Le rôle et les activités de l'Académie francaise au XVIIIe siècle


Dossier / Travail de Séminaire, 2015

19 Pages, Note: 1,7

Anonyme


Extrait

Sommaire

1. Introduction

2. Les débuts de l’Académie française

3. Le contexte du XVIIIe siècle
a. Le français au siècle des Lumières
b. Les activités et les membres de l’Académie

4. Le développement du Dictionnaire
a. Les quatre éditions du XVIIIe siècle
b. Comparaison des éditions

5. La fin du siècle des Lumières

6. Conclusion

7. Bibliographie
a. Littérature primaire
b. Littérature secondaire
c. Internet

1. Introduction

L’Académie française est connue par la plupart des Français, mais elle devrait être aussi connue en Allemagne, certainement parmi ceux qui se trouvent en contact avec la langue et la culture française. Aujourd’hui, ces quarante membres, les Immortels jouissent toujours de l’estime générale qui s’est développé pendant les quatre siècles de son existence. On se pose donc la question comment et pourquoi l’Académie a été crée et comment elle a évolué dans le contexte historique. Regardant l’histoire de la langue et de la littérature, on constate qu’il y a un siècle pendant lequel la littérature, la pensée et la langue se développaient d’une façon remarquable : Le siècle des Lumières. Dans ce travail, il s’agira donc d’exposer l’influence et les activités de l’Académie pendant ce siècle révolutionnaire.

Pour commencer, il convient d’exposer la fondation et les débuts de l’Académie en expliquant aussi ses objectifs et sa mission. Pour continuer, nous aborderons le contexte du XVIIIe siècle. D’un côté, nous exposerons la situation de la langue française en donnant également un bref aperçu historique du siècle. De l’autre, il suivra la description des activités et des membres de l’Académie. Le contexte historique et linguistique sera pris en compte en même temps.

Puis, pour mieux comprendre le travail et le rôle de l’Académie, il convient d’analyser les quatre éditions du Dictionnaire de l’Académie qui ont été publiées au XVIIIe siècle. Nous présenterons d’abord les éditions successives devant leur contexte de parution avant de continuer en établissant une comparaison entre elles. Ensuite, il s’agira de la question de savoir si la Révolution française et ainsi la fin du siècle représentaient également la fin de l’Académie. Et enfin, une conclusion terminera ce travail.

2. Les débuts de l’Académie française

Fondée en janvier 1635 sous le règne du roi Louis XIII par le cardinal de Richelieu, l’Académie française fut la première institution dont les débats d’une assemblée d’hommes de lettres ont été considérés comme jouant un rôle important dans l’avenir de la langue française ainsi que de la France. Le cardinal de Richelieu, en fonction de père et protecteur de l’Académie, construisit l’organisation interne dans les statuts et règlements daté du février 1635. Ces cinquante articles qui sont, à partir de quelques unes, encore en vigueur aujourd’hui1, furent très favorables pour la grande réputation de l’Académie et fondèrent son importance politique au fil du siècle.2 Entre outre, ils déterminent qu’il y eut 40 membres au maximum, dits Immortels, dont trois fonctionnaires, un directeur, un chancelier et un secrétaire qui sont élus par l’Académie.3

Si nous regardons son objectif de « porter la langue que nous parlons à sa dernière perfection, et de nous tracer un chemin pour parvenir à la plus haute éloquence »4, nous constatons le fait que l’Académie française adopte un rôle important pour le développement non seulement de la culture et de la société, mais encore de la nation française. Sa principale mission fut cultiver, standardiser et faire développer la langue française au contexte des sciences et des arts:

La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possible, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences.5

De surcroît, pour atteindre ce but, elle prit à tâche de composer un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique6, dont seul le dictionnaire sera finalement réalisé ; la première édition fut publiée en 1694.7 Ce dictionnaire fut le premier de cette sorte en expliquant entre outre l’origine grammaticale, l’orthographe et l’emploi des mots en donnant des exemples.8

En plus, l’Académie exclut les matières religieuses de toute sorte de discussion, alors qu’elle n’inclut les matières politiques « que conformément à l’autorité du Prince, à l’état du Gouvernement et aux lois du Royaume ».9 Cette règle progressiste d’exclure les matières religieuses sauf pour la définition des mots concernant à ce sujet évite les conflits entre la religion et les sciences et elle est toujours en vigueur.10 Pour le fondateur le cardinal de Richelieu, l’Académie constitua ainsi un moyen d’unification du royaume en fondant une académie nationale, une institution d’un caractère officiel.

3. Le contexte du XVIIIe siècle

a. Le français au siècle des Lumières

Quant au travail de l’Académie française au XVIIIe siècle, il convient d’abord d’analyser la situation de la langue française au contexte historique. Débutant au lendemain de la mort de Louis XIV en 1715, le XVIIIe siècle est marqué par l’époque des Lumières, un mouvement européen qui plaçait les connaissances intellectuelles et scientifiques au-dessus des croyances et superstitions imposées par le clergé. Entre autres, cette période qui se termina en 1789 avec la Révolution française « se caractérise […] par l'affaiblissement de la monarchie »11 et l’inégalité des différentes couches sociales.

D’abord, il convient de mentionner le fait qu’en total, il y eut moins de trois millions de Français qui comprirent ou parlèrent le français, qui fut un français populaire non normalisé, mais la plupart des 25 millions de Français à cette époque parla un patois (=une langue régionale). Seuls les Français à exécuter le pouvoir, étaient ceux qui parlèrent un français standardisé. Même si l’État ne poursuivit pas de politique linguistique afin de franciser le peuple, le français, étant langue des Lumières remplaça de plus en plus le latin comme langue internationale de communication : « Des intellectuels comme Voltaire, Diderot, Montesquieu et J.-J. Rousseau furent [ainsi] des agents d'expansion du français dans toute l'Europe »12.13

Un autre aspect non négligeable est le fait que la langue française profita de son statut comme langue diplomatique universelle en Europe suite au fait que près de 25 États ou bien « toutes les cours […] utilisaient le français [dans leurs correspondances] »14. Elle était alors encore la langue de la monarchie (ce statut changera avec la Révolution) et emprunta des mots espagnols, italiens et allemands. Mais le français se trouva aussi en contact et en concurrence sérieuse avec la langue anglaise.15 Voltaire expliqua ainsi cette mode ou bien l’universalité du français en disant:

La langue française est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté, de délicatesse tous les objets de la conversation des honnêtes gens.16

Cette notion ne fut pas de nouveau, bien au contraire, déjà en 1683, dans son ouvrage De l’excellence de la langue françoise, François Charpentier, écrivain et membre de l’Académie, établit l’idée de l’universalité et de la perfection que la langue française put atteindre dans le XVIIe siècle.17 Pour Antoine Rivarol, philosophe des Lumières, cette notion fut « l’idée directrice »18 de son Discours sur l’universalité de la langue française qui gagna un concours organisé par l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin.19 D’après lui, l’ordre strict du français (sujet – prédicat – objet) exprimerait le mieux « la logique de la compréhension du monde » ce qui était la condition requise pour une langue européenne. Cette clarté de la langue française était ainsi la raison pour « la caractéristique du français comme langue européenne de prestige »20.

Puis, les développements techniques de cette époque comme par exemple l’industrialisation et le réseau routier assez développé en France favorisèrent l’expansion du français même dans les villages : Comme ce système de centralisation simplifia le transport, les marchands arrivèrent aisément d’une ville à l’autre et purent développer un système de distribution périodique des livres et des journaux français. C’est dans les années 1760 que l’enseignement profita de cette centralisation et ainsi la langue française qui se répandit. Ces deux progressions provoquèrent le début du changement de la norme linguistique quant à la référence sociale : On ne se référa plus à « la plus saine partie de la Cour » de Vaugelas, mais aux « honnêtes gens de la nation ». Cette approche s’opposa néanmoins à la crainte du déclin de la langue parmi les censeurs linguistiques de l’époque qui « croyaient que la langue se corrompait au contact des gens du peuple »21 en particulier face aux provincialismes et mots populaires.22

Enfin, un besoin de faire développer la langue au niveau scientifique et orthographique suite aux mots nouveaux fut née. Ce développement peut être considéré comme une « véritable explosion […] notamment de termes techniques savants, puisés abondamment dans le grec et le latin »23. Dans l’esprit encyclopédique du siècle des Lumières, l’enrichissement du vocabulaire intensifia et entraîna les travaux scientifiques sur la langue. Beaucoup de dictionnaires et encyclopédies comme par exemple L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772) par Diderot et d’Alembert qui compta parmi les œuvres littéraires les plus impressionnantes du siècle, parurent dans cette époque. Mais, il y eut aussi de commentaires et dictionnaires critiques par rapport à cet esprit encyclopédique, comme celui par l’abbé Jean-François Féraud sur la prononciation qui se trouva en processus de changement:

CROIRE, v. n. et act. Faut-il prononc. crêre, ou croâ-re? Plusieurs admettent les deux prononciations; la 1re, pour la conversation: la 2de pour le discours soutenu. […]24

En ce qui concerne le français dans la littérature du XVIIIe siècle, il faut mentionner que la philosophie et les auteurs du courant de Lumières exercèrent une grande influence sur la littérature. Particulièrement, la réflexion sur la langue et les conceptions métalinguistiques constituèrent une grande partie de la philosophie de ce courant philosophique. Nous avons déjà mentionné quelques représentants français dont Antoine Rivarol, François Marie Arouet de Voltaire et Denis Diderot, mais également Jean-Jacques Rousseau et Etienne Bonnot de Condillac firent protagonistes des Lumières.25 En particulier le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité (1755) publié par le premier est un exemple de l’influence qu’exercèrent les Lumières et la critique exprimée dans leurs ouvrages. Rousseau critique ainsi le fait que la langue est l’instrument de la fondation et du renforcement du pouvoir d’une partie de la société sur une autre. D’ailleurs, cette critique est l’exemple pour le fait qu’une critique de langue put se transformer aisément en critique sociale.26

b. Les activités et les membres de l’Académie

Comme déjà mentionné au point précédent, la langue française se trouva dans un processus de changements grâce aux influences externes comme l’influence des patois et des langues étrangères, de la philosophie, de l’industrialisation et de la naissance des nouveaux mots. C’est pourquoi un besoin de règles d’orthographe, surtout concernant les nouveaux termes techniques et scientifiques, se développa au début du XVIIIe siècle. Pour répondre à ce besoin, l’Académie commença beaucoup de réformes orthographiques en publiant quatre éditions successives du Dictionnaire de l’Académie en 1718, 1740, 1762 et 1798,27 sur lesquels nous reviendrons dans le chapitre suivant.

Ces réformes et trois des quatre éditions du Dictionnaire continrent une vaste modification concernant l’orthographe de plusieurs milliers de mots. On comprend ainsi qu’il fut l’obligation des membres de l’Académie de respecter, dans leurs propres œuvres littéraires, ces règles et l’orthographe présenté dans le Dictionnaire de l’Académie.28 Il en résulte le fait que la pensée de la responsabilité pour le français grandie parmi les membres de l’Académie.29 Par conséquent, la nouvelle orthographe entra facilement dans l’usage des Français, comme une « divergence eut mené à un manque de considération de la part des lecteurs »30. De cette façon, l’Académie provoqua une évolution de la langue française en totalité et surtout de la langue écrite. Dans ce contexte, on constate que l’Académie, établissant le bon usage, exerça déjà une certaine autorité, une certaine réputation et une grande influence au XVIIIe siècle. Son influence se montre également dans le fait que l’Académie décerna des prix littéraires déjà depuis la fin du XVIIe siècle.31

Quant aux membres, l’Académie admit jusqu’au milieu du XVIIIe siècle non seulement des seigneurs ou des ecclésiastiques, mais encore des hommes de lettres et des philosophes.32 On peut dire qu’une grande partie de philosophes et écrivains, la majorité de Lumières a été admis : Montesquieu, Marivaux, Voltaire, Duclos, et d’Alembert, pour en citer certains, furent tous représentants de l’Académie pendant ce siècle. En particulier le dernier, en tant qu’encyclopédiste, eut une très grande influence sur l’opinion33 comme « ils [les encyclopédistes] transformèrent la philosophie et la science […] »34.

Par contre, le janséniste Louis Racine fut refusé lors de sa candidature à l’Académie parce que le premier ministre et membre de l’Académie André-Hercule de Fleury la « trouvait entaché de jansénisme »35. Pendant cette période de 26 ans entre 1717 jusqu’à 1743, de Fleury, étant jésuite, influença négativement et même exclut encore plusieurs candidatures d’autres jansénistes et philosophes.36

Parmi les représentants mentionnés, on peut dire que Montesquieu qui fut élu en 1727 à l’Académie est l’un des plus intéressants pour deux raisons : D’une part, pour son œuvre les Lettres persanes et sa personne, comme aucun autre membre de l’Académie eut « la situation ni le génie de Montesquieu »37. D’autre part, pour les circonstances de son élection : Après être refusé lors de sa première candidature en 1725 en raison de sa présidence au Parlement de Bordeaux, il fut pris deux ans après. Même qu’il est considéré comme un esprit indépendant et nouveau, il ne fut par accepté facilement à l’Académie.38

Mais c’est Voltaire que l’on considère comme un personnage très important pour les Lumières, peut-être le personnage le plus important, et après son élection dans l’année 1746 également pour l’Académie française. On peut dire qu’il est si important pour l’Académie parce qu’il « personnifie le grand mouvement d’émancipation philosophique du XVIIIe siècle »39. Prenant en considération les membres qui furent élus après lui cette notion se manifeste encore plus : l’écrivain Charles Pinot Duclos en 1747 qui devient secrétaire perpétuel, le philosophe et naturaliste Georges-Louis Leclerc comte de Buffon en 1753 et le philosophe et l’encyclopédiste d’Alembert en 1754. On peut considérer son élection comme un nouveau chapitre qui commence : « le règne de la Philosophie »40. La philosophie influença de plus en plus le travail de l’Académie comme elle permet une grande indépendance des pensées :

Les luttes dignes d'attention qui s'engagèrent en ce temps, sur le terrain académique, entre le pouvoir absolu et la liberté des lettres, furent toutes soutenues par la Philosophie. L'indépendance de la pensée ne s'appelle point d'un autre nom dans ce siècle.41

[...]


1 Cf. www.academie-francaise.fr/linstitution/statuts-et-reglements.

2 De Mancy, Adrien Jarry (1828), p. 53.

3 De Mancy, Adrien Jarry (1828), p. 57-58. / Lettres patentes.

4 Pellison-Fontanier, Paul ; d’Olivet, Pierre Joseph ; Livet, Charles-Louis (1989), p. 3-4.

5 Article XXIV des statuts et règlements de l‘Académie française.

6 Cf. Article XXVI des statuts et règlements de l‘Académie française.

7 Statuts et règlements de l‘Académie française, p. 19.

8 Cf. www.académie-française.fr/linstitution/lhistoire.

9 Article XXI & XXII des statuts et règlements de l‘Académie française.

10 Statuts et règlements de l‘Académie française, p. 18.

11 Leclerc, Jacques (2014), chapitre 7.

12 Ibidem.

13 Cf. Ibidem.

14 Leclerc, Jacques (2014), chapitre 7.

15 Cf. Bierbach, Mechthild; Pellat, Jean-Christophe (2003), p. 228.

16 Leclerc, Jacques (2014), chapitre 7.

17 Cf. Bierbach, Mechthild; Pellat, Jean-Christophe (2003), p. 228.

18 Ibidem.

19 Cf. Leclerc, Jacques (2014), chapitre 7.

20 Cf. Bierbach, Mechthild; Pellat, Jean-Christophe (2003), p. 228.

21 Leclerc, Jacques (2014), chapitre 7.

22 Cf. Ibidem.

23 Ibidem.

24 Féraud, Jean-François (1787).

25 Cf. Hassler, Gerda (1992), p.116.

26 Cf. Hassler, Gerda (1992), p.117.

27 Cf. www.académie-française.fr/linstitution-lhistoire/les-grandes-dates.

28 Cf. Art. XLIII & LXIV des statuts et règlements de l’Académie.

29 Cf. www.france.fr/arts-et-culture/lacademie-francaise.

30 De Mancy, Adrien Jarry (1828), p. 58.

31 www.france.fr/arts-et-culture/lacademie-francaise.

32 Cf. www.académie-française.fr/linstitution-lhistoire.

33 Cf. Gassier, Émile (1906), pp. 31-32.

34 Gassier, Émile (1906), p. 32.

35 Gassier, Émile (1906), p. 93.

36 Cf. Ibidem.

37 Gassier, Émile (1906), pp. 94-98.

38 Cf. Ibidem.

39 Ibidem.

40 Ibidem.

41 Mesnard, Paul (1857), p. 67.

Fin de l'extrait de 19 pages

Résumé des informations

Titre
Le rôle et les activités de l'Académie francaise au XVIIIe siècle
Université
University of Duisburg-Essen  (Institut für romanische Sprachen und Literaturen)
Cours
Hauptseminar: Les conceptions métalinguistiques des Lumières
Note
1,7
Année
2015
Pages
19
N° de catalogue
V539160
ISBN (ebook)
9783346150943
ISBN (Livre)
9783346150950
Langue
Français
mots-clé
académie, xviiie
Citation du texte
Anonyme, 2015, Le rôle et les activités de l'Académie francaise au XVIIIe siècle, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/539160

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