Conduites socioéconomique des acteurs locaux en temps de crise en République Centrafricaine (RCA). Cas de la commune de Pissa


Thèse de Master, 2017

95 Pages, Note: 14,50


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SOMMAIRE

DEDICACE

REMERCIEMENTS

SIGLES ET ABREVIATIONS

LISTES DES FIGURES ET TABLAEUX

RESUME

ABSTRACT

NTRODUCTION GENERALE

IèrePARTIE : CADRE THEORIQUE, METHODOLOGIQUE ET ESPACE D’ETUDE

CHAPITRE I : CADRE THEORIQUE

CHAPITRE II : METHODOLOGIE DE L’ETUDE

CHAPITRE III: DELIMITATION DU CHAMP D’ETUDE

IIème PARTIE : IMPACT DE LA CRISE ET REPONSE LOCALE

CHAPITRE IV: LA DYNAMIQUE DE LA CRISE SUR LA POPULATION LOCALE

CHAPITRE V:ANALYSE DES MONOGRAPHIES

CHAPITRE VI : STRATEGIES DES ACTEURS LOCAUX FACE A LA CRISE

CONCLUSION GENERALE

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

ANNEXES

REMERCIEMENTS

Au terme de ce travail, nous voulons témoigner notre profonde gratitude aux enseignants de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’université de Douala, plus particulièrement à notre directeur de mémoire Dr YOMB Jacques qui a bien voulu diriger notre travail. Qui tout au long de ce travail nous a appris le sens de la recherche sociologique à travers les conseils et orientations aux enseignants du département de sociologie. Au responsable de l’UFD ANTHROPOLOGIE, SOCIOLOGIE ET COMMUNICATION et du LABORATOIRE DE SOCIOLOGIE ET GESTION DES RESSOURCES HUMAINES, ainsi qu’à tous les enseignants qui nous ont encadrés et aidés à la réalisation de ce travail. Leurs critiques, suggestions et conseils nous ont été d’une importance capitale.

Notre reconnaissance va à l’endroit des Enseignants de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université de Bangui. Aux enseignants du Département de Sociologie qui nous ont inculqués les bases de la sociologie. Nous adressons également nos gratitudes à l’endroit des autorités de la commune de PISSA de la Préfecture de la Lobaye. Aux chefs de quartiers et villages, aux membres des GIC, coopératives et associations pour leurs étroites collaborations dans la collecte des informations.

Nos remerciements sont également formulés à l’endroit de nos familles respectives la famille MOLAMBO, Mon Père Lucien MOLAMBO et Ma mère Mme MOLAMBO née DJAWA BAYE Hélène à mes frères et sœurs (Benny Tall, Francette, Astride, Loïc, chancelle, Gaël, Lovie, Lesly et Aslain) pour leurs soutiens moraux, matériels, financiers apportés dans notre instruction et formation depuis notre enfance jusqu’aujourd’hui. Nous adressons aussi nos remerciements à la famille ANOUMEDEM pour le soutien indéfectible pendant notre séjour au Cameroun. A la famille BASSEGA, DJONKOU, GOMOBOU, MBANO-DEDE, M. ZIORRO Rodrigue Villeneuve, Mme SERETOUNGOU Annette pour leurs soutiens multiformes.

Enfin A nos camarades étudiants qui nous ont aidés à la réalisation de ce travail par leurs soutiens multiformes, suggestions et conseils. A tous les étudiants en cycle de Master en sociologie économique et politique promotion (2016). A tous ceux qui nous ont soutenus de loin ou de près par leurs soutiens multiformes.

SIGLES ET ACCRONYMES

ACI : Alliance Coopérative Internationale

ADP : Aide public au Développement

CAC : Comportement d’Achat et de Consommation

CECA : Caisse d’Epargne et de Crédit Autogérée

COOPI : Cooperazionne Italienne

DSCRP : Document Stratégique pour la Réduction de la Pauvreté

EMF : Etablissement de Microfinance

ESS : Economie Sociale et solidaire

GIC : Groupement d’Initiative Commune

ICASEES : Institut Centrafricain des Statistiques et d’Etude Economique et Sociales

INSEE : Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques

JFDDH : Jeunes et Femmes pour le Développement et les Droits de l’Homme

OCHA : Office for the Coordination of Humanitarian Affaires

O.I.T : Organisation Internationale du travail

ONG : Organisation Non gouvernementale

PIB : Produit Intérieur Brut

RCA : République Centrafricaine

RDH : Réseau de Droit de L’Homme

RJDH : Réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme

RGPH : Recensement Général de la Population et de l’Habitat

RN6 : Route Nationale numéro 6

SEL : Système d’Echange Local

UFD : Unité Fondamentale Doctorale

UNDP : United Nations Développement Program

LISTE DES FIGURES ET TABLEA UX

Liste des Figures

Figure n°1 Photo du carrefour Moungoumba-Mbaïki à Pissa

Figure n°2 Photo des déplacés internes de la commune de Pissa

Figure n° 3 Photo des commerçantes (chenilles) au marché de Pissa

Figure n°4 Photo d’une activité coopérative

Liste des tableaux

Tableau n° 1 : Opérationnalisation des variables

Tableau n° 2 : Les facteurs de la dynamique de la crise sur la socioéconomie de Pissa

Tableau n° 3 : Récapitulatif des données socioéconomiques avant la crise

Tableau n° 4 : Récapitulatif des données socioéconomiques pendant la crise

Tableau n° 5 : Récapitulatif des données socioéconomiques après la crise

Tableau n° 6 : Récapitulatif des données socioéconomiques sur les trois périodes

Tableau n° 7 : Description de la gestion et construction des temps sociaux

RESUME

L’objectif majeur de cette recherche est d’évaluer les conduites socioéconomiques des acteurs locaux face à la crise qu’a connu la commune de pissa et son impact sur la production locale, les échanges économiques et le lien social. La problématique se résume dans cette question Comment lutter durablement contre la pauvreté en temps de crise dans la commune de Pissa quand le lien social est en crise ? Autrement dit Quelles stratégies adopter par les acteurs locaux pour améliorer leur condition de vie dans un environnement instable ? Le cadre théorique est essentiellement inscrit sur les théories du lien social et l’ethnométhodologie. Ceci parce que les individus accordent un sens à leurs pratiques quotidiennes lorsqu’ils échangent entre eux. La méthode utilisée est quali-quantative, c’est-à-dire compréhensive ce qui permet de comprendre le sens que les individus donnent à leurs actions. Mais aussi d’analyser l’impact et la répercussion des interactions des individus sur leur vie communautaire et les nouvelles conduites socioéconomiques. Les données ont été collectées auprès des autorités locales de la commune de Pissa, des ménages et des acteurs locaux productifs c’est-à-dire menant une activité productrice de revenus. L’étude s’est déroulée en Centrafrique dans la préfecture de la Lobaye précisément dans la commune de PISSA situé au sud de la ville de Bangui. Les résultats montrent que : a/ La crise politico-sécuritaire favorise le développement de l’économie solidaire et le système d’échange local dans la commune de pissa . b/ Le renforcement du lien social entre les acteurs locaux. c/ L’échange marchand, le prêt, l’entraide sont les types des conduites socioéconomiques des acteurs locaux. d/ L’échange marchand et l’échange symbolique définissent la nature des échanges entre les acteurs locaux de la commune de pissa. Conclusion : La crise qu’a connu la commune de Pissa a eu un impact majeur sur les conduites socioéconomiques. Bien que cette dernière a été perçue comme un phénomène déstabilisateur par son caractère chaotique d’une part, mais d’autre part elle permet le développement et la création de nouvelles stratégies pour le maintien de l’équilibre social et booster le développement local.

Mots clés : acteurs locaux - crise politique et sécuritaire - lien social - conduites socioéconomiques- - réseaux sociaux- stratégies d’acteurs - Pissa.

ABSTRACT

The main objective of this research is to evaluate the socio economic behaviours of the population with respect to the ongoing crisis in the community of PISSA and its impact on local production ; economic exchanges and social relations. The issue of concern is summarized in this question. How to durably fight against poverty in times of crisis in the community of PISSA. In other words what characterises the socio economic behaviour of the local population/ indigenes in times of crisis. The theoretical aspect is clearly recorded in the theories linking the social and ethnomethodology. This is because individuals give a particular attention to their daily activities when they interact amongst themselves. The method used here is quali- quantitative ; that is to say comprehensively permitting us to understand the value individuals place on their actions. This equally helps us to better analyse the impact of the peoples interaction on their community lives and new social economic behaviours as well. This Data is collected from the local authorities of the Community of PISSA.; local producers and equally individual carrying out an economic activity. This case study is been carried out in Central Africa Republic in LOBAYE Division precisely in the Community of PISSAsituated in the south by the town of Bangui .The expectant result of this case study will illustrate the following. A/ Political and security crisis favours the developpement of a strong economy and a sytem of local exchange in the community of PISSA. B/ The re-inforcement of social inks amongst the local traders. C/ Merchant exchange; loans are the types of socio economic behaviour of local promoters. D/ Merchants and symbolic exchanges define the nature of exchange existing among the local promoters of the community of PISSA. Conclusion The crisis that hits the community of PISSA left a major impact on the socio-economisbehaviour of the population. Even though this can be seen as a distabilizing phenomenon because of its chaotic nature on one part; on the other hand it has enabledthe development and creation of new strtegies on how to maintain a social equilibrum and boast local development

Keywords: local actors - political and security crisis - social link - socioeconomic behavior - social networks - stakeholder strategies - Pissa.

INTRODUCTION GENERALE

L’analyse des grands problèmes politiques s’articule toujours avec les problèmes sociaux (socioéconomiques). Les trois domaines (politique, économique et social) indissociables fondent la base du fonctionnement du monde et de la société. La crise d’un domaine (politique) influence sur les autres (économique et social). C’est ainsi que la problématique du développement durable des pays de l’Afrique subsaharienne pose d’énormes problèmes. L’insécurité et les régimes politiques instables étant des problèmes majeurs auxquels font face les pays de cette région de l’Afrique, la RCA y compris ; empêche l’essor économique et social des pays de ces régions. Même s’il est vrai que la RCA comme tous les autres pays de l’Afrique centrale rencontre d’énormes difficultés, il n’en demeure pas moins que la crise économique et sécuritaire a affaibli l’économie locale. Cette dernière essentiellement agricole, la crise va mettre plus à mal les acteurs locaux en détériorant leur mode de vie qui était déjà précaire à l’égard de la mauvaise politique agricole. Ainsi bien que la situation soit identique dans tout le pays la commune de Pissa reste au centre de notre préoccupation. Cette commune étant un carrefour pour la zone sud de la RCA (entre les sous-préfectures de Moungoumba et de M’baïki) subit les effets collatéraux de la crise politique et sécuritaire. Il est donc question dans cette recherche de comprendre comment les acteurs locaux s’adaptent face à la crise, autrement dit les stratégies développées pour satisfaire les besoins vitaux. Pour mener à bien cette recherche les interrogations suivantes ont été formulées : la question centrale qui constitue aussi l’axe central de notre recherche est de savoir comment lutter durablement contre la pauvreté en temps de crise dans la commune de Pissa, quand le lien social est en crise ? autrement dit quels sont les moyens mis en œuvre par les acteurs locaux de la commune de Pissa pour lutter contre la détérioration de leur condition de vie pendant la crise ? Cette interrogation centrale nous ouvre la voie sur d’autres questionnements qui sont : comment les acteurs locaux peuvent-ils faire pour améliorer leurs conditions de vie dans un environnement instable et en proie à l’instabilité ? En bref quelles conduites socioéconomiques les acteurs locaux peuvent-ils adopter pour faire face à la crise et participer ainsi au développement local ?

L’objectif majeur de notre étude est de comprendre et expliquer comment les acteurs locaux de la commune de Pissa ont pu faire face à la crise politique sécuritaire. Affectant leur économie ils ont pu développer des techniques pour ne pas sombrer dans la pauvreté et la misère extrême.

L’intérêt de cette étude se résume en deux grands axes. Dont le premier est purement sociologique c’est-à-dire la reconstruction ou le renforcement du lien social dans un état chaotique dans la commune de pissa. Le second se base sur la socioéconomie qui voit la participation de l’individu dans la vie économique et sa motivation à faire des choix. Au cours de cette crise, la population a été exposée à des conditions d’insécurité alimentaire, de vie précaire et bouleversement des habitudes de consommation de la population. C’est ainsi que le renforcement du lien social s’impose. Nous assistons également au développement d’un SEL basé sur les liens de parenté très développé entre les acteurs. Mais aussi sur le plan économique à travers les activités d’économie sociale et solidaire dans la commune de pissa. Ces activités sont aux ralenties, car l’échange devient quasiment inexistant. La mévente des produits agricoles, une mauvaise production qui est due à l’insécurité dans la commune. Tous ces aspects retiennent notre attention, nous poussent à la recherche de savoir qu’elles sont les stratégies ou moyens qu’utilisent les acteurs locaux pour gérer cette période d’instabilité qui affecte leur vie sociale. Et enfin leurs activités économiques qui se trouvent être leurs sources de revenus en un mot leurs richesses. Cet impact de la crise politique et sécuritaire sur le secteur économique et social de la population requiert beaucoup plus d’attention et d’intérêt. Afin de mieux cerner le nœud du problème à résoudre.

Pour ce faire, notre travail est structuré en deux grandes parties chacune comportant trois chapitres : la première partie est basée sur le cadre théorique, méthodologique et espace d’étude. Le chapitre premier de notre travail pose les bases théoriques du travail par la définition des concepts, en passant par le cadre théorique qui donne une armature scientifique à notre travail, la revue de la littérature et enfin la problématique. Le chapitre deuxième s’attèle sur la méthode utilisée pour la recherche ainsi que les techniques de recherche et les champs sociologiques concernés par l’étude. Le troisième chapitre concerne l’espace d’étude c’est-à- dire sa délimitation sociologique et spatiale de la commune de Pissa, de ses composants naturels et de son organisation locale (sociale, politique, administrative et économique).

La seconde partie de notre travail s’articule sur l’impact de la crise politico-sécuritaire et la réponse locale des acteurs de la commune de Pissa. Le quatrième chapitre démontre l’impact de la crise sur la socioéconomie de la commune de pissa, d’abord l’impact sur le plan social, sur le plan politique ensuite sur la mobilité des acteurs locaux enfin sur les activités génératrices de revenus. Le cinquième chapitre dresse un tableau descriptif et comparatif de l’impact de cette crise sur cinq (5) villages de la commune de Pissa en période Pré, In et post crise. Enfin le dernier chapitre traite des techniques mises en place par les acteurs locaux pour faire face à la pauvreté et les conditions de vie précaire pendant et après les crises. Ces techniques sont perceptibles à travers les coopératives, mutuelles, économie sociale et solidaire ou encore les systèmes d’échange locaux.

Ière PARTIE : CADRE THEORIQUE, METHODOLOGIQUE ET ESPACE D’ETUDE

Chapitre 1 : CADRE THEORIQUE

La science dans sa mission principale permet aux individus de comprendre et de percevoir la nature. C’est ainsi que les sciences sociales permettent de comprendre des faits et phénomènes sociaux et d’y apporter des réponses. Ce chapitre traite de la démarche théorique c’est-à-dire pose la base du canal à suivre. De ce fait nous aborderons successivement : le cadre conceptuel, la revue de la littérature le cadre théorique et la problématique de recherche.

1.1. Cadre conceptuel

Le cadre conceptuel constitue le travail préalable à effectuer dans un travail scientifique par le chercheur. Cette étape permet à celui-ci de définir, rendre claire et compréhensif les concepts clés de notre sujet de recherche ; mais surtout de les opérationnalisés.

1.1.1 Conduites socioéconomiques :

La socioéconomie est un adjectif qui intéresse la société définit en terme économique. On peut définir la socioéconomie comme étant : « une branche des sciences économiques et de la sociologie, qui examine l'influence des rapports humains sur l'évolution économique » (Yomb 2015)1. A contrario, la sociologie économique examine les influences des relations économiques sur les groupes sociaux. Pour Jean-Claude Passeron « la socioéconomie permet de produire beaucoup d’effets d’intelligibilité »2, elle permet une bonne compréhension des faits sociaux productifs, c’est-à-dire des échanges productifs (fructueux) qui s’effectuent dans la société et entre les individus à travers les liens forts et les liens faibles.

En somme, le concept de conduites socioéconomiques se définit comme étant : « l’inscription des acteurs dans un système de lien marchand »3 ce lien marchand s’effectuant à travers des actions ou faits que posent les acteurs de la commune de pissa pour faire face à la crise politico-sécuritaire. Ce lien marchand devant être productif afin d’impacter le vécu quotidien des acteurs locaux tant sur le plan économique et social. De façon brève et explicite, ce sont des actions menées par certains individus afin de fructifier et de sécuriser leur avoir financiers en temps de crise. C’est-à-dire l’échange économique interpersonnel et intercommunautaire.

1.1.2 Acteurs locaux :

Etymologiquement du latin (actor) c’est-à-dire celui qui agit, le mot acteur dans le sens courant renvoie à un individu qui participe activement à une action, dans une entreprise et qui joue un rôle effectif. Selon Max weber un acteur est un individu agissant dans son milieu (communauté, société) et qui donne un sens à son action en tenant compte de la subjectivité que l’action comporte. Dans la logique compréhensive (GRAWITZ, 2004) définit le concept d’acteur local comme : « celui qui agit en dehors du sens usuel, l’artiste jouant un rôle, ce peut être un individu, un groupe ou même une institution aux quels un rôle est assigné. »4 Cette définition de GRAWITZ met en exergue le caractère subjectif qu’a un acteur (individu) dans l’accomplissement d’un rôle de faire valoir ces intérêts pour l’amélioration de sa condition d’existence. La définition de GRAWITZ est confortée par celle de CROZIER et FRIEDBERG qui définit l’acteur en fonction de son comportement qui est quelquefois innovateur ou régulateur en fonction du construit social et des intérêts particuliers. « Celui dont le comportement (l'action) contribue à structurer un champ, c'est-à-dire à construire des régulations. On cherche à expliquer la construction des règles (le construit social) à partir du jeu des acteurs empiriques, calculateurs et intéressés. Ces acteurs sont dotés de rationalité, même si elle est limitée ; ils sont autonomes et rentrent en interaction dans un système qui contribue à structurer leurs jeux. Dans le cadre de cette étude un acteur local est un individu qui participe aux actions favorisant le développement de sa localité à travers un GIC ou une association (activités coopératives, économiques et sociales) et de faire face aux contraintes sociopolitiques de leurs communautés. Comme l’explique bien LUSSAULT qui définit l’acteur comme « pourvu d’une intériorité subjective, d’une intentionnalité, d’une capacité stratégique autonome et d’une compétence énonciative ». Au vu de la situation des acteurs de la commune de Pissa, ces derniers dans l’intention de survivre à la crise, développent des stratégies pour avoir une meilleure condition de vie et d’avoir une stabilité sociale.

1.1.3 crise :

Le concept crise est un terme polysémique. Étymologiquement, il signifie une manifestation aiguë d’un trouble physique ou moral. Ou encore une situation ou une période difficile. (Larousse de poche 2015)5. Une crise « c’est une situation d’urgence, combinée à de puissants effets de déstabilisation que les acteurs doivent gérer sans avoir ni le temps ni les moyens d’y faire face »6.

En sociologie, la crise est conçue comme : « une période critique avant de s’appliquer aux sociétés7 ». (EMILE 1762) écrivit : « nous approchons de l’état de crise et du siècle de révolution »8. Cette pensée d’Emile renvoie au caractère rénovateur de la crise c’est-à-dire au changement qu’apporte cette dernière, dans une période donnée et dans un espace bien défini et/ou qui peut aller au-delà de cet espace. Mais le caractère dynamique de changement qu’opère une crise est mise en évidence par Goethe qui déclare : « toutes les transitions sont des crises et la crise n’est pas une maladie » l’auteur voit dans la crise une étape pour parvenir à un palier de plus ou de descendre à un niveau inférieur. Enfin la crise peut être conçue comme une transition vers un équilibre politique, économique et social (Saint Simon, Fourier, Proudhon)9. Dans notre étude la notion de crise renvoie aux périodes critiques ou de tensions politiques et sécuritaires que traversent une société, c’est-à-dire la crise politico-sécuritaire qu’à traverser la Centrafrique plus particulièrement la commune de Pissa qui est notre zone d’étude et qui a eu un impact sur sa situation économique et sociale.

1.2. Revue de la littérature

La question des conduites socioéconomiques des acteurs locaux en RCA et précisément dans les zones rurales n’a pas fait l’objet d’écriture scientifique diversifiée. Dans la sous-région Afrique centrale et précisément au Cameroun nous pouvons remarquer cette abondance de littérature. Celle-ci est beaucoup plus orientée vers les conduites socioéconomiques des acteurs sur les activités rémunératrices, la conduite des acteurs face à la crise des EMF10 (YOMB et TEFE 2012). Ce pendant elle essaie de mettre en exergue le sens rationnel et subjectif des conduites socioéconomiques des acteurs locaux en temps de crise. C’est ainsi que notre revue de littérature prend en compte trois dimensions à savoir : l’impact de la crise sur le développement local ; les dynamiques socioéconomiques sur le développement local et enfin la crise du lien social.

1.2.1. L’impact de la crise sur le développement local

Les crises se caractérisent, entre autres, par leur effet de surprise, l’altération du bon fonctionnement du système. L’angoisse, l’incertitude et, souvent, l’absence de préparation peuvent également être associées à ces aspects. De façon générale, une crise présente trois caractéristiques qui la distinguent d’une situation normale, à savoir : sa condition de « processus de déstabilisation », le nombre de conséquences qu’elle peut induire et la façon par laquelle elle peut affecter le milieu social (ROUX-DUFORT, 2000). Pour mieux comprendre les crises, certains auteurs les ont considérées soit comme un événement (HERMAN, 1963), soit comme un processus (FORGUES, 1996). (LAGADEC, 1991) illustre la différence entre événement et processus par la distinction entre accident et crise. Selon l’auteur, l’accident est un événement ponctuel, limité dans le temps et l’espace et qui peut faire partie d’une crise ; tandis que la crise concerne la perte ou une transformation du système de référence, ce qui implique des difficultés majeures sur le plan de réorganisation et d’adaptabilité dans le nouveau système. Ce fut le cas de la commune de Pissa dont les acteurs développent des techniques d’adaptabilité comme réponse à la crise. Dans ce cas, le concept d’accident est utilisé comme un événement ponctuel dont les causes et caractéristiques peuvent être déterminées dans un cadre spécifique de temps et espace. L’approche de PERROW (1984, 1994) n’est pas prise en compte dans ce travail, parce que l’intention n’est que d’illustrer les différences entre les approches processuelles et événementielles, ce que propose (LAGADEC,1991). Ainsi, dans le premier cas, l’approche événementielle se centre sur la nature de l’événement déclencheur de la crise et principalement sur ses conséquences : il y a la tendance de « privilégier les symptômes » (ROUX-DUFORT, 2000), mais aussi les conséquences possibles que cela peut engendrer. Telle approche permet d’analyser la crise par ses manifestations extérieures : son principal avantage est celui d’être directement opérationnelle, de chercher à développer des moyens de réduction des conséquences de l’événement (ROUX-DUFORT, 2005). Ce sont des « événements rares, mais inévitables » qui ne peuvent pas être une surprise, puisqu’ils font déjà partie du système social (PERROW, 1984 ; FORGUES, 1996). Puisque l’analyse de la crise n’est possible qu’après qu’il s’est produit, il ne reste plus aux acteurs locaux (gestionnaires) qu’à adopter un comportement essentiellement réactif (ROUX-DUFORT, 2000). Lorsque la crise survient, il faut la circonscrire dans un périmètre restreint afin qu’elle perturbe le moins possible le reste de l’organisation (FORGUES, 1996) et puisse être vue comme un événement isolé, ce que fournit une prise claire pour l’action (ROUX-DUFORT, 2005)

De l’autre côté, « une approche processuelle conduit à embrasser la crise dans un laps de temps et un espace élargi » (FORGUES, 1996), de façon à l’analyser comme une situation pleine de significations, d’acteurs et de victimes (MARCUS et GOODMAN, 1991). Cette approche processuelle situe la crise dans un contexte plus riche et concerne ses origines, son incubation et sa « dynamique de développement » (TURNER, 1976 ; ROUX-DUFORT, 2000). Dès lors qu’une situation critique est perçue comme le résultat de « dysfonctionnements cumulés et potentiellement repérables » dans le quotidien social ou de l’entreprise (THIETART et FORGUES, 1997), la crise ne doit plus être considérée comme imprévisible (BRYSON, 1981), puisqu’il s’agit d’un processus dont les phases d’installation, d’évolution et de développement sont, dans la plupart des cas, identifiables (TURNER, 1976 ; ROUX-DUFORT, 2003) : la phase de déclenchement : où se retrouvent les origines de la crise, qui peuvent résulter d’erreurs des systèmes sociaux et entrepreneuriaux de marginalisation, de la mauvaise gouvernance, d’erreurs humaines ou de la combinaison de ces éléments. La crise étant perçue sous ces divers angles, dans la dynamique sociale est vu comme un élément déclencheur du changement. Certes, ce changement peut être positif ou négatif à travers ses conséquences sur l’entreprise du point de vue organisationnel ou social.

1.2.2. Les dynamiques socioéconomiques sur le développement local

En parlant des conduites socioéconomiques, nous pouvons faire allusion à l’économie comportementale. Cette dernière est une branche de l’économie qui étudie le comportement économique (conduites socioéconomiques) des individus. A la base de cette analyse socioéconomique, nous avons les auteurs BECKER et aussi le célèbre théoricien KAHNEMAN qui s’est illustré par la découverte de biais cognitifs dans les choix des êtres humains. Dans les différentes spécialités qui couvrent ce domaine et lui donne cours dans la classe des sciences l’on remarque d’abord le choix rationnel qu’effectue les individus pour la satisfaction de leurs besoins. Cette satisfaction de besoin qui peut se faire par des articles ou services découvert à travers une publicité. Ensuite, cette même analyse tient compte de la perception des individus sur ce qu’ils utilisent pour la satisfaction de leurs besoins tout en tenant compte de leur environnement immédiat. Cet environnement qui peut aussi être un facteur déterminant dans le choix et la consommation d’acteurs locaux.

Pour faire face aux conditions socioéconomiques déplorables dans les sociétés ou communautés, les acteurs sont appelés à se regrouper pour développer les richesses de leur terroir par des procédés sui generis. Car la réalité sociale varie d’une communauté à une autre, ce regroupement favorise la création d’un marché d’échange de modèle culturel et interpersonnel. Nous remarquons cela dans les travaux de LEVILLY11, il nous démontre comment les acteurs locaux français précisément Nantais à travers l’association des Artisans du Monde (Fédération Artisans du Monde, boutique nantaise et centrale d’importation Solidar'Monde) et sur le système HAVELAAR (Max Havelaar France, Max Havelaar Nantes et Lobodis, un torréfacteur de café labellisé) (LEVILLY, 2004)12 ont pu conduire leur économie en tenant compte des conditions locales et de leur chaine de solidarité. Beaucoup plus cette étude nous éclaire sur l’encastrement des systèmes d’échange marchand dans les réseaux sociaux, communautaires et interpersonnels. Leur comportement économique a permis de construire et de développer les interactions entre les communautés. Ce qui donne du sens à l’encastrement, qui est définit comme « insertion des activités économiques dans les relations interpersonnelles » (GRANOVETTER, 2000)13. A l’issu des travaux de LEVILLY nous pouvons conclure que les conduites socioéconomiques des acteurs permettent d’orienter leurs activités. Cet exemple s’illustre par la labellisation du café de la région nantaise et sa consommation qui permet de sauver la production caféière locale face à la concurrence.

Afin de mieux spécifier les conduites économiques dans » (NOUGUEZ, 2006) - 14 met en évidence les conduites économiques des acteurs dans la fabrication, la consommation et la régulation des médicaments génériques. Comment les industriels arrivent à produire et commercialiser un produit de second ordre qui n’affecte pas la commercialisation du médicament princeps. La conduite socioéconomique des acteurs locaux varie selon leur environnement et les situations qu’ils traversent dans une période bien déterminée. Dans cette étude NOGUEZ essaie d’établir un lien entre la consommation d’un individu et son pouvoir d’achat qui est fonction de sa conduite socioéconomique.

La conduite socioéconomique des acteurs locaux renvoie aussi à la consommation de ces derniers. La consommation est un domaine du marketing que celui des sciences sociales (science de gestion, économie, sociologie, psychologie, etc.). Car elle fait appel à la bonne connaissance du besoin de la population pour lui offrir des biens et services adéquats. C’est ainsi que (LADWEIN, 1999) met en exergue les raisons qui motivent la consommation des biens et services. A la suite des analyses de LADWEIN, nous pouvons ainsi dire qu’un acteur local connaissant l’utilité d’un produit est amené à s’en procurer au moment voulu. La conduite socioéconomique est influencée par plusieurs facteurs, dont celui de la prise de décision, plus encore la situation financière et psychologique des individus. Comme l’effet de la socialisation sur un individu, il y a les facteurs socioculturels, économiques, religieux et éducatifs qui favorisent le changement des conduites socioéconomiques. En s’appuyant sur le marketing, il met en lumière la politique des entreprises qui cherche à attirer la population à la consommation des services qu’elles offrent par la satisfaction de leurs besoins selon les circonstances. Cette consommation influence et détermine la conduite socioéconomique des acteurs, par rapport à l’accessibilité aux produits du point de vue (financier et disponibilité sur le marché) et de son impact social. Dans cette optique nous partons du principe que ce sont les besoins des individus, la disponibilité des produits et services qui déterminent les conduites socioéconomiques des acteurs. Mais, les entreprises s’efforcent d’agir sur le comportement des consommateurs et en particulier par la publicité. Par conséquent, cette évolution conduit à un système dans lequel la production détermine les besoins (GALBRAITH). C’est ainsi que les entreprises utilisent la pyramide de la hiérarchisation des besoins (MASLOW, 1954) pour bien étudier les besoins du consommateur pour bien y répondre.

Les conduites socioéconomiques des acteurs locaux quelques fois sont tournées vers la production locale. Dans le cas de l’usine de production de l’huile de palme de Bossongo en RCA, les acteurs locaux sont beaucoup plus dans la production de l’huile de palme de manière artisanale. La région étant réputée pour la meilleure qualité d’huile de palme. Ce qui constitue la principale source de leur revenu et leur objet d’échange avec les autres villages (coopérative ou groupement). La conduite socioéconomique d’un individu varie en fonction des circonstances, des ressources et de ses revenus. Avec la théorie de classe sociale de Marx l’auteur nous détaille clairement comment chaque individu en fonction de sa classe d’appartenance sociale mène sa vie. Ces individus peuvent aussi transformer leur environnement ou société par les moyens dont ils disposent. Dans cette étude nous pouvons qualifier les acteurs locaux (cultivateurs et/ou éleveurs) comme des prolétaires disposant de leurs forces de travail pour transformer leurs sociétés et booster l’économie et rendre viable le lien marchand entre les communautés. A la différence de (MARX 1985)15 où l’ouvrier vend sa force de travail qui constitue son seul capital, dans cette étude l’acteur local utilise sa force productrice ou son capital pour sa propre production et échanger avec les autres. La conduite socioéconomique des acteurs locaux dans cette étude est fonction de la crise militaro-politique que connait la RCA. HILLENKAMP (2008) 16 dans un article sur la socioéconomie et la démocratie met en lumière l’économie solidaire, sur les traces de POLANYI qui décrit les formes d’incorporation des échanges commerciaux dans les réseaux qui renforcent les liens et facilitent le développement local. Ces formes se basent sur la réciprocité, la redistribution et l’échange intégratif. Cette économie solidaire permet la mise en valeur des trois aspects qui sont : l’échange c’est-à-dire le lien marchand ou symbolique qui se construit entre les communautés, coopératives, associations et les individus. L’échange symbolique se manifeste par le don d’un produit ou un objet de valeur, qui symbolise l’union de ces deux communautés. Le savoir-faire productif local qui favorise le développement. Le travail et/ou la production représentant la communauté ou l’association. Ce savoir-faire productif oriente les conduites des acteurs locaux. En les impliquant dans la logique de la communauté ; exemple d’une communauté agricole, les individus seront plus orientés vers les travaux champêtres. La production agropastorale si les associations ou coopératives dont ils sont membres excellent dans ce domaine. Cette pratique par ce principe fait du savoir-faire productif une représentation sociale selon les termes de (JODELET 1997). Car la communauté en voulant pérenniser l’idéologie de l’association et/ou de la communauté façonne les conduites socioéconomiques des acteurs locaux. Selon Isabelle dans une communauté l’échange et le savoir-faire productif permettent le développement local. Le premier facilite la création des liens entre les communautés tout en modifiant les critères ou pratiques des transactions. Ceux-ci peuvent se faire par le troc ou la circulation des devises contre marchandises. Le second se trouve à la base de création de valeur et des produits pouvant faire l’objet d’échange. Ce savoir peut se transformer en idéologie d’une communauté ou d’une association. Cette idéologie mise en application par les acteurs de cette association peut être abordée comme une représentation sociale.15 16

1.1.3. La crise du lien social et développement local

La notion de lien social naît dans le contexte du XIXème siècle où se mêlent deux révolutions sans précédent, la révolution industrielle et démocratique. C'est à cette période qu'un grand nombre de réflexions vont être menées, notamment en ce qui concerne le lien individu/société. Plus tard les sociologues se sont concentrés plus sur une sociologie qui se base sur les attributs des individus (sexe, âge, classe sociale) en cherchant à les relier à des pratiques spécifiques. Mais que signifie réellement le lien social ?? On peut définir le lien social comme : « l’ensemble des relations qui unissent des individus faisant partie d'un même groupe social et/ou qui établissent des règles sociales entre individus ou groupes sociaux différents. Quand on utilise l'expression au pluriel, on pense aux relations sociales concrètes dont le lien social est tissé »17. La définition du lien social et sa typologie varient selon les auteurs en fonction de leur perception du caractère du lien social. L’évolution de la société impacte les relations entre les individus. (PAUGMAN,2008) s’appuie sur les travaux de SIMMEL et ELIAS pour mettre en évidence la différence entre le lien social et les liens sociaux. En parlant du lien social PAUGMAN fait allusion à la société traditionnelle ou les liens étaient directs et soudés entre les acteurs. Quant aux liens sociaux, il fait référence à la société moderne par l’existence de plusieurs liens entre les acteurs (liens familiaux, lien d'amitié, lien de voisinage, lien professionnel, etc.).

Face à la transformation de la société c’est-à-dire l’apparition des phénomènes nouveaux de vivre ensemble et la modification des liens sociaux, l’on remarque une crise du lien social. Cette crise du lien social se caractérise par la mutation du lien social qui crée parfois des conflits de générations (CUSSET,2007). Le lien social devient de plus en plus fonctionnaliste et électif. Le caractère fonctionnaliste met en avant l’individualisme qui n’est pas perçu au départ dans le lien social par DURKHEIM en parlant de la solidarité organique et mécanique. A travers les travaux de SIMMEL dans la sociologie des réseaux nous pouvons apercevoir cette capacité qu’à l’individu de s’adapter dans son milieu en créant, restaurant, maintenant et développant ces liens sociaux. De nos jours les sociétés sont soumises à des mutations fortes tant sur le plan des valeurs collectives dominantes que sur le plan de leur organisation, de leur structuration. La solidarité mécanique décrite par Durkheim n’est plus qu’un idéal type sans application concrète. Cette mutation entrainant de changement dans les rapports laisse entrevoir une crise. D’autres facteurs peuvent laisser apparaitre l’aspect de la crise du lien social : le déclin de l'autorité (policiers, parents, enseignants, etc.). Dans les sociétés modernes l’autorité des parents n’est plus le même comme dans les sociétés traditionnelles qui permettaient d’éduquer leurs enfants sans faille. Mais aussi des pouvoirs publics chargés des bonnes mœurs pouvant permettre la correction des incivilités des citoyens. L’accroissement de l’individualisme avec la difficulté d’établir de nouvelles règles de vie commune occasionne le désaccorde entre les individus ce qui mine les relations sociales. Aujourd’hui, on ne saurait parler de la crise du lien social sans évoquer la crise de la famille. La famille étant l’espace de la socialisation, subit des mutations dû (chômages, pauvreté, précarité ou exclusion) ces situations engendrent une détérioration des relations interpersonnelles ce qui au final aboutit à la crise du lien social (DURKHEIM,1893). C’est ainsi que dans les sociétés rurales nous assistons à des conflits de générations du point de divergence sur l’utilité du lien social. Cette utilité amène les acteurs à faire une sélection de ces relations en plus de sa famille. Mais aussi la pauvreté et à l'accroissement du taux de l’insécurité qui mine le vivre ensemble (le lien social).

1.3. Cadre théorique

Le passage de la réalité sociale à la réalité sociologique impose au chercheur engagé dans cette discipline, de faire une lecture du phénomène qu’il étudie à l’aide d’une ou de plusieurs théories de son domaine pour lui donner tout son caractère scientifique.

Pour les rationalistes, « une théorie est une construction logique, un schéma conceptuel, formant les démarches d’une pensée avant toute déduction18 ».

Dans cette sous-partie, nous développons les théories qui nous ont permis d’appréhender et d’expliquer les conduites socio-économiques des acteurs locaux dans notre recherche : l’ethnométhodologie et la théorie du lien social.

1.3.1. Ethnométhodologie

L’ethnométhodologie est une théorie développée par le sociologue GARFINKEL au cours des années 1950. Cette théorie considère l’ordre social comme un accomplissement méthodique. L’ethnométhodologie s’est inspirée de la phénoménologie de SCHÜTZ, elle permet d’étudier la quotidienneté c’est-à-dire le vécu des individus appartenant à une communauté ou un groupe social déterminé. La perspective ethnométhodologique et interactionniste se focalisent donc sur l’action pratique, en valorisant les interactions ordinaires et les méthodes de raisonnements pratiques. Dans le cadre de notre étude, cette théorie nous permet de comprendre le comportement des acteurs locaux de la commune de Pissa à travers leurs activités quotidiennes. En d’autres termes d’analyser empiriquement les savoirs et les savoir-faire que les acteurs impliqués dans le lien marchand mis en œuvre pour atténuer l’effet de la crise sur l’activité socioéconomique des acteurs locaux. Dans cette lancée l’ethnométhodologie dans sa tâche principale qui est la mise à jour du travail de production sociale « sociologie des quotidiennetés » (FERREOL et al, 1995) nous permet d’appréhender le micro société et les acteurs qui doivent être saisi dans leur face à face quotidien entre eux ou dans l’échange épistolaire de ceux-ci avec les enquêteurs (GOFFMAN, 1974) et les autres acteurs pour mieux comprendre et expliquer les conduites socioéconomiques des acteurs locaux, la maitrise de leurs activités journalières et les interactions sont indéniables. Car leurs faits et/ou actes sont pourvus de sens dans leur environnement propre (l’indexicalité). Mais aussi ces derniers peuvent être appréhendés dans la combinaison de deux faits qui se relient c’est ainsi que la réflexivité à tout son sens dans cette théorie sociologique.

1.3.2. La théorie du lien social

C’est une œuvre de DURKHEIM, il se situe au cœur du XIX siècle marqué par des bouleversements tant politique, économique, que sociaux. Il s’est intéressé aux changements sociaux et à la reconfiguration du lien social en partant du milieu professionnel. A partir de là, il s’intéresse à la question de la solidarité sociale. Cette théorie prend sa forme actuelle vu l’apport de (BAJOIT, 1992). La théorie du lien social stipule que le lien social est un effet de quatre fibres qui sont la contradiction, la complémentarité, le conflit et la compétition. Elle nous permet ainsi de comprendre la nature des finalités d’échange dans le développement local. En ce qui concerne la thématique de notre étude portant sur les conduites socioéconomiques des acteurs locaux, nous avons constaté que le lien social dans la commune de « Pissa » est complexe dans la mesure où chaque acteur est à la quête permanente de ses intérêts personnels afin de maximiser son revenu et d’améliorer ses conditions de vie. Vivant dans une zone rurale très sensible à la pauvreté et précarité les acteurs locaux sont à la fois individualistes que communautaire. Ils se servent des associations et groupements pour développer leurs actions et utilisent des stratégies pour un intérêt individualiste. Par la contradiction, les acteurs locaux ont des conduites socioéconomiques divergentes. Ce qui explique la variété des activités dans la commune de Pissa. L’échange est d’une part exclusive dans la mesure où certains individus dans la localité de « Pissa » estiment qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs en s’organisant sous forme d’associations, car, chacun poursuit ses intérêts. Et d’autre part inclusive, car on note ici la présence de quelques associations telles que la coopérative : ZINGO PISSA, qui s’organisent afin de promouvoir un développement cohérent prenant en compte les besoins des uns et des autres. Par les associations la théorie nous ressort la complémentarité des acteurs locaux. Car le développement local se structure autour des liens entre les individus qui fondent la base des forces endogènes pour le développement. Avec des stratégies bien adaptées pour faire face à la crise. L’apport principal de cette théorie pour notre étude est de desceller et comprendre la finalité, la complémentarité des conduites socioéconomiques des acteurs locaux de pissa pour lutter contre la dégradation de leur condition de vie pendant la crise. La coopération ici est indispensable, car les individus s’inscrivent dans un échange gagnant- gagnant.

1.4. Problématique de recherche

La question du développement économique et social d’un pays dépend des variables socioéconomique, politique et sécuritaire. L’échange et la production économique favorisent l’émergence de ce dernier. Ce processus n’est possible que par l’implication des acteurs endogènes et exogènes qui sont intégrés dans ce système. L’utilisation des biens et services produits dans ce système suit le schéma de l’offre et de la demande pour la satisfaction des besoins. Cette satisfaction des besoins est soumise à la préférence des acteurs (individus). La préférence des acteurs est parfois influencée par leur milieu social, la publicité ou la situation socioéconomique politique de leur environnement immédiat. En analysant le problème du développement local en Afrique, nous constatons que les pays de l’Afrique subsaharienne sont confrontés à un problème majeur qui est celui de l’instabilité politique et de la crise sécuritaire. Ceux-ci se retrouvent dans une régression totale sur le plan économique, politique et social dû aux conséquences de ces crises sécuritaires qui affectent en premier la population qui constitue le pivot du développement (la main d’œuvre ou ressource humaine) et les acteurs endogènes majeurs pour le développement local. En face de cet affaiblissement des acteurs endogènes, on assiste à une suprématie et forte implication des acteurs exogènes qui édictent les conduites à tenir. Ce qui ne favorise pas dans certains cas le développement local attendu.

La crise politico-sécuritaire qu’a connue toute la RCA plonge la commune de Pissa dans un grave bouleversement de son système politique économique et social, modifiant ainsi les conduites des acteurs locaux. Les conséquences désastreuses de cet évènement sont visibles par les pertes en vie humaine qui viennent affaiblir et/ou anéantir la population de cette commune qui fait déjà face à la pauvreté. Destruction des biens privés appartenant aux acteurs locaux (paysans agriculture ou retraité), vols et vandalisassions de leurs champs, ferme avicole ou leur porcherie, etc. la pauvreté étant devenu un indicateur décrivant la population villageoise des pays du tiers monde.

Se trouvant dans une crise militaro-politique qui a affecté tout le pays et tous les domaines. L’acteur local (le paysan ou agriculteur) étant victime directe de ce phénomène n’a guère le choix de développer des stratégies pour survivre et ainsi continuer son activité. Mais plus encore gérer la crise et poser les bases pour le développement de son terroir. C’est dans de tels contextes que la question de développement local des pays africains quelquefois en difficultés à cause de ces crises politico-sécuritaires trouve ici un terrain fertile par la conduite des acteurs locaux qui permet de créer et favoriser l’échange à travers leurs savoirs faire locaux et/ou les produits agricoles et agropastoraux. Comme ce fut le cas des acteurs locaux de la commune de pissa. Dans le souci de mener une vie aisée, c’est-à-dire ne pas sombrer dans la pauvreté et poursuivre la logique du développement local, les questionnements suivants ont été formulés :

- Comment lutter durablement contre la pauvreté en temps de crise dans la commune de Pissa quand le lien social est en crise ? Autrement dit,
- Comment les acteurs locaux peuvent-ils faire pour améliorer leurs conditions de vie dans un environnement instable et en proie à l’instabilité ?
- Bref quelles conduites socioéconomiques les habitants de Pissa peuvent-ils adopter pour faire face à la crise et participer ainsi au développement local ?

En somme le cadre théorique constitue la phase préliminaire dans la rédaction d’un travail scientifique. Celui-ci nous permet d’explorer notre sujet d’étude à travers les différents points de vue des auteurs dans la définition des concepts, revue de littérature. Surtout de définir les théories qui nous permettront de bien intégrer la réalité étudiée dans l’analyse sociologique. Cette recherche d’information pour une analyse n’est possible lorsqu’on suit un ensemble d’étapes bien approprié. C’est ainsi que notre prochain chapitre sera consacré au cadre méthodologique.

Chapitre 2 : METHODOLOGIE D’ETUDE

La mise en œuvre d’un travail scientifique requiert des pratiques et procédures bien définies par la discipline. C’est ainsi que dans ce chapitre nous aborderons : d’abord les champs sociologiques qui permettent de bien circonscrire notre objet d’étude, ensuite la méthode de la recherche et les techniques de collecte de données et enfin les hypothèses de recherche.

2.1. Champ sociologique

La sociologie est une discipline des sciences sociales. Elle étudie les réalités sociales ; dans son évolution il y’a eu sa spécialisation dans différents domaines tels que : sociologie des religions, sociologie économique, sociologie politique, sociologie de l’environnement, sociologie du développement, etc. Ces différentes branches de la sociologie tentent d’expliquer chaque fait en tenant compte de la réalité sociale c’est-à-dire les conditions de son émergence dans la société, son évolution et surtout son impact sur les acteurs sociaux. Dans le cadre de notre étude où nous étudions les conduites socioéconomiques des acteurs locaux de la commune de Pissa en temps de crise, nous avons retenu certaines branches de sociologie qui interagissent sur le quotidien et le bien-être social des acteurs locaux dans cette étude : sociologie économique, sociologie du développement, sociologie de l’environnement et la sociologie relationnelle.

2.1.1. Sociologie économique

La sociologie économique est un domaine de la sociologie qui cherche à comprendre et expliquer sociologiquement les formes d'économie, de coupler les intérêts économiques avec les relations sociales. Elle analyse l’influence des relations sociales concrètes sur la formation des groupes, réseaux et institutions économiques. Elle tente de comprendre les pratiques économiques de toutes organisations sociales. La sociologie économique étudie les faits économiques en les considérant comme des faits sociaux. Elle combine le comportement guidé par l’intérêt avec celui qui dépend des relations entre les acteurs. Dans la sociologie économique nous pouvons remarquer les branches voisines qui sont : la socioéconomie et l’économie comportementale. La socioéconomie étudie l’évolution des sociétés dans le temps et dans l’espace à travers les différentes activités économiques sociales pratiquées au sein de celle-ci. L’économie comportementale renvoie à l’étude du comportement des êtres humains dans les situations économiques. Parfois, dans certaines situations, les êtres humains adoptent un comportement qui peut sembler paradoxal. Dans notre étude la sociologie économique fait recours à ces deux branches complémentaires pour mieux appréhender les conduites des acteurs locaux qui se trouvent dans une situation de crise. L’apport de (POLANYI, 1944) et (GRANOVETTER, 1973) à travers la nouvelle sociologie économique par le biais de l’encastrement permet de mieux appréhender et analyser l’échange économique ou social inter acteur social c’est-à-dire l’impact des relations sociales sur l’échange économique ou inversement. Cette analyse socioéconomique permet d’évaluer l’apport des acteurs locaux pour développer leurs communautés. Mais aussi d’analyser la réciprocité dans les échanges, la redistribution des biens et l’économie des échanges.

2.1.2. Sociologie du développement

La sociologie du développement est une branche de la sociologie qui s’appuie sur les processus de développement social et économiques. Cette dernière place ces processus en regard de ses impacts sur la société (communauté, village, ville, pays ou région). Le terme "sociologie du développement" est plus courant dans la littérature en anglais qu'il ne l'est en français. La sociologie du développement se trouve à la croisée des chemins de l'histoire, de l'anthropologie et de la science politique. Cette sociologie s’efforce de s‘inscrire dans le sciage du développement durable ou transhistorique qui est le développement qui satisfait les besoins de la génération actuelle sans priver les générations futures de la possibilité de satisfaire leurs propres besoins. Cette branche de sociologie trouve son caractère scientifique par l’apport des éminents sociologues. Dans une vision holiste et évolutionniste (DURKHEIM, 1893), dans ce sens l’auteur met en exergue l’unité des individus dans un système productif social et économique cherchant à faire intégrer les nouveaux arrivants que de se combattre mutuellement. Les actions guidées par une rationalité prennent une importance croissante au fil de l’évolution (WEBER, 1905). Ce qu’explique l’auteur est dans la durée du temps les valeurs amènent les individus à émerger. La sociologie du développement se trouve quelques fois en opposition qui est celle de critiquer le développement ou d’en faire sa promotion. La fonction de critique s’aperçoit à travers l’opinion des auteurs sur les agents exogènes du développement dans les pays du tiers monde ou les collectivités (communes). Par contre elle en fait la promotion lorsque rend compte de l’évolution, de transformation (des communes, collectivités) à partir des forces endogènes. La sociologie du développement met l’accent sur la dépendance des pays du tiers monde vis-à-vis des pays industrialisés dits les pays du Nord. Dans notre étude la sociologie du développement renvoie à la participation des acteurs locaux dans les différentes activités (agricoles, agropastorales, etc.) en vue du développement socioéconomique de leur commune. Ce développement s’explique aussi par les rapports sociaux qu’entretiennent les acteurs : les bourgeois et prolétaires (MARX, 1867) dans le système productif.

2.1.3. Sociologie de l’environnement

La sociologie de l’environnement étudie les relations réciproques qu’entretiennent les sociétés et leurs milieux. Il envisage d‘une part l’influence des sociétés sur l’environnement, et d’autre part l’influence de l’environnement sur les sociétés. Ce domaine de la sociologie environnementale émerge dès 1970 comme courant sociologique. Elle s’est vu émergée à la suite du rapport (MEADOWS, 1972). Ce rapport fait état de l’impact des usages de l’acteur son environnement en le dégradant. Considéré comme les fondateurs de cette sous-branche de la sociologie les sociologues (DUNLAP et CATTON, 1978). L’apport de la sociologie environnementale est d’évaluer cet impact et de la réduire. Car la survie d’un individu dépend de son milieu naturel. La sociologie de l’environnement se heurte au paradigme durkheimien de l’autonomie, qui considère que la sociologie doit analyser les faits sociaux. A travers le paradigme de l’exceptionnalisme humain (RILEY, 1978) les auteurs parviennent à tenir compte de l’influence des contraintes environnementales sur les phénomènes sociaux. Ainsi certains travaux de SIMMEL peuvent être classer dans cette sous branche de la sociologie par des réflexions sur les interactions entre phénomènes naturels et sociaux lesquelles caractérisent la question contemporaine de l‘environnement. En considérant les apports conceptuels du sociologue allemand, notamment à travers son approche des formes sociales, de l‘espace, mais encore de la nature, il est clair que la pensée de Simmel peut étayer certains développements de la sociologie de l‘environnement. Les travaux de Simmel ont influencé les deux principaux courants fondateurs de la sociologie de l‘environnement à savoir l‘écologie humaine étasunienne et la morphologie sociale française (BOUDE, 2008 ). Pour Boude en retraçant l‘apport cognitif et socio-historique de Simmel pour la sociologie de l‘environnement, tout cela contribue à actualiser les études simmeliennes tout en favorisant l‘institutionnalisation de la sociologie de l‘environnement.19

2.1.4. Sociologie relationnelle

En parlant de la sociologie relationnelle, c’est une branche de la sociologie générale développée par (BAJOIT, 1992)19. Cette branche de sociologie s’intéresse à la forme de l’échange et aux rapports entre les finalités poursuivies par les différentes catégories inscrites dans la relation. Alors, deux types d'échanges sont retenus : l'échange inclusif et l'échange exclusif. Nous parlons d’échange exclusif dans cet échange où les acteurs qui sont en relations ne peuvent atteindre chacun leur finalité qu’en empêchant aux autres d’atteindre les siennes (c’est le cas des échanges compétitifs et contradictoires). Dans le cas de la crise politique et économique dans la commune de Pissa où chaque acteur local veut se faire une bonne santé économique se trouve en concurrence avec les autres acteurs. Parfois se heurte aux règles d’échange établies par la communauté et/ou les pouvoirs publics. Cette situation de crise fait introduire le caractère compétitif dans l’échange entre les acteurs locaux dans le but de maximiser le profit. En second lieu, l’échange est contradictoire et dans ce cas la contradiction se situe au niveau du lien qui favorise l’échange entre les acteurs et les parties prenantes à cet échange. Enfin, concernant les échanges inclusifs, dans lesquels la coopération est indispensable pour chaque catégorie en relation avec les autres pour atteindre leurs finalités, c’est-à-dire la complémentarité des acteurs locaux pour que chacun tire profit de l’échange économique et social qui s’opère dans la commune de Pissa et surtout entre les acteurs locaux qui se trouvent en situation de précarité. Ce groupe d’acteurs est composé dans sa grande partie composée des agriculteurs, des membres des groupements agropastoraux, les collectivités, les Wali-gara20 et quelques fonctionnaires qui travaillent la terre pour l’autoconsommation.

2.2. Méthode de recherche

La méthode se définit comme : « l’ensemble des procédés et techniques par lesquels une discipline utilise pour arriver à une vérité et la démontrée ». Dans la même optique (GRAWITZ, 2008) la définit comme : « l’ensemble des opérations intellectuelles par lesquelles une discipline cherche les vérités qu’elle poursuit ». La méthode nous permet dans cette étude de chercher à comprendre et de vérifier nos hypothèses de recherche.

En sciences sociales, plus précisément en sociologie il existe plusieurs types de méthodes. Les plus pertinentes sont la méthode quantitative et la méthode qualitative. Pour cette étude nous avons opté pour la jonction des deux méthodes. Cette approche en sociologie nous permet d’une part de mieux comprendre la cause des actions des individus et le sens qu’ils donnent et leurs états mentaux ; et d’autre part de les expliquées. Cette approche vise à rechercher le sens des phénomènes et fournir une explication cohérente, car celle-ci en cacherait le sens (DESMET, et al 2012). Selon ces auteurs cette approche se base sur « l’attitude phénoménologique qui s’efforce d’expliciter le sens que le monde objectif des réalités a pour les hommes dans leur expérience. Il cherche donc à appréhender les phénomènes de conscience vécus qui sont, chaque fois, des constructions humaines. L’approche compréhensive consiste, dès lors, en des constructions (objectives) de constructions (subjectives) faites par les acteurs ». La représentation sociale étant une forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourante à la construction d’une réalité commune à un ensemble social (JOBELET, 1989). L’approche compréhensive est donc pertinente, car nous avons affaire à des acteurs et nous souhaitons comprendre leurs représentations et leurs pratiques pour mieux appréhender ainsi leur attitude par rapport à la crise politico-sécuritaire. Au fait, nous partons des effets pour aller vers les causes. Notre approche est qualito-quantitative, mais c’est aussi une approche hypothético déductive dont l’objectif est de rendre compte des événements et non de se limiter à décrire leur déroulement (HUBERMAN, et al 2003). Tenant compte des facteurs psychologiques, économiques ainsi que sociologiques qui motivent les conduites socioéconomiques des acteurs locaux dans leurs activités quotidiennes. Cette approche nous permet de bien percevoir les contours de ce problème. Comme modèle d’analyse, nous utiliserons l’ individualisme méthodologique. Le choix de l’individualisme n’est pas fortuit traitant d’un sujet à caractère socio-économique, il nous permet à travers la théorie d’ethnométhodologie de décrire la quotidienneté des acteurs locaux et d’analyser la réflexivité de leur action. La théorie du lien social pour comprendre et analyser le rapport entre les acteurs et la finalité des échanges interpersonnels et intercommunautaires. Ces théories permettent plus encore d’étudier les phénomènes sociaux qui ne doivent être expliqués qu’à partir des actions et états mentaux des individus. Cette approche valorise la formulation des hypothèses au préalable, même si ces hypothèses mûrissent au fur et à mesure que nous avançons dans la recherche. L’approche hypothético-inductive valorise le terrain pour rendre compte des conduites socioéconomiques des acteurs locaux de la commune de Pissa

2.2.1. Technique de collecte de données

La technique de collecte des données est l’ensemble des outils que le sociologue ou le chercheur utilise pour collecter les informations, les traités et les analyser. Pour mener à bien la collecte et le traitement des informations nous avons utilisé : la préenquête, la recherche documentaire, l’entretien semi-directif, échantillonnage, opérationnalisation des hypothèses.

2.2.1.1. La préenquête

Elle est une étape préalable de la recherche, car elle permet d’explorer le terrain et d’avoir un contact avec la population concernée par enquête. Elle est considérée pour nous comme un état de lieux qui nous a permis de nous familiariser avec la population cible. C’est- à-dire de mieux appréhender les conduites socioéconomiques des acteurs locaux de la commune de pissa.

Pour cette étude, la pré-enquête nous a permis d’avoir de multiples contacts avec les chefs de ménages, les membres d’associations, G.I.C et coopératives certains enseignants et Universitaires qui nous a permis d’avoir un champ de connaissances et de vue plus élargi sur notre sujet d’étude afin de renforcer notre problématique.

2.2.1.2. La recherche documentaire

Préalable et essentielle à tout travail de recherche, la documentation permet au chercher d’aborder le terrain, avec un ensemble de connaissance sur le sujet qu’il veut étudier. Une vue panoramique de sa problématique et de mieux élaborer ses hypothèses de travail.

Cette technique nous a permis de mieux cerner le contenu de notre sujet de recherche dans toutes ses différentes dimensions c’est-à-dire à travers la lecture des ouvrages, articles nous avons pu construire notre objet d’étude en rapport à la commune de Pissa ; et de bien élaborer la problématique de notre recherche. Plus utile elle a été dans la revue de la littérature et aussi dans l’analyse des données d’enquête. Aussi grâce à cette technique nous avons modifiés et compléter nos objectifs et hypothèses afin de bien appréhender notre objet d’étude. En utilisant les articles scientifiques sociologiques et économiques nous avons pu élucider notre travail. Par l’apport des éléments scientifiques retrouvés dans les mémoires et thèses de doctorat nous avons trouvé des orientations nécessaires pour le travail.

Nous avons lu et consulté des ouvrages (généraux et spécifiques), des articles, des travaux antérieurs se rapportant à notre thème qui sont une source d’inspiration et aussi servent de repères dans le développement de nos argumentaires. Les ouvrages généraux, méthodologiques, ainsi que des mémoires de fin cycle et thèses de doctorat ont été également consultés.

2.2.1.3. Entretien semi directif

Il est l’une des techniques qualitatives les plus utilisées. Cette technique consiste à organiser une conversation entre l’enquêteur et l’enquêté. Cet entretien consiste à annoncer à l’enquêté le thème de l’entretien et faire en sorte que l’entretien se déroule naturellement possible tout en abordant les thèmes fixés pour le débat.

Pour ce faire, nous avons eu des entretiens avec quelques chefs de ménages et membres d’association et coopératives pour comprendre les effets de la crise politique et sécuritaire en Centrafrique sur les conduites socioéconomiques des acteurs locaux dans la commune de pissa.

Notre guide d’entretien porte sur les axes suivants :

- Les conduites socioéconomiques
- Les stratégies des acteurs
- La dynamique de la crise

2.2.1.4. Echantillonnage

L’échantillonnage est une technique utilisée dans les sciences sociales permettant de choisir la population (individus) faisant objet d’une étude scientifique, d’une enquête ou d’un sondage. Cette technique est née de l’impossibilité pratique d’interroger l’ensemble de la population d’un pays ou d’une région sur un fait ou phénomène donné. Elle permet de tirer un échantillon qui est une proportion représentative de la population mère et permet aussi de réduire les frais et les conditions matérielles d’une recherche. Dans le cadre de notre étude, l’échantillonnage nous permet de constituer la population pouvant faire objet de notre enquête sur les questions des conduites socioéconomiques des acteurs locaux dans la commune de Pissa. Il existe plusieurs techniques d’échantillonnage en sociologie.

Dans le cadre de ce travail, nous avons choisi l’échantillonnage aléatoire. Cette technique d’échantillonnage peut être encore appelée méthode des choix au hasard ou échantillonnage probabiliste. C’est une technique qui donne la possibilité (une chance égale) à tous les acteurs locaux de faire partie de la population d’enquête elle est plus représentative de la population. Ayant une base de sondage (population mère) qui est l’ensemble des membres d’association et coopérative de la commune de pissa. Toutefois, nous avons jugé utile d’interroger cinquante acteurs locaux (50 individus) qui constituent notre population.

2.2.1.5. Opérationnalisation des variables

Tableau n° 1 : opérationnalisation des variables

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2.2.2. Hypothèses

Tout comme les questions de recherche et les objectifs, nous avons émis une hypothèse principale et trois hypothèses secondaires. Ces hypothèses ne sont que des tentatives des réponses qu’au cours de ce travail nous tenterons de confirmer, infirmer ou nuancer ; selon les réalités du terrain en rapport avec les conduites socioéconomiques des acteurs locaux.

2.2.2.1. Hypothèse générale

- Les conduites socioéconomiques des habitants de Pissa impactent le lien social dans la lutte contre la pauvreté locale.

2.2.2.1.1. Hypothèses de recherches

- La création et renforcement des liens interpersonnels et communautaires sont les impacts de la crise sur les conduites socioéconomiques des acteurs locaux ;
- L’économie solidaire et sociale est une stratégie de résilience des acteurs de Pissa pour faire face à la crise politico-sécuritaire en RCA ;
- L’intensification des réseaux socioéconomiques est au cœur des adaptabilités des habitants de la commune de Pissa.

2.2.3. Difficultés rencontrées

Les difficultés rencontrées en réalisant cette étude résident dans l’accessibilité à certains documents. Le problème d’accessibilité aux documents se pose du fait d’absence d’écrit sur la commune de pissa de son potentiel économique qui le place comme une commune modèle du développement local dans la préfecture de la Lobaye. Mais aussi le pillage de l’hôtel de la commune de Pissa abritant les services de la mairie qui rend inexistant les documents sur le fondement de la commune et de performance de villages. Vu la situation sécuritaire instable les enquêtés ont été méfiants à notre égard dans la collecte des données. La principale difficulté est le climat d’insécurité qui règne dans le pays à l’heure actuelle, principalement dans la commune de Pissa qui a été terrorisée par les exactions des rebelles qui se sont érigés en administrateur. Nous avons aussi assisté aux refus catégoriques de certains acteurs qui ont refusé de répondre à nos questions. Au vu de ces difficultés, nous avons pu mener à bien l’administration de notre guide d’entretien. En utilisant le service de certains acteurs locaux influents (chefs de villages, présidents des associations communautaires ou groupements agricoles).

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Une étude ou encore une recherche sociologique a pour objectif de favoriser l’apport des nouvelles techniques pour l’amélioration des conditions de vie de la population cible. L’amélioration des conditions de vie de cette population s’effectue dans une région, un pays ou dans une communauté bien définit. C’est ainsi que dans ce chapitre il est question de délimiter notre champ d’études, c’est-à-dire situer notre terrain d’étude sur le plan géographique, préciser la population cible de cette recherche ; présenter son organisation administrative, sociale et culturelle. La présentation de l’organisation sociale concerne la division administrative et la stratification sociale.

3.1. Délimitation du champ d’étude

La délimitation du champ d’étude permet de circonscrire la zone d’étude. C’est-à-dire préciser le lieu où se déroule la recherche et la population (individus) concernée selon les caractéristiques sociales ou socioprofessionnelles. Ainsi cette circonscription se fait à deux niveaux :

- La délimitation spatiale et
- la délimitation sociologique.

3.1.1 Délimitation spatiale

Dans cette sous-partie, il est question de préciser notre champ d’étude du point de vue géographique. La commune de Pissa est une des treize communes de la préfecture de Lobaye. Précisément dans la sous-préfecture de Mbaïki. Située dans le Sud-Ouest de la RCA. Elle est traversée par la route nationale RN6 reliant Bangui à Mbaïki. Elle est devenue commune par Décret n°59/174 du novembre 195921 22 portant création des collectivités rurales dans le district de la Sous-préfecture Mbaïki, chef-lieu Lobaye. La commune de Pissa est située à 65 km de la ville de Bangui, elle est comprise entre 4° et 4°10 de Latitude Nord, 17° et 18°20 de Longitude Est et couvre une superficie de 910.26 Km222. Elle regorge une population de 27910 habitants pour une densité de 30 hbts/km2. Elle est sous l’autorité d’un Administrateur en la personne du Maire. La population de la Commune à une évolution croissante depuis l’arrivée des sociétés forestières dans la localité. Elle compte 36 villages, 4 groupements de villages et 3 hameaux. Limitée par la commune de Mbaïki à l’Ouest, la commune de Bimbo à l’Est et la commune de Moungoumba au sud. Située dans la zone forestière Sud la commune de Pissa à un climat équatorial favorisant le développement de l’agriculture.

3.1.1.1 Carte de la commune de pissa

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Source : Laboratoire de Géographie (Guy LASSERE) Université de Bangui

3.1.2. Délimitation sociologique

Une étude ou recherche en science sociale s’effectue sur un fait bien précis et/ou sur des individus qu’on appelle encore acteur. Ces acteurs sont membres de la communauté et principal sujet du phénomène à étudier. Pour bien étudier le fait ou le phénomène il faut investiguer les individus participant à la vie économique et sociale de la communauté dans laquelle le fait se manifeste ou se produit. C’est ainsi que cette sous-partie nous permet de spécifier notre population d’étude. L’étude s’effectuant dans la commune de Pissa notre population cible sera les individus vivant dans la commune de Pissa. Plus précisément les membres des associations et/ou groupements des agriculteurs et/ou autres activités qui exercent dans cette localité. A travers ces associations nous pouvons étudier les conduites socioéconomiques des acteurs locaux pouvant impacter sur le système d’échange local, interpersonnel et/ou intercommunautaire, en un mot sur la vie économique et sociale de la commune de pissa. La sélection de notre population s’est faite en rapport à leur appartenance à une association de cette localité. Notre population est constituée des individus majeurs (adultes).

Figure n°1 : Carrefour M’baïki- Moungoumba à Pissa

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Source : Réseau des journalistes pour les droits de l’homme

3.2. Les composants naturels de la commune de Pissa

L'habitat naturel c'est le milieu, l'environnement. Sa description permet de dégager le potentiel économique que regorge la commune de Pissa, d’expliquer les différents éléments constituant cet espace et d'analyser les liens qui existent entre cet espace et les différents groupes qui existent dans la commune. Elle nous permet de connaitre l’impact de ce potentiel et de comprendre l'usage qui en est fait.

3. 2. 1. La structure géographique

Les cartes topographiques de Mbaïki et de Mongoumba à l’échelle de 1/200 000 (IGN) ont permis de définir des unités du relief à travers l’espace. Ainsi, il ressort de celles- ci deux unités du relief : il s’agit du plateau, la plaine creusée par la Lobaye et qui constitue la dépression qu’elle traverse plus au sud.

- Le plateau

La zone d’étude dont il est question ici est située sur le vieux socle du protérozoïque inférieur et archéen, caractérisé par le complexe quartzo-schisteux, appelée la série orographique et géologique de Bangui-Mbaïki-Boali. Cet ensemble est incliné de Nord-Ouest vers le Sud-Est avec des interfluves poly-convexes. Il occupe la majeure partie de la région avec des altitudes qui varient entre 572 mètres et 406 mètres.

- La plaine

Elle représente la zone la plus basse de la région, avec une altitude variant entre 40 mètres à 350 mètres. Il s’agit là de ses assises morpho structurales (en grecque Morphée veut dire forme et structure, qui se rapporte aux formes du relief étroitement liées aux structures tectoniques).

- Le sol

Le sol est la partie superficielle de l’écorce terrestre au contact de l’atmosphère, qui est soumis à l’action de l’érosion, des animaux des végétaux aboutissant à l’altération et l’ameublement des roches. Les sols de ce site sont ceux du bouclier centrafricain de types ferrallitiques remaniés modaux, rouges, parfois érodés (BOULVERT)23. Ils sont appauvris et décolorés. Lorsqu’ils se trouvent sur des alluvions et des colluvions de grandes vallées du vieux socle. Les sols du site de Pissa ont été identifiés et classés comme suit :

1- les sols ferrallitiques : il s’agit des types modaux à faciès rouges sur les pentes et les plateaux, les sols appauvris modaux à faciès rouge au nord de la zone d’étude dans la région déboisée ; les sols remaniés modaux, qui sont en bas des pentes ;
2- les sols peu évolués soumis aux intenses activités d’érosion. Les associations des sols peu évolués, qui sont localisés sur les collines et caractérisés par une faible profondeur due à la présence des blocs de roches ou de cuirasses, soient à de nombreux cailloux et gravillons en surface ;
3- Les sols peu évolués non climatique, d’apport colluvial hydromorphe qui constitue le bassin fluvial de la Lobaye. Au fur et à mesure qu’on s’éloigne des zones ouvertes, exposées au soleil, le sol change de texture, donc le climat conditionne l’humidité et la température du sol.

3. 2. 2. Le climat

Le climat, en grec Klima (inclinaison), est en rapport avec les variations de la quantité d’énergie solaire reçue par le sol, il dépend aussi de l’inclinaison des rayons solaires par rapport au sol et des nuages. La région est proche de l’équateur, donc elle reçoit perpendiculairement les rayons solaires au proche de la verticale à midi, le rayonnement reçu par la terre est donc très important. En plus de la qualité des sols, la pluviométrie et l’humidité relative déterminent la végétation. Le climat définit l’état du temps et la température en un lieu précis et à un moment déterminé. Cette zone d’étude a un climat de type guinéen forestier à sous-climat Oubanguien, caractérisé par un indice pluviométrique élevé, avec trois maxima pluviométriques (mai, juillet, octobre), une température moyenne annuelle de 26 °C, de très faibles amplitudes, et une atmosphère chargée de vapeur d’eau très élevée (18 à 19 millimètres). L’indice pluviométrique est de 6.3.3 c’est-à-dire : six (6) mois de période humide de mai à octobre avec l’évapotranspiration inférieure à la pluviométrie, trois (3) mois de période intermédiaire de mars à avril, puis en novembre durant laquelle ETP > P > 0,5 ETP, trois (3) mois de période sèche durant laquelle P < 0,5 < ETP de décembre à février. Le déficit hydrique commence en novembre et s’achève en avril. Les conditions climatiques déterminent la répartition des animaux, la répartition de la température et de l’humidité.

- La pluviométrie

C’est l’étude de la répartition des pluies dans l’espace et dans le temps. La connaissance de cette répartition est essentielle dans la mesure où les écoulements des eaux en sont directement issus. La moyenne inter- annuelle des pluies de la période (2000) est de 123,8 millimètres. Le plus bas, le maximum en 1997 atteint 170,23 millimètres dans la période 1996 à 2005, l’année la plus humide. Les mois d’août, septembre et octobre des années 1994 à 2003 ont respectivement : 275,45 mm ; 268,2 mm ; 262 mm. La pluviométrie annuelle en 2008 était de 1477,1millimètres pour 111 jours. Cette valeur pluviométrique inférieure à 1600 millimètres est due au recul sensible de la forêt. Cela aurait influencé l’équilibre du milieu.

3.3. Organisation locale

Cette section nous permet de décrire la structuration de notre zone d’étude. Cela nous renvoie à la hiérarchisation administrative et sociale. Dans un premier temps nous décrirons la commune de Pissa sur le plan administratif c’est-à-dire sur son plan statutaire et politique dans le sens de l’administration territoriale et dans un second temps de son organisation sociale. Ce qui revient à expliquer et décrire sa formation culturelle (groupe ethnique, mode de vie, les types d’activités socioéconomiques), en passant par les autorités coutumières.

3.3.1. Organisation administrative

La commune de Pissa est sous l’autorité d’un Maire qui est sous tutelle de la sous- préfecture de Mbaïki. Localisée dans la Préfecture de la Lobaye c’est sous la juridiction administrative du préfet de cette zone que le maire de pissa officie en tant qu’administrateur local et y fait recours en cas de grande décision. Comptant 36 villages ceux-ci sont sous la tutelle du maire de la commune qui officie en tant qu’administrateur pour le bon fonctionnent de sa localité. La commune dispose d’une brigade de gendarmerie qui veille au maintien de l’ordre et à l’application de la loi et pour la sécurité de la population. La commune dispose d’un centre de santé pour le soin des malades et surtout pour le premier secours. L’éducation est assurée par une école primaire du cours d’initiation au cours moyen 2 (CI au CM2). Cette formation de la jeune population de la commune est tenue par l’inspection académique de la préfecture de la Lobaye. Passant par les services de maintien de l’ordre et de la sécurité, les services douanes pour empêcher le trafic illégal des pierres précieuses ou des défenses d’éléphants. Les taxes de reboisement et d’abattage constituent les principales sources de recettes de la Mairie de Pissa utilisées pour réaliser les actions sociales de la Commune. En effet elles servent au paiement de salaires des employés de la Mairie, mais également à la réalisation et entretien de quelques infrastructures dont le marché de la commune, et les forages d’eau potable. Le prélèvement et recouvrement des taxes forestières s’effectuent par les services d’impôts qui se trouvent dans la sous-préfecture de M’baïki. Tous ces services sont sous l’autorité du sous-préfet de la commune de M’baïki qui rend compte à sa hiérarchie comme le stipule les lois régissant l’organisation administrative Centrafricaine. Certes la commune se trouve être un modèle du développement local à cause de sa proximité à la ville de Bangui et des innovations dans cette dernière Il y a un manque d’équipements et de structure gouvernementale dans cette Commune, la plupart de structures administratives telles que : tourisme, environnement, hydraulique et énergie sont basées à Mbaïki.

3.3.2. Organisation politique

Le président de la délégation spéciale24 de la commune de Pissa est l’autorité administrative et politique de sa circonscription. Ce dernier fut nommé par le ministre de l’administration du territoire. Cette nomination lui confère le pouvoir d’exercer dans sa commune comme le premier magistrat local. Il est le garant de la sécurité et de la prospérité économique de la commune en mettant en application la politique de gestion et de développement de collectivités locales. Dans sa mission il est assisté par les conseillers qui l’aident dans la gestion des collectivités se trouvant dans sa circonscription. Ce collège de conseillers municipaux l’assiste dans la gestion politique et administrative de la commune de pissa à travers la politique du développement local et la mise en valeur des potentiels socioéconomiques des villages pouvant faire de sa commune un modèle de développement local et une commune riche. La commune de Pissa est dotée des administrateurs tels que : les adjoints au maire, un secrétaire général, les conseillers municipaux, un receveur payeur municipal et une brigade de la police. Cette dernière est dotée de quelques éléments qui veillent au maintien d’hygiène dans le marché de la commune et assiste les percepteurs de taxes au marché. Le clivage politique importe peu dans la gestion de la commune de pissa, car les élus locaux ne sont pas élus, mais nommés par l’administration centrale. Les quartiers et villages sont sous l’autorité des quartiers et villages qui officient en tant qu’auxiliaire de l’administration locale. Cette classe d’administrateur est sous tutelle des chefs de groupements qui coordonnent les activités des chefs de quartiers et villages. Pour le choix des chefs de villages ou de quartiers se fait par succession ; c’est-à-dire l’appartenance au village ou le fait d’être le notable le plus expérimenté. C’est dans ce type de gouvernance qu’évolue la commune de Pissa.

3.3.3. Organisation économique

La commune de Pissa présente un environnement propice à la chasse, la pêche et à la riziculture. Par ailleurs, étant proche de la capitale l’échange marchand est régulier entre les acteurs locaux et les commerçants (es) venant de Bangui pour des achats : poissons, viandes boucanées (fraîche), riz, etc. Les activités socioéconomiques de la commune de pissa sont de deux ordres. La première est traditionnelle et la seconde est moderne.

3.3.3.1. Les activités économiques traditionnelles

Les activités économiques traditionnelles sont basées sur les activités agricoles traditionnelles qu’effectuent les habitants de la commune de pissa. Cette activité est pratiquée par plus de 90% de la population locale avec un rendement faible, dont la plupart servent à l’autoconsommation. Il s’agit de la culture de manioc (Manihot esculenta), du taro (colocasia esculenta) ; des légumes tels que les amarantes douces et amères, etc. Il y a aussi l’élevage des caprins, porcins qui constituent une source de revenus à l’approche des fêtes de fin d’années et autres. L’élevage de ce bétail se fait d’une manière informelle. L’économie de la commune de pissa est purement agricole par la vente des produits agricoles et dérivés. La pêche faisant partie intégrante de ces activités porteuses de revenues, la commune de pissa est réputée pour son poisson frais extrait de la rivière Lèssè qui traverse la commune. Située dans la partie sud de la RCA la commune de Pissa est couverte par la forêt équatoriale qui couvre le sud du pays. Cette situation climatique offre un terreau favorable pour la chasse pouvant servir à la consommation locale une partie et l’autre à la vente sur le marché local situé à l’intersection de la RN6 et l’axe menant à la commune de Moungoumba et Mbata. Ce marché local constitue une véritable plateforme pour l’échange dans la région du sud.

- Les cultures vivrières

Elles concernent le manioc (Manihot esculenta), le taro (Colocasia esculenta), le bananier, l’igname, l’arachide, le maïs et les légumes. A côté des plantes, il y a des légumes tels que : l’amarante douce ou amer, le gombo et l’aubergine qui est disponible toute l’année. On peut aussi trouver des fruits tels que : le citron jaune, la mandarine, le citron vert, la goyave, le haricot, l’orange, le pamplemousse et la tomate. Les techniques culturales pratiquées reposent sur une agriculture sur brûlis qui consiste à débrousser les herbes et à y mettre du feu avant le labour. La technique de fertilisation du sol est la mise en jachère pendant trois à cinq ans après les récoltes. L’outillage utilisé dans les pratiques culturales est très rudimentaire et se résume aux machettes, houes et haches. Après la semence, l’entretien des champs revient aux femmes et aux enfants, parfois ce sont les pygmées qui le font. Pendant la récolte, une partie des produits est destinée à l’autoconsommation et l’autre est destinée à la vente sur les marchés locaux intérieurs et dans les régions environnantes de Mbaïki, Bouchia ou Kapou.

- La culture d’exploitation

Cette culture touche particulièrement le café. Elle a été introduite pendant la colonisation. C’est la principale culture d’exportation. A partir de 1992, la production du café connaît une décroissance à cause de la chute des prix sur le plan international ; c’est pourquoi les planteurs s’en sont désintéressés au profit du manioc et du maïs.

- L’élevage

C’est une activité pratiquée par la minorité de la population. Il se fait d’une manière traditionnelle ; c’est un élevage du petit bétail (lapins, caprin, porcin) et de la volaille. Le milieu forestier se prête mal pour l’élevage des bovins tandis que la volaille et le petit bétail s’adaptent assez bien à ce milieu.

- La chasse

C’est l’une des activités propices pratiquées par la population rurale de cette localité. Elle est complémentaire, c’est-à-dire alternative de l’agriculture. La chasse est pratiquée au moyen d’armes, de filets, de sagaies, d’arbalètes et de pièges. Les trophées de chasse sont consommés ou vendus sur place dans le village, ou encore au bord de la route. D’après les habitants de cette petite communauté rurale, les revenus de la chasse permettent de se ravitailler en produit tels que savon, sucre, sel et parfois d’acheter des médicaments pour se soigner.

- La pêche

Elle est pratiquée par la population riveraine, les Yakoma, les Gbanziri, et les Gbaka. Elle se fait à la nasse « bongo », à la ligne ou au filet, certains utilisent le « lomba » (Tephrosia vogelii) pour anesthésier les poissons, d’autres font le drainage des marigots en saison sèche. Ces mauvaises pratiques de pêche entraînent à long terme l’appauvrissement de la faune aquatique. Elle vient en troisième position après l’agriculture et la chasse. Parfois les femmes mettent en place des systèmes d’assèchement artificiel de certains endroits de la rivière afin de capturer les poissons qui y vivent. Ces produits de pêche sont vendus sur place, ou à Mbaïki centre ; le revenu permet au propriétaire de se procurer les denrées diverses (sucre, sel, savon). Les poissons sont vendus frais ou fumés. Les types de poissons qu’on peut rencontrer dans la Lobaye sont le tilapia, le silure, la carpe, le mâchoiran et l’anguille.

- La cueillette

Dans cette zone, la population pratique la cueillette. En saison de pluies, au mois d’août, elle procède aux activités de cueillette des feuilles comestibles telles que le « koko » ou « Gnetum africanum ». En octobre, c’est la période de ramassage des chenilles et des champignons comestibles. Ces produits sont vendus, soit aux femmes commerçantes qui viennent de Bangui, soit aux passants. Le poivre sauvage est l’un des produits de cueillette dont la récolte se fait en saison sèche. C’est un produit d’une grande valeur économique, mais la cueillette et la vente sont pratiquées par une minorité de personnes.

- La vente du bois de chauffe et du sable

C’est aussi une activité effectuée par une minorité d’individus. Les bois secs sont sélectionnés, coupés et vendus le long de la route. Parallèlement à cela, il existe aussi des gens qui s’adonnent à l’exploitation de sable dans le cours d’eau Lobaye.

- L’artisanat

Il est pratiqué par une minorité de la population. La fabrication des produits d’art se fait en bois local (l’ébène, l’acajou, etc.), coupés dans la forêt environnante conserve encore quelques espèces de haute valeur économique.

3.3.3.2. Les activités économiques modernes

Dans la Commune, de Pissa nous pouvons énumérer deux grandes activités économiques à caractères industriels, mais surtout modernes. Etant une zone favorable à l’agriculture à cause de son climat (tropical). L’agriculture constitue la première activité et l’exploitation de la forêt (coupe et transformation de bois) est la seconde. Il y’a deux grandes variétés de culture modernes dans cette localité à savoir : la palmeraie et la riziculture. La palmeraie se situé dans le village Bossongo cette plantation est gérée par la société centrafricaine des palmiers (CENTRAPALM). Cette société est source de revenus de la commune de pissa. Elle procure du travail à la population locale ce qui permet de résorber le chômage et offre aux acteurs locaux la possibilité de mener une vie décente. Garantis leur santé par la mise à disposition de la population locale d’un centre santé et d’un dispensaire.

L’éducation est assurée de ce village par une école primaire (fondamental 1) qui est sous l’égide d’un directeur d’école coordonné par l’inspecteur académique de la commune de pissa.

Le travail crée consiste à l’entretien des palmiers, la cueillette des noix mûres, mais aussi la transformation industrielle des noix pour la production d’huile de palme (huile rouge), mais aussi une huile raffinée. Pour la bonne qualité d’huile produite il y’a affluence des consommateurs (commerçants) qui se déplacent pour s’en procurer d’une part, mais favorisent d’autre part l’écoulement des produits agricoles des acteurs locaux. Ainsi il y’a entrée des devises dans les ménages. A côté de la production industrielle, il y’a aussi des petites unités de production artisanale avec des outils semi-modernes. Ne se limitant pas à la palmeraie de Bossongo, le village Boyali regorge un atout majeur pour l’essor économique de cette commune. Dans ce village s’est implantée une riziculture avec une usine de transformation locale. La population locale étant agricole trouve dans cette riziculture un atout pour mettre en valeur leur savoir-faire afin de gagner leur pain quotidien. Cette riziculture est tenue par les expatriés chinois secondés des techniciens locaux. L’implantation de cette riziculture a favorisé la création d’un site pour l’hébergement des travailleurs, d’un centre de santé de premiers soins et d’une école primaire (fondamentale 1). Mais aussi d’un marché permettant à la population d’évacuer leurs produits champêtres aux commerçants (es) qui y arrivent de la capitale même aux particuliers qui y sont de passage.

3.4. Organisation sociale

La commune de pissa regroupe trois grands groupes ethniques qui sont classés dans le groupe des Bantous. Nous avons les n’gbaka, les modjombo et les issongos. La population est composée de plusieurs ethnies, l’ethnie la plus répandue est l’ethnie n’gbaka, qui s’était installé depuis plusieurs siècles avec l’ethnie Aka (pygmées) dans la forêt qui de nos jours ne sont plus nombreux dans la commune. Puis, à travers le processus de l’intégration, celle-ci s’est installée le long des axes routiers plus précisément la route nationale n°6. Les pygmées sont les premiers occupants de cette partie du territoire, ils ont contribué au développement de la traite et aussi au commerce de l’ivoire, de caoutchouc, de noix de palme, de copal et des trophées d’animaux sauvages pendant les périodes précoloniales et coloniales. Ils ont ravitaillé les travailleurs des sociétés avec des viandes sauvages. A côté des Ngbaka et les Aka nous avons aussi leurs voisins les Mbati, Issongo et bangadou qui se sont installés dans la commune par le lien de mariage les uns (es), et pour le travail dans les sociétés dans cette localité pour les autres.

Mais nous avons aussi des populations allogènes qui sont implantées dans cette commune pour diverses raisons. La principale raison est de sa proximité avec la capitale et se trouve être un endroit idéal pour pratiquer l’agriculture soit pour la commercialisation ou l’autoconsommation. Car les seuls revenus du travail étatique ne permettent pas d’assumer la charge familiale. Cette population allogène est constituée des ethnies telles que : Gbaya, Ngbaka- Mandja, Yakoma, Gbanziri, Ali, etc. En outre, il existe des Européens, des Américains venus pour les travaux de recherche dans les domaines scientifiques. Des Turcs, des Libanais, des Japonais travaillant aussi dans les Sociétés forestières. Le plus souvent ce sont les étudiants centrafricains qui y séjournent pour des travaux de recherche dans le cadre de mémoire de fin d’études. Les populations allogènes sont désormais plus nombreuses que les populations autochtones.

La commune de Pissa est une localité rurale en phase de transformation comme les autres localités rurales Africaines. Cette commune combine à la fois l’aspect rural et moderne. Cette combinaison est remarquable par l’urbanisation de cette commune par le tracé des voies publiques dans les quartiers. Par le développement de l’architecture, nous remarquons la disparition des habitations rurales qui autrefois étaient faites de la terre battue et le toit en paille à la construction des habitations modernes utilisant des produits manufacturés. Ce nouveau type de construction apporte à la fois des nouvelles manières dans les conduites des acteurs locaux de la commune de Pissa. Ainsi qu’une nouvelle manière de penser l’urbanisation de la commune par les autorités locales. Cette pluralité de construction permet de dénombrer quatre (4) types d’habitats dans la commune de Pissa. Nous avons l’habitat moderne pour les nantis et les populations de la classe moyenne regroupant (les retraités, les fonctionnaires, les commerçants et certains agriculteurs). Nous avons un autre type d’habitat en matériaux provisoires (bois) celui-ci est particulier destiné aux travailleurs des sociétés d’exploitation forestière et quelques agriculteurs. Mais aussi les habitats en terre battue pour les plus démunis et les huttes construites par des branches et de feuillages pour la population Aka (pygmée).

La question de la croyance en RCA et précisément dans la commune de Pissa est très sensible du point que l’une des principales causes de la crise dans la commune fut la question de l’appartenance religieuse. La population de Pissa au départ était des animistes. L’arrivée des colons avec le christianisme a apporté une modification dans la croyance des populations autochtones de cette localité de la Lobaye. En adoptant le christianisme, celle-ci s’ouvre à tous les courants religieux qui y vont avec. C’est ainsi que dans la commune de Pissa nous pouvons remarquer la présence de l’église catholique romaine, les églises baptistes et réveillées. A côté du christianisme nous avons l’islam qui compte aussi ses croyants dans cette localité multiculturelle et l’animisme qui est quasi-inexistant à cause des évangélisations dans la localité et de la conversion de la grande partie de la population. Malgré la diversité des croyances dans la commune de Pissa toutes ces croyances coexistent dans la paix et l’harmonie.

La gestion foncière de la commune de Pissa reste encore problématique. Celle-ci n’étant pas totalement maitrisée par les autorités localités. La population autochtone s’approprie les terres comme héritage de leurs ancêtres. Dans la gestion de ce domaine, la régulation que fait l’Etat (la préfecture de Lobaye administration de tutelle) est beaucoup plus pour les industries forestières. La cession des terres d’un individu à un autre (que ça soit pour l’habitation ou pour l’exploitation : champs) se fait d’une manière traditionnelle entre les concernés et les notables de cette qui sont des auxiliaires des autorités locales. Après acquisition celui-ci pourra le déclarer au service compétent pour la certification, le titre foncier et l’enregistrement sur le plan cadastral. La gestion foncière dans la commune Pissa permet l’attribution légale de la terre aux individus et de prévoir une bonne urbanisation de celle-ci.

Malgré la diversité ethnique que regorge la commune de Pissa, le lien social se trouve être soudé autour des valeurs culturelles traditionnelles qui fondent l’existence même de cette commune. Mais aussi les valeurs modernes introduites par l’éducation sur le droit humain (respect des droits de l’homme : chefs de quartiers et villages).

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Chapitre 4 : LA DYNAMIQUE DE LA CRISE SUR LA SOCIOECONOMIE DE PISSA

Cette seconde partie de notre étude renvoie à l’analyse de l’impact de la crise politico- sécuritaire sur les acteurs locaux. C’est-à-dire les conséquences directes et indirectes du conflit armé en RCA sur la population de la commune de Pissa et leurs réponses face à cette situation (stratégies utilisées pour ne pas sombrer dans la misère). En d’autres termes l’analyse de l’impact et des stratégies utilisées par les acteurs locaux. Elle comporte trois chapitres, dans le premier chapitre nous allons démontrer la dynamique de la crise sur la socioéconomie de la commune ; le deuxième est consacré à l’analyse des monographies et le dernier est réservé à l’étude des stratégies des acteurs locaux. C’est ainsi que dans ce chapitre nous analysons l’impact de cette crise sur la socioéconomie de la commune Pissa. Cet impact est étudié sur quatre (4) domaines à savoir : plan social, politique, sécuritaire et économique.

4.1 Impact de la crise sur le plan social

Une crise politico sécuritaire étant une situation d’instabilité dans la société, les individus sont les premières victimes de cette situation. Si nous parlons de l’individu, nous devons impérativement faire référence à son environnement, car l’acteur social c’est-à-dire l’individu n’est qu’un élément actif dans le système social (PARSONS). Nous ne saurions ignorer les liens et les interactions qui unissent les individus dans le système social. La question du lien social a été au centre de réflexion des grands sociologues tels que : DURKHEIM, ALEXIS DE TOCQUEVILLE et COMTE. Dans la commune de pissa la crise s’est fait ressentir sur les acteurs locaux sous plusieurs angles. Le premier angle de vue c’est la perte en vie humaine. Il y’a eu des crimes (assassinats) commis sur les pauvres paysans qui causent ainsi des orphelins et veuves (désorganisation du système familial). La désorganisation du système social local qui se traduit par le déplacement des individus (père de foyer ou la mère et les enfants) et le bouleversement de l’ordre établi dans les ménages ont été les maux les plus violents qui ont touché la commune de Pissa durant cette période trouble. Dans cette situation la solidarité qui existe dans la commune de Pissa et qui fonde la base de la cohésion sociale se trouve aussi en crise. Il y’a la coexistence de la solidarité mécanique et la solidarité organique dans la commune de Pissa (DURKHEIM 1893). Etant une communauté villageoise la conscience collective qui était à la base des relations et se trouve au fondement de certains villages laisse peu à peu la place à la solidarité organique introduite par le modernisme. Celle-ci stipule l’individualisme qui favorise l’autonomie et l’émancipation des acteurs locaux. La communauté étant fragilisée, la crise politico-sécuritaire est venue battre en brèche cette solidarité chancelante. La population rurale étant déjà faible et affaiblie par la pauvreté et le poids des travaux champêtres fait face aux rebelles venus les piller de tous leurs biens. Ces assassinats s’opèrent de deux manières, la première fut celle des rebelles de la coalition séléka25 sur les acteurs locaux pour s’approprier de leurs biens matériels, les récoltes et autres. Ensuite la seconde les acteurs locaux sur les commerçants musulmans pris à partie dans la vengeance des exactions des rebelles séléka. Cela a non seulement causé des pertes en vie humaine, mais aussi le déplacement de la population locale et la rupture du lien social entre les communautés chrétiennes et musulmanes.

4.1.1. Le déplacement de la population

Dans l’objectif de préserver sa vie et celle de sa famille, les acteurs locaux de la commune de pissa dont les villages longent la nationale n°6 se voient contraints de fuir leurs villages et habitations pour se réfugier dans les campements à des dizaines de kilomètres du centre administratif de la commune dans les champs. Dans ces camps de fortunes, les acteurs locaux par manque d’hygiène sont exposés à des maladies épidémiques comme le paludisme, choléra, etc.

Dans la forêt les acteurs locaux sont exposés à de multiples dangers qui peuvent être fatals pour leurs vies ainsi que de leurs familles qui sont à la recherche d’un environnement calme pour être en sécurité. Ces dangers avec des issues quelques fois fatales constituent un facteur positif pour l’augmentation du taux de la mortalité qui vient s’ajouter à celle causée par les crimes et assassinats. Ce déplacement de la population constitue un facteur de dépeuplement de la commune Pissa. C’est-à-dire le changement de lieu de résidence qui peut être fait de la commune de Pissa pour une autre commune plus proche ; soit d’un village de la commune de pissa qui est très exposé aux exactions des rebelles ou bandits à un village moins exposé. Beaucoup d’associations assistent à l’éloignement de certains de leurs membres actifs et même influents. Comme nous le confirme Jean Paul membre de l’association Zingo Pissa26: « nous avons perdu quatre (4) membres dans ce moment de conflit, un a été tué et les autres ont changé de lieu de résidence qui est très éloigné de notre village » (entretien réalisé à Pissa le 10 novembre 2016 à 9 heures). Par instinct de survie et la recherche de tranquillité les acteurs locaux sont amenés à interrompre leur lien social dans une société pour s’intégrer dans une autre.

4.1.2. La crise du lien social

Cette crise du lien social se manifeste par la divergence de position politique entre les acteurs locaux. Au regard de la crise et de ses conséquences les acteurs locaux se retranchent dans leurs camps politiques ainsi ils s’accusent mutuellement selon les tendances politiques d’être la cause de toute cette misère. La solidarité sociale est remise en cause, car celle-ci est organique. Par la primauté de l’individualisme que prône la solidarité organique les acteurs locaux trouvent un moyen pour penser l’intérêt individuel avant de penser le collectif. Cette accusation réciproque créé alors une méfiance et un désaccord entre les acteurs locaux qui vivaient en symbiose et en parfaite harmonie dans la commune de pissa. La cohésion sociale c’est-à-dire la solidité des relations et la force du sentiment d’appartenance à la société se fragilise laissant une ouverture à la crise qui s’y installe et divise la population autochtone et allogène qui étaient intégrées dans la communauté et vivait en parfaite harmonie. Ajouter au facteur politique nous avons aussi la croyance religieuse qui est vu dans cette crise comme le facteur sine qua non de cette dégradation sociale dans le pays et plus particulièrement dans la commune de Pissa. Le désaccord des adolescents qui sont quasi-adultes aux principes de leurs ménages pour se lancer dans les activités déstabilisatrices de leurs communes. Avec l’évolution de la crise certains jeunes de la commune trouvent un moyen facile pour ce faire de l’argent pour se procurer certaines choses qu’ils ne peuvent pas avoir en travaillant. Cette pratique ignoble de certains jeunes de cette commune se heurte à la résistance d’une catégorie de ces jeunes qui unissent leurs forces pour protéger les biens matériels des acteurs locaux. Tout d’abord l’exaction commise par les rebelles et une fraction de la jeunesse a causé une grande faussée entre les familles et la population locale. Ce trouble est venu mettre à mal la cohésion sociale entre les acteurs locaux.

4.2 Impact de la crise sur le plan politique

Dans le chaos de la crise politico-sécuritaire en RCA, l’ordre étatique se retrouve dans une désorganisation totale. Ce qui aura des répercussions sur la commune de Pissa qui n’est qu’un fragment de la préfecture de la Lobaye qui est aussi touchée en plein cœur par les impacts de cette crise. Cette crise a rendu inexistante l’administration communale pendant quelques mois. Et ce qui laissait la gestion de la commune aux mains des rebelles qui dictaient leurs lois et volontés à la population locale. Cet état des choses donne un coup de frein aux projets de développement local en cours d’exécution dans la commune de Pissa. Cette dynamique de la crise sur le plan politique se traduit aussi par l’arrêt d’activité des ONG, des sociétés privées et des services étatiques. Quasi inexistante l’autorité communale ne pouvait pas exécuter les lois en vigueur du secteur forestier. Le recouvrement des taxes forestières est non effectué et surtout suivre l’application des textes réglementant l’exploitation forestière en RCA. Mais encore la politique de décentralisation qui prend un coup, car les communes de la RCA sont dans la phase transitoire de ce nouveau système d’autonomie des collectivités locales. La préfecture de la Lobaye dans sa politique de gouvernance locale et d’autonomisation des communes identifie la commune de Pissa comme un modèle de développement local à travers ces différentes activités socioéconomiques existantes sur son territoire. Le bouleversement des projets et des politiques publiques de développement local est suivi par le vandalisme des structures étatiques et locales des ONG et coopératives locales. Cette crise est un frein au développement des communautés rurales qui forment le socle de l’économie locale ; comme le confirme les dires du secrétaire général de la commune de pissa : « les événements qui avaient secoué le pays ont éventuellement touché aussi la commune de Pissa. Mais petit à petit, on essaie de la remettre sur les rails. Pour le moment, la mairie de Pissa fonctionne bien. Nos sources de revenus proviennent des recettes du recouvrement des taxes du marché, du droit d’exploitation communale et nous avons aussi le secrétariat particulier qui offre des recettes à travers les actes de naissance, les actes de mariage, de décès, les certificats de résidence et de vie ainsi que d’autres taxes communales »27. Cette déclaration prouve à quel point les institutions étatiques et privées et surtout les acteurs locaux et leurs projets de développement ont subi des conséquences considérables de cette crise. Dans le sens de relever le défi et pour suivre la politique de décentralisation que pilote le gouvernement, il déclare par la suite : « la commune de Pissa est l’une des communes de la RCA qui fait beaucoup d’efforts. C’est une commune qui incarne le modèle du développement local qui est dans la politique de la décentralisation et du développement local que le gouvernement pilote. Si le gouvernement peut nous donner des subventions, renforcer les capacités des agents communaux et de la police municipale pour le bon fonctionnement de notre commune, cela nous arrangera »28.

4.3 Impact de la crise sur le plan sécuritaire

La commune de pissa jadis stable, se trouve être pendant la crise politico-sécuritaire en RCA une scène de théâtre d’affrontement entre la population locale et les rebelles (envahisseurs). Cet envahissement fait installer l’insécurité dans la commune et ainsi tous les villages constituants la commune sont touchés. Cette insécurité par le déplacement de la population qui s’est réfugiée dans la brousse dans les champs. Comme l’affirme une enquêtée Véronique cultivatrice « la ville de pissa est invivable, nous sommes obligés d’aller se cacher au champ pour être en sécurité. Bien que nous soyons exposés aux maladies » (entretien réalisé 20 janvier 2015). C’est ainsi que nous constatons l’apparition des braqueurs (utilisant les armes à feu : kalachnikov) dans la ville de Pissa. La vandalisassions de la brigade de gendarmerie seule instance dans la ville pouvant garantir la sécurité et le maintien de l’ordre. L’absence des autorités judiciaires dans la commune favorise un désordre total. L’accentuation du braquage fera révolter quelques acteurs locaux comme le souligne le RJDH: « deux braqueurs sont lynchés et tués par la population locale qui ne supporte plus les exactions des rebelles et des hors-la-loi »29. Les agressions à main armée se multiplient.

Cette insécurité ne se limite pas seulement à la population c’est-à-dire les individus. Elle touche aussi la faune, les espèces protégées dans la commune de Pissa font l’objet de poursuite et de destruction par les braconniers qui sont libres de commettre les exactions en absence des services concernés par la protection de l’environnement et de chasse (le service des eaux et forêts chasses et pêches, mais aussi la douane Centrafricaine). La socioéconomie de la commune de Pissa a subi une régression, car l’échange économique était quasi inexistant, les produits agricoles étaient exclusivement réservés à l’autoconsommation. Cette insécurité grandissante ne fait que plonger les acteurs locaux dans la pauvreté. C’est ainsi que le gouvernement tente de restaurer la sécurité dans la commune en réinstallant le commandant de brigade de gendarmerie territoriale de Pissa. A cette occasion le préfet de la Lobaye qui sensibilise les administrés sur le maintien de la paix et la sécurité seuls les facteurs de développement de la Lobaye en général et de Pissa en particulier30. Mais la brigade territoriale de Pissa est appuyée par un détachement de l’armée sous l’autorité du colonel Kader, commandant le détachement militaire. Tout ce déploiement des autorités militaires pour le maintien de la paix et sécurité et la sensibilisation de la population de sortir de leur cachette montre à quel point la commune est touchée sur le plan économique et du développement local.

4.4 Dynamique de la crise sur la socioéconomie de la commune de Pissa

Une guerre civile prolongée induit l’inverse du développement (COLLIER et al., 2003). En voici un certain nombre de conséquences : le déclin économique, destruction des infrastructures publiques et la fuite des capitaux.

L’économie de la commune de pissa a ralenti par rapport au rythme qu’elle affichait en temps de paix. Elle se trouve considérablement réduite par rapport à ce qu’elle aurait été sans le conflit. La commune de Pissa était déjà considérée comme un modèle de développement local à travers sa gestion et les activités socioéconomiques qui s’y pratiquaient. Ces activités socioéconomiques sont l’implantation d’une caisse d’épargne villageoise, la solidarité pour les travaux champêtres. Au regard de cette situation nous cherchons à comprendre ce processus de contraction économique aide à concevoir des mesures correctives pour l’après-conflit. L’instabilité sécuritaire étant un facteur négatif pour l’économie, avec le déplacement de la population (acteurs locaux) il y’a baisse considérable de la production rendant quasi inexistant l’échange commercial. La destruction des infrastructures l’héritage le plus visible d’un conflit est la destruction de l’infrastructure publique. Cependant, la dégradation de l’infrastructure à la suite d’un conflit n’est pas uniquement provoquée par des dégâts directs. Dès lors qu’il relève son budget militaire, l’État comprime les investissements et les dépenses publiques qui étaient destinés à l’entretien de l’infrastructure. Les fonds publics font cruellement défaut La fuite des capitaux pendant un conflit, la peur et l’absence d’opportunités incitent les individus à chercher refuge à l’étranger, tant pour eux-mêmes que pour leurs actifs. Les mieux placés pour s’expatrier sont ceux qui disposent de qualifications : ils peuvent plus facilement financer leur émigration et sont mieux accueillis dans le pays hôte. Par conséquent, le pays d’origine perd ses travailleurs qualifiés : l’hémorragie des qualifications s’accompagne d’une fuite des capitaux. Les individus déplacent leurs actifs à l’étranger, pour les mettre en sécurité et parce que le retour sur investissement dans leur pays diminue à mesure que sa situation économique se dégrade. Il en résulte une grave pénurie de compétences, une diaspora importante, un effondrement de l’investissement privé et une accumulation de richesse privée à l’étranger.

- Les cultures vivrières

Elles concernent le manioc (Manihot esculenta), le taro (Colocasia esculenta), le bananier, l’igname, l’arachide, le maïs et les légumes. Le manioc étant la base de l’alimentation de la population centrafricaine en générale et particulièrement celle de la commune de Pissa est en baisse de production. L’entretien des champs et le processus de production sont au ralenti à cause de l’insécurité qui règne dans la commune. Le taro étant un produit agricole saisonnier, sa production a diminué parce que la crise a bouleversé le cycle de sa production (semence, entretien des champs et la récolte). On peut aussi énumérer les fruits qui subissent la mévente et pourrissent dans la réserve des acteurs locaux qui prennent le risque de sortir vendre ces produits dans cette insécurité. Sauf que de fois la demande est faible par rapport à l’offre. Cette faible demande est dû au doute ou la peur de se faire agresser par les malfrats.

- L’élevage

L’élevage subit la plus grosse perte. Les acteurs locaux exerçant dans ce domaine ne sont pas nombreux. Les rebelles trouvent dans l’élevage du petit bétail une source de revenus considérable en confisquant (lapins, caprin, chèvres et moutons). Détruisant ainsi l’élevage de porcin. L’impact subit par le secteur de l’élevage les a appauvries, ce qui les plonge dans une pauvreté extrême. Bien que le milieu forestier ne soit pas très favorable pour l’élevage des bovins les quelques têtes de bétail qui s’y trouve sans vandalisées et volés et vendu à la capitale et dans les autres communes environnantes.

- La chasse

C’est l’une des activités propices pratiquées par la population rurale de cette localité. Elle est complémentaire, c’est-à-dire alternative de l’agriculture. Elle n’est pas épargnée par cette crise. La crise a favorisé le braconnage des espèces protégées. Ce qui rend la chasse plus difficile pour les chasseurs de professions. Car l’abatage exagéré et non conventionnel fait éloigner les bêtes.

- La pisciculture et pêche

La pisciculture a subi la plus grosse perte après celle de l’élevage du petit. La crise a occasionné le déplacement de la population ce qui a conduit à l’abandon de certains bassins pour quelque temps sans entretien. L’entretien de ces bassins est très important pour une meilleure production. La pisciculture a été touchée par une mauvaise production, mais aussi elle est faible. Par manque de surveillance il y’a eu des vols des poissons qui n’ont pas encore atteint la période de maturité dans les bassins. Plus encore la vente de ces produits sur le marché dans la demande est faible. Ce qui cause plus de dépense chez le pisciculteur d’abord pour l’entretien de ces bassins, pour les intrants et accessoires. Les revenus de sa production ne leur permettent pas de subvenir à ces besoins et ainsi de sa famille. Nous ne saurons énumérer les pertes qu’a subies la pisciculture sans oublier le vandalisme de certains sites de piscicultures par les certains acteurs locaux de mauvaises fois qui ne veulent pas voir les autres prospérer dans leurs activités.

Tandis que la pêche a subi une mévente considérable, si en ville il n’y’a pas moyen de circuler librement, il est difficile de sortir aller s’approvisionner dans la commune de Pissa et aller écouler à Bangui. Cette faible demande baisse d’une part le revenu des acteurs locaux (pêcheurs). Et d’autre part l’insécurité sévissant dans la commune de Pissa bouleverse le marché communal lieu d’approvisionnement de la population environnante.

- La cueillette

Dans cette zone, la population pratique la cueillette. En saison de pluies, au mois d’août, elle procède aux activités de cueillette des feuilles comestibles telles que le « koko » ou « Gnetum africanum ». En octobre, c’est la période de ramassage des chenilles et des champignons comestibles. Ces produits sont vendus, soit aux femmes commerçantes qui viennent de Bangui, soit aux passants. Le poivre sauvage est l’un des produits de cueillette dont la récolte se fait en saison sèche. C’est un produit d’une grande valeur économique, mais la cueillette et la vente sont pratiquées par une minorité de personnes.

- La vente du bois de chauffe

Dans ce domaine nous remarquons une nette régression de la demande. Bien que la demande soit accrue en ville, mais l’acheminement à la capitale reste problématique à cause de l’insécurité. Ce trafic se fait beaucoup plus dans les pousses (porte tout)31 ; les pousseurs sont exposés aux agressions ce qui fait que les acteurs locaux de la commune de pissa qui font dans la vente de bois de chauffe se trouve dans une position inconfortable de faire plus de profit.

- L’artisanat

Il est pratiqué par une minorité de la population. Les acteurs locaux artisans sculpteurs ne sont pas en reste dans les conséquences de la crise. La majorité des œuvres sont achetées par les touristes expatriés qui passent dans la commune pour aller visiter la chute de Mbéko dans la commune de M’baïki. La quasi inexistante présence de ces touristes favorise une baisse considérable des revenus des acteurs locaux exerçant dans ce domaine.

Tableau n° 2 : Les facteurs expliquant la dynamique de la crise sur la socioéconomie de la commune de Pissa

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Source : enquête

En récapitulatif, le tableau ci haut fait le point des activités socioéconomiques dans la commune de Pissa avant, pendant et après la crise politico-sécuritaire qui a touché cette commune de la préfecture de la Lobaye. Comme nous le remarquons dans le tableau ci haut avant la crise les activités socioéconomiques vont bon train. Car les acteurs locaux vivant dans un environnement en sécurité étaient dévoués à leurs activités pour lutter contre la pauvreté et la malnutrition : « nous étions en paix avant le coup d’Etat je cultivais mes tomates et je faisais de bon marché chaque fois que j’apportais mes produits au marché » (enquête réalisé au marché de Kapou 1 avec une commerçante à 15h45, juillet 2016). Par cette déclaration nous pouvons comprendre la bonne production agricole dans la commune de Pissa et un échange commercial stable et ponctuel favorisant un gain aux agriculteurs, maraîchers et autres acteurs socioéconomiques. Cette ambiance de production et d’échange s’interrompt à cause de l’insécurité qui s’installe dans la zone. Durant cette période la production socioéconomique des acteurs locaux devient quasi inexistante. La commune étant en proie à l’insécurité rend la pratique des échanges entre les acteurs locaux et les commerçants (es) qui viennent s’approvisionner devient impossible. Ce qui occasionne la mévente et la baisse de production car certains acteurs locaux se sont déplacés abandonnant leurs champs, élevages etc. « je me trouvais dans mon champ de manioc, pas moyen de sortir au marché. Donc mes tomates et les gombos qui étaient mûrs nous les avons consommés, j’ai gardé une partie pour la semence. C’était une énorme perte pour. Je compte sur cette production et sa vente pour m’acquitter d’une dette ». (entretien réalisé avec un maraicher dans le village kalangoué -kapou 1-). Pendant la crise les activités socioéconomiques ont subis une régression totale ce qui plonge certains acteurs locaux dans les dettes voire la misère à cause de manque de revenu parce que ayant placé tout son épargne dans sa production. Comme le montre notre tableau il y’a une nette reprise des activités agricoles et commerciales dans la commune de Pissa. Car la sécurité tend à revenir. Certaines activités avec une reprise rapide comme les cultures vivrières, la chasse et la pêche du fait que la commune de Pissa constitue le centre de ravitaillement de la ville de Bangui en produits vivriers. Mais d’autres secteurs d’activité sont en reprise lente à l’instar de l’élevage et de l’artisanat, les produits de ce dernier est beaucoup consommé par les expatriés qui passent dans la commune par la baisse de la fréquence de fréquentation des villes secondaires l’artisanat prend encore du retard. Par contre l’élevage nécessite plus de moyens financiers ce qui prend encore du temps.

Chapitre 5 : PRESENTATION ET ANALYSE DES MONOGRAPHIES

Pour mieux appréhender les conduites socioéconomiques des acteurs locaux, nous nous sommes servi de l’analyse des monographies. C’est-à-dire étude de cas bien précis. Cette analyse des monographies nous amène à étudier l’impact de la crise politico-sécuritaire dans la commune de Pissa. Précisément dans les villages : Pissa ; Kapou ; Sabe ; Boyali ; Bbangui. Nous analyserons la situation socioéconomique avant la crise et après la crise pour déterminer les techniques d’adaptabilité des conduites socioéconomiques en temps de crise dans la commune de Pissa.

5.1. Les activités socioéconomiques dans la commune de Pissa

La commune de pissa en temps de paix, par sa production agropastorale et le développement des activités socioéconomiques a été un exemple de développement local. Vu sa proximité à la capitale elle est un point d’approvisionnement de cette dernière par les denrées alimentaires. Les activités socioéconomiques dans cette commune étaient florissantes et constituent une source de revenu stable permettant aux acteurs locaux de mener une vie décente. Pour analyser la performance socioéconomique de la commune de Pissa, nos analyses se focalisent sur les domaines suivants : l’agriculture, le commerce, la consommation des ménages.

5.1.1. L’agriculture

La commune de Pissa à l’instar des autres communes de la région du Sud (Lobaye) et du Sud-Ouest (Sangha Mbaéré) a pour principale activité l’agriculture. Située dans la zone équatoriale et bénéficiant d’un climat tropical favorable à l’agriculture, les acteurs locaux développent plusieurs types de cultures pouvant booster leur développement économique et local. Cette activité est exercée par plus de 95%32 de la population locale. La classe de la population exerçant l’agriculture dans la commune de Pissa est composée des agents de l’Etat à la retraite, de la population locale avec un niveau d’étude inférieure ou égale au cours moyen (CM2) ou tout au plus le collège. La principale culture dans la commune de Pissa est la culture du riz, mais d’autres cultures qui y sont associées telles que le manioc, les bananes, le café, les palmiers, etc. cette activité agricole a vu l’implantation d’une société de palmerais « PALMEX » cette société à permit de booster la production agricole de cette commune. Mais aussi de soutenir la commune dans les actions sociales à l’égard des communautés villageoises. La culture du riz qui est l’activité phare de l’agriculture dans la commune de Pissa est d’une importance capitale dans l’activité socioéconomique et la comptabilité de cette commune. La production varie d’une saison à l’autre, mais elle permet aux acteurs de subvenir à leurs besoins et d’entretenir leurs ménages comme nous l’affirme un cultivateur de riz : « c’est depuis 3 ans que j’ai commencé à cultiver le riz. Je vois que cela m’a vraiment apporté de l’argent. J’arrive chaque année à payer la scolarité de mes enfants. J’ai même doté ma femme avec l’argent du riz. Si le riz est décortiqué, on fait le sac à 24.000 FCFA. Si tu arrives à vendre au moins six sac, tu peux bien t’en sortir » (entretien réalisé avec Saturne le 20 juin 2016 à Boyali, 15 heure). Le manioc étant la base de l’alimentation Centrafricaine, sa culture n’est pas mise en arrière par les acteurs locaux de la commune de Pissa. Sa culture se fait en privée soit en groupement ce fut le cas de Blanche une cultivatrice de manioc qui nous affirme les bienfaits de manioc dans sa vie et dans le vécu des acteurs de son groupement : « nous sommes dans un groupement ou nous cultivons à tour de rôle le champ des membres de ce groupement. Après, chacun s’occupe de son champ. On vend les maniocs de fois en tubercule, soit on les fait sécher d’abord et pendant les périodes des chenilles on vend la cuvette ici à 3000FCFA, lors de la saison sèche, c’est à 2500FCFA. Je gagne bien ma vie et prends soin de mes enfants grâce à la culture de manioc » 33 (entretien réalisé le 18 juin 2016 à Kapou 1) . Le reste de 5% de la population est constitué des fonctionnaires, des commerçants et aussi des autres acteurs qui font dans la sculpture et autres.

5.1.2. Le commerce

L’activité commerciale en RCA en général et dans la commune de pissa est la parfaite illustration et le canal d’échange entre les différents acteurs de cette communauté. Plus de 95% de la population de cette commune exerce comme activité l’agriculture. Une partie de leur production est destinée à l’autoconsommation et l’autre à la vente. C’est ainsi que le commerce dans la commune est pratiqué par la quasi-totalité de la population. En plus des produits agricoles mis en vente directe par les agriculteurs, nous avons aussi les commerçants de métier qui sont les innovateurs dans cette commune, en y apportant de nouvelles parures et les produits de première nécessité très utilisés par la population tels que : du sucré, du café, du sel, savon, etc. c’est ainsi que le marché principal de la commune de Pissa situé en face de la Brigade de la gendarmerie regroupe toutes les catégories de la population qui viennent étaler. Le commerce dans cette commune est organisé, ceci en fonction des revenus et du fonds de commerce des acteurs.

Les commerçants (es) de métier ont un fonds de commerce stable qui peut varier en fonction de leur vente et cela aussi en fonction de leur marchandise. C’est ainsi qu’une vendeuse de chenilles nous explique les bienfaits du commerce des ressources naturelles de cette commune à l’instar des produits forestiers non ligneux. Une interviewée Mlle Josée nous affirme ceci : « c’est depuis 9 ans que je fais le commerce des chenilles chaque année, pendant un ou deux mois. Mais je vois que ce commerce me remporte beaucoup d’argent. Grâce aux chenilles, j’arrive à payer la scolarité de mes enfants, je nourris ma petite famille, la santé de mes enfants. Il y’a de cela 3 ans aujourd’hui, j’ai eu à construire ma maison avec l’argent des chenilles. » (entretien réalisé le 5 juillet 2016 à Pissa à 16 heure). Le commerce dans cette commune à une importance capitale dans la vie des acteurs en leur permettant d’avoir des ressources financières afin de satisfaire d’autres besoins tels que la santé, l’alimentation, etc. Ainsi nous pouvons classer les commerçants (es) de la commune de Pissa en trois catégories, d’abord ceux qu’on peut appeler les opportunistes c’est-à-dire ceux qui vendent occasionnellement à l’instar de certains agriculteurs qui vendent le surplus de leurs productions pour se procurer quelques produits de premières nécessités. Ensuite la deuxième catégorie regroupe les saisonniers c’est-à-dire les vendeuses de (chenilles, champignons) et autres produits forestiers non ligneux, mais aussi certains agriculteurs qui vendent leurs produits agricoles pendant la saison des récoltes. Enfin dans la troisième classe nous avons les acteurs locaux qui ont pour métier le commerce, les vendeuses (wali gara)34 ou (Bayam-sellam)35 et les boutiquiers qui jouent à la fois le rôle des grossistes et des détaillants au marché et parfois dans certains villages. L’ensemble de ces activités économiques pérennes et saisonnières permet de maintenir la dynamique socioéconomique dans la commune de Pissa.

5.1.3. Les activités sociales

Les relations humaines ne peuvent se construire sans activités sociales. La commune de Pissa à travers les associations villageoises, les groupements agricoles et et GIC mènent des activités qui concourent au bien-être de ses membres. Comme ce fut le cas des cultivatrices qui travaillent dans le champ des autres membres à tour de rôle. L’entraide ou le soutien n’est qu’une partie de cette action sociale. Les partenaires de la commune de Pissa à l’instar de l’organisation non gouvermentale Italienne Coopi viennent en aide à ces associations en leur octroyant les intrants pour l’agriculture. Mais encore dans la sensibilisation sur l’importance du planning familial ou encore de la place de la femme dans le développement économique et social de sa localité. Associé à ses partenaires le RJDH qui sensibilise la population sur les violences faites aux femmes et la culture de la paix pour une vie harmonieuse en communauté. L’intérêt de toutes ces actions sociales de promouvoir la paix dans la commune de Pissa afin de booster son potentiel économique et favoriser son développement. Regorgeant des ressources naturelles la commune de Pissa a vu l’implantation des sociétés d’exploitation forestière et agricole dont nous pouvons faire mention de la société Palmex36. Dans sa responsabilité sociétale et de société citoyenne cette dernière en 2013 a contribuée à l’organisation de la journée internationale de la femme en partenariat avec la Mairie de Pissa, en sensibilisant la population sur l’impact des violences faites aux femmes. Et surtout sur l’autonomisation de la femme qui est aussi un capital humain très important pour la production surtout en milieu rural.

Ces actions sociales se sont accentuées après la crise politico-sécuritaire en RCA et précisément dans la commune de Pissa. Etant la commune plus proche de Bangui et surtout un point de ravitaillement très important pour la capitale a vu le soutien de nombreuses ONG internationales et associations à son chevet pour redynamiser les associations agricoles après l’impact du conflit. C’est ainsi que JFDDH en installant le noyau de paix à Pissa cette ONG promeut les droits de l’homme surtout la cohésion sociale qui est un facteur inévitable pour le développement. La communauté de Pissa (acteurs locaux) doit être informée sur certaines notions qui sont inévitables pour la culture de la paix et de la citoyenneté pour un développement durable. Selon la Présidente de l’ONG JFDDH beaucoup d’information manque à la communauté en termes des droits, « notamment la notion de nationalité, de citoyenneté, de civisme, du respect de l’autorité de l’Etat. C’est notre combat »37 . Le développement d’une société ne peut se faire sans le bien-être social d’abord, ensuite le respect des droits individuels et enfin des institutions de l’Etat ; l’ensemble des faits qui consolide la paix. Dans le même sciage, le responsable des affaires sociales de la commune de Pissa déclare : « les notions de démocratie, droits humains, civisme, développement viennent combler nos carences. Après la mise en place du Noyau de Paix, il sera question de sensibiliser les communautés sur ces notions ». En affirmant ceci, il pense que cette association s’implante à point nommé où les acteurs locaux ont besoin d’une forte sensibilisation sur ces valeurs afin d’adapter leurs conduites socioéconomiques aux exigences de la société d’abord et de leur bien-être social.

Dans les actions sociales, nous pouvons énumérer les actions de la caisse d’épargne communautaire CECA38, qui fut installée dans la commune par l’appui du partenaire international italien de la commune de Pissa qui est la fondation (Unraggiodiluce). Cette microfinance sur le premier plan permet aux acteurs locaux d’adopter une nouvelle conduite dans l’épargne de leurs revenus, a témoigne une sociétaire Madeleine : « La création de cette caisse m’a beaucoup aidé dans mes activités quotidiennes. Grâce à cette structure, j’ai compris comment gérer mes petites ressources. Je ne gaspille plus mon argent comme avant. Et l’épargne que je fais me permet de répondre à des urgences dans ma famille ». (entretien réalisé à Pissa à 11 heure le 22 juillet 2016). Mais fais aussi changer de statut à certains acteurs locaux à l’exemple d’un autre adhérent Eric : « Il n’est point question de nier les avantages liés à l’existence de la CECA de Pissa. Sur le plan personnel, la caisse m’a permis de passer de l’informel au formel ». (entretien réalisé à Pissa le 22 juillet 2016 à 9 heure). La caisse d’épargne œuvre aussi pour l’amélioration des conditions de vie des populations les plus défavorisées. Dans ce contexte elle œuvre dans la réhabilitation des pompes d’eau potable, formation et entretien des points d’eau potable dans les villages, soutient les communautés villageoises ou les associations agricoles dans les projets de développement local.

5.2. La dynamique socioéconomique avant la crise

Pour une meilleure compréhension de la dynamique de la crise politico-sécuritaire sur la socioéconomie de la commune de Pissa. Il convient de mettre en exergue les monographies de notre étude, en se focalisant sur l’aspect économique. Dans ce cadre nous ferons recours aux variables suivants : Alimentation ; énergie ; santé ; éducation ; accès à l’eau potable. Le tableau suivant présente les données en temps de stabilité politico sécuritaire dans la commune de Pissa en fonction des activités socioéconomiques et du revenu des acteurs locaux. C’est-à-dire nous permet d’analyser le comportement de consommation des acteurs locaux en tenant compte de leur environnement politique sécuritaire et sociétale

Tableau n° 3 : Récapitulatif des données socioéconomiques avant la crise

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Source : enquête de recherche

Le tableau ci-dessus nous retrace la dynamique des activités économiques dans les grands centres d’activités dans la commune de Pissa. L’impact de ce tableau est de montrer la circulation des biens marchands et des échanges dans la commune de Pissa entre les acteurs locaux et les commerçants. Illustrons alors les conduites socioéconomiques des acteurs locaux dans les activités économiques boostons ainsi le développement local. Plus le revenu des ménages est élevé plus la satisfaction de leur besoin en alimentation augmente 57,24%. Mais plus encore avant la crise il y’a acheminement libre des marchandises dans cette localité ce qui maintient le prix au standard universel fixé par les normes en vigueur sur le territoire. Cet état de paix et de sécurité permet aussi à la population de se soigner en toute sécurité à un coût raisonnable en accédant dans les centres appropriés et utilisant les produits (médicaments) adéquats ce qui résume l’attribution de 14,31% des revenus des ménages de la commune aux soins de santé. La cohésion sociale et la sécurité dans la commune de Pissa permettent la mise en place des sociétés et petites industries agricoles ou forestières permettant aux acteurs locaux travaillant dans ce secteur d’avoir une source de revenu stable pour s’autogérer et entretenir leur ménage. Dans cet état de sécurité et de paix, les actions des acteurs locaux cadrent avec la réalité qu’ils vivent ce qui rend les échanges entre les communautés ou les individus très fluides et objectifs. Car nul n’est tenu par une obligation quelconque dans l’échange. Dans ce cas l’échange marchand prime sur l’échange symbolique certes qui est beaucoup plus pratiqué entre les acteurs locaux évoluant dans les groupements agricoles ou agropastoraux. Comme nous le constatons dans le tableau les dépenses sont réparties et évolues en fonction de l’environnement des acteurs locaux. En temps de paix, les acteurs de la commune de Pissa ont une conduite socioéconomique propre pour pratiquer leurs différentes activités génératrices de revenus et consolidatrices du lien social entre les acteurs et/ou les groupements agricoles. L’offre et la demande sont presque équitables, car les acteurs ont le temps et l’appui possible des autres acteurs pour faire accroitre leurs productions. Mais aussi de contrôler les échanges commerciaux selon les saisons. Cela se traduit dans l’interview d’une enquêtée cultivatrice de manioc qui dit : « On vend les maniocs de fois en tubercule, soit on les fait sécher d’abord et pendant les périodes des chenilles on vend la cuvette ici à 3000FCFA, lors de la saison sèche, c’est à 2500FCFA. » (Entretien réalisé à SABE, le 27 juillet 2016 à 16 heure). Le reste de revenus des acteurs locaux est ensuite partagé entre l’énergie, éducation et l’eau potable. L’énergie représente 14,31% la commune étant non électrifiée les acteurs locaux mettent plus de revenus pour avoir des sources d’énergie à savoir du carburant (essence ou gasoil) pour les groupes électrogènes ou du pétrole pour ceux utilisant les lampes tempêtes. Mais avec la nouvelle source d’énergie (l’économie verte) les acteurs y investissent plus pour l’entretien de ces équipements. La dotation de la commune par les lampadaires solaires. L’éducation ne représente que 8,82% des dépenses car en y investissent pendant la période de la rentrée des classes. Et enfin 4,75% est consacré à l’accès à l’eau potable. Par manque d’un centre de distribution d’eau potable, les acteurs s’approvisionnent en eau de forage entretenu par les coopératives ou par les particuliers. Qui ont une source de revenu mais d’entretenir ces points d’eau en cas de panne. Au vu du tableau ci-haut nous constatons une distribution raisonnable des revenus dans les dépenses des ménages dans la commune de Pissa. Ces dépenses contribuent à la bonne marche et au maintien des ménages sur une ligne de vie, permettant de ne pas sombrer dans la malnutrition. Mais surtout qu’elles répondent bien aux besoins élémentaires des ménages qui sont de bien se nourrir, se soigner, s’éduquer et de vivre dans des bonnes conditions.

5.3. La dynamique socioéconomique pendant la crise

Pour une meilleure compréhension de la dynamique de la crise politico-sécuritaire sur la socioéconomie de la commune de Pissa. Il convient de mettre en exergue les monographies de notre étude, en se focalisant sur l’aspect économique. Dans ce cadre nous ferons recours aux variables suivants : alimentation ; énergie ; santé ; éducation et accès à l’eau potable. Le tableau suivant présente les données en temps de crise politico sécuritaire dans la commune de Pissa en fonction des activités socioéconomiques et de revenu des acteurs locaux.

Tableau n° 4: Récapitulatif des données socioéconomiques pendant la crise

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Source : enquête de recherche

Pendant la crise politico-sécuritaire, la commune de Pissa est plongée dans un chaos. Ce bouleversement de l’ordre social et des activités socioéconomiques ont été fatals pour une localité considérée comme un modèle du développement local dans la préfecture de la Lobaye. Dans l’ordre social, il y’a eu déstructuration du lien social entre les différentes communautés (chrétiens, musulmans, mais aussi entre les chrétiens eux-mêmes), cette déstructuration des liens sociaux a rendu quasi inexistante l’échange commercial qui s’effectue entre les acteurs locaux et les commerçants (es) qui viennent s’approvisionner dans la commune de pissa avant d’aller revendre à la capitale. La quasi-inexistence de l’échange commercial est due à l’occupation du centre administratif de la commune par les rebelles qui sévissent en roi. Ce qui favorise la baisse du revenu des acteurs locaux, qui ne peuvent subvenir aux besoins primaires de leurs familles. Cette situation varie selon les villages de la commune qui à travers leurs ressources (produits agricoles, ou des produits non ligneux) attirent certains acteurs économiques qui prennent le risque de s’y rendre pour en procurer. Ce fut le cas du village Kapou qui par ses produits agricoles maraichers (légumes, les épices, tomates et gombo), mais aussi le manioc séché qui constitue la base de l’alimentation centrafricaine. La production de la commune de Pissa pendant cette période a considérablement baissé, car avant même la crise une mauvaise politique agricole nationale et les variations climatiques ont été défavorables pour l’agriculture en RCA. Ce qui favorise le déclenchement immédiat de la malnutrition dans cette commune. Cette dernière est due à un manque de variation de régime alimentaire qui entraine cette maladie chez les plus jeunes c’est-à-dire les enfants de moins cinq ans (5 ans). La commune de Pissa est une commune non électrifiée c’est-à-dire qui n’est pas connectée au réseau électrique. Les acteurs locaux utilisent du pétrole pour s’éclairer ou des lampes pour la basse classe ; pour la classe moyenne ou les plus nantis de cette commune dotée d’un groupe électrogène, utilise d’autres sources d’énergie telles que : l’essence ou le gasoil. Par défaut de moyen et vivant dans les campements par mesure de sécurité d’autres acteurs locaux dorment dans le noire, soit ne parviennent à se procurer de ces sources d’énergie par défaut de moyen ou par sa rareté en temps de crise. A la lecture du tableau ci-haut nous pouvons remarquer la dépense des acteurs locaux pendant cette crise pour l’énergie constitue 10,31% de leur revenu. Pendant la crise le besoin d’énergie à régresser car elle ne constitue plus une priorité en ce moment. Car dans cette situation de crise l’acteur cherche à hiérarchiser ses besoins et cherche à satisfaire les plus élémentaires c’est ainsi que nous constatons une forte concentration et orientation de revenues sur l’alimentation 56,19% et les soins de santé 22,16% qui en cette période l’accès est difficile et les rares individus offrant ce service augmenter le prix d’accès à ces services. Comme pour l’eau potable 11,34%, cette commune est dotée des points d’eau communément appelés (forage), ces points d’eau sont souvent sous la gestion des collectivités villageoises. Dans cette période il y’a eu délaissement et un manque d’entretien des points d’eau qui rendent l’eau non potable. Pour la population vivant dans les campements l’eau potable est un luxe par manque de revenu ils ne peuvent s’en approprier, mais aussi la distance entre leur campement et le point d’eau fait d’eau. Les échanges furent plutôt symboliques que commerciaux par l’échange des marchandises et devise comme prévoit la formule de l’échange E = A M39. Quelquefois on assiste à un échange de service contre marchandise ou encore à un troc entre les acteurs locaux. Toutes ces pratiques sont des techniques développés par les acteurs locaux pour pallier et s’adapter à ce phénomène qui vient bouleverser leur système social établit tant sur le point social qu’économique.

Les impacts de la crise ont englouti le système économique de la commune de pissa qui a appauvri les acteurs locaux. L’individu étant un atome du système social doté des aptitudes de transformer son milieu social, développe un moyen de contournement des contraintes qui bloquent le fonctionnement normal et paisible de son système. C’est ainsi que Michel Crozier dans sa théorie de l’acteur stratégique développement la notion de contournement et de l’adaptabilité de l’acteur face aux contraintes. La crise politico-sécuritaire peut être vu et analyser selon la théorie structuraliste de (GURVITCH,) commençant par la déstructuration qui représente la phase déclencheur de la crise. Ensuite vient la réorganisation qui correspond au développement des stratégies et des techniques d’adaptabilité à la crise permettant aux acteurs de contourner les contraintes de la crise dans leurs activités socioéconomiques. C’est ainsi que les acteurs adoptent de nouvelles conduites socioéconomiques, qui leur permettent de maintenir les relations sociales et économiques. Bien que celles-ci sont devenues fragiles et individualistes, car dans cette situation il y’a une lutte pour la survie qui prend corps. Cet aspect de la crise peut être analyser selon la théorie de DARWIN qui renvoie à lutte pour la survie. Dans cette situation où les acteurs locaux se trouvent dans les campements fuyant les sévices des rebelles dans la ville, sont confrontés à cette situation qui fait développer en eux l’individualisme.

5.4. La dynamique socioéconomique de la commune de Pissa après la crise

Pour une meilleure compréhension de la dynamique de la crise politico-sécuritaire sur la socioéconomie de la commune de Pissa. Il convient de mettre en exergue les monographies de notre étude, en se focalisant sur l’aspect économique. Dans ce cadre nous ferons recours aux variables suivants : alimentation ; énergie ; santé ; éducation ; accès à l’eau potable. Le tableau suivant présente les données en temps de crise politico sécuritaire dans la commune de Pissa en fonction des activités socioéconomiques et de revenu des acteurs locaux.

Tableau n° 5: Récapitulatif des données socioéconomiques après la crise

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Source : notre enquête

La crise politico-sécuritaire a bouleversé l’organisation politique, administrative et économique de la commune de Pissa. Dans la résolution de la crise, les autorités de la RCA ont pu rétablir la paix dans certaines préfectures du pays. Ce retour de la stabilité devient perceptible dans les dépenses des foyers. Comme le démontre le tableau ci-haut il y’a un équilibre entre les dépenses 39.74% pour l’alimentation qui prouvent la marque du budget allouer pour une bonne alimentation dans les ménages de la commune de Pissa. C’est ainsi que la commune de Pissa qui a subi à des grosses pertes sur le plan politique et socioéconomique de tente de se rétablir. Cette reprise fut d’abord sociale par le retour des acteurs locaux dans les villages. Ensuite administrative comme l’illustre les propos des autorités locales : « les événements qui avaient secoué le pays ont éventuellement touché aussi la commune de Pissa. Mais petit à petit, on essaie de la remettre sur les rails. Pour le moment, la mairie de Pissa fonctionne bien nos sources de revenus proviennent des recettes du recouvrement des taxes du marché, du droit d’exploitation communale et nous avons aussi le secrétariat particulier qui offre des recettes à travers les actes de naissance, les actes de mariage, de décès, les certificats de résidence et de vie ainsi que d’autres taxes communales »40. A travers ces activités les acteurs locaux tentent eux aussi de réorganiser leurs activités. Adoptant des nouvelles conduites socioéconomiques pendant la crise pour pallier à l’absence ou l’inaccessibilité à certains produits. Certaines de ces pratiques prennent corps et s’intègrent déjà dans le quotidien des acteurs locaux qui y trouvent un moyen pour satisfaire leurs besoins et se procurer des ressources. Avec 22.52% du budget accordé à la santé les acteurs sociaux de la commune de Pissa investissent dans la santé pour une bonne forme des acteurs locaux afin de vaquer à leurs différentes activités pour un meilleur rendement socioéconomique. Mais surtout de pallier aux maladies contractées pendant la crise dans les campements. Car cette population fut meurtrie par plusieurs maladies pendant la crise politico-sécuritaire qui a occasionné la rareté des consommables médicaux dans cette commune. Nous remarquons aussi la baisse des revenus attribués à l’approvisionnement de l’eau potable qui est de 5.83% ce pourcentage pendant la période était au pique avec la rareté de l’eau potable à cause du manque d’entretien des puits (forages) et du déplacement des acteurs locaux qui étaient éloignés des villages ou des points d’eau.

5.5. La dynamique socioéconomique de la commune de Pissa sur les trois périodes

La dynamique socioéconomique de la commune de Pissa a été variante pendant les différentes périodes (avent la crise, pendant et après la crise). Le récapitulatif de ces périodes permet de mieux appréhender les variations des dépenses des acteurs locaux avant de mieux appréhender l’impact de la crise dans la commune de Pissa et ses activités socioéconomiques.

Tableau n°6 : Récapitulatif des données de la dynamique socioéconomique sur les trois périodes

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Source : notre enquête

A la lecture du tableau ci-haut nous pouvons faire une analyse des trois périodes qui nous permettent de mieux appréhender l’impact de la crise politico-sécuritaire sur la commune de Pissa à travers les activités socioéconomiques. Cet impact est plus perceptible dans les dépenses ménagères des acteurs locaux avant, pendant et après la crise. Avant la crise nous remarquons un équilibre dans les dépenses des ménages des acteurs en consacrant 57,24% des dépenses à l’alimentation, en allouant 14,88% des dépenses en énergie qui fait partie des besoins élémentaires des ménages. En temps de paix par la disponibilité des consommables médicaux les dépenses médicales constituent 14,311% des dépenses. L’éducation avec 8,82% et l’accès à l’eau potable avec un taux de 4,75% donne une allure équilibrée aux dépenses des acteurs locaux en temps de paix dans notre zone d’étude. Cette allure équilibrée des dépenses en temps de paix dans le tableau ci-haut subit des mutations en temps de crises à travers les chiffres que présente le tableau n°7. Cette mutation se caractérise par une forte concentration des dépenses dans l’alimentation 56,19%. Dans cette situation de détresse les acteurs se trouvent dans l’obligation d’hiérarchiser leurs besoins ; en priorisant l’alimentation et la santé 22,16% car ceux-ci dans les campements et par manque d’eau potable sont exposés aux maladies (paludisme, choléra). Dans cette situation l’accès à l’eau potable devient difficile c’est ainsi qu’à la lecture du tableau nous remarquons une élévation du taux de dépenses en eau potable qui atteint 11,34%, ce taux qui était 4,75% en temps de paix. Ce qui exprime la rareté et l’importance de l’eau potable en cette période. Par difficile accès à la source d’énergie le tableau indique une baisse de dépenses pour ce besoin baisse à 10,31% et l’éducation qui inexistante 0,00% car durant cette période il n’y a pas d’école. Une crise étant un phénomène éphémère dans une société, nous constatons un retour à la normale dans la commune sur le plan sécuritaire. C’est ainsi cette stabilité se fait aussitôt palpable sur les activités socioéconomiques mais surtout par les dépenses des acteurs locaux. Pouvant avoir l’accès à tous les services élémentaires pour le bien-être familial. Les acteurs locaux tentent d’équilibrer leurs dépenses mais avec un taux peu élevé pour l’alimentation 39,74% car elle constitue le besoin primaire et essentiel. Ensuite la santé avec 22,52% qui garde la même allure comme en temps de crise. Avec l’énergie qui grimpe avec 20,40% comme taux suivi de l’éducation avec 11,52% car les activités académiques reprennent, beaucoup d’élèves ont perdu leurs matériels scolaires (livres, cahiers, etc.) à cause du pillage, incendie des maisons, etc. par ce retour à la normale les points d’eau sont entretenus ce qui réduit le taux de dépenses d’approvisionnement en eau potable à 5,83%.

En somme ce tableau à travers ces chiffres nous permettent d’évaluer l’impact de la crise sur les acteurs locaux de Pissa à travers leurs dépenses ménagères.

Chapitre 6 : LA STRATEGIE DES ACTEURS LOCAUX

Les acteurs ou les individus évoluant dans un système social sont dotés des aptitudes et des compétences. Ces dernières leur permettent de faire face aux contraintes ou obstacles auxquels ils seront confrontés par des stratégies (CROZIER, 1999). C’est dans cette lancée que les acteurs locaux de la commune de Pissa pour faire face aux impacts de la crise politico- sécuritaire ont développé des stratégies et techniques d’adaptabilité. Ces techniques permettent d’atténuer les conséquences néfastes du conflit sur la population et le lien social, mais surtout de favoriser le bien-être social individuel ou collectif.

6.1. L’économie solidaire et sociale

L’économie sociale et solidaire est un système économique et social constitué des organisations sociales (mutuelles, fondations, coopératives et associations) dans lequel l’utilité sociale et la satisfaction des besoins des membres sont élémentaires. La pratique de l’économie solidaire et sociale a commencé depuis plusieurs siècles dans les sociétés africaines. Nous pouvons dans ce cas faire allusion à la pratique de ce type d’économie en Afrique de l’Ouest plus précisément au Burkina Faso en parlant des associations comme : « le ton » ; « sossoaga » et le « songtaaba ». Ces associations permettent l’entraide entre les membres du point de vue des travaux champêtres, mais aussi de l’épargne et dans la gestion des ressources financières de leurs communautés et collectivités villageoises.

Dans la commune de Pissa la pratique de l’économie solidaire et sociale fit son entrée avec la notion du développement local dans les année 1992. Ce type d’économie a vu l’implantation des associations agricoles, des coopératives, des comités de gestion des collectivités villageoises et plus encore les caisses d’épargne communautaires. Ce type d’économie a porté ses fruits dans la socioéconomie de la commune comme peuvent le témoigner les propos du président du conseil d’administration de la CECA41: « Le travail que nous avons abattu durant les deux années d’existence de la CECA, à mon avis, a permis d’améliorer les conditions de vie de quelques habitants de la commune de Pissa qui y ont cru.

Mais mon souhait est qu’il y ait encore plus de sociétaires ». Mais avec la crise politico sécuritaire il y’a désorganisation de ce système. La pratique de l’économie sociale et solidaire par les acteurs locaux comme alternative pour pallier aux carences constatées pendant la crise politico-sécuritaire leur permettent de s’entraider, mais aussi de donner une nouvelle orientation à leur politique agricole, économique et sociale. Cette nouvelle orientation n’est que palliative aux limites des politiques traditionnelles. Car elle se fonde beaucoup plus sur le commerce équitable, insertion par l’activité économique, circuits courts de distribution, etc. Mettant davantage l’accent sur la réduction des inégalités, elle se définit avant tout par ses finalités (insertion, lien social, produire autrement). Suite à la crise la production de la commune de Pissa a subi des changements c’est-à-dire un faible taux production. L’économie sociale et solidaire vient comme un tuteur pour booster et diversifier les cultures.

La notion d’économie sociale et solidaire renvoie inévitablement au concept de développement ou développement local. Car elle vise la participation des acteurs locaux pour l’intérêt général mais s’il existe aussi l’intérêt individuel (le capitalisme) qui n’est pas trop mise en avant dans ce type d’économie (communautaire). La commune de Pissa se trouvant dans une zone rurale à travers ce type d’économie relevant de la participation collective renvoie à la notion de développement local. Celui-ci étant vu comme un processus dynamique et évolutif qui nécessite la contribution. La contribution mise en valeur dans cette définition est le facteur déterminant pour les acteurs locaux de la commune de Pissa de s’adapter à la crise. Se rendant compte de leurs limites à faire face à la crise les acteurs locaux s’implique davantage dans le développement local cette situation se traduit plus par la définition de (GREFFE, 1997) : « le développement est un processus de diversification et d’enrichissement des activités économiques et sociales sur territoire, à partir de la mobilisation et de la coordination des ressources et de ses énergies ».

6.2. Le renforcement du lien social

La stratégie des acteurs locaux basées sur l’économie sociale et solidaire tire sa source du fait que ce type d’économie s’appuie sur les associations, coopératives, ONG et mutuelles. Comme le définit l’Organisation internationale du travail (O.I.T) en 2009 à Johannesburg, le concept d’économie sociale et solidaire : « désigne les entreprises et organisations - en particulier les coopératives, les mutuelles, les associations, les fondations et les entreprises sociales - qui ont comme spécificité de produire des biens, des services et des connaissances tout en poursuivant des objectifs à la fois économiques et sociaux et de promotion de la solidarité ». Cette définition décrit les organes prise en compte par ce concept, mais plus encore son impact sur la population locale. S’unir avec les autres dans les associations permet d’établir les liens (lien social) et favoriser le vivre ensemble. La population de la commune en phase de reconstruction de la cohésion sociale trouve dans l’économie sociale et solidaire une stratégie de reformer et ressouder les liens entre les acteurs locaux. A travers les associations les acteurs locaux peuvent s’entraider à travers différentes activités tels que les travaux champêtres dans le champ des membres à tour de rôle. Mais aussi par la cotisation communément appelée (Kelemba) qui consiste à cotiser de l’argent qui sera attribuer à un membre pour l’aider à résoudre ses problèmes. Le caractère économique que revête les relations entre les acteurs nous renvoie aussi à la notion d’encastrement de Granovetter qui explique l’imbrication des échanges économiques dans les relations sociales. En utilisant ce type d’économie l’on assiste à un renforcement du lien social entre les acteurs locaux. La multiplication des échanges entre les acteurs locaux, les GIC et coopératives démontre à quel point les liens se renouent entre les acteurs qui étaient divisés sur les opinions ou appartenances politiques, idéologiques et même quelques fois religieux.

6.3. L’échange

L’échange dans son sens courant signifie la rétrocession d’un objet ou d’un service contre une contrepartie. C’est ainsi que l’échange se trouve au cœur de toutes les sociétés c’est ainsi qu’il permet aux acteurs de partager avec les autres. L’échange est à la fois une construction sociale (BERGER & LUCKMAN) institué dans la société par les individus pour harmoniser le partage et l’acquisition des biens et services. L’échange peut être marchand, non marchand et symbolique.

La commune de Pissa étant un carrefour dans la région du Sud de la RCA (préfecture de la Lobaye) est une plaque tournante des échanges commerciaux. Ces échanges commerciaux s’effectuent autour des produits agricoles tels que : (Riz, manioc, tubercules de manioc, ignames, taro, etc.), des produits forestiers ligneux et non ligneux tels que : (champignon, koko42 etc.). Mais aussi des autour des produits des cultures marechaires tels que : les légumes, gombo, jupe, amarantes, etc. en période de paix la commune se voit envahi par les commerçantes qui s’y rendent pour se procurer de ses denrées afin de ravitailler la ville de Bangui. Ce qui favorise l’entrée des devises dans cette commune affectant positivement les conditions de vie des acteurs locaux et favorisant une meilleure production et l’utilisant des intrants dans les cultures marechaires (engrains, herbicides et pesticides). Ce type d’échange permet la circulation de la monnaie entre les acteurs locaux et développement de leur commune par l’acquittement des individus aux différentes taxes.

Nous pouvons dans un deuxième temps analyser l’échange non marchand dans la commune Pissa, qui est une pratique qui est considérée comme la première forme d’échange dans le système commercial avant l’arrivée de la monnaie. Citons ici le troc, l’entraide. La commune de Pissa étant affectée par les impacts de la crise et par la faible circulation de la monnaie, les locaux font recours au troc. Le troc est une transaction qui s’effectue par l’échange d’un bien contre un autre ; soit d’un service contre un bien. Par l’intensification de réseaux entre les acteurs qui se trouvent dans une situation précaire, le troc est un atout favorable pour les acteurs locaux pour résister aux impacts de la crise politico-sécuritaire. Mais aussi l’entraide qui se manifeste par l’assistance financière ou matérielle d’un acteur local par d’autres dans cette dure situation. Pour étayer cette pratique Gertrude une résidente de la commune nous affirme : « la crise a causé l’assassinat de mon fils, le soutien financier, matériel et moral des membres de mon association a été très capital pour ma famille et moi en ce moment ». (Entretien réalisé à BOBANGUI 29 juillet 2016 à 10 heure). Par cette déclaration nous pouvons percevoir la portée des stratégies utilisées par les acteurs locaux afin de réduire le risque de sombrer dans la pauvreté.

A cela s’ajoute l’échange symbolique qui ne tient pas compte de la monnaie ni d’une contrepartie directe et perceptible. Mais incarne une valeur représentative entre les acteurs locaux. Cette valeur étant une construction sociale traduit les aspirations ou les intentions des acteurs locaux. Cette valeur peut être vu sous l’angle du phénomène du don (MAUSS,).

6.4. Les coopératives

Comme le définit (ACI)43 une coopérative est : « une Association de personnes, volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement (ACI, 2012). » Nous remarquons dans les sociétés Africaines, Asiatiques, Américaine et Européennes le regroupement des individus pour les intérêts individuels ou collectifs. Ce regroupement permet aux acteurs locaux de s’unir converger leurs forces pour face aux maux qui minent leurs communautés. Le développement de ces coopératives s’est accentué dans les différentes sociétés à la suite des problèmes sociaux pour soutenir les acteurs sociaux. La coopérative se définit sur le principe d’adhésion volontaire qui permet aux acteurs locaux de s’y adhérer en fonction de ses attentes et même de l’objectif du groupe. Elle est basée sur la participation économique qui permet de servir d’appui aux autres membres de la coopérative. En se servant des atouts des coopératives, les acteurs locaux de la commune de Pissa ont trouvé un moyen pour faire face à la situation socioéconomique critique en cette période de crise. A travers les différentes coopératives et associations villageoises disséminées sur le territoire de la commune de Pissa, vient en renfort aux acteurs locaux qui pour certains ont perdu une grande partie de leurs biens dans la crise politico-sécuritaire. Ces coopératives s’investissent beaucoup plus dans l’activité agricole (principale activité dans la commune de Pissa), mais aussi dans l’épargne informelle (kelemba).

Les coopératives bien qu’étant vu comme un moyen pour les acteurs locaux de la commune de Pissa de faire face aux conséquences de la crise politico-sécuritaire (pauvreté, crise du lien social) elle permet aussi de contribuer au développement local et développement durable. Le développement durable qui selon (BRUNDLAND, 1987), se définit comme un mode de développement « qui vise à répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs ». Ce mode de développement se veut participatif donc nécessite la contribution des membres pour pallier aux différents maux qui minent la commune de Pissa et pour redorer son blason de la commune modèle du développement local et faire accroitre sa production agricole et favoriser l’innovation agricole.

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Source: réseau des journalistes pour les droits de l’homme

6.5. Mutuelles

La question de l’économie sociale et solidaire est une problématique majeure dans les pays du Sud, c’est-à-dire les pays de l’Afrique francophone. Ce domaine de l’économie basé sur la recherche du profit à la fois du bien-être social apparait comme un facteur du développement local. Nous constatons un développement rapide de ces institutions en Afrique qui est toujours fragilisée par les conflits armés et la pauvreté. Les mutuelles dans cette situation apparaissent comme des institutions ou cercles unificateurs dans le sens qu’elles permettent aux acteurs locaux d’être solidaires et de faire face à la pauvreté. C’est ainsi que dans la commune de Pissa il y’a eu l’implantation dans plusieurs villages des mutuelles servant de Microfinance permettant aux acteurs locaux d’épargner leurs revenus. Agissant comme un pilier de l’économie en milieu rural les mutuelles trouvent une place au cœur des activités des acteurs locaux comme le précise cet acteur : « les mutuelles nous permettent d’épargner notre argent, mais aussi de consolider les liens qui nous unissent. Plus encore de favoriser de tout adhérent au développement de notre communauté. » (entretien réalisé BIMON, le 14 juillet 2016 à 15h avec un acteur local). Les sociétaires de ces mutuelles participent à la gestion et l’orientation de cette institution qui peut être vu comme socle d’interaction entre les acteurs locaux. Cette interaction est une construction sociale basée sur les valeurs sociales qui boostent l’équité sociale en même temps insère l’activité économique pour le développement local des villages ou communes abritant ces associations ou mutuelles. En d’autres termes comme nous l’explique une enquêtée : « les mutuelles jouent un rôle unificateur tout en favorisant l’intégration des nouveaux membres sans se perdre de vision principale qui est la gestion des ressources financières des acteurs locaux. » (entretien réalisé à BERENGO, le 30 juillet 2016 à 16h30mn).

Les mutuelles servent d’organes d’intégration aux acteurs locaux nouvellement arrivés dans la circonscription. C’est en facilitant l’intégration des individus dans la société qu’elles unissent les individus en créant les liens solidaires. Dans cette solidarité entre les acteurs locaux il y’a construction et implantation de la confiance qui est une base permettant la viabilité des mutuelles et associations.

6.6. Les systèmes d’échange locaux

On peut définir un système d'échange local (SEL) comme un système d'échange de produits ou de services au sein d'un groupe fermé, généralement constitué en association. Ses membres échangent des biens et services selon une unité propre à chaque groupe. L’objectif est d'accéder à des échanges égalitaires et de tisser des liens. En d’autres termes c’est un circuit par lequel les acteurs locaux effectuent les échanges économiques et renforcer le lien social. La commune de Pissa à des systèmes d’échanges locaux bien précis comme le confirme Michel un enquêté dans le village kapou : « dans notre association en s’entraide en faisant la tontine des services, soit des trocs à valeurs réciproques d’objet échangés. » (Entretien réalisé à Kapou 2 avec un acteur local). Dans la lutte contre la pauvreté les acteurs locaux de la commune de Pissa utilisent ce circuit pour contourner les impacts de la crise politico-sécuritaire qui bloquent les échanges commerciaux dans la commune. Ces réseaux économiques consistent à échanger, construire et consolider le lien social fragilisé par le conflit. En s’associant avec les autres dans ce circuit économique, les acteurs locaux trouvent une voie de sortie de l’isolement social. Vivant dans une situation économique et sociale critique c’est-à-dire de l’extrême pauvreté seul l’appui des autres acteurs locaux permettent au plus démuni ou les plus touchés par les conséquences du conflit de se relever.

Le SEL promeut la solidarité et le renforcement du lien social et l’égalité entre les membres du groupe c’est-à-dire entre les acteurs locaux. Dans la perspective de la solidarité, de la cohésion sociale et du renforcement du lien social, l’ONG (JFDDH) s’ est installée dans la commune de Pissa à travers son activité dénommé noyau de paix sensibilise les acteurs. Cette sensibilisation s’effectue en même temps que cette ONG leur propose des formations sur l’agriculture et l’accompagnement des coopératives pour une meilleure production agricole et une parfaite cohésion sociale. Ne permettant pas l’épargne les sels favorisent le développement de l’économie sociale solidaire, mais plutôt locale. Dans les sels chaque membre profite des biens et services en échange de son temps, puisqu’il est tenu de rendre à son tour bien et services. Cette pratique de celle s’illustre par la pratique des acteurs locaux qui consiste à travailler à tour de rôle dans le champ des membres de leurs associations. Mais aussi de bénéficier du réseau d’entraide et de prendre conscience de ce qu’il peut offrir à d’autres acteurs locaux. Avec les sels les acteurs locaux ne sont pas tenus rendre à la même personne et la même valeur comme dans le troc. Dans une situation de précarité dans la circulation de la monnaie est difficile les acteurs locaux trouvent un soulagement par cette pratique. Jean Paul pisciculture dans le village de Pissa 2 nous confie en ces termes : « pour entretenir mes bassins après la crise j’ai sollicité le service de certains pisciculteurs pour m’aider. Et je serais tenu de rendre ce service à celui qui aura besoin de mon aide ». Dans les sels la réciprocité dans la disponibilité de rendre service aux autres membres de l’association est de mise.

6.7. Impact de l’économie sociale et solidaire et des SEL

L’économie sociale et solidaire dans sa quête du bien-être collectif concilie activité économique et équité sociale. Celle-ci regroupant les associations, coopératives, mutuelles nécessite la collaboration et la participation des acteurs pour un impact visible dans la société. Elle impacte plus dans les zones rurales en donnant plus de chance aux acteurs locaux dans la production agropastorale, mais aussi dans la gestion des collectivités territoriales. Dans le cas d’espèce de notre étude où les acteurs locaux de la commune de Pissa font face aux conséquences de la crise politico-sécuritaire, la redynamisation des associations et mutuelles est un pivot permettant aux acteurs de supporter les impacts de la crise par la combinaison des efforts des autres acteurs. La commune de Pissa regorge des associations, coopératives et mutuelles avant la crise, mais quelques-unes de ces associations connaissent des problèmes financiers (mauvaise gestion). Ayant connu l’apport efficace de ces associations les acteurs eux- mêmes ont pris l’initiative de redynamiser ces organes afin de redorer le blason de leur commune dans la production agropastorale et ainsi faire face à la pauvreté qui devient grandissante après la crise à cause d’une mauvaise production.

L’économie sociale et solidaire à travers les activités tontinières et associatives dans la commune de Pissa impacte sur les ménages par une nette amélioration des conditions d’existence des acteurs locaux. Cette amélioration se caractérise par une augmentation des revenus dans les dépenses journalières telles que : la ration pour une bonne alimentation des membres de la famille, la santé pour l’accès à un meilleur soin, etc. Par l’union de plusieurs acteurs locaux et l’entraide qui s’y est installée à travers ces institutions ont permis à certains acteurs locaux de se refaire une santé financière c’est-à-dire d’avoir une épargne conséquente afin de subvenir aux besoins de ces proches en cas d’urgence. En somme l’économie sociale et solidaire a permis aux ménages des acteurs locaux d’avoir un nouveau souffle d’espoir après la crise politique et sécuritaire dans la commune de Pissa.

Loin de se limiter aux ménages l’économie sociale et solidaire et les systèmes d’échanges locaux ont permis de relancer l’économie de la commune de Pissa et à apporter un appui considérable aux organisations, coopératives, et les GICs. En utilisant ces derniers comme pivot de la transformation de la commune. A travers les activités agropastorales et diverses que mènent les acteurs locaux permettent de donner un nouvel élan aux associations. L’économie sociale et solidaire par sa fonction latente d’intégration des acteurs locaux dans un système social bien précis. La commune de Pissa dont les activités économiques étaient devenues quasi inexistante pendant la crise et qui peine à décoller après les évènements retrouve une bonne allure économique et un taux d’échange raisonnable par le dévouement des acteurs locaux. Ce rétablissement est encore plus effectif par le soutien des organisations non gouvernementales qui soutiennent ces associations par des apports multiformes (formations sur les techniques agropastorales, bonne gestion des coopératives).

La crise sécuritaire entraine toujours des impacts sur les acteurs locaux, dans le cas d’espèce nous pouvons énumérer la destruction des biens matériels (mobiliers ou immobiliers) pour les uns et la perte des capitaux pour d’autres exerçant dans le commerce. Les petits producteurs ayant subi ces dégâts ont pu se relever en utilisant leur épargne et des prêts auprès des mutuelles de solidarité pour investir dans leurs activités. A travers l’action des membres des associations, on assiste à la reconstruction des habitats de certains membres qui ont été vandalisés pendant la crise. La reconstruction dans la plupart des cas par le travail commun comme celui des travaux champêtres à tour de rôle. C’est ainsi que nous pouvons apercevoir l’importance ou encore l’impact de l’économie sociale et solidaire dans la commune de Pissa après la crise politico-sécuritaire. Par la même occasion les acteurs locaux y trouvent un moyen d’accroitre leur production agricole, mais plutôt d’orienter leur économie locale. Etant une population agricole dont plus de 95% pratique l’agriculture à travers les activités de l’économie sociale et solidaire la commune attire beaucoup de partenaires qui promeuvent le développement local sur l’initiative des acteurs endogènes.

La diversité ethnique est l’une des caractéristiques de la commune. Cette diversité constitue un facteur de cohésion sociale, car se regroupant dans les associations sans distinction d’origine ethnique et sociale, les acteurs locaux de la commune de Pissa construisent ensemble. Malgré les évènements qui ont un peu bouleversé la structuration sociale de la commune, les acteurs locaux ont pu sauvegarder cette cohésion sociale et l’unité de la commune à travers le lien social construit à travers à les différentes relations dans les associations, coopératives et mutuelles.

6.8. La gestion des temps sociaux

La question de la gestion des temps sociaux en milieu rural centrafricain fait recours à plusieurs variables ; celles-ci peuvent être économiques et/ou sociales (construction des identités). La gestion du temps social dans la commune de Pissa est scindée entre le (temps domestique et le temps du travail (travaux agricoles et activités commerciales). Cette situation est encore plus prépondérante pendant les périodes de récolte et les week-ends dans ce sens qu’il faut parcourir des kilomètres vers le centre-ville de Pissa ou encore dans les villages qui bordent le long de la Nationale n°6 dont le marché est permanent. Mais lorsqu’il est périodique dans certains villages de ladite commune, il faut acheminer les vivres des champs vers les espaces indiqués pour la vente. Ces champs se sont de plus en plus éloignés des villages à cause des changements climatiques. Aborder donc la problématique des temps induit forcement à l’interpellation de l’espace du travail agricole et domestique. Ces deux concepts interdépendants analysent et facilitent la lecture du lien social marchand, ainsi que la construction des identités. C’est pour cette raison que, « les espaces et les temps constituent un maillon essentiel de la sociologie du travail, car l’activité économique y est assujettie » (DUBAR et ROLLE, 1991)44. Si les temps sont perçus de façon plus stricte et formalisés par ces auteurs précédemment cités, il n’en demeure pas moins qu’une autre lecture contraire doit être faite lorsqu’il s’agit des activités informelles. Car dans la gestion des temps, les acteurs locaux s’inscrivent dans les activités informelles dont la durée impacte significativement le temps du travail pour les acteurs locaux qui travaillent en même temps dans le secteur privé et étatique dans la commune de Pissa. Dans ce sens, « les espaces et les temps sont construits localement, vécus, perçus et appréhendés par les collectifs eux-mêmes » (EKOMO, TEFE et YOMB 2015)45. Les acteurs locaux construisent localement leurs temps sociaux afin de mieux pratiquer les différentes activités auxquelles ils sont attachés.

Les temps sociaux dans la commune de Pissa sont repartis entre les acteurs locaux de la commune de Pissa c’est-à-dire entre les hommes, les femmes et les enfants. Dans les activités agricoles certaines tâches difficiles sont assignées à l’homme qui se trouvent être l’acteur majeur et fort de la famille, « J’ai le devoir de défricher mon champ de labourer la terre avant 44 Dubar C., (1991), La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles, Paris Armand colin 45 Ekomo, Tefe et Yomb., (2015), « la dynamique des temps sociaux dans les marchés alternatifs urbains au Cameroun » dans MUTIBE, la revue pluridisciplinaire et semestrielle de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Douala, vol, N06 de 2015. pp268- que ma femme et mes enfants viennent m’aider à semer et désherber de temps en temps, avoue un enquêté » (entretien réalisé à Boyali) . Par ce type de déclaration nous pouvons comprendre la division du travail social dans cette commune qui tient compte de toutes les couches sociales. Certaines catégories des acteurs locaux masculins qui ont pour activité principale le travail administratif ou technique dans les sociétés forestières se retrouvent aussi dans les activités agricoles. Ceux-ci s’organisent à passer les après-midi ou les week-ends dans les champs qui constituent un appui considérable pour l’alimentation de sa famille ou encore source de revenus financière par la vente des produits agricoles. Les femmes ont le plus souvent la responsabilité de la propreté dans les champs et la récolte des produits agricoles. La commune de Pissa une des principales communes productrices du manioc séché, cette tâche se trouve être une principale tâche des activités qui est associée aux acteurs locaux féminins. C’est ainsi les temps sociaux des femmes se trouvent partagées entre les travaux agricoles, activités commerciales et les travaux ménagers.

Cette répartition des tâches n’occulte pas la participation des enfants qui est considérée comme une aide infaillible dans les travaux champêtres « je pars au champ avec mes parents lorsque je suis en vacances pour les aider, soit lorsque je fais les cours du soir ». (entretien réalisé à SABE avec un élève du CE2). Cette participation des enfants dans le travail social dans la commune bien que constitue la construction d’une identité locale, mais apparait aussi comme un obstacle à la scolarisation de cette jeune génération « Parfois, je n’ai même pas le temps d’apprendre ! Il faut aller puiser de l’eau chaque matin avant d’aller en classe. Il faut parfois faire plusieurs tours au forage ou au puits. Quand je rentre de là, il faut laver les assiettes et d’autres travaux à la maison. Difficile de réviser mes leçons avant d’aller en classe » (entretien avec une élève du CM2 à BERENGO) .

En somme la gestion des temps sociaux dans le milieu social centrafricain et particulièrement dans la commune est une construction propre des acteurs locaux selon les besoins de ladite commune. Bien qu’elle permet une bonne division du travail entre tous les acteurs en présence, elle impacte sur la scolarisation des jeunes scolarisés et constitue une des causes de la déperdition scolaire en RCA et en milieu rural.

Tableau n°6 : description de la gestion et construction des temps sociaux

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Source: Notre enquête et (améliorer de) Yomb (2015)

Yomb., (2015), la socioéconomie des activités agricoles dans la scolarisation en milieu rural camerounais : cas de l'arrondissement de Bot-Makak Au regard du tableau ci-dessus, il ressort que le temps social en milieu rural en général et dans les espaces de notre recherche restent élastiques et donc dynamiques. Les temps domestiques et de travail sont non institués et évoluent en fonction de l’activité et des objectifs fixés par ceux qui sont censés contrôler le déroulement du travail. Cette élasticité du temps a pour conséquence immédiate d’une part l’augmentation des productions agricoles et d’autre part occasionne les retards observés des élèves dans leurs institutions respectives avec le risque d’être puni. La gestion du temps social est définie par chaque acteur local selon ces priorités d’abord avant de mesurer l’impact de son action sur son milieu naturel. Cette définition personnelle du temps de travail permet ‘implication des fonctionnaires ou des élèves dans les activités socioéconomiques (agriculture, élevages de caprins et porcins) ou encore le activités commerciales (ventes des produits agricoles dans les marchés des villages), le ramassage des produits saisonniers tels que : les champignons, les chenilles, les fruits saisonniers etc. c’est ainsi que nous pouvons constater que les temps sociaux sont multiples et que les représentations divers et caractérisent chaque milieu : « Les comportements sociaux des populations, dans les pays en développement, reflètent très souvent une conception plus souple et moins rigoureuse du temps (faible précision de l’heure, forte tolérance du retard, tendance à l’improvisation » (Kamdem, 1986). Au vu des observations du terrain, les acteurs accordent plus souvent du temps aux activités agricoles. Même les fonctionnaires de la commune de Pissa car ils y trouvent un moyen de pallier aux mauvaises conditions de vie et des retards de salaires. L’implication des élèves et fonctionnaires dans les activités agricoles devient alarmante pendant les périodes de récolte. Car ces produits constituent une source de revenu leurs permettant de subvenir aux besoins des membres de la famille voire de s’acquitter des redevances scolaires des enfants (élèves). Les temps sociaux dans notre espace d’étude loin d’être limités dans le temps (une durée journalière de travail exemple : 2 heure ou 3 heure du temps), ils sont repartis par taches ce qui permet à chaque acteur local (membre de famille) d’assumer la tâche qui lui est assigner journalièrement « J’ai le devoir de défricher mon champ de labourer la terre avant que ma femme et mes enfants viennent m’aider à semer et désherber de temps en temps, avoue un enquêté » (entretien réalisé à Boyali). Dans cette gestion du temps social des élèves de notre zone d’étude de fois avancent tout doucement vers la déperdition et devient des acteurs majeurs de la socioéconomie dans les diverses activités locales : pêches, agriculture, élevages, chasse, artisanat etc. en somme la gestion du temps social est spécifique à chaque communauté et dépend aussi de l’engagement des acteurs locaux dans les activités socioéconomiques. Bien que ce temps social peut favoriser l’accroissement socioéconomique mais peut aussi entrainer la déperdition scolaire des jeunes acteurs impliqués dans les activités socioéconomiques.

CONCLUSION GENERALE

La question de la conduite socioéconomique des acteurs locaux est d’une importance capitale sur le point sociologique tant sur le point économique, mais beaucoup plus sur le marketing. On peut entendre par conduites socioéconomiques le comportement de consommation. Ce comportement de consommation est souvent orienté par la disponibilité des biens et service pour la satisfaction des besoins individuels ou collectifs. Le marketing permet d’orienter les conduites socioéconomiques des individus à travers les publicités décrivant ainsi l’importance des produits et services. Dans ce cas l’individu est tenu d’établir un choix en fonction de son besoin et surtout au niveau de satisfaction qu’il recherche. Mais aussi l’utilisation de ces biens et services tient compte des circonstances (environnement) et de la disponibilité des ressources pour s’en procurer.

Pour comprendre les conduites socioéconomiques des acteurs locaux de la commune de Pissa il est d’abord nécessaire d’étudier les conditions sociales sur lesquelles s’opèrent les échanges entre les acteurs locaux. C’est dans cette perspective que nous avons présenté les monographies décrivant l’évolution des conduites socioéconomiques des acteurs locaux en temps de crise dans la commune de Pissa. Il est ensuite indispensable de tenir compte de l’individualisme qui caractérise les acteurs locaux au moment où la lutte pour la survie devient indispensable en cette période de déstructuration sociale. Cette dernière apporte un grand changement dans le système social dans cette commune. Si l’on s’en tient à l’encastrement qui caractérise l’insertion des pratiques économiques dans les relations sociales qui subit aussi des transformations.

Dans l’ordre des impacts qui ont entrainé la réadaptation des conduites socioéconomiques des acteurs locaux dans la commune de Pissa. Nous nous appuyons sur les impacts économiques qui se traduisent par une faible offre des produits de première nécessité dans la commune même. Ensuite une faible production agricole dû tout abord à une mauvaise politique agricole qui occasionne la baisse de revenus des agriculteurs et acteurs locaux. Cet impact se fait sentir sur les autres secteurs d’activités économiques tels : la cueillette, la pêche, la pisciculture, l’élevage, etc. la baisse du revenu des acteurs locaux à cause de leur inactivité pendant la crise politico-sécuritaire a apporté une transformation dans leur système socioéconomique. Du point de vue social par la désorganisation de la société on remarque une fracturation du lien social qui est le cordon ombilical de la cohésion sociale dans la commune de Pissa. Cette cohésion sociale étant un élément essentiel pour nos sociétés rurales qui s’appuient sur la solidarité organique pour le bien-être collectif. Une société rurale n’est rien si les acteurs locaux ne sont pas solidaires. Car le développement local se veut endogène et participatif, la force fédératrice des acteurs locaux à travers les associations, coopératives et mutuelles peuvent redonner une nouvelle orientation sociale et économique à cette commune. Abordant l’aspect économique l’inactivité des petits producteurs de la commune de Pissa et des acteurs économiques rend quasi-inexistant l’échange marchand. Cet absence d’échange impact sur la gestion de la commune de PISSA qui s’appuie rien que sur les taxes forestières. L’acteur local qui est soumis à cette situation s’expose à la pauvreté qui devient de plus en plus rude. Celle-ci fait des impacts dans les familles en y apportant la malnutrition, la maladie, etc.

Pour faire face à cette situation nous avons constaté une transformation des conduites socioéconomiques des acteurs locaux. Ceux-ci dans la recherche des solutions pour faire face à la pauvreté, mais surtout relancer l’activité économique c’est-à-dire la production agropastorale dans la commune de Pissa trouvent dans l’économie sociale et solidaire une voie de contournement des conséquences de la crise. Les acteurs locaux s’investissent de plus en plus dans les associations, coopératives et mutuelles. L’activité la plus performante dans la recherche des adaptabilités est l’activité tontinière. Celle-ci se pratique de différentes manières soit par l’organisation du travail collectif dans le champ des membres pour accroitre la production ; soit par la collecte des fonds qui sera donné aux membres tours à tours pour la satisfaction de différents besoins. Cette économie permet aux acteurs locaux de s’adapter aux conditions défavorables de l’économie pendant la crise. Car ce type d’économie nécessite vraiment pas l’utilisation de la monnaie (argent) comme unité d’échange entre les acteurs. Les Sels aussi ne sont pas en reste dans cette situation permettant aux acteurs d’échanges les biens et services sans faire de bénéfice, cela nous permet de comprendre le rôle fondamental de l’économie sociale et solidaire à travers les associations et mutuelles qui valorisent le bien-être collectif et l’intérêt commun.

L’économie sociale et solidaire et les Systèmes d’échanges locaux certes permettent aux acteurs locaux de s’adapter dans une nouvelle économie dans des situations difficiles et précaires. Ils permettent aussi de créer une nouvelle forme d’économie donnant lieu aux acteurs de construire une économie dans laquelle l’échange sera plus ou moins équitable favorisant un bon encastrement des échanges entre les acteurs locaux ou encore entre les coopératives. Le développement étant un processus dynamique et évolutif qui nécessite une mise à contribution de tous les acteurs locaux trouvent dans l’ESS et les SELs un socle rigide pour permettre le développement socioéconomique et voir politique des communautés rurales dans les pays africains en voie de développement, mais en particulier la commune de Pissa qui se trouve être un modèle de développement local pour la RCA.

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ANNEXES

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GUIDE D’ENTRETIEN SEMI-DIRECTIF

L’étude que nous menons porte sur les conduites socioéconomiques des acteurs locaux en temps de crise en RCA : cas de la commune de Pissa et pour cela nous avons décidé de nous orienter vers les chefs de ménages, les membres d’associations et coopératives communautaires. C’est pourquoi le présent guide d’entretien a été élaboré et dont nous vous demandons chères enquêté de bien vouloir accueillir cordialement l’enquêteur. Nous vous remercions pour votre sincère participation.

THEME D’ENTRETIEN

I- LES CONDUITES SOCIOECONOMIQUES

1. Quelles sont les activités que vous pratiquez pendant la crise ?
2. Quels types d’échanges économiques étaient favorable pour vous pendant la crise ?
3. Quel est votre source de revenu pendant la crise économique ?
4. Dans cette situation de désorganisation totale du système d’échange local.
5. Quelle relation entretenez-vous avec les autres locaux ?

II- LA DYNAMIQUE DE LA CRISE

1. Quels sont les impacts de la crise sur vos activités ?
2. Quel est le secteur le plus touché par la crise politico-sécuritaire dans la commune ?
3. Du point de vue social, quels sont les conséquences de cette crise ?
4. Quel est l’impact de cette crise sur les associations ou coopératives agricoles ?
5. En quoi cette crise a été très néfastes pour les sociétés implantées dans la commune de Pissa ?

III- LES STRATEGIES DES ACTEURS

1. Quelles sont les moyens utilisés par les acteurs locaux pour faire face à la crise ?
2. Qu’est-ce qui vous permet de vite revenir à votre mode de vie d’avant la crise ?
3. Quelles sont les adaptabilités utilisées pour ne pas sombrer dans la pauvreté ?

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[...]


1 Jacques (Y) 2015 : La socio économie des activités agricoles dans la scolarisation en milieu rural camerounais : Cas de l’arrondissement de Bot-Makak

2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Socio%C3%A9conomie

3 Jacques (Y), Robert (T) : Conduites socioéconomiques des acteurs locaux et crise des microfinances au Cameroun

4 Madeleine (G), Lexique des sciences sociales 8e édition, 2004

5 Larousse de poche 2015

6 Cheila (D), Analyse de la dynamique organisationnelle en temps de crise, thèse de doctorat, 2006

7 Madeleine (G) : Lexique des sciences sociales 8e édition 2004

8 Ibidem

9 Op. Cit

10 EMF :Etablissement de Microfinance

11 Centre Nantais de sociologie

12 Levilly (R), « le commerce équitable : entre variétés des marchés, figures du marché et force du marché. » Thèse de doctorat

13 Laville (J.L), « Encastrement et nouvelle sociologie économique : de Granovetter à Polanyi et Mauss », Revue Interventions économiques [En ligne], 38 | 2008, mis en ligne le 01 décembre 2008.

14 Pascale. M, Gilles. L « contribution à une sociologie des conduites économiques : mesurer la différence pour une sociologie économique du médicament générique », Harmattan, 2006, p 181-195.

15 B. « stratigraphie du précambrien de l’Oubangui Occidentale » (carte phyto géographique au 1/1 000 000 )

16 Pascale. M, Gilles. L « contribution à une sociologie des conduites économiques : mesurer la différence pour une sociologie économique du médicament générique », Harmattan, 2006, p 181-195.

17 Serge, P. (2008) ; Le lien social, PUF, Coll, «Q ue sais-je »

18 Grawitz (M), Méthodes des Sciences sociales

19 Yves. B. « stratigraphie du précambrien de l’Oubangui Occidentale

20 Appellation en langue sango des commerçantes des produits vivriers synonymes de Bayem-Sellam

21 Journal officiel de novembre 1959

22 Institut de géographie national

23 Yves. B. « stratigraphie du précambrien de l’Oubangui Occidentale » (carte phyto géographique au 1/1 000 000 ), n°14, édition ORSTOM, 70, rue d'Aulnay. 468 pages.

24 Appellation d’un maire nommé par l’administration centrale (Ministère de l’administration du territoire)

25 Séléka : signifie alliance ou union en langue nationale sango. Dénomination attribuée au groupe rebelle qui a destitué François BOZIZE de ses fonctions de président de la RCA en 2013.

26 Zingo pissa en sango langue nationale qui signifie éveille toi Pissa

27 Interview accordée au réseau des journalistes pour les droits de l’homme le 26 juin 2016

28 Op.cit.

29 Article de presse du RJDH du

30 Article de presse du RJDH du vendredi 1 novembre 2013

31 Porte tout appellation de chariots en fer munis de deux roues permettant de transporter les marchandises

32 Article de Presse du RJDH du 21 juillet 2016

33 Blanche, membre d’une coopérative agricole dans la commune de Pissa

34 Wali gara en sango langue nationale signifie les vendeuses des produits agricoles et/ou des produits non ligneux

35 Bayam-sellam, appellation commune des vendeuses des vivres frais au Cameroun

36 Société d’exploitation agricole de palmiers située dans la commune de Pissa.

37 Installation du bureau de l’ONG JFDDH à Pissa le 16 juillet 2016.

38 Caisse d’Epargne et de Crédit Autogérée

39 Illustration du cycle d’échange : E : échange ; M : marchandise ; A : argent. Dans le schéma classique et conventionnel Pour qu’il y’a échange il faut qu’il y’ait rétrocession de la marchandise contre argent.

40 Déclaration du secrétaire général de la mairie de Pissa 26/07/16 au journaliste du RJDH

41 Caisse d’Epargne et de Crédit Autogérée

42 Koko : appellation locale d’une feuille forestière comestible (Gnetum africanum)

43 Alliance Coopérative Internationale

95 de 95 pages

Résumé des informations

Titre
Conduites socioéconomique des acteurs locaux en temps de crise en République Centrafricaine (RCA). Cas de la commune de Pissa
Université
University of Douala
Note
14,50
Auteur
Année
2017
Pages
95
N° de catalogue
V962660
Langue
Français
mots-clé
conduites, république, centrafricaine, pissa
Citation du texte
Octave Molambo Gbessoua (Auteur), 2017, Conduites socioéconomique des acteurs locaux en temps de crise en République Centrafricaine (RCA). Cas de la commune de Pissa, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/962660

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Titre: Conduites socioéconomique des acteurs locaux en temps de crise en République Centrafricaine (RCA). Cas de la commune de Pissa



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