L’architecture et l’urbanisme au Maghreb Au XIX-XX siècle. Cas d’Alger (1800-2000)


Note de Cours Magistral, 2018

240 Pages


Extrait

REMERCIEMENTS

Nombreux sont ceux a qui je dois présenter mes remerciements pour leur contribution dans la concrétisation de cet ouvrage. Certains par leur participation, d'autres pour avoir accepté de réviser l'ouvrage et d'autres par leurs encouragements.

Mes premiers remerciements vont tout naturellement a ma famille qui m'a toujours apporté son soutien et me décharge également de mes obligations familiales pour que je puisse me consacrer pleinement au travail de publication.

Je remercie mon ami et collègue Mr. Hadj Sadok Tahar qui a accepté de réviser le manuscrit dans sa première version et d'enrichir son contenu. Je suis aussi reconnaissant a Mr. Lardjoune Nadhir, éditeur de la revue Le Jeune Musulman, pour avoir bien relu et révisé le manuscrit. Ma grande reconnaissance est a mon ami et collègue Mr Dahmen Abdelkrim, qui a revu le manuscrit a deux reprises, initiale et finale, dont les conseils, et la touche linguistique ont nettement rendu le texte plus fluide et le contenu plus riche. Cependant, les erreurs qui restent et les avis, parfois très personnels, restent sous la propre responsabilité de l'auteur et n'engage que lui.

Je remercie également les étudiants du module de l'Histoire d'Architecture au Maghreb, XIX- XXème siècles des années 2016-2015 et 2017-2016 de l'Institut d'Architecture et d'Urbanisme de l'Université Sâad Dahleb de Blida pour leur engagement dans le module et pour le nombre important de photos qu'ils ont bien voulu mettre a ma disposition.

Etant donné, l'aspect amateur de ces prises de vues, j'ai du faire recours au fonds photographique de Mr. Yves Jalabert, un fils d'Alger et professionnel de la photo. Je tiens a lui exprimer ici ma reconnaissance et ma profonde gratitude. Contraint de quitter l'Algérie en 1962, ce fervent amoureux de la ville d'Alger y est retourné une trentaine de fois depuis 1984. Mr Jalabert a créé l'association « Espace Algérie » qui organise des visites de la ville pour des pieds-noirs en mal de leurs racines (Pascal Charrier, 07/08/2013 ).

Je tiens aussi a remercier Mr Guy Simon-Laborde, ami de Yves, pour m'avoir dirigé vers son immense travail de reconstitution de la chronologie des constructions d'Alger et de la liste des architectes et entrepreneurs de la ville et surtout pour m'avoir autorisé a utiliser ses correspondances et documents, très utiles pour l'enrichissement des chapitres sur la période coloniale.

Je remercie également Mlle Ben-Hamouche Sana pour le travail de conception initiale de la couverture de l'ouvrage et Mme Abdedaim Karima pour l'excellent travail de conception infographique dont l'image constitue une partie importante du travail.

INTRODUCTION GENERALE

Cet ouvrage est a l'origine un recueil de notes et de présentations du cours d'Histoire d'Architecture délivré aux étudiants en Master durant trois ans de 2013 a 2015 a l'Institut d'Architecture et d'Urbanisme de l'Université de Blida. Il s'inscrit dans le prolongement de l'enseignement de l'histoire d'architecture, qui couvre les domaines du temps allant de la naissance de l'humanité jusqu'a la période contemporaine. A l'encontre de la philosophie universelle dont l'architecture est enseignée a la lumière des grands évènements et cycles de civilisations, le cours met en évidence l'échelle régionale en se limitant au territoire Maghrébin, et souligne les phases constituant l'histoire locale.

L'architecture est considérée, ici, comme un phénomène physique et spatial qui dépasse l'activité artistique en reflétant des aspects sociaux, culturels, économiques, voire idéologiques et politiques. Les styles ou les tendances ne peuvent donc etre analysés ou compris qu'en recourant a ces dimensions qui constituent le contexte historique.

A sa base, l'enseignement de l'histoire de l'architecture comprend l'historiographie, la narration des faits et la description architecturale chronologique. A un niveau plus élevé, le cours aborde la question de compréhension des évènements historiques parvenant a travers le reportage et la documentation. Leur interprétation reste toujours sujette de réflexion, d'approfondissement et des capacités intellectuelles de l'enseignant a relier les évènements et déduire les conclusions. La matière du cours en fait concerne plusieurs sous-domaines, y compris les études typologiques, les techniques de constructions, les styles, les fondements idéologiques, etc. (Lomine A. 2011).

A l'exception des édifices isolés ou situés dans des sites naturels, l'architecture ne peut pas etre dissociée de son contexte urbain ni de l'urbanisme en général. Un édifice se situe toujours dans un environnement qui dicte d'une fayon ou d'une autre sa forme, son mode de fonctionnement, son accessibilité, son orientation et sa taille. Le cours considère donc la dimension urbaine et la ville comme partie intégrante de l'histoire de l'architecture.

Nous devons souligner ici l'e et durable et retardataire du cadre bâti dans la conduite sociale et le comportement humain du fait de la permanence de la construction . En e et, le système traditionnel précolonial, n'a pas cessé a l'arrivée des fran^ais. Il a perduré pendant des décennies en tant que culture locale. De la meme fa?on, l'e et du cade bâti hérité de la période coloniale ne se s'est pas arreté juste a la veille de l'indépendance, d'ou l'emploi du terme post-colonialisme qui est pertinent pour comprendre la persistance des pratiques coloniales dans les ex-pays colonisés (Fanon F. 1961, Edward S. 1993).

Plus une histoire est proche plus elle est riche en détail. C'est le cas de la période sélectionnée qui abonde en information et en références, d'ou la nécessité d'une approche limité dans le temps et l'espace. L'approche de Fernand Braudel (1949) quant a la temporalité historique avec ces trois cycles de temps est donc empruntée ici pour positionner le cours. L'intéret d'un survol sélectif, prudent et critique sur les détails évènementiels, est d'appréhender les grandes allures de l'histoire d'architecture de la période en question (1800-2000) et les lois auxquelles elle obéit. Les périodes précoloniale, dite musulmane, puis coloniale fran?aise et enfin postcoloniale, constituent donc des cycles historiques très distinctes dans le paysage urbain et architectural (Braudel F. 1949).

Organisation de l'ouvrage

L'ouvrage est composé de 3 parties inégales. La première, constituée des chapitres 1a 3, concerne l'architecture précoloniale. Elle présente le patrimoine urbain et architectural a son état d'origine avant l'intervention coloniale. Elle établit quelques instruments pour l'analyse et la compréhension du processus de production de l'espace qui prévalait a cette époque. Le chapitre 1 présente une introduction a l'architecture et l'urbanisme au Maghreb pendant la période précoloniale, c'est-a-dire juste avant 1830. Le second chapitre porte sur le contexte historique de l'architecture dans les villes traditionnelles musulmanes en tant que cumul de plusieurs époques dont la gouvernance ottomane et la migration andalouse constituent les grands ingrédients de ce cumul. Le chapitre 3 constitue la synthèse des règles du jeu de la formation du cadre bâti et le mode de production de l'espace dans les médinas qui sera complètement bouleversé par le colonialisme.

La deuxième partie qui est la plus large concerne la période coloniale allant de 1830 a 1962. Elle va s'étaler sur les chapitres 4 a 9. Malgré son appellation au sens singulier, elle est hétéroclite dans son essence. Elle comprend plusieurs styles et tendances di érents et souvent divergents. L'objet de cette partie est de présenter d'abord l'héritage colonial en architecture et urbanisme, le mode de production du cadre bâti, et les significations philosophiques, idéologiques et socio- culturelles. Le chapitre quatre 4 montre les débuts de l'architecture coloniale (1832-1840). Il met en évidence les grands bouleversements qui ont eu lieu dans la ville d'Alger en raison de l'intervention militaire. Le chapitre 5 présente les travaux de restructuration de la ville d'Alger et sa transformation en ville européenne, ainsi que son passage de l'administration militaire a l'administration civile. Le chapitre 6 présente la période de la stabilité politique et le mode d'implantation de peuplement qui s'est accompagné par une révision des méthodes colonisatrices. Le chapitre 7 est consacré a la période de l'apogée du moment colonialiste célébrant le centenaire de la colonisation. Paradoxalement, ce moment manifeste de l'intéret au patrimoine local a travers sa préservation et sa folklorisation. Le chapitre 8 évoque l'arrivée de la doctrine moderniste et les e ets des nouvelles technologies de construction. Le chapitre 9 analyse la période de turbulence politique qui est due a la guerre mondiale puis la montée de la tendance indépendantiste et les politiques désespérées en vue de préserver la colonie.

La dernière partie, la plus courte, présente une ébauche de réflexion sur l'état contemporain ou l'histoire récente de l'architecture jusqu'a l'an 2000. Le chapitre 10 présente la situation de l'Algérie a la veille de l'indépendance et l'impact du lourd héritage colonial .L'ère post-colonialiste se pose donc la question aigue de l'identité des Algériens et qui se manifeste clairement en architecture et en urbanisme.

Sources du travail

Le présent travail est fondé sur des sources secondaries plutot que des sources primaires. Un nombre important de documents graphiques et écrits, surtout des archives franyaises, grâce a la numérisation, est disponible sur internet et dans les ouvrages publiés. Les sources di èrent selon les parties. Les travaux originaux et ma thèse de Doctorat sur l'époque ottomane- andalouse constituent la source principale de la première partie. La recherche sur cette période m'a aussi mis au seuil de la période coloniale. Quant a la deuxième partie, l'héritage colonial en entier est la a travers tout le territoire algérien et maghrébin pour témoigner de lui-meme. Pédagogiquement, la documentation commence depuis les années 1980 grâce au polycopié de nos enseignants Mr J.J. Deluz (1987, 1988, 2001, 2008, 2010), les cours de Mr Frederico Cresti (1982, 1987, 2005) en Histoire Critique de l'Architecture, de Mme La Bruyère en géographie urbaine. Les enseignements d'atelier nous ont mis en contact direct avec l'architecture coloniale a travers les sorties, les relevés et les travaux d'analyse urbaine. Les travaux des étudiants de l'Institut de Blida et leurs visites sur le terrain, constituent une source mouvante qui a aussi contribué a l'approfondissement des connaissances et la collecte des détails de chaque époque. La question cruciale que pose l'architecture coloniale comme « héritage controversé» ne cesse d'alimenter le débat et l'esprit de la recherche.

Quant a la dernière partie, notre «opposition précoce « en tant qu’étudiants de l’EPAU au projet de la mosquée d’Alger proposée par Oscar Niemeyer d’une forme inspirée du corps féminin et les études dans des locaux con?us par ce meme architecte nous ont mis en contact directe avec la doctrine de l’architecture moderne. En conclusion, le travail sur l’état actuel de la profession, la seule rencontre « historique » en 1982 avec le défunt Mr Bouchama, architecte de profession, lors de la préparation de notre projet de fin d’études en architecture, et son insistance sur la question d’identité présente un jalon dans la reconstitution du panorama architectural et urbain de l’Algérie et l’articulation de l’embauche critique. Enfin, le matériel disponible a travers les revues et la presse en raison de sa contemporanéité et de l’exercice du métier en tant qu’architecte constitue une autre source de cette période.

Une grande réflexion se pose au-dela de cette introduction concernant l’objectivité de l’historien et la place de la critique et qui est omise de l’intitulé du cours dans le nouveau système de formation en architecture dans les universités algériennes, en raison du remplacement du cours H.C.A. (l’Histoire Critique de l’Architecture) par le simple H.A. Si nous considérons l’histoire comme une discipline interprétative, tout travail dans ce domaine résulte d’une interaction entre les faits et la chronologie des évènements d’une part, et les avis de l’historien, ses explications et déductions d’autre part. Cette interaction et cette objectivité sont mieux expliquées par Le Monde (2013). En s’adressant aux futurs universitaires, l’éditeur considère que «Ce qu’il y a d’objectif dans l’histoire, ce sont les faits, les dates et c’est cette objectivité du matériel historique que la méthode de l’historien doit garantir. Mais ce matériel historique n’est pas encore l’histoire elle- meme: l’historien ne peut pas se contenter de collecter des dates, d’authentifier des documents et de vérifier l’exactitude des faits rapportés : ceci constitue le point de départ de son travail et non sa conclusion. Sa finalité en e et n’est pas d’établir une chronologie des faits, mais d ‘octroyer un sens ».

Références

Braudel F. (1949) La Méditerranée et le Monde méditerranéen a l’époque de Philippe II, Paris : Colin, 194 9 .

Cresti F. (1982) Description et iconographie de la ville d’Alger au XVIe siècle. In: Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°34. pp. 1-22.

Cresti F. (1987) Alger a la période turque. Observations et hypothèses sur sa population et sa structure sociale. In: Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°44. Berbères, une identité en construction. pp. 125-133.

Cresti F. (2005) La population d’Alger et son évolution durant l’époque ottomane: un état des connaissances controversé Arabica T. 52, Fasc. 4, pp. 457-495

Deluz, J. J. (1988) L’urbanisme et l’architecture d’Alger Liège/Alger, Pierre Mardaga/OPU.

Deluz, J. J. (2001) Alger, El Djezair, Chronique urbaine Photographies de Magda Taroni Paris : Bouchène.

Deluz, J. J. (2008) Urbanisme et architecture : fantasmes et réalité. Alger : Barzakh.

Deluz, J. J. (2010) Le tout et le fragment. Textes 1956- 2007 Jean-Jacques Deluz Alger : Barzakh.

Edward S. (1993).Culture and Imperialism. New York: Vintage Books.

Fanon F. (1961) Les damnés de la terre. Paris: Franyois Maspero.

Le Monde (2013) L'objectivité de l'histoire suppose-t- elle l'impartialité de l'historien ? (Sujet du BAC 2009 en Philosophie) http://www.lemonde.fr/revision-du-bac/ annales-bac/philosophie-terminale/l-objectivite-de-l- histoire-suppose-t-elle-l-impartialite-de-l-historien_t- irde90.html#QcTVMtXA2Dd8Cpjl.99.

Lomine A. (2011) « L'histoire de l'architecture du XIXe siècle en France, regard sur la création d'un champ de recherche et son renouvellement », Livraisons de l'histoire de l'architecture , 21, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://lha.revues.org/277 ; DOI :10.4000/lha.277.Alice Lomine L'histoire de l'architecture du XIX e siècle en France (2011).

INTRODUCTION A L'ARCHITECTURE ET L'URBANISME AU MAGHREB

Période Précoloniale

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L’amirauté d›Alger avant 1830. Source: Detroit Publishing Company (1905).

INTRODUCTION Â L'ARCHITECTURE ET L'URBANISME AU MAGHREB

Période précoloniale

Introduction

La question de l’histoire d’architecture au Maghreb au XIXème siècle pose une double problématique aux étudiants et aux chercheurs spécialistes de cette époque. Du coté géographique, il est di cile de tracer des traits communs d’une aussi vaste région telle que le Grand Maghreb qui s’étale sur une superficie d’environ cinq millions de km2 (Figure 1). En plus de son étendue, ce territoire se trouve partagé entre di érents reliefs, dont le bassin méditerranéen, les chaines montagneuses de l’Atlas et le grand désert africain qui en occupe la majeure partie. Cette diversité physique se reflète aussi dans la géographie humaine et la répartition de la population estimée a quelques 90 millions d’habitants. Concentrée principalement le long de la cote méditerranéenne, et les plaines littorales, elle forme un paysage démographique inégalement réparti sur son vaste territoire. De ce fait, le présent ouvrage se limitera aux précédents architecturaux et urbains en Algérie comme cas d’étude. Un épannelage de cette étude sur tout le territoire peut se faire selon le meme axe chronologique en premier ordre puis selon les thèmes et/ou les pays en deuxième lieu.

Du coté historique, le cours s’intéresse a une période très agitée et riche en évènements et, de ce fait, très hétérogène. En e et, la période du XIXème siècle est relativement récente et la plupart des incidents qui l’ont constituée ont été enregistrés et rapportés a travers des sources variées tel le témoignage direct, les enregistrements filmés, en plus des documents écrits. Cette diversité est aussi alimentée par un nombre d’événements majeurs qui ont marqué l’histoire moderne tels que le colonialisme, le protectorat, les révoltes et les Révolutions, les deux guerres mondiales, l’indépendance des pays colonisés et les choix des systèmes politiques.

L’état de chaque pays du Maghreb juste avant le colonialisme est aussi un paramètre a considérer. Tandis que l’Algérie et la Tunisie étaient liées a l’Empire ottoman en 1530 et 1534, le Maroc a gardé son indépendance sous la monarchie Alaouite jusqu’a 1912. Alors que l'Algérie était occupée par les Franyais dès 1830, le Maroc et la Tunisie ne sont passés sous le protectorat franyais que tardivement, le 1er en 1881 et le 2eme en 1912.

Loin d'etre monolithique, ce qui est souvent cru, la période coloniale connut des étapes hétéroclites. Elle passe du régime militaire au système civil, de l'ordre classique a la doctrine moderne, et de la politique d'éradication a la politique de rapprochement telle qu'elle figurait dans le Plan de Constantine (1958). Elle pivote aussi culturellement entre la démarche acculturante franyaise et la tolérance « Algérianiste ». Politiquement, elle varie entre protectorat avec présence minimale pour le cas du Maroc et de la Tunisie, et peuplement de masse sur le territoire Algérien.

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Figure 1: Le territoire du Grand Maghreb qui s'étend sur 5 pays

Definitions destermes clefs ou l'aménagement linguistique

La littérature de l'histoire d'architecture au Maghreb connait un grand nombre de termes qui se chevauchent, s'imbriquent et se contredisent souvent. En plus du sens taxonomique dilué de certains termes, leurs nuances proviennent des circonstances historiques et idéologiques dans lesquelles elles ont été formulées. Beaucoup d'études devenues des références classiques dans ce domaine ont été lteuvre d'orientalistes et par conséquent étaient colorées par l'idéologie coloniale et le centrisme culturel européen.

Un survol de la bibliographie nous met devant la première interférence taxonomique entre l'architecture islamique, Musulmane et Arabo-musulmane. En deuxième lieu, vient une autre série de termes ajoutant des dimensions géographiques, historiques et ethnographiques tels que l'architecture arabe, mauresque, ottomane, omeyade, abbasside, fatimide, et tant d'autres termes qui se gre ent autour.

La rupture chronologique marquée par le colonialisme et l'avènement d'un autre système de production architecturale a donné naissance a une autre connotation, plus vaste encore, qui est l'architecture précoloniale.En nous renvoyant au patrimoine local du pays colonisé juste avant le début du processus exogène de développement urbain et architectural, ce terme ne fait que simplifier la question et réunir tous les termes précédents sous une autre enveloppe encore plus vaste.

Qu'est-ce que l'architecture islamique?

La réponse a cette question exige un passage obligatoire sur quelques croyances réfutables. Un grand nombre de références académiques et pédagogiques considère, par une certaine vision simpliste, que l’architecture islamique est un ensemble d’éléments architectoniques tels que les arcades, les domes et coupoles, les moucharabiehs, les ornementations et la calligraphie qui constituent dans leur ensemble un corpus architectural. D’autres considèrent que ce sont les édifices qui forment la ville musulmane tels que la mosquée, le souk, les rues étroites et la maison a patio qui reflètent l’architecture Islamique. Des monuments tels que Taj Mahal, Alhambra, la Mosquée Omeyade et Ibn Touloun en seraient les exemples les plus significatifs (Stierlin H. 2002).

De telles définitions sont inexactes car la doctrine religieuse islamique, y compris la loi islamique « Charia », les croyances « Aqida », et la morale « Akhlaq », ne comprend aucune prescription ou obligation d’usage de ces éléments ni de type(s), style(s), ou mode(s) de construction ou d’architecture. D’ailleurs, un aper?u historique sur ces éléments et bâtisses nous renvoie a leurs origines typologiques et artistiques souvent préislamiques.

Cependant,cette négation ne veut guère signifier que la religion islamique n’a aucun rapport avec le domaine de l’architecture. En e et, l’Islam comprend de nombreux enseignements qui sont liés au culte et au mode de vie. Ces derniers ont un impact direct sur le cadre bâti, l’espace et meme l’art et l’ornementation. Une telle vision binaire « Islam-Architecture » nous permet donc de redéfinir ce terme.

L’architecture islamique peut etre donc définie comme étant tout mode de réponse aux exigences, recommandations et enseignements de l’Islam dans le domaine du cadre bâti, de l’expression matérielle et de l’espace vécu. Malgré ces di érentes formes de réponses, cette architecture reflète le socle spirituel commun qui découle de la doctrine de l’Islam et qui est de ce fait partagée par les sociétés musulmanes. Autrement dit, au plan physique, il n’existe pas de modèles ou de styles recommandés, ou communs, mais plutot un ensemble de principes qui encadre et guide les actions de l’homme et de la société dans l’environnement, y compris le cadre bâti et l’art de la construction.

En attribuant le terme « Islamique » a l’architecture, il devient clair que la religion islamiquecomprenddenombreuxenseignements relevant des domaines de croyance, du culte et de la conduite sociale qui ont rapport avec ce domaine. Parmi les enseignements les plus frappants ayant un impact direct sur l’espace, on peut citer l’unicité de Dieu, la direction vers la « Qibla », le voisinage, l’hospitalité, l’intimité et la ségrégation entre les deux sexes. Une étude pluridisciplinaire et plus approfondie de la doctrine Islamique pourrait nous mettre sur une piste de recherche sur d’autres retombées des principes et enseignements de l’Islam sur l’architecture et le cadre bâti, un champ qui reste encore vierge.

En acceptant le fait que, historiquement, le message de l'Islam s'est répandu dès les premiers temps hors de la péninsule arabe en s'adressant a toute l'humanité sans distinction de race ou de langue, il devient évident que l'architecture islamique revet un caractère universel.

L'architecture musulmane

Ce terme exprime la pratique de l'Islam telle qu'elle est reflétée par les musulmans en tant qu'individus ou communautés. La diversité et l'immensité du territoire musulman, qui s'étend sur tous les continents de l'Ancien monde, ainsi que les spécificités géographiques, historiques et culturelles de chaque communauté ont conduit a une variété d'architectures. L'architecture musulmane est de ce fait plurielle et se définit en tant qu'architectures musulmanes (Figure 2).

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Figures 2 (a,b,c et d): Un minaret à Tehran, la mosquée Laleli à Istanbul, une cour à l›Alhambra, Grenade et la mosquée Sidi Boumedienne à Tlemcen.

Sources: (a)Auteur (2015), (b) Auteur (2004), (c) Noureddine El Hajj, (d) Vitamine dz.

Tout le patrimoine architectural des anciennes villes et territoires de l’Islam tel que les mosquées, les maisons a patio, les palais, les marchés et les Médersas n’est donc qu’une expression de l’architecture musulmane. Il va de soi que les styles architecturaux connus, qu’ils soient majeurs ou mineurs tels que l’architecture Omeyade, Abbasside, Fatimide, Seldjoukide, Aghlabide, Almohade, Almoravide, Mérinide, Hafside et Zianide ne sont aussi que des versions,ou des architectures musulmanes qui s’attachent aux conditions historiques, géographiques, culturelles, politiques, sociales et technologiques dans lesquelles elles sont nées (Figure 3 ).

Cependant, ces architectures qui sont le résultat matériel de l’action des individus et des communautés musulmanes, sont a priori le fruit de l’interaction entre les principes découlant de la doctrine religieuse Islamique d’une part, et le temps, le lieu et les coutumes de ces sociétés d’autre part.

En reflétant un certain mode d’interprétation des textes, des croyances et des enseignements de l’Islam identifiés au temps et a l’espace, cette architecture pourrait etre valide, comme elle pourrait etre dépassée par les exigences du présent. Pour autant, elle ne reflète pas nécessairement l’Islam. Evaluée a la lumière de l’architecture Islamique, elle peut meme etre remise en cause lorsqu’elle va a l’encontre de ses principes. Par voie de conséquence, elle est loin d’etre sacrée et donc pourrait faire l’objet de critique (Figure 4).

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Figure 3 : Schématisation du rapport entre l’architecture Islamique et les architectures musulmanes

Cette définition nous permet de prendre le recul nécessaire par rapport a tout patrimoine architectural qui s'oppose aux principes de l'Islam et qui abonde dans la littérature surtout orientaliste. A cette e et, nous pouvons citer la Cour des Lions de L'Alhambra, le Tombeau de Taj Mahal, les statues et sculptures de femmes nues a « khirbat al-maQar », au « Qasr al-hayr », et dans les autres résidences royales Omeyades en Jordanie (Vibert-Guigue C. et Bisheh G. 2007), a titre d'exemple.

Figures 4 (a,b,c et d): Les lions de l'Alhambra, illustrations iraniennes, sculpture d'une femme dans le palace de Hicham en Jordanie, et le sanctuaire Taj Mahal, Agra: un patrimoine musulman controversé.Sources: (a) Smithsonian Journeys, (b) Odile Alleguede (c) Deror avi (d) Howard Davis.

Sources de diversité

Les antécédents anthropologiques des communautés musulmanes ayant connu des civilisations préislamiques sont a la base de la diversité architecturale. L’architecture musulmane des premiers temps de l’Islam employait intensivement le savoir-faire local des communautés fraichement converties a l’Islam ou conquises telles que les Perses, les Turques, les Berbères, les Romains, etc., au profit de la civilisation naissante. De tels antécédents ont été présents dès le début de la formation des arts et des architectures musulmanes (Grabar O. 1973). Le minaret, le patio, l’arc et le mihrab sont autant d’éléments qui ont préexisté avant l’arrivée de l’Islam. Ils ont été adoptés d’une manière consciente pour servir les nouvelles exigences fonctionnelles que dictait la nouvelle religion.

L’autre source de diversité est l’étendue géographique du territoire de l’Islam. En raison de la di érence des conditions climatiques, géographiques et des matériaux de constructions disponibles, des réponses sur-mesure ont été envisagées etdéveloppées soit séparément ou en concertation par chacune de ces communautés. En partant du pays d’origine, de tels éléments ont été témoins de nombreux changements et transformations tout au long de leurs trajets a travers la géographie ou l’histoire. Cela a donné a l’architecture musulmane sa dimension régionale qui doit rester cependant fidèle aux principes universels de l’Islam (Figures 5, 6 &7).

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Figure 5 (a et b): La porte d'entrée de la mosquée Sidi-Boumedienne: une architecture régionale héritée de l'Andalousie. Sources: (a)(b) anonymes.

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Figure 6 : Symbiose entre la dimension universelle de l’architecture Islamique et la dimension régionale des architecturesmusulmanes

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Figure 7 : Schématisation du rapport entre les principes de l’architecture Islamique et les éléments dans les architectures musulmanes

Processus d'evolution

En évoquant la question d’originalité et de sources, une question permanente se pose dans la littérature architecturale musulmane concernant son originalité, vu que plusieurs éléments des architectures préislamiques se sont glissés dans son corpus architectural. Des Orientalistes considèrent ces reuvres d’architecture musulmane comme un simple recyclage de produits des civilisations antérieures.A l’autre extrémité, des chercheurs autochtones s’ acharnent a prouver l’ originalité des éléments en architecture musulmane. L’analyse de l’évolution de ces éléments et des styles nous permet de dépasser cette dichotomie en considérant leur processus d’évolution.

En remontant aux origines des éléments architectoniques et retra^ant leurs processus d’évolution, telles que furent les études de Gottheil (1910) et de Creswell (1926) sur le Minaret, l’histoire s’étale sur plusieurs siècles et de ce fait exige une lecture transhistorique. La théorie des cycles de Civilisation et des lois universelles (Hauschild J.C. 1998) nous permet d’expliquer le processus d’évolution et d’identifier en deux temps distincts.

1. Le temps d’Absorption : Grace a la capacité d’absorption de la Civilisation de l’Islam, plusieurs éléments architecturaux tels que les Minarets, les Iwans, les cours ont été empruntés des autres civilisations. Cependant, de tels éléments ont été adaptés aux exigences islamiques et filtrés d’une manière consciente et raisonnable a la lumière des principes de l’Islam et des besoins de la communauté musulmane. Beaucoup d’autres pratiques et éléments furent écartés.
2. Le temps de Créativité: au cours du temps, la période de ressourcement des autres civilisations a permis la maitrise de ces éléments et leur amélioration consécutive. En appliquant le principe de l’e ort de réflexion, l’ijtihâd (Altwaijri A.O. 2007), une phase de créativité et d’innovation s’est développée graduellement au point d’engendrer des éléments architecturaux entièrement originaux.

L'architecture musulmane au Maghreb

Bien que la datation pour l’architecture musulmane au Maghreb commen^a dès le septième siècle grégorien, et connut plusieurs accumulations, la fin du XIXème siècle est dominée par la présence de deux courants architecturaux majeurs qui sont intimement liés aux circonstanceshistoriques de la Méditerranée. Il s’agit principalement de l’architecture ottomane d’une part et de l’architecture andalouse ou mauresque d’autre part.

L’arrivée des Ottomans au Maghreb et le rattachement au territoire de l’Empire pendant plus de trois siècles (1516-1830) a eu un impact direct sur le domaine de l’urbanisme et de l’architecture. Malgré la présence timide et limitée de la population tuque, formée pour la plupart d’o ciers et de soldats et plus tard de kouloughlis, des traits et des éléments du style du Levant prirent leur chemin vers le Grand Maghreb.

Le deuxième évènement historique qui a marqué le territoire du Maghreb, en l'occurrence, la chute de l'Andalousie a eu pour conséquence le déplacement massif de la population musulmane vers la cote méditerranéenne et les quelques villes nord africaines. Le style andalou, longuement maturé le long de la présence musulmane dans la péninsule ibérique pendant presque huit siècles, a accompagné l'arrivée des populations andalouses, victimes de la « Reconquista », sur les cotes nord africaines.

La cohabitation de ces deux styles, avec les autres précédents locaux dans la région, a donc donné un aspect unique au territoire du Grand Maghreb. Une étude académique approfondie et bien documentée peut aider a décrypter le mode de cette interaction et redéfinir les origines des éléments avant leur interaction.

L'architecture : coloniale, précoloniale et postcoloniale

Toute architecture est un mode d'organisation spatiale qui répond aux besoins fonctionnels des usagers, qui exprime par son style des valeurs artistiques que portent ces usagers et qui reflète les techniques de construction du temps et du lieu. Dans sa forme la plus simple, l'architecture coloniale est donc celle qui remonte dans ses origines au pays conquérant, qui exprime la présence du pouvoir impérial du pays conquérant, et qui a été édifiée principalement pour répondre a la population européenne qui s'est installée outre-mer. Vu qu'elle n'est pas monolithique, elle exprime trois grands moments du temps du colonialisme. Dans ses débuts, elle est dominée par un caractère militaire qui reflète la présence du pouvoir impérial. Elle est ensuite suivie par un caractère civil variant entre le style d'outre-mer ou hybridé en empruntant des éléments de son contexte et se rapprochant du style local. Elle se dit aussi de l'architecture dite moderne qui s'est développée au début du XXème siècle. En e et, malgré son style dit international, annonyant son détachement du contexte d'origine européen, la modernité coloniale maintient toujours son caractère exogène et ses liens intrinsèques avec son lieu de naissance et ses racines.

En exprimant le rapport entre architecture et pouvoir politique, son attachement a la doctrine coloniale, Fassil Demissie (2008) et Kathleen James- Chakraborty (2013) considèrent que l'architecture développée outre-mer par les Empires européens, était mobilisée pour exprimer la grandeur de leurs Empires, controler la population autochtone et préserver ou promouvoir l'identité des colons européens (Demissie F. 2012). Tout comme le navire, la camera, le pistolet et les autres objets matériels, l'architecture et l'urbanisme ont rendu l'empire plus visible et tangible (Dessimie F. p6).

Quant au terme précolonial, il reflète l'ensemble des techniques de construction, les divers modes d'organisation de l'espace et les expressions artistiques qui précèdent le temps de la colonisation et exprime l'architecture autochtone. Cependant, cette di érence n'est pas seulement chronologique, mais elle est multidimensionnelle car elle reflète le contraste, technique, socioculturel et sémiotique, qui marque cette di érence. Les nations colonisées étaient sujet d'études intensives de reconnaissances et d'explorations qui visaient a découvrir et a mieux comprendre les territoires conquis et les peuples devenus sous dominance des empires, d'ou la naissance d'un nouveau champ appelé orientalisme (Said E. 1979). En dépit de leurs aspects scientifiques, ces travaux de reconnaissance sont devenus un support a la doctrine coloniale et a la politique de domination. D'après Oulebsir N. (2004) les arts et les sciences ont été intégrés très tot dans le projet de colonisation. Leurs valeurs académiques sont-elles aussi lourdement a ectées par les préjugés culturels et les convictions de supériorité ?

Par ailleurs, le termepost-colonialisme est une théorie critique qui étudie l'héritage colonial et son e et sur les sociétés contemporaines. Dans notre domaine, Il est souvent utilisé pour exprimer la présence de l'architecture coloniale jusqu'a nos jours et son e et durable. Cette présence, due en partie a la force du besoin et de l'utilité d'une part, et a la permanence du cadre bâti d'autre part, n'échappe pas a la règle d'interaction entre l'usager et son environnement. En e et, le post-colonialisme constitue un nouveau domaine d'études sur les retombées de l'architecture comme cadre exogène hérité sur les sociétés contemporaines, y compris les valeurs esthétiques qu'elle porte, le conditionnement socioculturel qu'elle exige et enfin les réactions réciproques qu'elle génère.

Comparée aux autres pays du Maghreb, et en conséquence a la nature spécifique de la colonisation franyaise a l'Algérie, l'architecture coloniale dans ce pays présente un patrimoine colonial très lourd qui marque profondément l'histoire moderne et qui conditionne le présent de la société algérienne. Une analyse socioculturelle et sémiotique de cette architecture nous ouvre de grands champs d'investigation, inconnus jusqu'a nos jours, sur le rapport entre la forme exogène et la société.

Conclusion

L'architecture du XIXème siècle au Maghreb est un sujet complexe du fait de la richesse de l'époque en exemples et en évènements historiques et de l'étendue géographique du territoire qui s'étend sur les 5 pays formant la région de l'Afrique du Nord. La dimension géographique est présente dans la diversité climatique, les matériaux de construction, l'emplacement, la topographie et la démographie de chaque lieu.

Historiquement, chacun de ces pays avant le colonialisme était soumis a un régime di èrent des autres. En se limitant aux trois pays majeurs, l'Algérie et la Tunisie étaient rattachées a l'Empire ottoman pendant plus de trois siècles, tandis que le Maroc était sous la gouvernance « Alaouite » indépendante. Cet état politique est considéré comme facteur majeur dans la diversité de l’architecture au Maghreb.

Sous la dominance fran^aise, cette hétérogénéité prit une ampleur du fait du mode et de la durée du colonialisme. Alors que l’Algérie connut une colonisation de peuplement et une durée plus longue, les deux autres pays passaient sous une forme de protectorat n’accueillant qu’un nombre limité de colons.

La période coloniale elle-meme n’estpas homogène. Elle comprend plusieurs étapes hétéroclites qui ont aussi des retombées sur l’architecture et l’urbanisme. Elle passe d’un mode militaire â un style civil, puis du style classique qui s’inspire de l’antiquité gréco- romaine au style hybride laissant la place aux expressions locales, et enfin elle se livre au style international qui balaye tous les autres courants. C’est la raison pour laquelle le présent ouvrage se limite au cas d’Alger.

En raison de l’abondance des sources documentaires et la presence des reuvres témoignant de cette période, l’étude de l’architecture au Maghreb au XIXème siècle exige une redéfinition des termes clefs dont l’architecture musulmane, islamique, coloniale, précoloniale et l’architecture post coloniale tels qu’ils sont utilisés dans cet ouvrage.

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CHAPITRE 2

L'ARCHITECTURE ET L'URBANISME AU MAGHREB

Précédents etcontextehistorique

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Le tissu urbain d>Alger avant 1830. Source: Inconnue.

L'ARCHITECTURE ET L'URBANISME AU MAGHREB Précédents et contexte historique

Introduction

L’architecture musulmane au Maghreb peut etre considérée comme une accumulation de sédiments successifs qui reflètent les di érentes époques de l’histoire du territoire Nord-Africain (Tableau 1).

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Table 1 Les dynasties ayant gouverné le Maghreb

Le point de départ de l’histoire de cette région, connue sous le nom de « Ifriqiya », s’attache â l’arrivée des premières générations de musulmans lors des « Futuhates », dont la plupart sont issues de l’Arabie, mais aussi des nouveaux territoires de l’Islam, notamment Al-Sham (la Syrie, Le Liban, La Palestine et la Jordanie), l’Iraq et Misr (l’Egypte).

Plusieurs éléments d’architecture ont été véhiculés par les migrations populaires massives provenant du Machrek, par la centralité politique connue sous le nom de Califat, et enfin les déplacements libres et intensifs entre les populations de ces deux grandes régions du territoire de l’Islam. Divers échanges culturels ont eu lieu depuis les premiers temps de l’arrivée de l’Islam, futuhât, jusqu’aux derniers jours de la présence ottomane.

L’un des repères de cet échange est la Mosquée de Kairouan qui a été con^ue â la manière de la grande Mosquée de Damas et qui est devenue une référence â toutes les Mosquées « d’Ifriqiya » et de l’Andalousie (Creswell KAC. 1989, 315-330)(Figure 1). Son importance ne relève pas seulement de son attachement â la fondation de lapremière ville musulmane en Afrique qui a maintenu son role de capitale régionale pendant la gouvernance des Aghlabides du Nord mais aussi de son statut spirituel et scientifique avant son découronnement par Mahdia, siège des Fatimides, et sa dévastation par les troupes de Banu hilâl (Despois J. 1930, 166- 170)(Brunschvig, R. 1940).

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Figure 1: La typologie de la Mosquée du Kairouan en tant que référence aux mosquées du Maghreb et d’Andalousie. Source: Creative Commons, CC BY-SA 2.0

Successions de dynasties et de styles

Seul un survol de l'histoire générale depuis l'arrivée de l'Islam nous permet de retracer les grandes périodes qui ont marqué l'architecture musulmane au Grand Maghreb. La première période, celle des Omeyyades qui a duré plus d'un siècle, a connu la création de la ville de Kairouan et sa Mosquée. L'envoi des soldats depuis la capitale Damas, ancienne ville romaine, vers les nouveaux territoires conquis y compris la Maghreb aurait conduit a la prolifération de son architecture et modes de construction, et a considérer cette ville du fait de sa centralité politique comme modèle de ressourcement. Cette influence, s'étendit non seulement au Maghreb, mais aussi au nouveau territoire islamisé dans la péninsule ibérique. Plusieurs édifices de l'Andalousie portent en e et les traces de l'architecture Omeyade sous l'influence politique de la nouvelle dynastie du meme nom et de la migration populaire des tribus alliées aux omeyades provenant de Damas.

Malgré que les Abbassides prennent la place pour une période plus longue (750 a 1258), leur rayonnement architectural au Maghreb est beaucoup moins que leurs prédécesseurs. Leur présence dans cette région n'est en e et que symbolique et de courte durée (Gabrieli F. 1970). D'une part, les Aghlabides (800 -909) qui représentent le califat central ne tardent pas â proclamer leur autonomie et souveraineté dans larégion Est du Maghreb (la Tunisie). D’autres parts, les Rustumides qui se révoltent contre le pouvoir de Baghdad, trouvent au Maghreb un territoire libre de tout control, ce qui leur permit d’installer leur propre dynastie Ibadite (776-909) en fondant leur capitale, Tihert (Tiaret). La résurrection des Omeyades en Andalousie constitue un autre aspect de contestation du pouvoir Abbasside au Grand Maghreb. Conjugués avec l’éloignement géographique, ces facteurs expliquent donc la faible influence de la nouvelle capitale Baghdad, la ville des mille et une nuits, fortement imprégnée dans l’architecture Sassanide, sur le Maghreb.

La dynastie des Fatimides fondée sur le rite Shiite Ismaélite est un autre sédiment culturel et précédent en architecture au Maghreb. Leur rite Ismaélite, rival du sunnisme, et leur provenance de l’Arabie et leur installation au Maghreb puis en Egypte représentent un autre parcours historique de l’architecture et de l’art de bâtir dans cette région. En créant d’abord Mehdia comme lieu de refuge, Dar al Hijra, (Allaoua A. 2016) sur la cote Est de la Tunisie, puis en dépla^ant leur pouvoir au Caire, capitale rivale â Baghdad, â l’aide des tribus arabo-berbères, l’étude des précédents en architecture et des styles s’enrichit davantage. En contrepartie â la tendance de détachement et d’autonomie de l’Occident musulman de l’Orient et du Califat central, une influence réciproque aurait permis le déplacement des éléments et des typologies d’architecture d’origine maghrébine vers l’Orient.

A partir du IXème siècle, le Maghreb connut une union relative sous les Almoravides (1042-1147) puis les Almohades (1130­1269). Fortement influencées par les origines des deux dynasties, le désert africain, et leurs tendances théologiques vers la pureté de la foi, l’unité de la Nation musulmane et le jihâd, l’architecture des Almoravides puis celle des Almohades se caractérisent dans leurs débuts par leur simplicité frappante et leur rigidité géométrique. Cependant, la présence des précédents typologiques et stylistiques hérités des autres dynasties, notamment de l’Andalousie empeche toute possibilité de simplification d’approche historiographique et d’histoire critique de la contribution de ces deux dynasties dans l’architecture au Maghreb et en Andalousie (Perez M.C.1992).

Le Grand Maghreb s’est encore subdivisé en trois petits royaumes qui ont vécu des périodes de rivalité et d’instabilité (Brunschvig, R. 1940). Trois grandes dynasties qui reflètent plus ou moins les Etats actuels du Grand Maghreb surgissent. Il s’agit des Hafsides (1228-1574) ou l’actuelle Tunisie, des Zianides (1235 â 1556) ou l’Algérie (de Tlemcen â Bejaia) et des Mérinides 1196-1549 dans le Maroc actuel (Figures 2, 3 et 4). Leurs architectures se voient très entremelées du fait du cumul des précédents qui s’étendent sur les sept siècles de la présence de l’Islam et de l’oscillation des bordures administratives et socioculturelles entre ces Etats. Et si l’architecture majeure des palais et monuments se voyait alimentée parles concurrences et rivalités politiques d'ou sa diversité, l'architecture mineure et domestique des maisons ordinaires et la vie quotidienne aurait sans doute connu une homogénéité typologique et une évolution douce dans le temps, ce qui explique la ressemblance dans les tissus urbains et de la typologie entre les villes du Maghreb.

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Figures 2 (a et b) : Architecture Hafside-Tunis, Mederssa Bachia, Tunis et minaret dans la Casbah de Tunis. Sources: (a) Zaher Kemmoun, (b) Inconnue.

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Figures 3 (a et b): Architecture Mérinide: la Médersa Bou «’Inânia », Fez. Vue interne et plan.

Sources: (a) Bj0rn Christian T0rrissen (2011). (b) Inconnue.

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Figures 4 (a et b): Architecture Zianide: la mosquée, Jamâa Al-K’bir, d’Alger et son minaret. Sources: Ludovic Courtès (2008).

Ces agitations politiques, conflits et concurrences ne veulent guère exprimer un cantonnement régional et des autarcies culturelles de ces dynasties. Des échanges commerciaux et intellectuels, des déplacements populaires, grâce au Hajj et â l’absence de contraintes géographiques majeures, auraient conduit â des influences collatérales entre dynasties et entre le Moyen Orient et le Maghreb en matière d’architecture et d’édification de villes.

La presence andalouse-mauresque

La chute de l’Andalousie musulmane est un évènement majeur dans l’histoire urbaine de l’occident musulman et dans la région du Grand Maghreb (Vincent B. 1970, Ben-Hamouche M. 1995). Ses répercutions profondes sur le développement du Grand Maghreb se voit â travers la naissance de nouvelles villes et l’extension des villes existantes, de transfert de technologie de construction, de métiers et de styles. C’est donc l’étape de l’avènement de l’architecture mauresque au Maghreb (Figure 5).

En fait, la cote de l’Afrique du Nord connut une migration massive de la population andalouse, son passage vers toutes les villes de l’intérieur telles que Médéa, et surtout son installation dans les villes cotières atlantiques et méditerranéennes telles que Agadir, Rabat, M’Lila, Nador, Oran, Tlemcen, Mostaganem, Ténès, Cherchell, Koléa, Blida, Bejaia et Tunis (Epalza M. 1983, Ben-Hamouche M. 1995).

Toujours dans le domaine de l’urbanisme, une conséquence directe de la présence des émigrés andalous dans le territoire Nord-Africain est la naissance de nouvelles villes telles que Blida et Koléa, la croissance des villes existantes telles que Alger et Tunis, et la résurrection de villes disparues telles que « Cesarea », ou l'actuel Cherchell. Le site stratégique de cette dernière et la disponibilité de matériaux de construction et d'infrastructure, ont sans doute encouragé les émigrés andalous a s'y installer (Ben- Hamouche M. 2004).

Il est important a ce niveau de signaler la di érence lexique entre les deux termes andalous et mauresque qui sont souvent utilisés en architecture d'une manière intermittente. Selon l'étymologie latine, l'appellation mauresque provient du terme Moros en grec et Mauri en latin qui désigne, a l'époque romaine, les Berbères de la Maurétanie de cette époque qui s'étendait sur une partie du Maroc et de l'Algérie (Lambert E. 1948, 349-350). Elle fut ensuite déformée en morisque pour désigner les musulmans chassés d'Espagne ou ceux convertis de force en chrétiens. Quant au terme andalou, il signifie le style d'origine andalouse. En général, les deux termes en architecture sont souvent confondus et pretent a confusion.

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Figure 5 (a,b,c et d): Quelques caractéristiques de l'architecture Mauresque : la présence du patio entouré de la galerie ombragée, les piliers en spirale avec chapiteaux ornementés, la tuile verte ou rouge couvrant le toit, les corniches et les linteaux de fenetres, l’ ornementation et la décoration géométrique et le minaret â base carrée. (a) et (b) l’ Alhambra, (c) Sidi-Abdallah, Casbah, (d) Intérieur d’une maison dans la Casbah. Sources: (a et b) Anonymes, (c) Carte postale, (d) Bibliothèque Nationale d’Alger.

La présence ottomane

Après la chute de l’Andalousie, les Espagnoles ont pourchassé les émigrés andalous sur toute la cote méditerranéenne de peur qu’une nouvelle conquete de la péninsule ibérique ne soit organisée. Come guerre préventive ; des villes cotières telles que Sebta, M’Lila, Oran, Jijel, Bejaia, Collo et Tunis sont colonisées par la flotte espagnole en précaution contre le retour des Maures vers l’Espagne. Des points de controle militaires, tel que le pignon d’Alger, parsemaient les rivages. Leur approvisionnement était assuré par la flotte espagnole et par le biais des redevances imposées aux populations locales de ces villes. C’est ainsi que les résidents des villes musulmanes firent appel aux Ottomans pour faire face â la domination Espagnole.

En dépit de quelques écrits contemporains considérant la présence Ottomane en Algérie comme colonisation, l’histoire de la ville sous la domination des Espagnoles qui dura de 1510 â 1529 fournit des archives décrivant des correspondances adressées par la population locale et les Andalous, au Sultan ottoman Soliman I. Une pétition envoyée par les notables de la ville demandant la protection contre les Espagnoles et le rattachement de la Régence â l’Empire ottoman (Annexe 1).

L’Implantation massive des communautés andalouses le long de la cote méditerranéenne, peut etre donc expliquée par l’espoir du retour vers la péninsule perdue. D’après Devoulx A. (1870), lors de la prise d’Alger, les soldats fran^ais ont constaté qu’un grand nombre d’habitants dans la Casbah gardaient toujours les clefs de leurs maisons en Andalousie.

Développement urbain et gestion ottomane

Les Ottomans arrivent en nouveaux gouverneurs en réponse aux menaces des Espagnoles mais aussi pour l’aide des refugiés andalous étant poussés par des motivations religieuses (Tamimi A. 1976). Ce double facteur a donc conduit â une croissance urbaine sans précédent dans toute la région du Maghreb.

Dans le cas d’Alger, de grands projets sont immédiatement entamés en vue de l’amélioration de la défense contre les Espagnols et la sécurité des villes cotières, ainsi que les conditions de vie des communautés locales et des réfugiés. En plus des équipements d’accompagnement tels que les mosquées, les hammams et les Medersas, les batteries, et les casernes, des enceintes ont été développées sous l’assistance de la nouvelle administration ottomane. Aussi, des services d’utilité publique tels que l’eau potable, la circulation, les égouts et l’assainissement ont été développés grâce au génie Andalous (Ben-Hamouche M. 2009)(Figure 6).

A l’échelle du territoire et en réponse aux circonstances historiques de cette époque, beaucoup de villes algériennes et maghrébines doivent leur naissance et/ou développement aux e orts des Ottomans pour accueillir les masses des émigrés Andalous. Blida et Koléa l'implantation de ces nouvelles communautés constituent ensemble l'exemple de la politique dans la Régence d'Alger (Figure 7). ottomane en aménagement du territoire et

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Figure 6 (a et b) : Etapes de croissance de la ville d'Alger 1516-1830 et état de la ville vers 1830 avant l'intervention franyaise. Sources: (a) Ben-Hamouche M. (2009) p.216. (B) BN Paris (autorisation gracieuse 4008)-Projet de revalorisation de la Casbah d'Alger, Atelier Casbah,1981.

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Figures 7 (a et b) Plan de Koléa et vue aérienne de Blida.Sources: (a) httpswww.xgille.net, (b) Archives de la Wilaya de Blida,1970.

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Figures (a,b et c) plans de Cherchell 1962-1830 et vue aérienne avant l'indépendance. Sources: (a) http://profburp.free.fr/carte/plans/FrameSet.htm (Avec l>aimable autorisation de Bertrand B). (b) encyclopedie-afn.org. (c) Alger-roi.fr

Cherchell est un autre exemple d'aménagement urbain. La ville qui était entièrement ensevelie, revoit le jour a l'arrivée des Andalous, d'abord avant l'arrivée des Ottomans, puis sous leur gouvernance. La disponibilité des matériaux de construction ainsi que les conditions géographiques favorables pour la création de son port ont conduit a la reconstruction graduelle de cette ville (Figure 8).

Quant aux villes existantes telles que Bejaia, Alger, Oran et Tlemcen, elles connurent un essor urbain sans précédent en passant de simples villages, ou petites villes portuaires, a de grandes villes et capitales. Afin de faire face a l'urbanisation accélérée, elles virent l'inauguration de plusieurs équipements publics et infrastructures militaires dans un souci de défense contre la menace de Croisades. En plus de l'approvisionnement en eau et le terrassement de rues, des aménagements urbains sont opérés pour de futures extensions en déplayant leurs murs d'enceinte a leurs limites extremes. Ce fut le cas d'Alger sous la gouvernance de Arab Ahmed Pacha (1572-1574) (Ben-Hamouche M 2009)

Urbanisme et Aménagement du Territoire

La question andalouse dépasse de loin l'échelle urbaine en touchant toute la région Nord-Africaine,etmeme lemondemusulman. Une étude sur le mode d'implantation de communautés andalouses nous permet de dire qu'il s'agit d'un schéma d'aménagement pour l'accueil des réfugiés pendant toute la longue période de leur tragédie entre 1492 et 1611 (Ben-Hamouche M. 2009).

La plaine de la Mitidja, connue par sa fertilité dans la région Nord-africaine, aurait donc joué un grand role dans l'accueil des réfugiés Morisques. Se trouvant près de « Dar Es- Soltane » ou Al-Jazair , la nouvelle capitale régionale du Maghreb Al Awsat, appellation donnée a la région d'Alger au Moyen-âge, cette plaine a connu un peuplement continu qui a donné naissance a plusieurs villes et villages.

En analysant la structure sociale des émigrés andalous et leur mode d'implantation, nous pouvons déduire qu'un glissement entier de villes andalouses s'est fait vers la région Nord-Africaine (Figure 9). En gardant leur homogénéité sociale, les communautés andalouses se déplacent en groupe et s'implantent dans des villes et villages du Grand Maghreb (Ben-Hamouche M. 2009). Ce phénomène social constitue donc le soubassement de l'architecture andalouse dans le Maghreb et ses variétés qui dépendent du lieu de provenance de ces réfugiés, un thème encore vierge qui mérite d'etre approfondi.

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Figure 9: Répartition de la population Andalouse sur les villes du Maghreb. Source: Auteur, en utilisant ARC-GIS 10.1.

L'architecture ottomane

L'architecture ottomane est devenue juste après le rattachement de la région un nouvel ingrédient qui caractérise l'architecture des villes du Maghreb depuis le XVI siècle, notamment en Algérie. A son tour, l'architecture ottomane qui n'avait â l'époque que plus d'un demi-siècle (1450-1530) était dès le début fortement marquée par les racines byzantines. C'est de cette fa?on qu’on peut comprendre le langage architectural et le système constructif qui rappelle clairement l'image d'Istanbul avec ses coupoles et ses minces minarets (Figure 10).

A titre d'exemple, une nouvelle typologie de mosquées consiste â couvrir la salle de prière avec une grande coupole et de libérer ainsi l'espace de prière de la multitude de poteaux que connaissaient les mosquées du Maghreb. C’est grâce â ce système de voutes, de coupoles et d'arcs découlant de la pierre que ces grandes portées ont été réalisées. Se distinguant du minaret â base carrée qui fut introduit par les Omeyades, les Ottomans ont introduit le minaret circulaire. En reprenant la symétrie d’Aya Sofia, les mosquées se caractérisent désormais par la multitude des minarets, souvent en nombre pair (deux, quatre et six minarets). En plus de l’exigence esthétique, la multitude des minarets parait etre le résultat de la taille des mosquées et la nécessité de duplication de l’Appel â la prière, adhân, afin de communiquer l’Appel aux quatre horizons de la ville et aux quartiers lointains.

En raison de leur typologie grandiose, ces mosquées se détachent entièrement de leur contexte en s’imposant aux constructions qui les entourent et â la silhouette de la ville. Leurs facades libres exposées aux vues des quatre cotés et leurs emplacements stratégiques leur permettent d’etre perceptibles de toute part dans la ville.

C’est ce meme système qui se reproduit â travers les marchés couverts dont la Qissaryia d’Alger marché couvert, est un exemple qui reflète manifestement le modèle du Bazar â Istanbul et aux autres villes de l’Empire.

A l’origine, Alger est une ville berbère depuis les temps des Zirides. D’après Ibn Khaldoun, Ziri Bnu Mennad, après son détachement des Fatimides, demanda â son fils Bologhine vers l’année 960 de l’ériger simultanément avec les deux autres villes de la région-centre, Médéa et Miliana afin d’établir leur souveraineté au Maghreb (Devoulx A. 1870, 29). Cependant, la description des voyageurs nous informe qu’avant l’arrivée des Ottomans, Alger n’était qu’un petit village qui s’accrochait â la colline de J’bila. Aucune source ne décrit â cette époque la structure

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Figures 10 (a,b,c et d) :L’architecture de la Casbah et les affluents ottomans. Une rue voutée dans la basse Casbah, fayade et plan de la mosquée Yani, plan de la mosquée Ali Bitchine, Alger. Sources: (b) Romuald Le Peru 2012. de sa population ni sa taille. Ce n'est qu'après la grande migration des Andalous qu'elle se peupla. Si les origines nous renvoient aux Berbères et a une population majoritairement mauresque, la gestion reste le fait des nouveaux maitres. Ses hauts responsables, notamment les Pachas, les Muftis et les Qadis étaient directement nommés par la Sublime Porte. Cependant, la population d'origine turque ne comptait qu'un faible pourcentage dont la plupart fut des o ciers et des soldats.

C'est dans ce contexte géopolitique et social que l'on peut appréhender la raison de la coexistence des styles mauresque, ottoman, et local. L'histoire urbaine de la région et de la ville avant l'arrivée des Ottomans nous apprend aussi que la ville comprenait des résidus des autres couches telles que les Almohades, les Almoravides, les Zianides et les Zirides.

Cet état de fait ne veut guère dire que chaque style correspond â un endroit précis dans la ville. Des bâtiments et meme des rues supportent plusieurs styles â la fois, en raison de cumul, de combinaison et de fusion entre ces di érentes influences. Des constructions de type Ottoman telles que les casernes cötoyaient des habitations de style andalous et des Mosquées Hanafites avaient meme des minarets â base carrée qui exprimaient le style local dont l'origine est omeyyade. C'est le cas de la Mosquée Ali Bitchine, couverte par une grande coupole de style ottoman et dotée d'un minaret carré. Une analyse iconographique des images de la Casbah nous permet de constater cette variété architecturale Ben-Hamouche M. 2008)(Figure 11).

Conclusion

Les précédents en architecture musulmane au Maghreb sont marqués par une succession de plusieurs dynasties et sont de ce fait di cilement distingués. Le point de départ de l'histoire urbaine s'attache â l'arrivée des premières générations de musulmans lors des futuhât et l'établissement de la ville de Kairouan, mais surtout â la

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Figures 11 (a,b,c et d): Mosquée Mezzo-Morto a Bâb-Azzoun, bâtiment la Pecherie, La Casbah vue du port, en bas : et Mosquée Sidi Ramdane. La diversité des styles architecturaux dans la Casbah. Sources: (a) inconnue (b) B.N. d>Alger, (c) Musee National des Beaux-Arts, Alger (d) Lamine B. (2011). période omeyade qui a fortement marqué l'architecture religieuse de la région.

La centralité politique du Califat d'une part et les rivalités entre dynasties d'autre part expliquent paradoxalement la présence, la migration et l'évolution des éléments architectoniques et des typologies. Cependant, le Hajj, les échanges culturels et commerciaux, la circulation libre des personnes dans le vaste territoire de l'Islam en l'absence de toute contrainte géographique majeure et de bordures administratives, auraient sans doute contribué dans l'évolution de l'architecture musulmane.

Du fait de leur rapprochement a notre époque, les styles mauresque et ottoman semblent etre les plus marquants de la région. En fait, l'arrivée en masse de réfugiés andalous etleur établissement dans la région constituent le soubassement socioculturel de la présence du premier style dans les villes surtout cotières. Le rattachement du Maghreb Central a l'Empire ottoman en réponse aux appels de secours contre les Espagnoles constitue l'origine de la présence du deuxième style qui marqua surtout les édifices de grande envergure.

L'architecture musulmane du XIXème siècle au Maghreb doit done etre peryue comme cumul, interaction, transformation et évolution de tous les précédents constituant l'histoire de la région. Souvent, un meme bâtiment pourrait comprendre des éléments de plusieurs origines. La ville d'Alger, présente par excellence l'interaction des deux styles ; andalous et ottoman.

References

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Résumé des informations

Titre
L’architecture et l’urbanisme au Maghreb Au XIX-XX siècle. Cas d’Alger (1800-2000)
Cours
L’histoire d’architecture
Auteur
Année
2018
Pages
240
N° de catalogue
V980546
ISBN (Livre)
9783346568007
Langue
Français
mots-clé
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Citation du texte
Mustapha Ben Hamouche (Auteur), 2018, L’architecture et l’urbanisme au Maghreb Au XIX-XX siècle. Cas d’Alger (1800-2000), Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/980546

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