De quelques contraintes sur les types de coordination en français


Essai Scientifique, 2021

13 Pages, Note: 14


Extrait

Inhalt

0. Introduction

1. Contraintes sur les types de coordination
1.1. Contraintes sur la coordination des termes
1.2. Contraintes sur la coordination des prédicats
1.3. Contraintes sur la coordination des « clauses »

Conclusion

Références bibliographiques

0. Introduction

Dans le présent essai, nous allons nous intéresser, à la lumière des hypothèses et argumentations du Modèle stratifié de l’énoncé1 (MSE), aux contraintes sur les divers types de coordination (cf. Razky 2011b : 119-128 ) : (i) coordination des termes, (ii) coordination dans les termes, (iii) coordination des opérateurs de termes, (iv) coordination des restricteurs de termes, (v) coordination dans les restricteurs de termes, (vi) coordination des prédicats, et (vii) coordination des énoncés ou « clauses2 ».

Ces contraintes sur la coordination opèrent, comme on va le voir ci-dessous, en vertu d’un principe fondamental, à savoir la symétrie (identité) des éléments coordonnés.

1. Contraintes sur les types de coordination

Comme on l’a souligné plus haut, la condition d’identité des éléments coordonnés sera déterminante dans chacun des types de coordination en question.

1.1. Contraintes sur la coordination des termes

Considérons les exemples :

(1) *Paul Ag et le vent Fo ont ouvert la porte.
(2) *Sam a donné un cartable Pat et à Marie Réc.
(3) *Je travaille l’après-midi Temp et dans ma chambre Loc.
(4) *Les garçons ont cassé les vitres Pat et rapidement Man.
(5) *Les garçons ont cassé les vitres avec des pierres Instr et rapidement Man.

La malformation de ces énoncés est due à la violation du principe de symétrie au niveau de l’assignation des fonctions sémantiques3 aux termes soulignés. En effet, on ne peut coordonner des termes dotés des fonctions sémantiques Agent et Force (1), Pat et Réc (2), Temp et Loc (3), Pat et Man (4), et Instr et Man (5).

Pour se conformer au principe en question, les termes coordonnés doivent avoir la même fonction sémantique. Cela peut être formulé comme suit :

(6) Contrainte d’identité des fonctions sémantiques :

Les fonctions sémantiques attribuées aux termes coordonnés doivent être identiques.

Concernant toujours les termes, la malformation peut être due également à la coordination de termes ayant le même contenu sémantique ou qui réfèrent à la même entité :

(7) a- *J’ai rencontré son mari et son époux.

b- *Il a vu Paul (i) et Paul (i).

Dans (7a), la coordination met en relation les termes son mari et son époux qui ont le même sens ; dans (7b), la coordination lie des termes ayant la même référence.

Ainsi, une deuxième contrainte peut être formulée :

(8) Contrainte de non identité de sens et de référence :

Le contenu sémantique ainsi que la référence des termes coordonnés ne doivent pas être identiques.

De ce fait, les termes coordonnés sont assujettis aux contraintes d’identité des fonctions sémantiques et de non identité du contenu sémantique et de la référence.

Reste à savoir quelles sont les contraintes syntaxiques relevant de ce type de coordination.

1.1.2. Contraintes syntaxiques

Les termes coordonnés sont soumis non seulement aux contraintes d’ordre sémantique mais également aux contraintes de nature syntaxique.

Soit la phrase :

(9) *Jean Ag.Suj a donné des revues Pat.Obj et pour Marie Réc.

Cette phrase est agrammaticale car le premier terme des revues a la fonction syntaxique d’Objet alors que le second terme Marie n’a pas de fonction syntaxique. En plus, les fonctions sémantiques de ces termes sont différentes : Patient et Récepteur respectivement. Cela revient à dire que les termes coordonnés doivent avoir la même fonction syntaxique4:

(10) Jean Ag.Suj et Paul Pat.Obj ont présenté des certificats de maladie.

De ce fait, une troisième contrainte peut être formulée :

(11) Contrainte d’identité des fonctions syntaxiques :

Les termes coordonnés doivent posséder le même type de fonction syntaxique.

Après les contraintes sémantiques et syntaxiques, nous allons voir, dans ce qui suit, comment les éléments coordonnés sont soumis également à des contraintes de type pragmatique.

1.1.3. Contraintes pragmatiques

Étant donné la construction :

(12) *Qui Foc et Paul Top sont partis ?

Elle est malformée dans la mesure où les termes coordonnés sont porteurs de fonctions pragmatiques5 différentes. En effet, le terme interrogatif Qui reçoit la fonction pragmatique de Focus de nouveau vu qu’elle permet au locuteur d’avoir une information nouvelle de la part de l’allocutaire

Quant au terme Paul, il est affecté de la fonction pragmatique de Topique désignant l’information dont on parle et qui constitue, de ce fait, une information partagée entre les deux participants à l’échange verbal.

Moutaouakil (1993: 51) propose de faire la distinction, dans le cadre du Focus de nouveau, entre le Focus de requête (Foc req), e.g. le terme questionné Qui de (12), et le Focus complétif, i.e. l’élément de réponse correspondant au terme questionné.

Dans certains contextes (cf. Razky (1989 : 26)), les contraintes pragmatiques rendent inutiles les contraintes de nature sémantique et pragmatique, comme on peut le constater à travers l’énoncé (13) :

(13) Où Loc. Foc nouv et quand Temp. Foc nouv partira-t-il ?

Les termes interrogatifs coordonnés ont une même fonction pragmatique (Focus de nouveau ou Focus de requête) mais diffèrent quant aux fonctions sémantiques (Locatif et Temporel). La coordination, ici, est possible pour la raison que ces termes sont satellites (non arguments) et qu’ils désignent des termes interrogatifs.

Il en découle que la coordination des termes en français dépend, relativement à la bonne formation (grammaticalité et acceptabilité), des contraintes sémantiques, syntaxiques et pragmatiques.

Toutes les contraintes formulées ci-dessus peuvent être ramenées à une seule contrainte générale :

(14) Contrainte générale sur la coordination des termes (identité sémantique, syntaxique et pragmatique) : Les termes coordonnés doivent être dotés de fonctions de même nature sur les plans sémantique, syntaxique et pragmatique.

Après ces contraintes sur la coordination des termes, on va s’intéresser aux contraintes qui pourraient être formulées sur le plan de la coordination dans les termes, la coordination des opérateurs de termes, la coordination des restricteurs de termes et dans les restricteurs de termes.

La coordination dans les termes présente presque les mêmes contraintes propres à la coordination des termes puisque la valeur de M6 (cf. Dik 1997 : 189), l’élément qui sera multiplié, est terme (dans le schéma de Dik (id)). À ce sujet, Torterat (2004 : 67) estime que le fait de recourir aux schématisations est incontournable quand on veut dégager une approche pédagogique des structures grammaticales. Les schémas, de l’avis de Torterat (id), rendent possible la matérialisation d’une construction lorsque les résultats sont insuffisamment concrets malgré le processus explicatif et illustratif.

La coordination des opérateurs de termes, quant à elle, peut, en général, avoir une contrainte d’ordre morphosyntaxique étant donné que les opérateurs sont censés appartenir à la même catégorie grammaticale : deux déterminants définis ou indéfinis, deux quantifieurs, deux possessifs, deux démonstratifs, etc.

Pour ce qui est de la coordination des restricteurs de termes ainsi que de la coordination dans les restricteurs de termes, elles permettent, comme leurs noms l’indiquent, de relier des adjectifs épithètes qui doivent être sémantiquement compatibles avec les termes qui forment le domaine dans lequel opère la restriction.

Nous avons présenté, pour des raisons méthodologiques, un bref aperçu des contraintes relatives à ces trois types de coordination.

Dans les passages ci-dessous, nous allons essayer de soulever le problème relatif aux contraintes concernant la coordination des prédicats et des « clauses » ou énoncés.

[...]


1 Cf. les ouvrages programmatiques de Dik (1989), (1997) et le travail de Razky (2011a) dans la section « Références bibliographiques ».

2 Dans le MSE, le terme « clause » désigne une proposition dotée d’une force illocutionnaire, i.e. un énoncé.

3 Dans le MSE, deux types de fonctions sémantiques sont à relever : fonctions sémantiques arguments (obligatoires) et fonctions sémantiques satellites (facultatives).

4 Dans le MSE, les fonctions syntaxiques sont des fonctions perspectivales dans la mesure où le terme recevant la fonction syntaxique de Sujet indique le premier point de la perspective alors que la fonction syntaxique d’Objet marque le second point de la perspective.

5 Les fonctions pragmatiques sont de deux types : intra-« clausales », Focus (Focus de nouveau ou Focus de contraste) et Topique (Topique donné, Topique repris, Topique nouveau, sous-Topique) et extra-« clausales » telles que Thème, Queue, Vocatif, etc.

6 Dans la symbolisation générale des coordinations au moyen d’un schéma, proposé par Dik (1997 : 189), « M » indique les membres (éléments) à coordonner.

Fin de l'extrait de 13 pages

Résumé des informations

Titre
De quelques contraintes sur les types de coordination en français
Note
14
Auteur
Année
2021
Pages
13
N° de catalogue
V1008007
ISBN (ebook)
9783346399045
Langue
Français
Annotations
Citation du texte
Doctorat Abdelkhalek Razky (Auteur), 2021, De quelques contraintes sur les types de coordination en français, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1008007

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