Le Verlan - règles et usages


Dossier / Travail, 2005
19 Pages, Note: 15 Punkte

Extrait

Sommaire

Introduction

1)Le mot verlan

2)L’histoire du verlan

3)Le verlan et ses locuteurs

4)Le codage
a)Les dissyllabes
b)Les trisyllabes
c)Les monosyllabes
d)La troncation
e)La reverlanisation

5)Mode d’emploi du verlan

6)Le verlan: français ou langue étrangère?

Conclusion

Bibliographie

Introduction

Le verlan n’est pas une langue en soi mais un procédé de langage qui procure fierté et plaisir, mais aussi angoisse à ceux qui l’utilisent. Ce‘nouveau’système de communication qui semble largement utilisé par les jeunes est parfois amusant, parfois violent. Tantôt méprisé par les uns, tantôt exploité par les autres, il reste finalement ambigu et mystérieux par la diversité de ses références et de ses méthodes de transformation.

Mais c’est un langage où se reflètent des tensions sensibles de la société française actuelle. On a décrit le verlan comme une sorte d’argot utilisé surtout par les petits voyous, les drogués, mais aussi comme un jeu de langage pour adolescents et pour ceux qui cherchent le contact avec les jeunes.

Qui dit verlan dit l’envers à l’envers. Nous avons donc affaire à un langage à l’envers. Rien de neuf, en somme. Mais ce n’est pas si simple.

Comme toute langue, le verlan a ses règles: règles de formation, règles d’usage. Le verlan ne s’utilise pas n’importe comment. On le repère surtout dans les lieux marginaux de la société. Il ne vise pas à la clarté mais à la mystification. Il emploie un code pour exprimer librement en public ce qui n’est pas permis par la langue standard. Apparemment, le verlan est devenu un code répandu parmi la jeunesse de toutes les classes sociales. Mais il reste que parler à l’envers provoque en général l’hostilité des non-initiés. Pour qu’un langage secret ou argotique arrive à s’imposer à ses locuteurs de manière durable, il faut qu’il réponde à un besoin social, à une réalité sociale.

Dans mon exposé, je vais essayer de retracer l’historique du verlan avant de souligner les raisons sociales qui en font le mode de communication préféré de certains groupes. Pour finir, je donnerai quelques règles de cryptage en essayant de souligner les éléments qui font son succès parmi les locuteurs.

1) Le mot verlan

Le verlan est un langage codé où, pour simplifier un peu, les syllabes des mots sont inversées. Les mots sont donc à l’envers. Le nom de ce langage est lui-même du verlan (l’envers à vers-l’en à verlan)[1]. Nathalie J. Lefkowitz propose une autre interprétation possible du mot. Selon elle, le mot verlan pourrait aussi être l’inversion du terme langue verte (langue verte à ver te lan gue à verlan).[2] Ceci n’est pas très plausible quand on sait qu’auparavant le verlan s’écrivait avec un e donc verlen. C’est Auguste Le Breton qui a introduit ce terme et qui, le premier, s’est servi de la métathèse en littérature.

On peut dire que le verlan fait partie des codages cryptologiques du français argotique et vernaculaire, tout comme le largonji, le loucherbem et le javanais.

2) L’histoire du verlan

Le verlan est probablement aussi vieux que le français même, sans pour cela avoir un nom.

En effet, les métathèses, c’est-à-dire des inversions de lettres ou de sons dans un mot, sont assez fréquentes dans le langage courant et ces inversions ont parfois même conduit à des transformations morphologiques. Par exemple le mot fromage qui est la déformation de formage dans lequel on pouvait encore reconnaître ferme / fermage ou encore forme / formage.[3]

Les traces les plus anciennes du verlan sont constatées au Moyen Age. Dans Le Roman de Tristan (1190), le prénom de Tristan est transformé en Tantris.[4]

Vers la fin du 16e siècle, on trouve aussi des traces de ce jeu d’inversion des syllabes dans la langue du peuple. En ce temps-là, on appelait les Bourbons Bonbours.

Au 17e siècle, l’expression un sans-souci, ce qui veut dire pauvre, est transformée en un sans-six sous.

Plus tard, vers 1760, le roi Louis XV (quinze) est couramment appelé sequinzouil, et ceci est indéniablement une forme de verlan[5].

Même Voltaire a appliqué ce code. A l’âge de 22 ans, il cherchait un pseudonyme pour mettre de la distance entre son état de poète et le nom de sa famille. Il s’est souvenu que son grand-père n’habitait pas loin d’une ville qui s’appelle Airvault. Alors il a inversé ce nom (vault-air) ce qui a donné Voltaire.[6]

Quelques expressions ont été également repérées dans des romans de la fin du 19e siècle ; par exemple dans Lettre de la Hyène (1842), Toulon est transformé en Lontou, mais pour signifier le bagne.[7]

Dans les années 1930, le verlan est utilisé par les malfaiteurs pour coder leur langage.

Puis, le verlan, tout d’abord orthographié verlen avec un e, fait son entrée dans la littérature. Dans le roman Du Rififi chez les hommes (1953), André Le Breton écrit : «À son poing, un rasif étincelait. Non moins vif, le gros venait de sortir un brelica.»[8] et dans son dictionnaire, l’auteur explique: «Brelica: envers de calibre, qui signifie revolver. Expression très employée durant l’occupation.»[9]

Le mot verlan avec un a est attesté depuis au moins 1963. C’est Alphonse Boudard qui l’utilise dans son roman La Cerise:

«Une villèche de son veuba à la 10 d’appel. Ce qui veut dire que son baveux, son avocat a une cheville en cour d’appel pour lui faire réduire sa peine. C’est du verlan, la langue à l’envers à la mode depuis quelques années dans le milieu.»[10]

Entre 1963 et 1970, suit encore une période d’accalmie pour le verlan, ce qui ne veut pas dire qu’il ait tout à fait disparu. En 1970, le verlan fait une timide réapparition: c’est le jargon que parlent les fans de moto, qui écoutent le hard rock et qui portent des jeans et des cuirs et qu’on surnommait les «baba-hards».[11]

[...]


[1] cf. Plénat, Marc 1995 : 97

[2] cf. Lefkowitz, Natalie J. 1989: 312

[3] cf. Merle, Pierre 1997: 48

[4] cf. Azra, Jean-Luc et Véronique Chenau 1994: 149

[5] En effet, on reconnaît ici le e muet de [kε̃sœ]. Cf. ci-après p. 11 sqq.

[6] cf. Merle, Pierre 1997: 49

[7] cf. Merle, Pierre 1997 : 48

[8] Le Breton, Auguste (1953) : Du Rififi chez les hommes. Vu dans: Merle, Pierre 1997: 48

[9] Le Breton, Auguste (1960) : Langue verte et noirs desseins. Vu dans: Merle, Pierre 1997: 48

[10] Boudard, Alphonse (1963) : La Cerise. Vu dans: Merle, Pierre 1997: 48

[11] Merle, Pierre 1997: 50

Fin de l'extrait de 19 pages

Résumé des informations

Titre
Le Verlan - règles et usages
Université
University of Marburg
Note
15 Punkte
Auteur
Année
2005
Pages
19
N° de catalogue
V67638
ISBN (ebook)
9783638604277
Taille d'un fichier
516 KB
Langue
Français
Annotations
mots-clé
Verlan
Citation du texte
Miriam Nieser (Auteur), 2005, Le Verlan - règles et usages , Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/67638

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