"Igitur", un conte philosophique inachevé, c´était publié en 1925 après la mort de Mallarmé en 1898, par le Docteur Bonniot, qui travailla avec la fille du poète et qui l`épousa en 1901. Le docteur Bonniot situe la composition entre les années 1867 et 1870, mais les thèmes d´inspiration peuvent remonter à l´époque de Besancon, même si le texte a été dévéloppé à Avignon. Or, cette édition, reprise dans la Pléiade de 1945, est une reconstitution qui tend à donner l´illusion d´une continuité narrative, ce qui est faux. En réalité, les fragments ne sont pas tous élaborés au même niveau, voire, quelquefois ils montrent une certaine discontinuité qui rend une interprétation parfois assez difficile.
C´est la raison pour laquelle dans les chapitres suivantes, nous examinerons quelques aspects du conte dans le détail. (D´ailleurs, il y a peu d´espoir d´éclairer jamais tous les détails.)
Dans ce conte, Mallarmé se dépeint lui et son expérience spirituelle, vu la crise élémentaire qu´il a vecue pendant les années 1866- 1869 dans lesquelles il a rencontré le Néant par l´impuissance.
L´impuissance,c´était la hantise de toute sa vie. C´est aussi ce sentiment qui lui a fait comprendre
l´engagement de ce refus de lui-même, illustré dans "Igitur". Mallarmé a voulu prendre conscience de la réalité des choses et de lui-même. Il ne s´est pas laissé tromper par les apparences, mais il a cherché quelle réalité se trouve derrière les apparences et l´automatisme du langage familier. Dans ce sens il a tenté de dépasser les apparences et de sortir du relatif pour conquérir l´absolu.
Avec "Igitur", qui reprend le "ergo" (sum) cartésien, nous sommes invités à un voyage hallucinant de la logique dans l´univers métaphysique. C´est le doute de l´être à l´égard de son hérédité, qui rencontre le Néant.
Table des matières
1.) Introduction
2.) Le minuit
2.1 Le temps et le lieu
2.2 Le miroir
2.3 Le grimoire et la bougie
3.) L´escalier
2.1 Le Néant
2.2 L´escalier: le traversé de l´humanité
2.3 “La folie d´el be none”
4.) Le coup de dés
4.1 L´abolition du hasard
4.2 L´autonomie de l´acte
Objectifs et thématiques
L'objectif principal de cette étude est d'analyser le conte philosophique inachevé "Igitur" de Stéphane Mallarmé, en examinant comment l'auteur explore la crise spirituelle de l'impuissance et la quête de l'Absolu à travers un voyage métaphysique. La recherche se concentre sur la dépersonnalisation du héros et la transformation du "moi" en esprit pur par une dialectique complexe.
- L'analyse de la structure narrative et symbolique d'Igitur.
- La rencontre entre le sujet et le Néant dans le cadre nocturne.
- L'étude des symboles centraux : le miroir, le grimoire, la bougie et l'escalier.
- L'exploration du "Coup de dés" comme moyen d'abolir le hasard et d'affirmer l'autonomie de l'acte poétique.
Extrait du livre
2.1 Le temps et le lieu
Le conte commence par minuit. “Minuit sonne” est-il- écrit, c´est l´instant ineffable, 6, l´heure blanche, l´heure nulle, où “l´essence fait le présent absolut des choses.”7 Le minuit représente la pure présence, sans attribut et sans modalité d´aucune sorte.8 La présence est aussi l´absence de tout. Etre et ne pas être, présence et absence se confondent.
Concernant le lieu, il y a une tour, dans cette tour une espèce de chambre, une“chambre du temps9”, une chambre toute mentale, dans laquelle se trouve Igitur. Cette chambre apparaît comme ayant pour rôle d´arrêter la dissipation de la pensée qui n´est plus qu´un “vage frémissement de pensée”10, pour la reconcentrer en elle-même11, dans la mesure où la conscience devient un “calme narcotique de moi pur longtemps rêvé.”12
Voilà le cadre dans lequel Igitur va éliminer au premier pas son moi impur pour se dépersonnaliser totalement, pour saisir la pure conscience de l´Absolu.
Le héros a l´allure d´un héros de nouveau roman13, car il est un hôte,“dénué de toute signification que de présence14”, un fantôme qui n´a même plus assez de corps pour se refléter dans le miroir placé devant lui.
Résumé des chapitres
1.) Introduction : Présente le contexte historique de la publication d'Igitur et définit la problématique centrale liée à la quête de l'Absolu chez Mallarmé.
2.) Le minuit : Analyse le cadre temporel et spatial du récit, ainsi que les symboles initiaux comme le miroir, marquant le début de la dépersonnalisation du héros.
3.) L´escalier : Examine le passage d'Igitur hors de la chambre et sa descente dans l'esprit humain, symbolisant la rencontre avec le Néant et l'héritage de la race.
4.) Le coup de dés : Explique l'aboutissement de l'ascèse du héros à travers l'abolition du hasard et la réalisation d'un acte autonome et nécessaire.
Mots-clés
Igitur, Mallarmé, Néant, Absolu, dépersonnalisation, miroir, symbolisme, coup de dés, hasard, acte poétique, conscience, métaphysique, poésie, esprit, dialectique.
Foire aux questions
Quel est le sujet principal de cette étude ?
Cette étude porte sur le conte philosophique "Igitur" de Stéphane Mallarmé et explore le cheminement spirituel du protagoniste vers l'Absolu.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes principaux incluent la dépersonnalisation, la dialectique du "moi", la rencontre avec le Néant et l'autonomie de l'acte créateur.
Quel est l'objectif de la recherche ?
L'objectif est d'analyser comment Mallarmé tente de surmonter son impuissance à travers l'écriture et la structure logique du récit.
Quelle méthode est utilisée ?
L'auteure utilise une analyse textuelle et thématique détaillée des fragments du conte pour mettre en lumière ses implications métaphysiques.
Que traite le contenu du corps du texte ?
Il traite de la progression du héros depuis la chambre (le minuit) jusqu'à la crypte (l'escalier) et enfin l'acte ultime du "Coup de dés".
Quels sont les mots-clés qui caractérisent ce travail ?
Les termes essentiels sont Igitur, Néant, Absolu, dépersonnalisation, hasard, acte et poésie.
Comment le miroir symbolise-t-il la crise d'Igitur ?
Le miroir agit comme le lieu où le "moi impur" de l'auteur devient un objet de conscience, facilitant ainsi la séparation d'avec le moi temporel.
Pourquoi la notion de "folie" est-elle centrale ?
La folie est interprétée comme un outil nécessaire ("folie utile") pour atteindre l'Absolu et pour libérer l'acte de la contingence du hasard.
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- Anna-Katharina Seemann (Author), 2006, Igitur, ou la Folie d'Elbehnon, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/67333