose l’unicité de l’action, le respect des programmes, la conformité aux règles, ainsi que la formalisation des rapports sociaux.

67 Il s’agit d’un nouvel instrument opérationnel adopté 30 août 2018 à Abuja, à l’issue de la conférence des ministres de la CBLT. Voir CBLT, Communiqué final de la conférence ministérielle dédiée à l’adoption de la stratégie régionale de stabilisation du bassin du Lac Tchad, Abuja, 30 août 2018.

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Résumé des informations

Titre
La pesanteur espace-temps dans l’effort de stabilisation du bassin du Lac Tchad
Auteur
Année
2019
Pages
24
N° de catalogue
V513305
ISBN (ebook)
9783346100092
ISBN (Livre)
9783346100108
Langue
Français
mots-clé
tchad
Citation du texte
André Désiré Foumane (Auteur), 2019, La pesanteur espace-temps dans l’effort de stabilisation du bassin du Lac Tchad, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/513305

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