La structure autobiographique dans "La Douleur" de Marguerite Duras


Exposé Écrit pour un Séminaire / Cours, 2004
13 Pages, Note: 2,0

Extrait

Sommaire

Introduction

I ] La réalité autobiographique dans La Douleur
1.1 ) La représentation des personnages
1.2 ) La représentation de la douleur

II ] La fonction de la fiction dans La Douleur
2.1 ) Avec les personnages
2.2 ) Avec les faits

Conclusion

Bibliographie

Introduction

L'écrivaine française Marguerite Duras est morte le 3 mars 1996 à son domicile à Paris. Si toute sa vie et jusqu'à son dernier souffle cette femme étonnante n'a jamais cessé de gravir les échelons de la notoriété nationale et internationale, elle le doit certainement à son obstination à être elle-même et à le rester, quoi qu'il arrive et quoi qu'il lui en coûte.

On a souvent dit que la plupart de ses œuvres étaient autobiographiques. Ce fait n'est pas évident à prouver puisque Marguerite Duras refusait que l'on écrive sur elle. Bien qu'elle ne cessait de répéter « qu'elle n'avait rien inventé, qu'elle n'avait fait que retranscrire ce qu'elle avait vu, ce qu'elle avait connu »[1], nous pouvons quand même nous poser la question de savoir si ses livres sont vraiment le reflet tel quel de sa vie.

Ainsi, je m'attacherai plus particulièrement à étudier la structure autobiographique d'un de ses livres, La Douleur. Pour cela, dans une première partie, je m'attarderai sur les liens ambigus du livre avec la vie de Marguerite Duras et dans une seconde partie, je m'intéresserai à l'étude de la fiction écrite dans ce livre.

I ] La réalité autobiographique dans La Douleur.

1.1 ) La représentation des personnages.

Pour essayer de comprendre si La Douleur est bien un livre autobiographique, il va de soi qu'il faut tout d'abord commencer par faire une comparaison des personnages de ce livre par rapport aux personnages de la vie de l'auteur, Marguerite Duras.

Comme auteur du nouveau roman Marguerite Duras reste naturellement très discrète concernant la description de ses personnages. En effet, dans La Douleur, l'auteur ne détermine ses personnages que sous deux formes : la première étant à l'aide de pronoms personnels comme par exemple « je » ou « il » et la seconde à l'aide d'initiales comme « D. ». Parfois apparaissent quelques indices supplémentaires comme un prénom « Robert L. » ou un pseudonyme comme nous le verrons par la suite avec « François Morland ».

Mais dans un premier temps, débutons avec le personnage phare du livre, « je ».

Dans la préface de La Douleur, nous apprenons que la narratrice « je » a écrit ce journal[2] retrouvé « dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château » et qui sera par la suite publié sous le nom de La Douleur. Donc, nous pouvons en déduire d'un point de vue interne que la narratrice est bien le « je » qui suivra dans l'histoire. Mais le livre ne nous dévoile que peu d'informations sur cette personne. En effet, « je » est en fait « la femme de Robert L. »[3] avec lequel, elle a eu un enfant qui « est mort à la naissance »[4]. Elle travaille pour « le service des Recherches du journal Libres »[5] qui est « le journal des prisonniers et des déportés »[6].

Mais pouvons-nous poser un nom sur ce « je » ? C'est une chose impossible à réaliser durant la première moitié du livre. Enfin, ce n'est qu'à la page 42 que le prénom de « je » est laissé échappé par D. : « merci ma petite Marguerite ».

Mais est-ce que la narratrice de La Douleur est bien l'auteur, Marguerite Duras ?

Si nous regardons la biographie de Marguerite Duras, elle s'est bien mariée en 1939 avec un poète dénommé Robert avec lequel elle a bien eu, en mai 1942, un enfant. Mais malheureusement, celui-ci meurt à la naissance, étranglé par le cordon ombilical, pour n'avoir pas reçu les soins immédiats nécessaires. Concernant son travail, elle reprend, en automne 1944, la gérance du journal Libres dont François Mitterrand en est le directeur. Elle y crée, comme il est dit dans La Douleur, « un service de recherches très actif qui centralise le maximum d'informations sur les convois et les évacuations, fournies pour la plupart par les prisonniers évadés lors des transferts de camp à camp »[7].

Maintenant, passons à un autre personnage important du livre, Robert. Nous savons déjà qu'il est le mari de « Marguerite » et que cette dernière ne vit que dans l'attente de son retour. Toute l'intrigue du livre est basée sur cette attente. Par la suite, nous apprenons qu'il se trouve dans le camp de Dachau, en Allemagne. Effectivement, Frédérique Lebelley nous dévoile dans son livre Duras ou le poids d'une plume qu'un jour,

[…] la Gestapo investit l'appartement de Marie-Louise Antelme, la sœur de Robert, un des lieux clandestins de rendez-vous. Malheureusement, Robert, qui n'a pas pu être prévenu à temps, est déjà arrivé dans l'appartement. Il est arrêté par les Allemands et déporté[8].

A son retour du camp de Dachau, « il devait peser entre trente-sept et trente-huit kilos : l'os, la peau, le foie, les intestins, la cervelle, le poumon, tout compris : trente-huit kilos répartis sur un corps d'un mètre soixante-dix-huit »[9]. Cette information nous est bien confirmée dans le livre de Frédérique Lebelley : « trente-cinq kilos au lieu de quatre-vingts. Pour un mètre soixante-dix-huit »[10].

Puis, prenons un autre personnage important de l'histoire, D.. Tout au long de la lecture de La Douleur, nous pouvons percevoir une forte complicité entre « je » et D.. A un moment donné, lors de cette fameuse attente du retour de Robert, « je » dit : « Sans la présence de D., il me semble que je ne pourrais pas tenir »[11]. En effet, il est toujours là dans les mauvais moments, il essaie de la soutenir du mieux qu'il peut dans cette douloureuse attente qui n'en finit pas. Nous pouvons remarquer que dans le livre, D. et « je » se vouvoient. Par exemple à la page 51, D. dit à « je » : « il y a deux jours, vivant comme vous et moi »[12]. Et « je » lui répond : « laissez-moi, laissez-moi »[13]. C'est pourquoi, en constatant ce vouvoiement entre les deux personnages, nous ne pouvons qu'être surpris à la page 80, lorsque « je » annonce à son mari, rétablit, qu'elle veut divorcer pour avoir un enfant avec D. : « Un autre jour je lui ai dit qu'il nous fallait divorcer, que je voulais un enfant de D., que c'était à cause du nom que cet enfant porterait »[14]. C'est donc grâce à cette phrase que nous comprenons qu'il y avait plus qu'une simple complicité entre « je » et D., mais que durant l'attente, D. restait quand même en retrait par rapport à « je » car il respectait les sentiments de Marguerite pour son mari.

[...]


[1] Chanda Tirthankar, Anne Rapin, „Marguerite Duras ou les miroirs de l'écriture“, Label France 35 (04/1999),7.

[2] Marguerite Duras, La douleur (Saint-Armand : P.O.L., 1985), préface : « je sais que c'est moi qui l'ai écrit, je reconnais mom écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l'endroit, la gare d'Orsay, les trajets ».

[3] Ibid, 52.

[4] Ibid, 33.

[5] Ibid, 20.

[6] Ibid, 21.

[7] Frédérique Lebelley, Duras ou le poids d'une plume (Paris : Grasset et Fasquelle, 1994), 129.

[8] Ibid, 124.

[9] Duras (1985, 72).

[10] Lebelley (1994, 133).

[11] Duras (1985, 18).

[12] Ibid, 51.

[13] Ibid, 51.

[14] Ibid, 80.

Fin de l'extrait de 13 pages

Résumé des informations

Titre
La structure autobiographique dans "La Douleur" de Marguerite Duras
Université
University of Stuttgart  (Institut für romanische Literaturen I )
Cours
Einführung in die französische Literaturwissenschaft
Note
2,0
Auteur
Année
2004
Pages
13
N° de catalogue
V117407
ISBN (ebook)
9783640199709
ISBN (Livre)
9783640205561
Taille d'un fichier
426 KB
Langue
Français
mots-clé
Douleur, Marguerite, Duras, Einführung, Literaturwissenschaft
Citation du texte
Sylvie Creuzet (Auteur), 2004, La structure autobiographique dans "La Douleur" de Marguerite Duras, Munich, GRIN Verlag, https://www.grin.com/document/117407

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