Le Pour et contre


Hausarbeit, 2000
15 Seiten, Note: 12/15

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Table des matières

1. INTRODUCTION

2. L’ORIGINE DU POUR ET CONTRE

2.1. LE MOTIF

2.2. LES SOURCES

3. LE SUCCES DU POUR ET CONTRE

3.1. FORME ET STYLE

3.1.1. La variété

3.1.2. La transformation de texte - un exemple

3.1.3. Vérité, vraisemblance et imagination

3.2. FONCTION ET BUT DU P OUR ET CONTRE

3.3. LE PUBLIC DU P OUR ET CONTRE

4. L’ANGLETERRE DANS LE POUR ET CONTRE

4.1. PREVOST - CONNAISSEUR DE L’ANGLETERRE?

4.2. LE ROLE EXTRAORDINAIRE DE LONDRES

5. CONCLUSION

1. Introduction

L’oeuvre que nous voulons présenter dans notre analyse est intitulé «le Pour et contre ».

Il s’agit d’un des périodiques les plus lus du dix-huitième siècle. Il a été publié pour la première fois à Paris en 1733 par la maison d’édition de Didot. L’auteur de cet œuvre est Antoine-Francois Prévost, mieux connu sous le nom de «Abbé Prévost». Pour mieux comprendre l’être et la particularité du Pour et contre il faut avoir des connaissances générales sur l’auteur et sa vie.

D’abord, il faut dire que la vie de Prévost restait longtemps mal connue. Antoine- Francois Prévost est né à Hesdin dans l’Artois, le 1er avril 1697. Dès sa jeunesse, il se passionne pour les lectures poétiques et romanesques. En 1720, il entre chez les benectins à Jumièges. A la suite d’une lettre de rupture au supérieur Dom Thibault et de la plainte des bénédictins au Lieutenant de police le 30 octobre 1728, il est menacé de prison en France. C’est pourquoi, il s’enfuit en novembre en Hollande et puis en Angleterre où il cherche un asile et une situation indépendante. Pendant ce séjour en Angleterre, il écrit le Pour et contre. Après que F. Eyles a retiré sa plainte, Prévost est libéré le 29 décembre 1733 et il revient en France l’année suivante. Il obtient l’indult d’apostasie. Prévost meurt à Courteuil le 23 novembre 1763. Par la suite, nous essayons de démontrer la structure du Pour et contre. Prévost nous présentant d’abord douze articles dans lesquels il annonce les divers sujets qu’il veut traiter. On peut résumer ces sujets en trois catégories. Premièrement, les «faits avérés», les «événements», les «accidents», les «phénomènes» ou les «effets» qui appartiennent aux «Monstres de la Nature». Puis les caractères extraordinaires qui appartiennent à la catégorie des «Monstres de la Morale». Finalement les «relations», «aventures», «anecdotes» ou «histoires» divers. Par la suite, il promet aux lecteurs de traiter tous les thèmes de façon neutre, c’est-à- dire d’examiner toujours le coté positif autant que le coté négatif, «sans prendre aucun parti et sans offenser personne». Enfin, il commence la majeure partie, la présentation des faits divers.

Notre analyse se compose des deux parties A et B:

Partie A traite les débuts et les sources de l’oeuvre, examine les raisons de son succès en analysant la forme, la fonction et le public, et analyse enfin la présentation de l’Angleterre dans le Pour et contre.

La partie B s’occupe des notions d’hétérogénéité, d’exemplarité et du rapport complexe entre la vérité et la vraisemblance à l’intérieur des faits présentés dans l’oeuvre et démontre l’application de ces notions dans le fait divers de M. Cantillon.

2. L’origine du Pour et contre

Au début du dix-huitième siècle, un nouveau type de journal est apparu: le journal périodique. A l'époque, ce genre d'écrit a joué un rôle de plus en plus important dans la littérature et dans la société en général.

La naissance du Pour et contre, l’un des nombreux journaux périodiques, a eu lieu à Paris, en 21 juin 1733. Dans ce paragraphe, je me consacre aux questions suivantes: Qu’est-ce qui amène l’auteur Prévost à écrire un journal comme celui-ci? Quelles sont les conditions et les modalités pour éditer un journal à cette époque? Quels sont les sources, les modèles de l’auteur?

2.1. Le motif

Il y a plusieurs raisons qui ont encouragé Prévost à écrire Le Pour et contre. Premièrement, il est impressionné par le succès des périodiques en Angleterre et il s’en sent animé pour établir un journal périodique dans son propre pays. «Ils sont tellement à la mode que le nombre en augmente tous les jours1

De plus, Prévost remarque une préférence pour les petits faits, les anecdotes et les sentiments2. C’est pourquoi, il se propose d’écrire «tout ce qui peut intéresser» ses lecteurs, donc surtout des petits faits. Il est évident qu’il se concède assez de liberté par cette proposition. Cette liberté en ce qui concerne le choix des sujets favorise la variabilité du Pour et contre et permet d’atteindre un large public. Il y a deux éléments principaux pour la fondation de l’ouvrage:

L'idée première du périodique est liée à l'échec du Nouvelliste du Parnasse en mars 1732. Ce journal de l’abbé Desfontaines avait été trop satirique et trop provocateur et on l’avait interdit. Cependant, Prévost était encouragé de prendre la place vacante parce qu’il était convaincu que, même en France, il était possible de traiter presque tous les thèmes «pourvu qu'on ne prenne pas le droit de parler sans respect des puissances[... ]3

Un autre élément important favorisant la fondation de l’ouvrage était le fait qu’à cette époque, Prévost souffrait d’un manque d'argent, parce qu’avant de venir en Angleterre en janvier 1733, il a fait des dettes en Hollande. L'écriture du Pour et contre lui paraît être la meilleure possibilité pour les liquider.

2.2. Les sources

Dans ce chapitre, je veux présenter les sources et les influences de l’auteur Prévost. La détermination des sources du Pour et contre est extraordinairement difficile parce que Prévost préférait s’informer oralement au lieu de se documenter dans les livres: Il savait faire parler les gens qu’il rencontrait, et il reproduisait les anecdotes de la vie quotidienne dans son œuvre.

Il est quand même judicieux d’analyser les divers journaux qui ont influencés Prévost pour atteindre un classement exacte de son périodique.

Selon « Kindlers Literaturlexikon » Le Pour et contre est composé surtout à la manière du Spectator d’Addison4. Par la suite, je veux montrer que cette déclaration est très vague parce qu’on peut apercevoir un grand nombre de sources, qui ont formé le périodique.

Dès le début, Prévost annonçait ses intentions de se servir de nombreux journaux anglais: « Faisant venir régulièrement de Londres toutes les Feuilles périodiques qui sont comprises sous le nom de News Papers, je suis résolu pour enrichir la mienne, d’en tirer tout ce que je pourrai rendre propre à l’usage de la France5.» Et il s'est tenu à sa «promesse». Il n’a pas été seulement influencé par le Spectator d’Addison mais aussi par le Freeholder, le Tatlor, le G entlemen ’ s Magazine, le Craftman et le Bee et par d’autres périodiques qui jouaient un rôle important. Une analyse détaillée du rapport entre tous les modèles anglais et le Pour et contre serait trop étendue pour cette étude. A cause de cela, je me limite à montrer l’influence du Bee, concernant surtout le titre du Pour et contre. Le Bee est paru pour la première fois en février 1733 sous le titre que Prévost presque adoptait: «The Bee: Or, Universal Weekly Pamphlet. Containing An Abridgement of every Thing Material, and all the Essays worth Reading, in the Weekly Papers; The strongest Arguments on each Side of the Question, in all Disputes of a Publick nature, placed in a fair and impartial Light6.» De plus, le lecteur apprend dans les deux premiers numéros de Prévost qu’il a l’intention d’adopter un grand nombre d’articles du Bee presque mot à mot. Mais la censure française et l’orientation croissante vers des sujets politiques ont amené Prévost à écrire son propre journal.

En conclusion, nous pouvons voir que les conditions pour Prévost étaient assez favorables. Les périodiques et surtout les petits faits étaient très demandés à cette époque et Prévost avait un grand nombre de modèles en Angleterre pour s’orienter. Mais cette constatation ne veut pas dénigrer le travail et le succès de l’auteur. - ce qui est le sujet principal du paragraphe suivant.

3. Le succès du Pour et contre

Il y a deux reproches qu’on fait souvent au travail de Prévost dans Le Pour et contre: Premièrement, on le traite de plagiaire infidèle: on prétend qu’il dépend des sources étrangères. Deuxièmement, on l’accuse d’un manque d’originalité. Quand même, le périodique était un des plus lus à son époque. A partir du quatrième numéro, l’auteur a pu annoncer que le Pour et contre paraîtrait à l’avenir chaque lundi et pas seulement tous les quinze jours. Sept ans d’existence (1733-1740), deux- cent-quatre-vingt-seize feuilles, sept mille pages en vingt volumes7 - pourquoi Prévost atteint-il malgré ces graves reproches un tel bilan extraordinaire? Pour être capable de répondre à cette question, il faut analyser trois éléments essentiels assurant le succès du Pour et contre: D’abord la forme et le style, puis la fonction et le but et enfin le public de l’œuvre.

3.1. Forme et style

Ce paragraphe contient une illustration de l’importance de la variété (3.1.1) et une analyse de la manière de la transformation des textes par un exemple (3.1.2). Par la suite, je veux montrer le rapport entre vérité, vraisemblance et imagination (3.1.3) dans Le Pour et contre.

3.1.1. La variét é

«La variété sera toujours un des premiers ornements de ce petit ouvrage8.» - Cette déclaration montre que la variété, la diversité n’est pas qu’un attribut parmi d’autres, mais qu’elle est la qualification décisive qui forme l’être du Pour et contre. On peut dire que c’est surtout la diversité qui donne le charme à l’œuvre. Il y a d’une part la variété des sujets et d’autre part celle des discours. Le Pour et contre informe son lecteur à la fois d’un fait divers et d’un ouvrage de morale, cite une poésie et pratique la critique littéraire, mène une enquête sur la réalité et compulse les livres d’histoire - il raconte et il analyse, il voit et il lit9.

Néanmoins on critiquait de temps en temps le «désordre» de la publication. Mais Prévost n’acceptait pas cette sorte de critique: «Me reprocher qu’elle[sa feuille] manque d’un certain ordre, c’est l’attaquer précisément du côté dont elle peut se défendre.[...]Ce désordre est une méthode et la meilleure à mon gré dans un ouvrage périodique. Il cesserait bientôt de plaire, s’il se faisant voir souvent, il se présentait toujours sous la même face et dans le même ordre10.» Prévost avait conscience des avantages de la variété: Au moyen de la variété il avait la possibilité d’atteindre un large public parce que les numéros du Pour et contre contenaient toujours des sujets pour tous les différents niveaux intellectuels. Un autre avantage de la variété était le fait qu’il pouvait divertir le lecteur sans fatiguer son attention: Grâce à la multiplicité des thèmes il n’était jamais obligé de s'empêtrer dans les détails et il rendait ainsi l’œuvre plus mouvementée.

En résumé, on peut dire que la variété contribue en grande partie au succès du Pour et contre parce qu’elle rend le journal intéressant et accessible à un large public.

3.1.2. La transformation de texte - un exemple

Par la suite, je veux démontrer comment Prévost transforme les textes originaux dans Le Pour et contre. A cette fin, j’ai choisi un exemple typique, l’histoire de Gordon11. C’est l’histoire d’un chirurgien, Monsieur Chovell, qui essaie de sauver la vie d’un voleur qui est condamné à la pendaison: L’introduction d’un tuyau dans la trachée a pour but d’éviter la strangulation à la suite de la pendaison. Avant cela, le chirurgien avait fait avec succès l’expérience sur des chiens. Mais cette fois l’opération échoue à cause du trop grand poids du condamné. L’extraordinaire de cette histoire est que Chovell n’est pas puni bien qu’il ait osé arrêter le cours de la justice parce qu’on a estimé qu’il avait enrichi les arts par sa nouvelle découverte.

Malgré le «désordre» dans Le Pour et contre, on peut constater une structure typique. L’auteur Prévost commence par une observation générale, dans la plupart des cas ce sont des observations concernant l’Angleterre. Ainsi, il commence cette anecdote de la façon suivante: «On n’est plus surpris de voir faire aux Anglais de nouvelles découvertes, parce qu'on y est accoutumé.» Après cette introduction, c’est la transition qui suit dans laquelle il passe de la généralité au cas spécial, c’est-à-dire à l’histoire. « Cependant celle [la découverte] dont j’ai à parler est si étrange, qu’elle les a frappé eux-mêmes d’admiration. Le fait mérite d’être raconté avec quelque détail.» Enfin, il raconte l’anecdote annoncée avec laquelle il donne la preuve pour ses remarques.

L’analyse suivante sert à démontrer la transfiguration par Prévost. Le fait qu’il y ait une source anglaise rend une comparaison entre l’original et la version modifiée possible. Le texte anglais de l’histoire vient du Gentleman ’ s magazine où c’est un fait divers isolé. - Contrairement au Pour et contre où l’anecdote est présentée dans une publication qui s’occupe surtout de l’esprit inventif des Anglais.

Dans le Gentleman ’ s magazine, l’histoire de Gordon apparaît sous une forme très courte: Ce sont surtout les événements les plus élémentaires qui sont rapportés, c'est- à-dire que l’auteur renonce aux détails. Prévost, en revanche, rend sa version plus romanesque, entre autres en présentant Gordon au lecteur et en ajoutant des détails. On peut apercevoir une autre tendance, un autre style qui est typique pour la forme du Pour et contre, la généralisation. - L’auteur rapporte des anecdotes et montre par ces anecdotes un certain état ou une certaine nature de l’Angleterre et des Anglais. Le lecteur a d’abord l’impression qu’il s’agit juste d’un événement raconté et il ne remarque pas tout de suite qu’en fait, l’auteur a une certaine intention, c'est-à-dire qu’il veut illustrer sa propre image, ses observations de l’Angleterre. Dans ce cas-là par exemple, il est évident que la présentation du texte original est dominée par l’admiration pour le génie inventif des Anglais et par les particularités concernant la législation anglaise. - Le fait divers sert ici à illustrer le grand succès de la science en Angleterre.

Je pense qu’on voit assez bien à cet exemple que Prévost n’est pas seulement un traducteur des sources anglaises mais aussi un interprète qui transforme les textes primaires. La transformation ne concerne pas seulement quelques détails mais «l’être» et l’intention des textes originaux. Elle est fondé sur un style très personnel et subjectif qui est aimé par le public. C’est un autre élément important contribuant au succès du Pour et contre.

3.1.3. Vérité, vraisemblance et imagination

L’analyse suivante qui sert à démontrer la cohérence entre vérité, vraisemblance et imagination dans le Pour et contre se fonde d’une part sur les observations que j’ai faites et d’autre part sur celles de Shelly Charles12.

« Le Pour et contre n’est point un ouvrage d’imagination13,» affirme Prévost. Cette déclaration montre qu’il revendique pour son œuvre d’être considéré comme un ouvrage sérieux, qui se base sur des faits, sur la vérité. La vérité n’est pas seulement une qualité parmi d’autres, mais aussi une qualité qui forme l’être du périodique: «Je n’aurais pas donné tant d’étendue à ce récit, si je n’étais persuadé que dans un événement qui n’a rien de fabuleux, la vérité rend chaque circonstance intéressante14.» L’auteur prétend qu’il n’écrit rien dont il n’est pas sûr. («Je n’écris rien que je n’ai devant les yeux15.») Mais, en fait, ce qu’il a en général devant les yeux ce sont des témoignages médiatisés, c'est-à-dire des rumeurs, des comptes rendus oraux, des livres et des journaux. Prévost prend ces sources et les manipule en les considérant comme des documents, des faits. Pourtant, il est conscient du fait qu’il «donne parfois des informations inexactes.» Mais il souligne:« Si je ne suis pas toujours exact sur les faits, je ne perds jamais du moins l’occasion de les vérifier16.» A part la vérification il y a un autre procédé qui est soumis au travail de Prévost, celle de rendre les histoires vraisemblable. En général, lorsque Prévost a une nouvelle anglaise qu’il juge invraisemblable il est obligé de se baser sur le bon sens et la psychologie et se pose les questions suivantes: Comment est-ce que l’histoire pourrait paraître plus vraisemblable? Comment est-ce que les gens réagissent en général dans les situations dans lesquelles ils se trouvent? Les réponses à ces questions déterminent la transformation des textes d’origines pour obtenir un effet de vraisemblance et pour rendre l’histoire plus intéressante.

Mais le moyen le plus convaincant pour la création de la vraisemblance passe par la juxtaposition de textes hétérogènes. Quand Prévost souligne la diversité de sources, pour le lecteur l’histoire obtient un caractère de vérité parce que son analyse se fonde sur des informations différentes et indépendantes.

A mon avis, il est très important pour le lecteur de constater que les faits divers racontés sont vraisemblables, parce que cet effet rend le journal plus intéressant.

3.2. Fonction et but du Pour et contre

Dans ce paragraphe je veut démontrer ce que Prévost avait pour but avec le Pour et contre. De plus, j’essaie de montrer que les fonctions et le but n’étaient pas toujours les mêmes mais qu’ils ont changé.

La fonction qui avait dès le début la priorité sur toutes les autres était le divertissement du public. Prévost souligne qu’il ne revendique pas une sorte de mission sauf la distraction: « A l’égard de ma feuille, je soumets volontiers au jugement que mes lecteurs en peuvent porter. Le seul mérite que je lui souhaite est de leur plaire. C’est un ouvrage d’amusement pour eux et pour moi; et je confesse que ceux qui feraient monter sa valeur au-delà, m’accorderaient plus que je ne leur demande17.» Mais il faut avoir conscience du fait que cette attitude est surtout une expression de prudence de la part de Prévost par rapport aux auteurs qu’il jugeait de manière peu favorable et par rapport au censeurs.

Par la suite je vais montrer que l’œuvre avait beaucoup plus de fonction que seulement celle du divertissement.

Le Pour et contre servait également à faire mieux comprendre l’Angleterre qui était encore inconnue et mystérieuse pour les Français. Prévost voulait animer une comparaison entre la vie et les mœurs de ces deux pays. Mais il ne se considérait pas comme juge mais plutôt comme observateur: «J’aurai occasion de hasarder quelquefois mon sentiment sur les causes de cette différence, mais ce que j’appelle proprement mon but n’est que de la faire apercevoir18.» De plus, il voulait combattre les préjugés de ses lecteurs envers les auteurs anglais. A cette fin, il prenait un choix judicieux d’exemples.

Un autre but de Prévost était la formation du bon goût et la lutte contre le mauvais. «Je m’élève avec zèle contre les abus du bel esprit, et je prends le parti de la vérité et de la droite raison, contre le faux goût et contre l’ignorance19 ». Aux Anglais, il atteste un bon goût («Le bon goût s’est répandu parmi eux à force de faire la guerre à tout ce qui le blesse20 »). A cette époque, cette attitude est nouvelle pour un Français jugeant le goût anglais. Le fait que Prévost songe pour un moment à transformer le Pour et contre en une «Ecole du Goût» donne la preuve pour l’importance du bon goût pour lui.

J’ai fait l’observation que l’attitude de Prévost en ce qui concerne la fonction et le but de son œuvre ont changé. Au début, l’auteur considère son travail comme moyen distrayant ce que confirme par exemple sa déclaration de plus haut21.

Mais il s’aperçoit que la fonction de son journal dépasse ce rôle d’amusement et que la critique est aussi un élément important. «[...] je crois en effet cette indifférence si impossible que c’est une des raisons qui me font mettre la critique au rang des principaux devoirs d ’ un journaliste 22 ». - Cette déclaration prouve que Prévost a remarqué que le lecteur ne veut pas seulement être informé mais il veut aussi être guidé par l’auteur.

Aujourd’hui l’œuvre sert également à comprendre la vie de Prévost. On peut dire que c’est une sorte d’autobiographie. De plus, il contribue à établir les circonstances contemporaines démontrant les changements par rapport aux idées, au goût et au progrès scientifique.

L’analyse de la fonction du Pour et contre a démontré deux choses: Premièrement c’est le fait que le but miré de Prévost a changé au cours des sept années. Deuxièmement, on voit bien que même aujourd’hui, l’œuvre rend service.

3.3. Le public du Pour et contre

Dans le dernier paragraphe (3.2.) j’ai parlé du changement de but de Prévost. Ce changement est lié à une tendance, une évolution pendant cette période: La montée du public «moyen». Prévost a remarqué cette tendance et il a réagi. L’auteur a déclaré qu’il n’écrivait pas seulement pour les «gens de lettres» mais plutôt pour «toutes sortes de personnes23.» C’est-à-dire qu’il s’adressait aussi bien au lettré qu’à un simple curieux. A part de la composition du public de l’œuvre, il y avait aussi un changement par rapport à l’attente du lecteur. Celui demandait maintenant à l’auteur d’être diverti et d’être guidé, en ce qui concerne le goût par exemple.24 Un grand avantage de Prévost était le fait qu’il connaissait son public, parce qu’il tâtait le terrain, surtout en voyageant et en parlant avec les gens, avant de risquer trop d’innovations.

En conclusion, je veux souligner qu’on ne peut pas déterminer un seul élément qui a rendu le succès du Pour et contre possible. C’est plutôt la somme de ces élément. De plus, je pense qu’une chose importante pour le succès était le fait que Prévost s’est toujours adapté aux changements pour modifier son œuvre selon ces tendances.

4. L’Angleterre dans le pour et contre

A partir du dix-huitième siècle, l’intérêt public pour les affaires anglaises augmentait en France. Prévost a essayé d’améliorer les connaissances croissantes des Français par rapport au pays voisin. Mais était-il vraiment qualifié, avait-il le savoir pour donner une idée correcte de l’Angleterre (4.1.)? Le paragraphe suivant (4.2.) contient l’analyse de l’importance de la capitale, Londres, dans le périodique.

4.1. Prévost - connaisseur de l ’ Angleterre?

Pour donner une description détaillée d’un pays il y a deux conditions essentielles. Premièrement, il faut qu’on sache parler la langue du pays. Deuxièmement, il faut avoir fait des connaissances et des expériences sur place. Ainsi, on apprend quelque chose sur les habitants, les mœurs, l’histoires etc. du pays concerné. Prévost a passé plus que trois années en Angleterre. Il a tiré profit de ce séjour pour traiter ses observations dans Le Pour et contre. Il avait une bonne connaissance de la langue anglaise ce qu’il prouve par ses traductions. De plus, son savoir des coutumes, du goût, et en général, de la vie en Angleterre était fondé. Même ses connaissances dans le domaine de la littérature et du théâtre étaient assez bonnes pour donner une idée précise de l’art anglais à ses lecteurs.

Ce qui était nouveau et extraordinaire pour un étranger, c’était le fait qu’il ne s’intéressait pas seulement à Londres mais aussi à la campagne anglaise.

Les descriptions de l’auteur sont déterminées par un optimisme et une sympathie qu’il éprouve tout de suite pour l’Angleterre: «Il n’y a point de pays où l’on trouve tant de droiture , tant d’humanité, des idées si justes d’honneur, de sagesse et de félicite que parmi les Anglais». Ces remarques provoquent assez souvent la critique. On reproche à Prévost d’enjoliver le pays et ses observations par ces tableaux idylliques de l’Angleterre. Mais il faut être conscient qu’une expérience personnelle était décisive: L’ancien bénédictin avait beaucoup souffert d’une contrainte morale et spirituelle en France. C’est pourquoi, il est tout à fait normal qu’il se sentait à l’aise en Angleterre.

4.2. Le rôle extraordinaire de Londres

Même si Prévost était un des rares auteurs français s’intéressant aussi à la province anglaise, la capitale occupait une place spéciale dans le Pour et Contre. La raison de ce rôle important était le fait que la ville de Londres était considérée comme une ville où il y a beaucoup d’événements et caractères extraordinaires. Prévost affirme que Londres est «une source inépuisable d’événements extraordinaires.» Mais les événements sont-ils vraiment «extraordinaires» s’il s’agit d’une source «inépuisable» d’événements extraordinaires? Pourquoi l’auteur souligne-t-il assez souvent l’importance et le caractère extraordinaire de Londres?

«J’ai à Londres deux avantages[...]Londres est une espèce de centre où toutes les nouvelles de l’univers viennent se rendre par les lignes de la navigation[...]. Le second avantage que j’ai pour plaire est de pouvoir donner au sujet de mes feuilles et même à mes réflexions un tour assez neuf, une teinture anglaise[...]qui ne saurait manquer de piquer le goût des Français.»

L’intérêt de Prévost pour Londres et, en général pour l’Angleterre, n’est pas nouveau. Déjà dans les Mémoires et aventures d ’ un hommes de qualit é, l’auteur donne une description de Londres. Il parle de ses cafés, de ses parcs, et de ses spectacles - par les mots du marquis de Renoncourt. Dans le Pour et contre au contraire, ce n’est plus un caractère fictif qui donne une image de la capitale mais c’est l’auteur lui-même. Ce fait rend la description plus authentique. Malgré l’image positive que donne Prévost à ses lecteurs il est intéressant de constater que Prévost prend toujours soin de ne pas vanter Londres aux dépens de Paris et de ses monuments. Il est bien possible que ce procédé montre le souci de l’auteur de ne pas indisposer ses lecteurs français.

Finalement, il faut dire que Prévost a en tout cas contribué à l’amélioration des connaissances des Français envers la civilisation anglaise. Prévost était vraiment un connaisseur de l’Angleterre qui arrivait à donner une idée exacte de ce pays de manière narrative, c’est-à-dire en racontant des faits divers traitant des affaires anglaises intéressantes pour le lecteur.

5. Conclusion

En 1740, le projet du Pour et contre est terminé. Une cause importante pour la fin du périodique était le fait que la politique entre la France et l’Angleterre se rapprochait. La conséquence de ce mouvement était un avantage pour le rapport de ces deux pays et un désavantage pour le Pour et contre: Maintenant, on se connaissait mieux et on s’appréciait. Ce qui favorisait d’abord le succès de l’œuvre devenait une cause élémentaire pour sa fin.

- Et Prévost en était conscient: « Je suis parvenu à la fin du vingtième tome de cet ouvrage, où je me suis toujours proposé de borner ma course[...]. Je n’y blessé personne.»

Pour donner finalement un résumé de notre analyse, on peut constater que le Pour et contre est un œuvre assez compliquée à première vue. A cause de cela, il faut examiner le périodique d’une façon plus exacte afin de reconnaître la vrai valeur et les aspects nouveaux que le Pour et contre a apporté à la tradition littéraire et journalistique de cette époque. Le journal n’a pas perdu sa valeur et son importance jusqu’à aujourd’hui. Le fait qu’il y a un grand nombre d’œuvres traitant ce thème donne la preuve pour de cette validité du Pour et contre même à notre époque.

Indications bibliographiques:

Charles, Shelly, Récit et réflexion: poétique de l’hétérogène dans Le Pour et contre de Prévost (SVEC 298), Oxford 1992.

Havens, George R., The AbbéPrévost and English literature, éd. Edward C. Armstrong (Elliott Monographs 9), New York, 1965.

Hazard, Paul, Etudes Critiques sur Manon Lescaut (The University of Chicago Press), Chicago.

Labriolle, M. R. de, « Le Pour et contre » et son temps (SVEC 34-35), Oxford, 1965.

Mattauch, Hans, Die literarische Kritik der frühen franz. Zeitschriften (1665-1748), éditeur Hans Rheinfelder (Münchener Romanistische Arbeiten 26), München, 1968.

Prévost, Antoine-Francois, le Pour et contre, n° 1-60, éd. Steve Larkin (SVE 309- 310), Oxford, 1993.

Prévost, Antoine-Francois, le Pour et contre, n° 1-60 , Introduction and text, éd. Steve Larkin, Oxford, 1993.

Prévost, Antoine-Francois, le Pour et contre, n° 1-60 , Notes, bibliography and index, éd. Steve Larkin, Oxford, 1993.

Robertson , Mysie E. I., Mémoires et aventures D ’ un homme de qualitéqui s ’ est retirédu monde - séjour en Angleterre,édition critique, (Librairie ancienne honoré champion) Paris, 1934.

Roddier, Henri, L ’ AbbéPrévost - L ’ homme et l ’œ uvre, (Connaissance des Lettres, 44), Paris, 1955.

Sgard, Jean, Œ uvres de Prévost, Commentaires et notes (Presses universitaires de Grenoble).

[...]


1 PC. I, 68

2 PC. V, 100

3 PC. I, 6

4 „Er [Prévost] gestaltete das Wochenblatt vor allem nach dem Vorbild des Spectator von Addison.“

5 PC. I, 12

6 (Comparaison) «Le Pour et contre, ouvrage périodique d’un goût nouveau. Dans lequel on s’explique librement sur tout ce peut intéresser la curiosité du Public, en matière de Sciences, d’art, de Livres, d’Auteurs, etc. Sans prendre aucun parti &offenser personne».

7 Shelly Charles, Récit et réflexion: poétique de l’hétérogène dans Le Pour et contre de Prévost, (SVEC 298), Oxford 1992, p. 3

8 PC. I, 127

9 Sherry Charles, Récit et réflexion: poétique de l’hétérogène dans Le Pour et contre de Prévost, (SVEC 298),- Oxford 1992, p. 23.

10 PC. IV, 123-124

11 PC. I, 154-158

12 Shelly Charles, Récit et réflexion: poétique de l’hétérogène dans Le Pour et contre de Prévost, (SVEC 298), Oxford 1992.

13 PC. IV, 313

14 PC. XIII, 61-62

15 PC. III, 52

16 PC. X, 277

17 Ibid. p. 123-124

18 PC. V, 6 (après avoir exposé son but d’une comparaison de culture: «[...] je me propose de faire remarquer la différence réelle et constante qui se trouve entre les pays de l'Europe où les sciences et les arts sont le mieux cultivez, et surtout entre la France et l’Angleterre»)

19 PC. III, 114

20 PC. I, 35

21 «Le seul mérite que je lui souhaite est de leur plaire. C’est un ouvrage d’amusement pour eux et pour moi; et je confesse que ceux qui feraient monter sa valeur au-delà, m’accorderaient plus que je ne leur demande».

22 PC. VII, 4, remarque a)

23 PC. XVII, 50

24 H. Mattauch, Die literarische Kritik der frühen franz. Zeitschriften (1665-1748), éditeur Hans Rheinfelder ( Münchener Romanistische Arbeiten 26), München 1968, p. 53)

15 von 15 Seiten

Details

Titel
Le Pour et contre
Hochschule
Universität des Saarlandes
Veranstaltung
Journalisme et societe au XVIIIe siecle
Note
12/15
Autor
Jahr
2000
Seiten
15
Katalognummer
V98981
Dateigröße
649 KB
Sprache
Deutsch
Schlagworte
Pour, Journalisme, XVIIIe
Arbeit zitieren
Matthias Wandel (Autor), 2000, Le Pour et contre, München, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/98981

Kommentare

  • Gast am 27.3.2001

    Kommentar.

    Etwas zu lang, jedoch interessant

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