Dans quelle mesure "Madame Bovary" et "Effi Briest" peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques?


Dossier / Travail, 2002

6 Pages, Note: 13/20


Extrait

Dans quelle mesure Madame Bovary est Effi Briest

peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques?

Le roman tragique descend de la tradition de la tragédie. Dans la Grèce antique, des œuvres lyriques et dramatiques en vers représentaient quelques grands malheurs arrivés à des personnages célèbres de l’histoire ou de la légende comme Antigone ou Ödipus de Sophokles. Avec le roman une autre forme d’expression est née, mais le message reste le même: Les héros sont brisés par leur sort et ne peuvent pas s’y échapper. S’ils essaient de se soumettre à leur destin, ils dépérissent ou échouent et s’ils tentent de s’en sortir, ils aggravent encore leur misère. N’importe ce qu’ils font, le malheur les détruira. Souvent la mort ou le suicide sont la conséquence: Le jeune Werther[1] de Goethe finit par se suicider à cause de son amour malheureux pour une femme mariée et le fils du roi Hamlet de Shakespeare assassine sa mère. Dans le roman de Lessing, Emilia Galotti ou la nouvelle de Gottfried Keller, Romeo und Julia auf dem Dorfe, la situation des jeunes couples ne leur permet pas de se marier ce qui finit par la mort volontaire ou bien le suicide.

Un sujet semblable traitent Gustave Flaubert (1821-1880) et Theodor Fontane (1819-1898) dans leurs romans Madame Bovary (1856) et Effi Briest (1894): le mariage malheureux et la force des conventions sociales. Mariée à cause des mœurs et des raisons tactiques et non par amour, les jeunes femmes Effi Briest et Emma Bovary trompent leurs maris pour s’évader de l’ennui quotidien. Elles voudraient s’enfuir avec leur amant pour échapper leur vie conjugale, mais ni l’amant de Emma Bovary, Rodolphe, ni celui de Effi Briest, le major de Crampas, veulent renoncer à leur place dans la société. Emma, avant de perdre tout son bien à cause des dettes qu’elle a fait inutilement, se suicide. Effi, rejeté de la société, mais quelques ans après son divorce acceptée par ses parents, meurt de la phtisie. Par ses actions, les deux femmes précipitent leurs maris et leur fille unique dans le malheur.

Dans les romans de Flaubert et Fontane se trouvent un effet plusieurs aspects d’un roman tragique qu’on peut évoquer en trois parties: D’abord les raisons du malheur des jeunes femmes au mariage qui peuvent être considérées comme la base de toute la misère, puis les actions qui en résultent et finalement l’échec et les conséquences du comportement des femmes adultères.

Un jour, Effi a 17 ans, sa mère Louise Briest, femme de la petite aristocratie prusienne, la confronte d’une nouvelle importante qui changera sa vie: «Il faut que je te dise, Effi, que le baron d’Innstetten a demandé ta main (35).» Effi est encore enfant[2] pendant qu’Innstetten a plus de vingt ans qu’elle et il est déjà Landrat de Kessin. Bien qu’elle ne l’ait vu qu’une fois, la mère la manipule pour qu’elle dise «oui» (35). Le même jour Effi est fiancé et quelques semaines après mariée.

Pour la jeune Emma, la situation semble être plus facile puisque son père semble lui laisser le choix si elle veut se marier avec Charles: «Il faut pourtant lui demander son avis» (73). Pourtant, son opinion compte beaucoup, puisqu’il se dit: «S’il me demande, je la lui donne» (72). En plus, quand Emma se décide pour Charles, elle le connaît déjà plusieurs mois et le mariage est fixé pour l’année prochaine (73). Mais la phrase «On remit à causer des arrangements d’intérêt» (73) montre que le mariage d’autrefois n’était pas un résultat de l’amour, mais une action pour assurer que la femme était nourrie. Ainsi la mère d’Effi veut justifier le mariage avec Innstetten en rappelant Effi les conditions favorables dans la société: «Tu en seras, à vingt ans, au point où d’autres n’en sont qu’à quarante» (35). Et Charles semble acceptable puisqu’on le connaît «de bonne conduite, économe, fort instruit» (72). Avec Charles, Emma, descendant du milieu paysan élevé, avancera dans la petite bourgeoisie et Effi peut espérer que Geert est un jour appelé au ministère. Or on voit que si une femme n’aime pas son mari, son sort est tragique parce que le divorce est presque impossible puisqu’il faut après trouver de nouveau un mari qui est encore prêt à l’entretenir. C’est le problème dont Emma et Effi souffrent: Elles ont un tempérament tout à fait différent a ceux de leurs maris qui ne réussissent pas à les contenter entièrement. Bien que Charles et Geert se montrent généreux vis-à-vis de leurs femmes[3], ils ignorent plusieurs désirs forts d’elles: D’abord, ils n’obtiennent bientôt (plus) des sentiments érotiques auprès de leur femmes. Emma se persuade «que la passion de Charles n’avait plus rien d’exorbitant» et que ses bisous sont devenus une habitude (95). Et «Innstetten était aimable et bon, mais ce n’était pas un amant[4] » (127). A ces démonstrations de tendresse Effi ne répond pas vraiment (128) et Emma repousse son mari «comme on fait à un enfant qui se pend après vous» (87).

En ce qui concerne les autres traits de caractère, les couples sont tout différents: Emma est une fille sentimentale (86), romantique[5] et rêveuse qui se souhaite l’amour éternel avec un «cavalier sur un cheval noir» (87). En plus, elle voudrait que son mari excelle des activités multiples et qu’il l’initie aux énergies de la passion et aux raffinements de la vie (92). Mais la conversation de Charles est «plate comme un trottoir de rue» et il «n’enseignait rien […] ne savait rien, ne souhaitait rien» (92). Une fois invitée à un bal, Emma est toute enthousiaste parmi ces aristocrates et elle se rend compte avec amertume que ce monde lui sera fermé[6]. Charles par contre ne s’intéresse pas aux symboles de réussite sociale et ne contente pas le désir de son épouse d’avancer dans la société[7].

En ce qui concerne Effi, elle est aussi ambitieuse (105) et dit à sa mère qu’elle aime «les bals de la Cour et les galas à l’Opéra» (51), mais les visites obligatoires chez les familles aristocratiques l’ennuient beaucoup (126). Elle préfère la nature (144), le balançoire (143), la compagnie[8] et le sentiment de sécurité puisqu’elle est craintive (96). Elle n’est pas une forte nature (200), imaginative (49) et n’a pas de principes (54). Geert par contre en a beaucoup, est dogmatique, a du caractère (54) et veut faire carrière «coûte que coûte» (155): Bien que Effi ait peur dans leur maison Geert la laisse seule «parce qu’il le faut» (100) et ne veut pas déménager parce que l’opinion publique est plus importante (100). Il est brave et décidé et attend le même d’Effi dont elle se trouve incapable (96). Ce n’est non seulement son aspect militaire (36), mais aussi sa méthode pédagogique qui font peur à Effi. Le fait que Geert parle d’un fantôme pour s’assurer de sa fidélité, l’effraie beaucoup: «La bonté en était absente et cela frisait presque la cruauté» (160).

Mais le plus grave pour les jeunes épouses est le fait que leurs maris ne remarquent pas leur malheur. Charles croit que sa femme est heureuse (92) et ne s’aperçoit jamais de son désespoir (p.ex. 283). Quant à Effi et Geert, la mère de la jeune fille prédit: «Il ne l’amusera que médiocrement. Et le pire, c’est qu’il ne se préoccupera même pas de savoir comment il pourrait s’y prendre. […] Elle se sentira offensée. Là, je ne sais pas ce qui arrivera» (60). Or on peut constater que les unions sont déjà avant leur début à cause des différences de caractères vouées à l’échec si les épouses n’arrivent pas à s’adapter et supprimer leurs désirs.

C’est ce que les deux jeunes femmes essaient d’abord, car bien qu’elles aient du tempérament, elles n’osent pas parler de leur mécontentement[9] ; d’un côté parce que les maris ne le remarquent pas[10] et d’un autre côté parce que c’est contre la tradition sociale d’autrefois. Par conséquent Emma conduit bien la maison, est gentille avec les clients et sert Charles le repas quand il rentre tard le soir (92, 93). Effi fait des visites obligatoires et essaie de ne faire remarquer à personne son malheur en par exemple défendant son mari même devant son père (145, 146).

[...]


[1] Johann Wolfgang von Goethe: Die Leiden des jungen Werther

[2] p. 49: la mère dit «Tu es une enfant»

[3] Charles déménage à cause d’Emma, lui confie l’argent et Geert offre à Effi un voyage de noces, veut l’offrir une bague

[4] p. 129: Quand il raconte de Crampas que le dernier est un homme à femmes, il mentionne que c’est quelque choses qui lui a «toujours paru ridicule» (129).

[5] p. 90: „qui avait aimé l’église pour ses fleurs, la musique pour les paroles des romances, et la littérature pour ses excitations passionnelles.»

[6] p. 110: „mais le regret lui resta“

[7] p. 260: Dès que Emma apprenne l’échec de l’opération d’Hyppolite, elle le déteste d’autant plus.

[8] p. 143: „Ce qu’Effi préférait c’étaient les causeries qu’elle avait tous les matins avec sa mère». p. 145: Effi regrette que Geert n’a pas pris de congés pour l’accompagner à Hohen-Kremmen.

[9] Effi p. 145: « mais elle ne voulut pas le laisser voir», Emma p. 91: «Les mots lui manquaient donc, l’occasion, la hardiesse.»

[10] p. 91, Emma: «S’il s’en fût douté […] il lui semblait qu’une abondance subite se serait détachée de son cœur.»

Fin de l'extrait de 6 pages

Résumé des informations

Titre
Dans quelle mesure "Madame Bovary" et "Effi Briest" peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques?
Université
Université Sorbonne Nouvelle Paris III  (Licence études franco-allemandes)
Cours
Madame Bovary et Effi Briest
Note
13/20
Auteur
Année
2002
Pages
6
N° de catalogue
V7128
ISBN (ebook)
9783638144780
ISBN (Livre)
9783656766629
Taille d'un fichier
377 KB
Langue
Français
Annotations
Analyse ohne Sekundärliteratur. 278 KB
mots-clé
Dans, Madame, Bovary, Effi, Briest, Madame, Bovary, Effi, Briest
Citation du texte
Sonja Breining (Auteur), 2002, Dans quelle mesure "Madame Bovary" et "Effi Briest" peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques?, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/7128

Commentaires

  • invité le 1/1/2012

    J'ai lu l'extrait de l'analyse que je trouve joliment tourné. Deux jeunes femmes victimes de leur condition sociale. Dans l'Allemagne prussienne, ils ne faisaient pas vraiment dans la dentelle. Si je ne fais pas d'anachronisme, que l'on me corrige si c'est le cas, Pour les femmes, les distractions se résummaient aux KKK (Küche, Kinder und Kirche). Les petits bourgeois de province françaises étaient sans doute moins austères mais pas pour autant distrayants etauraient pu quant à eux invité les CCC (Cuisine, couche et curé)

    Pour en revenir à des considérations de second ordre, néanmoins abordés par certains ici un "EST" n'est pas plus laid en soit qu'un "Scahde" laissé dans un commentaire. Que celui ou celle qui n'ont jamais écrit de coquilles dans leur mémoires, thèses lui jettent la première pierre.

  • invité le 4/10/2009

    mdr.

    "Votre commentaire sera examiné par notre rédaction avant d'être publié"

    il s'agirait pas qu'il y ait des petits bouseux qui viennent se foutre de votre buisness, hein?
    Franchement, vous pensez pas que le monde est déja trop tourné vers l'argent, alors si en plus vous essayez de transformer la litterature en une source d'argent...

    Les gars, jserai vous je prendrai une corde et un tabouret, et si il vous reste une part d'humanité en vous, vous saurez ce qu'il faut faire...

  • invité le 4/10/2009

    Du foutage de gueule?.

    Wie du sagst Luke, es gibt im Titel eine Fehler. Der S in "EST" muss weg.
    "Dans quelle mesure Madame Bovary EST (?) Effi Briest peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques ?"
    "Et" sans S s'il vous plait, un peu de serieux que diable, vous n'avez plus aucunne crédibilité avec une faute dès le début.

  • invité le 13/10/2007

    Scahde....

    Ich habe leider Bedenken, deine Hausarbeit durchzulesen, wenn schon in der Überschrift solche Fehler auftauchen...

    Dans quelle mesure Madame Bovary EST (?) Effi Briest peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques ?

    Schade...

  • invité le 21/2/2005

    fragment très interessant.

    Chère Sonja, ce texte est très intéressant... ça donne envie de lire plus...Peut-être dans le furtur pas si lointain...

    Amitiés

    Ricardo Arcos-Palma

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Titre: Dans quelle mesure "Madame Bovary" et "Effi Briest" peuvent-ils être considérés comme des romans tragiques?



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