Albert Camus et son système de valeurs à travers sa pièce de théâtre LES JUSTES


Dossier / Travail de Séminaire, 2008
23 Pages, Note: 2,5

Extrait

Inhaltsverzeichnis

Introduction

1 Camus – l’écrivain et le dramaturge
1.1 La responsabilité de l’écrivain
1.2 Camus comme homme de théâtr
1.2.1 L’itinéraire dramatique de Camus
1.2.2 Camus et sa relation particulière avec le théâtre

2 Les circonstances de la genèse des Justes
2.1 Le début du XXe siècle – la politique au quotidien
2.2 Les Justes et son classement dans l’œuvre camusienne

3 Albert Camus et son image de l’homme
3.1 Camus – un humaniste ?
3.1.1 La religion dans Les Justes
3.1.2 La religion selon la conception du monde camusienne
3.2 Les valeurs gréco-latines dans Les Justes
3.2.1 La raison et l’égalité
3.2.2 La liberté
3.2.3 La justice
3.2.4 La solidarité et la fraternit
3.3 L’importance des idéaux/de l’idée vis-à-vis l’être humain

4 Les meurtriers délicat – entre l’innocence et la culpabilité

5 La philosophie camusienne
5.1 La conception de l’absurde
5.2 La révolte
5.3 La vision de l’amour
5.4 Une philosophie du relatif

6 Conclusion

Bibliographie

Introduction

Albert Camus (1913-1960) est un écrivain et penseur français qui compte parmi les plus importants du XXe siècle. Il a mis en place une philosophie qui contient trois cycles basés l’un sur l’autre et qui fait appel à un système de valeurs dont l’homme en chair et en os se trouve au milieu.

À partir de la pièce de théâtre Les Justes que je prends pour texte central de cette dissertation je vais m’approcher progressivement de cette philosophie tout en tenant compte de son apparence dans la pièce à analyser. Dans les deux premières chapitres je vais donner une introduction à la pensée camusienne sous différents points de vue que je considère comme révélateur de sa philosophie exposée dans les chapitres suivants. Chapitre trois donnera un aperçu de la problématique centrale en dénommant et en explicitant les valeurs les plus importans de la conception du monde camusienne. Dans le quatrième chapitre ces dernières seront contemplées du point de vue de leur application concrète dans Les Justes, d’où on tire notamment la singularité de la pièce. Le dernier chapitre servira d’une part d’exposition des trois cycles camusiens et d’autre part de réponse à la question comment cette conception est mise en pratique dans Les Justes. La quatrième partie du chapitre démontre la philosophie camusienne sous un autre angle de vue et dévoile la pièce de théâtre comme équivalent approprié de celle-ci. Dans la conclusion s’ensuivront encore des réfléxions récapitulatives concernant la thématique ainsi qu’un hommage de la pensée camusienne, vivement discutée encore de nos jours.

Chapitre 1 Camus – l’écrivain et le dramaturge

1.1 La responsabilité de l’écrivain

Selon Camus le monde est un endroit absurde. Tout de même cette évidence camusienne n’est pas forcément évidente pour chacun vivant sur terre car elle nécessite une compréhension profonde de la vie terrestre ainsi qu’une conscience approfondie de la place humaine au milieu de celle-ci. Des philosophes et des artistes auxquels les écrivains appartiennent jouent dans la logique de Camus le rôle des précurseurs car c’est d’abord à eux que s’ouvrent les rapports entre l’homme et le monde. Cette compréhension les charge d’une responsabilité incontournable envers leurs lecteurs / auditeurs / spectateurs – une tache à laquelle ils doivent s’adonner en âme et conscience.[1]

Dans Le mythe de Sisyphe il y a écrit : « Penser, c’est avant tout vouloir créer un monde » (Wittmann 2002 : 37), mais cette entreprise doit-elle être comprise comme fuite dans un autre monde, aussi absurde que le réel ? Évidemment non, car d’après Camus l’œuvre d’art symbolise la souffrance humaine dans sa situation absurde et n’en constitue pas une sorte d’issue mais propose une compréhension possible et un traitement responsable de celle-ci. Ce traitement responsable est inhérent à l’existence même des intellectuels parce qu’ils ne prennent l’absurdité que comme point de départ et n’empruntent pas les sentiers battus tout en satisfaisant l’appel camusien à la révolte[2]: à quel point les œuvres d’art peuvent être significatives, condamnables du point de vue de morale et efficaces sur le plan politique se montre à chaque moment où elles ne passent pas inaperçues devant leur public mais l’incitent à la réflexion, le mettent en ébullition ou se trouvent interdites par la censure.[3] S’adressant directement à son public une pièce de théâtre est d’autant plus apte à servir de ‘colporteur d’idées’, surtout si le dramaturge est conscient de ce rôle et s’en sert intentionnellement comme c’était le cas avec Camus et son ‘théâtre engagé’.[4],[5]

1.2 Camus comme homme de théâtre

1.2.1 L’itinéraire dramatique de Camus

Longtemps considéré comme nuisible pour son travail littéraire[6] le théâtre s’avère avec le temps être enrichissant pour ce dernier et devient une grande passion de Camus. Cette passion, le philosophe la vit comme auteur dramatique, comme metteur en scène et aussi comme acteur. Tout au début de son parcours dramatique se trouve le Théâtre du Travail[7] qui réunit à Alger à partir de 1936 une troupe de comédiens amateurs fondée et dirigée par Camus. Jusqu’en 1949 s’ensuivent la direction d’un théâtre parisien, plusieurs adaptations d’œuvres littéraires pour la scène[8] ainsi que la rédaction et l’interprétation de ses quatre propres pièces : Le malentendu (1944), Caligula (1945), L’état de siège (1948) et Les Justes (1949). Ensuite Camus laisse de côté ses ambitions théâtrales, jusqu’en 1953 où il retourne sur scène en continuant de présenter d’autres adaptations au public. Le théâtre le ‘hante’ jusqu’à la fin de ses jours et sa mort prématurée et tragique en 1960 met enfin et surtout aussi un terme à ses projets dramaturges ainsi qu’à son vieux rêve de fonder sa propre compagnie théâtrale.[9]

1.2.2 Camus et sa relation particulière avec le théâtre

Dans une interview télévisée de mai 1959 Camus s’étonne lui-même « d’une si rare fidélité et d’une si longue intoxication » (Camus 1962 : 1719) en ce qui concerne le théâtre. Pour le justifier a recours au plan personnel d’un côté et au plan professionnel de l’autre côté : Dès lors le travail de dramaturge n’est pas seulement une distraction de celui d’écrivain, mais c’est en plus « un des lieux du monde où je suis heureux » (Camus 1962 : 1718). D’autres raisons motivationnelles sont dues à la nature même de ce ‘lieu de grandeur’ : Comme il souligne la vertu d’entraînement corporel le métier de comédien est proche à la nature humaine. De plus Camus attache de l’importance à la camaraderie et à la solidarité du métier. Et finalement c’est la ‘proximité du but et de l’enjeu’ qui est propre à un groupe théâtrale, contrairement aux communautés politiques ou religieuses par exemple.

Quant au côté professionnel le philosophe apprécie le théâtre comme ‘lieu de vérité’[10] et ‘d’égalité’[11] et le considère même comme « le plus haut des genres littéraires et en tout cas le plus universel » (Camus 1962 : 1724).[12]

Les traits de caractéristique que Camus attribue au théâtre (lieu de bonheur, de solidarité, de vérité, d’égalité et aussi de morale[13]) et son identification avec ces vertus font déjà allusion à l’image de homme camusienne ainsi qu’à sa philosophie examinées de plus près lors des chapitres suivantes.

Chapitre 2 Les circonstances de la genèse des Justes

2.1 Le début du XXe siècle – la politique au quotidien

« À partir de 1930, la crise mondiale, l’avènement du nazisme, les événements de Chine, la guerre d’Espagne, nous ouvrirent les yeux… et notre vie d’individu, qui avait paru dépendre de nos efforts, de nos vertus et de nos fautes…, il nous semblait qu’elle était gouvernée… et que ses circonstances les plus privées reflétaient l’état du monde entier. […] L’historicité reflua sur nous ; dans tout ce que nous touchions, dans l’air que nous respirions, dans la page que nous lisions, dans celle que nous écrivions,… » (Sartre 1948 : 242-243)

Appartenant à la même génération d’écrivains français engagés[14] qu’Albert Camus, Jean-Paul Sartre décrit bien l’influence des événements politiques sur le quotidien de ses contemporains et d’hommes de lettres avant tout.

Mais quant à Camus, qui contrairement à Sartre n’est pas issu d’origines bourgeoises, on peut dire qu’il est confronté à la dureté de la vie dès qu’il vit le jour en novembre 1913 en Algérie[15]. Ayant eu la chance de pouvoir poursuivre ses études jusqu’à l’université, il commence tôt à s’intéresser aux problèmes politiques, sociaux et moraux de son entourage et de ses semblables. Ainsi il milite activement dans le mouvement antifasciste et adhère en 1934 au Parti Communiste où, jusqu’à son exclusion ‘volontaire’ en 1937[16], il peut se faire une idée de la condition de vie difficile du milieu musulman sous l’oppression des Français vivant en Algérie. Ensuite, vers la fin des années 40, il reste fidèle à l’engagement[17] politique, exerce le métier de journaliste, d’abord à Alger, puis à Paris, et commence peu de temps après son parcours comme écrivain :

2.2 Les Justes et son classement dans l’œuvre camusienne

Après la rédaction des œuvres comme L’étranger (1942), Caligula (1945) et Le Mythe de Sisyphe (1942) qu’il classe ultérieurement[18] dans le cycle de l’absurde[19], Camus prévoit un cycle autour du thème de la révolte qui le préoccupe énormément :

« Révolte, commencement : le seul problème moral vraiment sérieux, c’est le meurtre. Le reste vient après. Mais de savoir si je puis tuer cet autre devant moi, ou consentir à ce qu’il soit tué, savoir que je ne sais rien avant de savoir si je puis donner la mort, voilà ce qu’il faut apprendre ! » (Camus 1962 : 1814)

- Tels sont ses réflexions déjà en 1946, qu’il discutera cinq ans après dans son traité idéologique L’Homme révolté. Mais pendant l’élaboration de ce dernier l’auteur tombe sur les Mémoires d’un terroriste de Boris Savinkov, le chef du parti socialiste révolutionnaire russe au début du XXe siècle. Celles-ci traitent de l’attentat à la bombe de l’année 1905 contre le grand-duc Serge, oncle du tsar et représentant du despotisme. Ce sera donc cet attentat et ses circonstances particulières qui feront le sujet de la pièce de théâtre Les Justes, publiée en 1949.[20]

Chapitre 3 Albert Camus et son image de l’homme

3.1 Camus – un humaniste ?

Dans un entretien sur la révolte en 1952 l’écrivain déclarait : « Je ne suis pas humaniste. Du moins au sens où on l’entend aujourd’hui, je veux dire un homme aveuglé par de courtes certitudes. »

[...]


[1] cf. Wittmann 2002 : 19

[2] cf. ibid., pp. 34-38 ; 50

[3] Selon Narvaez (2000 : 68 ; 78) le troisième cycle camusien autour de l’amour et de la solidarité se profile déjà à l’horizon de l’existence artistique : comme porte-parole l’écrivain ne doit pas cesser de renouveler sa solidarité avec le peuple et il ne doit pas non plus être un solitaire afin de préserver la crédibilité de celui-là.

[4] cf. ibid., p. 88

[5] cf. Viala (1997 : 431) : « Dès la fin de la guerre, des ‘intellectuels’ proposent un théâtre nouveau qui se veut théâtre de pensée et de combat. »

[6] cf. Camus 1962 : 1714

[7] Le Théâtre du Travail est un an plus tard remplacé par le Théâtre de l’Équipe ; pour plus d’informations voir Camus 1962 : 1687-1691

[8] Une énumération des adaptations théâtrales de Camus se trouve par exemple sur Internet sous www.canalcast.com, à la page 6.

[9] cf. ibid.

[10] D’après Camus l’impitoyable lumière des scènes du théâtre fait que tout comédien se confesse en jouant et qu’il révèle sa véritable identité devant le public. cf. Camus 1962 : 1723-1724

[11] Le principe d’égalité se concrétise d’une part par un langage des comédiens qui doit être compréhensible pour tout spectateur (cf. Camus 1962 : 1724) et d’autre part par la déontologie de Camus comme metteur en scène vis-à-vis de ses acteurs et du traitement de ces derniers (cf. www.canalcast.com; p. 18)

[12] cf. Camus 1962 : 1718-1726

[13] cf. ibid., p. 1722 : « Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. »

[14] cf. Astier, 1978

[15] On trouve une description détaillée de l’histoire de sa vie par exemple chez Astier, P. (1978 : 166-176)

[16] cf. ibid., p. 169

[17] Astier (1978 : 178) : « Camus a donc essayé ‘par volonté et par réflexion’ de ne pas se séparer des problèmes de son temps. »

[18] Ce n’est qu’en 1957 qu’il présentera le plan pour l’ensemble de son œuvre au public, à savoir à Stockholm, lors de la remise du Prix Nobel

[19] Des critiques qui considèrent le point de vue éclairé de Camus concernant l’absurdité comme pessimisme ne tiennent pas compte de la conséquence positive qu’il tire de sa philosophie afin de rendre à l’homme sa dignité (cf. Danzer 1996 : 239)

[20] Pour savoir plus du terrorisme des socialistes révolutionnaires en Russie il suffit de regarder dans Théâtre, récits, nouvelles à partir de la page 1817

Fin de l'extrait de 23 pages

Résumé des informations

Titre
Albert Camus et son système de valeurs à travers sa pièce de théâtre LES JUSTES
Université
University of Heidelberg
Note
2,5
Auteur
Année
2008
Pages
23
N° de catalogue
V92456
ISBN (ebook)
9783638061650
Taille d'un fichier
506 KB
Langue
Français
mots-clé
Albert, Camus, JUSTES, valeur, Wertesystem
Citation du texte
Anna Kozok (Auteur), 2008, Albert Camus et son système de valeurs à travers sa pièce de théâtre LES JUSTES, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/92456

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