« Ma conviction est que le principe de la dissuasion nucléaire reste valable face à la prolifération, et qu’il commence même à jouer avant l’apparition d’une menace concrète » 1 . Ainsi Jacques Chirac a-t-il caractérisé en 1992 la relation entre la dissuasion et la prolifération, tout en revendiquant dans le même article une politique de non-prolifération comme priorité supérieure à l’échelle nationale et internationale. La mise en valeur de l’importance des armes nucléaires pour la sécurité nationale et la crainte que d’autres Etats cherchent à s’emparer des mêmes garanties expriment en apparence un paradoxe qui ne se limite néanmoins pas aux idées du Président de la République actuel mais se retrouve dans la plupart des discours politiques en France comme aux Etats-Unis. Dans ce travail, je vais tenter d’étudier les effets de la prolifération sur la dissuasion à travers une perspective qui se concentre sur une compréhension théorique de la dissuasion comme approche stratégique et plutôt que condition empirique. Pour m’abstenir de tomber dans une simple énumération de généralités et considérations simplistes, je vais construire mon argumentation sous trois angles analytiques : 1) une différenciation selon la question si un acteur poursuivant une stratégie de dissuasion possède des capacités nucléaires ou pas ; 2) une différenciation entre prolifération comme processus et comme situation ; 3) une différenciation entre les différentes échelles de la « portée visée » dans une stratégie de dissuasion. Si j’espère ainsi assurer une réflexion plus systématique et donc plus enrichissante, je ne pourrai, étant donné les contraintes de rédaction, n’aborder qu’une partie de la complexité théorique et empirique du sujet. Enfin, si cette analyse ne vise pas à trancher la discussion sur la question si la prolifération peut produire des effets positifs sur la sécurité du système international dans son ensemble, elle pourrait toutefois contribuer à comprendre l’attirance pour l’arme nucléaire malgré sa condamnation presque quotidienne.
Table des matières
Introduction
Les conséquences de la prolifération pour la dissuasion
1. Description des termes en question
2. Construction méthodologique de l’analyse
3. Les conséquences pour une « vieille » puissance nucléaire
3.1 Au cours d’un processus de prolifération
3.2 Face à un état de prolifération
4. Les conséquences pour une puissance non-nucléaire
4.1 Au cours d’un processus de prolifération
4.2 Face à un état de prolifération
5. Le problème de la « portée visée » de la dissuasion
Objectifs et thèmes de recherche
L'objectif principal de ce travail est d'analyser les effets de la prolifération nucléaire sur les stratégies de dissuasion, en adoptant une approche théorique plutôt qu'empirique. La recherche interroge la manière dont la détention de capacités nucléaires ou la menace liée à leur prolifération modifie le calcul stratégique des États nucléaires et non nucléaires, tout en explorant la viabilité de la dissuasion élargie dans le contexte contemporain.
- Différenciation stratégique selon le statut nucléaire des acteurs.
- Distinction analytique entre la prolifération en tant que processus et en tant que situation établie.
- Analyse de l'impact des menaces asymétriques sur la crédibilité de la dissuasion.
- Évaluation de la « portée visée » dans les stratégies de dissuasion actuelles.
- Analyse du rôle des systèmes de défense antimissile dans l'équilibre des coûts stratégiques.
Auszug aus dem Buch
1. Description des termes en question
Si la dissuasion semblait représenter le mode de stratégie par excellence pendant la période de la Guerre froide, elle n’a ni été inventée ni rendu efficace avec l’arrivée des armes nucléaires. Au contraire, la dissuasion en tant qu’option dans l’emploi de la force pour une fin définie existe depuis toujours et n’est pas liée à un type d’arme spécifique. Plus précisément, une dissuasion réussie consiste dans la non-utilisation de la force tout en empêchant l’adversaire d’atteindre ses objectifs : « deterrence is a condition wherein a deterree – the object of deterrent menaces – chooses not to behave in ways which he would otherwise have chosen to behave, because he believes that the consequences would be intolerable. »
Néanmoins, les risques innombrables liés à l’emploi de la force nucléaire et pour son possesseur et pour l’adversaire mènent Beauffre à déclarer que la dissuasion est devenue l’option stratégique préférable, au niveau de la stratégie atomique comme au niveau des forces conventionnelles servant à créer une dissuasion dite « complémentaire » qui réduit la marge de manœuvre de l’adversaire à zéro. Cette hypothèse à été proposée en plein Guerre froide, un contexte qui se distinguait par le fait que les puissances nucléaires étaient peu nombreuses et qu’un véritable conflit nucléaire ne semblait être possible qu’entre les deux blocs idéologiques.
Ce contexte n’est plus valable. Le conflit entre les superpuissances ne jouant plus le rôle de frein protecteur, on a pu observer depuis les années 1990 une prolifération de menaces, d’escalades de violence et enfin de quêtes des armes nucléaires. Etant donné le cadre limité de ce texte, ce n’est que dans ce dernier sens que le phénomène de la prolifération sera traité ici, ainsi correspondant à la plupart des textes en pensée stratégique. Quel impact aura la confrontation avec une prolifération nucléaire perçue comme menaçante sur une stratégie de dissuasion individuelle ?
Résumé des chapitres
1. Description des termes en question : Ce chapitre définit la dissuasion comme une stratégie intemporelle de non-utilisation de la force et contextualise l'évolution de son application, passant de la Guerre froide aux menaces proliférantes actuelles.
2. Construction méthodologique de l’analyse : L'auteur expose les paramètres analytiques retenus, notamment la perception des acteurs et le calcul stratégique, tout en précisant les limites théoriques de l'étude.
3. Les conséquences pour une « vieille » puissance nucléaire : Ce chapitre examine comment les puissances nucléaires établies doivent adapter leurs capacités physiques et psychologiques face à un processus ou une situation de prolifération adverse.
4. Les conséquences pour une puissance non-nucléaire : Il analyse les défis existentiels rencontrés par les États sans armes nucléaires, contraints de choisir entre l'adaptation de leurs forces conventionnelles ou la recherche de protections alliées.
5. Le problème de la « portée visée » de la dissuasion : Ce chapitre traite des limites de la dissuasion élargie, dont la crédibilité est fragilisée par le nombre croissant d'acteurs nucléaires sur la scène internationale.
Mots-clés
Dissuasion nucléaire, prolifération, stratégie, sécurité internationale, dissuasion élargie, menace, puissance nucléaire, capacité de seconde frappe, équilibre, calcul coût-bénéfice, asymétrie, stabilité stratégique, défense antimissile.
Questions fréquemment posées
Quel est le sujet principal de ce document ?
Le document explore les effets de la prolifération nucléaire sur les stratégies de dissuasion, en examinant comment l'émergence de nouveaux acteurs nucléaires modifie les équilibres de sécurité entre les États.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes principaux incluent la crédibilité de la dissuasion, les différences entre puissances nucléaires et non nucléaires, ainsi que l'évolution des stratégies de dissuasion élargie.
Quel est le but ultime de la recherche ?
L'objectif est de comprendre, d'un point de vue théorique, pourquoi l'arme nucléaire reste attractive malgré sa condamnation et comment elle influence les décisions stratégiques dans un monde en prolifération.
Quelle méthode est employée pour l'analyse ?
L'auteur adopte une approche stratégique théorique, structurée selon trois axes : le statut nucléaire des acteurs, la nature du processus de prolifération et les échelles de la « portée visée ».
Que traite le corps principal du texte ?
Le corps du texte analyse successivement les options des puissances nucléaires établies, les défis des États non nucléaires et le déclin des stratégies de dissuasion élargie.
Quels mots-clés caractérisent le mieux ce travail ?
Les mots-clés sont : dissuasion nucléaire, prolifération, sécurité internationale, dissuasion élargie et stabilité stratégique.
Comment le statut d'un État influence-t-il sa stratégie face à la prolifération ?
Le statut détermine les options : une puissance nucléaire cherche à maintenir une capacité de seconde frappe, tandis qu'un État non nucléaire tente de renforcer sa défense conventionnelle ou de se placer sous un "parapluie" nucléaire allié.
Qu'entend l'auteur par « portée visée » de la dissuasion ?
La "portée visée" désigne l'extension de la protection dissuasive au-delà du propre territoire de l'État, notamment pour garantir la sécurité d'alliés vulnérables.
- Citation du texte
- Eric Sangar (Auteur), 2007, Les conséquences de la prolifération pour la dissuasion, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/71819