Les représentations de la folie féminine dans la littérature française du XXème et du XXIème siècle. Travail de Mémoire 2020


Mémoire (de fin d'études), 2020

61 Pages, Note: 1.3


Extrait

Inhaltsverzeichnis

1 La folie au fÉminin

2 Le bal des folles: un systÈme arbitraire dans l’œuvre de Victoria Mas
2.1 Le bal des illusions
2.2 L’asile, entre refuge et emprisonnement
2.3 Le patriarcat au XIXe siÈcle
2.4 La littÉrature en tant que remÈde

3 A la recherche du bonheur dans Le Ravissement de Lol V.Stein de Marguerite Duras
3.1 Femme fascinante ou objet d’Étude
3.2 DerriÈre l’apparence d’une femme ordinaire
3.3 Le bonheur rÉside dans la dÉraison
3.4 La folie d’Écrire

4 Suzy Storck, une maternitÉ par obligation dans l’œuvre de Magali Mougel
4.1 L’engrenage du quotidien
4.2 MÈre à tout prix
4.3 «MÉdÉe contemporaine»
4.4 L’exposition de la vie privÉe

5 CONCLUSION

6 BIBLIOGRAPHIE

La folie au féminin

D’après Michel Foucault, « Il n’y a pas de sociétés sans folie ; pas de culture qui ne fasse, dans ses marges, place à des gens qu’on appelle, en somme, des fous. »1. Cette citation nous introduit à deux notions clés associées au thème de la folie : la société et la marge. La folie serait une conception fondamentalement liée à la société, puisque c’est elle qui décide de l’entrée d’un individu dans ses marges sociales, c’est-à-dire d’étiqueter une personne comme étant déviante. Il s’agirait en poursuivant avec la pensée de Foucault d’un « […] principe de classement et d’organisation […] entre deux régions de l’existence : la raison et la déraison. »2. On notera que la « raison » est une notion toute aussi abstraite que la folie, puisqu’elle dépend aussi de la société dans laquelle nous nous trouvons ; par exemple si le cannibalisme est encouragé dans une culture, il peut être synonyme de folie, de déraison, dans une autre civilisation qui l’interdit.

La folie serait donc un outil social permettant d’organiser une communauté en écartant les individus qui ne correspondent pas aux normes établies de ceux qui le font. La polysémie de la notion découle donc du fait qu’elle est abordée différemment selon les communautés, les époques et les normes qui y sont établies. Ce qui nous intéresse cependant, c’est de comprendre pourquoi la femme a été plus souvent montrée du doigt comme étant « folle » que l’homme en Europe occidentale. Aujourd’hui encore, il suffit de taper « bitches are crazy » en anglais, qui insinue que « les femmes légères sont folles » dans la barre de recherches du réseau social « Twitter » pour se retrouver en face d’une déferlante de tweets expliquant pourquoi les femmes en général sont folles. Outre le fait qu’on associe la femme à une « fille facile », on fait circuler l’idée que chacune possède des troubles mentaux. Ne serait-ce donc pas par pur hasard que le mot « folie » soit un substantif « féminin » ? La vision que l’on a de celle-ci et qui la lie souvent à la femme découle de tout un acheminement historique ; nous nous contenterons d’évoquer brièvement à titre d’exemples : la chasse aux sorcières et la notion d’hystérie.

Si la chasse aux sorciers visait les deux genres, hommes et femmes, nous nous souvenons surtout des « vilaines sorcières » plutôt que des sorciers. Il s’agit d’une image qui reste ancrée dans l’imaginaire populaire ; lors des bals costumés, les petites filles peuvent se déguiser en sorcières, alors que l’équivalent masculin est plutôt le déguisement du magicien. Dès lors on note un déséquilibre, puisque la sorcière est souvent connotée péjorativement, décrite comme « vilaine », laide physiquement et moralement, alors que le magicien est admiré et élégant. Il est aussi intéressant de noter, comme le fait Christine Planté dans la préface de Sorcières et Sorcelleries3, qu’au sein de la littérature pour enfant, on retrouve cette inégalité entre nombre de sorciers et nombre de sorcières en se rendant compte de la quantité d’ouvrages écrits sur la version féminine. À titre d’exemple on peut aussi citer des œuvres récentes comme Cornebidouille, écrite par Pierre Bertrand et publiée en 2003 où l’on retrouve une sorcière qui était « laide, elle ne sentait pas bon, elle avait du poil au menton »4, ou le récit Ah! Les bonnes soupes de Claude Boujon publié en 1994 qui raconte le rêve de devenir belle d’une sorcière qui échoue. De nos jours, la série télévisée américaine développée par Roberto Aguirre-Sacasa sur Les Nouvelles Aventures de Sabrina, qui est diffusée internationalement sur le service «Netflix» est un exemple parmi d’autres pour montrer comment l’image de la sorcière au nez crochu et vilaine d’apparence a été remplacée par celle de « jolies » femmes, en l’occurrence une jeune fille blonde qui ne montre aucun stigmate visible. Quelques artistes ont beau modifier certains aspects stigmatisants de la représentation de la sorcière, il ne faut tout de même pas oublier qu’elle reste une création de l’homme puisqu’elle se base sur des faits historiques pouvant être comparés à un véritable «génocide» qui a touché surtout les femmes jugées majoritairement par le sexe opposé: juristes ou médecins, parfois sur de simples suppositions.

Remontons donc dans le temps et concentrons-nous à présent sur la chasse aux sorcières qui débute vers la fin du Moyen Âge pour perdurer jusqu’au XVIIe siècle. Une enquête a démontré que 80% des condamnés à mort lors de grands procès en Europe étaient des femmes5. Si l’on s’appuie sur les causes de ces condamnations, on remarque comme le fait Christine Planté, que souvent il s’agissait de crimes en lien avec la reproduction, la faculté de donner naissance ou d’ôter la vie ou la sexualité ; « naturellement » il s’agit selon la société de ce temps et encore aujourd’hui de pratiques qui font surtout partie du domaine de la femme. L’importance de la manière dont une société est organisée refait donc ici surface, puisqu’elle régit les appréhensions que l’on a sur les différents sexes. Aussi, on se fondait beaucoup sur les discours des démonologues qui revendiquaient un lien entre le Diable et la femme ou celui de médecins qui accusaient leur faiblesse physique et mentale. Il est important de clarifier que tous ces préjugés sont issus d’hommes qui ont su faire circuler leurs idées sans grands fondements, puisque la femme reste longtemps un sujet mystérieux qu’ils ont tenté de déchiffrer par différentes suppositions. Il ne s’agit pas de nier les progrès acquis grâce à ces médecins, mais de dénoncer le fait que leurs paroles aient été trop souvent glorifiées sans être remises en question, entraînant de véritables crimes contre l’humanité trop souvent passé sous silence.

En 1878, Ernest Charles Lasègue affirmait: « La définition de l’hystérie n’a jamais été donnée et ne le sera jamais. Les symptômes ne sont ni assez constants ni assez conformes, ni assez égaux en durée et en intensité pour qu’un type même descriptif puisse comprendre toutes les variétés »6. Cette citation est connue et beaucoup reprise lorsqu’il est question de définir cette maladie. Elle en dit long sur la difficulté qu’ont eu les médecins pour la classer dans une catégorie spécifique. Désormais, lorsqu’on entend le mot « hystérie », on pense à Freud ou à Charcot qui ont beaucoup travaillé sur le sujet et dont certaines patientes sont devenues célèbres telles que Dora pour le premier ou Augustine en ce qui concerne le second. Néanmoins, cette catégorie médicale est l’une des plus anciennes à avoir existé comme l’explique l’historienne Aude Fauvel dans une émission pour « France Culture ». On pensait, comme indiqué dans l’étymologie du mot, que la source de cette pathologie venait de l’utérus et était donc exclusivement une maladie de femmes liée au dysfonctionnement de cet organe. Ce n’est qu’après les avancées de Charcot dans le domaine, à partir des années 1880, que les points de vue vont changer et que l’on va s’apercevoir que des hommes peuvent aussi la contracter puisqu’il s’avère qu’elle se situerait au niveau du cerveau et des nerfs. On garde à cette époque cependant encore l’idée que la femme est plus susceptible de souffrir de cette pathologie car, comme le rapporte Aude Fauvel, on croyait toujours qu’« elles [étaient] censées être un petit peu inférieures, avoir un organe cérébrale moins efficace »7. Lorsque Charcot insinue que les hommes aussi en sont touchés, on fait allusion à des hommes efféminés ou faibles. C’est après s’être aperçu que des soldats de la première guerre mondiale présentaient des signes d’hystérie que l’on a cessé de poursuivre ces idées, puisqu’on ne pouvait pas étiqueter ces militaires comme étant « féminins ». Dès lors est intervenu l’idée de la cause d’un post-traumatisme comme facteur déclencheur. De nos jours on associe les symptômes de l’hystérie à des pathologies comme la mégalomanie ou comme des effets issus de traumas psychiques.

Bien que nous n’ayons que frôlé de manière restreinte ces deux sujets qui sont toujours source de débats à l’heure actuelle, on en retiendra que dans les deux cas, lors des procès contre les sorcières ou lors des premiers diagnostics de l’hystérie, l’idée qui prime et qui remonte à l’antiquité est celle selon laquelle la femme est biologiquement et mentalement inférieure à l’homme et donc plus sujette à des épisodes de « mélancolie »: terme qui désignait déjà les épisodes de névroses au Moyen Âge que l’on appellera hystérie plus tard. Cette altérité entre homme et femme a depuis toujours fasciné les artistes ; on peut citer des personnages légendaires comme l’Electre d’Euripide qui par ses plaintes et lamentations à répétition démontrait l’excès de passions qui découlait de la femme ou encore la Mélusine de Jean d’Arras en 1393 qui était un personnage féminin incarnant la représentation de la femme mystérieuse dont les secrets attisent la curiosité de l’homme et l’horripilent en même temps.

Dans quelle mesure la représentation de la folie féminine dans la littérature contemporaine peut-elle remettre en question les préjugés à l’égard de la place de la femme ?

Nous allons nous pencher sur cette question en nous référant à trois œuvres contemporaines : Le bal des folles de Victoria Mas, Le Ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras et Suzy Storck de Magali Mougel selon une chronologie qui suit le temps de l’histoire narrée. Celles-ci nous exposeront à trois formes de folies différentes, notamment l’hystérie, la dépersonnalisation et la dépression post-partum. L’objectif ciblé de cette analyse est de pouvoir trouver un fil conducteur commun entre ces œuvres, qui servira à justifier une représentation de la folie perçue comme un régulateur social.

Pour appréhender cette problématique, nous devrons établir des rapprochements entre littérature, sociologie et langage. Ainsi nous nous baserons surtout sur des conférences données par Michel Foucault, et des théories sociologiques d’Erving Goffman en rapport avec la stigmatisation, la folie et l’interaction sociale.

Même si les auteures de ces œuvres n’indiquent pas forcément adopter une vision féministe dans leurs travaux, il nous faudra admettre la présence de certaines idées qui semblent appeler à une volonté globale d’émancipation de la femme. De ce fait, je me référerai entre autres à une thèse écrite par Morag Fallows qui a pour sujet: Women and Madness : an exploration of why women are commonly labelled as mad. L’étudiante graduée en Sociology and Social Policy y développe de façon ciblée la problématique de la sur-représentation de la femme dans le domaine de la folie.

Enfin, pour revenir à l’aspect littéraire de l’analyse, le choix d’un corpus primaire basé sur le genre de la fiction est volontaire afin de mettre en avant sa capacité de persuasion et d’évasion. Nous verrons, à travers les «mondes possibles» évoqués par Nelson Goodman et les caractéristiques de la fiction établies par Jean Marie-Schaeffer, que la fiction peut être un labyrinthe où l’on se perd ou dans lequel on se découvre.

Il s’agira donc de considérer la fiction outre son aspect de divertissement comme un outil de compréhension capable d’ouvrir les portes de mondes inconnus au lecteur et de faire naître en lui un intérêt pour des débats qui restent encore actuels.

1 Le bal des folles: un système arbitraire dans l’œuvre de Victoria Mas

C’est après avoir visité les locaux de la Salpêtrière que Victoria Mas commence à s’intéresser à son histoire et aux évènements qui s’y sont déroulés dans le passé. Elle est tout de suite interpellée par le phénomène du « le bal des folles ». Il s’agit d’un évènement annuel qui se tient au sein de l’hôpital au XIXème siècle ; on organise un bal dans la salle de l’hospice et « le tout-Paris venait voir ces femmes, donc une fois par an comme une sorte de zoo humain, de divertissement un peu incongru et un peu gênant »8 dit-elle. Charcot lui-même, qui est aussi illustré comme personnage de fiction dans le roman, avance que selon lui ces soirées relèvent de l’exhibition et préfère ne pas y participer.

Le bal marque l’apogée du récit, le lecteur se met à tourner les pages avec hâte pour pouvoir lui-même découvrir les secrets que cachent cet évènement dont l’appellation attise la curiosité. Ce roman de fiction se réfère donc à des évènements réels et l’écart temporel qu’il y a entre le temps des faits et celui de l’écriture est d’autant plus intéressantque l’auteure du XXIe siècle les rapporte avec une vision contemporaine. On y découvre le quotidien de femmes aliénées traitées pour hystérie qu’on appelle «les filles de Charcot» sous une nouvelle dimension.

Il s’agira dans cette partie de déceler la dénonciation faite d’une société et d’une psychanalyse patriarcales à travers les diagnostics, les jugements et les enfermements arbitraires. Enfin, l’auteure, à travers une mise en abyme de la littérature accentue la fonction libératrice de la lecture et de l’écriture et lance un appel à la tolérance.

1.1 Le bal des illusions

Nous sommes au XIXème siècle, « le siècle de la dansomanie »9 selon Jean-Claude Yon. Le bal est une fête à la mode à cette époque et fait partie des loisirs de la société. Il est cependant inutile de dire que « le bal des folles » se distingue de ces autres fêtes, non pas par les évènements qui s’y déroulent, car nous verrons que les appréhensions sont vite remises en question, mais par l’intention qui pousse les invités à s’y rendre. Il ne s’agit pas de préparer des alliances matrimoniales, mais d’observer des femmes que l’on n’a pas l’opportunité de rencontrer en ville : les «folles» de la Salpêtrière. Dès que les invités arrivent, un contraste se crée entre eux et le monde de l’hôpital : « les silhouettes des couples sont apprêtées »10 et ne s’accordent pas « à la décoration modeste »11. Ils cherchent du « champagne, sans en trouver »12 et doivent « se contenter, au mieux, de sirop d’orgeat »13. Le champagne, symbole d’une classe sociale aisée, s’oppose au sirop d’orgeat que l’on servait à cette époque surtout aux jeunes gens et aux femmes. On est face à un choc entre deux univers, la rencontre des internées avec la société qui les a exclues.

[…] ce bal vaut toutes les pièces de théâtre, toutes les soirées mondaines auxquelles ils assistent habituellement. Le temps d’un soir, la Salpêtrière fait se rejoindre deux mondes, deux classes, qui sans ce prétexte, n’auraient jamais de raison, ni d’envie, de s’approcher.14

Ce passage évoque le parallèle qui peut être perçu entre le bal et une pièce de théâtre. Cette ressemblance est d’ailleurs d’autant présente que les aliénées sont toutes déguisées alors que les invités sont comme nous l’avons mentionné: « apprêtés »15. La femme malade devient l’équivalent de la comédienne qui se met en scène devant un public; formé ici par les convives. Il y a toute une isotopie du regard qui prouve cet argument dans le récit. N’oublions pas que le mot « spectacle » est étymologiquement lié au latin spectaculum qui vient de spectare et veut dire « voir ». Lorsque les invités parlent entre eux avant le commencement du bal, par exemple, ils utilisent beaucoup de verbes de perception : « Croyez-vous que l’on puisse les regarder dans les yeux ? »16 ; « Je serais curieuse de voir à quoi ces fameuses crises d’hystérie ressemblent »17 ; « J’en ai vu des absolument repoussantes »18. Le décor de la scène est donc planté, et cette métaphore nous fait penser à la fonction du fou au XVIe siècle. Michel Foucault évoque le fait qu’en ce siècle, le fou « est celui qui se prend pour un autre »19, en expliquant que « ces épisodes de folie se combinent à des péripéties où il est question de déguisements […] Mais tout ce jeu extrêmement complexe n’aboutit qu’à un résultat : faire surgir la vérité plus profonde et plus cachée […] La folie fait voir l’invisible. »20 On suit donc ici une tradition carnavalesque, puisque cette fête était qualifiée au moyen âge de «fête des fous»21. L’invisible qui est révélé au fil des pages, est celui des vices des convives, représentant une société aisée, qui n’arrive pas à réfréner son excitation. Les aliénées cependant, bien qu’elles soient toutes déguisées et qu’on attend d’elles qu’elles jouent leur « rôle » de folles par n’importe quel geste déplacé, vont interpeller les invités par la normalité de leurs comportements. On peut citer: « […]les filles de Charcot partagent une aisance et une normalité qui étonnent. On imaginait aussi des costumes grotesques et des airs de bouffonnes, et l’on se surprend de cette prestance digne de comédiennes de théâtre.»22 Le topos de la fête costumée est donc détourné, on ne retrouve plus le «grotesque» attendu du personnage du fou comme inscrit dans l’imaginaire médiéval. Néanmoins, l’auteure compare dans cette phrase leur prestance à celle de «comédiennes de théâtre» et en continuant cette métaphore filée, on est amenés à se demander dans quel sens les protagonistes sont en train de se représenter. Une interprétation peut être faite à partir d’une théorie d’Erving Goffman sur la métaphore théâtrale dans les interactions quotidiennes. Les « acteurs stigmatisés »23, qui sont dès le départ discrédités lors des interactions avec des individus « normaux », vont tenter de donner « une contre-définition de leur identité (comme personne pleinement humaine) »24. Les impressions que l’on donne à autrui sont, selon le sociologue, plus importantes que la « réalité », puisqu’« en tant qu’acteurs, les individus cherchent (constamment) à entretenir l’impression selon laquelle ils vivent conformément aux nombreuses normes qui servent à les évaluer. »25. Le rôle d’«acteurs stigmatisés» peut être appliqué aux «filles de Charcot», puisqu’elles sont stigmatisées dès le départ comme étant malades mais aussi la propriété du médecin; d’où le complément du nom «de Charcot». On ne les définit pas en tant que personne à part entière, mais comme objet syntaxiquement et littéralement. Si l’on suit la théorie de Goffman, parfois ce groupe d’individus tente de donner une «contre-définition» de leur identité et c’est ce qui s’opère ici, puisqu’une partie des préjugés sur leurs comportements vont être désactivés. Ensuite vient cette conclusion du narrateur: Ces filles-là viennent de tous les secteurs confondus, elles sont hystériques, épileptiques et nerveuses, jeunes et moins jeunes, toutes charismatiques, comme si autre chose que la maladie et les murs de l’hôpital les distinguait- une manière d’être et de se placer dans le monde.26

L’expression: «une manière d’être et de se placer dans le monde» fait écho à «une manière de se situer dans le réel» utilisée dans la définition qu’Anouk Cape donne de la folie: «La folie est le lieu aussi d’une contestation, d’une remise en question, en tout cas d’une manière de se situer dans le réel qui n’est pas compatible avec un certain fonctionnement social, qui le remet en question d’office.»27

On valorise donc leur différence qui s’accompagne de «charisme» et de «grâce»28 en annulant l’image péjorative que l’on avait de la folie. Les invités adoptent les facettes négatives de la folie, puisqu’ils «se relâchent et gloussent, s’esclaffent et crient lorsqu’ils effleurent la manche d’une folle, et si l’on venait à entrer dans cette salle de bal sans connaître le contexte, on prendrait pour fous et excentriques tous ceux qui, ce soir, ne sont pas censés l’être.»29. Leur indécence montre qu’ils oublient leur moralité jusqu’à en perdre la raison.

La façon dont ils rient rejoint l’idée Erasme dans l’ Eloge de la folie: « c’est souvent le plus fou qui rit plus fort du moins fou»30.

Si ce bal est une façon pour certaines aliénées de goûter à nouveau aux goûts de la liberté et d’être en contact avec la «normalité», d’autres préfèrent ne pas faire cette expérience, d’où l’ambiguïté, qu’il nous faut aborder à présent, entre refuge et emprisonnement.

1.2 L’asile, entre refuge et emprisonnement

L’hôpital de la Salpêtrière est passé par différentes phases de métamorphoses au cours des années qui ont suivi sa construction. Ancien lieu d’enfermement créé en 1656, il devient un hôpital au XVIIIe siècle après la Révolution. On se souvient donc qu’il a été une prison pour femmes aliénées, mais aussi pour criminelles avant que soient construites les «Loges aux folles»31 entre 1786 et 1789 où l’on isole exclusivement les premières patientes pour les étudier. Le passé de ces murs hante donc toujours les lieux au XIXe siècle puisque ces changements sont alors encore récents. Le cadre du roman se base sur cette notion d’enfermement qui peut prendre plusieurs facettes. Sur une question posée lors d’un entretien en ce qui concerne la folie comme régulateur social, Anouck Cape répond que le fait d’enfermer les femmes servait en l’occurrence à pouvoir mieux les contrôler. Comment peut-on donc expliquer alors le fait que certaines aliénées se sentent mieux à l’intérieur de ces murs qu’à l’extérieur? Dans son roman, Victoria Mas joue à plusieurs reprises sur cette ambigüité; un des épisodes marquants est la tentative de suicide d’une aliénée prénommée Thérèse. Dès le départ ce personnage apparaît différent des autres internées, puisqu’elle est enfermée depuis vingt ans et est représentée comme étant la «mère de cœur pour les aliénées»32. Le fait qu’elle y ait passé autant de temps l’a rapprochée de l’infirmière, protagoniste, Geneviève.

Elle est la seule qui semble être satisfaite de sa place au sein de l’hôpital; elle passe son temps à tricoter, activité relaxante en contraste avec les lamentations et les crises d’hystérie qu’elle côtoie dans son quotidien. Lorsqu’on décide de la libérer, Thérèse s’entaille le poignet avec une paire de ciseaux. Cette ancienne prostituée préfère mourir que de retourner dans Paris. Les pensées qui défilent dans sa tête avant de passer à l’acte sont rapportés de manière indirecte:

La perspective de sortir et de retrouver Paris, ses rues, ses parfums, de traverser la Seine dans laquelle elle avait poussé son amant, de marcher à côté d’autres hommes dont elle ne connaît pas les intentions, de fouler ces trottoirs qu’elle connaissait trop l’envahit d’une épouvante incontrôlable.33

Cette image est représentative du phénomène de la prostitution qui prend une grande ampleur au XIXe siècle dans Paris. Lorsqu’une femme doit vivre de la prostitution pour subvenir à ses besoins, elle préfère être enfermée à la Pitié-Salpêtrière que de devoir faire les trottoirs. Les violences qu’elle a subies de la part des hommes sont aussi une cause de sa volonté de rester à l’hôpital. La tension entre «l’univers domestique»34 et «l’univers de l’institution»35 est dans ce cas assez paradoxale. Thérèse suit le modèle de l’«installation»36: «c’est par référence au monde extérieur que l’on apprécie la vie à l’intérieur, ce qui réduit l’habituelle tension entre ces deux mondes et stérilise le dynamisme émotionnel construit sur le sentiment de cette contradiction qui caractérise habituellement ces institutions.»37 Elle clame : «Tu vois, j’me suis jamais sentie aussi tranquille qu’entourée de folles. […] Ici je suis protégée. On est entre femmes.»38 Les traumatismes qu’elle a subi à cause de la violence subis par les hommes sont tels que le monde extérieur est plutôt synonyme d’enfer; il l’«épouvante»39, par rapport à sa vie à l’intérieur de l’institution où elle ne côtoie que le sexe féminin qui ne lui a jamais fait mal de cette sorte. Cela met en relief l’idée que la «folie» puisse être le résultat de traumatismes subis au sein de la société: Thérèse a été blessée par son père, elle s’est retrouvée boiteuse et s’est prostituée pour son amant qui la battait lorsqu’elle ne ramenait pas d’argent. Néanmoins il ne faut pas se limiter aux traumatismes physiques puisqu’elle finit par tuer son amant an le poussant dans la Seine et admet: « C’est pas ses coups qui m’ont abîmée: c’est qu’il ait cessé de m’aimer pour une autre. »40 On met donc aussi l’accent sur le fait que la violence mentale compte tout autant que celle subie par des coups. La folie naît ici de la passion; c’est un thème souvent repris en littérature et dont on pourrait tirer des exemples dans les tragédies antiques grecques comme par exemple la folie de Phèdre et sa longue tirade qui prouve l’ampleur de ses sentiments. Il s’agit donc d’une image assez réductive de la femme qui devient «folle par amour»; stéréotype féminin.

Le personnage de Geneviève semble de son côté aussi préférer sa vie au sein de l’hôpital. Une fois internée, elle avoue se sentir plus libre qu’elle ne l’était auparavant: «Je doute que la liberté soit en dehors de ces murs. J’ai été à l’extérieur la majeure partie de ma vie, je ne me suis pas sentie libre. L’aspiration doit se faire ailleurs»41. Enfermée parmi «les folles, elle paraissait enfin normale»42, puisqu’elle ne doit plus répondre à des exigences sociales. On n’attend plus rien de sa personne une fois qu’elle entre dans les marges de la société et adopte le rôle de déviant.

Si pour ces deux femmes l’asile est à comprendre comme synonyme de refuge, le cas d’Eugénie représente en revanche l’individu interné de force et dont les familiaux invoquent la folie comme prétexte pour l’éloigner. Elle est enfermée parce qu’elle avoue entendre des voix. On peut nuancer ce propos par le fait que ses parents, qui ignorent tout du spiritisme, aient pu vraiment penser qu’elle était folle; mais le résultat reste tout de même injuste. Cette forme d’internement est dénoncée selon Anouk Cape dès le milieu du XIXème siècle et s’inscrit dans la problématique du traitement des aliénéespuisqu’on commence à se demander s’il n’y aurait pas d’autres façons de s’occuper des aliénés. Desnos, déjà dans sa série d’articles en 1928 sur Vacher l’Eventreur, serial killer, s’oppose aux psychiatres en dénonçant: «le privilège absolument insensé des médecins aliénistes qui, sans que rien ne permette au commun des mortels de s’élever contre leurs décisions, les autorise à déclarer celui-ci fou et cet autre sain d’esprit.»43 Eugénie ne représente aucune affliction visible d’une quelconque condition mentale, mais la décision que prend son père est irrévocable. Les infirmières et les internes voient aussi, comme le lecteur, dans son langage, qu’elle n’est pas «folle»; puisqu’il y a cette idée comme le décrit Anouk Cape que la folie a un langage particulier; idée que l’on retrouve souvent dans des manuels de psychiatrie dès 1870 jusqu’à aujourd’hui.

Eugénie va finalement s’échapper de l’hôpital avec l’aide de complices. Elle n’opère aucune adaptation à l’institution comme le fait Thérèse, puisque le monde extérieur comparé au monde à l’intérieur lui plaît davantage et c’est en dehors de ces murs qu’elle peut poursuivre ses lectures sur le spiritisme. L’institution détruit son identitéen la privant de liberté et parallèlement de sa passion pour la littérature. Goffman est d’avis que l’isolement d’avec le monde extérieur, la perte d’autonomie et la dépersonnalisation qui s’opère lorsqu’on dépouille un reclus de ses effets personnels et de ses vêtements sont des facteurs qui le privent de se «constituer la valeur du moi».44 Eugénie ne peut se réaliser en tant qu’individu à part entière au sein de cet établissement. Après avoir réussi son échappée elle devient écrivain et on peut ainsi la classer dans la catégorie des artistes ayant été étiquetés comme fous, parce qu’ils avaient des opinions qui dérangeaient les codes traditionnels de la société, dont Allan Kardec, qui est mentionné dans le récit.

La notion de contrôle social est donc un motif récurrent du roman pour démontrer l’injustice des méthodes d’internement, et on note qu’il est majoritairement maintenu par l’autorité des pères, maris, médecins ou juristes. L’institution asilaire devient donc une suite logique dans l’histoire des persécutions subies par les femmes; elle s’inscrit après la chasse aux sorcières comme nouveau régulateur social. L’auteure retranscrit une vision de la société où règne une forte inégalité entre les sexes.

1.3 Le patriarcat au XIXe siècle

La notion de «patriarcat» n’est utilisée qu’à partir des années 1970 par le féminisme radical pour dénoncer la domination masculine. Nous utiliserons ce terme dans le sens où la société parisienne du XIXe siècle que dépeint Victoria Mas se base sur un système hiérarchique dans lequel les hommes occupent le rôle d’une classe «dominante» et les femmes forment une classe «inférieure ». Le code civil de 1804 place en l’occurrence les femmes sous l’autorité de leur père, puis de leur époux; la loi les considère donc comme «mineures» et elles ne disposent pas des mêmes droits que le sexe masculin. Comme elles sont dès lors considérées comme inférieures, on leur associe de nombreux stéréotypes. Baker Miller explique : « once a group is defined as inferior, the superiors tend to label it as defective or substandard in various ways. These labels accrete rapidly. […] women are supposed to be ruled by emotions […] »45. Un des stéréotypes associés donc à la femme, et qui découle de ce système inégal, est qu’elles sont «gérées par leurs émotions». Le lien entre cela et la folie peut alors être vite établi; depuis longtemps la passion a été synonyme de déraison et opposé à la raison. Les femmes sont donc étiquetées comme étant plus susceptibles de sombrer dans la démence. Il existe un écho entre les théories féministes contemporaines sur la santé mentale des femmes et la façon dont le sujet du «rôle dominant» est abordé au sein du roman.

L’auteure évoque: […] des mentalités ancrées dans une société dominée par les pères et les époux. Aucune femme n’a jamais la totale certitude que ses propos, son individualité, ses aspirations ne la conduiront pas entre ces murs redoutés du treizième arrondissement.Alors elles font attention.46

On y retrouve l’idée d’un système difficile à déracineret qui opprime le sexe féminin ; la société de cette époque semble limiter le rôle de la femme au rang d’épouse et de mère. Eugénie «sait que son existence n’intéressera le patriarche que lorsqu’un parti de bonne famille, c’est-à-dire une famille d’avocats ou de notaires, comme la leur, souhaitera l’épouser. Ce sera alors la seule valeur qu’elle aura aux yeux de son père – la valeur d’épouse»47.

Elle perd son «individualité» si bien que son père méprise sa personne en limitant son identité à ce rôle prédéfini. Lorsqu’une femme tente de s’émanciper de ces visions «archaïques», qu’elle nuit à leur «virilité»48, les ébranle dans leur «rôle dominant»49, s’emporte contre «les infidélités de son mari»50, s’affiche au bras «d’un homme de vingt ans son cadet»51 ou se montre trop «mélancolique» depuis la mort de son époux, elle se fait interner dans l’asile de la Salpêtrière. Cette longue énumération montre le nombre de limitations auxquelles les femmes sont alors exposées et parallèlement combien il est facile de les franchir. On note dans cette lignée que « the patriarchal nature of society, coupled with women’s experiences of gender inequalities can be considered to have resulted in an overrepresentation of women within the field of mental health. »52.

Eugénie souhaite dès le début du récit transgresser les normes sociales, puisqu’elle aspire à un futur meilleur que celui de sa mère qui devrait normalement lui servir de modèle: Loin d’elle une vie comme celle de sa mère, assise à sa droite – une vie confinée entre les murs d’un appartement bourgeois, une vie soumise aux horaires et aux décisions d’un homme, une vie sans ambition ni passion, une vie sans voir autre chose que son reflet dans le miroir – à supposer qu’elle s’y voie encore -, une vie avec pour seule préoccupation de choisir sa toilette du jour. Voilà, c’est tout ce qu’elle ne souhaite pas. Autrement, elle souhaite tout le reste.53

L’usage du verbe «confiner» est intéressant dans ce passage parce qu’on se réfère à l’appartement bourgeois dans lequel vit la mère comme à une prison. En fait, bien plus qu’entre quatre murs, c’est dans un mode de vie, que l’épouse bourgeoise semble être emprisonnée. Le conformisme devient un lieu d’enfermement de la femme semblable à la Salpêtrière. Eugénie prône donc déjà avant d’être internée, un individualisme et une liberté qu’elle n’a pas. Le bonheur selon elle se trouve donc au-delà des limites fixées par son environnement. Cette idée est également très présente dans Le Ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras54 et dans l’œuvre Suzy Storck de Magali Mougel55.

Même hors des murs de l’hôpital, la femme souffre donc des exigences qu’on lui impose. Aussitôt qu’elle est stigmatisée comme déviante, cette étiquette demeure immuable. Le personnage de Geneviève écrit dans une de ses lettres où elle évoque les tentatives de traitement d’une patiente : «Une aliénée l’est à vie, je te l’ai toujours dit.»56 On revient donc souvent sur cette notion de longévité de l’isolement, mais on peut aussi sous-entendre qu’«une aliénée même guérie[demeure]une aliénée aux yeux des autres, et qu’aucune vérité ne [peut] réhabiliter un nom qu’un mensonge[a souillé]»57.

Le fait que Geneviève à la fin du roman prenne la place de l’internée expose également la façon dont n’importe quelle femme peut se retrouver à la place d’une «folle» sur la base de simples «suppositions». En somme, peu importe que l’on soit infirmière comme Geneviève ou bourgeoise comme Eugénie, on fera en tant que femme toujours partie d’un grand ensemble, une classe dite «inférieure» aux hommes. Geneviève prend conscience de cela après être traitée de folle par son père : «Il lui semblait qu’on avait déjà un avis sur elle, qu’on jugeait son attitude anormale, et rien de ce qu’elle pourrait dire ou défendre ne changerait l’opinion à son égard.»58 Par ailleurs, l’identité des personnages masculins du roman n’est pas aussi complexe que celles des femmes; on s’y attarde moins en tant que lecteur. Tour à tour, nous sommes faces à des personnages dont la renommée est importante dans le monde de la médecine comme Charcot, Babinski ou Gilles de la Tourette, mais on ne fait que soit les mentionner brièvement soit plus longuement à travers le fait qu’ils ne considèrent pas la femme; comme Charcot à l’égard de Geneviève lorsque celle-ci prend en main la défense des femmes internées sans raison particulière. Cette stratégie adoptée par l’auteure sert à attiser la sympathie du lecteur vers les rôles féminins. L’hyperbole utilisée pour décrire Charcot, «à la fois l’homme qu’on désire, le père qu’on aurait espéré, le docteur qu’on admire, le sauveur d’âmes et d’esprits»59, est teintée d’ironie, on y dénonce le fait que le médecin soit glorifié, qu’il soit comparé à Dieu en tant que «sauveur d’âmes et d’esprits»60. Plus loin on dit qu’il «règne en maître sur l’hôpital»61 suivi de ces internes admiratifs. La conclusion qu’on en tire est exposée sous forme d’axiome «Il n’est pas bon de faire tant d’éloge d’un seul homme.»62 On dénonce ici la « patriarchal psyhiatry »63, comme le fait Morag Fallows dans le sens où cette « profession operates within a male dominated and patriarchal society. »64 Comme le dit Victoria Mas dans un entretien pour France Culture, son roman n’est pas un récit où l’on doit comprendre que «les femmes sont contre les hommes et les internes contre les médecins.»65 En effet, le frère d’Eugénie déroge au rôle d’oppresseur puisqu’il va l’aider dans sa fuite de l’asile. Cependant, il représente le rôle de l’individu dominant qui est forcé à adopter cette position. Entant qu’homme il doit suivre l’exemple de son père et ne doit pas vouloir aller à l’encontre de ses décisions. Tous ceux qui font partie de la classe dominante n’ont donc pas forcément choisi cette position et souffrent aussi des circonstances; cette nuance est aussi abordée par Baker Miller.

Ce roman se base donc surtout sur des faits réels qui servent de décor à l’histoire fictive des personnages. Le fait que cette histoire, bien qu’il s’agisse d’une fiction, puisse avoir eu lieu à cette époque, la catégorise dans ce qu’on peut appeler selon Nelson Goodman: «les mondes de fiction appelés possibles»66.

1.4 La littérature en tant que remède

À plusieurs reprises, le lecteur se retrouve face à une mise en abyme de la création et de la réception littéraire. Celle-ci est mentionnée dans les moments les plus cruciaux de l’intrigue.

Dans le cas de Geneviève, l’écriture semble être utilisée comme forme de thérapie. On nous dépeint une femme solitaire qui tous les soirs écrit sous forme épistolaire à sa sœur qui est décédée. Le nombre de lettres mentionné montre qu’il s’agit bien d’une habitude ancrée. «À l’intérieur, une centaine d’enveloppes, datées en haut à droite comme celle qu’elle tient en main »67. Comme le décrit Louise L. Lambrichs: «Parlons plutôt des maux que soigneraient, écrits, lus et relus, les mots. Ils sont innombrables : l’oubli, l’ignorance, la tristesse, la déréliction, la bêtise, l’isolement, le sentiment de l’absurde, le désespoir… parmi quelques autres»68. Si, dans la vie quotidienne, son entourage la perçoit comme étant intransigeante voire froide, Geneviève se livre toutefois dans ces lettres à cœur ouvert. Elle y dévoile par exemple à quel point sa sœur lui manque. Le lecteur a donc l’impression de rentrer dans le jardin secret du personnage, puisque ces lettres ne sont pas destinées à être lues. Ce procédé permet d’attirer la sympathie du lecteur envers ce personnage en intégrant un lien à l’apparence intime qui les unit.

[...]


1 Michel Foucault, Folie langage et littérature, France, éd. Henri-Paul Fruchaud, Daniele Lorenzini et Judith Revel, France, Librairie Philosophique J.VRIN, 2019, p.111.

2 Id.

3 Christine Planté, «Préface de Sorcières et sorcellerie», Lyon, Nouvelle édition, Presses universitaires de Lyon, 2002 (généré le 05 novembre 2019) en ligne: https://books.google.lu/books?id=pfa9DwAAQBAJ&pg=PA2&hl=fr&source=gbs_toc_r&cad=3#v=onepage&q&f=false (consulté le 6 mars 2020).

4 Pierre Bertrand, Cornebidouille, 2003 dans Quand t’es maicresse, p.2, en ligne : http://ekladata.com/Y1CSItJrS47T2w6HSeQmbk6sGOY/cornebidouille-texte.pdf (consulté le 6 mars 2020).

5 Robert Muchembled, Le Roi et la Sorcière, l’Europe des bûchers, XVe-XVIIIe siècle, éd. Desclée de Brouwer, p. 155, cité par Christine Planté, op.cit., p.2.

6 Thérèse Lempérière, « HYSTÉRIE », Encyclopædia Universalis, en ligne : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/hysterie/ (consulté le 6 mars 2020).

7 Aude Fauvel, « Le bal des folles de la Salpêtrière (1/2), Le corps exhibé », France Culture (2020), [podcast] Documentaire- une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties (mis en ligne le 15 février 2020), en ligne : https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/le-bal-des-folles-de-la-salpetriere-le-corps-exhibe (consulté le 6 mars 2020).

8 Victoria Mas, « Écrire la folie » Première partie, France Culture (2020), [podcast] La grande table d’été (mis en ligne le 23 août 2019), en ligne : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-dete/ecrire-a-la-folie (consulté le 6 mars 2020).

9 Jean-Claude Yon, « Le bal, une pratique sociale », Histoire par l'image, (mis en ligne en octobre 2014), en ligne : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/bal-pratique-sociale (consulté le 07 mars 2020).

10 Victoria Mas, Le bal des folles, Paris, Editions Albin Michel, 2019, p.226, l.9-10, (Désormais abrégé LBF, suivi de folio).

11 Ibid., p.227.

12 Id.

13 Id.

14 Ibid., p.135.

15 v. Ci-supra.

16 Ibid., p.227.

17 Id.

18 Ibid., p.228.

19 Michel Foucault, op.cit., p.114.

20 Id.

21 Annie Sidro, « CARNAVAL », Encyclopædia Universalis, en ligne: http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/carnaval/ (consulté le 10 mars 2020).

22 LBF, 229.

23 Erving Goffman, La Présentation de soi [ PS, 1954, 1973 pour la traduction] cité par Jean Nizet et Natalie Rigaux dans La sociologie de Erving Goffman, Paris, Nouvelle Edition, 2014, p.27.

24 Ibid., p.29.

25 Ibid., p.25.

26 LBF, 229.

27 Anouk Cape, «Écrire la folie», pod.cit.

28 LBF, p.229.

29 LBF, p.230.

30 Erasme, Eloge de la folie, Paris, trad. Pierre Nolhac, éd. Maurice Rat, GF Flammarion, 2016 (1511), p.47 .

31 Alina Cantau, «La Pitié-Salpêtrière-quatre siècles d’histoire», Le Blog Gallica, BNF (mis en ligne le 8 janvier 2013) en ligne: https://gallica.bnf.fr/blog/08012013/la-pitie-salpetriere-quatre-siecles-dhistoire?mode=desktop (consulté le 10 mars 2020).

32 LBF, p.50.

33 LBF, p.221.

34 Erving Goffman, Asiles, études sur la condition sociale des malades mentaux, Paris Les Editions de Minuit, Le sens commun, 1968, p.104-111.

35 Id.

36 Id.

37 Id.

38 LBF, p.111.

39 Id.

40 Id.

41 LBF, p.249.

42 Ibid., p.248.

43 Robert Desnos, «Le roman sanglant de Joseph Vacher l’éventreur français», Paris Matinal, 9-17 février 1928, cité par Anouck Cape dans Les Frontières du délire: écrivains et fous au temps des avant-gardes, Paris, Honoré Champion, 2011, p.63.

44 Erving Goffman, «Les institutions totales» [PS, 1954, 1973 pour la traduction], cité par Jean Nizet et Natalie Rigaux, op.cit., p.57-63.

45 Jean Baker Miller, Toward a new psychology of women, Boston, Beacon Press, Second edition the Bestselling Classic, e-book, p.35-42.

46 LBF, p.37-38.

47 Ibid., p.25.

48 LBF, p.35.

49 Id.

50 Id.

51 Id.

52 Morag Fallows, Women and Madness: an exploration of why women are commonly labelled as mad», Leeds, BA Hons, Social Policy Dissertation, Sociology and Social Policy, University of Leeds, p.34, en ligne : https://www.academia.edu/7693325/Women_and_Madness_an_exploration_of_why_women_are_more_commonly_labelled_as_mad (consulté le 13 mars 2020).

53 LBF, p.25.

54 v. Ci-infra.

55 Id.

56 LBF, p.21.

57 LBF, p.167.

58 Id.

59 LBF, p.207.

60 Id.

61 Id.

62 Id.

63 Morag Fallows, op.cit., p.39.

64 Id.

65 Victoria Mas, « Écrire la folie », pod.cit.

66 Nelson Goodman, Manières de faire des mondes, Paris, trad. Marie-Dominique Popelard, folio essais, 1992, p.149 cité par Tonia Raus dans Cours, « Théories littéraires 2 », Initiation aux théories narratives, Université du Luxembourg, 2018/19.

67 LBF, p.21.

68 Louise L. Lambrichs, « La littérature est-elle thérapeutique ? », Les Tribunes de la santé, 2009/2, 23, p. 43-50, en ligne: https://www-cairn-info.proxy.bnl.lu/revue-les-tribunes-de-la-sante1-2009-2-page-43.htm (consulté le 15 avril 2020).

Fin de l'extrait de 61 pages

Résumé des informations

Titre
Les représentations de la folie féminine dans la littérature française du XXème et du XXIème siècle. Travail de Mémoire 2020
Université
University of Luxembourg  (Faculté des Sciences Humaines, des Sciences de l'éducation et des Sciences Sociales)
Note
1.3
Auteur
Année
2020
Pages
61
N° de catalogue
V992284
ISBN (ebook)
9783346361363
Langue
Français
mots-clé
folie, féminine, littérature, littérature française, 20ème, 21ème, siècle, Duras, Mougel, Victoria Mas, Marguerite Duras, Magali Mougel, Michel Foucault, représentations, patriarcat, féminisme, société, Le ravissement de Lol V. Stein, Suzy Storck, Le bal des folles, contemporain, Erving Goffmann, Morag Fallows, Jean Baker Miller, Gender, Gender Studies, La folie féminine, Mas, 2019, 2020, Mémoire, Luxembourg, Mélanie Fernandes, Fernandes, Mélanie, Sociologie, Nelson Goodman, Marie Schaeffer, préjugés, fiction
Citation du texte
Mélanie Fernandes (Auteur), 2020, Les représentations de la folie féminine dans la littérature française du XXème et du XXIème siècle. Travail de Mémoire 2020, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/992284

Commentaires

  • Pas encore de commentaires.
Lire l'ebook
Titre: Les représentations de la folie féminine dans la littérature française du XXème et du XXIème siècle. Travail de Mémoire 2020



Télécharger textes

Votre devoir / mémoire:

- Publication en tant qu'eBook et livre
- Honoraires élevés sur les ventes
- Pour vous complètement gratuit - avec ISBN
- Cela dure que 5 minutes
- Chaque œuvre trouve des lecteurs

Devenir un auteur