Ce travail analyse dans quelle mesure l'automutilation de Floride dans l'Heptaméron (1558) et celle de Célidée dans l'Astrée (1630) peuvent être considérés comme des rébellions contre les désirs possessifs masculins. Dans la plupart des récits littéraires de la Renaissance, la femme prend un rôle d’un objet de désir passif, car dans un contexte d’hétéronormativité et d’hégémonie masculine, elle est victime, faible, privée de parole et d’action. Les seules issues à la possession masculine semblent donc le suicide ou une destruction de l’apparente source du problème du désir masculin : la beauté féminine. Pourtant, la destruction de beauté reste toujours dans un contexte de contrariétés sociales.
Notre première question de recherche sera : si la vertu est attribuée à une belle femme de nature, la destruction de beauté égale-t-elle donc à une destruction de cette vertu attachée à la beauté qu'elle est censée préserver avec cet acte ? Deuxièmement, est- ce que le geste d’automutilation pourrait être compris comme geste qui virilise la femme dans la mesure où elle s’active pour ne plus être uniquement un objet de désir, voire qu’elle refuse activement et fermement d’être considérée comme un objet ? Notre troisième intérêt de recherche sera d’expliquer que d’un côté, l'automutilation féminine dans la littérature est une réaction à une agression masculine. De l’autre côté, nous allons discuter si - même s'il s'agit d'auto-agressions et autodestruction et ne pas de révolte contre l’autrui ou d'autre sorte, - on peut considérer cet acte d’auto-agence courageuse qui montre une capacité d’action.
Premièrement, nous abordons la Xe nouvelle dans l'Heptaméron de Marguerite de Navarre qui raconte l'histoire de Floride, fille d’une duchesse. Ensuite, nous analyserons le conte intertextuel sur la bergère Célidée dans L'Astrée de Honoré d'Urfé, publié environ un siècle plus tard. Il suit une digression pour donner un petit aperçu historique du motif initialement inspiré par l'article La femme qui se mutile le visage (1959) de Raymond Lebègue, un des seuls et premiers chercheurs qui se met à la recherche des sources possibles de la nouvelle X de l’Heptaméron. Troisièmement, nous tirerons des conclusions complètes sur l'automutilation et, ce faisant, trouver des réponses à nos questions de recherche.
Table des matières
Introduction
La Xe nouvelle
Aperçu du motif : Réécritures de la Xe nouvelle
L’exposition : la répartition des rôles
La ruse
L’échec de la ruse : Raison vs. Passion
La réaction de la fille
L’automutilation dans la Xe nouvelle
L’Astrée
La beauté : Contextualisation de la Beauté
La beauté dans L’Astree
La femme objet, l’homme rusé
Raison vs. Passion
La réaction de la fille
L’automutilation de Célidée
Digression : Œuvres qui ont influencé l'écriture de l'Heptaméron et l’Astrée
Influence historique
Influence littéraire
Influence hagiographique et folklorique
Œuvres qui ont influencé l’Astrée à part la Xe nouvelle
L’automutilation
Pour une virilisation de la femme ?
Le corps comme parfait outil et lieu de communication
Critique à l’automutilation
Discussion : L’auto-agence
Les effets de l’automutilation
L’automaticité
Conclusion
Objectifs et thématiques de la recherche
Cette étude examine le motif de l'automutilation féminine dans la littérature française de la Renaissance, en se concentrant spécifiquement sur Floride dans l'Heptaméron et Célidée dans l'Astrée. L'objectif est d'analyser comment ces protagonistes utilisent la destruction de leur beauté physique comme un acte désespéré de résistance contre les structures de pouvoir patriarcales et les désirs masculins possessifs, tout en explorant la tension entre leur agency et les normes hétéronormatives de l'époque.
- L'automutilation comme stratégie de préservation de la vertu et de l'honneur.
- Le corps féminin comme lieu de négociation entre le sujet et l'objet de désir.
- L'influence des traditions littéraires et hagiographiques sur le motif de la défiguration.
- La perspective anthropologique du corps dans la Renaissance française.
- L'ambiguïté de l'automutilation : entre auto-agence courageuse et répétition aliénée des structures patriarcales.
Aperçu des principaux extraits du livre
L’automutilation dans la Xe nouvelle
L’automutilation est décrite tout brièvement à la fin du récit. Arrivés à l'action décroissante, après trois ans environ, Amadour annonce son retour de la guerre (p. 150). Floride, qui pense que sa propre beauté était à la base de tous évènements indésirables passés, a peur de se faire violer par Amadour. Pour sauver sa vertu mise en danger et visualisé dans son corps, elle prend une pierre et automutile son visage. Elle « s'en donna par le visage si grand coup, que la bouche, et les yeux, et le nez en estoient tous difformés » (p.151). La réaction d’Amadour est intéressant, il la voit mais la désire encore et tente de la violer quand même. Il lui dit dans cette deuxième scène de viol : « mais la difformité de vostre visage [...] ne m'empeschera de faire la mienne : car quand je ne pourrois avoir de vous que les oz, si les voudrois-je tenir auprès de moy » (153). Nous le comprenons comme continuation de sa ruse. Il profite de l'acte afin de conserver sa propre vertu : il désire une femme vertueuse qui fait tout pour la préserver et plus aucun autre homme pourra la prendre d'elle.
Résumé des chapitres
Introduction : Ce chapitre pose la problématique de l'automutilation féminine dans la littérature de la Renaissance comme une réponse à la pression des désirs masculins et une tentative de protéger la vertu.
La Xe nouvelle : Analyse le récit de Floride, sa confrontation avec Amadour, et la manière dont les codes sociaux patriarcaux enferment la protagoniste dans un rôle passif, menant à son acte extrême.
L’Astrée : Examine le cas de Célidée, en contextualisant la notion de beauté et de désir dans le cadre pastoral et en comparant son destin à celui de Floride.
Digression : Œuvres qui ont influencé l'écriture de l'Heptaméron et l’Astrée : Fournit un aperçu historique et littéraire des sources et modèles, incluant des récits de femmes illustres et des textes hagiographiques, qui ont nourri le motif de l'automutilation.
L’automutilation : Explore les dimensions théoriques de l'acte, discutant de la virilisation potentielle de la femme, de la communication corporelle et de la critique de l'automutilation comme simple répétition des comportements masculins.
Conclusion : Synthétise les résultats, confirmant que si l'automutilation est une forme de rébellion, elle reste profondément marquée par les structures patriarcales qui en limitent la portée émancipatrice.
Mots-clés
Automutilation, Renaissance, Littérature française, Heptaméron, L’Astrée, Patriarcat, Vertu, Corps féminin, Agency, Hégémonie masculine, Beauté, Désir masculin, Réécriture, Symbolisme, Résistance.
Foire aux questions
De quoi traite principalement cet ouvrage ?
Le livre explore le thème de l'automutilation féminine dans la littérature française de la Renaissance, en étudiant comment deux protagonistes, Floride et Célidée, se blessent pour échapper aux désirs charnels masculins.
Quels sont les thèmes centraux abordés ?
Les thèmes principaux incluent la construction sociale du corps féminin, la notion de vertu à la Renaissance, le pouvoir patriarcal, et la tension entre l'auto-agence (la volonté propre) et la soumission aux structures dominantes.
Quel est le but de la recherche ?
L'étude vise à comprendre pourquoi et comment la beauté physique est devenue un problème pour ces femmes et si leurs actes d'automutilation peuvent être interprétés comme une forme de rébellion ou d'émancipation.
Quelle méthode scientifique est employée ?
L'auteure utilise une approche comparative, une lecture attentive des textes et des théories anthropologiques du corps pour analyser le sens symbolique des gestes des protagonistes.
Que contient le corps principal de l'ouvrage ?
Le corps traite des analyses textuelles détaillées de la Xe nouvelle de l'Heptaméron et du conte de Célidée dans l'Astrée, incluant des digressions sur les influences historiques et littéraires du motif de la mutilation.
Quelles sont les caractéristiques clés de cette œuvre ?
Les mots-clés sont centrés sur l'automutilation, le genre, la Renaissance, le pouvoir masculin, et la symbolique corporelle, caractérisant une analyse intersectionnelle et littéraire.
Floride parvient-elle à échapper à son agresseur ?
Non, Floride n'atteint pas son but. Son geste d'automutilation ne l'émancipe pas réellement, et elle finit par se réfugier dans un monastère, restant ainsi sous le contrôle des structures patriarcales.
Pourquoi Célidée utilise-t-elle un diamant pour se mutiler ?
L'utilisation d'un diamant est hautement symbolique : il représente à la fois la pureté et la virginité, créant un paradoxe où Célidée détruit sa beauté avec un symbole de vertu pour préserver son intégrité.
L'acte d'automutilation est-il considéré comme héroïque ?
L'ouvrage conclut que si l'acte peut paraître courageux en surface, il demeure une réaction désespérée au sein d'un système injuste et ne constitue pas une véritable libération durable pour les protagonistes.
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- Mona Berns (Author), 2020, L’automutilation féminine dans la littérature française de la Renaissance. Floride dans "L'Heptaméron" et Célidée dans "L'Astrée", Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/1030079